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Les termes que Dieu a employés pour Se Qualifier, les a-t-Il empruntés au langage humain, ou les a-t-Il employés à Son Sujet avant même d'avoir créé l'homme ? Ces termes sont-ils donc à appréhender au sens figuré, ou bien au sens propre ?

Par Anas • 2 sept, 2012 • Catégorie: 1.2 - Qualifications de Dieu (أوصاف الله), d - Commentaire de versets coraniques

Question :

Allah a employé à Son Sujet les mots "rahmah", "ghadhab", "yad", etc., écrivez-vous dans vos articles.
Mais ce que vous n'avez pas compris, c'est que le sens que ces mots signifient à l'origine n'est pas digne d'être appliqué à Allah : celui qui est en colère, c'est que son sang bouillonne ; celui qui a de la miséricorde pour quelqu'un, c'est que son cœur s'attendrit vis-à-vis de lui ; la main est un organe. Tout cela ne peut pas s'appliquer à Allah.
Ces mots sont donc au sens figuré quand employés à propos d'Allah : on ne peut pas dire qu'Allah Se met en colère, a de la miséricorde, a deux mains. "La rahmah" veut seulement dire : "la volonté de récompenser", et "la ghadhab" : "la volonté de punir" ; quant à "la yad", cela veut dire : "la puissance".

Il y a tant d'autres exemples qui peuvent être cités : "'ajab", qui a été employé dans des hadiths au sujet d'Allah, et qui doit être traduit par autre chose que "s'étonner", puisque celui qui s'étonne, c'est celui qui découvre quelque chose qu'il ne connaissait pas, alors qu'Allah connaît tout.

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Réponse :

Ces termes que vous avez relatés ont effectivement été employés à propos de Dieu, soit par Dieu Lui-même dans le Coran, soit par le dernier de Ses Messagers dans la Sunna.

Vous auriez pu citer encore "dhahik" ("rire") également employé dans la Sunna au sujet de Dieu, et encore d'autres termes.

Ces termes, que nous employons quotidiennement à notre sujet nous autres humains, comment les interpréter lorsque ayant été employés, dans le Coran et/ou la Sunna, au sujet de Dieu : au sens propre, ou bien au sens figuré ?

Il y a à ce sujet les deux visions suivantes...

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1) Une première posture par rapport à ces termes
est que ceux-ci sont, lorsque employés au sujet des humains, à appréhender au sens propre, et lorsque employés au sujet de Dieu, à appréhender au sens figuré.

La justification de cette posture est comme suit...

- a) Ces termes sont à l'origine des termes du langage des humains, que les humains ont forgés pour décrire des réalités les concernant. La colère désigne le "bouillonnement" du sang, la miséricorde décrit la tendresse du cœur, la main est un organe physique constitué d'os revêtus de chair et de peau.

- b) Dieu n'est semblable à aucune créature, et Il est au-dessus de ces réalités bassement physiques.

- c) Mais lorsque Dieu a voulu Se faire connaître des hommes, il a bien fallu qu'Il utilise des termes issus de leur langage. Dans les révélations qu'Il a faites aux humains, ces termes ont donc été empruntés (استعيرت تلك الألفاظ) au langage des créatures, langage dans lequel ces termes désignent des réalités de créatures.

Ce n'est dès lors pas en leur sens propre qu'il faut comprendre ces termes lorsque employés au sujet de Dieu, car le faire reviendrait à développer une conception anthropomorphique de Dieu.

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2) Une seconde posture par rapport à ces termes est qu'ils sont à appréhender en leur sens propre, aussi bien lorsqu'ils sont employés au sujet des humains que lorsqu'ils sont employés dans le Coran ou la Sunna au sujet de Dieu. Simplement la réalité qu'ils décrivent est, au sujet de Dieu, ce qui convient à Sa Grandeur, et, à propos des humains, ce que nous connaissons pour le voir quotidiennement.

