Mithl, Mathal et Mithâl : que désignent ces termes ? (1/2) - المِثل والمَثل والمثال - Et quelle différence entre "مثل" ("Mithl") et "شبه" ("Shib'h") ?

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I)
La racine trilitère arabe "
م-ث-ل" / "M-Th-L" recèle deux sens principaux :

--- a) "نصب" : ériger ;
--- b) "صور" : donner forme à / dessiner.

Ar-Râghib al-Asfahânî écrit : "أصل المثول: الانتصاب. والممثل: المصور على مثال غيره. يقال: مثل الشيء، أي: انتصب وتصور.(...) وتمثل كذا: تصور. قال تعالى: {فتمثل لها بشرا سويا" (Muf'radât ar-Râghib).

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II) Voici quelques dérivés de cette racine, où l'on retrouve l'un, ou l'autre, de ces 2 sens radicaux, ou encore les deux :

1) "مثول" / "Muthûl" : demeurer debout :

Cela relève du premier des deux sens radicaux suscités, le a : ériger.

Ce terme figure sous sa forme V dans le célèbre hadîth : "عن أبي مجلز، قال: خرج معاوية، فقام عبد الله بن الزبير وابن صفوان حين رأوه. فقال: اجلسا، سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول: "من سره أن يتمثل له الرجال قياما فليتبوأ مقعده من النار" : "Celui qui aime que les hommes demeurent debout pour lui, qu'il prépare sa place dans le Feu" (at-Tirmidhî, 2755 ; lire le développement de cette parole dans notre article consacré au fait de demeurer debout quand le supérieur reste assis).

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2)  "تمثل" / "Tamaththul" : "prendre la forme de..." :

Ce nom (masdar de la forme V) comporte le sens radical b : prendre la forme de quelqu'un (b).

"فَأَرْسَلْنَا إِلَيْهَا رُوحَنَا فَتَمَثَّلَ لَهَا بَشَرًا سَوِيًّا" : "Nous lui envoyâmes Notre Esprit [= Gabriel], celui-ci prit alors pour elle la forme d'un humain parfait" (Coran 19/17).

Dans la Sunna, on lit : "وأحيانا يتمثل لي الملك رجلا" : "et parfois l'ange prend pour moi la forme d'un homme" (al-Bukhârî, Muslim). On lit aussi : "لا يتمثل الشيطان بي" : "Le Diable ne peut pas prendre ma forme" (al-Bukhârî, Muslim).

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2')  "تمثال" / "Timthâl" : une image :

Ce terme est dérivé du 2.

Il figure dans le Coran : "وَلَقَدْ آتَيْنَا إِبْرَاهِيمَ رُشْدَهُ مِن قَبْلُ وَكُنَّا بِه عَالِمِينَ إِذْ قَالَ لِأَبِيهِ وَقَوْمِهِ مَا هَذِهِ التَّمَاثِيلُ الَّتِي أَنتُمْ لَهَا عَاكِفُونَ قَالُوا وَجَدْنَا آبَاءنَا لَهَا عَابِدِينَ قَالَ لَقَدْ كُنتُمْ أَنتُمْ وَآبَاؤُكُمْ فِي ضَلَالٍ مُّبِينٍ" : "Lorsque (Abraham) dit à son père et à son peuple : "Que sont ces statues devant lesquelles vous demeurez ?"" (Coran 21/51-54). Ainsi que dans la Sunna : "عن القاسم، عن عائشة رضي الله عنها: أنها كانت اتخذت على سهوة لها سترا فيه تماثيل، فهتكه النبي صلى الله عليه وسلم، فاتخذت منه نمرقتين، فكانتا في البيت يجلس عليهما" (al-Bukhârî, 2347).
Lire notre article consacré à ce terme "Timthâl" et à d'autres termes voisins.

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3) "مثل" / "Mathal" signifie : "une description" ; et aussi : "une qualification", "un attribut", "صفة" (Sifa) (ce par quoi quelque chose a été qualifié) :

Le fait est que vu que la description et l'attribut, à propos d'un être ou d'un concept, constituent une sorte de représentation (sens radical b), mais au niveau intellectuel.

"لِلَّذِينَ لاَ يُؤْمِنُونَ بِالآخِرَةِ مَثَلُ السَّوْءِ وَلِلّهِ الْمَثَلُ الأَعْلَىَ وَهُوَ الْعَزِيزُ الْحَكِيمُ" (Coran 16/60). C'est-à-dire : "Et c'est à Dieu qu'appartient la Qualification la plus élevée" : "ولله الصفة العليا".
"وَهُوَ الَّذِي يَبْدَأُ الْخَلْقَ ثُمَّ يُعِيدُهُ وَهُوَ أَهْوَنُ عَلَيْهِ وَلَهُ الْمَثَلُ الْأَعْلَى فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ وَهُوَ الْعَزِيزُ الْحَكِيمُ" (Coran 30/27).

