Au cours de la totalité de son existence, l'homme connaît 2 vies et 2 morts, et passe en tout par 4 Demeures (دار), quittant l'une pour la suivante, jusqu'à parvenir à la dernière (الآخرة) - Sur cette Terre (الأرض), pendant cette vie (الحياة الدنيا), l'homme vit dans une Dimension donnée, les anges évoluant dans une autre Dimension - الكَشْف

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I) L'âme humaine connaît, dans la totalité de son existence, 4 états, qui sont : 2 vies (حياة), et 2 morts (موت : c'est-à-dire : 2 moments de séparation de l'âme et du corps chez le même individu). En fait, l'âme connaît : la mort, puis la vie, puis la mort, puis la vie éternelle :

Dieu dit ainsi :

--- "كَيْفَ تَكْفُرُونَ بِاللَّهِ وَكُنتُمْ أَمْوَاتاً فَـأَحْيَاكُمْ ثُمَّ يُمِيتُكُمْ ثُمَّ يُحْيِيكُمْ ثُمَّ إِلَيْهِ تُرْجَعُونَ" : "Comment reniez-vous Dieu, alors que vous étiez morts, alors Il vous a fait vivre, ensuite Il vous fera mourir, ensuite Il vous fera vivre, ensuite à Lui vous serez ramenés" (Coran 2/28).

--- "قَالُوا رَبَّنَا أَمَتَّنَا اثْنَتَيْنِ وَأَحْيَيْتَنَا اثْنَتَيْنِ فَاعْتَرَفْنَا بِذُنُوبِنَا فَهَلْ إِلَى خُرُوجٍ مِّن سَبِيلٍ" : "Ils diront : "Seigneur, Tu nous as fait mourir deux fois, et Tu nous as fait vivre deux fois. Nous reconnaissons donc nos péchés. Y a-t-il donc une voie pour partir (d'ici) ?"" (Coran 40/11).

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1) Quand l'être humain connaît-il sa "première mort" ?
--- selon un premier commentaire : alors qu'il était complètement inexistant, avant que son âme, ainsi que le fœtus devant la recevoir, soient créés ;
--- selon un second commentaire : alors que son âme avait déjà été créée mais que le fœtus devant la recevoir n'était pas encore créé (les ulémas tenants de cet avis selon lequel les âmes sont créées bien avant le corps parlent de 'âlam ul-arwâh : "le monde des âmes" ; peut-être s'agit-il de la même dimension que celle du 'âlam ul-barzakh, "monde des âmes après la vie sur terre", ou peut-être d'une autre dimension encore) ;
--- selon un troisième commentaire (Ibn 'Âshûr) : alors qu'il était déjà fœtus mais que l'âme n'y avait pas encore été insufflée :
----- soit que l'homme était à ce moment-là "mort" dans la mesure où son corps venait d'accéder à l'existence, mais son âme et son corps étaient à ce moment-là séparés (or c'est cette séparation qui s'appelle "mort") cela se marie avec l'avis disant que les âmes sont créées bien avant les corps ;
----- soit que l'homme n'était alors que ce fœtus, sans âme cela se marie avec l'autre avis, disant que les âmes ne sont pas créées avant les corps.

2) Quant à la "première vie" de l'être humain, c'est : "al-Hayât ud-Dunyâ" :
Et celle-ci :
- débute avec le moment où la première mort prend fin (ce moment ayant été évoqué différemment par chacun des 3 commentaires sus-cités),
- dure pendant tout son passage en ce monde (la Demeure A.b),
- et prend fin avec le moment de la séparation de son âme d'avec son corps (laquelle séparation entraîne la mort dont nous allons parler en 3).

3) La "seconde mort" de l'être humain se produit par la séparation de l'âme et de son corps (laquelle mort peut également être considérée comme "mort principale", puisque survenant pour sa part contrairement à la 1 alors que l'âme était consciente de vivre ; c'est pourquoi, dans un autre verset, elle a été qualifiée de : "المَوْتَة الأُوْلى" : Coran 44/56) :
Cet état de mort débute avec cette séparation, et dure jusqu'au moment de la résurrection. Pendant toute cette période, l'âme demeure pour sa part bien vivante, et se trouve dans la Demeure B.a : le Barzakh.

4) C'est lors de la résurrection que l'âme humaine connaîtra sa seconde vie ; et cette vie-là n'aura pas de fin :
Et l'être humain se trouvera alors dans la Demeure B.b : d'abord B.b' (la Plaine du Jugement), puis B.b (le Paradis, ou la Géhenne).

Ibn ul-Qayyim parle de ces 4 états (plus un 5ème, celui du sommeil) en les termes suivants : "وسر ذلك أن الروح لها بالبدن خمسة أنواع من التعلق متغايرة الأحكام: أحدها تعلقها به في بطن الأم جنينا؛ الثاني تعلقها به بعد خروجه إلى وجه الأرض؛ الثالث تعلقها به في حال النوم فلها به تعلق من وجه ومفارقة من وجه؛ الرابع تعلقها به في البرزخ فإنها وإن فارقته وتجردت عنه فإنها لم تفارقه فراقا كليا بحيث لا يبقى لها التفات إليه البتة، وقد ذكرنا في أول الجواب من الأحاديث والآثار ما يدل على ردها إليه وقت سلام المسلم وهذا الرد إعادة خاصة لا يوجب حياة البدن قبل يوم القيامة؛ الخامس تعلقها به يوم بعث الأجساد؛ وهو أكمل أنواع تعلقها بالبدن، ولا نسبة لما قبله من أنواع التعلق إليه، إذ [هذا] تعلق لا يقبل البدن معه موتا ولا نوما ولا فسادا" (Ar-Rûh, pp. 42-43).

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II) Le terme "Dunyâ" qualifie à la fois une Vie (Hayât : الحَيَاةُ الدُّنْيَا) (celle qui a été numérotée : "2" au point précédent) et une Demeure (Dâr : الدَّارُ الدُّنْيَا) (il s'agit de celle qui sera désignée : "A" plus bas) :

Ce nom "Dunyâ" est traduit de plusieurs façons, parmi lesquelles :
--- "celle qui est la première" (syn. de أُوْلَى ; l'antonyme de ce dernier terme est justement : آخِرَة, Âkhira : Dernière ; de plus, on lit dans le Coran cette opposition entre la Vie Ûlâ, Première, et la Vie Âkhira, Dernière : "لَهُ الْحَمْدُ فِي الْأُولَى وَالْآخِرَةِ" : Coran 28/70 ; "وَلَلْآخِرَةُ خَيْرٌ لَّكَ مِنَ الْأُولَى" : Coran 93/4) ;
--- "celle qui est plus proche" (syn. de قُرْبَى ; voisin de ce terme au niveau du sens est cet autre qualificatif de la Vie / la Demeure présente : celle-ci a été qualifiée de : "al-'Âjila, l'Immédiate", que le Coran oppose de nouveau à al-Âkhira, c'est-à-dire aussi : "celle qui vient plus tard" : "كَلَّا بَلْ تُحِبُّونَ الْعَاجِلَةَ وَتَذَرُونَ الْآخِرَةَ" : Coran 75/20-21) ;
--- "celle qui est plus petite" (syn. de صُغْرَى) ;
--- "celle qui est moins noble" (syn. de رُذْلَى).

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Dans le Coran, le terme "Dunyâ" est adjectif qualificatif de Hayât, "Vie" : "الْحَيَاة الدُّنْيَا" : "la Vie Première".
Dans le hadîth suivant, on pressent que le terme "Dunyâ" a été employé en tant qu'adjectif qualificatif de Dâr (Demeure), celui-ci n'étant cependant pas exprimé : "عن جابر بن عبد الله، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "إن أخوف ما أتخوف على أمتي الهوى، وطول الأمل، فأما الهوى فيصد عن الحق. وأما طول الأمل فينسي الآخرة. وهذه الدنيا مرتحلة ذاهبة، وهذه الآخرة مرتحلة قادمة. ولكل واحدة منهما بنون، فإن استطعتم أن لا تكونوا من بني الدنيا فافعلوا، فإنكم اليوم في دار العمل ولا حساب، وأنتم غدا في دار الحساب ولا عمل" (Shu'ab ul-îmân, 10132) ; "وقال علي بن أبي طالب: "ارتحلت الدنيا مدبرة، وارتحلت الآخرة مقبلة. ولكل واحدة منهما بنون، فكونوا من أبناء الآخرة، ولا تكونوا من أبناء الدنيا، فإن اليوم عمل ولا حساب، وغدا حساب ولا عمل" (cité ta'lîqan par al-Bukhârî). Il s'agit alors de la "la Demeure Première".

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Quant à Âkhira, dans le Coran cela est le plus souvent un adjectif qualificatif du terme "Dâr", "Demeure" : "الدَّار الآخِرَة" : "la Demeure Dernière".
Cependant, il existe deux versets où le terme Dâr est en rapport d'annexion avec al-Âkhira : "وَلَدَارُ الآخِرَةِ" (Coran 16/30 ;  12/109) ; et, selon un commentaire, ce "al-Âkhira" qualifie alors un terme non-exprimé : "al-Hayât", "Vie" : "وقد توصف الدار بالآخرة تارة؛ وتضاف إليها تارة؛ نحو قوله تعالى: {وللدار الآخرة خير للذين يتقون}؛ {ولدار الآخرة خير للذين اتقوا}، وتقدير الإضافة: "دار الحياة الآخرة" (Muf'radât ur-Râghib). Selon ce commentaire, cela est donc un qualificatif de la Vie : il s'agit alors de la Vie Dernière.

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III) Il existe en tout 2 grandes Demeures (دار) pour l'âme humaine : ad-Dâr ud-Dunyâ (A) ; ad-Dâr ul-Âkhira (B) :

A) Ad-Dâr ud-Dunyâ englobe les deux premières Demeures qui vont suivre :
----- le ventre de la mère (A.a),
----- et ce monde-ci (A.b).

B) Ad-Dâr ul-Âkhira englobe les deux dernières Demeures :
----- le monde de la tombe, al-Barzakh (B.a) ("إن القبر أول منزل من منازل الآخرة" : at-Tirmidhî, 2308) ;
----- et le monde du Paradis et de la Géhenne (B.b).
(Cependant, la Hayât Barzakhiyya - la Demeure B.a - est décrite par des ulémas comme faisant partie de al-Âkhira tout ayant encore un petit lien avec la Dâr ud-Dunyâ.)

