Le Haman de la cour de Xerxès transposé par erreur à celle du Pharaon dans le Coran ?

Un message :

J'ai maintenant la preuve que le Coran n'est qu'une copie de la Bible, et de surcroît une mauvaise copie. (…) Et puis le Coran dit que le pharaon de l'époque de Moïse avait un ministre nommé Haman. En fait votre prophète s'est trompé : Haman était bien un ministre et était bien un ennemi des fils d'Israël, mais, comme on peut le lire dans le récit biblique d'Esther, il était ministre du roi perse Xerxès Ier (Vème siècle avant Jésus Christ) et non de Pharaon ! Il faudrait vraiment être aveugle pour ne pas voir que votre prophète a mal recopié la Bible.

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Réponse :

Nous musulmans avons comme croyance que le Prophète n'est pas l'auteur mais le simple récepteur et retransmetteur du texte coranique.

Pour ce qui est de la présence de ce nom propre, "Hâmân", dans le texte coranique, il y figure effectivement à quelques reprises : en Coran 28/6, 28/8 et 28/36 ; en Coran 29/39 ; et en Coran 40/34 et 40/36.

La première chose qu'il faut rappeler ici est que le Coran ne dit pas explicitement que Hâmân était "ministre de Pharaon". C'est certes ce que des commentateurs du Coran ont écrit, et il est réellement possible que sa fonction ait correspondu à celle de qui est nommé aujourd'hui "ministre", mais rappelons que le Coran ne le dit pas explicitement. Voici ce qu'on lit : "Et Pharaon dit : "Hâmân, bâtis-moi une tour afin que j'atteigne les voies, les voies des cieux, et que je puisse apercevoir la divinité de Moïse ; je pense de lui qu'il est un menteur" (Coran 40/36-37). Il y a un thème voisin en 28/38, où le texte coranique relate que Pharaon demanda à Hâmân de préparer des briques en terre cuite et de bâtir ladite tour. Ces deux passages semblent montrer que Hâmân était un haut responsable sous Pharaon, peut-être bien un ministre.

La seconde chose qu'il faut dire c'est que je ne comprends pas pourquoi, selon vous, il serait impossible que deux personnes relativement éloignées l'une de l'autre dans l'espace comme dans le temps aient le même nom ? 

La Torah et le Coran relatent que [dans l'Egypte sous domination hyksos] un israélite du nom de Joseph (fils de Jacob), avait fait excellente impression sur le roi d'Egypte, qui lui avait alors confié une responsabilité administrative.
Or Flavius Josèphe relate que dans l'Egypte hellénistique, un israélite du nom de Joseph (fils de Tobie), avait fait excellente impression sur le roi d'Egypte, qui lui confia alors une responsabilité (Antiquités judaïques, Livre 2, chapitre IV, point 2).
Confusion ?
Pas du tout.
Ce sont seulement deux personnages distincts, vivant l'un des siècles après l'autre, mais qui portent le même nom et à qui il est arrivé des choses voisines au milieu d'autres choses différentes.

Sans compter que certains commentateurs musulmans disent que "Hâmân" peut avoir été non pas le nom propre de ce personnage nommé dans le Coran, mais un titre : il signifierait alors "ministre", ou quelque chose du genre. Cela tout comme les noms "pharaon", "césar", "négus", etc. sont des titres et pas des noms propres.

Le commentateur Ibn Âshûr a évoqué ces deux possibilités : "وما كانوا يحذرون هو زوال ملكهم بسبب رجل من بني إسرائيل حسبما أنذره بذلك الكهان. ومعنى إراءتهم ذلك إراءتهم مقدماته وأسبابه. وفرعون الذي أري ذلك هو ملك مصر "منفتاح الثالث"، وهو الذي حكم مصر بعد "رعمسيس الثاني" (الذي كانت ولادة موسى في زمانه وهو الذي كان يحذر ظهور رجل من إسرائيل يكون له شأن). و"هامان": قال المفسرون: هو وزير فرعون. وظاهر آيات هذه السورة يقتضي أنه وزير فرعون. وأحسب أن هامان ليس باسم علم ولكنه لقب خطة، مثل فرعون وكسرى وقيصر ونجاشي؛ فالظاهر أن هامان لقب وزير الملك في مصر في ذلك العصر. وجاء في كتاب "أستير" من كتب اليهود الملحقة بالتوراة تسمية وزير "أحشويروش" ملك الفرس: "هامان"؛ فظنوه علما، فزعموا أنه لم يكن لفرعون وزير اسمه "هامان"، واتخذوا هذا الظن مطعنا في هذه الآية. وهذا اشتباه منهم! فإن الأعلام لا تنحصر. وكذلك ألقاب الولايات قد تشترك بين أمم وخاصة الأمم المتجاورة. فيجوز أن يكون هامان علما، من "الأمان"؛ فإن الأعلام تتكرر في الأمم والعصور. ويجوز أن يكون لقب خطة في مصر، فنقل اليهود هذا اللقب إلى بلاد الفرس في مدة أسرهم. ويشبه هذا الطعن طعن بعض المستشرقين من نصارى العصر في قوله تعالى في شأن مريم حين حكى قول أهلها لها {يا أخت هارون} فقالوا: "هذا وهم، انجر من كون أبي مريم اسمه عمران، فتوهم أن عمران هو أبو موسى الرسول عليه السلام، وتبع ذلك توهم أن مريم أخت موسى وهارون." وهو مجازفة، فإن النصارى لا يعرفون اسم أبي مريم! وهل يمتنع أن يكون مسمى على اسم أبي موسى وهارون؟ وهل يمتنع أن يكون لمريم أخ اسمه هارون؟ وقد تكلمنا على ذلك في سورة مريم" (At-Tahrîr wa-t-tanwîr).

