Le terme coranique "Fitna", pour "épreuve", "trouble" et "tentation" - La Fitna (au sens d'épreuve) est de 5 niveaux

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Voici le sens du terme Fitna :

Le terme Fitna veut dire :

au sens complet AB :

"mettre l'or dans le feu, afin de l'affiner : pour que l'or pur se distingue de ce qui était mêlé à lui" : "أصل الفتن: إدخال الذهب النار لتظهر جودته من رداءته" (Al-Muf'radât).

Ibn Taymiyya"والفتنة هي الامتحان والاختبار، كما قال موسى عليه السلام: {إن هي إلا فتنتك تضل بها من تشاء وتهدي من تشاء} .أي امتحانك واختبارك تضل بها من خالف الرسل وتهدي بها من اتبعهم. والفتنة للإنسان كفتنة الذهب إذا أدخل كير الامتحان، فإنها تميز جيده من رديئه. فالحق كالذهب الخالص: كلما امتحن، ازداد جودة. والباطل كالمغشوش المضيء: إذا امتحن، ظهر فساده" (Al-Jawâb us-sahîh, 1/20).

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Les deux composants (A & B) de ce sens originel (AB) ont ensuite été utilisés chacun de son côté :

--- sens partiel A) d'un côté nous avons le sens simple de : "éprouver, afin de faire apparaître ce qui est excellent, et ce qui ne l'est pas" : "وتارة في الاختبار" (Al-Muf'radât). C'est ce sens qui apparaît dans ce verset, où il est relaté ce que Dieu dit à Moïse (sur lui soit la paix) : "Et Nous t'avions fait Fitna [= éprouvé] d'épreuve" : "وَفَتَنَّاكَ فُتُونًا" (Coran 20/40) ; "أَحَسِبَ النَّاسُ أَن يُتْرَكُوا أَن يَقُولُوا آمَنَّا وَهُمْ لَا يُفْتَنُونَ وَلَقَدْ فَتَنَّا الَّذِينَ مِن قَبْلِهِمْ فَلَيَعْلَمَنَّ اللَّهُ الَّذِينَ صَدَقُوا وَلَيَعْلَمَنَّ الْكَاذِبِينَ" : "Les hommes ont-ils pensé qu'ils seront laissés à dire : "Nous avons foi" et ne seront pas mis à la Fitna [= l'épreuve] ? Certes Nous avions éprouvé ("Fitna") ceux qui étaient avant eux. [Nous les éprouverons donc eux aussi ;] alors Dieu saura assurément qui étaient véridiques, et Il saura assurément les menteurs" (Coran 29/2-3) ;

--- sens partiel B) de l'autre côté nous avons l'autre composant, à savoir le sens simple de : "placer quelque chose dans le feu" : "واستعمل في إدخال الإنسان النار" (Al-Muf'radât). "أي حرقوهم بالنار. والعرب تقول: "فتن فلان الدرهم والدينار" إذا أدخله الكور لينظر جودته. "ودينار مفتون". ويسمى الصائغ: "الفتان"، وكذلك الشيطان. و"ورق فتين": أي فضة محترقة. ويقال للحرة: "فتين"، أي كأنها أحرقت حجارتها بالنار، وذلك لسوادها" (Tafsîr ul-Qurtubî, 19/295). On retrouve cette utilisation dans l'utilisation que le verset suivant fait de ce terme : "Le jour où, sur le Feu ils seront Yuftan" : c'est-à-dire : "ils seront brûlés" : "يَسْأَلُونَ أَيَّانَ يَوْمُ الدِّينِ يَوْمَ هُمْ عَلَى النَّارِ يُفْتَنُونَ" (Coran 51/12-14) : "أي يحرقون" (Tafsîr ul-Qurtubî ; Tafsîr Ibn Kathîr).

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A partir du sens A ("éprouver") dérive le terme "Fitna" aux sens suivants (lesquels renvoient aux moyens par lesquels l'épreuve est menée) :

----- sens A.a) "la tentation se présentant à une personne, ou un groupe de personnes, et qui a pour effet de l(es) éprouver". Avec ce sens A.a, le terme "Fitna" est synonyme du terme "Balwâ". Ainsi, les choses qui ont été rendues désirées par les hommes et que Dieu a évoquées ainsi : "زُيِّنَ لِلنَّاسِ حُبُّ الشَّهَوَاتِ مِنَ النِّسَاء وَالْبَنِينَ وَالْقَنَاطِيرِ الْمُقَنطَرَةِ مِنَ الذَّهَبِ وَالْفِضَّةِ وَالْخَيْلِ الْمُسَوَّمَةِ وَالأَنْعَامِ وَالْحَرْثِ ذَلِكَ مَتَاعُ الْحَيَاةِ الدُّنْيَا وَاللّهُ عِندَهُ حُسْنُ الْمَآبِ" (Coran 3/14), "أي المشتهيات" (Tafsîr ul-Baydhâwî), dans un autre verset, parmi elles, les "biens matériels et enfants" ont été qualifiées de "Fitna" : "إِنَّمَا أَمْوَالُكُمْ وَأَوْلَادُكُمْ فِتْنَةٌ" (Coran 64/15) : ils engendrent de la tentation, pouvant retenir le croyant d'accomplir certaines actions de bien, ou pouvant l'amener à commettre certains actions interdites. C'est aussi avec ce sens de "mettre à la tentation par une chose attirante et désirable" que al-Jadd ibn Qays avait employé ce terme quand il avait dit ce qu'il a dit au Prophète, trouvant un prétexte pour ne pas se joindre à l'expédition de Tabûk : "Ne me soumets pas à la tentation par le fait de m'amener en un lieu où je verrai les belles femmes de Banu-l-Asfar" : "وَمِنْهُم مَّن يَقُولُ ائْذَن لِّي وَلاَ تَفْتِنِّي" (Coran 9/49) ("قال رسول الله صلى الله عليه وسلم ذات يوم وهو في جهازه للجد بن قيس أخي بني سلمة: "هل لك يا جد العام في جلاد بني الأصفر؟" فقال: "يا رسول الله، أو تأذن لي ولا تفتني؟ فوالله لقد عرف قومي ما رجل أشد عجبا بالنساء مني، وإني أخشى إن رأيت نساء بني الأصفر أن لا أصبر عنهن!" فأعرض عنه رسول الله صلى الله عليه وسلم وقال: "قد أذنت لك" (Tafsîr ut-Tabarî) ;

----- sens A.b) "le malheur frappant une personne, ou le bonheur la touchant ; le malheur comme le malheur constituent des épreuves pour l'homme : comment va-t-il réagir". Que le bonheur soit lui aussi un moyen de Fitna, on le retrouve dans ce verset : "ثُمَّ إِذَا خَوَّلْنَاهُ نِعْمَةً مِّنَّا قَالَ إِنَّمَا أُوتِيتُهُ عَلَى عِلْمٍ بَلْ هِيَ فِتْنَةٌ وَلَكِنَّ أَكْثَرَهُمْ لَا يَعْلَمُونَ" (Coran 39/49) ; au verset suivant, le terme "Fitna" est pourtant employé comme désignant "un malheur", en opposition au terme "khayr", pour "un bienfait" : "وَمِنَ النَّاسِ مَن يَعْبُدُ اللَّهَ عَلَى حَرْفٍ فَإِنْ أَصَابَهُ خَيْرٌ اطْمَأَنَّ بِهِ وَإِنْ أَصَابَتْهُ فِتْنَةٌ انقَلَبَ عَلَى وَجْهِهِ" (Coran 22/11). D'ailleurs, écrit al-Asfahânî, le terme Fitna est davantage utilisé pour le malheur que pour le bonheur (Al-Muf'radât). Avec ce sens A.b, le terme "Fitna" lorsqu'utilisé pour désigner le malheur, est synonyme de "Baliyya". Les malheurs qui sont purement temporels (Dunyawî), tels une famine généralisée, ou un massacre, etc., constituent aussi des épreuves sur le plan Dînî : les croyants qui sont frappés par ces malheurs vont-ils faire preuve de patience (Sab'r), et, alors : demeurer dans le Asl ud-Dîn, ou bien vont-ils le renier ? vont-ils demeurer dans le Kamâl ud-Dîn, ou commettre des actions interdites pour se sortir de ce malheur ?

