Les Noms de Dieu (Asmâ' ullâh) sont Siens de toute éternité (azal) ; ce n'est pas à un moment donné qu'Il S'est donné ces Noms pour Se faire connaître des hommes par des termes que ceux-ci ont forgés (5/5)

Dans le Coran, Dieu à Son propre Sujet :
"Et à Dieu appartiennent les Noms les plus beaux. Invoquez-le donc par ces (Noms)" (Coran 7/180) ;
"Il est Dieu, Celui à part qui il n'y a de dieu. Connaisseur de l'invisible et du visible. Il est le Très Clément, le Miséricordieux. Il est Dieu, Celui à part qui il n'y a de dieu. Le Souverain, le Pur, l'Apaisant, le Rassurant, le Prédominant, le Puissant, le Contraignant, l'Orgueilleux. Pureté à Dieu par rapport à ce qu'ils Lui associent ! Il est Dieu, le Créateur, Celui qui donne un commencement, Celui qui donne forme. A Lui appartiennent les Noms les plus beaux. Ce qui est dans les cieux et (sur) la terre proclame Sa Pureté. Et Il est le Puissant, le Sage" (59/22-24) ;
"Dis : "Invoquez (ud'û) Dieu ou invoquez (ud'û) Le Très Clément ; quel que soit celui (de ces deux Noms) que vous prononcez (tad'û), (votre invocation s'adresse à Lui, car) Il a les Noms les plus beaux"" (17/110).

Dans un hadîth, le prophète Muhammad (sur lui soit la paix) a dit : "Dieu a 99 Noms – 100  moins 1 – [tels que] celui qui en fera le ihsâ' entrera au paradis" (rapporté par al-Bukhârî dans son Jâmi' Sahîh, n° 6957 etc.) ; faire le ihsâ' de ces Noms peut signifier : "les rassembler" ; ou : "les mémoriser" ; ou : "invoquer Dieu par le biais de ces Noms" ; ou : "agir selon ce que ces Noms impliquent" ; etc. (Fat'h ul-bârî 11/270-272 ; 13/462).

Dans un autre article, nous évoquons la question de savoir si Dieu a un seul Nom Propre ou plusieurs Noms Propres : cliquez ici pour lire cet autre article.

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I) Le nom est-il la même chose que l'être – ou l'objet – nommé ?

A cette question, le simple bon sens répond : "Non". Le nom "Dieu" (D-i-e-u) (en arabe : "Allah") n'est pas l'Etre de Dieu Lui-même. Ce Nom désigne l'Etre de Dieu, mais n'est pas Dieu Lui-même.

Le problème c'est que les Jahmites ont utilisé cette vérité ("Le Nom de Dieu n'est pas Dieu Lui-même") pour dire que les Noms que Dieu a présentés comme les Siens dans Ses révélations – la dernière étant le Coran – sont créés : Dieu a créé pour Lui-même des Noms, ou emprunté au langage des humains des Noms, afin de Se faire un tant soit peu connaître aux hommes d'après le langage que ceux-ci comprennent. Les Jahmites ont dit : "Seul Dieu est pré-éternel, sinon il y aurait une pluralité d'êtres éternels ; tout ce qui est autre que Dieu a vu le jour à un moment donné dans le temps. Or chacun sait que le nom n'est pas l'être nommé même ; donc les Noms de Dieu sont autre chose que Dieu" ; "donc les Noms que Dieu a présentés comme les Siens dans le Coran, Dieu les a créés" (Ibn Hajar a cité ce propos de Jahm : FB 13/462) ; ou encore, diraient d'autres déviants, Dieu a repris dans le Coran, afin de Se faire connaître des hommes, les Noms que des hommes Lui avaient attribués d'eux-mêmes.

Or cette affirmation est totalement fausse. Ce n'est pas que des hommes auraient attribué à Dieu des noms, projetant sur Lui leur idéal suprême, et ensuite que Dieu aurait repris ces Noms pour Se faire connaître ; c'est que Dieu Lui-même S'est fait connaître à nous les hommes par ces Noms qu'Il a exposés comme Siens dans le Coran. Et ce n'est pas non plus que Dieu aurait créé ces Noms ; c'est que ces Noms sont incréés.