Ensuite, chacune d'elles se subdivise en 2, ce qui donne en tout 4 Demeures (دار) possibles de l'âme humaine :

Ibn ul-Qayyim énumère comme suit ces 4 demeures par lesquelles l'âme humaine passe tout au long de son existence :
"– A.a] La première Demeure [de l'âme humaine] se trouve dans le ventre de la mère ; cela consiste en l'étroitesse (...) et en les trois ténèbres.
A.b] La seconde Demeure est la demeure dans laquelle elle est venue à sa naissance, à laquelle elle est habituée, et dans laquelle elle acquiert le bien et le mal, les causes de la réussite et de l'échec.
B.a] La troisième Demeure est la demeure du Barzakh ; cette (Demeure)-là [B.a] est plus vaste et plus grande que cette Demeure-ci [A.b] ; elle est, par rapport à celle-ci [A.b], comme celle-ci [A.b] est par rapport à la première [A.a].
B.b] La quatrième Demeure est celle de l'arrêt [= la destination] : soit le Jardin, soit le Feu ; il n'y a plus d'(autre) demeure après celle-ci.
Dieu fait se déplacer l'(âme humaine) dans (chacune de ces) Demeures, étape après étape, jusqu'à ce qu'Il la fasse parvenir à la Demeure qui est telle qu'aucune autre qu'elle ne lui conviendrait : c'est celle pour laquelle elle a été créée, et pour l'action y menant elle a été préparée.
(L'âme) connaît, dans chacune de ces Demeures, une règle et un état autres que l'état (qu'elle connaît) dans l'autre (Demeure)" :
"فلهذه الأنفس أربع دور كل دار أعظم من التي قبلها
الدار الأولى في بطن الأم؛ وذلك الحصر والضيق والغم والظلمات الثلاث
والدار الثانية هي الدار التي نشأت فيها والفتها واكتسبت فيها الخبر والشر وأسباب السعادة والشقاوة
والدار الثالثة دار البرزخ؛ وهي أوسع من هذه الدار وأعظم بل نسبتها إليه كنسبة هذه الدار إلى الأولى
والدار الرابعة دار القرار، وهي الجنة أو النار؛ فلا دار بعدها.
والله ينقلها في هذه الدور طبقا بعد طبق حتى يبلغها الدار التي لا يصلح لها غيرها ولا يليق بها سواها وهي التي خلقت لها وهيئت للعمل الموصل لها إليها.
ولها في كل دار من هذه الدور حكم وشأن غير شأن الدار الأخرى" (Ar-Rûh, p. 111).

"،الأمر الثالث أن الله سبحانه جعل الدور ثلاثا: دار الدنيا، ودار البرزخ، ودار القرار؛ وجعل لكم دار أحكاما تختص بها، وركب هذا الانسان من بدن ونفس. وجعل أحكام دار الدنيا على الأبدان، والأرواح تبعا لها؛ ولهذا جعل أحكامه الشرعية مرتبة على ما يظهر من حركات اللسان والجوارح وان أضمرت النفوس خلافه. وجعل أحكام البرزخ على الأرواح، والأبدان تبعا لها. فكما تبعت الأرواح الأبدان في أحكام الدنيا فتألمت بألمها والتذت براحتها وكانت هى التي باشرت أسباب النعيم والعذاب، تبعت الأبدان الأرواح في نعيمها وعذابها [أي في البرزخ] والأرواح حينئذ هى التي تباشر العذاب والنعيم. فالأبدان هنا ظاهرة والأرواح خفية، والأبدان كالقبور لها. والأرواح هناك ظاهرة والأبدان خفية في قبورها، تجرى أحكام البرزخ على الأرواح فتسرى إلى أبدانها نعيما أو عذابا. كما تجرى أحكام الدنيا على الأبدان فتسرى إلى أرواحها نعيما أو عذابا. فأحط بهذا الموضع علما واعرفه كما ينبغى، يزيل عنك كل اشكال يورد عليك من داخل وخارج. وقد أرانا الله سبحانه بلطفه ورحمته وهدايته من ذلك أنموذجا في الدنيا من حال النائم فإن ما ينعم به أو يعذب في نومه يجرى على روحه أصلا، والبدن تبع له؛ (...). فإذا كانت الروح [أي في المنام] تتألم وتتنعم ويصل ذلك إلى بدنها بطريق الاستتباع، فهكذا في البرزخ بل أعظم فإن تجرد الروح هنالك أكمل وأقوى وهى متعلقة ببدنها لم تنقطع عنه كل الانقطاع. فإذا كان يوم حشر الأجساد وقيام الناس من قبورهم، صار الحكم والنعيم والعذاب على الأرواح والأجساد ظاهرا باديا أصلا" (Ar-Rûh, pp. 60-61).

Il y a également :
B.b'] La Plaine du Jugement : la station ici sera temporaire (bien que pouvant durer longtemps pour certains individus) : les anges et les actions humaines seront alors visibles des hommes, de même que Dieu Se montrera à eux.

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IV) Différents Lieux existent déjà actuellement, avec les créatures qui s'y trouvent. Cependant, du point de vue de l'être humain, chacun de ces Lieux constitue, et ce, eu égard à la présence d'un Voile (حجاب) séparant ce Lieu de l'autre, une Dimension (موطن) différente de la dimension que constitue l'autre Lieu pour cet être humain :

Les Paradis et Géhenne (B.b) sont déjà créés, mais ne sont pas sur cette Terre (Ardh) (pour la Géhenne, un des avis est qu'elle est située actuellement sous la septième couche de la Terre, mais primo cela a été discuté, secundo cela n'est toujours pas à la surface de la Terre). Ils constituent donc un Lieu différent de la Terre.

Sinon :
le ventre de la mère (A.a) est Demeure du fœtus lorsque cette mère vit sur Terre ;
la demeure dans laquelle nous vivons actuellement (A.b) est la Terre ;
et la tombe se trouve dans la Terre ; cependant, le Barzakh (B.a) n'est pas sur Terre, bien que l'âme du défunt garde un lien avec les restes du corps et avec la tombe : le Barzakh constitue un autre monde ;
la Plaine du Jugement (B.b') sera elle aussi cette Terre, mais celle-ci aura été préalablement modifiée quant à certains de ses attributs. Par ailleurs, dans cette Plaine, et lors de ce laps de vie, le temps ne s'écoulera pas pour les humains comme il s'écoule actuellement (puisque pour certains, le Jour du Jugement durera un laps de temps extrêmement long, tandis que pour d'autres, il durera le temps de l'horaire légal / de l'accomplissement d'une prière rituelle en ce monde : عن أبي سعيد الخدري قال: قيل لرسول الله صلى الله عليه وسلم:"{يوما كان مقداره خمسين ألف سنة}: ما أطول هذا اليوم!"قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "والذي نفسي بيده، إنه ليخفف على المؤمن، حتى يكون أخف عليه من صلاة مكتوبة يصليها في الدنيا" : Ahmad, 11717 ; dha'îf d'après al-Albânî ; hassan d'après Ibn Hajar). De même, l'espace n'y obéira pas aux mêmes lois que celles qui ont cours actuellement sur Terre actuellement (A.b).

Ces deux derniers points (que le Barzakh n'est pas "sur Terre", et que les hommes, ressuscités corps et âmes, verront les anges ainsi que leurs propres actions dans la Plaine du Jugement) montrent que, bien que se situant toutes en un même Lieu (la Terre, al-Ardh), ces différentes Demeures de l'âme humaine, par lesquelles celle-ci passera, ce sont différentes Dimensions qui leur correspondent ; c'est bien pourquoi :
--- les choses que l'homme verra le Jour du Jugement (B.b') sur Terre ne sont actuellement pas visibles pour l'homme qui vit sur Terre (A.b) ;
--- les choses du
Barzakh (B.a), arrivant à l'âme du défunt, ne sont pas visibles pour l'homme qui vit sur Terre (A.b) ;
--- les choses de cette Terre (A.b) ne sont pas visibles pour le fœtus qui vit dans le ventre de sa mère (A.a).
C'est bien pourquoi on parle de
Ghayb Haqîqî : celui-ci est constitué de ce qui, par essence, est inaccessible à la perception des 5 sens humains.

Par contre :
--- la houri prend connaissance de l'occasion où l'épouse terrestre de son futur mari agit injustement envers lui ;
--- le défunt voit - d'après un avis - l'homme qui se rend sur sa tombe pour le saluer ;
--- et l'homme qui a recours à l'échographie a un aperçu du fœtus qui vit dans le ventre de sa mère.

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Dans cette Demeure (A.b) dans laquelle se trouvent les humains vivant actuellement sur Terre, la Dimension dans laquelle ces humains évoluent est :
--- différente de la Dimension de la Demeure dans laquelle les âmes des défunts se trouvent actuellement (B.a) ;
--- également différente de la Dimension dans laquelle les humains seront, corps et âmes, le Jour du Jugement (B.b') (puisque, ressuscités corps et âmes, ils verront alors leurs propres actions, les anges, et même Dieu une fois que Celui-ci sera venu et quand Il Se montrera à eux) ;
--- encore différente de la Dimension dans laquelle se trouvent actuellement les houris du Paradis (B.b).

Tout cela fait partie du Réel (lequel est un concept englobant la Création ainsi que le Créateur).

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Plus encore : L'être humain qui, pendant sa vie terrestre (2), se trouve en ce Lieu qu'est cette Terre constituant sa Demeure (A.b), cet humain ne peut pas voir les anges, et ce, alors même que nombre d'entre ceux-ci se rendent sur Terre et en affectent certains composants physiques. Le fait est que, même par rapport à un même Lieu donné, al-Ardh (la Terre), il n'existe pas qu'une seule Dimension, celle que nous voyons ; il s'y trouve aussi d'autres Dimensions, mais ce sont nous qui ne pouvons pas les voir, car notre vue est, en cette vie, liée à nos yeux physiques : "فالأبدان هنا ظاهرة، والأرواح خفية" (Ar-Rûh, pp. 60-61). Nous ne pouvons ainsi pas voir les anges, comme cela a été dit aux Compagnons dans ce verset parlant del bataille de Badr : "Et Il a fait descendre des armées que vous n'avez pas vues" : "وَأَنزَلَ جُنُودًا لَّمْ تَرَوْهَا" (Coran 9/26) ; ainsi que dans ce verset parlant de la bataille de la Tranchée : "Alors Il a envoyé un vent, ainsi que des armées que vous n'avez pas vues" : "فَأَرْسَلْنَا عَلَيْهِمْ رِيحًا وَجُنُودًا لَّمْ تَرَوْهَا" (Coran 33/9) ; Iblîs lui-même dit aux ennemis mecquois à Badr, parlant des anges venues en armées : "Je vois ce que vous ne voyez pas" : "فَلَمَّا تَرَاءتِ الْفِئَتَانِ نَكَصَ عَلَى عَقِبَيْهِ وَقَالَ إِنِّي بَرِيءٌ مِّنكُمْ إِنِّي أَرَى مَا لاَ تَرَوْنَ إِنِّيَ أَخَافُ اللّهَ وَاللّهُ شَدِيدُ الْعِقَابِ" (Coran 8/48). Nous humains ne pouvons pas voir les démons et les djinns non plus, comme Dieu le dit ici, parlant de 'Iblîs : "il vous voit, lui et son clan, de là où vous ne les voyez pas" : "إِنَّهُ يَرَاكُمْ هُوَ وَقَبِيلُهُ مِنْ حَيْثُ لاَ تَرَوْنَهُمْ" (Coran 7/27).