-------- sens A.b') et, un peu plus particulier que ce sens A.b, est le sens qui dérive de lui : la Fitna est "le malheur qui frappe tout un groupe" (d'où les fameux chapitres des recueils de hadîths, intitulés : "Kitâb ul-Fitan" : "Les Malheurs qui vont atteindre collectivement la Umma Muslima") ;

-------- sens A.b.a) le sens suivant dérive du A.b : la Fitna est "la division apparaissant entre des personnes". Un verset dit, parlant des Hypocrites : "لَوْ خَرَجُواْ فِيكُم مَّا زَادُوكُمْ إِلاَّ خَبَالاً ولأَوْضَعُواْ خِلاَلَكُمْ يَبْغُونَكُمُ الْفِتْنَةَ" : "S'ils étaient sortis parmi vous, il ne vous auraient augmenté en en rien (mais ne vous auraient apporté que) du tort, et auraient circulé parmi vous cherchant à vous faire Fitna" (Coran 9/47) ; l'un des commentaires de ce terme est : "semer la division parmi vous""والثاني: تفريق الجماعة، وشتات الكلمة" (Zâd ul-massîr) ; "يريدون أن يفتنوكم بإيقاع الخلاف فيما بينكم أو الرعب في قلوبكم" (Tafsîr ul-Baydhâwî) ;

-------- sens A.b.b) le sens suivant dérive lui aussi du A.b : la Fitna est "le fait que des gens infligent des torts physiques, ou combattent, un groupe de personnes". Dans le verset suivant, qui, parlant d'Hypocrites, dit d'eux que "si (...) la Fitna leur est demandée, ils l'apporteront" , le terme "Fitna" peut désigner "le fait de combattre les musulmans" (Tafsîr Ibn 'Atiyya ; Tafsîr ul-Baydhâwî) : "وَلَوْ دُخِلَتْ عَلَيْهِم مِّنْ أَقْطَارِهَا ثُمَّ سُئِلُوا الْفِتْنَةَ لَآتَوْهَا وَمَا تَلَبَّثُوا بِهَا إِلَّا يَسِيرًا" (Coran 33/14). Cela peut également être le cas du verset suivant, qui, lui aussi, parle d'Hypocrites : la "Fitna" y désigne, d'après l'un des commentaires : "le fait de combattre les musulmans" : "سَتَجِدُونَ آخَرِينَ يُرِيدُونَ أَن يَأْمَنُوكُمْ وَيَأْمَنُواْ قَوْمَهُمْ كُلَّ مَا رُدُّوَاْ إِلَى الْفِتْنِةِ أُرْكِسُواْ فِيِهَا فَإِن لَّمْ يَعْتَزِلُوكُمْ وَيُلْقُواْ إِلَيْكُمُ السَّلَمَ وَيَكُفُّوَاْ أَيْدِيَهُمْ فَخُذُوهُمْ وَاقْتُلُوهُمْ حَيْثُ ثِقِفْتُمُوهُمْ" : "Chaque fois qu'ils sont ramenés à la Fitna, ils y sont refoulés" (Coran 4/91).

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Et à partir du sens B ("mettre dans le feu") dérive le terme "Fitna" au sens suivant :

----- sens B.a) "châtier" (même si ça n'est plus par le biais du feu). C'est le cas (d'après un commentaire) dans le verset suivant : "إِنَّ الَّذِينَ فَتَنُوا الْمُؤْمِنِينَ وَالْمُؤْمِنَاتِ ثُمَّ لَمْ يَتُوبُوا فَلَهُمْ عَذَابُ جَهَنَّمَ وَلَهُمْ عَذَابُ الْحَرِيقِ" : "Ceux qui font fitna des croyants et des croyantes, ensuite ne se repentent pas, pour eux il y aura le châtiment de la Géhenne et pour eux il y aura le châtiment du brasier" (Coran 85/10). C'est aussi le cas dans ce verset, qui dit de l'arbre du Zaqqûm, dans la Géhenne : "Nous avons fait de lui une Fitna [= un châtiment] pour les injustes" : "أَذَلِكَ خَيْرٌ نُّزُلًا أَمْ شَجَرَةُ الزَّقُّومِ إِنَّا جَعَلْنَاهَا فِتْنَةً لِّلظَّالِمِينَ إِنَّهَا شَجَرَةٌ تَخْرُجُ فِي أَصْلِ الْجَحِيمِ طَلْعُهَا كَأَنَّهُ رُؤُوسُ الشَّيَاطِينِ فَإِنَّهُمْ لَآكِلُونَ مِنْهَا فَمَالِؤُونَ مِنْهَا الْبُطُونَ" (Coran 37/62-66).

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A partir du sens A ("éprouver") dérive également le terme "Fitna" au sens suivant :

----- sens A.c) "être déviant par rapport à la droiture" (cela correspondant à une conséquence de l'épreuve, car consistant à : "avoir échoué à l'épreuve subie"). An-Nawawî écrit : "قال أهل اللغة: أصل الفتنة في كلام العرب: الابتلاء والامتحان والاختبار. قال القاضي: "ثم صارت في عرف الكلام لكل أمر كشفه الاختبار عن سوء". قال أبو زيد: ""فتن الرجل يفتن فتونا": إذا وقع في الفتنة وتحول من حال حسنة إلى سيئة" (Shar'h Muslim, 2/170-171).

Cependant, ce sens ("être égaré") peut très bien dériver plutôt du sens B ("placer dans le feu") : cela correspond alors à :

----- sens B.b) "la croyance ou l'action qui est la cause d'un séjour dans le feu de l'autre monde" : c'est ce qu'a écrit al-Asfahânî : "وتارة يسمون ما يحصل عنه العذاب فيستعمل فيه" (Al-Muf'radât).

En tous cas, ce sens d'"égarement" se retrouve dans le mot "futûn" tel qu'il a été employé dans le verset suivant : il y a le sens de : "junûn", "folie", parce que le fou est celui qui a un comportement et des propos déviants par rapport à la normalité : "Tu verras bientôt, et ils verront, lequel d'entre vous est fou" : "فَسَتُبْصِرُ وَيُبْصِرُونَ بِأَييِّكُمُ الْمَفْتُونُ إِنَّ رَبَّكَ هُوَ أَعْلَمُ بِمَن ضَلَّ عَن سَبِيلِهِ وَهُوَ أَعْلَمُ بِالْمُهْتَدِينَ" (Coran 68/5-7) : "بأيكم المفتون} مصدر كالمعقول، أي الفتون بمعنى الجنون" (Tafsîr ul-Jalâlayn) ; "والمفتون: المجنون الذي فتنه الشيطان" (Tafsîr ul-Qurtubî) ; "ومعنى المفتون ظاهر: أي الذي افتتن عن الحق وضل عنه" (Tafsîr Ibn Kathîr).

Ce sens d'"égarement" (cette fois dans la croyance ou dans l'action) est également celui du terme "Fitna" présent dans la phrase suivante, où Dieu répond à al-Jadd ibn Qays : "Ecoutez : dans la Fitna ils sont tombés" : "وَمِنْهُم مَّن يَقُولُ ائْذَن لِّي وَلاَ تَفْتِنِّي. أَلاَ فِي الْفِتْنَةِ سَقَطُواْ وَإِنَّ جَهَنَّمَ لَمُحِيطَةٌ بِالْكَافِرِينَ" (Coran 9/49) : "أي في الإثم والمعصية وقعوا. وهي النفاق والتخلف عن النبي صلى الله عليه وسلم" (Tafsîr ul-Qurtubî) ; "أي: إن كان إنما يخشى الفتنة من نساء بني الأصفر - وليس ذلك به -، فما سقط فيه من الفتنة بتخلفه عن رسول الله صلى الله عليه وسلم والرغبة بنفسه عن نفسه أعظم" (Tafsîr ut-Tabarî).