Il faut que notre raison parvienne à la fois :
- à employer au sujet de Dieu ces termes en leur conférant le sens propre qu'ils possèdent ;
- tout en se décentrant des créatures, chez qui elle voit chaque jour la réalité à laquelle ce sens correspond, afin de se préserver d'imaginer chez Dieu cette réalité qu'elle voit chez les créatures.

Cet exercice d'élévation de la raison est ce qui ressort des propos des grands ulémas qui ont dit sur le sujet : "أمِرُّوها بلا كيف" ; et également : "يؤمَنُ بها ولا يُتوهَّمُ ولا يُقالُ "كيف".

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La première posture (la 1) est à l'origine celle des Jahmites : c'est ce qu'ils disent à propos de tous les Noms de Dieu, ainsi que de tous les Qualificatifs ayant été employés à Son Sujet.

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Sur certains points, la justification que les Jahmites ont employée a également été présentée par certains ulémas Sunnites : ceux-ci ont, sur ce point précis, adopté par erreur et sans s'en rendre compte, un des raisonnements des Jahmites (sans être pour autant devenir pour cela Jahmites).
A lire ce que Shâh Waliyyullâh a écrit sur le sujet in Hujjat ullâh il-bâligha, 1/189, on se dit que c'est peut-être aussi son avis.
Cela s'est également vu avec al-Baghawî et Ibn ul-Fûrak pour la question de savoir si le nom est la même chose que l'être nommé : lire notre article : Les Noms de Dieu (Asmâ' ullâh) sont Siens de toute éternité (azal) ; ce n'est pas à un moment donné qu'Il S'est donné ces Noms pour Se faire connaître des hommes par des termes que ceux-ci ont forgés (5/7).

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Les tenants de la seconde posture (la 2) – il s'agit des Sunnites répondent que chez les tenants de la posture 1, si la prémisse b est entièrement vraie ("Dieu n'est semblable à aucune créature"), en revanche la prémisse a est fausse : ces termes ne sont pas à l'origine des termes forgés par des humains. Ce qui conduit au caractère erroné de la conclusion (c) : Dieu n'a pas, pour Se faire connaître des hommes, eu à emprunter au langage de ceux-ci des termes qui s'appliquaient à l'origine à ceux-ci. Tout au contraire, Dieu a employé ces termes à Son Sujet avant d'avoir créé les hommes.

Plusieurs choses le prouvent...

1) Le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) a dit : "لما خلق الله الخلق كتب فى كتابه هو يكتب على نفسه، وهو وضع عنده على العرش: إن رحمتى تغلب غضبى" : "Lorsque Dieu eut créé la création, Il écrivit un écrit à Son Sujet : "Ma Miséricorde domine / dépasse Mon Courroux" ; cela est écrit auprès de Lui, au-dessus du Trône" (al-Bukhârî, 3022, 6969, 6986, 7015, 7114 ; Muslim, 2751, etc.).
Or Dieu continue de créer. Aujourd'hui encore Il crée chaque fœtus qui se trouve dans le ventre de sa mère : "يَخْلُقُكُمْ فِي بُطُونِ أُمَّهَاتِكُمْ خَلْقًا مِن بَعْدِ خَلْقٍ فِي ظُلُمَاتٍ ثَلَاثٍ" : "Il vous crée dans le ventre de vos mères, création après création [= étape de création après étape de création], dans trois obscurités" (Coran 39/6).
Il "va créer" aussi, dit-Il, "ce que vous ne connaissez pas" : "وَالأَنْعَامَ خَلَقَهَا لَكُمْ فِيهَا دِفْءٌ وَمَنَافِعُ وَمِنْهَا تَأْكُلُونَ وَلَكُمْ فِيهَا جَمَالٌ حِينَ تُرِيحُونَ وَحِينَ تَسْرَحُونَ وَتَحْمِلُ أَثْقَالَكُمْ إِلَى بَلَدٍ لَّمْ تَكُونُواْ بَالِغِيهِ إِلاَّ بِشِقِّ الأَنفُسِ إِنَّ رَبَّكُمْ لَرَؤُوفٌ رَّحِيمٌ وَالْخَيْلَ وَالْبِغَالَ وَالْحَمِيرَ لِتَرْكَبُوهَا وَزِينَةً وَيَخْلُقُ مَا لاَ تَعْلَمُونَ" (Coran 16/5-8). Il pourrait s'agir de moyen de locomotions inventés par l'homme (et donc créés par Dieu) mais n'ayant pas encore vu le jour à l'époque de la révélation du Coran.
Dès lors, dans le hadîth suscité, lorsque le Prophète a dit : "Lorsque Dieu eut créé la création, Il écrivit un écrit à Son Sujet…", par les termes "la création", ce sont apparemment les cieux et la Terre qu'il a désignés. C'est donc après qu'Il eut créé les cieux et la Terre mais avant qu'Il eut créé les humains, que Dieu écrivit cet écrit (Mukhtassar as-Sawâ'ïq il-mursala, p. 477). Or, qu'y a-t-Il alors écrit ? Que Sa Miséricorde dépasse Son Courroux.