Par contre, quand l'homme meurt - et même juste avant de mourir -, quand son âme se détache de son corps, et qu'il passe dans la Demeure B.a, il change de Dimension, et se met alors à voir les anges : ce sont des anges qui prennent son âme, ce sont des anges qui viennent le questionner dans sa tombe, et ce sont des anges qui châtient dans sa tombe celui contre qui le châtiment est avéré. "إِنَّ الَّذِينَ قَالُوا رَبُّنَا اللَّهُ ثُمَّ اسْتَقَامُوا تَتَنَزَّلُ عَلَيْهِمُ الْمَلَائِكَةُ أَلَّا تَخَافُوا وَلَا تَحْزَنُوا وَأَبْشِرُوا بِالْجَنَّةِ الَّتِي كُنتُمْ تُوعَدُونَ" (Coran 41/30) ; "وَلَوْ تَرَى إِذِ الظَّالِمُونَ فِي غَمَرَاتِ الْمَوْتِ وَالْمَلآئِكَةُ بَاسِطُواْ أَيْدِيهِمْ أَخْرِجُواْ أَنفُسَكُمُ" (Coran 6/93) ; "وَلَوْ تَرَى إِذْ يَتَوَفَّى الَّذِينَ كَفَرُواْ الْمَلآئِكَةُ يَضْرِبُونَ وُجُوهَهُمْ وَأَدْبَارَهُمْ" (Coran 8/50).

Ce que nous venons de dire implique que, par rapport à nous, humains vivant sur Terre en tant que Demeure A.b, il est certaines créatures qui se trouvent dans la Dimension qui relève de la Shahâda pour nous, tandis que d'autres se trouvent dans la Dimension qui relève du Ghayb Haqîqî Muqayyad pour nous (telles les anges, le Paradis, le Feu, etc.).
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Par contre, quand nous changerons de Demeure et passerons dans la B.a, certaines choses relevant actuellement de la
Shahâda pour nous se mettront alors à faire partie du Ghayb Haqîqî Muqayyad (par exemple ce qui arrive à nos proches vivant sur Terre) ; tandis que certaines autres, relevant actuellement du Ghayb Haqîqî Muqayyad pour nous, se mettront à faire partie de la Shahâda (par exemple les anges).

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Si ces différentes Dimensions existent en même temps, l'âme d'un individu humain donné ne peut pas se trouver simultanément dans 2 de ces dimensions.

Par contre, l'état de sommeil (qui est un état se produisant pendant al-Hayât ud-Dunyâ 2), est tel que, si le corps reste alors bel et bien dans la Demeure A.b et la Dimension qui lui est liée, pour sa part l'âme se rend alors dans une Dimension autre que la Dimension correspond au A.b. C'est bien pourquoi, en rêve :
--- l'âme du dormeur peut parfois rencontrer :
----- des anges (cela est arrivé à Abdullâh ibn Omar : al-Bukhârî, 6625, Muslim, 2479) ;
----- des âmes de défunts (cela est arrivé à at-Tufayl ibn 'Amr ad-Dawsî : Muslim, 116 ; ainsi qu'à quelqu'un de la famille de Abû Lahab : al-Bukhârî, 4813) ;
--- l'âme du dormeur peut également voir des scènes se produisant dans la Demeure B.a (cela relève malgré tout du Ghayb, mais du Ghayb Haqîqî Muqayyad).
La raison en est que l'état de sommeil a quelque chose de commun avec avec l'état de la vie dans le Barzakh.
(Je ne sais cependant pas si l'âme du dormeur peut voir des choses de l'intérieur du Paradis, B.b - et je ne parle pas là du Janna Barzakhiyya.)

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V) Attention à ne pas mélanger les ordres ! Dieu n'est certes pas comme nous ; cependant, cela ne signifie pas que Dieu serait dans une autre dimension au sens où Il serait par exemple partout (comme le disent les Jahmites) mais que nous n'en aurions pas perception, et que seul celui qui a connu "l'éveil du cœur" pourrait voir l'Etre de Dieu partout, et ce par les yeux de son cœur, car ayant alors une âme en communion directe avec Lui (comme le disent certains soufis déviants) :

Non ! Dieu est au-dessus de Son Trône, séparé de toute Sa création : Il n'est pas partout de par Son Etre ; il est également erroné de dire qu'Il serait "ni en ce monde, ni hors ce monde".
Dieu est bien "hors de ce monde, distinct (de par Son Être) de toute Sa création" : aussi bien de notre monde terrestre que du monde des anges et des âmes, etc.

Abdullâh ibn ul-Mubârak a dit, parlant de voici comment nous connaissons et présentons notre Rabb : "Nous connaissons [= parlons de] notre Rabb (en disant) qu'Il est au-dessus des 7 cieux, Etabli sur le Trône, Séparé de Sa Création. Et nous ne disons pas, comme le font les Jahmites, qu'Il est ici" (ce disant, il désigna le sol) : "عن علي بن الحسن بن شقيق قال: سمعت عبد الله بن المبارك يقول: نعرف ربنا فوق سبع سماوات، على العرش استوى، بائن من خلقه. ولا نقول كما قالت الجهمية بأنه ههنا. وأشار إلى الأرض" (rapporté par al-Bayhaqî dans Al-Asmâ' wa-s-Sifât, p. 580). Il y a également cette version : "عن علي بن الحسن بن شقيق قال: سألت عبد الله بن المبارك قلت: كيف نعرف ربنا؟ قال: "في السماء السابعة، على عرشه." قلت: فإن الجهمية تقول: هو هذا. قال: "إنا لا نقول كما قالت الجهمية، نقول: هو هو." قلت: بحد؟ قال: "إي والله بحد" (Ibid.).

Al-Awzâ'ï a dit : "Alors que les Tâbi'ûn étaient pleinement présents, nous disions : "Dieu - Elevé soit Son souvenir - est au-dessus de Son Trône ; et nous croyons en ce que la Sunna a dit quant à Ses Attributs - Majestueux et Haut est-Il"" : "عن محمد بن كثير المصيصي قال: سمعت الأوزاعي يقول: "كنا والتابعون متوافرون نقول: إن الله تعالى ذكره فوق عرشه؛ ونؤمن بما وردت السنة به من صفاته جل وعلا"" (rapporté par al-Bayhaqî dans Al-Asmâ' wa-s-Sifât, p. 561, n° 865 : chaîne de transmission qualifiée de "jayyid" par Ibn Hajar : FB 13/497).

Simplement, un Voile nous empêche de voir Dieu alors que nous sommes en ce monde. Mais s'Il ôtait ce Voile, théoriquement nous pourrions Le voir ; cependant, dans les faits, les Lumières de Sa Face brûleraient alors tout le monde de notre dimension. Le Prophète (que Dieu l'élève et le salue) a dit : "Dieu - Puissant et Majestueux - ne dort pas, et il ne conviendrait pas qu'Il dorme. Il abaisse la balance et l'élève. Il élève vers Lui l'action (humaine faite) de nuit avant l'action faite de jour, ainsi que l'action (humaine) faite de jour avant l'action faite de nuit. Son Voile est la Lumière - ou le Feu - ; s'Il le découvrait, les Lumières de Sa Face brûleraient ce jusqu'à quoi Sa Vue parvient : Ses créatures*" : "حدثنا أبو بكر بن أبي شيبة، وأبو كريب، قالا: حدثنا أبو معاوية، حدثنا الأعمش، عن عمرو بن مرة، عن أبي عبيدة، عن أبي موسى، قال: قام فينا رسول الله صلى الله عليه وسلم بخمس كلمات، فقال: " إن الله عز وجل لا ينام، ولا ينبغي له أن ينام، يخفض القسط ويرفعه، يرفع إليه عمل الليل قبل عمل النهار، وعمل النهار قبل عمل الليل، حجابه النور - وفي رواية أبي بكر: النار - لو كشفه، لأحرقت سبحات وجهه ما انتهى إليه بصره من خلقه*". وفي رواية أبي بكر، عن الأعمش، ولم يقل: حدثنا" (Muslim, 179). An-Nawawî écrit : "والمراد بـ"ما انتهى إليه بصره من خلقه": جميع المخلوقات*؛ لأن بصره سبحانه وتعالى محيط بجميع الكائنات، ولفظة "من" لبيان الجنس، لا للتبعيض والتقدير. لو أزال المانع من رؤيته - وهو الحجاب المسمى نورًا ونارًا - وتجلى لخلقه، لأحرق جلال ذاته جميع مخلوقاته. والله أعلم" (Shar'h Muslim).
* Il s'agit de Ses créatures relevant du même genre que notre corps (ce qui inclut la Terre, ses montagnes, etc.), et telles qu'elles sont durant la vie actuelle. Car ce voile de lumière, bien que lui-même créé, n'est pas brûlé par les Lumières de la Face Magnifique : ce voile n'est pas "une créature relevant du même genre que notre corps". Par ailleurs, le Jour du Jugement, les humains pourront voir Dieu, bien que ressuscités alors corps et âme : mais ils auront alors été préalablement recréés différemment ; de même, la Terre aura alors été changée dans certains de ses attributs ("يَوْمَ تُبَدَّلُ الأَرْضُ غَيْرَ الأَرْضِ وَالسَّمَاوَاتُ" : Coran 14/48).

Par ailleurs encore, certains ulémas tels que les cheikhs Ben Bâz et al-Barrâk ont dit ne pas pouvoir se prononcer quant à savoir si les anges, ou des anges ont déjà vu Dieu (Islamqa.info). En fait les anges ne sont eux non plus pas des "créatures relevant du même genre que notre corps" ; d'un côté ils ne sont ainsi pas assujettis à la faiblesse physique que nous connaissons ; d'un autre côté, cependant, ces deux ulémas n'ont fait que tawaqquf (n'ont pas pu se prononcer) quant à la question de savoir si les anges ont déjà pu voir Dieu, ou pas.
Il est à noter ici qu'il existe le hadîth suivant, où, se rapportant au Jour de la Résurrection, on lit cette phrase : "Par Dieu, Gabriel ne L'aura jamais vu avant cela" : والله ما رآه جبريل قبلها قط " (al-Hâkim, al-Mustad'rak, n° 8701) ; si ce hadîth est authentique, alors peut-être que d'autres ulémas auraient dit : "Non, aucun ange n'aura jamais vu Dieu avant le Jour du Jugement" ?

