Le terme "Sharî'a" (ou "Charia") signifie, et désigne tout simplement : "la Voie qui mène à Dieu et qui est constituée des croyances, de la spiritualité et des règles relatives à toute la vie"

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Littéralement :

"Sharî'a" veut dire : "voie".

"Sha-ra-'a" signifie : "suivre une voie / rendre clair une voie" (= tracer une voie) : ("قال ابن الأعرابي: شرع أي أظهر" : Lissân ul-'Arab) ("شرع لهم الطريق: نهجه وأظهره" : Al-Munjid).
"Shar'" est à l'origine le nom d'action (masdar) de ce verbe, et signifie : "le fait de rendre clair une voie". Ensuite, la "Shar'" désigne : "la Voie qui a ainsi été rendue claire" (تسمية المفعول باسم الفعل؛ أو: تسمية المسبّب باسم السبب؛ أو: علاقة سببيّة). On appelle une telle voie : "Shar'", mais aussi : "Shir'", "Shira'", "Shir'a" et "Sharî'a" (Al-Munjid). "Sharî'a" vaut en fait : "Mashrû'a" : "la voie qui a été rendu claire / qui a été tracée".

De là, "sha-ra-'a" signifie : "faire une loi" (puisqu'une loi est aussi une voie qui a été tracée / rendue claire), et "shar-ra-'a" (à la forme II) est son synonyme.

Par ailleurs, "shara'a fi-l-mâ'" signifie aussi : "entrer dans l'eau" / "boire de ses mains dans un cours d'eau" ; et que "shara'a al-mâshiya" signifie : "emmener le troupeau au point d'eau" (Al-Munjid) ("شرع الوارد يشرع شرعا وشروعا: تناول الماء بفيه. وشرعت الدواب في الماء تشرع شرعا وشروعا أي دخلت" : Lissân ul-Arab). Dès lors, "Shir'", "Shira'", "Shir'a" et "Sharî'a" signifient parfois, de façon plus précise encore : "la voie qui mène à l'eau" (Al-Munjid, sens 3) ("والشريعة موضع على شاطئ البحر تشرع فيه الدواب. والشريعة والشرعة: ما سن الله من الدين وأمر به كالصوم والصلاة والحج والزكاة وسائر أعمال البر" : Lissân ul-'Arab).

Dans le langage islamique, le terme "Sharî'a" signifie : "la voie qui a été instituée par Dieu et qui mène à Dieu."

Al-Asfahânî écrit :
"الشرع: نهج الطريق الواضح؛ يقال: شرعت له طريقا؛ والشرع: مصدر، ثم جعل اسما للطريق النهج فقيل له: شرع، وشرع، وشريعة. واستعير ذلك للطريقة الإلهية. قال تعالى: {لكل جعلنا منكم شرعة ومنهاجا" (Al-Muf'radât).
"قال بعضهم: سميت الشريعة شريعة تشبيها بشريعة الماء من حيث أن من شرع فيها على الحقيقة المصدوقة روي وتطهر" (Al-Muf'radât).

Al-Qurtubî écrit, commentant le verset 5/48 : "والشريعة في اللغة: الطريق الذي يتوصل منه إلى الماء. والشريعة ما شرع الله لعباده من الدين، وقد شرع لهم يشرع شرعا أي سن. والشارع الطريق الأعظم" (Tafsir ul-Qurtubî).

At-Taftâzânî écrit : "والشرع والشريعة: ما شرع الله تعالى لعباده من الدين، أي أظهر وبين. وحاصله الطريقة المعهودة الثابتة من النبي عليه السلام. جعلها على طريق الاستعارة المكنية، بمنزلة روضات وجنات، فأثبت لها مشارع يردها المتعطشون إلى زلال الرحمة والرضوان؛ وبهذا الطريق أثبت لقبول العبادة الذي هو مهب ألطاف الرحمن ومطلع أنوار الغفران ريح الصبا التي بها روح الأبدان ونماء الأغصان" (At-Talwîh, p. 15).