Par ailleurs, aux Hypocrites, le jour du jugement les Croyants diront : "Vous aviez (sur Terre) fait la Fitna de vos âmes""يَوْمَ يَقُولُ الْمُنَافِقُونَ وَالْمُنَافِقَاتُ لِلَّذِينَ آمَنُوا انظُرُونَا نَقْتَبِسْ مِن نُّورِكُمْ قِيلَ ارْجِعُوا وَرَاءكُمْ فَالْتَمِسُوا نُورًا فَضُرِبَ بَيْنَهُم بِسُورٍ لَّهُ بَابٌ بَاطِنُهُ فِيهِ الرَّحْمَةُ وَظَاهِرُهُ مِن قِبَلِهِ الْعَذَابُ يُنَادُونَهُمْ أَلَمْ نَكُن مَّعَكُمْ قَالُوا بَلَى وَلَكِنَّكُمْ فَتَنتُمْ أَنفُسَكُمْ وَتَرَبَّصْتُمْ وَارْتَبْتُمْ وَغَرَّتْكُمُ الْأَمَانِيُّ حَتَّى جَاء أَمْرُ اللَّهِ وَغَرَّكُم بِاللَّهِ الْغَرُورُ" (Coran 57/-13-14). Ici il s'agit apparemment du sens A.c ("vous vous êtes égarés") (c'est alors un isnâd haqîqî) ("فإذا خطرت في أنفسهم خواطر خير من إيمان ومحبة للمؤمنين، نقضوها بخواطر الكفر والبغضاء، وهذا من صنع أنفسهم؛ فإسناد الفتن إليهم إسناد حقيقي. وكذلك الحال في أعمالهم من صلاة وصدقة" : At-Tahrîr wa-t-tanwîr) ("ولكنكم فتنتم أنفسكم} أهلكتموها بالنفاق والكفر واستعملتموها في المعاصي والشهوات، وكلها فتنة" : Tafsîr ul-Baghawî). (Il se peut aussi que le lien existant ici entre le verbe "fatana" et le pronom "vous" désigne le fait d'avoir donné emprise à la Fitna externe à l'âme sur cette dernière : il y aurait alors un majâz 'aqlî, 'alâqa sababiyya.)

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Quant au verset suivant : "وَمَن يُرِدِ اللّهُ فِتْنَتَهُ فَلَن تَمْلِكَ لَهُ مِنَ اللّهِ شَيْئًا" : "Et celui dont Dieu veut la Fitna, tu ne seras maître de rien pour lui par rapport à Dieu" (Coran 5/41), le terme Fitna y a soit le sens B.a ("châtier"), soit le sens B.b / A.c ("égarer") : "أي ضلالته في الدنيا وعقوبته في الآخرة" (Tafsîr ul-Qurtubî).

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Par rapport à la Fitna au sens A, il y a 7 choses qui prennent place :

--- la Fitna au sens d'"action d'éprouver une personne" ;
--- le Fâtin : l'être qui exerce cette Fitna sur la personne à la fin de l'éprouver ;
--- le Maftûn : la personne sur qui cette Fitna est exercée ;
--- la Fitna au sens de "Maftûn bihî" : le moyen employé pour éprouver cette personne ;
--- le Maftûn fîh : est très proche du précédent : il s'agit de ce par rapport à quoi le moyen venant d'être évoqué agit ;
--- le Maftûn 'alayh : ce que la personne est invitée à se mettre à faire. Versus le Maftûn 'anh : ce que la personne est tentée d'abandonner (et sur quoi elle se trouvait jusqu'à présent).

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Qui est le Fâtin ?

Aux Niveaux : 1, 2, 3 et 4 (que nous verrons plus bas), dans l'absolu ainsi que dans l'immédiat, le Fâtin est Dieu.

Par contre, au niveau 5, le Fâtin n'est jamais Dieu dans l'immédiat, mais seulement une créature : soit un diable, soit un humain : ce sont ces deux créatures qui exercent volontairement une Fitna sur une personne. "مَا أَنتُمْ عَلَيْهِ بِفَاتِنِينَ" (Coran 37/162) ; "يَا بَنِي آدَمَ لاَ يَفْتِنَنَّكُمُ الشَّيْطَانُ كَمَا أَخْرَجَ أَبَوَيْكُم مِّنَ الْجَنَّةِ" (Coran 7/27).

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Qu'est-ce que le Maftûn 'alayh ?

--- i) soit l'abandon du Asl ud-Dîn (donc l'apostasie par abandon déclaré de l'islam) ;
--- ii) soit l'abandon de l'adhésion à un enseignement du Dîn (donc la prononciation d'une parole de kufr akbar) ;
--- iii) soit l'abandon du Kamâl ud-Dîn al-wâjib : le délaissement de quelque chose qui obligatoire, ou la commission de quelque chose qui est interdit.

Et qu'est-ce que le Maftûn 'anh (c'est le pendant du précédent, étant son exact inverse) ?

--- i') soit l'adhésion au Asl ud-Dîn ;
--- ii') soit l'adhésion (en croyance même) à un ou plusieurs enseignement(s) Dharûrî du Dîn (en croyance même) ;
--- iii') soit l'accomplissement de ce qui est obligatoire, ou la préservation de ce qui est interdit (ce qui relève du Kamâl ud-Dîn).

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Et qu'est donc le Maftûn bihî ?

--- a) soit l'idée d'être privé d'une chose qui est bénéfique et que l'on avait jusqu'alors (comme le fait de voir son argent et son gagne-pain chèrement acquis être saisis), ou l'idée de se voir infliger une chose nocive dont on était jusqu'alors épargné (comme le fait de recevoir des coups physiques, ou d'être dénigré dans toute la société). Et cette chose (bénéfique, ou au contraire nocive) est :
------- soit du degré dharûrî ;
------- soit du degré hâjî ;
------- soit du degré tahsînî ;

--- b) soit l'idée de recevoir une chose qui est bénéfique et que l'on n'avait jusqu'alors pas (comme une assistance financière), ou l'idée de se voir débarrassé d'une chose nocive qui nous touchait jusqu'alors (comme être soigné d'une maladie). Et cette chose (bénéfique, ou au contraire nocive) est :
------- soit du degré dharûrî ;
------- soit du degré hâjî ;
------- soit du degré tahsînî ;

--- c) soit le doute au sujet de la pertinence de la croyance, ou l'idée que la chose interdite est profitable (idée du genre de celle que Iblîs a dite à Adam et Eve au sujet de l'arbre défendu), ou que la chose obligatoire est nocive.
La créature ne reçoit ce moyen de Fitna c que de la part d'une autre créature (soit un diable, soit un humain), et jamais de Dieu.

Le fait d'être privé d'une chose dharûrî ou de se voir infliger quelque chose qui contredit ce qui est dharûrî, cela autorise le recours à certains cas du iii'.

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Enfin, qu'est-ce que le Maftûn fîh ?

