Les termes (présents dans le Coran et la Sunna) présentant des Qualifications de Dieu (صفات الله), qu'est-ce que l'on n'en connaît pas et qu'on remet à Dieu (تفويض) : le sens qu'ils possèdent (معناها) ? ou bien la réalité qu'ils désignent (الحقيقة) ?

Question :

Salam aleikoum.

Je suis dans la confusion par rapport au "taf'widh" des versets traitant de Qualificatifs de Dieu [le "taf'widh" de quelque chose, ici, c'est que l'on "confie" sa connaissance à Dieu, parce qu'on ne peut pas le connaître] : s'agit-il de faire taf'widh du "comment" seulement, ou bien du "sens" même ?

Expliquez moi.

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Réponse :

Wa 'alaykum us-salâm wa rahmatullâh.

Ce qui est certain à propos (par exemple) des termes "يدا الله", c'est qu'on ne connaît pas la réalité ("kun'h" / "haqîqa khârija") que ces termes désignent à propos de Dieu.

Mais connaît-on le sens (ma'nâ) que ces termes et les autres termes et formules du même genre ont lorsqu'ils sont employés à propos de Dieu ?

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Cheikh Ashraf 'Alî Thânwî relate qu'on trouve justement les deux postures suivantes chez les ulémas se réclamant du sunnisme quant à ce dont les Salaf faisaient le taf'wîdh :

(A) l'une est que l'on connaît le sens de ces termes : il s'agit de leur sens propre. C'est la réalité (kun'h / haqîqa) que ces termes désignent dont on fait la taf'wîdh (مراد تو معنى حقيقي هيں، مگر اس کی کنه معلوم نهیں؛ پس تفویض نفسِ معنى مين نهیں، بلکہ صرف كنه مين هے) : c'est, relate Cheikh Thânwî, la posture de ulémas, parmi lesquels : "Ibn Taymiyya" ; Cheikh Thânwî dit aussi que "c'est apparemment ce que signifie le texte de Shar'h ul-Fiqh il-akbar" de Mullâ 'Alî al-Qârî (Bawâdir un-nawâdir, p. 756) ;

(B) l'autre est que c'est leur sens même dont on fait la taf'wîdh à Dieu (Bawâdir un-nawâdir, p. 756).

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Quelle différence y a-t-il entre ces deux postures ? En d'autres termes : quelle différence y a-t-il entre le fait de dire qu'on doit faire le taf'wîdh ul-ma'nâ, et celui de dire qu'on doit faire seulement le taf'wîdh ul-kayf et pas le taf'wîdh ul-manâ ?

Répondre à cette question demande que l'on sache ce que signifie "faire le taf'wîdh ul-ma'nâ" d'un terme...

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I) Une première interprétation de ce que signifie "taf'wîdh ul-ma'nâ" :

Les ulémas qui disent qu'il s'agit de faire taf'wîdh ul-ma'nâ (B), ces ulémas veulent dire que le sens qui est signifié par ce terme lorsque employé au sujet de Dieu, ce n'est si son sens propre, ni son sens figuré, mais un tout autre sens, inconnu de nous.

Si on retient cette interprétation (I) de ce que signifie "faire taf'wîdh ul-ma'nâ" (B), il en résulte une vraie divergence (ikhtilâf haqîqî) entre ce taf'wîdh ul-ma'nâ (B) et le taf'wîdh ul-kayf (A). En effet, car, comme nous l'avons vu plus haut, le taf'wîdh ul-kayf (A) signifie quant à lui que si la réalité (kun'h) à laquelle ce terme renvoie, on ne la connaît pas, en revanche, ce terme est à appréhender en son sens propre, cela est certain.

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II) Une seconde interprétation de ce que signifie "taf'wîdh ul-ma'nâ" :

Cheikh Thânwî écrit que les ulémas qui disent qu'il s'agit de faire taf'wîdh ul-ma'nâ (B), ces ulémas veulent dire que le sens qui est signifié par ce terme lorsque employé au sujet de Dieu, est-ce le sens propre ou est-ce le sens figuré, cela n'est pas déterminé : il est possible que ce terme ait alors son sens propre, comme il est possible qu'il ait alors un sens figuré ("يهي متعين نهیں کہ معنى حقيقي مراد هيں، يا مجازي مراد هيں: دونون محتمل هيں، بشرطيکہ ان مين كوئي تنزيه کے منافي نہ هو") (Bawâdir un-nawâdir, p. 756).

