Une comparaison entre le style du texte du Coran et le style du Jâmi' Sahîh de al-Bukhârî

La méthode d'appréhender le Jâmi' Sahîh de al-Bukhârî, je l'ai appliquée au Coran, et ce par cheminement intellectuel inverse dans les perspectives : c'est l'étude de la méthode suivie par al-Bukhârî dans son Jâmi' Sahîh, qui permet de mieux analyser la structure du texte du Coran.

Je tiens cela de l'un de mes professeurs...

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I) Le propos de l'un de mes professeurs :

Un jour, en cours de Sahîhu Muslim (2nde moitié), notre professeur Muftî Muh'yi-d-Dîn Barôdwî (rahimahullâh) nous dit :

"A la différence du Sahîh de Muslim, le Jâmi' Sahîh de al-Bukhârî est assez déroutant d'étude, car complexe.

En effet, les différentes versions du même hadîth (qui sont suffisamment authentiques selon son critère), Muslim les a placées l'une à la suite de l'autre, et a très peu répété le même hadîth en deux endroits de son livre. A la différence de al-Bukhârî qui, lui, a éparpillé les différentes versions authentiques du même hadîth dans tout son livre. 

Le style de al-Bukhârî est au premier abord déroutant.

Pourtant, à bien y regarder, al-Bukhârî n'a fait que reprendre le style du Coran" (fin de citation).
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Muftî Muh'y id-Dîn avait lui-même, dans un autre Institut, où il avait précédemment travaillé, enseigné Sahîh ul-Bukhârî.
Et ce qu'il nous a dit en cours ce jour-là m'a interpelé :
"Dans l'agencement de son livre Al-Jâmi' us-Sahîh, al-Bukhârî n'a fait que reprendre la méthode du Coran".
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J'ai donc cherché à approfondir cela...

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II) Développement personnel, en 4 points, de ce bref propos de mon professeur :

--- A) Al-Bukhârî répète (تكرير) plusieurs versions du même hadîth qu'il tient par des chaînes différentes, et les dissémine (نَشْر) en des chapitres fort divers du livre, et complètement éloignés l'un de l'autre :

Ainsi en est-il du célèbre hadîth : "إنما الأعمال بالنيات، وإنما لكل امرئ ما نوى. فمن كانت هجرته إلى دنيا يصيبها، أو إلى امرأة ينكحها، فهجرته إلى ما هاجر إليه" : "Les actions ne sont [comptées auprès de Dieu] qu'en fonction de l'intention [qui les motive]. Et chacun n'aura [comme récompense auprès de Dieu] que ce qu'il aura eu comme intention. Celui dont l'émigration [vers la Dâr ul-islâm] a été faite vers Dieu et Son Messager, son émigration sera (comptée par Dieu) comme ayant été faite vers Dieu et Son Messager. Et celui dont l'émigration [vers la Dâr ul-islâm] a été faite (en réalité) vers une affaire temporelle qu'il pourra [y] obtenir ou vers une femme avec laquelle il pourra se marier, alors son émigration sera (comptée par Dieu) comme ayant été faite vers ce vers quoi il a (réellement) émigré".

Ce hadîth, al-Bukhârî l'a répété, avec différentes chaînes de transmission, en 7 fois dans son Jâmi', dans des chapitres forts éloignés (sans compter les 3 autres fois où il l'a brièvement évoqué sans chaîne, ta'lîqan).

Pourquoi pareille répétition ?
Parce que, un hadîth étant tel qu'on peut en déduire plusieurs points, al-Bukhârî a cité le même hadîth dans des chapitres différents de son ouvrage
al-Jâmi', afin d'en déduire ici tel point, là-bas tel autre, chaque point étant en rapport avec un Chapitre différent.