On voit clairement ici qu'Il n'a pas "emprunté" les termes "miséricorde" et "courroux" au langage des humains. Mais que, tout au contraire, Il a employé ces deux termes à Son Sujet avant même que les humains existent.

Les deux perspectives sont complètement inverses.

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2) La même chose peut être dite à propos du Qualificatif "Deux Mains" (également cité dans la question) : il est impossible que ces termes aient été empruntés au langage des humains ou des créatures, puisque Dieu les a dits à Iblîs alors que Adam venait d'être créé : "قَالَ يَا إِبْلِيسُ مَا مَنَعَكَ أَن تَسْجُدَ لِمَا خَلَقْتُ بِيَدَيَّ؟ أَسْتَكْبَرْتَ أَمْ كُنتَ مِنَ الْعَالِينَ" : "Il dit : "Iblîs, qu'est-ce qui t'a empêché de te prosterner devant ce que J'ai créé de Mes Deux Mains ? T'es-tu enorgueilli [par rapport à cet ordre précis], ou étais-tu [déjà] du nombre des hautains ?"" (Coran 38/75).

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– 3) Le langage humain en soi (jinsu lughât il-bashar) n'est pas le produit d'un mimétisme des sons de la nature et des objets, etc. (comme le pensent les Mutazilites). Le langage humain, en soi, a été enseigné à l'homme directement par Dieu (même si, de la langue originellement enseignée, et dont on n'a apparemment aujourd'hui plus connaissance, différentes langues sont ensuite apparues, nées par ramification et évolution, puis création de nouveaux mots à partir d'anciennes racines de la langue, enfin emprunts à d'autres langues). Ce caractère "enseigné" est prouvé par le récit avec le premier humain, à qui Dieu a enseigné les noms de toute chose.

Dès lors, il est impossible que ces termes soient appréhendés au sens propre lorsque employés au sujet des hommes, et au sens figuré lorsque employés au sujet de Dieu. Ils sont plutôt au sens propre dans le premier comme dans le second cas de figure.

Simplement, la réalité qu'ils désignent est celle qui convient, dans le premier cas de figure, aux créatures, et, dans le second cas de figure, au Créateur.
Et nous, humains, connaissons la réalité de ce que ces termes désignent en leur sens propre dans le premier cas de figure, car nous la voyons tous les jours ; par contre, nous ne connaissons pas la réalité de ce qu'ils désignent, toujours en leur sens propre, lorsqu'ils sont employés au sujet de Dieu.