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D'une part les anges ne sont pas visibles par nous alors que nous sommes en ce monde. Et les anges ne sont pas dans la même Dimension que notre corps humain et les objets terrestres qui nous entourent.

Pourtant, les anges peuvent malgré tout exercer un effet sur ce corps humain ainsi que sur les objets terrestres, même sans se matérialiser dans notre dimension (tamaththul). On le voit dans par exemple les hadîths suivants :
--- "Les anges n'ont pas cessé de faire de l'ombre sur son (corps) jusqu'à ce que vous l'ayez enlevé" : "عن جابر بن عبد الله رضي الله عنهما، قال: لما قتل أبي جعلت أكشف الثوب عن وجهه أبكي، وينهوني عنه، والنبي صلى الله عليه وسلم لا ينهاني، فجعلت عمتي فاطمة تبكي، فقال النبي صلى الله عليه وسلم: "تبكين أو لا تبكين ما زالت الملائكة تظله بأجنحتها حتى رفعتموه" (al-Bukhârî, 1187, Muslim, 2471) ;
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ici il est relaté comment un ennemi mecquois a été frappé par un ange lors de la bataille de Badr : "قال: بينما رجل من المسلمين يومئذ يشتد في أثر رجل من المشركين أمامه، إذ سمع ضربة بالسوط فوقه، وصوت الفارس يقول: "أقدم حيزوم"؛ فنظر إلى المشرك أمامه فخر مستلقيا، فنظر إليه فإذا هو قد خطم أنفه، وشق وجهه، كضربة السوط، فاخضر ذلك أجمع. فجاء الأنصاري، فحدث بذلك رسول الله صلى الله عليه وسلم، فقال: "صدقت، ذلك من مدد السماء الثالثة" (Muslim, 1763) ;
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"Médine, le Dajjâl y viendra ; alors il trouvera les anges y montant la garde ; aussi, Dajjâl ne pourra s'en approcher ; ni la peste, in shâ Allâh" : "المدينة يأتيها الدجال، فيجد الملائكة يحرسونها، فلا يقربها الدجال" قال: "ولا الطاعون إن شاء الله"(al-Bukhârî, 6715) ;
--- "Puis les anges tourneront son visage vers Shâm" : "يأتي المسيح من قبل المشرق، همته المدينة، حتى ينزل دبر أحد، ثم تصرف الملائكة وجهه قبل الشام، وهنالك يهلك" (Muslim, 1380) ;
--- Dajjâl a dit : "Je parcourrai la Terre, et ne laisserai aucune ville sans y descendre, exceptés La Mecque et Taiba [= Médine] ; chaque fois que je voudrai entrer dans l'une d'elles, un ange me fera face, sabre au clair, m'en empêchant ; et sur chacune de ses voies se trouvent des anges qui montent la garde" : "غير مكة وطيبة، فهما محرمتان علي كلتاهما، كلما أردت أن أدخل واحدة - أو واحدا - منهما، استقبلني ملك بيده السيف صلتا، يصدني عنها، وإن على كل نقب منها ملائكة يحرسونها" (Muslim, 2943)
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Nâssir al-'Aql a décrit cela en disant que certaines choses se passent en tant qu'effets de leurs causes naturelles, d'autres comme effets des actions d'anges y étant en charge de le faire, d'autres encore comme effets de la Parole de Dieu "Sois !" : "قد ورد في بعض النصوص أن هناك أموراً تحدث بهذه الأسباب، أي بما جعله الله عز وجل من أعمال الملائكة الموكلين بالسماوات والأرض، وأموراً تكون بقدرة الله المحضة، كما ورد من أن الله عز وجل خلق آدم بيده (...)؛ كما أن هناك من الأمور ما يحدث بأسباب مباشرة، أي يكون وجوده وخلقه بأسباب جعلها الله عز وجل؛ وهناك ما يكون بمجرد قول الله عز وجل "كن" (Ta'lîq 'alâ shar'h il-aqîda at-tahâwiyya 63/11).

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VI) Deux termes nous intéressent ici : Kashf ul-hijâb ("Ostement du voile"), et Tajallî ("Apparaître") :

Le "Tajallî" consiste à "se rendre visible par un être, et ce par ostement de ce qui s'interposait entre soi et cet être".

Il y a aussi la "Tajliya", pour : "rendre visible quelque chose à un être, et ce par ostement de ce qui s'interposait entre ce quelque chose et cet être".

Et :
----- si ce Tajallî concerne quelque chose de la même dimension que celle de l'humain, alors ce qui s'interposait auparavant appartient lui aussi de cette même dimension ;
----- et s'il concerne quelque chose n'étant pas de la même dimension que celle de l'humain, alors ce qui s'interposait auparavant est autre lui aussi.

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Tajallî bi kashf il-hijâb : apparaître à quelqu'un par ostement de ce qui s'interposait jusqu'alors entre soi et sa vision :

La racine arabe "J-L-W" signifie : "découvrir", "faire apparaître" : "أصل الجلو: الكشف الظاهر، يقال: أجليت القوم عن منازلهم، فجلوا عنها. أي: أبرزتهم عنها، ويقال: جلاه (...) وقال الله عز وجل: {ولولا أن كتب الله عليهم الجلاء لعذبهم في الدنيا}، ومنه: جلا لي خبر، وخبر جلي، وقياس جلي ، ولم يسمع فيه جال. وجلوت العروس جلوة، وجلوت السيف جلاء، والسماء جلواء أي: مصحية، ورجل أجلى: انكشف بعض رأسه عن الشعر. والتجلي قد يكون بالذات نحو: {والنهار إذا تجلى" (Al-Muf'radât).

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- Un cas où le Coran emploie ce mot "Tajallî" pour désigner quelque chose qui apparaît et qui fait partie de la même dimension que celle du voyant :

"وَاللَّيْلِ إِذَا يَغْشَى وَالنَّهَارِ إِذَا تَجَلَّى" : "Par la nuit lorsqu'elle couvre, et par la journée lorsqu'elle apparaît (tajallî)" (Coran 92/1-2) : la journée résulte pour le terrien de l'éclairage prodigué par le soleil : or cet éclairage est permanent, mais est, sur un certain laps de temps - la nuit -, voilé aux yeux du terrien par une portion de la Terre ; la planète effectuant une rotation sur elle-même, la portion de terre qui s'interposait entre le terrien et l'éclairage prodigué par le soleil disparaît de devant lui : la journée fait alors un tajallî pour lui, terrien.

Par ailleurs, nous avons le même terme "tajallî" dans les récits faits par Asmâ', Aïcha et Ibn Abbâs de la prière de l'éclipse solaire : on y lit que lorsque le Prophète termina cette prière, "le soleil était (ré-)apparu (tajallî)" : "وقد تجلت الشمس" (al-Bukhârî et Muslim). Le fait est que, précédemment, la lune voilait le soleil à leurs yeux : elle était interposée entre lui et eux ; ce voile ayant ensuite disparu, le soleil fit un tajallî.

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- Un cas par rapport à quelque chose de ce monde, cas qui relève possiblement de Mukâshafa (Dévoilement de son réel) malgré la distance, ou bien de Tamthîl (Représentation virtuelle) :

Le lendemain de l'ascension nocturne, le Prophète fut questionné par les polythéistes de La Mecque au sujet de détails du bâtiment de Bayt ul-maqdis à Jérusalem. Dieu lui montra alors celle-ci, et il put répondre aux questions en relatant ce qu'il voyait. "عن جابر بن عبد الله رضي الله عنهما، قال: سمعت النبي صلى الله عليه وسلم يقول: "لما كذبتني قريش، قمت في الحجر، فجلى الله لي بيت المقدس، فطفقت أخبرهم عن آياته وأنا أنظر إليه." زاد يعقوب بن إبراهيم، حدثنا ابن أخي ابن شهاب، عن عمه: "لما كذبتني قريش حين أسري بي إلى بيت المقدس" نحوه" : al-Bukhârî, 4433, Muslim, 170) ; "عن أبي هريرة، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "لقد رأيتني في الحجر وقريش تسألني عن مسراي، فسألتني عن أشياء من بيت المقدس لم أثبتها، فكربت كربة ما كربت مثله قط." قال: "فرفعه الله لي أنظر إليه، ما يسألوني عن شيء إلا أنبأتهم به"" (Muslim, 172).
"قوله "فجلى الله لي بيت المقدس". قيل: معناه: كشف الحجب بيني وبينه حتى رأيته؛ ووقع في رواية عبد الله بن الفضل عن أم سلمة عند مسلم المشار إليها قال: "فسألوني عن أشياء لم أثبتها فكربت كربا لم أكرب مثله قط؛ فرفع الله لي بيت المقدس أنظر إليه ما يسألوني عن شيء إلا نبأتهم به". ويحتمل أن يريد أنه حمل إلى أن وضع بحيث يراه ثم اعيد وفي حديث ابن عباس المذكور: "فجيء بالمسجد وأنا أنظر إليه حتى وضع عند دار عقيل فنعته وأنا أنظر إليه"؛ وهذا أبلغ في المعجزة ولا استحالة فيه فقد أحضر عرش بلقيس في طرفة عين لسليمان؛ وهو يقتضي أنه أزيل من مكانه حتى أحضر إليه وما ذاك في قدرة الله بعزيز. ووقع في حديث أم هانئ عند بن سعد "فخيل لي بيت المقدس فطفقت أخبرهم عن آياته" فإن لم يكن مغيرا من قوله "فجلى" وكان ثابتا، احتمل أن يكون المراد أنه مثل قريبا منه كما تقدم نظيره في حديث "أريت الجنة والنار"، وتأول قوله "جيء بالمسجد" أي جيء بمثاله. والله أعلم. ووقع في حديث شداد بن أوس عند البزار والطبراني ما يؤيد الاحتمال الأول ففيه: "ثم مررت بعير لقريش" فذكر القصة "ثم أتيت أصحابي بمكة قبل الصبح، فأتاني أبو بكر فقال "أين كنت الليلة"، فقال "إني أتيت بيت المقدس"، فقال "إنه مسيرة شهر فصفه لي"، قال: ففتح لي شراك كأني أنظر إليه لا يسألني عن شيء إلا أنبأته عنه" (FB, 7/251).

Voilà qui relève du Ghayb Nisbî.

