Comment expliquer que les mêmes dialogues soient relatés dans le Coran en des termes différents selon les différentes sourates ?

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Question :

Je souhaiterais savoir si vous pouviez m'éclairer sur une question car je ne trouve rien sur le sujet.

Je souhaiterais connaître l'explication - si vous la connaissez - du fait que quand Allah raconte une histoire ou un événement à divers endroits du Coran, le dialogue change.

Par exemple, la réponse de Satan est relatée, en Coran 17/61-62, avoir été : "Me prosternerais-je devant ce que Tu as créé d'argile ?" : "وَإِذْ قُلْنَا لِلْمَلآئِكَةِ اسْجُدُواْ لآدَمَ فَسَجَدُواْ إَلاَّ إِبْلِيسَ قَالَ أَأَسْجُدُ لِمَنْ خَلَقْتَ طِينًا".
Mais elle est relatée, en Coran 7/12, avoir été : "Je suis meilleur que lui: Tu m'as créé de feu, alors que Tu l'as créé d'argile" : "قَالَ مَا مَنَعَكَ أَلَّا تَسْجُدَ إِذْ أَمَرْتُكَ قَالَ أَنَاْ خَيْرٌ مِّنْهُ خَلَقْتَنِي مِن نَّارٍ وَخَلَقْتَهُ مِن طِينٍ".

De même en est-il de bien d'autres dialogues, tels que l'invocation que Ayyûb (sur lui soit la paix) adressa à Allah.
En Coran 38/41, elle est relatée avoir été : "Le Diable m'a infligé détresse et souffrance" : "وَاذْكُرْ عَبْدَنَا أَيُّوبَ إِذْ نَادَى رَبَّهُ أَنِّي مَسَّنِيَ الشَّيْطَانُ بِنُصْبٍ وَعَذَابٍ".
Mais en Coran 21/83, elle est relatée avoir été : "Le mal m'a touché. Mais Toi, tu es le plus miséricordieux des miséricordieux" : "وَأَيُّوبَ إِذْ نَادَى رَبَّهُ أَنِّي مَسَّنِيَ الضُّرُّ وَأَنتَ أَرْحَمُ الرَّاحِمِينَ".

Il y a certainement d'autres exemples.

Je ne sais pas si le but est que l'on comprenne "l'esprit" de la situation, ce qui fait que cela a été relaté de différentes façons ? Ou s'il y a d'autres raisons ?

J'espère que vous pourrez m’apporter votre aide. Qu'Allah vous récompense en bien.

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Réponse :

Cette question relative à la problématique que vous exposez, et que chacun peut remarquer en lisant le texte coranique, je l'avais adressée naguère à l'un de mes professeurs de Tafsîr, Cheikh Dhu-l-Faqar Ahmad (rahimahullâh).

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La réponse est que 3 principes sont à l'œuvre qui entraînent ce que vous avez remarqué dans ces passages narratifs :

1) le fait de mentionner dans un passage une partie seulement de la totalité du dialogue, et, dans un autre passage, une autre partie de la totalité du même dialogue : phénomène connu sous le nom de Taqtî' (التقطيع), pour : "Fragmenter et Disséminer" ;

2) le fait de relater le dialogue en rapportant, dans un passage, les termes exacts ayant été prononcés (ou les termes traduisant le mieux possible les termes ayant été prononcés dans la langue originelle) (phénomène connu sous le nom de : Riwâya bi-l-lafz, الرواية باللفظ, pour : "Relation avec emploi des mêmes termes") ; mais en employant, dans un autre passage, des termes voisins à ceux ayant été véritablement employés (phénomène connu sous le nom de : Riwâya bi-l-ma'nâ, الرواية بالمعنى, pour : "Relation d'après le sens, mais pas avec les mêmes termes") ;

3) le fait de relater, dans un passage, le résumé du dialogue (ce qui se fait forcément avec une Riwâya bi-l-ma'nâ, الرواية بالمعنى, évoquée en 2) : phénomène connu sous le nom de Ikhtissâr (الاختصار), pour : "Résumer" (et ce alors même que le dialogue détaillé a déjà été relaté ailleurs : soit dans un seul et même passage ; soit dans de multiples passages avec le phénomène exposé en 1).

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Vu que j'ai choisi ci-après d'illustrer chacun de ces 3 phénomènes par des versets liés à l'histoire de Iblîs refusant d'effectuer une prosternation de respect devant Adam, je vous prie de lire d'abord mon article : Iblîs, le djinn qui s'est rebellé contre un ordre de Dieu relatif à l'homme.