Ce que Cheikh Thânwî a écrit là est exactement ce que Abû Mansûr al-Mâturîdî a écrit à propos de "Istiwâ'" : Abd ur-Rahmân al-Mahmûd écrit de al-Maturîdî : "يذكر الأقوال في الاستواء من أنه بمعنى الاستيلاء، أو العلو والارتفاع، أو التمام، ثم يرجح التفويض لاحتماله أحد هذه المعاني أو غيرها فيقول: "فيجب القول بالرحمن على العرض استوى، على ما جاء به التنزيل وثبت ذلك في العقل، ثم لا تقطع تأويله على شيء، لاحتماله غيره مما ذكره، واحتماله أيضاً ما لم يبلغنا مما يعلم أنه غير محتمل شبه الخلق" (Mawqif Ibn Taymiyya min al-Ashâ'ira, pp. 428-429).

Si on retient cette interprétation (II) de ce que signifie "faire taf'wîdh ul-ma'nâ" (B), il en résulte une vraie divergence (ikhtilâf haqîqî) entre ce taf'wîdh ul-ma'nâ (B) et le taf'wîdh ul-kayf (A). En effet, car, comme nous l'avons vu plus haut, le taf'wîdh ul-kayf (A) signifie quant à lui que si la réalité (kun'h) à laquelle ce terme renvoie, on ne la connaît pas, en revanche, ce terme est à appréhender en son sens propre, cela est certain.

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Quelle différence reste-t-il alors entre le taf'wîdh ul-ma'nâ (B) (compris d'après cette interprétation II) et le ta'wîl que les Jahmites ont fait de "Yad ullâh", eux qui ont dit que cela signifie : "Qu'drat ullâh" (ou parfois : "Quwwat ullâh") ?

La différence entre ces deux postures, relate Cheikh Thânwî d'un 'âlim du nom de Cheikh Habîb Ahmad, est que :
- les Jahmites ont pour leur part affirmé qu'il est certain que "Qud'rat ullâh" est la signification des termes "Yad ullâh" ;
- tandis que, pour les partisans de taf'wîdh ul-ma'nâ (compris d'après cette interprétation II), on ne peut pas dire que "Qud'rat ullâh" (ou toute autre ta'wîl du même genre) est le sens certain de "Yad ullâh" ; cette dernière formule peut effectivement avoir un tel sens, figuré, mais le terme "Yad" y étant présent peut également posséder son sens propre, la formule signifiant alors que Dieu a Deux Yad au sens habituel de ce terme : en fait on ne peut pas dire que c'est tel sens qui est le sens voulu par Dieu, et on confie donc ce sens voulu à Dieu (Bawâdir un-nawâdir, p. 760).

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D'après cette seconde interprétation (II), il y a donc :

- (A) d'une part les ulémas qui sont adeptes de taf'wîdh ul-kayf, qui affirment que dans la formule "Yadullâh", le terme "Yad" a le sens littéral que l'on connaît, mais la réalité à laquelle ce terme renvoie, nous ne la connaissons pas ; c'est l'avis de Ibn Taymiyya ;

- (C) à l'autre extrême les Jahmites, qui affirment qu'il est certain que "Qud'rat ullâh" (ou "Quwwat ullâh", ou tout autre sens figuré) est le sens des termes "Yad ullâh" : il est certain que le terme "Yad", dans cette formule, n'est pas à appréhender en son sens propre, lequel ne convient pas à Dieu ;

- (B) et, entre les deux, des ulémas adeptes de taf'wîdh ul-ma'nâ, qui disent qu'on ne sait pas quel est le sens de "Yad" dans la formule "Yad ullâh" : il peut en être le sens propre, comme il peut en être un des sens figurés, pourvu que cela soit compatible avec la croyance (par exemple "Qud'ra") : les deux possibilités existent.

Contrairement à ce que certains Maturidites prétendent, Cheikh Thânwî n'a pas écrit que la posture A serait de l'égarement, ni même qu'elle serait "complètement erronée". Il a seulement écrit qu'à un moment de sa vie il considérait cette posture A comme étant "pertinente" (راجح), mais que par la suite, après davantage de réflexion encore, a considéré la posture B comme étant "pertinente" (راجح) (Bawâdir un-nawâdir, pp. 756-757). La différence a donc, pour lui, seulement relevé de la tarjîh.

