Quelle est la différence entre bienfait venant de Dieu (Ni'ma), faveur accordée par Dieu (Fadhl), bénédiction octroyée par Dieu (Baraka), et miséricorde de la part de Dieu (Rahma) ?

Dans le Coran Dieu dit :

"Et si vous comptez la Ni'ma de Dieu, vous ne la cernerez pas" (Coran, 16/18).

"Ceci est la Fadhl de Dieu, qui la donne à qui Il veut" (5/54 ; 57/21 ; 62/4). "Et que la Fadhl est dans la Main de Dieu, Il la donne à qui Il veut" (57/29). "Et demandez à Dieu de Sa Fadhl" (4/32).

"Ils se réjouissent d'une Ni'ma de la part de Dieu ainsi que d'une Fadhl" (Coran 3/171). "Ils s'en sont retournés avec une Ni'ma de la part de Dieu ainsi que d'une Fadhl" (3/174). "Par Fadhl de la part de Dieu ainsi que par Ni'ma" (49/8).

– "N'étaient la Fadhl de Dieu sur vous ainsi que Sa Rahma, vous..." (Coran 2/64 ; 4/83 ; 24/10 ; 24/14 ; 24/20 ; 24/21 ; voir aussi 4/114). "Dis : "A cause de la Fadhl de Dieu et de Sa Rahma, qu'ils se réjouissent !"" (10/58).

Quelle est donc la différence entre le sens de ces trois termes :
Ni'ma,
Fadhl
et Rahma ?

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1) Qu'est-ce que le bienfait (Ni'ma) ?

Ar-Râghib al-Asfahânî écrit : "La Ni'ma est la situation qui est bonne (al-hâlat ul-hassana)" (Mufradat ur-Râghib, N-'-M). Cela "s'emploie, poursuit-il, pour ce qui est peu (al-qalîl) comme pour ce qui est abondant (al-kathîr)" (Ibid.).

Dieu dit ainsi : "Et si vous comptez le bienfait (Ni'ma) de Dieu, vous ne le cernerez pas" (Coran, sourate an-Nahl/18).

Il y a deux verbes provenant de la même racine que Ni'ma :
an'ama - yun'imu - in'âman (augmenté de forme IV), qui s'emploie la particule "'alâ" et qui signifie : "accorder des bienfaits à autrui" (îssâl ul-ihsân ila-l-ghayr) (Mufradât ur-Râghib) ; Dieu dit ainsi : "alladhîna an'amta 'alayhim" (sourate al-Fâtiha) ; "wa idh taqûlu lilladhî an'ama-llâhu 'alayhi wa an'amta 'alayh" (sourate al-Ahzâb/37) ;
– na''ama - yuna''imu - tan'îman (augmenté de forme II), qui signifie : "placer autrui dans le bienfait" (Mufradât ur-Râghib) ; Dieu dit : "fa ak'ramahû wa na''amahû" (sourate al-Fajr).

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2) Quant à la faveur (Fadhl), c'est une quantité importante de bienfait (khayrmanfa'a), ou une prérogative particulière, reçue de Dieu :

Ar-Râghib al-Asfahânî écrit : "La Fadhl est ce qui est en surplus par rapport à la moyenne (az-ziyada 'an il-iqtisâd)" (Mufradat ur-Râghib, F-DH-L).
Al-Asfahânî précise que ce surplus est le plus souvent ainsi nommé – "fadhl" – lorsque le surplus est chose bien ; et que par contre lorsqu'il est excessif il est nommé : "fudhûl" (Ibid.).

Ensuite al-Asfahânî distingue :
– la faveur (ou la particularité) que Dieu a accordée à toute une catégorie générale (jins) par rapport à une autre ; comme la faveur ou les particularités accordée(s) à la catégorie des êtres animés par rapport aux êtres végétaux ;
– la faveur (ou la particularité) que Dieu a accordée à toute une catégorie immédiate (naw') par rapport à une autre ; comme la faveur ou les particularités accordée(s) à l'être humain par rapport aux autres êtres animés ;
la faveur (ou la particularité) que Dieu a accordée à deux individus appartenant à la même catégorie immédiate ; comme la faveur accordée à un humain par rapport à un autre, le premier étant par exemple plus aisé financièrement que le second.
Il écrit que les faveurs (ou les particularités) des premier et second types, on ne peut pas les changer.
Par contre on peut faire des efforts pour acquérir ce qu'un autre possède de faveur relevant du troisième type (Ibid.).

Dans le Coran on lit ainsi : "Ceci est la Fadhl de Dieu, qui la donne à qui Il veut" (5/54 ; 57/21 ; 62/4). "Et que la Fadhl est dans la Main de Dieu, Il la donne à qui Il veut" (57/29). "Et demandez à Dieu de Sa Fadhl" (4/32). "Lorsque la prière (du vendredi) est terminée, répandez-vous sur terre et recherchez de la Fadhl de Dieu" (62/10).

