Hypothèse quant à la période où eut lieu l'Exode, avec Moïse

Dans de nombreux passages, le Coran parle de l'Exode, de cet événement pendant lequel Moïse (sur lui la paix) mena son peuple hors d'Egypte, où ils étaient persécutés.

Ci-après un compte-rendu succinct des travaux de Maurice Bucaille (Moïse et Pharaon, Seghers, Paris, 1995) et de Ahmad Yûssuf Effendi (cité dans Qassas ul-qur'ân, Nadwat ul-mussanifîn, Delhi, 1941) ayant conduit à une hypothèse quant à la période où aurait eu lieu l'Exode.

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1) Evaluer de façon générale la période où l'Exode a pu avoir eu lieu :

1.1) Un premier indice, d'origine biblique : la mention, dans le texte biblique, du nom de Ramsès en tant que ville, et de la proximité de l'époque de son édification avec la naissance de Moïse :

On lit dans la Genèse : "Il [= le peuple des fils d'Israël] bâtit pour le Pharaon des villes-entrepôts, Pitôm et Ramsès" (Genèse 1/11). Bucaille écrit aussi le nom de cette ville comme étant "Piramses" ("Piramesses" dans les anciennes bibles) (Moïse et Pharaon, p. 98) ("Pi" pouvant être "l'équivalent du hiéroglyphe Per signifiant "domaine" ou "maison"" (Ibid. p. 104), "Piramsès" signifie donc : "domaine de Ramsès".) Bucaille relève qu'à ces deux villes le texte biblique de la Septante ajoute "On", qui est "Héliopolis" (Ibid. p. 98).

Bucaille écrit : "Lire le mot "Ramsès" dans la Bible ne frappe pas l'esprit de nos jours : le mot est devenu commun depuis que Champollion – il y a un siècle et demi de cela – découvrit la clef des hiéroglyphes, précisément en étudiant les caractères essentiels qui l'exprimaient. On est donc actuellement habitué à le lire et à le prononcer en sachant ce qu'il signifie. Mais il faut se représenter que le sens des hiéroglyphes ayant été perdu, approximativement au IIIè siècle de l'ère chrétienne, et que le nom de Ramsès n'avait guère été conservé que dans la Bible et dans quelques livres grecs et latins ayant plus ou moins déformé le nom : c'est ainsi que Tacite, dans ses Annales, parle de Rhamsis. La Bible avait, elle, très exactement conservé le nom : elle le cite quatre fois dans le Pentateuque ou Torah (…). Ainsi la Bible avait merveilleusement conservé le nom de Ramsès dans ses versions en hébreu, grec et latin" (La Bible, le Coran et la science, p. 234). Bucaille déplore les erreurs commises parfois par d'anciens traducteurs de la Bible quant au terme "Ramsès", parfois traduit par "tonnerre de la vermine", Bucaille écrit que pourtant "on eût pu discerner jadis ce que représentait le mot Ramsès (Ramesses dans les vieilles bibles)" (Moïse et Pharaon, p. 100 ; voir également La Bible, le Coran et la science, p. 234, note de bas de page).

Ce n'est donc pas rien que de trouver ce terme dans le texte de la Torah. Sa présence dans ce texte alors même que le nom était resté inconnu des siècles durant doit amener à le considérer comme un indice fiable au niveau historique.

Que désigne ce nom ici ?

La "période ramesside" répond Bucaille (Moïse et Pharaon, p. 110), qui cite les noms des premiers pharaons de cette XIXè dynastie : Ramsès Ier, Sethi Ier, Ramsès II (Ibid. p. 110). Succédera à ce dernier : Mineptah.

Voici donc un premier indice, d'origine biblique, qui laisse à penser qu'à l'époque de l'édification de Piramses, les fils d'Israël seraient encore en Egypte.

Les recherches de Bucaille l'ont conduit à penser que l'édification de Piramsès (ou encore Ramsès, selon le nom de la Bible hébraïque) a eu lieu plus probablement sur le site nommé aujourd'hui Qantir que sur celui de Tanis (Ibid. pp. 103-109) et qu'elle "avait commencé sous Sethi Ier" (Ibid. p. 109).