Il y a là, écrivent ces ulémas, une métaphore : la voie que l'on doit suivre pour se rapprocher de Dieu a été nommée "voie qui mène à l'eau" dans la mesure où le lieu où elle mène est le Jardin où coulent les rivières ; dans la mesure, aussi, où elle conduit à ce qui purifie et étanche la soif, et donc répond aux besoins de l'homme.

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Dans le Coran :

"وَلَقَدْ آتَيْنَا بَنِي إِسْرَائِيلَ الْكِتَابَ وَالْحُكْمَ وَالنُّبُوَّةَ وَرَزَقْنَاهُم مِّنَ الطَّيِّبَاتِ وَفَضَّلْنَاهُمْ عَلَى الْعَالَمِينَ {45/16} وَآتَيْنَاهُم بَيِّنَاتٍ مِّنَ الْأَمْرِ فَمَا اخْتَلَفُوا إِلَّا مِن بَعْدِ مَا جَاءهُمْ الْعِلْمُ بَغْيًا بَيْنَهُمْ إِنَّ رَبَّكَ يَقْضِي بَيْنَهُمْ يَوْمَ الْقِيَامَةِ فِيمَا كَانُوا فِيهِ يَخْتَلِفُونَ {45/17} ثُمَّ جَعَلْنَاكَ عَلَى شَرِيعَةٍ مِّنَ الْأَمْرِ فَاتَّبِعْهَا وَلَا تَتَّبِعْ أَهْوَاء الَّذِينَ لَا يَعْلَمُونَ {45/18}" : "Puis Nous t'avons placé sur une voie ("sharî'a") relevant de Notre Ordre. Suis-la donc et ne suis pas les désirs de ceux qui ne savent pas" (Coran 45/18).

"شَرَعَ لَكُم مِّنَ الدِّينِ مَا وَصَّى بِهِ نُوحًا وَالَّذِي أَوْحَيْنَا إِلَيْكَ وَمَا وَصَّيْنَا بِهِ إِبْرَاهِيمَ وَمُوسَى وَعِيسَى أَنْ أَقِيمُوا الدِّينَ وَلَا تَتَفَرَّقُوا فِيهِ كَبُرَ عَلَى الْمُشْرِكِينَ مَا تَدْعُوهُمْ إِلَيْهِ" : "Il a tracé pour vous, comme voie, ce qu'Il avait enjoint à Noé, et ce qu'Il avait révélé à Abraham, Moïse, Jésus : "Etablissez* cette Voie et ne faites pas de division* à son sujet" (Coran 42/13) (* "Etablissez cette voie" peut signifier : "Ne la modifiez pas" ; ** "Ne faites pas de division" peut signifier : "N'y adhérez pas pour partie seulement" : Bayân ul-qur'ân). Ce verset évoque la partie commune à toutes les révélations faites à tous les prophètes-messagers.

"لِكُلٍّ جَعَلْنَا مِنْكُمْ شِرْعَةً وَمِنْهَاجًا وَلَوْ شَاءَ اللَّهُ لَجَعَلَكُمْ أُمَّةً وَاحِدَةً وَلَكِنْ لِيَبْلُوَكُمْ فِي مَا آتَاكُمْ فَاسْتَبِقُوا الْخَيْرَاتِ إِلَى اللَّهِ مَرْجِعُكُمْ جَمِيعًا فَيُنَبِّئُكُمْ بِمَا كُنْتُمْ فِيهِ تَخْتَلِفُونَ" : "A chaque (groupe) d'entre vous, nous avons assigné une voie ("shir'a") et une façon de faire. Et si Dieu l’avait voulu, Il aurait fait de vous un seul groupe, mais (Il ne l'a pas fait) afin de vous éprouver dans ce qu’Il vous a donné. Aussi, pressez-vous vers les bonnes œuvres. Vers Dieu se fera votre retour à tous, et alors Il vous informera de ce en quoi vous divergiez" (Coran 5/48). Ce verset évoque quant à lui les différences existant entre les Voies résultant de la Torah, de l'Evangile et du Coran (Tafsîr ul-Qurtubî, Tafsîr Ibn Kathîr, etc.), vu que les versets 5/43 et 44 parlaient de la Torah, le verset 5/46 de l'Evangile, et le verset 5/48 du Coran.
Ibn Abbâs dit qu'ici "shir'a" a un sens particulier : "ce que Dieu a institué par Sa Parole", et que "minhâj" désigne : "ce que Son messager a institué" : "قال ابن عباس: الشرعة: ما ورد به القرآن؛ والمنهاج: ما ورد به السنة" (Al-Muf'radât).
Chaque Communauté se réclamant d'un Grand Messager a donc reçu une Loi Fondamentale qui a été tracée par la Parole de Dieu, ainsi qu'un nécessaire Complément qui a été tracé par les paroles, actions et approbations de chacun de ces Messagers.
La diversité des messages venant de Dieu constitue une épreuve pour ces hommes, dans la mesure où il s'agit, pour ceux d'entre eux qui vivent à l'époque d'un plus récent message de Dieu, d’abandonner les traditions de ses pères pour se conformer à ce plus récent message divin. Ce qui constitue indéniablement une épreuve.