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4) Il est certes établi que Dieu ne ressemble à aucune de Ses créatures : "ولا يُشبِهُ الأنامَ" : "Et Il ne ressemble pas aux créatures" (Al-'Aqîda at-tahâwiyya, point 9) ; "لا يُشبِهُ شيئًا مِن خلقه" : "Et Il ne ressemble à rien de Ses créatures" (Al-Fiqh ul-akbar, p. 31). Cependant, dans le Coran, c'est le fait qu'aucune créature ne ressemble à Dieu que Celui-ci a mis en exergue : "لَيْسَ كَمِثْلِهِ شَيْءٌ" : "Rien n'est semblable à Lui" (Coran 42/11). ("ولا شيءَ مثلُه" : "Et rien n'est semblable à Lui" : Al-'Aqîda at-tahâwiyya, point 2 ; "ولا يُشبِهُه شيءٌ من خلقه" : "Et rien parmi Ses créatures ne Lui ressemble" : Al-Fiqh ul-akbar, p. 32.)

Si on lit attentivement ce verset, on verra que Dieu n'a pas dit qu'"Il n'est semblable à aucune créature", mais a mis l'accent sur le fait qu'"aucune créature n'est semblable à Lui". Bien sûr, la première affirmation ("Dieu n'est semblable à aucune créature") aussi est vraie, mais elle découle de la seconde ("Aucune créature n'est semblable à Dieu"), qui, elle, est ce que Dieu a choisi de mettre en exergue.

La perspective est, de nouveau, complètement inverse...

C'est à Dieu qu'appartient la Perfection absolue : la Perfection dans Son Etre, mais aussi la Perfection dans ce que tous les Qualificatifs qu'Il a employés à Son Sujet véhiculent.

C'est à l'aune de la Perfection des Qualificatifs dont Dieu est doté (et dont Lui ou Son Messager nous a informé) que s'évaluent les Qualificatifs appliqués aux créatures. Et non pas l'inverse.

On comprend dès lors que le sens propre de ces deux termes "colère" et "miséricorde" – ainsi que des autres termes leur étant comparables – est un sens qui s'applique aussi bien à Dieu qu'à celles de Ses créatures qui possèdent elles aussi ces qualificatifs. Simplement, ceux-ci s'appliquent à Dieu dans une mesure de Perfection absolue, et à la créature dans une mesure qui correspond à sa modeste stature.

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Tout ce que nous venons de dire entraîne que, à la lecture des termes des sources (Coran et Sunna) présentant des Qualificatifs de Dieu, la raison humaine doit faire un effort pour comprendre ceci :
- la réalité que les mêmes termes désignent chez nous humains, cette réalité s'accompagne nécessairement de certains éléments ;
- cependant, la réalité que ces termes désignent lorsque employés au sujet de Dieu ne s'accompagne pas forcément des mêmes éléments
.

Ainsi, "la vie", chez l'homme, est une réalité qui implique les battements cardiaques, la respiration, etc.
"La vie" de Dieu est une réalité qui n'a pas besoin de ces éléments.
Les deux réalités s'appellent "la vie", au sens propre de ce terme. Mais la première implique des éléments que la seconde n'implique pas. Par ailleurs la seconde est d'un niveau de perfection que la première ne peut pas atteindre.

Quand on a compris cela par rapport à ce qualificatif, qu'est-ce qui nous empêche de le comprendre par rapport aux autres qualificatifs également ?

"La colère" n'est pas "le bouillonnement du cœur" : ce "bouillonnement" n'est que ce qui accompagne la colère, et, encore, cela seulement chez les créatures. Employer le terme colère avec son sens propre au sujet de Dieu, cela n'implique pas la présence de cet élément qui l'accompagne chez l'homme.
La même chose peut être dite à propos de "la miséricorde" : celle-ci n'est  "la tendresse du cœur" que chez les créatures, elle ne l'implique pas.
Ou encore à propos de "l'étonnement" par rapport à quelque chose : ceci n'implique pas "l'ignorance" préalable de cette chose (le sens premier de celui-ci étant plutôt "la grande considération pour quelque chose" : MF 6/123).
C'est la même chose pour le qualificatif "rire", employé dans la Sunna au sujet de Dieu, et dont la réalité ne s'accompagne pas de ce que nous connaissons lorsque nous humains rions (MF 6/121).