On trouve cette particule après le terme "Fitna" dans le hadîth suivant : "فتنة الرجل في أهله وماله وولده وجاره، تكفرها الصلاة والصوم والصدقة والأمر والنهي" : "La Fitna que l'homme connaît par rapport à son épouse, son bien matériel, ses enfants et son voisin. Expient cela : la prière rituelle, le jeûne, l'aumône, le amr bi-l-ma'rûf et le nah'y 'an il-munkar" (al-Bukhârî 502, Muslim 144). Il s'agit des manquements que l'homme connaît dans son Dîn, par rapport à ces choses : "والمراد بالفتنة ما يعرض للإنسان مع من ذكر من البشر أو الالتهاء بهم أو أن يأتي لأجلهم بما لا يحل له أو يخل بما جب عليه. (...) وقال الزين بن المنير: الفتنة بالأهل تقع بالميل إليهن أو عليهن في القسمة والإيثار حتى في أولادهن ومن جهة التفريط في الحقوق الواجبة لهن وبالمال يقع الاشتغال به عن العبادة أو بحبسه عن إخراج حق الله والفتنة بالأولاد تقع بالميل الطبيعي إلى الولد وإيثاره على كل أحد والفتنة بالجار تقع بالحسد والمفاخرة والمزاحمة في الحقوق وإهمال التعاهد ثم قال وأسباب الفتنة بمن ذكر غير منحصرة فيما ذكرت من الأمثلة. (...) وقال بن أبي جمرة: "والضابط أن كل ما يشغل صاحبه عن الله فهو فتنة له (FB 6/740).

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Exemple de Maftûn 'alayh :

Le Maftûn 'alayh est, comme exposé plus haut : "ce à quoi la Fitna attire la personne".
Le Coran dit : "إِلَّا عِبَادَ اللَّهِ الْمُخْلَصِينَ فَإِنَّكُمْ وَمَا تَعْبُدُونَ مَا أَنتُمْ عَلَيْهِ بِفَاتِنِينَ إِلَّا مَنْ هُوَ صَالِ الْجَحِيمِ" : "Exceptés les serviteurs de Dieu choisis. Car vous et ce que vous adorez, vous ne (parviendrez) à faire tomber dans ce (Shirk billâh) : que celui qui (est prédestiné à) brûler dans l'(Enfer-)brasier" (Coran 37/160-163). Cette traduction a été écrite d'après l'une des possibilités (possibilité citée par az-Zamakhsharî) : le terme "fitna" veut dire "troubler", et, avec la particule "'alâ", les deux ont le sens de : "bâ'th 'alâ" : le pronom "hi" renvoie alors à "Shirk billâh".

Le Maftûn 'alayh est alors, ici : le fait de tomber dans le Shirk Akbar.
Le Maftûn bihî n'est pas évoqué, mais il est soit la menace de la mise au ban de la société, soit l'appel à renforcer l'affection entre les membres de la société (comme Abraham - sur lui soit la paix - l'avait dit à son peuple polythéiste : "وَقَالَ إِنَّمَا اتَّخَذْتُم مِّن دُونِ اللَّهِ أَوْثَانًا مَّوَدَّةَ بَيْنِكُمْ فِي الْحَيَاةِ الدُّنْيَا ثُمَّ يَوْمَ الْقِيَامَةِ يَكْفُرُ بَعْضُكُم بِبَعْضٍ وَيَلْعَنُ بَعْضُكُم بَعْضًا" : Coran 29/25).

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Exemple de Maftûn 'anh :

Le Maftûn 'anh est, rappelons-le : "ce qui, par le moyen de la Fitna, est mis en danger d'abandon".
Le Coran dit : "وَإِنْ كَادُوا لَيَفْتِنُونَكَ عَنِ الَّذِي أَوْحَيْنَا إِلَيْكَ" : "Peu s'en est fallu qu'ils te tentent par rapport à ce que Nous t'avons révélé" (Coran 17/73).

Le Maftûn 'anh est, ici (d'après un commentaire), le fait pour le Prophète de cesser la critique de la religion polythéiste des Quraysh (Tafsîr ur-Râzî).
Le Maftûn bihî était la promesse que ces polythéistes lui avaient faite de cesser alors de lui porter préjudice (Tafsîr ur-Râzî) (Zâd ul-massîr).

C'est la même chose que ce qui a été évoqué dans cet autre verset : "فَلَا تُطِعِ الْمُكَذِّبِينَ وَدُّوا لَوْ تُدْهِنُ فَيُدْهِنُونَ" (Coran 68/8-9) : "نهاه عن ممايلة المشركين، وكانوا يدعونه إلى أن يكف عنهم ليكفوا عنه. فبين الله تعالى أن مما يلتهم كفر. وقال تعالى: {ولولا أن ثبتناك لقد كدت تركن إليهم شيئا قليلا" (Tafsîr ul-Qurtubî).

Dieu avait ordonné au Prophète de lutter verbalement contre l'idolâtrie des Mecquois ; ses concitoyens mecquois lui avaient promis que s'il cessait (iii'), ils cesseraient toute inimitié à son égard ; cependant, du côté du Dîn, s'il l'avait fait, il se serait détourné de la mise en pratique de ce que Dieu lui a révélé. Or, étant prophète, tout ce qu'il fait ta'abbudan est considéré comme étant l'application d'un ordre de Dieu ; cela aurait revenu, de sa part, à "inventer au sujet de Dieu autre chose que (le devoir que Dieu lui a révélé) : l'autorisation de ne pas procéder à la critique de leur religion". En fait le prophète Muhammad (que Dieu le bénisse et le salue) avait le devoir non pas seulement de faire connaître à toute l'humanité le message avec lequel Dieu l'avait suscité, mais aussi de rendre la Kaaba au culte de l'Unique et de faire que le Hedjaz soit habité de monothéistes seulement : il fallait donc bien qu'il critique sans relâche le polythéisme de la majorité des membres de sa tribu, les Quraysh. Cependant, tout le monde dans sa Umma n'est pas dans une situation comparable à celle qui fut la sienne : lire notre article à ce sujet.

Il y a aussi cet autre verset : "وَاحْذَرْهُمْ أَن يَفْتِنُوكَ عَن بَعْضِ مَا أَنزَلَ اللّهُ إِلَيْكَ" : "Et préserve-toi d'eux : du fait qu'ils te détournent d'une partie de ce que Nous avons fait descendre vers toi" (Coran 5/49).

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La Fitna (au sens A) est de 5 Niveaux :

Niveau 1) Il y a la Fitna générale. En soi, la vie sur Terre comporte une "tension" naturelle entre Shahâda et Ghayb ; entre Hawâ et Qalb ; entre Nafs (personne) et Jamâ'a (groupe) ; c'est ce qui permet l'épreuve voulue par Dieu :

----- "إِنَّا جَعَلْنَا مَا عَلَى الْأَرْضِ زِينَةً لَّهَا لِنَبْلُوَهُمْ أَيُّهُمْ أَحْسَنُ عَمَلًا" : "Nous avons fait de ce qui est sur la Terre une parure pour elle, afin que Nous les mettions à l'épreuve : lequel d'entre eux est meilleur en action" (Coran 18/7).
----- "الَّذِي خَلَقَ الْمَوْتَ وَالْحَيَاةَ لِيَبْلُوَكُمْ أَيُّكُمْ أَحْسَنُ عَمَلًا" : "Celui qui a créé la mort et la vie afin qu'Il vous mette à l'épreuve : lequel d'entre vous est meilleur en action" (Coran 67/2).
----- "وَهُوَ الَّذِي خَلَق السَّمَاوَاتِ وَالأَرْضَ فِي سِتَّةِ أَيَّامٍ وَكَانَ عَرْشُهُ عَلَى الْمَاء لِيَبْلُوَكُمْ أَيُّكُمْ أَحْسَنُ عَمَلاً" : "Et Il est Celui qui a créé les cieux et la terre en six jours – alors que Son Trône était sur l'eau – afin qu'Il vous mette à l'épreuve : lequel d'entre vous est meilleur en action" (Coran 11/7).