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On le voit :

La "Sharî'a" est tout simplement la Voie que Dieu a tracée pour les hommes afin qu'ils puissent vivre sur Terre tout en se rapprochant de Lui. Cette Voie est constituée aussi bien des croyances ('aqîda) et de la spiritualité (ihsân) que du droit (ahkâm).

 

Le terme "Sharî'a" est synonyme de "Dîn".
Qu'est-ce que le
Dîn ?
La Voie qui mène à Dieu est comparable à une Route ;

Un savant musulman contemporain, al-Qaradhâwî, écrit : "Par "Sharî'a" j'entends : "l'islam dans sa globalité", c'est-à-dire ce que l'islam enseigne de croyances, de conception de la vie et d'actes de culte, ce qu'il enseigne de pensée et de sentiments, d'éthique et de valeurs, de règles de politesse et de traditions, de droit et de législation. Tous ces éléments sont constitutifs de la société musulmane. Le droit n'est – malgré son importance – qu'un élément parmi d'autres. Dès lors, comment penser que par le simple fait d'avoir émis quelques règles juridiques, nous aurons donné naissance à la société musulmane voulue ? Une législation seule ne forme pas un peuple : elle doit être appuyée par un changement de pensée et de sentiments" (Sharî'at ul-islâm sâliha li-t-tatbîq fî kulli zamân wa makân, p. 134). En effet, la seule parution de lois ne forme pas un peuple : témoin l'histoire de la Prohibition aux Etats-Unis dans les années 1920. A comparer avec l'histoire de l'interdiction de l'alcool telle qu'elle a été réalisée à Médine dans les années 620 : précédée d'une longue formation des coeurs et des esprits, appliquée avec progressivité et sagesse, elle a été acceptée de plein gré et a perduré...

Si le droit musulman – qui déjà ne forme qu'une partie de la charia – intéresse tous les aspects de la vie, appliquer ce droit ne veut nullement dire appliquer les règles pénales seulement, ni même appliquer ces règles prioritairement et commencer donc par elles sans regard pour l'état de la société. Au contraire, l'application de ces règles demande que l'état de la société le permette. C'est bien pourquoi Omar ibn ul-Khattâb (que Dieu l'agrée), second calife du Prophète (sur lui la paix), avait suspendu la peine concernant le vol pendant une grande famine (A'lâm ul-muwaqqi'în, 3/17-18). Al-Qaradhâwî écrit ainsi : "Ainsi en est-il de la peine prévue pour le vol : dans la logique de la justice qui caractérise l'islam, il n'est pas permis d'appliquer le verset coranique (parlant de cette peine) tout en ayant délaissé les versets coraniques demandant d'établir l'acquittement de la zakâte [aumône obligatoire], de donner naissance à la justice sociale, de combattre les abus des hommes sur les hommes. Il y a dans le Coran un verset qui demande (de punir) le voleur. Tandis qu'il y a des dizaines et des dizaines de versets qui demandent de dépenser de ses biens pour les nécessiteux et de nourrir les pauvres, qui interdisent la thésaurisation des biens, critiquent le désir entretenu d'en amasser toujours plus, interdisent la fraude, les prêts à intérêt, les jeux de hasard avec mise, les injustices sous toutes leurs formes, et ordonnent de donner naissance à la justice et à la solidarité sociales de sorte qu'il ne reste plus, dans une vraie société musulmane, de nécessiteux" (Ibid., p. 134).