"مَّثَلُ الْجَنَّةِ الَّتِي وُعِدَ الْمُتَّقُونَ تَجْرِي مِن تَحْتِهَا الأَنْهَارُ أُكُلُهَا دَآئِمٌ وِظِلُّهَا" : "Qualification du Jardin qui est promis aux pieux : ..." (Coran 13/35).
"مَثَلُ الْجَنَّةِ الَّتِي وُعِدَ الْمُتَّقُونَ فِيهَا أَنْهَارٌ مِّن مَّاء غَيْرِ آسِنٍ وَأَنْهَارٌ مِن لَّبَنٍ لَّمْ يَتَغَيَّرْ طَعْمُهُ وَأَنْهَارٌ مِّنْ خَمْرٍ لَّذَّةٍ لِّلشَّارِبِينَ وَأَنْهَارٌ مِّنْ عَسَلٍ مُّصَفًّى وَلَهُمْ فِيهَا مِن كُلِّ الثَّمَرَاتِ وَمَغْفِرَةٌ مِّن رَّبِّهِمْ كَ" : "Qualification du Jardin qui est promis aux pieux : ..." (Coran 47/15).

"الَّذِينَ كَفَرُوا وَصَدُّوا عَن سَبِيلِ اللَّهِ أَضَلَّ أَعْمَالَهُمْ وَالَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ وَآمَنُوا بِمَا نُزِّلَ عَلَى مُحَمَّدٍ وَهُوَ الْحَقُّ مِن رَّبِّهِمْ كَفَّرَ عَنْهُمْ سَيِّئَاتِهِمْ وَأَصْلَحَ بَالَهُمْ ذَلِكَ بِأَنَّ الَّذِينَ كَفَرُوا اتَّبَعُوا الْبَاطِلَ وَأَنَّ الَّذِينَ آمَنُوا اتَّبَعُوا الْحَقَّ مِن رَّبِّهِمْ كَذَلِكَ يَضْرِبُ اللَّهُ لِلنَّاسِ أَمْثَالَهُمْ" : "Ainsi Dieu cite-t-Il pour les hommes leurs états" (Coran 47/1-3). "كذلك يضرب الله للناس أمثالهم} أي: يبين لهم مآل أعمالهم، وما يصيرون إليه في معادهم" (Tafsîr Ibn Kathîr). "كذلك} مثل ذلك الضرب {يضرب الله للناس} يبين لهم {أمثالهم} أحوال الفريقين أو أحوال الناس، أو يضرب أمثالهم بأن جعل اتباع الباطل مثلا لعمل الكفار والإضلال مثلا لخيبتهم واتباع الحق مثلا للمؤمنين، وتكفير السيئات مثلا لفوزهم" (Tafsîr ul-Baydhâwî).

Ar-Râghib écrit : "والمثل يقال على وجهين: أحدهما: بمعنى المثل، نحو: شبه وشبه، ونقض ونقض. قال بعضهم: وقد يعبر بهما عن وصف الشي، نحو قوله: {مثل الجنة التي وعد المتقون" (Al-Muf'radât).

Al-Az'harî écrit : "والمثل: الحديث نفسه. وقال الله تعالى: {مثل الجنة التى وعد المتقون}. قال: مثلها هو الخبر عنها. أبو عبيد، عن الفراء: يقال: مثل ومثل، وشبه وشبه، بمعنى واحد. وأخبرني المنذري عن ابن فهم، عن ابن سلام، قال: أخبرني عمر ابن أبي خليفة، قال: سمعت مقاتل صاحب التفسير يسأل أبا عمرو بن العلاء عن قول الله تعالى: {مثل الجنة التى وعد المتقون}: ما مثلها؟ قال: فيها أنهار من ماء غير آسن. قال: ما مثلها؟ فسكت أبو عمرو. قال: فسألت يونس عنها، فقال: "مثلها صفتها". قال محمد بن سلام: ومثل ذلك قوله تعالى: {السجود، ذلك مثلهم فى التوراة. ومثلهم فى} أي صفتهم. قلت: ونحو ذلك روي عن ابن عباس" (Tah'dhîb ul-lugha).

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4) "مثال" / "Mithâl" : "un exemple" (au sens d'"un exemplaire") :

Le "مِثال", l'exemple au sens de l'exemplaire (4), est un individu (جزئيّ) affilié à la catégorie (نوع) d'êtres (عين) dont il est présenté comme exemple. Ainsi, un stylo concret est présenté comme exemple quand on parle du stylo. Il s'agit bien d'un exemplaire.
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Alors que le "مِثْل", l'exemple au sens de semblable (5), lui, n'est pas affilié en tant qu'individu à ce dont il est présenté comme semblable : lui et ce dont il est présenté comme semblable sont tous deux affiliés à la même catégorie (نوع) d'êtres (عين), car partageant (au moins) un attribut commun.