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Ces première (I) et seconde interprétations (II) de ce que signifie "taf'wîdh ul-ma'nâ" (B), découlent, par rapport à au taf'wîdh ul-kayf (A), découlent d'interprétations différentes du célèbre propos de Mâlik ibn Anas : lorsque quelqu'un lui a demandé : "Comment (Dieu) S'est-Il istawâ ?", il a fait cette réponse devenue célèbre : "L'istiwâ' n'est pas inconnu. Le kayf n'est pas compris par la raison. Y apporter foi est obligatoire. Questionner à son sujet constitue de l'innovation" (الاستواء غير مجهول، والكيف غير معقول، والإيمان به واجب، والسؤال عنه بدعة) (des propos voisins sont relatés d'autres personnages) (voir Fat'h ul-bârî, Ibn Hajar, 13/497-498).

En effet :

D'après les ulémas qui soutiennent le taf'wîdh ul-ma'nâ (B) selon la première (I) ou la seconde interprétation (II), ce que Mâlik voulait dire est : "لفظ] الاستواء غير مجهول [الثبوت في القرآن]، والكيف [أي المعنى] غير معقول" : "L'emploi, dans le Coran, du terme istiwâ' à propos de Dieu n'est pas inconnu. Par contre, le sens que ce terme istiwâ possède lorsque employé à propos de Dieu, cela n'est pas connu de nous." "On ne doit donc pas demander quel est ce sens".

Par contre, d'après Ibn Taymiyya (A), quand Mâlik ibn Anas a dit la parole suscitée, il a voulu dire : "لفظ] الاستواء غير مجهول [المعنى]، والكيف غير معقول" : "Le sens du terme istiwâ n'est pas inconnu. Par contre, comment ce fait de Dieu a été, cela n'est pas accessible à notre raison. On ne doit donc pas demander comment cela a été" (d'après MF 13/309-310). Ainsi que l'a relaté de lui Cheikh Thânwî, Ibn Taymiyya soutient donc fermement que, de ces termes que Dieu, ou bien Son Messager, a employés à propos de Dieu, on en connaît le sens (ma'nâ) (voir d'ailleurs MF 13/294-295 ; 308-310) ; c'est seulement la réalité (haqîqa) qu'ils désignent qu'on ne connaît pas (MF 3/167, 13/312) ; en d'autres termes : "comment" ("kayf") est cela.

Ibn Taymiyya affirme qu'il existe 3 choses :
- d'un côté il y a le terme (lafz) que le locuteur emploie ;
- à l'autre extrême il y a la réalité (haqîqa khârija) que ce terme cherche à désigner ;
- entre les deux se trouve le sens (ma'nâ) que ce terme (lafz) évoque dans l'esprit de la cible du locuteur.

Dès lors :
– La Dalâla haqîqiyya est le fait qu'un terme (lafz) désigne le sens (ma'nâ) pour lequel il a été forgé (wudhi'a lahû).
– Quant à la Dalâla majâziyya, c'est le fait qu'un terme (lafz) désigne un sens (ma'nâ) autre que celui pour lequel il a été forgé, mais qui a malgré tout un rapport avec ce sens là.
Dans le cas d'une Dalâla de ce second type (Dalâla majâziyya), il existe, dans la réalité (al-haqîqa al-khârija), deux choses :
– l'une est ce à quoi le sens originel de ce terme (lafz) correspond : il s'agit du sens pour lequel il a été forgé (al-ma'na-l-haqîqî) ;
– l'autre est ce à quoi correspond le sens (ma'nâ) que le locuteur, en employant ce terme (lafz), veut pour sa part signifier (al-ma'na-l-murâd li-l-mutakallim, wa huwa-l-ma'na-l-majâzî).