Pourquoi le pharaon de l'époque a-t-il choisi ce site pour édifier une cité fortifiée susceptible de servir aussi de capitale ? Bucaille cite trois raisons :
– Ramsès Ier n'était pas de sang royal mais était originaire de la région orientale du delta du Nil ;
– celui qui fut Sethi Ier avait été prêtre de la divinité Seth ; or un site était dédié à celle-ci dans la région ;
– la ville était une ville fortifiée ("polis okura", dit la Septante), et son édification sur ce site devait permettre de protéger les marches du pays du côté de l'Est (Moïse et Pharaon, pp. 110-111).

"Les premières constructions ont ainsi pu débuter sous Sethi Ier, pour l'édification d'un grandiose ensemble que Ramsès II embellit ensuite : trouver aujourd'hui des vestiges portant les marques des deux souverains n'a rien que de très naturel" (Moïse et Pharaon, p. 111). Bucaille relate la durée du règne de ces deux pharaons : quatorze ans pour Sethi Ier et un peu plus de soixante-sept ans pour Ramsès II (Ibid., p. 120). Le règne de Ramsès II eut donc lieu "de 1301 à 1235 selon la chronologie de Drioton et Vandier, ou de 1290 à 1224 selon celle de Rowton" (La Bible, le Coran et la science, p. 235). Bucaille détaille : "Après un règne d'un peu plus d'un an, Ramsès Ier laisse le trône à son fils Sethi Ier qui, probablement, fut associé au trône de son père dès le début. Sethi Ier, roi en titre durant quatorze ans, associe lui aussi au pouvoir, dans la seconde partie de son règne, son fils le prince Ramsès qui deviendra Ramsès II. Ces associations successives de deux fils à leur père sur le trône traduisent le souci des premiers ramessides de se prémunir de toute complication successorale : ils savaient combien la dynastie précédente avait souffert de problèmes de cet ordre jusqu'à son effondrement. (…) Il n'est donc pas étonnant qu'il y eut aussi une continuité dans les grands travaux de l'époque (…)" (Moïse et Pharaon, p. 110).

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1.2) Un indice archéologique : la stèle de l'an V de Mineptah :

Il existe une stèle de l'époque pharaonique, la stèle de Mineptah, découverte en 1895 par Petrie, dans laquelle mention explicite est faite d'Israël. Cette stèle est un élément archéologique qui a suscité un engouement bien compréhensible, puisqu'elle comporte la mention du nom "Israël" en caractères hiéroglyphiques et constitue ainsi une trace non biblique du fait que les Egyptiens connaissaient bien Israël.

Mineptah est un pharaon du XIIIème siècle avant J.-C. ; nous l'avons déjà dit, c'est lui qui succéda à Ramsès II. Bucaille écrit à son sujet : "la situation aux frontières est très préoccupante à son avènement et il doit très vite recourir aux armes à l'ouest comme au nord-est de l'Egypte. Des forces venues de Libye vont envahir le delta ; il les vaincra, mais au prix de batailles très sanglantes, si l'on en juge par le nombre de tués chez l'ennemi, le riche butin capturé et le nombre impressionnant de prisonniers. Des stèles vont glorifier ses victoires en particulier en Palestine et en Syrie : la fameuse stèle de l'an V du règne, qui va nous occuper beaucoup, y fait allusion" (Moïse et Pharaon, p. 147). Cette stèle mentionne en effet les victoires de Mineptah sur plusieurs peuples ; on y lit entre autres les lignes suivantes :
"Canaan est purgé de tout ce qui y avait de mauvais
Ascalon est conquise, on tient Géser
Yenoam est réduite à ne plus exister
Israël est anéanti, il n'a plus de céréales"

"Canaan", "Ascalon", sont des noms de lieux. Et "Israël", que désigne-t-il ici : un peuple ? une terre ?

Qu'implique la présence du nom "Israël" sur la stèle ?

- Un premier avis :

Certains auteurs ont pensé que, au moment où, sous Mineptah, cette stèle est gravée, les fils d'Israël sont déjà à Canaan, et ont donc déjà quitté l'Egypte. Ces chercheurs :
- soit ont pensé que le nom "Israël" désigne ici une terre, celle de Canaan.
- soit ont considéré le nom "Israël" comme désignant ici un peuple, mais ont lié ensemble la mention, dans la stèle, à la fois de "Canaan" et de "Israël" : au moment où la stèle est gravée, en ont-ils déduit, le peuple d'Israël est déjà établi à Canaan, et c'est de lui que la stèle dit : "Canaan est purgé de tout ce qui y avait de mauvais (…) Israël est anéanti, il n'a plus de céréales".
Selon ces auteurs, l'Exode aurait donc déjà eu lieu à l'époque de Mineptah. Or, étant donné qu'il est établi que les fils d'Israël ont contribué à l'édification de Piramsès, leur émigration d'Egypte est tout récente ; elle pourrait avoir eu lieu quelques décennies plus tôt, d'où l'hypothèse selon laquelle elle a eu lieu sous Ramsès II.

