Quand un terme possède son Sens Propre (معنى حقيقي), et un ou plusieurs Sens Figuré(s) (معنى جازي)

Il faut rappeler ici que les noms "حقيقة" et "مجاز" renvoient aux termes (ألفاظ) utilisés par le locuteur :

– Le terme (ou la formule) (لفظ) que le locuteur utilise, si ce dernier lui confère le sens (معنى) pour lequel il (ou elle) a été forgé(e) (wudhi'a lahû), alors ce terme (ou cette formule) (لفظ) est dit : "حقيقة" ou "تحقيق".

– Et le terme (ou la formule) (لفظ) que le locuteur utilise, si ce dernier lui confère un sens (معنى) autre que celui pour lequel il (ou elle) a été forgé(e) (wudhi'a lahû) mais présentant un lien avec ce sens (معنى) originel, alors ce terme (ou cette formule) (لفظ) est dit : "مجاز".
Il faut toujours un indice (soit dans le texte, soit dans le contexte), pour que l'on puisse appréhender un terme dans un sens autre que celui pour lequel il a été forgé.

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Par rapport maintenant au sens (معنى) que le locuteur confère au terme qu'il utilise, on emploie 2 termes voisins mais différents :

– Le sens (معنى) que le locuteur a conféré à un terme (لفظ) donné, si ce sens est bien le sens pour lequel ce terme (ou cette formule) a été forgé(e) (wudhi'a lahû), alors ce sens est dit : "معنى حقيقيّ".

– Et le sens (معنى) que le locuteur a conféré à un terme (لفظ) donné, si ce sens est autre que le sens pour lequel ce terme (ou cette formule) a été forgé(e) (wudhi'a lahû) mais est apparenté à ce sens originel, alors ce sens est dit : "معنى مجازيّ".

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Règles de sémantique arabe à propos des termes ayant un sens figuré, avec des exemples issus du Coran :

Il existe 3 choses (et parfois 3 + 1 choses) :

– d'un côté il y a le terme (lafz) que le locuteur emploie ;

– de l'autre côté il y a la réalité (haqîqa khârija) que ce terme cherche à désigner ;

– entre les deux se trouve le sens (ma'nâ) que ce terme (lafz) évoque dans l'esprit humain (celui du locuteur et celui de l'interlocuteur) ;
----- si l'humain a déjà, de ses yeux, vu la réalité que ce terme cherche à désigner, il y a, couplée à ce sens : l'image mentale (sûra dhih'niyya) de cette réalité ; sinon il n'y a que le sens.

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Il y a ensuite :

A) la Dalâla haqîqiyya : le fait qu'un terme (lafz) désigne le sens (ma'nâ) pour lequel il a été forgé (wudhi'a lahû) ;

B) la Dalâla majâziyya : le fait qu'un terme (lafz) désigne un sens (ma'nâ) autre que celui pour lequel il a été forgé, mais qui a malgré tout un rapport avec ce sens là.

Dans le cas d'une Dalâla de ce second type (B, Dalâla majâziyya), il existe, dans la réalité (al-haqîqa al-khârija), 2 choses :
--- une première chose est ce à quoi correspond le sens (ma'nâ) que le locuteur, en employant ce terme (lafz), veut pour sa part signifier (al-ma'na-l-murâd li-l-mutakallim, wa huwa-l-ma'na-l-majâzî) ;
--- une seconde chose existant dans la réalité (al-haqîqa al-khârija) est ce à quoi correspond le sens originel de ce terme (lafz), c'est-à-dire le sens pour lequel ce terme a été forgé (al-ma'na-l-haqîqî).

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Ensuite, dans le cas d'une مجاز لُغَوي :

B.A) Soit la relation existant entre la première chose (celle que l'émetteur veut désigner en employant ce terme) et la seconde chose (celle que le terme désigne normalement) est une relation de comparaison (تشبيه), mais seul le comparant (مشبَّه به) est mentionné, et pas le comparé (مشبَّه) ; ou bien le comparé (مشبَّه) est mentionné, et, avec lui, le corollaire du comparant (لازم المشبَّه به).
On a alors affaire à une "استعارة", une "métaphore directe".

B.B) Soit la relation existant entre la première chose (celle que l'émetteur veut désigner en employant ce terme) et la seconde chose (celle que le terme désigne normalement) n'est pas une relation de comparaison.
On a alors affaire à un "مجاز مرسل", une "métonymie".

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Quelle est alors cette relation existant en B.B ?

Tout dépend de ce que la première chose (celle que l'émetteur veut, lui, désigner en employant ce terme) constitue par rapport à la seconde chose (celle que le terme désigne normalement).

En effet, la première chose (al-ma'na-l-murâd li-l-mutakallim) peut, par rapport à la seconde (al-ma'na-lladhî wudhi'a hâdha-l-lafzu lahû), constituer :

--- soit sa partie : on lit dans le Coran  : "Ils se mettent les doigts dans les oreilles à cause des foudres" ("يجعلون أصابعهم في آذانهم من الصواعق") pour signifier : "le bout de tes doigts" (cela est dit : "emploi du tout pour la partie", ou "'alâqa kulliyya") ;
--- soit, au contraire, son tout : on lit dans le Coran la formule "libération d'un cou" ("تحرير رقبة"), pour signifier : "libération d'un esclave" ("emploi de la partie pour le tout", ou "'alâqa juz'iyya") ;