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Voici un exemple du 1 (Fragmenter et Disséminer) :

A Dieu lui demandant pourquoi il ne s'était pas prosterné comme Il l'avait ordonné à tous les êtres présents, quelle fut la réponse que Iblîs fit ? 

--- en Coran 15/33, cela est relaté ainsi : "قَالَ لَمْ أَكُن لِّأَسْجُدَ لِبَشَرٍ خَلَقْتَهُ مِن صَلْصَالٍ مِّنْ حَمَإٍ مَّسْنُونٍ" : "Je n'avais pas à me prosterner devant un humain que Tu as créé à partir d'une boue malodorante" (Coran 15/33) ;

--- par contre, en Coran 7/12 et 38/76, cela est relaté ainsi : "قَالَ أَنَاْ خَيْرٌ مِّنْهُ خَلَقْتَنِي مِن نَّارٍ وَخَلَقْتَهُ مِن طِينٍ" : "Je suis meilleur que lui ; Tu m'as créé à partir de feu, et Tu l'as créé à partir de boue" (Coran 7/12, Coran 38/76).

En fait il s'agit, dans ces deux cas, de deux morceaux de la réponse de Iblîs :
--- en Coran 15/33 est relaté son rejet du bien-fondé de l'ordre divin ;
--- et en Coran 7/12 et 38/76 est relaté son argument quant à ce rejet.
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Ce furent ces deux propos qu'Iblîs tint dans sa réponse :
"Je n'avais pas à me prosterner devant un humain, car je suis meilleur que lui ; Tu m'as créé à partir de feu, et Tu l'as créé à partir de boue malodorante".
Mais en un passage, Dieu nous a relaté une partie de cette réponse, et, en deux autres passages, l'autre partie.

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Voici un exemple du 2 (Relation d'après le sens) :

Iblîs ne s'étant pas prosterné (d'une prosternation de respect) devant Adam, alors que Dieu en avait donné l'ordre à tous les êtres présents, Dieu lui en demanda la raison. Que lui dit-Il ?

--- d'après Coran 7/12 : "قَالَ مَا مَنَعَكَ أَلاَّ تَسْجُدَ إِذْ أَمَرْتُكَ" : "Qu'est-ce qui t'a empêché de te prosterner lorsque Je te l'ai ordonné ?" (Coran 7/12) ;
--- et d'après Coran 38/75 : "قَالَ يَا إِبْلِيسُ مَا مَنَعَكَ أَن تَسْجُدَ لِمَا خَلَقْتُ بِيَدَيَّ" : "Ô Iblîs, qu'est-ce qui t'a empêché de te prosterner devant ce que J'ai créé de Mes deux Mains ?" (Coran 38/75) ;

--- par contre, d'après Coran 15/32 : "قَالَ يَا إِبْلِيسُ مَا لَكَ أَلاَّ تَكُونَ مَعَ السَّاجِدِينَ" : "Ô Iblîs, qu'as-tu à n'avoir pas été avec ceux qui se prosternent ?" (Coran 15/32).

Lui a-t-Il demandé : "Ô Iblîs, qu'est-ce qui t'a empêché de..." :
--- "te prosterner" (relaté en Coran 7/12 et 38/75) ?
--- ou bien : "être avec ceux qui se prosternent" (relaté en Coran 15/32) ?

En fait il y a eu ici Riwâya bi-l-ma'nâ, relation d'après la lettre en en passage, mais relation d'après le sens en un autre passage, et ce par utilisation de mots rendant le même sens général.
Nous, humains auditeurs et lecteurs, ne savons cependant pas quel est le terme (lafz) qui avait dûment été prononcé, et quel est son synonyme (mutarâdif), suite à la relation d'après le sens.

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Exemple du 3 (Résumer ici ce qui a été détaillé ailleurs) :

"وَإِذْ قُلْنَا لِلْمَلآئِكَةِ اسْجُدُواْ لآدَمَ فَسَجَدُواْ إَلاَّ إِبْلِيسَ قَالَ أَأَسْجُدُ لِمَنْ خَلَقْتَ طِينًا" (Coran 17/61).

Le propos est cette fois résumé.

Ici il n'est plus relaté (comme en d'autres passages du Coran) que Dieu demanda à Iblîs pourquoi il ne s'était pas prosterné devant Adam, ni que Iblîs Lui répondit qu'il n'avait pas à se prosterner devant un être humain que Dieu avait créé à partir de boue malodorante. Non.