C'est la même chose pour le qualificatif "deux mains", etc.

C'est ce que les Jahmites (ainsi que les Mutazilites, qui ont repris leur positions à propos des Qualificatifs de Dieu) n'ont pas su comprendre. Ahmad Amîn a, juste après avoir exprimé qu'il appréciait la pensée des Mutazilites, reconnu : "Peut-être que leur point de faiblesse a été qu'ils ont fait excessivement l'analogie de l'invisible par rapport au visible. Je veux dire par là : l'analogie de Dieu par rapport à l'homme, et le fait d'avoir soumis Dieu aux règles de ce monde" (Dhuha-l-islam, 3/69)

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A propos des termes qui qualifient aussi bien Dieu que des créatures (termes tels que "vie", "vue", "miséricorde", etc., et noms qualificatifs leur correspondant : "vivant", "voyant", "miséricordieux", etc.) (il s'agit de la catégorie "B" dans notre article parlant des termes que l'on peut employer au sujet de Dieu aussi bien de créatures), Ibn ul-Qayyim écrit ainsi :

"الثالث عشر: اختلف النُظّار في الأسماء التي تطلق على الله وعلى العباد، كالحي والسميع والبصير والعليم والقدير والملك ونحوها:
ـ فقالت طائفة من المتكلمين: هي حقيقةٌ في العبد مجازٌ في الرب؛ وهذا قول غلاة الجهمية؛ وهو أخبث الأقوال وأشدها فسادًا؛
ـ الثاني مقابلُهُ: وهو أَنَّها حقيقةٌ في الرب مجازٌ في العبد؛ وهذا قول أبي العباس الناشي؛
ـ الثالث: أَنَّها حقيقة فيهما؛ وهذا قول أهل السنة وهو الصواب؛ وللرب تعالى منها ما يليق بجلاله، وللعبد منها ما يليق به"
(Badâ'ïl ul-fawâ'ïd, p. 142).

Ibn ul-Qayyim rappelle aussi que la réalité que ces noms désignent, cette réalité s'accompagnent de certains éléments chez l'homme qui n'en sont pas des concomitants nécessaires (lâzim), de sorte que l'emploi de ces mêmes noms à propos de Dieu impliquent la présence de ces mêmes éléments. Ibn ul-Qayyim écrit :

"الرابع عشر: أن الاسم والصفة من هذا النوع، له ثلاثُ اعتباراتٍ:
ـ اعتبارٌ من حيث هو، مع قطع النظر عن تقييده بالرب تبارك وتعالى أو العبد؛
ـ الاعتبار الثاني: اعتباره مضافا إلى الرب مختصًا به؛
ـ الثالث: اعتباره مضافًا إلى العبد مقيدًا به

فما لزم الاسمَ لذاته وحقيقته، كان ثابتًا للرب والعبد، وللرب منه ما يليق بكماله، وللعبد منه ما يليق به.
وهذا كاسم السميع الذي يلزمه إدراك المسموعات والبصير الذي يلزمه رؤية المبصرات، والعليم والقدير وسائر الأسماء، فإنَّ شرط صحة إطلاقها حصول معانيها وحقائقها للموصوف بها.
فما لزم هذه الأسماء لذاتها فإثباته للرب تعالى لا محذور فيه بوجه، بل يثبت له على وجه لا يماثلُ فيه خَلْقَهُ ولا يشابهُهُم، فمن نفاه عنه لإطلاقه على المخلوق ألحد في أسمائه وجحد صفات كماله، ومن أثبته له على وجهٍ يماثل فيه خلقه فقد شبهه بخلقه، ومن شبه الله بخلقه فقد كفر، ومن أثبته له على وجهٍ لا يماثل فيه خلقه بل كما يليق بجلاله وعظمته فقد برئ من فرث التشبيه ودم التعطيل. وهذا طريق أهل السنة.