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Niveau 2) Il y a ensuite la Fitna constituée des difficultés touchant tous les humains au cours de leur vie sur Terre (certains humains étant éprouvés par des difficultés plus grandes que certains autres), et par rapport auxquelles ce qui est requis de l'homme est qu'il fasse preuve de patience (sab'r) :

"وَنَبْلُوكُم بِالشَّرِّ وَالْخَيْرِ فِتْنَةً" : "Et Nous vous éprouvons de Fitna, par l'affliction et le bienfait" (Coran 21/35).
"وَلَنَبْلُوَنَّكُمْ بِشَيْءٍ مِّنَ الْخَوفِ وَالْجُوعِ وَنَقْصٍ مِّنَ الأَمَوَالِ وَالأنفُسِ وَالثَّمَرَاتِ وَبَشِّرِ الصَّابِرِينَ الَّذِينَ إِذَا أَصَابَتْهُم مُّصِيبَةٌ قَالُواْ إِنَّا لِلّهِ وَإِنَّا إِلَيْهِ رَاجِعونَ أُولَئِكَ عَلَيْهِمْ صَلَوَاتٌ مِّن رَّبِّهِمْ وَرَحْمَةٌ وَأُولَئِكَ هُمُ الْمُهْتَدُونَ"
: "Nous vous éprouverons assurément par quelque crainte, faim et diminution des biens, des personnes et des fruits. Et donne la bonne nouvelle à ceux qui sont patients, qui disent, lorsqu'un malheur les atteint : "Certes, nous sommes à Dieu et à Lui nous retournerons." Sur ceux-là sont les bénédictions venant de leur Seigneur ainsi qu'une miséricorde. Et ceux-là sont les bien-guidés" (Coran 2/155-157).
Cela constitue une épreuve : le Maftûn 'alayh est ici le fait de rester sur le Dîn. Le fait est que, suite à ce genre d'épreuves :
--- certains hommes, jusqu'alors croyants, en perdent Asl ud-Dîn (se révoltant contre Dieu) ;
--- d'autres, par manque de fermeté, abandonnent partiellement ou totalement la pratique du Kamâl ud-Dîn al-wâjib.

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Niveau 3) Il y a ensuite la Fitna induite par certains versets du Coran. Dieu éprouve ainsi les hommes, non plus au sujet de la Foi en Son Existence, Son Unicité et Sa Perfection, mais, cette fois, au sujet de la Foi en le Coran, et donc en la Voie qu'Il agrée (Asl ud-Dîn):

Dans mon article consacré à ce point sont exposés quelques passages coraniques de ce type.
Parmi lesquels le suivant : "وَمَا جَعَلْنَا أَصْحَابَ النَّارِ إِلَّا مَلَائِكَةً وَمَا جَعَلْنَا عِدَّتَهُمْ إِلَّا فِتْنَةً لِّلَّذِينَ كَفَرُوا؛ لِيَسْتَيْقِنَ الَّذِينَ أُوتُوا الْكِتَابَ وَيَزْدَادَ الَّذِينَ آمَنُوا إِيمَانًا، وَلَا يَرْتَابَ الَّذِينَ أُوتُوا الْكِتَابَ وَالْمُؤْمِنُونَ؛ وَلِيَقُولَ الَّذِينَ فِي قُلُوبِهِم مَّرَضٌ وَالْكَافِرُونَ مَاذَا أَرَادَ اللَّهُ بِهَذَا مَثَلًا. كَذَلِكَ يُضِلُّ اللَّهُ مَن يَشَاء وَيَهْدِي مَن يَشَاء. وَمَا يَعْلَمُ جُنُودَ رَبِّكَ إِلَّا هُوَ وَمَا هِيَ إِلَّا ذِكْرَى لِلْبَشَرِ" : "Et Nous n'avons assigné comme gardiens du Feu que des Anges. Et Nous n'avons fait de l'(énoncé de) leur nombre qu'une épreuve (Fitna) pour les incroyants ; afin que ceux à qui l'Ecriture a été donnée soient convaincus, et que ceux qui croient augmentent en foi, et que ceux à qui l'Ecriture a été donnée, et les Croyants, ne doutent pas ; et afin que ceux dont le cœur de qui il y a une maladie ainsi que les incroyants disent : "Qu'est-ce que Dieu aurait bien voulu dire par cela en tant qu'exemple ?" Ainsi Dieu égare-t-Il qui Il veut et guide-t-Il qui Il veut" (Coran 74/31).
Le Maftûn bihî est :
--- parfois la comparaison entre ce que le Coran dit et ce que le Réel (al-Wâqi') semble montrer ;
--- parfois encore la comparaison entre ce que le Coran dit et ce que le For Intérieur est tenté de penser (sur la base du Hawâ, ou de la 'Aql pure) ;
--- et parfois la comparaison entre ce que le Coran dit et ce que, sur le même sujet, une Ecriture précédente dit (telle qu'elle a été retransmise) (c'est le cas pour le "Hâmân" de l'époque de Moïse dans le Coran, ou la "Marie soeur de Aaron" de l'époque de Jésus dans le Coran).

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Niveau 4) Il y a la Fitna constituée par les malheurs touchant les croyants précisément. Le fait que l'Aide de Dieu ne se manifeste pas immédiatement en faveur des Croyants, cela fragilise parfois la foi de certains de ces Croyants, et induit en erreur certains Incroyants (lesquels croient que cela étaye que Dieu n'agrée pas le Dîn qu'ils rejetaient déjà) :

"أَمْ حَسِبْتُمْ أَن تَدْخُلُواْ الْجَنَّةَ وَلَمَّا يَأْتِكُم مَّثَلُ الَّذِينَ خَلَوْاْ مِن قَبْلِكُم مَّسَّتْهُمُ الْبَأْسَاء وَالضَّرَّاء وَزُلْزِلُواْ حَتَّى يَقُولَ الرَّسُولُ وَالَّذِينَ آمَنُواْ مَعَهُ مَتَى نَصْرُ اللّهِ أَلا إِنَّ نَصْرَ اللّهِ قَرِيبٌ""Ou bien aviez-vous pensé que vous entreriez au paradis alors que ne vous est pas encore venue chose semblable à (ce qui est venu aux) gens qui sont passés avant vous ? Le malheur et la difficulté les ont touchés, et ils ont été secoués, jusqu'à ce que le messager et ceux qui avaient apporté foi avec lui disent : "Quand viendra l'aide de Dieu ?" Ecoutez : vraiment l'aide de Dieu est proche" (Coran 2/214).
"أَحَسِبَ النَّاسُ أَن يُتْرَكُوا أَن يَقُولُوا آمَنَّا وَهُمْ لَا يُفْتَنُونَ وَلَقَدْ فَتَنَّا الَّذِينَ مِن قَبْلِهِمْ فَلَيَعْلَمَنَّ اللَّهُ الَّذِينَ صَدَقُوا وَلَيَعْلَمَنَّ الْكَاذِبِينَ" : "Les hommes ont-ils pensé qu'ils seront laissés à dire : "Nous avons foi" et ne seront pas mis à l'épreuve ? Certes Nous avions éprouvé ceux qui étaient avant eux. [Nous les éprouverons donc eux aussi ;] alors Dieu saura assurément qui étaient véridiques, et Il saura assurément les menteurs" (Coran 29/2-3).

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Niveau 5) Enfin, il y a la Fitna que les croyants subissent en provenance d'autres humains, ces derniers tentant de troubler les premiers par rapport au Asl ud-Dîn ou au Kamâl ud-Dîn al-wâjib (tentant de les faire abandonner cela).