Ici, le dialogue est résumé à l'extrême en ces termes : "Et lorsque Nous dîmes aux Anges : "prosternez-vous devant Adam." Alors ils se prosternèrent. Sauf Iblîs, qui dit : "Me prosternerais-je devant celui que tu as créé en boue ?"" (Coran 17/61). 
(Par ailleurs, la dernière phrase, exprimant le propos de Iblîs, semble relever du cas 2 : Riwâya bi-l-ma'nâ.)

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Il est à noter que les phénomènes 2 et 3 ont également cours dans les relations que les transmetteurs ou les auteurs de recueils font des hadîths :

Ibn Hajar écrit :

"وأما الرواية بالمعنى: فالخلاف فيها شهير: والأكثر على الجواز أيضا؛ ومن أقوى حججهم: الإجماع على جواز شرح الشريعة للعجم بلسانهم للعارف به، فإذا جاز الإبدال بلغة أخرى، فجوازه باللغة العربية أولى.
وقيل: إنما تجوز في المفردات دون المركبات.
وقيل: إنما تجوز لمن يستحضر اللفظ؛ ليتمكن من التصرف فيه.
وقيل: إنما تجوز لمن كان يحفظ الحديث فنسي لفظه وبقي معناه مرتسما في ذهنه، فله أن يرويه بالمعنى لمصلحة تحصيل الحكم منه، بخلاف من كان مستحضرا للفظه.
وجميع ما تقدم يتعلق بالجواز وعدمه، ولا شك أن الأولى إيراد الحديث بألفاظه، دون التصرف فيه. قال القاضي عياض: "ينبغي سد باب الرواية بالمعنى؛ لئلا يتسلط من لا يحسن، ممن يظن أنه يحسن، كما وقع لكثير من الرواة، قديما وحديثا". والله الموفق" (Nuz'hat un-Nazar, pp. 76-77).

"أما اختصار الحديث: فالأكثرون على جوازه بشرط أن يكون الذي يختصره عالم، لأن العالم لا ينقص من الحديث إلا ما لا تعلق له بما يبقيه منه، بحيث لا تختلف الدلالة ولا يختل البيان، حتى يكون المذكور والمحذوف بمنزلة خبرين، أو يدل ما ذكره على ما حذفه؛ بخلاف الجاهل فإنه قد ينقص ما له تعلق، كترك الاستثناء" (Ibid., pp. 76-77).

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Pourquoi ces 3 phénomènes dans le texte du Coran ?

Déjà pourquoi le même sujet a-t-il été ainsi répété en plusieurs sourates du Coran ?

–--- Si le même récit est présent dans différentes sourates, c'est pour, à chaque fois, servir d'argument par rapport au thème général traité dans chaque sourate.
Evoquant le récit de Moïse avec Pharaon, Ibn Taymiyya expose cela en ces termes : "Et Dieu a mentionné ce récit en plusieurs endroits du Coran, exposant en chaque endroit, comme analogie et démonstration, un type autre que l'autre" : "وقد ذكر الله هذه القصة في عدة مواضع من القرآن يبين في كل موضع منها من الاعتبار والاستدلال نوعا غير النوع الآخر" (MF 19/167).
C'est pourquoi, dit-il, on trouve dans sourate al-A'râf (7ème sourate) les récits de la prédication de plusieurs prophètes avec leur peuple, mais pas celui de la prédication de Abraham : l'objectif, dans cette sourate-là, est alors d'exposer la destruction de peuples qui ont traité de menteur le prophète leur ayant prêché ; or le peuple de Abraham n'a pas été détruit. A la différence de par exemple sourate al-Anbiyâ' (21ème sourate) : ici, l'objectif est de mentionner les faveurs que Dieu a accordées à différents de Ses prophètes ; Abraham ayant été particulièrement favorisé en la matière, son récit aussi y figure : "ومن آياته: نصر الرسل على قومهم. وهذا على وجهين: تارةً يكون بإهلاك الأمم وإنجاء الرسل وأتباعهم، كقوم نوح وهود وصالح وشعيب ولوط وموسى. ولهذا يقرن الله بين هذه القصص في سورة الأعراف (...) ولا يذكر معها قصة إبراهيم. وإنّما ذكر قصة إبراهيم في سورة الأنبياء ومريم والعنكبوت والصافات، فإنّ هذه السور لم يقتصر فيها على ذكر من أهلك من الأمم. بل في سورة الأنبياء كان المقصود ذكر الأنبياء، ولهذا سميت سورة الأنبياء؛ فذكر فيها إكرامه للأنبياء، وإن لم يذكر قومهم؛ كما ذكر قصة داود وسليمان وأيوب، وذكر آخر الكلّ: {إِنَّ هَذِهِ أُمّتُكُمْ أُمَّةً وَاحِدَة}، وبدأ فيها بقصة إبراهيم، إذ كان المقصود ذكر إكرامه للأنبياء قبل محمّد وإبراهيم - أكرمهم على الله تعالى، وهو خير البرية، وهو أبو أكثرهم، إذ ليس هو أبا نوحٍ ولوط، لكن لوط من أتباعه، وأيوب من ذريته" (Kitâb un-nubuwwât, pp. 40-41).
Il écrit encore : "Quant à Ta-hâ [20ème sourate du Coran] et Ash-Shu'arâ [42ème sourate du Coran], parmi (les autres sourates) dans lesquelles le récit de Moïse a été développé, le plus grand objectif (en) est d'établir l'Existence du Créateur et le fait qu'Il suscite des messagers, vu que Pharaon réfutait (l'Existence du Créateur)" : "وأما طه والشعراء مما بسط فيه قصة موسى، فالمقصود الأعظم بقصة موسى إثبات الصانع ورسالته، إذ كان فرعون منكرا" (Ibid., pp. 28-29).