Ainsi, ce hadîth "الأعمال بالنية", al-Bukhârî lui a donné place dans son Jâmi' :
--- au numéro 1 : en guise d'introduction de son livre, pour montrer la nécessité que l'étude et l'enseignement des sciences religieuses ne doivent se faire que pour Dieu ;
--- au numéro 54 : dans le Chapitre de la Foi, pour montrer que toute bonne action ne vaut que si l'intention qui la motive est bonne et adaptée à elle ;
--- au numéro 2962 (numérotation de al-Bughâ) : dans le Chapitre relatif à l'Affranchissement d'un esclave : Que se passe-t-il si on a fait une erreur en prononçant la formule d'affranchissement ? est-ce malgré tout l'intention qui est à prendre en considération ?
--- au numéro 3685 : dans le Chapitre de l'Emigration du Prophète (sur lui soit la paix) et de ses Compagnons, à Médine ; cela parce que le hadîth parle explicitement d'émigration ;
--- au numéro 4783 : dans le Chapitre du Mariage : qu'en est-il d'entreprendre une émigration, hijra, ou autre action de bien, la motivation étant de pouvoir ainsi se marier avec telle demoiselle ?
--- au numéro 6311 : dans le Chapitre relatif aux Serments, afin de soulever la question de savoir jusqu'où l'intention est-elle prise en considération - au-delà de ce que l'Usage général confère de sens à une phrase - dans les mots que l'on a employés pour faire un Serment ;
--- au numéro 6553 : dans le Chapitre relatif aux Hiyal, pour montrer que si on a recours à une astuce juridique destinée à éviter ce que la loi de Dieu prévoit pour le cas de figure dans lequel on se trouve, on est fautif, car "les actions valent selon les intentions".

Cependant, quand il répète ainsi un hadîth, al-Bukhârî le répète avec, à chaque fois, une chaîne de narration différente (différente au niveau du début de la chaîne, et se rejoignant au moins en le Compagnon).
Pour le hadîth ci-dessus, "الأعمال بالنية", c'est 3 maillons avant le Compagnon relatant cela (Omar ibn ul-Khattâb) que toutes les chaînes de narration se rejoignent : elles se rejoignent en Yah'yâ ibn Sa'îd al-Ansârî : "يحيى بن سعيد الأنصاري، قال: أخبرني محمد بن إبراهيم التيمي، أنه سمع علقمة بن وقاص الليثي يقول: سمعت عمر بن الخطاب". At-Tirmidhî écrit ainsi : "وقد روى مالك بن أنس وسفيان الثوري وغير واحد من الأئمة هذا عن يحيى بن سعيد. ولا نعرفه إلا من حديث يحيى بن سعيد الأنصاري" (Jâmi' ut-Tirmidhî, 1647).

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--- B) Cette répétition /dissémination des versions des mêmes hadîths a entraîné la dissémination des détails dans tout le livre :

Pourquoi ceci a-t-il entraîné cela ?

Parce que certains hadîths que le collecteur de hadîths tel que al-Bukhârî, Muslim etc. a mémorisés, ce dernier les a entendus de divers narrateurs (et ce de façon séparée). Or :
--- une version recèle parfois un détail que l'autre version ne contient pas, car le narrateur de cette dernière version l'a légèrement raccourcie (ikhtissâr ul-hadîth) quand il l'a retransmise ;
--- une version, le narrateur l'a retransmise en répétant exactement chaque mot (riwâya bi-l-lafz) ; alors que l'autre version, son narrateur l'a retransmise avec - au sein de tout le hadîth - pour tel mot, l'emploi du synonyme (riwâya bi-l-ma'nâ).
Cela entraîne que, parfois, du même hadîth, le collecteur se retrouve avec des versions légèrement différentes.

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Ensuite, un certain nombre de fois, al-Bukhârî n'expose la version complète du hadîth qu'en un lieu ; par contre, les autres lieux de son livre où il répète le hadîth avec chaîne de narration, il se contente d'y mentionner des versions que lui-même a raccourcies.

Cela est dû au fait que, s'il mentionne le hadîth complètement en un lieu, en un autrepar souci de concision, il ne mentionne que la partie dont il veut déduire ce qui a cours dans ce chapitre.

Ainsi, le célèbre hadîth de Samura ibn Jundub relatant le rêve du Prophète (sur lui soit la paix) dans lequel deux personnes l'ont emmené se déplacer, déplacement au cours duquel il a vu de nombreuses choses [se déroulant dans le Barzakh], al-Bukhârî le rapporte dans son livre par deux voies :
--- il le rapporte de Mûssâ ibn Ismâ'ïl (lequel le tient de Jarîr ibn Hâzim, qui le tient de Abû Rajâ, lequel le tient de Samura ibn Jundub) ;
--- et il le rapporte de Mu'ammal ibn Hishâm (lequel le tient de Ismâ'îl ibn 'Ulayya, qui le tient de 'Awf, qui le tient de Abû Rajâ, lequel le tient de Samura ibn Jundub).

La version qu'il tient de Mûssâ ibn Ismâ'ïl, al-Bukhârî l'a exposée de façon complète dans son Sahîh au numéro 1320 (numérotation de al-Bughâ), mais de façon raccourcie aux numéros 809, 2085, 2638, 3064 et 5745.