- Un second avis :

L'avis qui suit diverge du précédent par rapport à son interprétation de la stèle de Mineptah. Maurice Bucaille relève que, dans le cas des autres noms propres mentionnés sur la stèle, les noms sont tous "pourvus de deux caractères hiéroglyphiques qui ne se prononcent pas", qui sont appelés "déterminatifs", et qui, ici, "indiquent qu'il s'agit de terres étrangères". Or, après le nom "Israil", on "trouve le déterminatif "étranger" mais le déterminatif "terre" est absent" ; "à sa place figure le caractère représentant un homme et une femme assis, en dessous desquels on trouve les trois barres verticales qui indiquent le pluriel : ainsi est définie, sans le moindre doute, une collectivité d'hommes et de femmes" (Moïse et Pharaon, pp. 152-153). De plus, souligne Bucaille, le texte de la stèle "n'exprime pas : "Il n'a plus de céréales" mais : "Il n'a plus ses céréales" ; or, "dans l'égyptien ancien, le possessif s'accorde en genre non pas avec l'objet possédé [comme c'est le cas en français] mais avec le possesseur [comme c'est le cas par exemple en arabe]" ; et, ici, "c'est un possessif masculin" ; or, "dans la langue des hiéroglyphes, une collectivité humaine est du genre masculin, alors qu'une terre, un pays, est du genre féminin" (Ibid. p. 154).

Bucaille en déduit que le terme "Israil" figurant sur la stèle de Mineptah n'y désigne donc pas une terre mais une collectivité humaine.

Bucaille poursuit en disant que le terme traduit par "céréales" possède en fait "plusieurs sens : "céréales" ou "semence" ou encore "semence de postérité", selon le déterminatif placé après le mot. Malheureusement, "aucun des déterminatifs spécifiques qui imposeraient un sens ou un autre n'accompagne le mot dans la stèle" (Moïse et Pharaon, p. 155). Dès lors, fait-il remarquer, "ne serait-il pas logique de suggérer que la stèle a voulu dire ceci : "La collectivité d'Israël est anéantie ; elle n'a plus sa semence" ? Doit-on y voir un anéantissement par confiscation des grains pour l'ensemencement, c'est-à-dire une mesure concernant l'agriculture ? Doit-on considérer qu'il s'agit d'une mesure intéressant la postérité propre du peuple d'Israël, que l'on pourrait rapprocher de ce que la Bible relate : l'ordre donné par le Pharaon de tuer tous les nouveaux-nés mâles ? Je serais porté à le croire avec Mme Emily Stein, du département d'égyptologie de l'Université hébraïque de Jérusalem…" (Ibid. pp. 155-156).

D'après cette hypothèse, les fils d'Israël seraient encore en Egypte sous Mineptah ; l'Exode n'aurait pas encore eu lieu, et il ne se serait donc pas produit sous Ramsès II.

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2) Le pharaon Mineptah en question :

2.1) La durée de son règne :

Bucaille écrit à propos de ce pharaon : "En raison de l'absence totale de documents sur la fin du règne de ce pharaon, il est impossible de savoir quelle fut sa durée et quelle fut la situation réelle du pays dans les derniers temps. Il aurait régné au minimum dix ans, peut-être vingt. Les égyptologues en discutent toujours : son règne aurait pu se prolonger jusqu'aux toutes dernières années du XIIIè siècle avant J.-C." (Moïse et Pharaon, pp. 147-148). "(…) on sait que Ramsès II régna soixante-sept ans (soit de 1301 à 1235 selon la chronologie de Drioton et Vandier, ou de 1290 à 1224 selon celle de Rowton). Pour Mineptah, son successeur, les égyptologues ne peuvent fournir de durée précise, mais elle est au moins de dix ans puisque la dixième année de son règne est attestée par des documents, comme le souligne le R. P. de Vaux. Manethon lui donne vingt ans de règne. Drioton et Vandier donnent, pour Mineptah, deux possibilités : soit un règne de dix ans de 1234 à 1224, soit, à la suite de Rowton, un règne de vingt ans, de 1224 à 1204" (La Bible, le Coran et la science, p. 235).