–--- Par ailleurs, d'après Shâh Waliyyullâh, les répétitions présentes dans le texte coranique conviennent mieux à la fonction de rappel que le Coran entend exercer : "لو سألنا: لماذا تكررت مطالب العلوم الخمسة ومباحثها في القرآن العظيم؟ ولم لم يكتف ببيانها في موضع واحد؟ قلنا. إن ما نريد أن نعرضه على السامع ونفهمه ينقسم عادة إلى قسمين:- الأول: هو ما لا يكون القصد منه إلا تعليم ما لا يعلم السامع وتلقينه فيكون المخاطب - مثلا - لا يدري حكما من الأحكام، ولم يدركه عقله وفكره، فأنت تفيده ذلك الحكم، فيصبح المجهول عنده باستماع كلامك معلوما، ويعرف ما تريد. الثاني: أن يكون الغرض هو استحضار صورة العلم في قوته المدركة حتى يجد لها لذة موفورة، وتفني جميع قواه القلبية والعقلية في ذلك المعلوم، وتنصبغ به جميع قواه الفكرية والعملية. كما نكرر بيتاً من الشعر علمنا معناه ومحتواه سلفاً، ولكننا رغم ذلك نكرره ونجد كل مرة في إنشاده لذة جديدة، ونحب ترداده وتكراره لأجل هذه اللذة الذوقية. وإن القرآن العظيم بالنسبة إلى كل واحد من مباحث العلوم الخمسة، أراد إفادة القسمين المذكورين؛ فأراد تعليم ما لا يعلم بالنسبة إلى الجاهل، وأراد انصباغ النفوس بصبغة هذه العلومات بتكرارها وتردادها بالنسبة إلى العالم (اللهم إلا أكثر مباحث الأحكام التي لم يقع فيها هذا التكرار إذ أن إفادة القسم الثاني لم تكن مطلوبة فيها). ولأجل ذلك أمرنا بتكرار التلاوة والإكثار منها، ولم يكتف بمجرد الفهم والإدراك" (cf. Al-Fawz ul-kabîr fî ussûl it-tafsîr, pp. 97-98).

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La répétition ayant été voulue de mêmes récits pour ces deux motifs,  cela a entraîné que le même récit soit formulé de façon légèrement différente :

--- a) avec les fragmentation et dissémination des détails du même récit dans différentes sourates (phénomène 1) : afin de faire naître un intérêt sans cesse renouvelé pour le texte, et ce par la nécessité d'effectuer des recoupements entre les différents morceaux du même récit :
Ibn Taymiyya écrit : "وكذلك في الجمل التامة: يعبر عن القصة بجمل تدل على معان فيها، ثم يعبر عنها بجمل أخرى تدل على معان أخر؛ وإن كانت القصة المذكورة ذاتها واحدة، فصفاتها متعددة؛ ففي كل جملة من الجمل معنى ليس في الجمل الأخر. وليس في القرآن تكرار أصلا" (MF 19/168) ;