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Le "مِثال", l'exemple au sens d'exemplaire (4), possède :
--- quelque chose du second sens radical (b) : l'exemple représente quelque chose. En fait, pour qualifier (Mathal, 3) quelque chose qui n'est pas connu, on cite un exemple de cette chose ; l'exemple se dit donc : "Mithâl" (4) : ce terme, avec ce sens 4, dérive donc du 3. L'exemple que l'on donne, c'est l'un des individus relevant de l'ensemble que l'on vient d'énoncer, lequel individu met en exergue ce que l'on exposait ;
--- également quelque chose du premier sens radical (a) : l'exemple est érigé, montré aux gens.

De Mithâl dérive "تمثيل" / "Tamthîl" (forme II), qui signifie : "donner un exemple".

Ar-Râghib al-Asfahânî écrit que :
--- donner un exemple de ce qu'on dit, c'est fournir ainsi un comparant ;
--- mais donner un comparant, cela peut se faire par la citation d'un exemple, comme cela peut se faire par autre chose que donner un exemple : "الكاف: للتشبيه والتمثيل. (...) وقوله: {كالذي ينفق ماله} الآية فإن ذلك ليس بتشبيه، وإنما هو تمثيل، كما يقول النحويون مثلا: "فالاسم كقولك: زيد"، أي: "مثاله قولك: زيد". والتمثيل أكثر من التشبيه، لأن كل تمثيل تشبيه، وليس كل تشبيه تمثيلا" (Al-Muf'radât). Attention ! Tamthîl signifie ici, sous la plume de ar-Râghib : "donner un Mithâl, un exemple : sens 4" (ici il ne signifie pas : "donner un comparant, Mathal : sens 6", que nous évoquerons plus bas).

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4') "أمثل" / "Amthal" : "le plus exemplaire ; le meilleur" :

Ce sens 4' dérive du 4 : celui qui est le meilleur (4') sert d'exemple (4) pour les autres.

"قَالُوا إِنْ هَذَانِ لَسَاحِرَانِ يُرِيدَانِ أَن يُخْرِجَاكُم مِّنْ أَرْضِكُم بِسِحْرِهِمَا وَيَذْهَبَا بِـطَرِيقَتِكُمُ الْمُثْلَى" : "... et de faire disparaître votre voie la meilleure" (Coran 20/63).
"نَحْنُ أَعْلَمُ بِمَا يَقُولُونَ إِذْ يَقُولُ أَمْثَلُهُمْ طَرِيقَةً إِن لَّبِثْتُمْ إِلَّا يَوْمًا" (Coran 20/104).

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4'') "مثلة" / "Muthla" : "une punition exemplaire" :

Ce sens 4'' dérive lui aussi du 4 : la punition sévère sert d'exemple à qui ne comprenait pas l'interdit, pourtant maintes fois rappelé.

"وَيَسْتَعْجِلُونَكَ بِالسَّيِّئَةِ قَبْلَ الْحَسَنَةِ وَقَدْ خَلَتْ مِن قَبْلِهِمُ الْمَثُلاَتُ" : "... alors qu'avant eux, les mathulât [= les châtiments exemplaires] ont déjà passé" (Coran 13/6). "قال ابن عباس: المثلات العقوبات المستأصلات، كمثلات قطع الأنف والأذن ونحوهما. وقال السدي: النقمات. وقال قتادة: وقائع الله الفاضحة، كمسخ القردة والخنازير. وقال مجاهد: الأمثال المضروبة. وقرأ الجمهور: بفتح الميم وضم التاء؛ ومجاهد والأعمش: بفتحهما؛ وقرأ عيسى بن عمير وفي رواية الأعمش وأبو بكر: بضمهما؛ وابن وثاب: بضم الميم وسكون الثاء؛ وابن مصرف: بفتح الميم وسكون الثاء" (Al-Bah'r ul-muhît).

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5) "مِثْل" / "Mithl" : "semblable" :

Ce sens 5 dérive lui aussi du 3 : pour qualifier (Mathal, 3) quelque chose qui n'est pas connu, on cite une autre chose qui (au moins dans un attribut) lui est semblable ; la chose semblable se dit donc : "مِثْل", "Mithl" (5).

"لَيْسَ كَـمِثْلِهِ شَيْءٌ" : "Pas une chose n'est semblable à Lui" (Coran 42/11).

"ذَلِكَ بِأَنَّهُمْ قَالُواْ إِنَّمَا الْبَيْعُ مِثْلُ الرِّبَا وَأَحَلَّ اللّهُ الْبَيْعَ وَحَرَّمَ الرِّبَا" : "Cela parce qu'ils auront dit : "La vente n'est rien d'autre que semblable à l'intérêt". Alors que Dieu a déclaré la vente licite, et l'intérêt illicite" (Coran 2/175).