2.2) La succession de Mineptah :

Bucaille écrit : "Une bonne vingtaine d'années de l'histoire de l'Egypte à partir des dernières du règne de Mineptah se sont passées dans un chaos certain. Une incontestable crise de succession surviendra à sa mort : un certain Amenmès prend le pouvoir dans des conditions de trouble évident, marqué probablement par des assassinats. C'est la fin de la XIXè dynastie, la transition avec la XXè est tout à fait obscure et ce jusqu'à l'avènement de Ramsès III qui redressera alors la situation fort compromise de l'Egypte. Mais, entre Mineptah et Ramsès III, le pays aura vécu au milieu de convulsions très graves" (Moïse et Pharaon, p. 148). Or, selon les textes biblique et coranique, le pharaon de l'Exode meurt alors qu'il est partir à la poursuite des émigrants (respectivement Exode 14/28 - Psaumes 136/15, et Coran 26/61-66).

Ces 3 points :
- a) la présence des fils d'Israël en Egypte sous Mineptah,
- b) l'attestation historique d'un chaos ayant suivi la mort de Mineptah
- c) et la narration par les textes religieux de la mort du Pharaon au cours de l'Exode des fils d'Israël,
ont conduit Bucaille à émettre comme possibilité que ce soit Mineptah qui ait été le pharaon de l'Exode. Le Docteur a trouvé dans l'examen médical de la momie de ce pharaon un indice allant dans le sens de cette hypothèse.

2.3) L'examen médical de la momie de Mineptah :

La momie de Mineptah a pu être examinée par des médecins, et notamment par Bucaille lui-même. Il écrit : "les poumons – sur lesquels on m'a souvent interrogé (Y avait-il des signes de noyade ?) – avaient été enlevés par les embaumeurs et placés hors de la momie dans des vases canopes jamais retrouvés" (Moïse et Pharaon, p. 214). Par contre, poursuit Bucaille : "Ce qui nous frappa au plus haut point, mes collaborateurs médecins légistes et moi-même, ce fut l'existence de trois pertes de substance décelées sur le corps qui semblèrent a priori être la conséquence de lésions survenues du vivant du sujet, hypothèse vérifiée par des radiographies prises avec des films extrêmement sensibles" (Ibid. p. 214). "L'origine traumatique était certaine pour la perte de substance de la région lombaire droite" (Ibid. p. 215). "C'est encore à un traumatisme très violent que devait être due une lacune de la voûte du crâne du côté droit dont les dimensions extrêmes étaient de 37 sur 23 millimètres ; les caractéristiques anatomiques de cette lacune, que j'ai détaillées dans des publications diverses, ont conduit les spécialistes de médecine légale à diagnostiquer une lésion survenue du vivant du sujet, un enfoncement crânien avec lésion du cerveau sous-jacent, cause de mort très rapide sinon instantanée. Les radiographies ne montrant aucun éclatement à distance autour de toutes ces lésions ne pouvaient suggérer que leur survenue du vivant du sujet, alors que les chocs subis par la momie auraient été à l'origine de ruptures des tissus momifiés voisins. Ces conclusions soumises en avril 1976 à la Société française de médecine légale ne soulevèrent aucune objection" (Ibid. p. 215).

D'après le Coran, le Pharaon qui trouva la mort en poursuivant les fils d'Israël mourut submergé par le flot : le texte coranique dit : "aghraqnâhum fi-l-yamm", "Nous les noyâmes dans le flot". Mais le texte coranique dit aussi : "nabadhnâhum fi-l-yamm" (Coran 28/40, 51/40), ce qui se traduit par : "Nous les jetâmes dans le flot" et peut signifier que Pharaon et son armée furent également l'objet de violents chocs dans les mouvements des flots.

Le texte biblique dit quant à lui : "Dieu jette chars et cavaliers dans la mer" (Exode 15/4). Bucaille écrit : "Les mots employés pour signifier ici "jeter avec force" – yarah en hébreu, riptô, verbe grec du texte de la Septante – sont tout à fait explicites de cette action" (Moïse et Pharaon, pp. 205-206).