Omar ibn ul-Khattâb (que Dieu l'agrée) a connu pareille expérience avec Sâriya : alors que Sâriya dirigeait une armée envoyée très loin de Médine, celle-ci étaient en train d'être défaite par l'ennemi. Or, alors que Omar faisait le sermon à Médine, il vit la scène ; il appela alors et lui a dit de changer de stratégie et d'adosser le dos de l'armée musulmane à la montagne : "Sârî, la montagne !". Plus tard on apprit que les gens de l'armée musulmane entendirent cette parole criée par quelqu'un, agirent en fonction, et la face de la bataille en fut changée : "عن ابن عمر، أن عمر بعث جيشا وأمر عليهم رجلا يدعى سارية. فبينما عمر رضي الله عنه يخطب فجعل يصيح: "يا ساري، الجبل!" فقدم رسول من الجيش فقال: "يا أمير المؤمنين، لقينا عدونا فهزمونا، فإذا صائح يصيح: "يا ساري، الجبل!" فأسندنا ظهورنا إلى الجبل، فهزمهم الله. فقلنا لعمر: "كنت تصيح بذلك" (Al-Bayhaqî, Dalâ'ïl un-nubuwwa ; également cité dans Mishkât ul-massâbîh, 5954 ; authentifié par Ibn Kathîr dans Al-Bidâya wa-n-Nihâya, ainsi que par al-Albânî dans sa Silsila Sahîha, n° 1110). Ici, Dieu a fait voir à Omar la scène avec Sâriya.

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- Un cas par rapport à quelque chose de l'autre monde, cas qui relève possiblement de Mukâshafa (Dévoilement de son réel) par ostement des voiles, ou bien de Tamthîl (Représentation virtuelle) :

Il y a deux occasions où, en état de veille, dans sa mosquée à Médine, le Prophète vit le Paradis et le Feu : l'une d'elles étant lors de la prière de l'éclipse solaire : le Paradis et le Feu lui parurent alors très proches de lui : "إن الشمس والقمر آيتان من آيات الله، لا يخسفان لموت أحد ولا لحياته، فإذا رأيتم ذلك، فاذكروا الله. قالوا: يا رسول الله، رأيناك تناولت شيئا في مقامك ثم رأيناك كعكعت؟ قال صلى الله عليه وسلم: إني رأيت الجنة، فتناولت عنقودا، ولو أصبته لأكلتم منه ما بقيت الدنيا؛ وأريت النار، فلم أر منظرا كاليوم قط أفظع" (al-Bukhârî, 1004, Muslim, 907). "ثم انصرف، فقال: قد دنت مني الجنة، حتى لو اجترأت عليها، لجئتكم بقطاف من قطافها، ودنت مني النار حتى قلت: أي رب، وأنا معهم؟ فإذا امرأة - حسبت أنه قال - تخدشها هرة، قلت: ما شأن هذه؟ قالوا: حبستها حتى ماتت جوعا، لا أطعمتها، ولا أرسلتها تأكل - قال نافع: حسبت أنه قال: من خشيش - أو خشاش الأرض" (al-Bukhârî, 712).

Ibn Hajar écrit qu'il est fort possible que, alors, les voiles furent levés (kashf ul-hijâb) entre le Prophète et le Paradis (de sorte qu'il vit ce qui se trouve là-bas), et que la distance existant entre eux fut alors repliée (tayy ul-massâfa) (le Prophète était dans la mosquée, mais aurait pu prendre quelque chose de là-bas) (ظاهره أنها رؤية عين فمنهم من حمله على أن الحجب كشفت له دونها فرآها على حقيقتها، وطويت المسافة بينهما حتى أمكنه أن يتناول منها؛ وهذا أشبه بظاهر هذا الخبر؛ ويؤيده حديث أسماء الماضي في أوائل صفة الصلاة بلفظ "دنت مني الجنة حتى لو اجترأت عليها لجئتكم بقطف من قطافها". ومنهم من حمله على أنها مثلت له في الحائط كما تنطبع الصورة في المرآة فرأى جميع ما فيها؛ ويؤيده حديث أنس الآتي في التوحيد "لقد عرضت علي الجنة والنار آنفا في عرض هذا الحائط وأنا أصلي"، وفي رواية: "لقد مثلت"، ولمسلم "لقد صورت" ولا يرد على هذا أن الانطباع إنما هو في الأجسام الصقيلة لأنا نقول هو شرط عادي فيجوز أن تنخرق العادة خصوصا للنبي صلى الله عليه وسلم؛ لكن هذه قصة أخرى وقعت في صلاة الظهر) (FB, 2/698-699). "وقيل: الإرادة مقدرة؛ أي أردت أن أتناول ثم لم أفعل. ويؤيده حديث جابر عند مسلم "ولقد مددت يدي وأنا أريد أن أتناول من ثمرها لتنظروا إليه ثم بدا لي أن لا أفعل"، ومثله للمصنف من حديث عائشة كما سيأتي في آخر الصلاة بلفظ "حتى لقد رأيتني أريد أن آخذ قطفا من الجنة حين رأيتموني جعلت أتقدم"، ولعبد الرزاق من طريق مرسلة: "أردت أن آخذ منها قطفا لأريكموه فلم يقدر"، ولأحمد من حديث جابر: "فحيل بيني وبينه" (Ibid.).

Serait-il possible qu'en fait les voiles furent alors certes levés, mais ce n'est pas que la distance fut également abolie de sorte que le Prophète fut en même temps dans sa mosquée, officiant devant les Compagnons, et tout près du Paradis, de sorte qu'il aurait pu en saisir quelque chose ; ce ne fut pas par rapport au Paradis comme cela fut pour les anges : eux ils put les voir avec une proximité physique (comme cela sera évoqué plus bas)... C'est que les voiles furent alors levés, mais ce par rapport aux yeux du Prophète, de sorte que, bien que demeurant pour sa part en son lieu, et le paradis en le sien, il put néanmoins voir ce qui se trouvait dans le Paradis (comme cela eut lieu par rapport à Bayt ul-Maqdis : le Prophète demeura à La Mecque, et Bayt ul-Maqdis à Jérusalem, mais, les voiles ayant été levés, il put voir ce qui s'y trouvait). Quant au fait qu'il a dit qu'il aurait pu prendre quelque chose du Paradis, cela est dû à l'impression de grande proximité physique.

(D'après Suf'yân ibn 'Uyayna, le Paradis est au-dessus des sept cieux : "وَفِي السَّمَاءِ رِزْقُكُمْ وَمَا تُوعَدُونَ" : Coran 51/22 : "عن سفيان: {وَمَا تُوعَدُونَ} من الجنة" : Tafsîr ut-Tabarî ; voir aussi Tafsîr ul-Qurtubî. C'est également l'avis de Ibn Abbâs. Le verset suivant dit, d'après l'un des commentaires voir Tafsîr ul-Qurtubî , la même chose : "وَلَقَدْ رَآهُ نَزْلَةً أُخْرَى عِندَ سِدْرَةِ الْمُنْتَهَى عِندَهَا جَنَّةُ الْمَأْوَى" : Coran 53/13-15. Quant à adh-Dhahhâk, il est pour sa part d'avis que le Paradis comme la Géhenne sont tous deux au-dessus des sept cieux : "وقال الضحاك : {وما توعدون} من الجنة والنار" : Tafsîr ul-Baghawî.)

--- Quant au hadîth où il est dit que le Paradis est plus proche de chacun de vous que la lanière de sa sandale, et de même en est-il du Feu : "عن عبد الله رضي الله عنه، قال: قال النبي صلى الله عليه وسلم: "الجنة أقرب إلى أحدكم من شراك نعله، والنار مثل ذلك" (al-Bukhârî, 6123), il signifie qu'il est aisé d'entrer dans l'un comme dans l'autre, car tout dépend des croyances auxquelles on adhère, et des actions que l'on fait, lesquelles dépendent du choix de chacun (avec la Permission de Dieu). Il ne s'agit pas dès lors pas d'une proximité physique (fût-ce dans une autre dimension, proximité visible seulement par l'œil du cœur, par ceux qui ont connu l'éveil de celui-ci) : "وعلى هذا فالقرب معنوي. وإلا فالجنة فوق السماوات السبع: قال تعالى {عند سدرة المنتهى عندها جنة المأوى}، وثبت أن سدرة المنتهى فوق السماء؛ وفي خبر رواه أبو نعيم وغيره "أن الجنة في السماء"؛ وروى ابن منده عن مجاهد قلت لابن عباس: "أين الجنة؟" قال: "فوق سبع سماوات" قلت: "فأين النار؟" قال: "تحت سبعة أبحر مطبقة" (Faydh ul-qadîr, al-Munâwî).

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Un autre cas où le Coran emploie ce mot "Tajallî" pour désigner le fait que Dieu Lui-même S'est Manifesté à une montagne de ce monde [et ce par kashf ul-hijâb (ostement d'une partie du voile entre elle et Lui)] :

"وَلَمَّا جَاء مُوسَى لِمِيقَاتِنَا وَكَلَّمَهُ رَبُّهُ قَالَ رَبِّ أَرِنِي أَنظُرْ إِلَيْكَ قَالَ لَن تَرَانِي وَلَكِنِ انظُرْ إِلَى الْجَبَلِ فَإِنِ اسْتَقَرَّ مَكَانَهُ فَسَوْفَ تَرَانِي فَلَمَّا تَجَلَّى رَبُّهُ لِلْجَبَلِ جَعَلَهُ دَكًّا وَخَرَّ موسَى صَعِقًا فَلَمَّا أَفَاقَ قَالَ سُبْحَانَكَ تُبْتُ إِلَيْكَ وَأَنَاْ أَوَّلُ الْمُؤْمِنِينَ قَالَ يَا مُوسَى إِنِّي اصْطَفَيْتُكَ عَلَى النَّاسِ بِرِسَالاَتِي وَبِكَلاَمِي فَخُذْ مَا آتَيْتُكَ وَكُن مِّنَ الشَّاكِرِينَ" : "Et lorsque Moïse vint à notre rendez-vous et que son Seigneur lui parla, (Moïse Lui) dit : "Seigneur, montre-moi, que je Te regarde. Il dit : "Tu ne (pourras) absolument pas Me voir. Mais regarde (cette) montagne : si elle demeure à sa place, tu (pourras) me voir." Alors, lorsque (Dieu) se manifesta à la montagne, Il la rendit aplanie, et Moïse tomba par terre, évanoui. Puis, lorsqu'il revint à lui, il dit : "Pureté à Toi ! Je me suis repenti auprès de Toi, et je suis le premier à croire." Il dit : "Moïse, Je t'ai choisi (t'ayant donné préférence) sur les hommes, pour Mes Messages et Ma Parole ; prends donc ce que Je t'ai donné, et sois d'entre les reconnaissants" (Coran 7/143-144).