"كذلك قالَ الَّذِينَ مِن قَبْلِهِم مِّثْلَ قَوْلِهِمْ تَشَابَهَتْ قُلُوبُهُمْ" : "De la même façon, ceux qui étaient avant eux ont-ils dit chose semblable à leur propos. Leurs cœurs se ressemblent !" (Coran 2/118).

La chose semblable se dit aussi : "نظير" : "Nazîr", comme ar-Râghib l'a écrit : "والنظير: المثيل" (Al-Muf'radât).

Entre deux choses (ou êtres) distinct(e)s, il y a toujours des points de différence ; dès lors, quand on dit qu'ils ou elles sont semblables, c'est dans certains points seulement (au moins dans un point) : "وَإِن تَتَوَلَّوْا يَسْتَبْدِلْ قَوْمًا غَيْرَكُمْ ثُمَّ لَا يَكُونُوا أَمْثَالَكُمْ" : "Si vous vous détournez, alors Il vous remplacera par des gens autres que vous, ensuite (ces) gens ne seront pas semblables à vous [dans le fait de se détourner des ordres de Dieu]" (Coran 47/38) : "ثُمَّ لَا يَكُونُوا أَمْثَالَكُمْ} في التولي، بل يطيعون الله ورسوله ويحبون الله ورسوله" (Tafsîr us-Sa'dî).

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6) "مثل" / "Mathal" signifie : "exemple", au sens de : "semblable présenté par le locuteur (المُمَثِّل) en tant que comparant (المُمَثَّل به) de quelque chose – lui étant donc comparé (المُمَثَّل) –, et ce afin de mieux faire comprendre à l'interlocuteur (المُمَثَّل له) ce comparé (المُمَثَّل)" :

Ce sens 6 dérive du sens 5 (un semblable).
Il contient également quelque chose du sens 4 (un exemple).

Le proverbe est dit : "مثل" / "Mathal" parce que, justement, il fournit un comparant particulier, auquel ressemble le cas de figure particulier que le locuteur et l'interlocuteur ont devant leurs yeux.
Le Mathal du langage est en fait une métaphore (تشبيه بليغ), ou une métaphore directe (استعارة), mais d'un type particulier :
--- d'une part la comparaison sur laquelle cette métaphore s'appuie doit comporter un comparant composé de plusieurs éléments, avec un motif de comparaison (وجه الشبه) qui est lui aussi composé ;
--- d'autre part cette métaphore (en général fondée sur un événement du passé) doit être passée dans le langage courant et être citée pour des cas particuliers lui ressemblant.

Le Mathal du Coran est plus général : il s'agit ici aussi d'un semblable, d'un comparant (مُمَثَّل به), par l'exposé duquel Dieu explique aux hommes (المُمَثَّل لهم) quelque chose (المُمَثَّل) ; mais cela n'est pas une métaphore directe (dont seul le comparant serait évoqué / seul le corollaire du comparé serait cité) : il s'agit plus d'une comparaison. "وَلَقَدْ ضَرَبْنَا لِلنَّاسِ فِي هَذَا الْقُرْآنِ مِن كُلِّ مَثَلٍ لَّعَلَّهُمْ يَتَذَكَّرُونَ قُرآنًا عَرَبِيًّا غَيْرَ ذِي عِوَجٍ لَّعَلَّهُمْ يَتَّقُونَ ضَرَبَ اللَّهُ مَثَلًا رَّجُلًا فِيهِ شُرَكَاء مُتَشَاكِسُونَ وَرَجُلًا سَلَمًا لِّرَجُلٍ هَلْ يَسْتَوِيَانِ مَثَلًا الْحَمْدُ لِلَّهِ بَلْ أَكْثَرُهُمْ لَا يَعْلَمُونَ" : "Et Nous avons cité, à l'attention des hommes, dans ce Coran, de tout type de Mathal, afin qu'ils se souviennent. Un Coran arabe, dénué de tortuosité, afin qu'ils se préservent..." (Coran 39/27-29).

Ar-Râghib écrit : "والمثل عبارة عن قول في شيء يشبه قولا في شيء آخر بينهما مشابهة، ليبين أحدهما الآخر ويصوره. نحو قولهم: "الصيف ضيعت اللبن" فإن هذا القول يشبه قولك: "أهملت وقت الإمكان أمرك". وعلى هذا الوجه ما ضرب الله تعالى من الأمثال، فقال: {وتلك الأمثال نضربها للناس لعلهم يتفكرون}، وفي أخرى: {وما يعقلها إلا العالمون" (Al-Muf'radât).