La version qu'il tient de Mu'ammal ibn Hishâm, il l'a exposée de façon complète dans son Sahîh au numéro 6640, mais de façon raccourcie aux numéros 1092, 3176 et 4397.

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Enfin, certains événements sont tels qu'ils sont rapportés par deux Compagnons différents (on parle alors, sur le plan technique - istilâhî -, de "deux hadîths différents, l'un étant shâhid de l'autre"). Ici encore, il arrive que :
--- la relation de l'un de ces deux Compagnons recèle un détail que l'autre Compagnon n'a pour sa part pas relaté.
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La dissémination (نَشْر) des différentes versions du hadîth relaté par un même Compagnon, ainsi que des différentes relations du même événement par différents Compagnons, cela a entraîné que les différents détails sont disséminés dans tout l'ouvrage.
Cela complique les choses pour celui qui veut étudier toutes les versions du même hadîth : il doit rechercher celles-ci au travers de tout l'ouvrage.

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--- C) C'est seulement celui qui a déjà des connaissances en hadîths qui comprend de façon approfondie certains passages du Sahîh de al-Bukhârî :

Le Jâmi' Sahîh est un ouvrage incontournable dans l'étude des hadîths. Et nombreux sont les musulmans francophones qui en possèdent au moins la traduction française.

Et, certes, c'est un ouvrage dont chacun peut tirer profit, en découvrant les hadîths que al-Bukhârî a sélectionnés pour la grande qualité de leur chaîne de relation, parmi l'ensemble des hadîths qu'il connaissait.

Cependant, certains passages de ce livre, c'est seulement celui qui a déjà des connaissances en hadîths qui les comprend de façon approfondie : le fait est que, assez souvent, dans les points de déduction qu'il inscrit sur le hadîth (tarjamat ul-bâb), al-Bukhârî fait allusion à des interprétations diverses.

Même sur le plan des hadîths, il se contente de faire allusion à des différences présentes entre différentes chaînes de narration du même hadîth ; parfois, il renvoie même sans le dire à un hadîth plus précis mais moins authentique que le hadîth qu'il insère dans sa déduction. D'ailleurs le nom complet du livre est : "Al-Jâmi' ul-Musnad us-Sahîh ul-Mukhtassar min umûri Rassûlillâh - sallallâhu 'alayhi wa sallama - wa sunanihî wa ayyâmih" : dans ce nom, on lit le qualificatif : "Mukhtassar", pour : "abrégé", "concis".

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--- D) Al-Bukhârî fait des déductions à partir des hadîths qu'il a exposés dans son livre. Il expose ses déductions dans un point donné (tarjama), avec, juste en-dessous, le hadîth qui est sensé le prouver. Or la correspondance entre le hadîth et la déduction est parfois évidente, mais certaines fois très subtile : les Commentateurs du Sahîh ul-Bukhârî doivent alors se creuser la tête pour découvrir le lien que al-Bukhârî avait dans son esprit lorsqu'il a inséré tel hadîth sous tel titre :

Les exemples sont connus des gens ayant étudié le livre.

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III) Application de ces 4 points A, B, C et D au texte du Coran :

(Ci-après, nous n'évoquerons que le cas des récits présents dans le Coran ; cependant, le principe vaut aussi pour les autres thèmes que celui des récits...)

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--- A) Le Coran répète (
تكرير) et dissémine (نَشْر) différentes narrations qu'il fait du même récit :

S'il est certains récits qui ne figurent qu'une fois dans tout le texte coranique, les autres sont tels qu'ils sont répétés dans plusieurs sourates différentes (le récit de Moïse, par exemple, est narré de façon conséquente dans 10 sourates du Coran : "الأعراف ويونس وهود وطه والمؤمنون والشعراء والنمل والقصص وغافر والزخرف" - cela sans compter les sourates où le fait qu'il a été suscité Messager a été rappelé, et sans compter les sourates où son nom figure).
Or, vu que souvent les détails donnés ici sont différents de ceux énoncés là ("وكذلك في الجمل التامة: يعبر عن القصة بجمل تدل على معان فيها، ثم يعبر عنها بجمل أخرى تدل على معان أخر؛ وإن كانت القصة المذكورة ذاتها واحدة، فصفاتها متعددة؛ ففي كل جملة من الجمل معنى ليس في الجمل الأخر. وليس في القرآن تكرار أصلا" : MF 19/168), cette répétition entraîne que :
--- les détails du même récit sont fragmentés, et disséminés dans différentes sourates : parfois tel détail du récit est exposé dans la narration qui en est faite dans telle sourate, mais pas dans celle qui en est faite dans telle autre ;
--- dans certaines sourates on trouve une narration très raccourcie du récit.