Ibn Taymiyya : "الوجه الحادي والعشرون أن الله عز وجل قال في قصة موسى: {وَلَمَّا جَاءَ مُوسَى لِمِيقَاتِنَا وَكَلَّمَهُ رَبُّهُ قَالَ رَبِّ أَرِنِي أَنْظُرْ إِلَيْكَ قَالَ لَنْ تَرَانِي وَلَكِنِ انْظُرْ إِلَى الْجَبَلِ فَإِنِ اسْتَقَرَّ مَكَانَهُ فَسَوْفَ تَرَانِي فَلَمَّا تَجَلَّى رَبُّهُ لِلْجَبَلِ جَعَلَهُ دَكًّا وَخَرَّ مُوسَى صَعِقًا} فأخبر سبحانه أنه تجلى للجبل وأنه لما تجلى له جعله دكًّا. فتجليه له إما أن يكون مجرد خلق الرؤية فيه كما يقولون: "إن ذلك هو تجليه لسائر من يراه"، أو يكون تجليه هو رفع الحجاب حتى ظهر للجبل. فإن كان التجلي هو خلق الرؤية، كان قد أخبر أن الجبل أطاق رؤيته وأن الجبل رأى الله؛ وإذا كان كذلك لم يجب أن يصير دكا إذا ورد عليه ما يعجز عن مقاومته؛ فإذا كان التجلي ليس هو إلا أن جعل رائيا، فمعلوم أنه يكون قادرا على ما جعل فاعلا له فلا يكون دكا؛ ولو كان كذلك لكان العبارة المناسبة أن يقال: "فلما رأى الجبل ربه جعله دكا". فلما دل القرآن مع ما ورد به الحديث في تفسير هذه الآية أن التجلي هو ظهوره وأنه مع ذلك قد لا يطيق المتجلي له رؤيته لعجزه وأن التجلي ليس هو خلق الرؤية فيه، علم أنه قد يتجلى لمن يراه ولمن لا يراه، وأن التجلي ليس هو خلق الرؤية فيه عند الاحتجاب. فعلم أن هناك حجابا خارجا عن الإنسان وأن التجلي يكون برفع كل الحجاب" (Naqdhu assâs it-taqdîs, 4/285-286).

Cheikh Ashraf 'Alî Thânwî a pour sa part écrit ce qui suit en commentaire de ce passage coranique :
"La manifestation (de Dieu) à la montagne se comprend ainsi (wallâhu A'lam) : la Lumière spécifique de Dieu est - par volonté divine - voilée par rapport aux créatures (...). Apparemment (lors de cette occasion-là), certains de ces voiles furent levés ; et la quantité de (ces) voiles levés fut très petite, ce qui explique que dans le hadîth marfû' rapporté par at-Tirmidhî, cette petite quantité ait a comparée à une partie d'un doigt. ["حدثنا عبد الله بن عبد الرحمن قال: أخبرنا سليمان بن حرب قال: حدثنا حماد بن سلمة، عن ثابت، عن أنس أن النبي صلى الله عليه وسلم قرأ هذه الآية {فلما تجلى ربه للجبل جعله دكا}: قال حماد: "هكذا"، وأمسك سليمان بطرف إبهامه على أنملة إصبعه اليمنى؛ قال: "فساخ الجبل و{خر موسى صعقا}". هذا حديث حسن صحيح غريب لا نعرفه إلا من حديث حماد بن سلمة. حدثنا عبد الوهاب الوراق قال: حدثنا معاذ بن معاذ، عن حماد بن سلمة، عن ثابت، عن أنس عن النبي صلى الله عليه وسلم نحوه" : at-Tirmidhî, 3074]. (...)
Vu que les
Af'âl d'Allah sont Volontaires, il est possible que ces voiles furent alors levés par rapport à cette montagne (seulement), et pas par rapport à Moïse - sur lui soit la paix - ni aux autres créatures ; c'est cela que signifierait : "
لِلْجَبَلِ".
Et, vu que la particularité du lever du voile est la consomption - comme cela est dit dans le hadîth : "
لأحرقت سبحات وجهه ما انتهى إليه بصره من خلقه" -, l'état de cette montagne devint alors tel (que cela est décrit dans le Coran). (...) L'évanouissement de Moïse ne se produisit pas à cause d'une Manifestation à lui - car cela serait, de façon évidente, contraire aux termes : "لِلْجَبَلِ" - ; cet évanouissement se produisit à cause de la vision (par Moïse) de ce qui arriva à la montagne, ainsi qu'à cause d'une certaine proximité physique de (Moïse) avec celle-ci" (Bayân ul-qur'ân).

La Tajallî se fait parfois vis-à-vis de tout le monde, et parfois vis-à-vis d'une personne seulement (les autres personnes se trouvant alentour ne pouvant pas voir).

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- Tamaththul : prendre la forme de quelqu'un (ou de quelque chose) :

Le "Tamaththul" consiste à "prendre une autre forme que celle qui est la sienne".

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- Entre Tajallî et Tamaththul, il y a une relation d'union-intersection ('umûm wa khussûs min waj'hin) :

--- Il existe le Tamaththul avec venue dans la dimension d'ici ; comme l'ange Gabriel l'a fait quand il est venu, sous les traits d'un homme aux cheveux très noirs et aux vêtements très blancs, poser des questions au Prophète : tout le monde alors présents l'ont vu, et tous le croyaient être un humain (al-Bukhârî, Muslim). Ainsi en est-il également de l'événement suivant, où Ummu Salama a cru que l'homme qui parlait à son illustre mari, le Prophète (sur lui soit la paix), était Dih'ya al-kalbî (alors qu'il s'agissait de l'ange Gabriel s'étant manifesté au Prophète sous cette apparence humaine) : "عن معتمر، قال: سمعت أبي، حدثنا أبو عثمان، قال: أنبئت أن جبريل عليه السلام أتى النبي صلى الله عليه وسلم، وعنده أم سلمة، فجعل يحدث ثم قام، فقال النبي صلى الله عليه وسلم لأم سلمة: "من هذا؟" أو كما قال، قال: قالت: "هذا دحية". قالت أم سلمة: ايم الله ما حسبته إلا إياه، حتى سمعت خطبة نبي الله صلى الله عليه وسلم يخبر جبريل، أو كما قال. قال: فقلت لأبي عثمان: ممن سمعت هذا؟ قال: من أسامة بن زيد" (al-Bukhârî, 3435, Muslim, 2451). Dans le récit avec Ussayd ibn Hudhayr qui récitait le Coran et qui a vu comme un nuage comportant des choses lumineuses, le Prophète lui expliqua que c'était des anges venus écouter sa récitation du Coran ; et que s'il avait continué, le matin, tout le monde aurait pu les voir : "فرفعت رأسي إلى السماء، فإذا مثل الظلة فيها أمثال المصابيح، فخرجت حتى لا أراها، قال: "وتدري ما ذاك؟"، قال: "لا"، قال: "تلك الملائكة دنت لصوتك، ولو قرأت لأصبحت ينظر الناس إليها، لا تتوارى منهم" (al-Bukhârî, 4730, Muslim, 796) ; "وفي هذا الحديث جواز رؤية آحاد الأمة الملائكة" (Shar'h Muslim, an-Nawawî).
Lors de al-Isrâ' wa-l-mi'râj, ce fut cette fois le Prophète (sur lui soit la paix) qui partit dans la dimension de la Demeure B (le monde des âmes - B.a -, ainsi que le Paradis - B.b, qu'il a visité -) ; cependant, ce n'était pas par son âme seule - comme le dormeur l'expérimente - ; et ce n'était même pas un voyage par son âme seule - comme l'âme du défunt l'expérimente juste après la mort - ; c'était, exceptionnellement, par son corps et son âme - comme tous les humains l'expérimenteront le jour de la résurrection -. "وأسرى به إلى المسجد الأقصى، ثم إلى سدرة المنتهى، وإلى ما شاء الله، وكل ذلك لجسده صلى الله عليه وسلم في اليقظة، ولكن ذلك في موطن هو برزخ بين المثال والشهادة جامع لأحكامهما، فظهر على الجسد أحكام الروح، وتمثل الروح والمعاني الروحية أجسادا" (Hujjat ullâh il-bâligha, 2/560).

--- Et puis il existe le Tajallî avec Tamaththul : comme l'ange Gabriel l'a fait vis-à-vis de Marie : "فَأَرْسَلْنَا إِلَيْهَا رُوحَنَا فَتَمَثَّلَ لَهَا بَشَرًا سَوِيًّا" : "Nous lui envoyâmes Notre Esprit [= Gabriel], celui-ci prit alors, pour elle, la forme d'un humain parfait" (Coran 19/17). L'ange Gabriel faisait ainsi la plupart du temps vis-à-vis du prophète Muhammad (sur lui soit la paix) : il demeurait dans sa dimension à lui, mais apparaissait au Prophète (sur lui soit la paix) (tajallî) : le voile était levé entre lui et le Prophète. Or, à part les deux occasions où le Prophète a vu l'ange Gabriel sous sa vraie forme, en toutes les autres occasions l'Ange prenait une forme autre (tamaththul). Il est arrivé que l'ange prenne pour le Prophète la forme d'un homme (mais je ne sais pas si, systématiquement, il se présentait au Prophète ainsi, sous une forme humaine). Ainsi, à la question : "Comment la révélation te vient-elle ?", on lit comme réponse du Prophète : "(...) Et parfois l'ange prend pour moi la forme d'un homme, puis me parle, et je retiens alors ce qu'il dit" : "عن عائشة رضي الله عنها: أن الحارث بن هشام سأل النبي صلى الله عليه وسلم كيف يأتيك الوحي؟ قال: "كل ذاك يأتيني الملك أحيانا في مثل صلصلة الجرس، فيفصم عني، وقد وعيت ما قال، وهو أشده علي. ويتمثل لي الملك أحيانا رجلا فيكلمني، فأعي ما يقول" (al-Bukhârî, 3043) / "عن عائشة، أن الحارث بن هشام سأل النبي صلى الله عليه وسلم: كيف يأتيك الوحي؟ فقال: "أحيانا يأتيني في مثل صلصلة الجرس وهو أشده علي، ثم يفصم عني وقد وعيته. وأحيانا ملك في مثل صورة الرجل، فأعي ما يقول" (Muslim, 2333). Pourtant, alors que le Prophète voyait l'ange Gabriel venu lui parler, ceux qui étaient alentour ne voyaient rien : cela implique qu'il y avait kashf ul-hijâb par rapport au Prophète, et pas par rapport aux autres que lui. Ainsi, alors qu'une fois il a dit : "Aïcha, il y a là Gabriel, il t'adresse la salutation." Elle lui répondit : "Et que sur lui soient la paix, la miséricorde de Dieu et Ses bénédictions ! Tu vois ce que je ne vois pas" / "ce que nous ne voyons pas" : "عن عائشة رضي الله عنها: أن النبي صلى الله عليه وسلم، قال لها: "يا عائشة هذا جبريل يقرأ عليك السلام"، فقالت: "وعليه السلام ورحمة الله وبركاته. ترى ما لا أرى"؛ تريد النبي صلى الله عليه وسلم" (al-Bukhârî, 3045) / "ترى ما لا نرى" (al-Bukhârî, 5895).