De la même racine que Fadhl provient le verbe "fadhdhala-yufadhdhilu - tafdhîlan", qui signifie : "accorder des particularités", ou "favoriser". Dieu dit : "Et Nous avons honoré les fils d'Adam, les avons transportés sur la terre sèche et la mer, leur avons donné comme subsistance des choses bonnes (at-tayyibât), et les avons favorisés (fadhdhalnâ-hum) considérablement par rapport à beaucoup de ceux que Nous avons créés" (Coran 17/70).

La différence entre la Ni'ma et la Fadhl c'est que toute Fadhl est forcément une Ni'ma, mais que toute Ni'ma n'est pas forcément une Fadhl.
En effet, car nous avons vu que Fadhl s'emploie pour le bienfait qui constitue un surplus par rapport à la moyenne, alors que Ni'ma s'emploie pour tout bienfait, qu'il soit peu abondant ou abondant.

Dans le Coran on trouve quelques fois l'emploi de ces deux termes conjoints : "Ils se réjouissent d'une Ni'ma de la part de Dieu ainsi que d'une Fadhl" (Coran 3/171) ; "Ils s'en sont retournés avec une Ni'ma de la part de Dieu ainsi que d'une Fadhl" (3/174) ; "Par Fadhl de la part de Dieu ainsi que par Ni'ma" (49/8). Nous avons donc là des cas de mention du particulier après le général (dhikr ul-'âmm ba'da-l-khâss), et vice-versa.

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3) La bénédiction (Baraka) est quant à elle la quantité plus importante de bienfait (khayrmanfa'a) reçue de la part de Dieu, et étant permanente :

Nous avons parlé de cela de façon détaillée dans notre article consacré à la définition de ce qu'est la bénédiction (Baraka).

Nous y avons exposé que Ibn ul-Qayyim a écrit : "La Baraka est l'abondance du bien et sa permanence (kathrat ul-khayr wa dawâmuhû)" (Badâ'i' ul-fawâ'ïd, p. 311). An-Nawawî et Fakhr ud-dîn ar-Râzî ont écrit en substance la même chose (Shar'h Muslim sur n° 286 et Tafsîr ur-Râzî sur Coran 7/54).

Le fait qu'une chose soit bénie signifie donc deux choses :
– que dans cette chose il y a du bien en quantité abondante (kathîr) ;
– et que dans cette chose ce bien est établi (thâbit) et permanent (lâzim).

Al-Qurtubî a pour sa part exposé le premier aspect : "Et la bénédiction est l'abondance du bien (Wa-l-baraka : kathrat ul-khayr)" (Tafsîr ul-Qurtubî, tome 4 p. 139).
Ar-Râghib al-Asfahânî a quant à lui exposé le second aspect : "Et la bénédiction est l'établissement [= la permanence], dans une chose donnée, du bien conféré par Dieu (Wa-l-baraka : thubût ul-khayr il-ilâhî fi-sh-shay')" (Mufradat ur-Râghib, B-R-K).

La différence entre Baraka et Fadhl est donc que toute Baraka est une Fadhl mais que toute Fadhl n'est pas forcément une Baraka. La différence entre les deux tient au caractère permanent ou temporaire du bien.
Car le terme Fadhl peut désigner un bien important qui est permanent, comme il peut désigner un bien qui est important mais qui peut disparaître.
Cependant, si on retient la définition que al-Qurtubî a donnée de la Baraka (voir ci-dessus), alors il n'y a plus de différence entre Baraka et Fadhl : ces deux termes peuvent désigner un surplus de bien qui est permanent ou qui est temporaire.

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4) La Miséricorde (Rahma), elle, est un Attribut de Dieu (sifat ullâh) ; la formule "Rahmat ullâh" signifie : la Pitié de Dieu ; et parfois : la Faveur de Dieu :

La Rahmat ullâh signifie : "la Miséricorde de Dieu". Il s'agit de la Pitié que Dieu a pour Ses créatures. Ceci en est le sens originel, qui est employé au sens propre à propos de Dieu Lui aussi (et non pas seulement à propos de créatures).
Parfois, cependant, Rahmat ullâh désigne le corollaire (lâzim) de cette Pitié, à savoir la Faveur que Dieu accorde à Ses créatures : car le fait que Dieu accorde à Ses créatures des bienfaits et des faveurs, cela est dû à la Pitié qu'Il a pour elles. La Rahma peut en quelque sorte être traduite par "Bonté".
Comme l'a écrit ar-Raghib al-Asfâhânî, le terme Rahma "comporte deux sens : la pitié (riqqa) et la faveur (ihsân)" (Mufradat ur-Râghib, R-H-M).