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III) Note supplémentaire par rapport au sens 5 : Quelle différence entre Mithl (au sens 5) et Shib'h ?
Le verset suivant emploie côte à côte les deux termes (le second terme y étant présent sous la forme verbale) : "كذلك قالَ الَّذِينَ مِن قَبْلِهِم مِّثْلَ قَوْلِهِمْ تَشَابَهَتْ قُلُوبُهُمْ" : "De la même façon, ceux qui étaient avant eux ont-ils dit chose semblable à leur propos. Leurs cœurs se ressemblent !" (Coran 2/118).

Par rapport à l'explication que ar-Râghib a présentée de la différence entre Mithl et Shib'h ("الشبه: يقال فيما يشارك في الكيفية فقط". والمثل: "أعم الألفاظ الموضوعة للمشابهة"), je trouve plus pertinente celle que Ibn Taymiyya en a donnée.

Ibn Taymiyya dit pour sa part que :
"وقد تنازع الناس: هل لفظ الشبه والمثل بمعنى واحد أو معنيين؟ على قولين:
أحدهما: أنهما بمعنى واحد، وأن ما دل عليه لفظ المثل مطلقا ومقيدا يدل عليه لفظ الشبه، وهذا قول طائفة من النظار.
والثاني: أن معناها مختلف عند الإطلاق لغة وشرعا وعقلا (وإن كان مع التقيد والقرينة يراد بأحدهما ما يراد بالآخروهذا قول أكثر الناس"
(Al-Jawâb us-sahîh).

--- Déjà, entre deux choses (ou êtres) distinct(e)s, il y a toujours des points de différence, fût-ce au niveau de l'être (Dhât). Car s'il n'y avait aucune différence entre elles, les deux constitueraient la même chose (هما نفس الشيء / عين الشيء), et la seule différence demeurerait au niveau des termes les désignant chacun(e), ces deux termes en devenant des "synonymes", "مترادفان", ou des "quasi-synonymes", "متقاربان".

--- Dès lors, quand on dit que tel être, ou telle chose, est Mithl, ou bien Shib'h, de tel(le) autre (alors même que les deux sont distincts l'un de l'autre), c'est dans un certain nombre de points seulement (au moins dans un point). Ensuite :

----- sens A) en leur sens strict et premier, les deux termes Mithl et Shib'h  désignent deux choses complètement différentes (mutabâyin), ou deux choses liées par une relation d'inclusion (Mithl étant particulier, et Shib'h général) : le terme "Mithl" véhicule un sens plus accentué que celui que véhicule le mot "Shib'h" :
------- l'être qui est semblable à un autre être dans au moins un attribut, avec la même intensité et le même comment (kayf) par rapport à cet attribut, on dit de lui : "Il est le "Mithl" de l'autre dans cet attribut" ; cela n'empêche pas que sa nature (haqîqa) soit différente de celle de l'autre, lorsque des différences conséquentes existent entre les deux quant aux autres attributs ;
------- alors que l'être qui, dans un attribut, comporte quelque chose de commun avec l'autre, même si cette communauté n'est pas complète au point que l'on puisse dire qu'il est parfaitement semblable à l'autre dans cet attribut, de cet être-là on dit : "Il est le "Shib'h" de l'autre dans cet attribut" : ici, le premier être possède le même attribut que le second, mais dans une intensité différente, ou avec des implications différentes : il est donc dit Shib'h, mais pas Mithl de ce second, dans cet attribut ;

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--- sens B) par contre, lorsque ces deux termes sont employés dans un sens plus général, alors l'un indique la même chose que l'autre.
Cela se voit avec la figure de la comparaison : la comparaison est dite "Tashbîh" ; or celle-ci peut concerner un être qui est bel et bien Mithl (au sens strict, Ade la chose à laquelle il est comparé : il possède le même attribut et à la même intensité qu'elle. La comparaison est toujours dite Tashbîh, et pourtant elle est alors une véritable Tamthîl (au sens A).

Cela se voit aussi avec le hadîth suivant : "ليس مِنّا مَن تشَبَّهَ بغيرنا" ("Ne fait pas partie des nôtres celui qui imite autre que nous"), dont la règle extraite est comme suit : "Certains types de "Tashabbuh" sont madhmûm". En réalité, ce sont certains types de Tamaththul qui sont madhmûm, puisque n'est pas madhmûm le seul fait d'avoir, dans une action des 'âdât non-interdite, seulement certains points communs (donc le Tashabbuh au sens A du terme).

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Quant à la particule "كَـ" / "Kâf" ("comme"), elle induit :

--- parfois une simple "Tashbîh",
--- mais d'autres fois une véritable "Tamthîl" (avec Mithl au sens 5, et au sens A du terme).