Et cela :

----- 5.1) soit par le fait que ces incroyants cherchent à attirer les croyants à un autre Dîn que l'islam - et ce par le seul moyen de la promotion de leur Dîn, mais sans critiquer l'islam - (cette attirance se faisant par une invitation implicite ou explicite, cette invitation comportant toujours un gain : soit dans ce monde, soit dans l'autre).
Il est à noter que quelqu'un qui croit en la véracité d'un autre Dîn que l'islam, celui-là, c'est l'attraction que l'islam exerce sur les adeptes de son Dîn à lui qu'il voit comme une fitna (le tout étant la détermination de la vérité). Ainsi les Polythéistes des Quraysh employèrent-ils ce terme lorsqu'ils dirent à Ibn ud-Daghina qu'ils acceptaient la protection (dhimma) qu'il accordait à Abû Bakr, mais à condition que ce dernier ne récitait le Coran qu'à l'intérieur de sa demeure, et non pas de façon audible, car, dirent-ils : "nous craignons qu'il trouble (fitna) nos enfants et nos femmes" : "فأنفذت قريش جوار ابن الدغنة، وآمنوا أبا بكر، وقالوا لابن الدغنة: "مر أبا بكر، فليعبد ربه في داره، فليصل وليقرأ ما شاء؛ ولا يؤذينا بذلك، ولا يستعلن به. فإنا قد خشينا أن يفتن أبناءنا ونساءنا." قال ذلك ابن الدغنة لأبي بكر، فطفق أبو بكر يعبد ربه في داره، ولا يستعلن بالصلاة ولا القراءة في غير داره. ثم بدا لأبي بكر، فابتنى مسجدا بفناء داره وبرز. فكان يصلي فيه، ويقرأ القرآن. فيتقصف عليه نساء المشركين وأبناؤهم، يعجبون وينظرون إليه، وكان أبو بكر رجلا بكاء، لا يملك دمعه حين يقرأ القرآن. فأفزع ذلك أشراف قريش من المشركين، فأرسلوا إلى ابن الدغنة، فقدم عليهم، فقالوا له: "إنا كنا أجرنا أبا بكر على أن يعبد ربه في داره. وإنه جاوز ذلك، فابتنى مسجدا بفناء داره، وأعلن الصلاة والقراءة. وقد خشينا أن يفتن أبناءنا ونساءنا. فأته، فإن أحب أن يقتصر على أن يعبد ربه في داره فعل، وإن أبى إلا أن يعلن ذلك، فسله أن يرد إليك ذمتك، فإنا كرهنا أن نخفرك، ولسنا مقرين لأبي بكر الاستعلان" (al-Bukhârî, 2175).

----- 5.2) soit par le fait que ces incroyants soulèvent devant des croyants des objections d'ordre intellectuel ou moral au sujet de quelque chose du Dîn ul-islâm :
Au verset suivant, il est dit explicitement dit que des diables insufflent, dans le for intérieur de certains hommes, des paroles enjolivées, destinées à induire en erreur d'autres hommes, car contredisant certaines choses que le Coran dit : "وَكَذَلِكَ جَعَلْنَا لِكُلِّ نِبِيٍّ عَدُوًّا شَيَاطِينَ الإِنسِ وَالْجِنِّ يُوحِي بَعْضُهُمْ إِلَى بَعْضٍ زُخْرُفَ الْقَوْلِ غُرُورًا وَلَوْ شَاء رَبُّكَ مَا فَعَلُوهُ فَذَرْهُمْ وَمَا يَفْتَرُونَ وَلِتَصْغَى إِلَيْهِ أَفْئِدَةُ الَّذِينَ لاَ يُؤْمِنُونَ بِالآخِرَةِ وَلِيَرْضَوْهُ وَلِيَقْتَرِفُواْ مَا هُم مُّقْتَرِفُونَ. أَفَغَيْرَ اللّهِ أَبْتَغِي حَكَمًا وَهُوَ الَّذِي أَنَزَلَ إِلَيْكُمُ الْكِتَابَ مُفَصَّلاً. وَالَّذِينَ آتَيْنَاهُمُ الْكِتَابَ يَعْلَمُونَ أَنَّهُ مُنَزَّلٌ مِّن رَّبِّكَ بِالْحَقِّ فَلاَ تَكُونَنَّ مِنَ الْمُمْتَرِينَ. وَتَمَّتْ كَلِمَتُ رَبِّكَ صِدْقًا وَعَدْلاً لاَّ مُبَدِّلِ لِكَلِمَاتِهِ وَهُوَ السَّمِيعُ الْعَلِيمُ. وَإِن تُطِعْ أَكْثَرَ مَن فِي الأَرْضِ يُضِلُّوكَ عَن سَبِيلِ اللّهِ إِن يَتَّبِعُونَ إِلاَّ الظَّنَّ وَإِنْ هُمْ إِلاَّ يَخْرُصُونَ إِنَّ رَبَّكَ هُوَ أَعْلَمُ مَن يَضِلُّ عَن سَبِيلِهِ وَهُوَ أَعْلَمُ بِالْمُهْتَدِينَ" (Coran 6/112-117). Ces "paroles enjolivées" sont des argumentations conduisant au contraire de ce que le Coran ou la Sunna disent : "والزخرف هو الكلام المزين، كما يزين الشيء بالزخرف، وهو الذهب؛ وذلك غرور لأنه يغر المستمع، والشبهات المعارضة لما جاءت به الرسل هي كلام مزخرف يغر المستمع" (Dar' ut-ta'ârudh).
Le Coran dit que, à chaque contre-argumentation ainsi faite à l'époque de la révélation, Dieu apportera une réponse avec une argumentation meilleure, conduisant à la vérité : "Et ils ne t'apporteront pas de Mathal [erroné] sans que Nous t'apportions le vrai, et meilleur en explicitation" : "وَقَالَ الَّذِينَ كَفَرُوا لَوْلَا نُزِّلَ عَلَيْهِ الْقُرْآنُ جُمْلَةً وَاحِدَةً كَذَلِكَ لِنُثَبِّتَ بِهِ فُؤَادَكَ وَرَتَّلْنَاهُ تَرْتِيلًا وَلَا يَأْتُونَكَ بِمَثَلٍ إِلَّا جِئْنَاكَ بِالْحَقِّ وَأَحْسَنَ تَفْسِيرًا" (Coran 25/32-33) ; il s'agit d'analogies erronées. "وفيما جاء به بيان الحجة على بطلان كفر كل كافر، وبيان ذلك بقياس صحيح أحق وأحسن بيانا من مقاييس أولئك الكفار؛ كما قال تعالى: {ولا يأتونك بمثل إلا جئناك بالحق وأحسن تفسيرا}: أخبر سبحانه أن الكفار لا يأتونه بقياس عقلي لباطلهم إلا جاءه الله بالحق وجاءه من البيان والدليل وضرب المثل بما هو أحسن تفسيرا وكشفا وإيضاحا للحق من قياسهم" (MF 4/106). "وإن أحالوا معرفته على القياس العقلي، فإن وافق ما في القرآن، فهو حق؛ وإن خالفه، ففي القرآن بيان بطلانه بالأمثال المضروبة؛ كما قال تعالى: {ولا يأتونك بمثل إلا جئناك بالحق وأحسن تفسيرا} ففي القرآن الحق والقياس البين الذي يبين بطلان ما جاءوا به من القياس" (MF 4/115). "الذين يوحي بعضهم إلى بعض زخرف القول غرورا، إذا أظهروا من حججهم ما يحتجون به على دينهم المخالف لدين الرسول، ويموهون في ذلك بما يلفقونه من منقول ومعقول، كان ذلك من أسباب ظهور الإيمان الذي وعد بظهوره على الدين كله بالبيان والحجة والبرهان" (Al-Jawâb us-sahîh, 1/20) ; "وذلك أن الحق إذا جحد وعورض بالشبهات، أقام الله تعالى له مما يحق به الحق ويبطل به الباطل من الآيات البينات بما يظهره من أدلة الحق وبراهينه الواضحة، وفساد ما عارضه من الحجج الداحضة" (Ibid., 1/20) ;