Ibn Taymiyya écrit de ceux qui appréhendent la formule "Mains de Dieu" au sens figuré : "La réalité de leur propos est qu'[ils croient que les termes] par quoi Dieu S'est qualifié, n'en est compris (yu'qalu) [à propos de Dieu] que ce qui en est compris à propos des quelques créatures que nous voyons, comme les corps des hommes. Or ceci est une extrême ignorance. Car parmi les créatures [mêmes] il en est que nous n'avons pas vues, comme les anges, les djinns, et même nos âmes" (MF 6/433-434). En effet, Dieu a dit au sujet des anges : "alors que les anges tendent leurs mains [ou : bras]" (Coran 6/93). On appréhende ici le terme "main" dans son sens propre, en se disant qu'on n'en connaît pas la réalité. La même chose doit être faite par rapport à Dieu. En fait la posture de l'orthodoxie sunnite (celle des Salafs) implique une capacité de la raison humaine à une certaine largesse de vue, cette raison humaine acceptant de croire en une chose, d'employer tel terme pour la décrire et de reconnaître le sens que ce terme possède, tout en ne ramenant pas la réalité de cette chose à celle qu'ont les créatures qu'elle observe autour d'elle. Donc de pouvoir élargir sa conception et de s'élever par rapport au monde qui est visible pour elle en ce monde.

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Laquelle de ces deux postures - (A) et (B) - est correcte ?

Si on lit l'explication que at-Tirmidhî a donnée de la formule "مَا خَلَقْتُ بِيَدَيَّ", on est amené à en comprendre que le sens du terme "yad" quand il est employé au sujet de Dieu, ce sens est bel et bien connu (ainsi que Ibn Taymiyya l'a dit) : c'est le sens premier et habituel du terme.
Il faut donc retenir la posture A : le
taf'wîdh concerne seulement le kayf.

At-Tirmidhî écrit dans son Jâmi' Sunan :

"وقد قال غير واحد من أهل العلم فى هذا الحديث وما يشبه هذا من الروايات من الصفات ونزول الرب تبارك وتعالى كل ليلة إلى السماء الدنيا قالوا: قد تثبت الروايات فى هذا ويؤمن بها ولا يتوهم ولا يقال كيف. هكذا روى عن مالك وسفيان بن عيينة وعبد الله بن المبارك، أنهم قالوا فى هذه الأحاديث: أمِرُّوها بلا كيف. وهكذا قول أهل العلم من أهل السنة والجماعة. وأما الجهمية فأنكرت هذه الروايات وقالوا هذا تشبيه.
وقد ذكر الله عز وجل فى غير موضع من كتابه اليد والسمع والبصر؛ فتأولت الجهمية هذه الآيات ففسَّروها على غير ما فسَّر أهل العلم، وقالوا: إن الله لم يخلق آدم بيده. وقالوا: إن معنى اليد ها هنا القوة.
وقال إسحاق بن إبراهيم: "إنما يكون التشبيه إذا قال يد كيد أو مثل يد أو سمع كسمع أو مثل سمع. فإذا قال سمع كسمع أو مثل سمع فهذا التشبيه. وأما إذا قال كما قال الله تعالى يد وسمع وبصر ولا يقول كيف ولا يقول مثل سمع ولا كسمع، فهذا لا يكون تشبيها؛ وهو كما قال الله تعالى فى كتابه: "ليس كمثله شىء وهو السميع البصير."

"Dieu a mentionné en plus d'un endroit de Son Livre : la Main, l'Entendement et la Vue. Les Jahmites ont alors fait une interprétation de ces versets, et les ont commentés d'une autre façon que les gens de science les ont commentés. Ils ont dit : "Dieu n'a pas créé Adam par Sa Main" ; et ils ont dit : "Le sens de "al-Yad" ici est : "la Force"" (Jâmi' ut-Tirmidhî, commentaire du hadîth n° 662).