Ar-Râghib al-Asfahânî écrit ainsi : "الكاف: للتشبيه والتمثيل" (Al-Muf'radât).

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C'est pourquoi on retrouve mention du "Kâf" et du "Mithl" dans le célèbre propos de Is'hâb ibn Râhawayh que at-Tirmidhî relate ainsi :

"Par contre, les Jahmites ont réfuté ces narrations et ont dit : "Cela constitue de la Tashbîh". (...)

[Or] Is'hâq ibn Ibrâhîm a dit :
"--- La Tashbih ne se produit que lorsqu'on dit : "Main comme une main" ou "semblable à une main", "Entendement comme un entendement" ou "semblable à un entendement".
Si (quelqu'un) dit : "Entendement comme un entendement" ou "semblable à un entendement", cela constitue de la Tashbih.
--- Par contre, quand on dit comme Dieu Elevé a dit : "Main", "Entendement", "Vue", et qu'on ne dit pas "comment" ni qu'on ne dit "semblable à un entendement" ni "comme un entendement", cela ne constitue pas une Tashbîh. Cela est comme Dieu Elevé a dit dans Son Livre :
"لَيْسَ كَمِثْلِهِ شَيْءٌ وَهُوَ السَّمِيعُ البَصِيرُ" : "Rien n'est semblable à Lui, et Il est Celui qui Entend, Celui qui voit"" :
"وقد قال غير واحد من أهل العلم فى هذا الحديث وما يشبه هذا من الروايات من الصفات ونزول الرب تبارك وتعالى كل ليلة إلى السماء الدنيا قالوا: "قد تثبت الروايات فى هذا، ويؤمن بها ولا يتوهم ولا يقال كيف". هكذا روى عن مالك وسفيان بن عيينة وعبد الله بن المبارك، أنهم قالوا فى هذه الأحاديث: "أمِرُّوها بلا كيف". وهكذا قول أهل العلم من أهل السنة والجماعة. وأما الجهمية فأنكرت هذه الروايات وقالوا هذا تشبيه.
وقد ذكر الله عز وجل فى غير موضع من كتابه اليد والسمع والبصر؛ فتأولت الجهمية هذه الآيات ففسَّروها على غير ما فسَّر أهل العلم، وقالوا: "إن الله لم يخلق آدم بيده". وقالوا: "إن معنى اليد ها هنا القوة".
وقال إسحاق بن إبراهيم: "إنما يكون التشبيه إذا قال"يد كـيد" أو"مثل يد" أو "سمع كـسمع" أو "مثل سمع"؛ فإذا قال"سمع كـسمع" أو "مثل سمع"، فهذا التشبيه. وأما إذا قال كما قال الله تعالى: "يد وسمع وبصر"، ولا يقول "كيف" ولا يقول "مثل سمع" ولا "كـسمع"، فهذا لا يكون تشبيها؛ وهو كما قال الله تعالى فى كتابه: "ليس كمثله شىء وهو السميع البصير"
(Jâmi' ut-Tirmidhî, commentaire du hadîth n° 662).