وما لزم الصفةََ لإضافتها إلى العبد، وجب نفيه عن الله؛ كما يلزمُ حياة العبد من النومِ والسِنةِ والحاجةِ إلى الغذاءِ ونحو ذلك؛ وكذلك ما يلزمُ إرادته من حركة نفسه في جلب ما ينتفع به ودفع ما يتضرر به؛ وكذلك ما يلزمُ علوه من احتياجه إلى ما هو عالٍ عليه وكونه محمولاً به مفتقرًا إليه محاطًا به. كلُّ هذا يجب نفيه عن القدوس السلام تبارك وتعالى.

وما لزم صفةً من جهة اختصاصهِ تعالى بها، فإنَّه لا يَثْبُتُ للمخلوق بوجه؛ كعلمه الذي يلزمه القِدَمُ والوجوبُ والإحاطةُ بكل معلومٍ، وقدرتهِ، وإرادتهِ، وسائر صفاته. فإنَّ ما يختصُ به منها لا يمكنُ إثباتُهُ للمخلوق.

فإذا أحطتَ بهذه القاعدة خُبرًا وعَقَلْتَها كما ينبغي، خلصتَ من الآفتين اللتين هما أصل بلاءِ المتكلمين: آفةِ التعطيل وآفةِ التشبيه. فإنَّك إذا وفيت هذا المقامَ حقه من التصور أثبت لله الأسماء الحسنى والصفاتِ العلى حقيقةً فخصلت من التعطيل، ونفيت عنها خصائص المخلوقين ومشابهتهم فخلصت من التشبيه.
فتدبر هذا الموضع واجعله آخيَّتَكَ التي ترجعُ إليها في هذا الباب والله الموفق للصواب"
(Badâ'ïl ul-fawâ'ïd, p. 142-143).

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A propos des Qualificatifs "miséricorde" et "colère", Ibn Kullâb ainsi que ceux qui ont suivi son interprétation ont eux aussi avancé la même interprétation que celle ayant été citée plus haut : la "miséricorde" veut seulement dire : la "volonté de récompenser", et la "colère" : la "volonté de punir". Cependant, le raisonnement des Kullabites n'est pas le même que celui des Jahmites (qui, eux, font ainsi à propos de tous les Qualificatifs ayant été employés au sujet de Dieu). Les Kullabites cherchent seulement à éviter tout qualificatif qui, en son sens propre, induirait une perspective de "changement", de "temps". C'est pourquoi ils font ce genre de ta'wîl de toutes les Sifât Fi'liyya.

Cependant, dans le hadîth relaté par Abû Hurayra qui décrit la scène du Jour de la Résurrection, il est dit que, aux hommes venus leur demander d'aller intercéder auprès de Dieu pour que le Jugement commence enfin, différents grands prophètes déclineront la demande en rappelant une (ou des) erreur(s) qu'ils avaient faite(s), et en disant :
"إن ربى عز وجل قد غضب اليوم غضبًا لم يغضب قبله مثله، ولن يغضب بعده مثله"
:
"Mon Seigneur est Courroucé aujourd'hui d'un Courroux tel qu'avant cela Il n'a jamais été autant Courroucé et après cela Il ne sera jamais autant Courroucé"
(al-Bukhârî, Muslim).

On voit que, dans ce hadîth, il y a bien, contrairement à ce que pensent les Kullabites, l'attribution à Dieu d'un Qualificatif dont l'intensité est dans une perspective liée au temps : aujourd'hui Dieu est Courroucé d'un Courroux qu'Il n'a jamais eu avant cela et qu'Il n'aura jamais après cela.

Même cette perspective liée au temps ne présente donc aucun problème.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).