Donner place dans son cœur aux croyances musulmanes, vivre la spiritualité musulmane et les règles de l'islam qu'il est possible d'appliquer en fonction du contexte dans lequel le musulman vit, c'est donc... appliquer la Sharî'a.

Agir pour le progrès spirituel et moral de la société, pour un développement global et durable de cette société, pour le bien de tous les hommes, c'est aussi... vivre la Sharî'a.

Quant aux règles pénales, elles sont régies par des principes spécifiques.

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Pour aller plus loin, lire les autres articles suivants :

– La différence entre Sharîa' Munazzala, Sharî'a Mu'awwala et Sharî'a Mubaddala (الفرق بين الشرع المنزل، والشرع المؤول، والشرع المبدل) ;
Il existe 2 sens au terme "Shar'î" ;

Quand il y a divergence d'interprétations ou d'avis entre les mujtahidûn, l'avis qui est juste (swawâb) peut-il toujours être distingué de façon qat'î ? - L'existence d'interprétations divergentes entre les ulémas est-ce une miséricorde (رحمة), ou un problème ?! ;
Face à des argumentations divergentes, il y a : - les cas où on peut (et on doit) être certain de la rectitude de tel avis (الجزم مع القطع بـ) ; - les cas où il s'agit d'affirmer de façon ferme que c'est tel avis qui est correct (الجزم) ; - les cas où il s'agit de donner préférence à tel avis (الترجيح) ; - les cas où il s'agit de pencher vers tel avis (الميلان) ; - les cas où il s'agit de ne pas se prononcer (التوقف) ;
Lorsque sur une question donnée (mas'ala) il n'y a eu que 2 (ou 3, ou 4, ou plus encore) avis chez tous les Salaf, est-il impossible que des grands ulémas postérieurs pensent un nouvel avis, par une nouvelle synthèse des textes existant ? ;
Peut-on, à une personne, donner comme Fatwa que l'action est Autorisée, et à une autre que la même Action est Interdite ? - Distinguer les cas de réel Double Discours, et les cas des Différences de Réponses dues à des Différences de Situations (هل يمكن تغيير الفتوى بتغير الواقع؟) ;
Peut-on suivre une école juridique de référence (Madh'hab), et adopter l'avis d'une autre école (Madh'hab) sur quelques questions précises, par égard pour le Contexte : par Maslaha ? ;
L'autorité exécutive d'un pays musulman peut-elle imposer à tous les musulmans s'y trouvant de ne plus pratiquer, à propos d'une question donnée, qu'un avis précis parmi tous les avis existant depuis des siècles entre les mujtahidûn ? ;

Lorsque, par rapport à la situation dans laquelle il se trouve dans le Réel (الواقع), le musulman a devant lui 2 actions en concurrence : il ne pourra pratiquer qu'une seule des 2 et devra délaisser l'autre. Comment devra-t-il faire pour évaluer l'importance de chacune de ces 2 actions, puis choisir ? "التعارض بين العملين، والموازنة بينهما، والترجيح ؛ الاستصلاح" - Partie 1/3 ;
فقه المآلات : Le musulman a devant lui la possibilité de pratiquer telle Action de Bien. Cependant, par rapport à la situation dans laquelle il se trouve dans le Réel (الواقع), la pratique de cette Action de Bien est susceptible d'entraîner (في المآل) un Problème (Mafsada). Que devra alors faire ce musulman : pratiquer l'Action, sans autre considération ? ou bien considérer la nature et le degré de cette Mafsada, ainsi que la probabilité de son entraînement ? "التعارض بين العملين، والموازنة بينهما، والترجيح ؛ الاستصلاح" - Partie 2/3 ;
Différentes catégories par rapport à la plus ou moins grande subtilité dans la prise en considération de la Maslaha / Mafsada que le Réel présente face à la mise en pratique de l'Action requise - "التعارض بين العملين، والموازنة بينهما، والترجيح ؛ الاستصلاح" - Partie 3/3.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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