--- Enfin, il existe le Tajallî sans Tamaththul : comme Dieu l'a fait vis-à-vis d'une partie de la montagne du Sinaï (déjà cité plus haut) ; et comme Dieu le fera vis-à-vis de tous les croyants le jour de la résurrection : "ومعنى قوله في الحديث: "فيعرفهم نفسه" يعني: يتجلى لهم" : at-Tirmidhî, en commentaire du hadîth 2557).
(Il existe aussi le cas inverse : un ange a voilé le Prophète (sur lui soit la paix) de sorte qu'il est devenu invisible aux yeux de Ummu Jamîl, qui voulait le frapper suite à la révélation de sourate al-Massad : "عن ابن عباس، قال: لما نزلت {تبت يدا أبي لهب}، جاءت امرأة أبي لهب إلى النبي صلى الله عليه وسلم ومعه أبو بكر، فلما رآها أبو بكر، قال: "يا رسول الله، إنها امرأة بذيئة، وأخاف أن تؤذيك، فلو قمت!" قال: "إنها لن تراني". فجاءت فقالت: "يا أبا بكر، صاحبك هجاني". قال: "ما يقول الشعر". قالت: "أنت عندي مصدق"، وانصرفت. قلت: "يا رسول الله، لم ترك". قال: "لم يزل ملك يسترني منها بجناحيه" (Abû Ya'lâ, 25, 2358, Ibn Hibbân, 6511) "عن أسماء بنت أبي بكر رضي الله عنها، قالت: لما نزلت {تبت يدا أبي لهب} أقبلت العوراء أم جميل بنت حرب ولها ولولة وفي يدها فهر وهي تقول: "مذمما أبينا ودينه قلينا وأمره عصينا"، والنبي صلى الله عليه وسلم جالس في المسجد ومعه أبو بكر. فلما رآها أبو بكر قال: "يا رسول الله، قد أقبلت وأنا أخاف أن تراك". فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "إنها لن تراني" وقرأ قرآنا فاعتصم به كما قال؛ وقرأ {وإذا قرأت القرآن جعلنا بينك وبين الذين لا يؤمنون بالآخرة حجابا مستورا}. فوقفت على أبي بكر ولم تر رسول الله صلى الله عليه وسلم فقالت: "يا أبا بكر، إني أخبرت أن صاحبك هجاني". فقال: "لا ورب هذا البيت ما هجاك". فولت وهي تقول: "قد علمت قريش أني بنت سيدها" (al-Mustad'rak, 3376, Abû Ya'lâ, 53) (hassan d'après Ibn Hajar : FB 8/943 ; sahîh bi-sh-hswâhid d'après al-Arna'ût) (voir aussi Tafsîr ul-Baghawî et Tafsîr Ibn Kathîr).)

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Il a pu arriver que certains humains, vivant dans cette Demeure B.a, aient un aperçu de ce qui se passe dans l'autre dimension. Dans le hadîth suivant, où on lit que des anges sont venus s'interposer face à Abû Jahl qui s'était avancé pour piétiner le cou du prophète Muhammad (que Dieu l'élève et le salue) pendant que celui-ci était prosterné, il semble y avoir eu un Tajallî pour Abû Jahl, et pas pour les autres polythéistes alors présents, car il lui demandèrent la raison de son soudain recul. Abû Jahl leur expliqua avoir vu du feu, quelque chose d'effrayant, et des ailes : "عن أبي هريرة، قال: قال أبو جهل: "هل يعفر محمد وجهه بين أظهركم؟" قال: فقيل: نعم. فقال: "واللات والعزى لئن رأيته يفعل ذلك لأطأن على رقبته، أو لأعفرن وجهه في التراب." قال: فأتى رسول الله صلى الله عليه وسلم وهو يصلي، زعم ليطأ على رقبته. قال: فما فجئهم منه إلا وهو ينكص على عقبيه ويتقي بيديه. قال: فقيل له: ما لك؟ فقال: "إن بيني وبينه لخندقا من نار وهولا وأجنحة." فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "لو دنا مني، لاختطفته الملائكة عضوا عضوا" (Muslim, 2797).

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Ibn Taymiyya écrit au sujet de ces Mukhâshafa (Dévoilement), dont certains se sont produits pour des prophètes, certains autres pour des non-prophètes :

"ومن أصول أهل السنة والجماعة: التصديق بكرامات الأولياء، وما يجري الله على أيديهم من خوارق العادات في أنواع العلوم والمكاشفات وأنواع القدرة والتأثيرات؛ كالمأثور عن سالف الأمم في سورة الكهف وغيرها، وعن صدر هذه الأمة من الصحابة والتابعين، وسائر قرون الأمة؛ وهي موجودة فيها إلى يوم القيامة" (MF 3/156 : Al-'Aqîda al-Wâssitiyya).

"قاعدة شريفة في المعجزات والكرامات. وإن كان اسم "المعجزة" يعم كل خارق للعادة في اللغة وعرف الأئمة المتقدمين - كالإمام أحمد بن حنبل وغيره -، ويسمونها: الآيات، لكن كثيرا من المتأخرين يفرق في اللفظ بينهما فيجعل "المعجزة" للنبي و"الكرامة" للولي؛ وجماعهما الأمر الخارق للعادة. فنقول: صفات الكمال ترجع إلى ثلاثة: العلم والقدرة والغنى؛ وإن شئت أن تقول: العلم والقدرة، والقدرة إما على الفعل وهو التأثير، وإما على الترك وهو الغنى؛ والأول أجود. وهذه الثلاثة لا تصلح على وجه الكمال إلا لله وحده؛ فإنه الذي أحاط بكل شيء علما وهو على كل شيء قدير وهو غني عن العالمين. وقد أمر الرسول صلى الله عليه وسلم أن يبرأ من دعوى هذه الثلاثة (...)؛ فأمره أن يخبر أنه لا يعلم الغيب ولا يملك خزائن الله ولا هو ملك غني عن الأكل والمال إن هو إلا متبع لما أوحي إليه واتباع ما أوحي إليه هو الدين وهو طاعة الله وعبادته علما وعملا بالباطن والظاهر. وإنما يَنال من تلك الثلاثة بقدر ما يعطيه الله تعالى: فيعلم منه ما علمه إياه، ويقدر منه على ما أقدره الله عليه، ويستغني عما أغناه الله عنه، من الأمور المخالفة للعادة المطردة أو لعادة غالب الناس" (MF 11/311-313).
"فما كان من الخوارق من باب العلم، فتارة بأن يسمع العبد ما لا يسمعه غيره، وتارة بأن يرى ما لا يراه غيره يقظة ومناما، وتارة بأن يعلم ما لا يعلم غيره وحيا وإلهاما أو إنزال علم ضروري أو فراسة صادقة؛ ويسمى كشفا ومشاهدات ومكاشفات ومخاطبات؛ فالسماع مخاطبات، والرؤية مشاهدات، والعلم مكاشفة. ويسمى ذلك كله: "كشفا" و"مكاشفة" أي كشف له عنه" (MF 11/313).
"وأما المعجزات التي لغير الأنبياء من باب الكشف والعلم، فمثل قول عمر في قصة سارية وإخبار أبي بكر بأن ببطن زوجته أنثى وإخبار عمر بمن يخرج من ولده فيكون عادلا وقصة صاحب* موسى في علمه بحال الغلام. والقدرة مثل قصة الذي عنده علم من الكتاب وقصة أهل الكهف وقصة مريم وقصة خالد بن الوليد وسفينة مولى رسول الله صلى الله عليه وسلم وأبي مسلم الخولاني وأشياء يطول شرحها" (MF 11/318) * أما أنا فرجحت أنه نبي.

Ibn Taymiyya rappelle aussi, cependant, qu'il est certains Mukâshafa qui ont pour origine le diable, ou les forces mentales personnelles :
"وإذا كانت الرؤيا على ثلاثة أقسام: رؤيا من الله ورؤيا من حديث النفس ورؤيا من الشيطان، فكذلك ما يلقى في نفس الإنسان في حال يقظته ثلاثة أقسام؛ ولهذا كانت الأحوال ثلاثة: رحماني ونفساني وشيطاني، وما يحصل من نوع المكاشفة والتصرف ثلاثة أصناف: ملكي ونفسي وشيطاني. فإن الملك له قوة، والنفس لها قوة، والشيطان له قوة، وقلب المؤمن له قوة. فما كان من الملك ومن قلب المؤمن فهو حق؛ وما كان من الشيطان ووسوسة النفس فهو باطل. وقد اشتبه هذا بهذا على طوائف كثيرة فلم يفرقوا بين أولياء الله وأعداء الله" (MF 10/612-613).
"وهؤلاء المستغيثون بالغائبين والميتين عند قبورهم وغير قبورهم، لما كانوا من جنس عباد الأوثان، صار الشيطان يضلهم ويغويهم كما يضل عباد الأوثان ويغويهم؛ فتتصور الشياطين في صورة ذلك المستغاث به وتخاطبهم بأشياء على سبيل المكاشفة، كما تخاطب الشياطين الكهان؛ وبعض ذلك صدق، لكن لا بد أن يكون في ذلك ما هو كذب، بل الكذب أغلب عليه من الصدق" (MF 1/359).

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VII) Les âmes des prophètes qui sont défunts (et se trouvent donc désormais dans le Barzakh, B.a) se rendent-elles occasionnellement dans des lieux de cette Dimension-ci (A.a), par exemple la Kaaba, comme elles se sont rendues à Jérusalem lors de al-isrâ' wa-l-mi'râj ?

Pour ce qui est des âmes des prophètes défunts :

--- D'abord il n'y a pas de texte qui dit que, une fois les prophètes décédés et partis donc dans la Demeure B.a (Barzakh), leurs âmes se rendraient régulièrement dans cette Demeure-ci (A.b) (ce Monde).