Plutôt que faire la négation du terme "Tashbîh" quant aux Attributs de Dieu (et ce, par rapport aux attributs humains), Ibn Taymiyya a préféré pour sa part, par souci de plus grande précision, faire la négation du terme "Tamthîl" : il dit donc que les Attributs que les textes mentionnent, on attribue à Dieu "sans Tak'yîf ni Tamthîl" : "ومن الإيمان بالله: الإيمان بما وصف به نفسه في كتابه وبما وصفه به رسوله محمد صلى الله عليه وسلم من غير تحريف ولا تعطيل ومن غير تكييف ولا تمثيل" (MF 3/129-130).
Et, lorsqu'il fut convoqué pour s'expliquer sur sa 'Aqîda, il relate avoir expliqué son choix de ce terme "Tamthîl" ainsi : "وقلت له أيضا: ذكرت في النفي "التمثيل"، ولم أذكر "التشبيه"؛ لأن التمثيل نفاه الله بنص كتابه حيث قال: {ليس كمثله شيء} وقال: {هل تعلم له سميا}؛ وكان أحب إلي من لفظ ليس في كتاب الله ولا في سنة رسوله، وإن كان قد يعنى بنفيه معنى صحيح، كما قد يعنى به معنى فاسد" (MF 3/166).
"وتمام الكلام في هذا الباب أنك تعلم أنا لا نعلم ما غاب عنا إلا بمعرفة ما شهدناه فنحن نعرف أشياء بحسنا الظاهر أو الباطن وتلك معرفة معينة مخصوصة. ثم إنا بعقولنا نعتبر الغائب بالشاهد فيبقى في أذهاننا قضايا عامة كلية. ثم إذا خوطبنا بوصف ما غاب عنا لم نفهم ما قيل لنا إلا بمعرفة المشهود لنا. فلولا أنا نشهد من أنفسنا جوعا وعطشا وشبعا وريا وحبا وبغضا ولذة وألما ورضى وسخطا، لم نعرف حقيقة ما نخاطب به إذا وصف لنا ذلك وأخبرنا به عن غيرنا. وكذلك لو لم نعلم ما في الشاهد حياة وقدرة وعلما وكلاما، لم نفهم ما نخاطب به إذا وصف الغائب عنا بذلك. وكذلك لو لم نشهد موجودا، لم نعرف وجود الغائب عنا. فلا بد فيما شهدناه وما غاب عنا من قدر مشترك هو مسمى اللفظ المتواطئ. فبهذه الموافقة والمشاركة والمشابهة والمواطأة نفهم الغائب ونثبته؛ وهذا خاصة العقل. ولولا ذلك لم نعلم إلا ما نحسه ولم نعلم أمورا عامة ولا أمورا غائبة عن إحساسنا الظاهرة والباطنة. ولهذا من لم يحس الشيء ولا نظيره لم يعرف حقيقته. ثم إن الله تعالى أخبرنا بما وعدنا به في الدار الآخرة من النعيم والعذاب وأخبرنا بما يؤكل ويشرب وينكح ويفرش وغير ذلك. فلولا معرفتنا بما يشبه ذلك في الدنيا؛ لم نفهم ما وعدنا به؛ ونحن نعلم مع ذلك أن تلك الحقائق ليست مثل هذه؛ حتى قال ابن عباس رضي الله عنه ليس في الدنيا مما في الجنة إلا الأسماء وهذا تفسير قوله {وأتوا به متشابها} على أحد الأقوال. فبين هذه الموجودات في الدنيا وتلك الموجودات في الآخرة مشابهة وموافقة واشتراك من بعض الوجوه؛ وبه فهمنا المراد وأحببناه ورغبنا فيه أو أبغضناه ونفرنا عنه. وبينهما مباينة ومفاضلة لا يقدر قدرها في الدنيا؛ وهذا من التأويل الذي لا نعلمه نحن بل يعلمه الله تعالى" (MF 5/346-347).

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Voici tout l'écrit de Ibn Taymiyya exposant la différence entre "Mithl" et "Shib'h" :

"وشبه الشيء بالشيء يكون لمشابهته له من بعض الوجوه، وذلك لا يقتضي التماثل الذي يوجب أن يشتركا فيما يجب ويجوز ويمتنع. وإذا قيل "هذا حي عليم قدير، وهذا حي عليم قدير، فتشابها في مسمى الحي والعليم والقدير"، لم يوجب ذلك أن يكون هذا المسمى مماثلا لهذا المسمى فيما يجب ويجوز ويمتنع.
بل هنا ثلاثة أشياء: أحدها: القدر المشترك، الذي تشابها فيه، وهو معنى كلي لا يختص به أحدهما، ولا يوجد كليا عاما مشتركا إلا في علم العالم.

والثاني: ما يختص به هذا، كما يختص الرب بما يقوم به من الحياة والعلم والقدرة.
والثالث: ما يختص به ذاك، كما يختص به العبد من الحياة والعلم والمقدرة. فما اختص به الرب عز وجل لا يشركه فيه العبد، ولا يجوز عليه شيء من النقائص التي تجوز على صفات العبد. وما يختص به العبد لا يشركه فيه الرب، ولا يستحق شيئا من صفات الكمال التي يختص بها الرب عز وجل. وأما القدر المشترك كالمعنى الكلي الثابت في ذهن الإنسان فهذا لا يستلزم خصائص الخالق ولا خصائص المخلوق، فالاشتراك فيه لا محذور فيه.