Par contre, et conformément à ce qu'il avait déjà déduit de la stèle de Mineptah, Bucaille a trouvé dans l'examen de la momie de Ramsès II des indices selon lesquels il est peu probable que ce soit lui le pharaon de l'Exode : il était très âgé et malade quand il mourut ; or quand on sait que le pharaon de l'Exode mourut en poursuivant Moïse et les siens, on voit mal ce pharaon si malade poursuivre des hommes (Ibid. p. 132).

Ceci conduit à penser que Mineptah pourrait être le pharaon de l'Exode, celui qui mourut dans les flots en poursuivant Moïse et les siens.

Le premier égyptologue ayant émis cette hypothèse fut l'Allemand Lepsius, écrit Bucaille (Ibid. p. 208), qui la soutint "dès 1849" (p. 157) ; se rangèrent à son avis : de Rougé en 1867 (p. 212), Chabas en 1873 (Ibid.), Virey en 1900 (Ibid.), P. Groff en 1902, et Petrie (p. 157), qui l'adopta en 1911 (p. 212).

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3) Hypothèses quant à l'identité du Pharaon de la naissance :

Si Mineptah est le Pharaon de l'Exode, quel peut être le Pharaon témoin de la naissance de Moïse ?

Précisons que d'après le texte de la Bible, c'est à l'âge de 80 ans que Moïse se rend devant le pharaon pour lui demander de libérer les fils d'Israël (cf. Exode 7/7), et rappelons que, comme nous l'avons déjà vu, Sethi Ier régna quatorze ans, Ramsès II un peu plus de soixante-sept ans, et Mineptah, fils du précédent, dix ans au minimum, peut-être vingt ans (cf. Moïse et Pharaon, p. 120).

– Selon une première hypothèse, le pharaon de la naissance est aussi Mineptah :

Dans ce cas, ce serait sous le règne de Mineptah que Moïse serait né et qu'il aurait vécu l'Exode. La donnée biblique selon laquelle Moïse était alors âgé de 80 ans serait alors à considérer comme ne correspondant pas à l'historicité mais comme étant purement emphatique… Cette hypothèse ne soulèverait pas d'objection par rapport au fait que l'on sait que Moïse est né dans le temps ayant suivi l'édification de Pi-Ramsès (puisque celle-ci a été complétée sous Ramsès II, prédécesseur de Mineptah). La stèle de Mineptah ne causerait pas non plus de problème (puisqu'on pourrait alors penser qu'elle fait bien allusion à l'ordre, donné par le pharaon de la naissance, de massacrer des enfants israélites). Par contre le problème viendrait du fait que le règne de Mineptah est de l'ordre de dix ou vingt ans (nous l'avons vu plus haut). Or il est établi que Moïse a passé au moins huit ans à Madian (Coran 28/29). Il est alors impossible que, durant tout au plus une vingtaine d'années, un homme soit né, devenu adulte et, après l'être devenu (Coran 28/14), ait vécu un exil de huit ans (Coran 28/28-29).

La seconde hypothèse est que si c'est sous Mineptah qu'eut lieu l'Exode, c'est sous Ramsès II que naquit Moïse :

Cette hypothèse revient à dire que Moïse aurait vécu à l'époque d'au moins deux pharaons : celui qui a vu Moïse être recueilli lorsque encore nourrisson fut différent de celui à qui Moïse adressa sa demande. Si on retient la donnée biblique des 80 ans de Moïse quand il s'adresse à Pharaon, alors, sachant qu'aucun pharaon du XIIIè siècle n'a régné pendant huit décennies, cela implique que Moïse ait vécu à l'époque d'au moins deux pharaons. Bucaille rappelle aussi que la Bible dit encore que ceux qui cherchaient à faire mourir Moïse moururent eux-mêmes durant l'exil du prophète à Madian (Exode 2/23). Il y a alors deux possibilités...

- Soit Moïse est né sous Sethi Ier, a connu le règne de Ramsès II et est retourné en Egypte sous Mineptah. C'est l'hypothèse à laquelle va la préférence de Bucaille dans son ouvrage Moïse et Pharaon (pp. 145-146) : Bucaille appréhende telle quelle la donnée biblique de l'âge de Moïse quand il s'adresse à Pharaon. Cette hypothèse n'implique pas nécessairement que ce soit bien Sethi Ier qui ait recueilli Moïse du flot : il se peut qu'à cette époque il avait déjà associé son fils Ramsès au pouvoir et que ce soit celui-ci qui ait été désigné comme "le pharaon devant qui Moïse fut recueilli".