Pourquoi pareilles répétition et dissémination dans le Coran ?
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Réponse : Pour en déduire des choses différentes, selon le thème général auquel la sourate est consacrée (A). Voilà l'objectif premier.

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Cette répétition a comme effet positif (et recherché secondairement) : une
plus grande efficacité dans la fonction de rappel (tadhkîr) (cf. Al-Fawz ul-kabîr fî ussûl it-tafsîr, pp. 97-98) : voilà qui concerne le plan spirituel.

Et cette répétition n'est nullement lassante, et cela grâce, déjà, au fait (déjà évoqué) que les différents détails du même récit ne sont pas tous donnés dans les mêmes sourates, et, en sus, au fait que le même récit est formulé différemment, en adéquation avec le style en vigueur des différentes sourates : "ومن العلوم كذلك أن القرآن الكريم، في موضوع التذكير بآلاء الله وأيامه والجدل، يكسو المعاني المتقاربة في كل موضع لباساً جديداً حسب أسلوب السورة التي تعرض فيها، في جمال وطرافة لا تستطيع أن تتطاول إليها أعناق البشر. وإذا تعسر على أحد إدراك ذلك، فعليه أن يتأمل في أساليب قصص الأنبياء والمرسلين في سورة الأعراف وسورة هود وسورة الشعراء، ثم ليرجع إلى هذه القصص في سورة الصافات، ثم ليقرأ هذه القصص نفسها في سورة الذاريات، يتجلى له الفرق كوضح النهار. كذلك ورد ذكر ما يتعلق بتعذيب العصاة الظالمين، والإنعام على المطيعين الصالحين، بلون جديد في كل موضع من مواضع ذكره في القرآن الكريم. وهكذا جاء تخاصم أهل النار بعضهم مع بعض في صور جديدة وأساليب متنوعة في كل مكان. والكلام في هذا يطول" (Al-Fawz ul-kabîr, p. 102) (voir aussi p. 43, p. 98).

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--- B) La dissémination de différentes narrations entraîne dès lors la dissémination des détails du même récit :

Certes, mais cela oblige à un travail de recherche plus intense : voilà qui concerne le plan intellectuel.

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--- C) Le Coran s'adresse à tout le monde, mais est parfois allusif :

Le Coran comporte de nombreuses allusions, en terme de récits, ou de situation religieuse qu'il veut réformer.

Dans le domaine des récits, le Coran est parfois allusif : le détail du récit se trouve dans la Torah, dans des Midrashim, dans une des versions de l'Evangile ou dans une source postérieure à Jésus.

Plus encore : il ne commence pas par énumérer ce que Dieu a créé : il considère le lecteur comme quelqu'un ayant déjà des connaissances de base en la matière, connaissances sur lesquelles le Coran bâtit par des argumentations.
Lire : Ce que le Coran a énoncé sans le prouver (الحُجَّة) ni argumenter - La question du référentiel de son interlocuteur.

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Par ailleurs, le lecteur lambda comprend le propos de façon générale, tandis que le lecteur spécialisé se régale intellectuellement.

Shâh Waliyyullâh a écrit cela au sujet des figures du style employées dans le Coran, mais le propos vaut pour tout : "نعلم كذلك أن مراعاة مقتضى الحال الذي يتكفل فن المعاني بتفصيله والحديث عنه، واستعمال الاستعارات والكنايات التي يحتوي عليها فن البيان، مع مراعاة حال المخاطبين الأميين الذين يجهلون هذه الصناعات، قد توفرت في القرآن الكريم وتحققت بوجه لا يتصور أحسن منها وأروع. وذلك أن المطلوب في القرآن الكريم هو أن تودع بعض اللطائف البيانية التي لا تستعصي على العامة ويتذوقها الخاصة في تضاعيف المخاطبات المعروفة والحوار العام. وهذا هو نوع من الجمع بين النقيضين الذي لا يتيسر مثله لأي واحد" (Al-Fawz ul-kabîr, pp. 102-103).

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--- D) Le thème général autour duquel la sourate tourne est parfois subtil à distinguer : quelques illustres Compagnons n'ont ainsi pas trouvé le thème de la sourate an-Nasr : Omar ibn ul-Khattâb et Abdullâh ibn Abbâs le leur ont alors exposé (nous le verrons plus bas). De plus, la correspondance entre ce thème général et la présence de tel sujet dans la sourate est encore plus subtil à trouver :

Cela est exposé dans l'article relatif au thème autour duquel la sourate tourne.