----- 5.3) soit par le fait que ces incroyants persécutent physiquement les croyants, suspendant le fait de cesser ces persécutions à l'abandon du Asl ud-Dîn, ou du Kamâl ud-Dîn al-wâjib :
------- "Ceux qui font Fitna des croyants et des croyantes, ensuite ne se repentent pas, pour eux il y aura le châtiment de la Géhenne et pour eux il y aura le châtiment du brasier" : "إِنَّ الَّذِينَ فَتَنُوا الْمُؤْمِنِينَ وَالْمُؤْمِنَاتِ ثُمَّ لَمْ يَتُوبُوا فَلَهُمْ عَذَابُ جَهَنَّمَ وَلَهُمْ عَذَابُ الْحَرِيقِ" (Coran 85/10) (leur premier châtiment sera dû à leur Kufr Akbar, et le second pour le fait d'avoir fait fitna des croyants et croyantes). Az-Zamakhsharî fait valoir que : - soit cette phrase parle de l'événement particulier du passage qui la précède : la tragédie des Gens du fossé (apparemment des chrétiens purement monothéistes qui furent brûlés vifs) ; Fitna veut alors dire : brûler vifs (sens B) ; - soit cette phrase parle de ceux des incroyants qui font cela à des croyants, quels qu'ils soient : Fitna veut alors dire : persécuter physiquement (sens A.b.b). "ويجوز أن يريد بـ{الذين فتنوا}: أصحاب الأخدود خاصة، وبـ{الذين آمنوا}: المطروحين في الأخدود، ومعنى {فتنو}هم: عذبوهم بالنار وأحرقوهم (...). ويجوز أن يريد: {الذين فتنوا المؤمنين}: أي: بلوهم بالأذى على العموم، و{المؤمنين}: المفتونين" (Tafsîr uz-Zamakhsharî). Al-Gharnâtî pense cependant que la première de ces deux options n'est pas pertinente ("وينبغي أن لا يجوز هذا الذي جوزه، لأن في الآية: {ثم لم يتوبوا}، وأولئك المحرقون لم ينقل لنا أن أحدا منهم تاب" : Al-Bah'r ul-muhît, sourate al-Burûj) ; "ومنه: {ذوقوا فتنتكم} {إن الذين فتنوا المؤمنين والمؤمنات} أي: عذبوهم" : Ibid., sourate al-Baqara).
------- "Et combattez-les jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de "Fitna" et que le "Dîn" soit à Dieu" : "وَقَاتِلُوهُمْ حَتَّى لاَ تَكُونَ فِتْنَةٌ وَيَكُونَ الدِّينُ كُلُّهُ لِلّه" (Coran 2/191) (le verset 8/39 comporte les mêmes termes, sauf "كُلُّهُ") : ici, le terme "Fitna" désigne : "le fait de pousser des musulmans à apostasier, et ce par le fait de les torturer, de les persécuter, etc." : c'est l'interprétation que Abdullâh ibn Omar (que Dieu l'agrée) a donnée de ce verset : "قال: " فعلنا على عهد رسول الله صلى الله عليه وسلم وكان الإسلام قليلا، فكان الرجل يفتن في دينه: إما قتلوه، وإما يعذبونه. حتى كثر الإسلام فلم تكن فتنة" (al-Bukhârî, 4243, 4373). Il y a aussi ce propos de Aïcha (que Dieu l'agrée) : "عن عطاء بن أبي رباح، قال: زرت عائشة مع عبيد بن عمير الليثي، فسألناها عن الهجرة. فقالت: "لا هجرة اليوم. كان المؤمنون يفر أحدهم بدينه إلى الله تعالى وإلى رسوله صلى الله عليه وسلم، مخافة أن يفتن عليه. فأما اليوم فقد أظهر الله الإسلام" (al-Bukhârî, 3687, 4058).

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Deux versets où on trouve mention de la Fitna au sens A, du Niveau 2, ou du Niveau 4 :

Dieu dit : "Et Nous avons fait de certains d'entre vous une Fitna pour d'autres : faites-vous preuve de patience ? Et ton Pourvoyeur est Voyant" : "وَما أَرْسَلْنَا قَبْلَكَ مِنَ الْمُرْسَلِينَ إِلَّا إِنَّهُمْ لَيَأْكُلُونَ الطَّعَامَ وَيَمْشُونَ فِي الْأَسْوَاقِ وَجَعَلْنَا بَعْضَكُمْ لِبَعْضٍ فِتْنَةً أَتَصْبِرُونَ وَكَانَ رَبُّكَ بَصِيرًا" (Coran 25/20).

"Et ainsi avons-Nous mis certains dans la Fitna par le moyen d'autres, afin qu'ils disent : "Serait-ce ces gens-ci à qui Dieu a donné la Faveur (de croire) parmi nous ?"" : "وَلاَ تَطْرُدِ الَّذِينَ يَدْعُونَ رَبَّهُم بِالْغَدَاةِ وَالْعَشِيِّ يُرِيدُونَ وَجْهَهُ مَا عَلَيْكَ مِنْ حِسَابِهِم مِّن شَيْءٍ وَمَا مِنْ حِسَابِكَ عَلَيْهِم مِّن شَيْءٍ فَتَطْرُدَهُمْ فَتَكُونَ مِنَ الظَّالِمِينَ وَكَذَلِكَ فَتَنَّا بَعْضَهُم بِبَعْضٍ لِّيَقُولواْ أَهَؤُلاء مَنَّ اللّهُ عَلَيْهِم مِّن بَيْنِنَا أَلَيْسَ اللّهُ بِأَعْلَمَ بِالشَّاكِرِينَ وَإِذَا جَاءكَ الَّذِينَ يُؤْمِنُونَ بِآيَاتِنَا فَقُلْ سَلاَمٌ عَلَيْكُمْ كَتَبَ رَبُّكُمْ عَلَى نَفْسِهِ الرَّحْمَةَ أَنَّهُ مَن عَمِلَ مِنكُمْ سُوءًا بِجَهَالَةٍ ثُمَّ تَابَ مِن بَعْدِهِ وَأَصْلَحَ فَأَنَّهُ غَفُورٌ رَّحِيمٌ" (Coran 6/52-54).

Dans ces 2 versets...

--- D'après l'un des commentaires, le terme "Fitna" s'y trouvant se rapporte à une épreuve pour les croyants : face aux paroles dures qu'ils entendent de la part de certains incroyants, ces croyants doivent faire preuve de Sab'r et ne pas céder à ces provocations (Niveau 2).

--- D'après un second commentaire, le terme "Fitna" s'y trouvant se rapporte toujours à une épreuve pour les croyants : leur propre état de pauvreté conduit certains croyants à s'interroger quant à pourquoi Dieu ne leur rend pas la vie terrestre plus aisée, eux qui croient pourtant en Lui (Niveau 4).

--- D'après un troisième commentaire, le terme "Fitna" s'y trouvant se rapporte à une épreuve pour les incroyants : ce qu'ils constatent de pauvreté des croyants, et de réussite matérielle d'eux-mêmes, peut les amener à y voir une preuve supplémentaire de la vérité de leur Dîn à eux : "Si ces gens étaient sur la vérité, ils ne seraient pas dans cet état : Dieu les aiderait" (Niveau 4).

"قوله تعالى: {وجعلنا بعضكم لبعض فتنة} الفتنة: الابتلاء والاختبار. وفي معنى الكلام ثلاثة أقوال: أحدها: أنه افتتان الفقير بالغني، يقول: لو شاء لجعلني غنيا، والأعمى بالبصير، والسقيم بالصحيح، قاله الحسن. والثاني: ابتلاء الشريف بالوضيع، والعربي بالمولى، فاذا أراد الشريف أن يسلم فرأى الوضيع قد سبقه بالإسلام أنف فأقام على كفره، قاله ابن السائب. والثالث: أن المستهزئين من قريش كانوا إذا رأوا فقراء المؤمنين، قالوا: انظروا إلى أتباع محمد من موالينا ورذالتنا، قاله مقاتل. فعلى الأول: يكون الخطاب بقوله: {أتصبرون} لأهل البلاء. وعلى الثاني: للرؤساء، فيكون المعنى: أتصبرون على سبق الموالي والأتباع. وعلى الثالث: للفقراء والمعنى: أتصبرون على أذى الكفار واستهزائهم، فالمعنى: قد علمتم ما وعد الصابرون، وكان ربك بصيرا بمن يصبر وبمن يجزع" (Zâd ul-massîr).