- Soit Moïse est né sous Ramsès II, dont l'épouse fut celle qui le recueillit ; et c'est également sous son règne qu'il s'exila à Madian ; puis Moïse est retourné en Egypte, pour s'adresser à Mineptah (Ramsès II étant mort entre-temps). C'est ce que Bucaille avait proposé dans son livre La Bible, le Coran et la science (p. 235).

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4) Un point de vue différent de tout ce qui précède :

Certains chercheurs ont utilisé une autre méthode pour dater l'Exode : le texte biblique dit que la construction du Temple a débuté sous Salomon 480 ans après l'Exode (Premier Livre des Rois 6/1) et que cette construction eut lieu la 4ème année du règne de Salomon (Ibid.). Or on sait que le règne de Salomon débuta vers 972 avant J.-C. La construction du Temple aurait donc débuté en – 968. Il s'agit alors d'en retrancher 480, et on obtient : – 968 – 480 = – 1448, ce qui serait la date approximative de l'Exode.

Mais Bucaille oppose à cet autre avis le fait que la chronologie relatée dans le Livre des Rois n'est pas entièrement fiable ; il écrit : "D'où provient cette estimation de ces quatre cent quatre-vingt années ? Les commentateurs de la Traduction Œcuménique nous renseignent ainsi : "Cette date est le résultat d'un calcul savant (et tardif) qui fait intervenir le nombre des prêtres en fonction depuis Aaron jusqu'à Sadoq en le multipliant par 40 (durée traditionnelle d'une génération)"" (Moïse et Pharaon, p. 230).

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5) Un point de vue relaté par as-Syohârwî et similaire à celui retenu par Bucaille :

Le savant musulman indien as-Syohârwî a, dans son ouvrage Qassas ul-qur'ân (qu'il termina de rédiger en 1941), cité et approuvé les conclusions d'un homme qu'il a présenté comme un égyptologue égyptien, Ahmad Yûssuf Effendi, qui a écrit :
"Il est dit dans la Torah que le Pharaon qui était l'ennemi des fils d'Israël et les a contraints à de durs travaux les a employés à la construction de deux villes, Ramsès et Pitoum. L'archéologie a révélé l'existence de ces deux villes : un écrit nous apprend que l'une s'appelait "Pertoum" ou "Pitoum" ; traduit, cela donne : "domaine de la divinité Toum" [ou Atoum] ; l'autre se nommait "Per-Ramsès", dont la traduction est : "domaine de Ramsès". (…) Là où se trouve Qantir – ou, d'après l'antique langue de l'Egypte : "Khant Nefer" –, là se trouvait Piramsès. Ramsès II a fait construire cette ville afin qu'elle serve de fort dans cette région du littoral égyptien. Pitoum avait le même objectif. Les gravures retrouvées sur les ruines des murailles témoignent que ces villes avaient pour vocation de servir de forts – et non comme le dit la Torah [hébraïque] de servir d'entrepôts.
Tout ceci signifie que le pharaon qui a persécuté les fils d'Israël peut être Ramsès II. Il s'agit d'un souverain de la XIXè dynastie. Moïse serait né à son époque et aurait été élevé chez lui. (…). Ramsès II était alors très âgé et avait, de son vivant même, associé à son pouvoir son fils Mineptah. Il s'agit, parmi ses quelques cent cinquante enfants, de son treizième fils. Mineptah serait le pharaon à qui Moïse et Aaron ont adressé leur prédication et demandé de laisser partir les fils d'Israël ; ce serait à son époque que les fils d'Israël ont connu l'Exode, et ce serait lui qui est mort noyé dans le flot. Etant donné qu'il avait vu Moïse être élevé chez les siens, il lui a reproché, lorsque le prophète lui a adressé l'invitation à se soumettre à Dieu, ce que le Coran a ainsi relaté : "Ne t'avons-nous pas élevé chez nous enfant, et tu as passé des années de ta vie parmi nous" (Coran 26/18). Il est dit dans la Torah que le pharaon [de la naissance] mourut avant qu'ait eu lieu l'Exode : il s'agirait de Ramsès II, père de Mineptah"
(Qassas ul-qur'ân 1/362-363).

Précisons ici que si la conclusion de Ahmad Yûssuf Effendi est la même que celle de Bucaille, son interprétation de la stèle de Mineptah est, pour sa part, différente de celle du Docteur.