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Tout cela est ravissant (pour le cœur) et passionnant (pour la raison).

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La preuve du point A (il y a répétition du même récit pour en déduire chose différente, selon le thème autour duquel la sourate est construite) :

Ibn Taymiyya écrit, parlant du récit de Moïse avec Pharaon : "Et Dieu a mentionné ce récit en plusieurs endroits du Coran, exposant en chaque endroit, d'analogie et de démonstration, quelque chose de différent" : "وقد ذكر الله هذه القصة في عدة مواضع من القرآن، يبين في كل موضع منها من الاعتبار والاستدلال نوعا غير النوع الآخر" (MF 19/167).

Si dans sourate al-Anbiyâ' (21ème sourate), on trouve les récits de la prédication de plusieurs prophètes avec leur peuple, et aussi celui de la prédication de Abraham, c'est, dit Ibn Taymiyya, parce qu' ici, l'objectif est de mentionner différents de Ses prophètes avant Muhammad, ainsi que les faveurs qu'Il leur a accordées ; Abraham ayant été particulièrement favorisé, son récit aussi y figure (sur tous les prophètes soit la paix).
A la différence de par exemple sourate al-A'râf (7ème sourate) : l'objectif, dans cette sourate-là, est d'exposer la destruction de peuples qui avaient traité de menteur le prophète leur ayant prêché ; or le peuple de Abraham n'a pas été détruit ; Abraham n'y a donc pas été mentionné.
"ومن آياته: نصر الرسل على قومهم. وهذا على وجهين: تارةً يكون بإهلاك الأمم وإنجاء الرسل وأتباعهم، كقوم نوح وهود وصالح وشعيب ولوط وموسى. ولهذا يقرن الله بين هذه القصص في سورة الأعراف (...) ولا يذكر معها قصة إبراهيم. وإنّما ذكر قصة إبراهيم في سورة الأنبياء ومريم والعنكبوت والصافات، فإنّ هذه السور لم يقتصر فيها على ذكر من أهلك من الأمم. بل في سورة الأنبياء كان المقصود ذكر الأنبياء، ولهذا سميت سورة الأنبياء؛ فذكر فيها إكرامه للأنبياء، وإن لم يذكر قومهم، كما ذكر قصة داود وسليمان وأيوب؛ وذكر آخر الكلّ: {إِنَّ هَذِهِ أُمّتُكُمْ أُمَّةً وَاحِدَة}؛ وبدأ فيها بقصة إبراهيم، إذ كان المقصود ذكر إكرامه للأنبياء قبل محمّد، وإبراهيمُ أكرمُهم على الله تعالى، وهو خير البرية، وهو أبو أكثرهم - إذ ليس هو أبا نوحٍ ولوط، لكن لوط من أتباعه، وأيوب من ذريته" (Kitâb un-nubuwwât, pp. 40-41).

Ibn Taymiyya écrit encore : "Quant à Ta-hâ [20ème sourate du Coran] et Ash-Shu'arâ' [42ème sourate du Coran], parmi (les autres sourates) dans lesquelles le récit de Moïse a été détaillé, le plus grand objectif de (ce) récit de Moïse (dans ces sourates-là) est d'établir l'Existence du Créateur et le fait qu'Il suscite des messagers, vu que Pharaon réfutait (l'Existence du Créateur)" : "وأما طه والشعراء مما بسط فيه قصة موسى، فالمقصود الأعظم بقصة موسى إثبات الصانع ورسالته، إذ كان فرعون منكرا؛ ولهذا عظم ذكرها في القرآن" (Ibid., pp. 28-29).

A l'intérieur de chaque sourate il y a ainsi un fil conducteur subtil qui guide le déroulement de ces sujets qui, à la première lecture, paraissaient si peu en rapport les uns les autres.
As-Suyûtî a décrit la discipline s'intéressant à cela : "'ilm ul-munâssaba" (Al-Itqân fî 'ulûm il-qur'ân, pp. 976 et suivantes).

C'est très clairement ce que Muftî Taqî Uthmânî a, lui aussi, écrit : le texte coranique ne présente certes pas en apparence un développement structuré, et pourtant il en possède bel et bien un, mais à un niveau subtil ('Ulûm ul-qur'ân, pp. 265-268).

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A lire ensuite :

--- Quelques exemples du thème autour duquel la sourate tourne.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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