Bien évidemment, quand les Jahmites ont dit : "إن الله لم يخلق آدم بيده ؛ إن معنى اليد ها هنا القوة" : "Dieu n'a pas créé Adam par Sa Yad ; le sens de "Yad", ici, est : "Force"", ils n'ont pas voulu dire qu'il s'agirait de ne plus réciter : "مَا خَلَقْتُ بِيَدَيَّ", ou de remplacer le terme "بِيَدَيَّ" présent dans ce verset 38/75 par le terme "بقُوَّتِيْ". Ce que les Jahmites ont voulu dire, c'est que, de la formulation "مَا خَلَقْتُ بِيَدَيّ" présente dans ce verset 38/75, on ne peut pas extraire la phrase suivante : "إن الله خلق آدم بيده" ; et qu'on peut seulement en extraire la phrase suivante : "إن الله خلق آدم بقوته".
Or, quand ils ont dit : "إن الله لم يخلق آدم بيده ؛ إن معنى اليد ها هنا القوة", "Dieu n'a pas créé Adam par Sa Yad ; le sens de "Yad", ici, est : "Force"", ce propos de leur part n'a de sens que s'ils y ont employé le terme "yad" ici avec son sens littéral, habituel et connu. Ce qu'ils voulaient donc dire est ceci : "إن الله لم يخلق آدم بيده، بمعنى هذا اللفظ اللغوي المعروف؛ فإن معنى اليد ها هنا القوة، فخلق الله آدم بقوته" : "Dieu n'a pas créé Adam par Sa Yad au sens premier, habituel et connu de ce terme ; le sens de "Yad", ici, est : "Force"".

On en déduit que at-Tirmidhî voulait bien dire que, à la différence des Jahmites, les Sunnites emploient ce terme à propos de Dieu tout en connaissant bien le sens qu'il a : il s'agit du sens littéral et connu qui est habituel.

Al-Qurtubî lui-même expose le propos de Mâlik et la posture des Salaf ainsi : "وقد كان السلف الأول رضي الله عنهم لا يقولون بنفي الجهة ولا ينطقون بذلك، بل نطقوا هم والكافة بإثباتها لله تعالى كما نطق كتابه وأخبرت رسله. ولم ينكر أحد من السلف الصالح أنه استوى على عرشه حقيقة. وخص العرش بذلك لأنه أعظم مخلوقاته، وإنما جهلوا كيفية الاستواء فإنه لا تعلم حقيقته. قال مالك رحمه الله: الاستواء معلوم - يعني في اللغة - والكيف مجهول، والسؤال عن هذا بدعة. وكذا قالت أم سلمة رضي الله عنها. وهذا القدر كاف، ومن أراد زيادة عليه فليقف عليه في موضعه من كتب العلماء" (Tafsîr ul-Qurtubî, 7/219-220, commentaire de Coran 7/54).

Ibn ul-'Arabî écrit de même : ذهب مالك رحمه الله أن كل حديث منها معلوم المعنى؛ ولذلك قال للذي سأله الاستواء معلوم والكيفية مجهولة" ('Âridhat ul-ah'wadhî, 3/166).

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Comment comprendre alors le propos que Ibn Qudâma relate de Ahmad ibn Hanbal ?

Ibn Qudâma a écrit que la posture de Ahmad ibn Hanbal est que, de ces termes, on ne connaît ni le "comment", ni le "sens" de ces termes. Il dit : "قال الإمام أبو عبد الله أحمد بن محمد بن حنبل رضي الله عنه في قول النبي صلى الله عليه وسلم "إن الله ينزل إلى سماء الدنيا"، أو "إن الله يرى في القيامة"، وما أشبه هذه الأحاديث: نؤمن بها، ونصدق بها بلا كيف ولا معنى، ولا نرد شيئا منها، ونعلم أن ما جاء به الرسول حق، ولا نرد على رسول الله صلى الله عليه وسلم، ولا نصف الله بأكثر مما وصف به نفسه بلا حد ولا غاية {لَيْسَ كَمِثْلِهِ شَيْءٌ وَهُوَ السَّمِيعُ الْبَصِيرُ} [الشورى: 11] ونقول كما قال، ونصفه بما وصف به نفسه، لا نتعدى ذلك، ولا يبلغه وصف الواصفين، نؤمن بالقرآن كله محكمه ومتشابهه، ولا نزيل عنه صفة من صفاته لشناعة شنعت، ولا نتعدى القرآن والحديث، ولا نعلم كيف كنه ذلك إلا بتصديق الرسول صلى الله عليه وسلم، وتثبيت القرآن" (Lum'at ul-i'tiqâd).