ولفظ التوراة فيه: "سنخلق بشرا على صورتنا يشبهنا"، لم يقل: "على مثالنا"؛ وهو كقول النبي صلى الله عليه وسلم في الحديث الصحيح "لا يقولن أحدكم: قبح الله وجهك ووجه من أشبه وجهك، فإن الله تعالى خلق آدم على صورته": فلم يذكر الأنبياء صلوات الله وسلامه عليهم كموسى، ومحمد صلى الله عليه وسلم إلا لفظة شبه، دون لفظ مثل.
وقد تنازع الناس: هل لفظ الشبه والمثل بمعنى واحد أو معنيين؟ على قولين:
أحدهما: أنهما بمعنى واحد، وأن ما دل عليه لفظ المثل مطلقا ومقيدا يدل عليه لفظ الشبه، وهذا قول طائفة من النظار.
والثاني: أن معناها مختلف عند الإطلاق لغة وشرعا وعقلا (وإن كان مع التقيد والقرينة يراد بأحدهما ما يراد بالآخر)، وهذا قول أكثر الناس.
وهذا الاختلاف مبني على مسألة عقلية، وهو أنه هل يجوز أن يشبه الشيء الشيء من وجه دون وجه، وللناس في ذلك قولان: فمن منع أن يشبهه من وجه دون وجه قال: المثل والشبه واحد. ومن قال: إنه قد يشبه الشيء الشيء من وجه دون وجه، فرق بينهما عند الإطلاق؛ وهذا قول جمهور الناس.
فإن العقل يعلم أن الأعراض مثل الألوان تشتبه في كونها ألوانا، مع أن السواد ليس مثل البياض.
وكذلك الأجسام والجواهر عند جمهور العقلاء تشتبه في مسمى الجسم والجوهر، وإن كانت حقائقها ليست متماثلة؛ فليست حقيقة الماء مماثلة لحقيقة التراب، ولا حقيقة النبات مماثلة لحقيقة الحيوان، ولا حقيقة النار مماثلة لحقيقة الماء، وإن اشتركا في أن كلا منهما جوهر وجسم وقائم بنفسه.
وأيضا فمعلوم في اللغة أنه يقال: "هذا يشبه هذا، وفيه شبه من هذا" إذا أشبهه من بعض الوجوه، وإن كان مخالفا له في الحقيقة. قال الله تعالى: {وأتوا به متشابها}؛ وقال: {منه آيات محكمات هن أم الكتاب وأخر متشابهات فأما الذين في قلوبهم زيغ فيتبعون ما تشابه منه ابتغاء الفتنة وابتغاء تأويله}؛ {وقال الذين لا يعلمون لولا يكلمنا الله أو تأتينا آية كذلك قال الذين من قبلهم مثل قولهم تشابهت قلوبهم} فوصف القولين بالتماثل، والقلوب بالتشابه لا بالتماثل، فإن القلوب وإن اشتركت في هذا القول، فهي مختلفة لا متماثلة"
(Al-Jawâb us-Sahîh, 2/192-194).

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IV) A propos de la phrase : "Aussi, ne donnez pas pour Allah les Amthâl" présente dans ce verset : "وَيَعْبُدُونَ مِن دُونِ اللّهِ مَا لاَ يَمْلِكُ لَهُمْ رِزْقًا مِّنَ السَّمَاوَاتِ وَالأَرْضِ شَيْئًا وَلاَ يَسْتَطِيعُونَ فَلاَ تَضْرِبُواْ لِلّهِ الأَمْثَالَ إِنَّ اللّهَ يَعْلَمُ وَأَنتُمْ لاَ تَعْلَمُونَ" (Coran 16/73-74), j'ai trouvé trois commentaires :

--- "Amthâl" a ici le sens 3 : "Attributs" : la phrase de ce verset signifie alors : "N'attribuez pas, à Dieu, des Attributs de votre propre chef" : "وقد منع الله تعالى عن ضرب الأمثال بقوله: {فلا تضربوا لله الأمثال}؛ ثم نبه أنه قد يضرب لنفسه المثل، ولا يجوز لنا أن نقتدي به. فقال: {إن الله يعلم وأنتم لا تعلمون}، ثم ضرب لنفسه مثلا فقال: {ضرب الله مثلا عبدا مملوكا} الآية. وفي هذا تنبيه أنه لا يجوز أن نصفه بصفة مما يوصف به البشر إلا بما وصف به نفسه" (Muf'radât ar-Râghib).

--- "Amthâl" a ici le sens 5 : "Semblables" : la phrase signifie alors : "N'attribuez pas à Dieu des semblables, que vous Lui associez" : "أي لا تجعلوا له أندادا وأشباها وأمثالا" (Tafsîr Ibn Kathîr) ; "لا تجعلوا لله أشباها تشركونهم به" (Tafsîr ul-Jalâlayn).

--- "Amthâl" a ici le sens 6 : "Comparaisons pour des croyances ou des actions" : la phrase signifie alors : "Ne tenez pas des raisonnements analogiques qui vont à l'encontre de ceux que Dieu a énoncés" : "ويجوز أن يراد: فلا تضربوا لله الأمثال، إن الله يعلم كيف يضرب الأمثال، وأنتم لا تعلمون" (Al-Kashshâf). Il s'agit de ne pas citer de comparants faux, tels que l'ont fait ceux dont Dieu parle en ces termes : "ذَلِكَ بِأَنَّهُمْ قَالُواْ إِنَّمَا الْبَيْعُ مِثْلُ الرِّبَا وَأَحَلَّ اللّهُ الْبَيْعَ وَحَرَّمَ الرِّبَا" : "Cela parce qu'ils auront dit : "La vente n'est rien d'autre que semblable à l'intérêt [en son principe de consister en un bénéfice d'argent] !" Alors que Dieu a déclaré la vente licite, et l'intérêt illicite" (Coran 2/175).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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