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6) Points complémentaires :

6.1) Quand la stèle dit que les fils d'Israël n'ont plus de descendance, de quoi parle-t-elle ?

Elle ferait, nous l'avons vu, allusion à la mise a exécution de l'ordre que Pharaon donna de massacrer les nouveaux-nés israélites mâles. Or, d'après le Coran, dans le récit lié à Moïse, cet ordre fut donné par le pharaon en deux fois : une fois avant la naissance de Moïse (cf. Coran 27/4), et une autre fois après le retour de Moïse de Madian en Egypte (cf. Coran 7/127). Si on retient l'hypothèse selon laquelle Ramsès II fut le pharaon de la naissance de Moïse et Mineptah fut le pharaon de l'Exode, Mineptah donna le second – et non le premier – ordre de tuer les nouveaux-nés.
– Il se peut alors que la stèle de Mineptah ait fait allusion à ce second ordre seulement.
– Mais il se peut aussi que la stèle de l'an V ait fait allusion au résultat des deux ordres à la fois : elle pourrait signifier que, déjà amoindris par le massacre des nouveaux-nés ordonné par Ramsès II, les fils d'Israël le devenaient encore plus à cause de l'ordre de même nature que Mineptah donna.

La stèle de Mineptah date de l'an cinq du règne de Mineptah, qui en compte – comme nous l'avons déjà dit – dix ou vingt. Après l'ordre du massacre des nouveaux-nés par Pharaon, Moïse enjoint aux fils d'Israël la patience (Coran 7/127) ; à un moment donné, il demande à Dieu de détruire Pharaon, invocation que Dieu lui dit avoir exaucée [mais qu'Il fera réaliser en son temps] (cf. Coran 10/88-89) ; il y aussi le temps des plaies d'Egypte ; et c'est à un moment où celles-ci auront déjà eu lieu que l'Exode se produira (Coran 7/130-136). D'après le texte coranique, il y a donc un certain temps qui s'écoule entre le second ordre du massacre des nouveaux-nés et l'Exode. Il est donc possible qu'au moment où la stèle a été gravée, Mineptah avait déjà émis l'ordre du second massacre des nouveaux-nés des fils d'Israël mais n'imaginait évidemment pas qu'il perdrait la vie quelques années plus tard en poursuivant ces mêmes israélites.

6.2) Où eut lieu l'ouverture des flots ?

Abu-l-Hassan 'Alî an-Nadwî a écrit que l'ouverture a eu lieu dans la mer Rouge (Qassas un-nabiyyîn, tome 3, p. 87). J'avais personnellement entendu dire plus précisément que l'ouverture a pu avoir eu lieu dans le bras occidental de la mer Rouge, ce bras qui sépare la terre égyptienne de la presqu'île du Sinaï : l'ouverture des flots aurait eu lieu quelque peu au sud du golfe de Suez (rappelons que ce nom est à l'origine celui d'une ville, et que c'est ensuite d'après ce nom que le canal percé par de Lesseps fut nommé).

Bucaille a une autre hypothèse : l'ouverture des flots aurait eu lieu quelque peu au nord par rapport au golfe de Suez, quelque part entre les anciens lacs Amers et ce golfe. Divers éléments laissent à penser qu'à l'époque, il existait entre ces lacs et la mer Rouge "une communication, précaire sans doute, intermittente peut-être, suivant les niveaux moyens de la mer" (Moïse et Pharaon, p. 192). Si nous citons ici cet avis de Bucaille quant au lieu où l'ouverture des flots eut lieu, c'est sans pour autant le suivre dans sa tentative d'explication rationaliste de l'événement, qui ne demeurerait plus alors un "signe", un "miracle" accordé à Moïse.

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7) Synthèse :

Ce serait sous Ramsès II (- 1301 à - 1235, ou - 1290 à - 1224) que Moïse naquit, sous son règne qu'il émigra à Madian, et sous le règne de son fils Mineptah (- 1234 à - 1224, ou - 1224 à - 1204) qu'il retourna en Egypte. Ce serait ce pharaon Mineptah auquel Moïse demanda de laisser partir les fils d'Israël. Ce serait sous son règne qu'eut lieu l'Exode. Ce serait lui, enfin, qui mourut dans les flots en poursuivant Moïse et son peuple. L'ouverture des flots pourrait avoir eu lieu dans un bras d'eau reliant alors par intermittence le golfe de Suez et les anciens lacs Amers.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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