Par ailleurs, les Attributs de Dieu que ces Noms expriment sont Attributs de Dieu de toute éternité (azal). Al-Qurtubî écrit que les Noms de Dieu sont Siens de toute éternité (lam yazal) (Tafsîr ul-Qurtubî 1/101).

Que répondre alors à l'argumentation des Jahmites, fondée sur l'assertion "le Nom de Dieu n'est pas Dieu Lui-même" ?

La réponse est que cette assertion ("le Nom de Dieu n'est pas Dieu") signifie seulement que si l'ensemble des lettres qui forment le nom d'un être (comme D-I-E-U) désignent bien cet être et personne d'autre que lui, ces lettres elles-mêmes ne sont pas cet être lui-même. Sinon, si le nom était la même chose que l'objet nommé, la prononciation du mot "feu" brûlerait sa langue, celle du terme "eau" rafraîchirait la bouche, etc.

Cette assertion ne signifie pas que les Noms de Dieu – Ses noms originels, dont différents termes sont, dans d'autres langues, les traductions – n'étaient pas les noms de Dieu de toute éternité. Au contraire, Dieu est comme Il est, avec Ses Noms et Ses Attributs, de toute éternité ; Il n'a pas, à un moment donné, créé pour Lui-même des Noms, ou emprunté au langage des humains des Noms, afin d'exprimer les Attributs qui sont les Siens de toute éternité.

Il y a, explique Ibn Taymiyya, trois choses distinctes :
al-mussammâ : l'être – ou la chose – nommé(e) ;
al-ism : le nom (qui est un mot, quelque chose qui est prononcé, lafz) désignant cet être ;
at-tasmiya : l'appellation (an-nutq bi-l'ism), le fait d'avoir déterminé tel mot pour désigner tel être (ja'luhû isman).

(Quand certains ulémas sunnites tels que al-Baghawî ou Ibn ul-Fûrak, voulant éviter l'argumentation des jahmites, se sont mis à dire que le nom est l'être nommé, ils n'ont pas voulu dire que le nom de quelque chose est réellement cette chose elle-même, mais que le mot "nom" désigne en fait l'être (al-ismu huwa dhât ush-shay'), et que c'est seulement au sens figuré qu'on utilise ce mot "nom" pour dire en fait "l'appellation" (al-ismu bi ma'na-t-tasmiya) : Al-Baghawî affirme donc en substance : "Le nom de Dieu n'est pas créé, puisque "le nom" de quelque chose signifie, en son sens premier, "l'être même de cette chose" ; par contre, l'appellation est, elle, créée". Ibn Taymiyya fait valoir que cette position est erronée, et rejoint en fait certains des présupposés des Jahmites ; la vérité est que le nom de quelque chose n'est pas l'être même de cette chose (MF 6/191-192.)

Si le nom de chaque chose n'est pas l'être même de cette chose, dire que les Noms de Dieu existaient avant la création, cela impliquerait-il, comme le font valoir les Jahmites, que les Noms de Dieu auraient alors existé en sus de Dieu ?
Non, car Ibn Taymiyya fait valoir que ce débat rejoint totalement celui de la Parole de Dieu: "Les Noms de Dieu relèvent de Sa Parole ; et Sa Parole n'est pas créée, au contraire Il la prononce. Et C'est Lui qui S'est nommé par les Noms qui s'y trouvent" (MF 6/186) ; car si ce que Dieu dit à un moment donné est hâdith, c'est de toute pré-éternité qu'Il parle (hâdith ul-'ayn, azaliyy un-naw').

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II) Dieu était ainsi de toute éternité (fi-l-azal) :

Un homme vint ainsi poser à Ibn Abbâs quelques questions liées au texte coranique ; entre autres il lui demanda ceci : "Dieu dit : "Wa kâna-llâhu ghafûran rahîman", "'azîzan hakîman", samî'an bassîran" : aurait-Il été ainsi puis changé ("Fa ka'annahû kâna, thumma madhâ") ?" (Sahîh ul-Bukhârî, kitâb ut-tafsîr, bâb 301, sourate Hâ Mîn as-Sadjda).