Alors que la Torah et le Coran relate que Joseph, un des fils d'Israël, avait impressionné le roi d'Egypte, qui lui avait alors confié une responsabilité administrative, Flavius Josèphe relate que, beaucoup plus tard, dans l'Egypte hellénistique, un israélite du nom de Joseph (fils de Tobie) impressionna le roi d'Egypte, qui lui confia alors une responsabilité (Antiquités judaïques, Livre 2, chapitre IV, point 2). Confusion ? Pas du tout.

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Il faut noter ici que Maurice Bucaille a écrit ceci sur le sujet :

"Je voulais savoir si ce nom [Hâmân] n'aurait pas correspondu à un nom hiéroglyphique conservé dans des documents de cette époque. D'abord, que pouvait suggérer la translittération [de ce nom en arabe, tel qu'il figure dans le texte coranique] à un expert qui devait naturellement en plus [de connaître la langue égyptienne ancienne] connaître parfaitement la langue arabe littéraire [classique] et non le [seul] dialecte [arabe] égyptien actuel, familier à nombre d'égyptologues à l'exclusion de la langue classique ? Un de nos plus distingués égyptologues répondant pleinement à ces deux conditions voulut bien me répondre.

Je m'abstins de faire connaître à mon interlocuteur de quel texte en langue arabe il s'agissait, me contentant de lui faire savoir que ce texte datait du VIIè siècle de l'ère chrétienne. Lorsque j'eus écrit devant lui le nom arabe, il reconnut immédiatement ce qu'il traduisait de la langue égyptienne ancienne, tout en m'assurant que j'avais été abusé en ce qui concernait la date du texte arabe pour la raison suivante (que je n'ignorais pas) : aucun texte de toute la longue période d'oubli total des hiéroglyphes ne pouvait contenir un nom, jusqu'alors inconnu, de consonance hiéroglyphique, consonance qu'avait précisément ce mot arabe. Il me conseilla néanmoins de consulter le Dictionnaire des noms de personnes du Nouvel Empire de l'Allemand Ranke, ouvrage classique, et d[e] rechercher si le nom dont il dessinait le hiéroglyphe était bien contenu dans ce dictionnaire donnant les translittérations en allemand, ce qui me faciliterait le contrôle. Je découvris le nom écrit dans ce dictionnaire très exactement comme l'expert l'avait prévu. Et, ô stupeur, voici qu'en plus je lisais en allemand la profession de ce notable : "Chef des ouvriers des carrières", car c'est ainsi qu'on appelait celui qui avait la main haute sur les constructions.

Lorsque je revins vers l'expert, avec la photocopie de la page concernée du dictionnaire, et que j'ouvris devant lui une des pages du Coran où il put lire Hâmân, il fut sans voix…

J'ajouterai que Ranke donnait en référence un livre de 1906 de l'égyptologue Walter Wreszinski mentionnant que le nom de Hâmân figurait sur une stèle du musée de la ville de Vienne (Autriche) ; plus tard, je fus à même de lire la profession écrite en hiéroglyphe et ponctuée, si je puis dire, de déterminatifs accompagnant le nom et ne laissant aucun doute sur l'importance du personnage.

Si la Bible ou toute autre œuvre littéraire connue antérieure à la révélation coranique avait cité Hâmân et sa profession, l'existence de ce détail relaté par le Coran n'aurait sans doute intrigué personne. Mais il se trouve que ce sont seulement des données de l'égyptologie moderne qui attirent l'attention sur cette mention contenue dans le Coran. Ne pouvant pas apparemment être reliée à des connaissances antérieures à l'époque de sa communication, comment ne conduirait-elle pas à ce que l'on s'interroge sur l'origine de sa présence dans le Coran ?" (Moïse et Pharaon, 1995, Seghers, pp. 321-323).

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Il faut cependant préciser ici que cette affirmation de Bucaille a fait l'objet de critiques de la part de certains spécialistes :

Voici ce qu'on lit sur la fiche wikipedia consacrée à ce point :
"contrairement à ce que déclare Maurice Bucaille, le dictionnaire de Ranke ne donne aucune correspondance exacte du nom Haman et ne donne pas d'information quant aux métiers des personnes cités. Il fait mention d'un Ḥmn-Ḥ(?) du Nouvel Empire égyptien présent dans la publication de Walter Wreszinski.
Le relief en question, un jambage de porte et non une stèle, se trouve au musée de Vienne (N° d'inventaire 5821/5822). Le nom porté a été reconnu comme "Hemen-Hotep", "supérieur des tailleurs de pierre d'Amon".
Les titres de l'inscription ne révèlent pas de proximité particulière avec le pharaon. Le nom et le rang social de ce personnage sont donc différents de ceux du personnage Haman présenté dans le Coran. (...)"
(fr.wikipedia.org).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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