--- soit son contenu / ce qui s'y trouve : on lit dans le Coran : "Demande à la cité" ("واسأل القرية"), pour dire : "aux gens de la cité" ("emploi du lieu pour ce qui s'y trouve", ou "'alâqa mahalliyya") ;
--- soit, au contraire, le contenant / le lieu où cette chose se trouve ou se manifeste : on lit dans le Coran : "Ils seront dans la Miséricorde de Dieu, dans laquelle ils demeureront éternellement" ("ففي رحمة الله هم فيها خالدون"), pour désigner : "le Paradis, lieu où se manifeste l'Attribut de Miséricorde de Dieu" ("emploi du contenu pour le contenant", ou "'alâqa hâlliyya") ;

--- soit son être, même si c'est seulement dans le passé (et non plus maintenant) que cette chose était ce que le terme utilisé désigne en son sens premier : on lit dans le Coran, s'adressant aux hommes de la famille, à propos de leurs parentes divorcées : "Ne les empêchez pas de se marier avec leurs époux s'ils sont d'accord entre eux, selon la bienséance" ("فلا تعضلوهن أن ينكحن أزواجهن"), pour dire : "de se remarier avec ceux qui étaient auparavant leurs époux et qui ont divorcé d'elles" ("emploi de ce que la chose était, pour désigner la chose", ou "'alâqa mâ kâna") ;
--- soit son être, même si c'est seulement dans le futur (et non pas maintenant) que cette chose sera ce que le terme utilisé désigne en son sens premier : on lit dans le Coran : "L'un des deux dit : "Je me suis vu (en rêve) pressant du vin"" ("قَالَ أَحَدُهُمَآ إِنِّي أَرَانِي أَعْصِرُ خَمْرًا"), pour signifier : "pressant du raisin") ("emploi de ce que la chose va devenir, pour désigner la chose", ou "'alâqa mâ yakûn") ;

--- soit son moyen / sa cause : on lit dans le Coran : "de ce que Dieu a fait descendre du ciel comme subsistance, puis Il a par son moyen fait revivre la terre" ("وَفِي خَلْقِكُمْ وَمَا يَبُثُّ مِن دَابَّةٍ آيَاتٌ لِّقَوْمٍ يُوقِنُونَ وَاخْتِلَافِ اللَّيْلِ وَالنَّهَارِ وَمَا أَنزَلَ اللَّهُ مِنَ السَّمَاء مِن رِّزْقٍ فَأَحْيَا بِهِ الْأَرْضَ بَعْدَ مَوْتِهَا وَتَصْرِيفِ الرِّيَاحِ آيَاتٌ لِّقَوْمٍ يَعْقِلُونَ"), pour signifier seulement : "comme pluie" ("emploi de la conséquence pour le moyen", ou "'alâqa mussabbabiyya") ;
--- soit
, au contraire, son effet / sa conséquence : c'est ainsi que Jésus fils de Marie a été qualifié de "parole venant de Dieu" ("كلمة من الله"), pour signifier non pas que Jésus serait une parole de Dieu, mais seulement qu'il est la conséquence directe d'une parole de Dieu ("emploi du moyen pour le résultat", ou "'alâqa sababiyya")  ;

--- soit son équivalent par rapport à un(e) autre lieu, époque ou groupe (c'est ainsi que, dans la Sunna, "les Psaumes" ont été désignés par le terme : "le Coran").

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Un exemple de présence d'un terme مجاز dans le Coran :

--- Dieu relate dans le Coran que l'un des deux compagnons de prison du prophète Joseph dit à ce dernier, lui relatant son rêve dont il voulait l'interprétation : "Je me vois (en rêve) pressant du khamr" (Coran 12/36).

Le terme "khamr" (خمر) désigne une boisson alcoolique (soit le vin précisément, soit toute boisson alcoolique : lire notre article).

Or c'était en réalité de "raisin" – et non de "vin" – que cet homme parlait : il voulait dire qu'il s'était vu en rêve pressant du raisin. Le fait est qu'il est impossible (ou insensé) de presser du vin : c'est là l'indice, qarîna, que le terme "khamr" n'est pas à appréhender, ici, en son sens propre.

Pourtant, et bien que le terme "khamr" ne désigne pas de façon originelle "le raisin", Dieu a bien cité cette phrase où il y a ce terme "khamr" qui y désigne le raisin (au lieu que s'y trouve le terme "'inab", qui, lui, désigne de façon normale : "le raisin").

En fait si cette opération a été possible, c'est parce que ce que ce terme "khamr" désigne originellement – à savoir "le vin" – (et c'est là son sens propre), cela présente une relation ('alâqa) avec "le raisin" : "le vin" était du "raisin" ("al-khamru kâna 'inaban") ; en fait il est le résultat d'une transformation complète du raisin. C'est ce qui a fait qu'il a été possible d'employer le terme qui signifie à l'origine "vin" pour signifier en fait : "raisin".

Dans ce verset, le terme "خمر" est donc bel et bien un "مجاز", eu égard à ce qu'il y signifie ("raisin"), ce qui représente un "معنى مجازي" par rapport à ce terme.
Pour signifier la même chose, c'est le terme "عنب" qui est "حقيقة" ou "تحقيق" : le sens "raisin" est un "معنى حقيقيّ" par rapport à ce terme.

On a ainsi, dans ce verset du Coran, l'emploi d'un terme à appréhender au sens figuré : il désigne originellement quelque chose, mais a été employé pour désigner ce à partir de quoi cette chose est faite.

D'autres exemples du Coran et de la Sunna ont été présentés dans nos deux articles :
- Y a-t-il ou non des termes à appréhender au sens figuré (مجاز) dans le Coran et la Sunna ?
- Comment comprendre les "épée", "lance" et "arc" que les hadîths évoquent pour l'époque du retour de Jésus fils de Marie ?

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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