--- Par contre, ce qui est établi dans les textes, c'est que l'âme d'un prophète ne vient pas, après son décès, assister à ce que ses disciples font dans cette Demeure (A.b). Car le Prophète (sur lui soit la paix) a dit que le Jour du Jugement il découvrira que certaines personnes qu'il avait quelque peu vues de son vivant, et qui étaient alors musulmanes, auront, après son décès, apostasié (chose qu'il n'aura pas su avant ce moment-là) : "ألا وإنه يجاء برجال من أمتي فيؤخذ بهم ذات الشمال، فأقول: "يا رب أصيحابي". فيقال: "إنك لا تدري ما أحدثوا بعدك". فأقول كما قال العبد الصالح: "وكنت عليهم شهيدا ما دمت فيهم، فلما توفيتني كنت أنت الرقيب عليهم وأنت على كل شيء شهيد". فيقال: "إن هؤلاء لم يزالوا مرتدين على أعقابهم منذ فارقتهم" (al-Bukhârî, 4349, Muslim, 2860). Ce qui est également établi c'est qu'un prophète n'intervient pas, après son décès, dans cette Demeure (A.b) pour aider ses disciples, ; car si c'était le cas, le Prophète n'aurait pas dit à ses Compagnons : "Si (ad-Dajjâl) apparaît alors que je suis parmi vous, je serai son adversaire par rapport à vous. Et s'il apparaît alors que je ne suis pas parmi vous, alors chaque homme sera l'adversaire de (ad-Dajjâl) pour lui-même, et Dieu est Celui qui me remplace pour (s'occuper de) chaque musulman" : "غير الدجال أخوفني عليكم! إن يخرج وأنا فيكم، فأنا حجيجه دونكم. وإن يخرج ولست فيكم، فامرؤ حجيج نفسه، والله خليفتي على كل مسلم" (Muslim, 2937).

--- Ensuitecertes, une interprétation existe chez certains ulémas (al-Qâdhî 'Iyâdh, an-Nawawî, Ibn Hajar, et 'Alî al-qârî l'ont citée), selon laquelle il n'est pas impossible que les âmes de prophètes se rendent parfois en pèlerinage à la Kaaba ("فاعلم أن للمشايخ وفيما ظهر لنا عن هذا أجوبة. أحدها: أنهم كالشهداء بل هم أفضل منهم والشهداء أحياء عند ربهم، فلا يبعد أن يحجوا ويصلوا - كما ورد في الحديث الآخر - وأن يتقربوا إلى الله تعالى بما استطاعوا، لأنهم وإن كانوا قد توفوا، فهم في هذه الدنيا التي هي دار العمل، حتى إذا فنيت مدتها وتعقبتها الآخرة التي هي دار الجزاء، انقطع العمل" : Shar'h Muslim citant 'Iyâdh ; "وحينئذ لا نقول بأن الرسول صلى الله عليه وسلم مضيق عليه في عالم البرزخ بكونه محصورا في قبره، بل نقول: إنه يجول في العالم السفلي والعالم العلوي. (فإن أرواح الشهداء مع أن مرتبتهم دون مرتبة الأنبياء إذا كانت في أجواف طير خضر تسرح في رياض الجنة، ثم تعود إلى قنديل معلقة تحت العرش كما هو مقرر، وفي محله محرر، مع أنه لم يقل أحد أن قبورهم خالية عن أجسادهم، وأرواحهم غير المتعلقة بأجسامهم لئلا يسمعوا سلام من يسلم عليهم.) وكذا ورد أن الأنبياء يلبون ويحجون. فنبينا صلى الله عليه وسلم أولى بهذه الكرامات" : Jam' ul-wassâ'ïl). Cependant, même à supposer que cette interprétation soit juste et que cela se produise occasionnellement, cela ne concernerait qu'un Lieu : ces âmes ne seraient de toutes façons pas dans la même Dimension que celle dans laquelle nous humains vivons, de sorte que l'on puisse dire que les humains non-prophètes peuvent eux aussi les voir. Sinon nous verrions aussi des anges ! Or Dieu a parlé de ceux-ci en disant aux Compagnons (qui sont les plus pieux de cette Umma, sans oublier qu'il s'agit ici des Compagnons Bad'riyyûn) : "des armées que vous n'avez pas vues".

--- Ensuite encore, à supposer que cette vision se produise occasionnellement (comme Ussayd ibn Hudhayr a vu une fois des anges sous la forme de lumières) : ce serait forcément une Mukâshafa qui permettrait à un humain vivant de voir ce genre de choses ; or, nous, non-prophètes, comment pourrions-nous être certains que ce que nous avons ainsi vu ne serait pas plutôt un djinn qui s'est fait passer pour un prophète, prenant une apparence vénérable mais différente de celle de ce prophète ? C'est bien pourquoi aucun Compagnon n'a jamais prétendu avoir vu, en état de veille, et après le décès de celui-ci, l'âme du Prophète venu lui rendre visite : c'est ce point que as-Sakhâwî a exprimé en ces termes : "لم يصل إلينا ذلك عن أحد من الصحابة ولا عن من بعدهم. وقد اشتد حزن فاطمة عليه صلى الله عليه وسلم حتى ماتت كمدا بعده بستة أشهر - على الصحيح - وبيتها مجاور لضريحه الشريف، ولم ينقل عنها رؤيته فى المدة التى تأخرت عنه" (cité dans Al-Mawâhib al-ladunniyya). Or, s'il est des gens qui sont pieux et dont la voie représente "la voie traditionnelle", ce sont bien les Compagnons du Prophète ! Zakariyya al-Ansârî a dit pour sa part : "Il n'est pas impossible, 'aqlan, que le Diable se présente du nom du Prophète (que Dieu l'élève et le salue) et dise au dormeur qu'il est le Prophète, et lui ordonne d'obéir" (cela se rapportant uniquement, précise-t-il, au cas où on a vu le Prophète, sur lui soit la paix, dans une apparence physique différente de celle qui est la sienne) : "فائدة: سئل شيخ الاسلام زكريا عن رجل زعم أنه رأى النبي صلى الله عليه وسلم يقول له: "مر أمتي بصيام ثلاثة أيام وأن يعيدوا بعدها ويخطبوا"؛ فهل يجب الصوم أو يندب أو يجوز أو يحرم؟ وهل يكره أن يقول أحد للناس: "أمركم النبي عليه الصلاة والسلام بصيام أيام" لأنه كذب عليه ومستنده الرؤيا التي سمعها من غير رائيها أو منه؟ وهل يمتنع أن يتسمى إبليس باسم النبي صلى الله عليه وعلى آله وسلم ويقول للنائم: "إنه النبي عليه الصلاة والسلام" ويأمره بطاعة ليتوصل بذلك إلى معصية (كما يمتنع عليه التشكل في صورته الشريفة)، أم لا؟ وبه تتميز الرؤية له صلى الله عليه وآله وسلم الصادقة من الكاذبة؟ وهل يثبت شيء من أحكام الشرع بالرؤية في النوم؟ وهل المرئي ذاته صلى الله عليه وسلم أو روحه أو مثل ذلك؟ أجاب: لا يجب على أحد الصوم ولا غيره من الأحكام بما ذكر ولا مندوب بل قد يكره أو يحرم؛ لكن إن غلب على الظن صدق الرؤية، فله العمل بما دلت عليه ما لم يكن فيه تغيير حكم شرعي ولا يثبت بها شيء من الأحكام، لعدم ضبط الرؤية، لا للشك في الرؤية؛ ويحرم على الشخص أن يقول: "أمركم النبي صلى الله عليه وسلم بكذا" فيما ذكر، بل يأتي بما يدل على مستنده من الرؤية، إذ لا يمتنع عقلا أن يتسمى إبليس باسم النبي صلى الله عليه وسلم ليقول للنائم: "إنه النبي"، ويأمره بالطاعة. والرؤية الصادقة هي الخالصة من الأضغاث؛ والأضغاث أنواع: الأول: تلاعب الشيطان ليحزن الرائي كأنه يرى أنه قطع رأسه؛ الثاني: أن يرى أن بعض الأنبياء يأمره بمحرم أو محال؛ الثالث: ما تتحدث به النفس في اليقظة تمنيا فيراه كما هو في المنام. ورؤية المصطفى صلى الله عليه وسلم بصفته المعلومة إدراك لـذاته؛ ورؤيته بغير صفته إدراك لـمثاله؛ فالأولى لا تحتاج إلى تعبير، والثانية تحتاج إليه" (Faydh ul-qadîr).

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--- Par contre, Ibn Hajar al-'Asqalânî écrit qu'il est possible qu'un homme pieux ait un Dévoilement (Kashf) et qu'il voit le Prophète dans sa tombe (ce qui ne fait pas, précise-t-il, de cet homme pieux un "Compagnon", car il faut, pour l'être, que le musulman ait vu le Prophète "alors que celui-ci était vivant de cette vie terrestre"). "وهذا كله فيمن رآه وهو في قيد الحياة الدنيوية. أما من رآه بعد موته وقبل دفنه فالراجح أنه ليس بصحابي. وإلا لعد من اتفق أن يرى جسده المكرم وهو في قبره المعظم ولو في هذه الأعصار؛ وكذلك من كشف له عنه من الأولياء فرآه كذلك على طريق الكرامة. إذ حجة من أثبت الصحبة لمن رآه قبل دفنه أنه مستمر الحياة. وهذه الحياة ليست دنيوية وإنما هي أخروية لا تتعلق بها أحكام الدنيا، فإن الشهداء أحياء ومع ذلك فإن الأحكام المتعلقة بهم بعد القتل جارية على أحكام غيرهم من الموتى والله أعلم" (Fat'h ul-bârî 7/7).
Ici Ibn Hajar semble vouloir parler de pieux qui ont eu un Dévoilement (Kashf) et ont vu le corps du Prophète reposant dans sa tombe bénie. C'est bien ce que semble induire le second "كذلك" qu'il a écrit : "وإلا لعد من اتفق أن يرى جسده المكرم وهو في قبره المعظم [أي وقد فُتح قبره لعارض] ولو في هذه الأعصار؛ وكذلك من كشف له عنه من الأولياء فرآه كذلك على طريق الكرامة". Par Dévoilement (Kashf), le corps demeure où il est, dans sa tombe, mais un dévoilement a lieu qui permet à un pieux de le voir.
Il se peut aussi que Ibn Hajar veuille parler ici d'un Kashf ayant permis de voir l'âme du Prophète priant dans l'espace du Barzakh correspondant à sa tombe (cet espace dont la Sunna a dit qu'il est élargi pour tout pieux) ; à ce moment-là, cela ne se produit que pour le pieux qui se trouve devant la tombe du Prophète, à Médine, et non pas pour celui qui en est éloigné. Cela ressemblerait toutes proportions gardées au fait que le prophète Muhammad (sur lui soit la paix) a [passant près de la tombe de celui-ci, lors de son voyage de La Mecque à Jérusalem] vu (l'âme du) prophète Moïse dans sa tombe, priant debout dans celle-ci : "عن أنس بن مالك، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: "أتيت - وفي رواية هداب: مررت - على موسى ليلة أسري بي عند الكثيب الأحمر، وهو قائم يصلي في قبره" (Muslim, 2375). On voit ici que c'est seulement lorsqu'il est passé près de la tombe du prophète Moïse (sur lui soit la paix) que le prophète Muhammad (que Dieu l'élève et le salue) a vu cela...

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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