--- b) avec des mots légèrement différents (phénomène 2), ou encore avec détail ou concision (phénomène 3) : afin de maintenir la beauté du langage et éviter la lassitude que les mêmes phrases auraient provoquées chez le lecteur :
En effet, les phrases du récit ont été formulées selon le style général qui a cours dans la sourate dans laquelle le récit est destiné à s'intégrer.
Parlant de la différence dans les termes ayant été relatés quant au dialogue entre Pharaon et les magiciens s'étant convertis au monothéisme,
ar-Râzî 
écrit ainsi : "Parfois (Dieu) l'a relaté avec (une traduction) conforme aux termes qu'ils ont employés, par (volonté de) garder la formulation. D'autres fois Il l'a relaté selon le sens, et ce dans le fil de la tradition des Arabes d'exprimer différemment une même chose, selon des styles différents, afin de ne pas provoquer de lassitude (chez l'auditeur) lorsque cela est répété (en différents endroits)" : "فإن قيل: كيف قال الله تعالى هنا حكاية عن السحرة الذين آمنوا وعن فرعون: {قالوا آمنا برب العالمين} إلى قول تعالى {وتوفنا مسلمين}، ثم حكى عنهم هذا المعنى في سورة طه وسورة الشعراء بزيادة ونقصان في الألفاظ المنسوبة إليهم، وهذه الواقعة ما وقعت إلا مرة واحدة، فكيف اختلفت عبارتهم فيها؟ قلنا: الجواب عنه أنهم إنما تكلموا بذلك بلغتهم، لا باللغة العربية؛ وحكى الله تعالى ذلك عنهم باللغة العربية مرارا (لحكمة اقتضت التكرار والإعادة، نبينهما في سورة الشعراء إن شاء الله تعالى)؛ فمرة حكاه مطابقا للفظهم في الترجمة رعاية للفظ، وبعد ذلك حكاه بالمعنى، جريا على عادة العرب في التفنن في الكلام والمخالفة بين أساليبه لئلا يمل إذا تمحض تكراره" (Unmûdhajun jalîl fî as'ila wa ajwiba 'an gharâ'ïbi ây it-tanzîl).
Shâh Waliyyullâh expose cela en ces termes : "وقد روعي - مع ذلك - هذا القدر من الفرق أن المطالب التي تكررت جاءت كل مرة بعبارة طرية جديدة وأسلوب جديد حتى يكون له وقع أكثر في النفوس وأمتع للأذهان والعقول. فلو كان التكرار مع اتحاد الألفاظ والعبارات، لكان شيئاً من حقه أن يكرر ويردد فحسب، ولكنه مع اختلاف التعابير وتنوع الأساليب مدعاة للتفكير وخوض العقل واستجماع الخاطر" (cf. Al-Fawz ul-kabîr fî ussûl it-tafsîr, p. 98). Cette formulation de mêmes éléments dans le style correspondant à chaque sourate constitue d'ailleurs un des aspects de la beauté et de l'inimitabilité du texte coranique (i'jâz) (cf. Al-Fawz ul-kabîr fî ussûl it-tafsîr, p. 102).

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Propos général de al-Qurtubî

"Les ulémas sont unanimes à dire qu'il est autorisé de transmettre le Dîn aux non-arabes par les mots de leur langue, (par) le fait de le leur traduire. Cela constitue une transmission par le sens. Dieu a fait cela dans Son Livre dans les relations qu'Il a faites des événements du passé : Il a relaté des récits, et a, en certains endroits, mentionné une partie de ceux-ci par des mots différents [de ceux qu'Il a mentionnés en un autre passage], alors même que le sens en est le même. Et Il a traduit cela de leur langue en langue arabe, alors même que cette dernière diffère de la première dans le fait de placer tel mot avant, ou après, de procéder à des élisions de mots, de sous-entendre, d'augmenter un mot ou d'en diminuer un (autre). Et du moment qu'il est possible de relater une parole arabe par (son équivalent) en langue non-arabe, alors il est à plus forte raison possible de relater (une parole arabe) par (son équivalent) en langue arabe" : "واتفق العلماء على جواز نقل الشرع للعجم بلسانهم وترجمته لهم وذلك هو النقل بالمعنى. وقد فعل الله ذلك في كتابه فيما قص من أنباء ما قد سلف: فقص قصصا، ذكر بعضها في مواضع بألفاظ مختلفة، والمعنى واحد؛ ونقلها من ألسنتهم إلى اللسان العربي، وهو مخالف لها في التقديم والتأخير والحذف والإلغاء والزيادة والنقصان. وإذا جاز إبدال العربية بالعجمية، فلأن يجوز بالعربية أولى" (Tafsîr ul-Qurtubî, 1/412-413).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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