Cet homme est venu demander à Ibn Abbâs comment comprendre que le verbe "être" au passé ait été employé comme articulateur entre le sujet (le nom "Dieu") et les attributs du sujet ("pardonneur") ; il voulait dire :
– soit que l'utilisation de ce verbe "être" au passé peut laisser croire que Dieu était ainsi et ainsi ("Pardonneur, Miséricordieux") mais qu'Il ne l'est plus maintenant ;
– soit que l'utilisation de ce verbe "être" au passé peut laisser croire que Dieu n'avait pas d'attributs, puis qu'Il est devenu ainsi et ainsi ; l'homme demandait comment Dieu peut-Il avoir été pardonneur dans le passé, quand il n'existait aucun être à qui pardonner ;
– soit que l'utilisation de ce verbe "être" au passé peut laisser croire que Dieu ne sera plus, un jour, Pardonneur (ces différentes interprétations sont celles que humblement j'ai comprises des explications fournies dans FB 8/710).

Ibn Abbâs lui répondit : ""Wa kâna-llâhu ghafûran rahîman" : Il S'est nommé par cela, et cela est Sa Parole ; c'est-à-dire : "Il a toujours été ainsi" (ay : Lam yazal kadhâlika) ; car lorsque Dieu ne veut pas quelque chose sans qu'Il atteint ce qu'Il a voulu" (Sahîh ul-Bukhârî, kitâb ut-tafsîr, bâb 301, sourate Hâ Mîn as-Sadjda).

Ibn Abbâs a voulu lui dire que c'est Dieu qui S'est nommé ainsi, et cela constitue (une partie de) Sa Parole. Il a toujours été pardonneur, et le sera toujours, car Il réalise ce qu'Il veut.

Ar-Râghib écrit que le verbe "être" ("kâna"), employé au passé, exprime le temps déjà écoulé. Il peut alors exprimer ce qui, depuis, a changé : "Kâna Fulânun kadhâ, thumma sâra kadhâ" ("Untel était ainsi, puis il est devenu ainsi"). Il peut aussi exprimer que la personne est restée comme elle était. Et quand ce verbe est employé à propos de Dieu, il exprime le sens de pré-éternité (azaliyya) : ainsi, "Wa kâna-llâhu bi kulli shay'in 'alîman" (48/26) ne signifie pas "Dieu a été savant de toute chose", mais "Dieu est depuis toujours savant de toute chose" (cf. FB 13/502).

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III) Les Noms de Dieu ne sont donc pas créés. Certes. Mais les noms de Dieu tels qu'Il les a révélés dans une langue humaine précise : est-il possible que la forme qu'ils ont dans cette langue humaine précise fasse quant à elle suite à l'apparition de cette langue humaine sur Terre ?

(Cette question se pose seulement si on retient l'avis que ce ne sont pas toutes les langues humaines qui ont été inspirées par Dieu, mais une seule l'est, celle qu'Il a enseignée à Adam.)

Les Noms de Dieu sont Siens de toute éternité, d'accord, mais est-il possible que le terme donné qui, dans une langue précise, désigne l'Etre de Dieu avec tous Ses Attributs (il s'agit du Nom "Allâh" en arabe, du Nom "Dieu" en français), soit, lui, lié à l'apparition de cette langue sur Terre ? Et est-il possible que le terme donné qui, dans une langue précise, désigne l'Etre de Dieu doté de tel de Ses Attributs (comme "Ar-Rahîm" / "Le Miséricordieux"), soit, lui, lié à l'apparition de cette langue sur Terre ?

Pour découvrir des éléments de réponse à ces deux questions, lire notre article : Est-il possible que les Noms que Dieu a révélés en différentes langues à différents Messagers, Il les ait révélés suite à leur apparition dans cette langue ?

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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