Une femme a de l'aversion pour son mari : quelle solution en islam ?

Question :

"As-salâmu 'alaykum.

J'habite [dans un pays musulman]. J'ai un gros cas de conscience et je n'arrive pas à avoir le courage de prendre la bonne décision. Je vis toujours chez mes parents, mais cela fait presque deux ans que je suis religieusement mariée avec mon cousin.
Ce dernier m'avait, deux ou trois fois, demandé en privé de l'épouser. Mais j'avais toujours décliné sa demande. Cependant, la famille s'en est ensuite mêlée, et j'ai accepté sous sa pression (convocation chez les tantes pour faire l'éloge du prétendant, en rajoutant la déception de la famille si je refusais). A cette époque, je vivais une grosse déception amoureuse, ce qui fait que je voyais tout en noir, mon avenir gâché...
Finalement, j'ai accepté pour faire plaisir à la famille et parce que j'avais peur de me retrouver seule. Mais tout cela s'est fait très rapidement je n'ai pas vraiment eu le temps d'y réfléchir, on m'a fait croire que j'allais juste me fiancer pour apprendre par la suite que j'étais mariée!
Après avoir bien réfléchi j'ai décidé de tout stopper mais j'ai eu droit à la colère de la famille, si je faisais cela ils me renieraient, sous prétexte qu'ils m'ont laissé le choix, que ce serait la honte...
Aujourd'hui je me retrouve donc mariée, et je vais bientôt devoir vivre avec mon mari. Or je n'aime pas celui-ci et l'idée de vivre avec lui me rend malheureuse. Que faire alors ? Faire plaisir à tout le monde et être malheureuse ? Ou dire non et choisir son bonheur ?"

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Réponse :

Wa 'alaykum us-salâm.

Des juristes musulmans sont d'avis que le fait qu'une femme déteste profondément et durablement son mari ("naf'rah, karâhah shadîdah") est une raison qui rend possible le recours au khul' : elle propose à son mari qu'elle lui rende ce qu'il lui avait donné en douaire ("mahr"), et qu'il divorce ("talâq") d'elle. Ces juristes se fondent sur le récit rapporté par al-Bukhârî (n° 4973) et d'autres compilateurs, où il est rapporté que Jamîla, la femme de Thâbit ibn Qays, vint trouver le Prophète (sur lui la paix) et lui exposa qu'elle ne pouvait plus aimer son mari et que si elle restait mariée à lui, elle craignait de désobéir à Dieu dans les devoirs que chaque personne du couple a vis-à-vis de l'autre. Le Prophète demanda à cette femme si elle voulait rendre à son mari le verger qu'il lui avait donné en douaire ("mahr"), et il dit au mari d'accepter le verger et de divorcer d'elle.
Les termes que Jamîla employa et qui sont rapportés dans les différentes versions de ce Hadîth sont : "Je n'ai de reproche à faire à Thâbit ni à propos de sa pratique religieuse ni à propos de son caractère. Simplement, je ne peux plus (vivre avec) lui" / "Cependant je crains de manquer (à mes devoirs)".
Thâbit ibn Qays avait auparavant été marié à une autre femme, Habîba bint Sahl. Et elle aussi était venue demander la séparation d'avec lui, invoquant elle aussi auprès du Prophète le fait qu'elle ne pouvait plus aimer son mari. Le Prophète sépara les deux. (Pour plus de détails, consulter Fat'h ul-bârî, tome 9 p. 495). Il est à noter ici que, durant sa vie, le Prophète remplissait plusieurs fonctions à Médine (dont celles de imam, de mufti, de juge, etc.), et que lorsque ces femmes vinrent le rencontrer pour exposer leur cas, ce fut en sa qualité de juge. De toutes les fonctions que le Prophète remplissait (excepté bien sûr celle de Messager de Dieu, recevant la révélation de la part de Dieu), différents Compagnons se spécialisèrent ensuite chacun dans la fonction pour laquelle il était doué, suivant en cela les principes laissés par le Prophète : qui fut mufti, qui juge, qui savant en Hadîths, qui spécialiste de la récitation du Coran, qui fin stratège, qui administrateur exceptionnel, etc.

1- Dans le cas, donc, où une femme déteste profondément son mari ("naf'rah, karâhah shadîdah"), l'islam offre à cette femme la possibilité :
- de demander à son mari de divorcer d'elle sans contrepartie (c'est le "talâq"),
- de proposer à son mari le "khul'" : elle lui rend le douaire ("mahr") qu'il lui a offert pour le mariage, et lui prononce la formule du divorce ("talâq"),
- et – au cas où son mari refuse – de demander au juge ("qâdhî") d'examiner son cas : ce juge peut ensuite prononcer la séparation ("taf'rîq") entre les deux époux pour cause d'aversion de la part de la femme. (Cf. Islam aur jadîd mu'asharatî massä'ïl, Khâlid Saïfullâh, pp. 203-205.)

2- Il faut cependant rappeler ici qu'il arrive que l'on passe par un moment où ses sentiments semblent faiblir. Si c'est le cas, il faut alors laisser passer ces petites périodes de turbulences et ne pas prendre une légère baisse de sentiments pour une aversion profonde. Il ne faut pas prendre dans la précipitation et sans raison sérieuse une décision qui engagera le reste de sa vie.

3- D'après l'avis qui semble pertinent, l'islam a donné entière possibilité à la femme de dire, avant qu'elle se marie, "Non merci" à une proposition de mariage avec celui qui ne lui plaît pas. D'après l'avis pertinent (sahîh), même le père d'une jeune femme qui n'a jamais été mariée ne peut pas obliger celle-ci à se marier avec quelqu'un (lire notre article sur le sujet). Pourquoi n'avez-vous pas utilisé ce droit et rappelé gentiment mais clairement à votre famille que le Prophète a lui-même enseigné que personne ne peut contraindre une femme à se marier avec quelqu'un si elle ne le veut pas ?
C'est vrai, il ne sert à rien maintenant de revenir sur le passé, qui ne peut pas être changé. Tout en tirant de ce passé des leçons pour la prochaine fois, c'est maintenant le présent et l'avenir qu'il faut regarder. Mais à ce sujet, je ne peux que vous communiquer les enseignements de l'islam cités ci-dessus, et non pas vous dire ce qu'il serait souhaitable ou non souhaitable que vous fassiez. C'est à vous et à vous seulement de prendre votre décision. Priez Dieu. Demandez-Lui conseil par la prière du conseil (salât ul-istikhâra). Prenez conseil (istishâra) auprès d'une personne savante, sage et pieuse de votre entourage. A chacun et à chacune il arrive, dans sa vie, certains de ces moments où on a l'impression qu'on ne pourra pas s'en sortir. Il ne faut cependant pas sombrer dans le désespoir mais réfléchir et prier.

Que Dieu vous aide, ma sœur, ainsi que nous-même, à trouver ce qu'il faut faire de mieux face aux épreuves de l'existence.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux)

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