Ailleurs il écrit que la posture des Salafs sur le sujet est de confier le "sens" de ces termes à celui qui les a prononcés (Dieu, ou Son Messager) : "ومذهب السلف رحمة الله عليهم: الإيمان بصفات الله تعالى وأسمائه التي وصف بها نفسه في آياته وتنزيله أو على لسان رسوله، من غير زيادة عليها ولا نقص منها ولا تجاوز لها ولا تفسير ولا تأويل لها بما يخالف ظاهرها ولا تشبيه بصفات المخلوقين ولا سمات المحدثين؛ بل أمَرُّوها كما جاءت ورَدُّوا علمها إلى قائلها ومعناها إلى المتكلم بها.
وقال بعضهم، ويروى ذلك عن الشافعي رحمة الله عليه: آمنت بما جاء عن الله على مراد الله وبما جاء عن رسول الله على مراد رسول الله صلى الله عليه وسلم.
وعلموا أن المتكلم بها صادق لا شك في صدقه فصدقوه ولم يعلموا حقيقة معناها فسكتوا عما لم يعلموه وأخذ ذلك الآخر والأول ووصى بعضهم بعضا بحسن الإتباع والوقوف حيث وقف أولهم وحذروا من التجاوز لهم والعدول عن طريقهم وبينوا لهم سبيلهم ومذهبهم.
ونرجوا أن يجعلنا الله تعالى ممن اقتدى بهم في بيان ما بينوه وسلوك الطريق الذي سلكوه"
(Dhamm ut-ta'wîl).

On voit ici que Ibn Qudâma relate clairement de Ahmad ibn Hanbal qu'il aurait dit "confier à Dieu le "ma'nâ" de ces termes" (et non pas seulement le "kayf" de ces termes)...

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III) Répondre à cela nous amène à une troisième interprétation du concept de "taf'wîdh ul-ma'nâ"... Car peut-être que Ibn Qudâma, en disant : "ne pas connaître le sens d'un terme", a voulu dire autre chose :

- Peut-être que Ibn Qudâma a voulu, par taf'wîdh ul-ma'nâ, dire qu'on ne connaît pas le sens complet du terme ?
Et que, selon cette troisième interprétation (III), dire que l'on connaît le sens complet d'un terme, cela demande qu'on ait une représentation mentale de la réalité (haqîqa) de la chose que ce terme désigne. Or on ne connaît pas la réalité de l'Etre ni des Attributs de Dieu ; et on ne connaît pas la réalité de la Main de Dieu.
Dès lors, si, par "ne pas connaître le sens d'un terme", Ibn Qudâma veut dire seulement : "ne pas pouvoir connaître le sens complet d'un terme, vu qu'en connaître le sens complet demande qu'on ait également une représentation mentale de la réalité de ce que ce terme désigne", il n'a pas tort.

Ibn Qudâma est l'auteur d'un ouvrage du nom de Dhamm ut-ta'wîl (Blâme du fait de faire la ta'wîl [des versets et hadîths de Sifât]). Etant donné qu'il y exprime qu'il n'est absolument pas d'accord avec le fait d'appréhender les termes "Yad ullâh" en leur sens figuré, il ne peut pas être de l'avis de ces autres ulémas qui font taf'wîdh ul-ma'nâ au sens où ces termes "Yad ullâh" peuvent signifier leur sens figuré, comme ils peuvent signifier leur sens propre (ainsi que nous l'avons relaté d'eux plus haut, en I).
Chez Ibn Qudâma, taf'wîdh ul-ma'nâ aurait-il donc une signification autre que celle de ces autres ulémas ? Peut-être est-ce cette troisième interprétation (III) : on n'appréhende pas ces termes en leur sens figuré, mais on n'en connaît pas le sens complet, car pour connaître le sens complet de quelque chose, il faut en connaître la réalité ; or celle-ci ne nous est pas accessible...

Si c'est bien le cas et qu'on retient cette interprétation III, alors la différence entre ce que Ibn Qudâma a écrit et ce que Ibn Taymiyya a écrit sur le sujet en devient une divergence de pure apparence (ikhtilâf lafzî), résultant d'une divergence de istilâh quant au sens que possède le terme "ma'nâ".
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Mais si ce n'est pas le cas, et que le sens de "taf'wîdh ul-ma'nâ" correspond plutôt à l'interprétation vue en I ou à l'interprétation vue en II, alors la divergence entre ce qu'a écrit Ibn Qudâma et ce qu'a écrit Ibn Taymiyya est une vraie divergence. Et je suis de la posture numérotée "A" en début d'article : celle exposée par Ibn Taymiyya.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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