Lorsqu'il est employé en ayant ce second sens de faveur (ihsân), le terme Rahmat ullâh signifie à peu de choses près la même chose que Fadhl ullâh. Dans le Coran on lit ainsi : "Et Dieu accorde particulièrement Sa Rahma à qui Il veut. Et Dieu est Celui dont le Fadhl est très grand [= Celui qui donne le Fadhl très grand]" (2/105 ; voir aussi 3/74).

En fait la Faveur que Dieu a accordée à des créatures se dit Fadhl ullâh (ou Barakat ullâh si elle est permanente, puisque nous avons déjà vu que la Fadhl qui est permanente est une Baraka). Si la Faveur se dit Rahmat ullâh également, c'est parce que c'est à cause de la Pitié que Dieu a pour Ses créatures qu'Il leur accorde telle et telle faveurs.
C'est pourquoi on lit également dans le Coran ces deux termes Fadhl et Rahma employés conjointement : "N'étaient la Fadhl de Dieu sur vous ainsi que Sa Rahma, vous..." (Coran 2/64 ; 4/83 ; 24/10 ; 24/14 ; 24/20 ; 24/21 ; voir aussi 4/114). "Dis : "A cause de la Fadhl de Dieu et de Sa Rahma, qu'ils se réjouissent !"" (10/58).

Tout ce que nous avons dit jusqu'ici concerne le terme Rahmat ullâh utilisé de façon habituelle, c'est-à-dire désignant l'Attribut de Dieu.
Mais, d'autres fois, ce terme est utilisé pour désigner non plus l'Attribut de Dieu lui-même, mais seulement ce qui l'effet, la conséquence, la manifestation de cet Attribut de Dieu (nous avions déjà évoqué cela dans un autre article). Ainsi, le Coran désigne la pluie par le nom : "miséricorde de Dieu" : on y lit ainsi : "Et Il est Celui qui envoie les vents comme bonne nouvelle avant Sa miséricorde" (Coran 7/57) ; "Et Il est Celui qui a envoyé les vents comme bonne nouvelle avant Sa miséricorde" (Coran 25/48) ; "Et qui envoie les vents comme bonne nouvelle avant Sa miséricorde ?" (Coran 27/63) : dans ces trois versets, "Sa miséricorde" désigne "la pluie". Or la pluie n'est pas l'Attribut divin de Miséricorde (sifat ur-rahma), ni en soi une action divine de miséricorde (car "Rahma" est une sifatu dhât mais aussi une sifatu fi'l : FB 13/531). La pluie est seulement la conséquence, l'effet, de l'Attribut divin de Miséricorde : c'est à cause du fait qu'Il est Bon que Dieu envoie la pluie pour les habitants de la terre.

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5) Le bienfait (Ni'ma), la faveur (Fadhl) et la bénédiction (Baraka) que Dieu accorde aux créatures sont de deux types principaux : d'ordre temporel (dunyawî) ; et d'ordre religieux (dînî ukhrawî) :

Nous avions déjà expliqué la différence entre "Dunyawî" et "Dînî" dans un autre article (cf. la différence exposée au point C de cet autre article).

5.1) Une action "dunyawî" est une action dont l'avantage est uniquement ou essentiellement ou immédiatement lié à la vie humaine dans ce monde ; par exemple le fait de consommer de la nourriture.
Un bienfait "dunyawî" (ni'ma dunyawiyya) est donc un bienfait lié à ce qui sert uniquement, essentiellement ou immédiatement par rapport à la vie de ce monde ; par exemple l'apaisement de la faim, l'absorption des nutriments par l'organisme ; la fertilité d'une terre ; l'intelligence qu'une personne possède.
S'il s'agit d'une créature qui recèle de façon permanente une quantité particulièrement abondante d'un bienfait "dunyawî", on parle donc de "bénédiction d'ordre temporel" (baraka dunyawiyya).

5.2) Une action "dînî" est une action dont l'avantage est uniquement ou essentiellement ou immédiatement lié à la vie de l'au-delà : par exemple la prière ; ou le jeûne ; etc.
Un bienfait "dînî" (ni'ma dîniyya) est donc un bienfait lié à ce qui sert uniquement, essentiellement ou immédiatement par rapport à la vie de l'au-delà ; par exemple la guidance vers la croyance orthodoxe ; l'acceptation par Dieu de l'action cultuelle que l'on a faite pour Lui ; le fait que Dieu se relie avec l'homme qui cherche à se relier avec Lui.
S'il s'agit d'une créature qui recèle de façon permanente une quantité particulièrement abondante d'un bienfait "dînî", on parle de "bénédiction dînî" (baraka dîniyya).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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