"والإخبار عنه ب{فتنة} مجازي لأنه سبب الفتنة، وشمل أحد البعضين النبيء صلى الله عليه وسلم والمؤمنين معه، والبعض الآخر المشركين فكان حال الرسول فتنة للمشركين إذ زعموا أن حاله مناف للرسالة فلم يؤمنوا به وكان حال المؤمنين في ضعفهم فتنة للمشركين إذ ترفعوا عن الإيمان الذي يسويهم بهم، فقد كان أبو جهل والوليد بن المغيرة والعاصي بن وائل وأضرابهم يقولون: إن أسلمنا وقد أسلم قبلنا عمار بن ياسر وصهيب وبلال، ترفعوا علينا إدلالا بالسابقة" (At-Tahrîr wa-t-tanwîr).

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Deux autres versets où on trouve mention de la Fitna au sens A, du Niveau 4 (mais très accentué) ou du Niveau 5.3 :

– Dieu relate de Abraham et des croyants qui étaient avec lui L'invoquèrent en ces termes : "رَبَّنَا لَا تَجْعَلْنَا فِتْنَةً لِّلَّذِينَ كَفَرُوا وَاغْفِرْ لَنَا رَبَّنَا إِنَّكَ أَنتَ الْعَزِيزُ الْحَكِيمُ" : "Notre Pourvoyeur, ne fais pas de nous une Fitna pour ceux qui ne croient pas..." (Coran 60/5).

– Dieu relate que le peuple de Moïse, souffrant sous Pharaon, L'invoqua en ces termes : "Notre Pourvoyeur, ne fais pas de nous une Fitna pour ces gens injustes" : "وَقَالَ مُوسَى يَا قَوْمِ إِن كُنتُمْ آمَنتُم بِاللّهِ فَعَلَيْهِ تَوَكَّلُواْ إِن كُنتُم مُّسْلِمِينَ فَقَالُواْ عَلَى اللّهِ تَوَكَّلْنَا رَبَّنَا لاَ تَجْعَلْنَا فِتْنَةً لِّلْقَوْمِ الظَّالِمِينَ وَنَجِّنَا بِرَحْمَتِكَ مِنَ الْقَوْمِ الْكَافِرِينَ" (Coran 10/84-86).

Ici ils demandèrent de ne pas faire d'eux une Fitna pour Pharaon et les siens : au troisième commentaire sus-cité ; ou bien à un quatrième commentaire (que nous allons exposer ci-après).

En fait, en vertu des 2 versets cités précédemment, les croyants connaissent toujours un peu de Fitna.

Mais ce que ces croyants de leur époque demandèrent à Dieu, et qui est relaté d'eux dans ces 2 versets-ci, fut de ne pas connaître de Grande Fitna :
--- soit de ne pas subir une calamité telle que les incroyants, regardant leur état, en déduiraient que la vérité est de leur côté à eux (troisième commentaire) (ce qui correspond à la Fitna de Niveau 4) ;
--- soit de ne pas être totalement défaits par ces incroyants, de sorte que ces derniers puissent en déduire que la vérité est de leur côté à eux (un quatrième commentaire) (ce qui correspond à la Fitna de Niveau 4, ou de Niveau 5.3) ;
--- soit de ne pas être persécutés à un degré qu'ils ne pourraient pas le supporter et apostasieraient (un quatrième commentaire) (ce qui correspond à la Fitna de Niveau 5.3) (car l'apostasie face à des persécutions, cela arrive hélas, comme nous le verrons dans les 2 versets qui seront cités plus bas).

"رَبَّنا لاَ تَجْعَلْنا فِتْنَةً لِلَّذِينَ كَفَرُوا} بأن تسلطهم علينا فيفتنونا بعذاب لا نتحمله" (Tafsîr ul-Baydhâwî).

"وقال قتادة: لا تظهرهم علينا فيفتتنوا بذلك، يرون أنهم إنما ظهروا علينا لحق هم عليه. واختاره ابن جرير" (Tafsîr Ibn Kathîr).

"وفي قوله: {لا تجعلنا فتنة} ثلاثة أقوال: أحدها: لا تهلكنا بعذاب على أيدي قوم فرعون، ولا بعذاب من قبلك، فيقول قوم فرعون: لو كانوا على حق ما عذبوا ولا سلطنا عليهم. والثاني: لا تسلطهم علينا فيفتنونا. والقولان مرويان عن مجاهد. والثالث: لا تسلطهم علينا فيفتتنون بنا، لظنهم أنهم على حق، قاله أبو الضحى، وأبو مجلز" (Zâd ul-massîr).

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Deux autres versets où on trouve mention de la Fitna au sens A et du Niveau 5.3, c'est-à-dire avec le sens de "persécution que des hommes exercent sur des croyants" :

Il y a ce verset : "ثُمَّ إِنَّ رَبَّكَ لِلَّذِينَ هَاجَرُواْ مِن بَعْدِ مَا فُتِنُواْ ثُمَّ جَاهَدُواْ وَصَبَرُواْ إِنَّ رَبَّكَ مِن بَعْدِهَا لَغَفُورٌ رَّحِيمٌ" : "Et ceux qui, après avoir subi la Fitna, auront émigré ensuite auront lutté et auront fait preuve de patience, ton Pourvoyeur sera, après cette [action de leur part, en réponse à la fitna], Pardonnant, Miséricordieux" (Coran 16/110) :

--- ici, la Fitna "فُتِنُواْ" est la persécution que les musulmans avaient subie (Zâd ul-massîr, tome 4 p. 364).

--- Et "مِن بَعْدِهَا" évoque l'action que ces musulmans avaient faite en réaction à la Fitna subie : Dieu dit que, par la suite, après leur émigration, Il leur a pardonné cette action-là (laquelle constituait donc un interdit de leur part).

Cette action interdite, en réponse à la Fitna qu'ils subissaient, a consisté en :

------- le fait d'avoir (certes à cause d'une Fitna subie qui constituait un cas de contrainte avérécédé intérieurement et d'être tombés dans le kufr ush-shakk de cœur même (i ou ii) : après l'émigration, leur foi ayant augmenté, Dieu leur a pardonné ce kufr ush-shakk ;

------- ou le fait d'avoir, certes des lèvres seulement, prononcé la parole de kufr akbar, ou d'avoir fait un autre acte extérieur comparable (iii), mais de l'avoir fait pour faire cesser une Fitna qu'ils subissaient certes, mais qui n'était pas de niveau suffisant pour constituer un cas de contrainte reconnue pour pouvoir faire cette action (iii). Leur motivation peut avoir consisté :
---------- en le fait d'acquérir un avantage temporel (naf' dunyawî) ne relevant pas des choses dharûrî ;
---------- ou en le fait de repousser de leur personne un désagrément temporel (dharar dunyawî) ne constituant pas un cas de contrainte avéré.

En tous cas, Dieu dit ici que suite, après cela, à leur émigration, à leurs efforts et leur patience, Dieu a pardonné à ces gens cette action interdite qu'ils avaient faite ("فأخبر الله أنه غفر لهم ورحمهم. فعلم أن تلك الفتنة* كانت من ذنوبهم - وذلك إما لعدم الإكراه التامّ المبيح لكلمة الكفر، وإما لعدم الطمأنينة بالإيمان" : Al-Istiqâma, tome 2 p. 339) * وهي فعلتهم التي ارتكبوها بعد أن فُتِنوا.

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Il y a également ce passage : "وَمِنَ النَّاسِ مَن يَقُولُ آمَنَّا بِاللَّهِ فَإِذَا أُوذِيَ فِي اللَّهِ جَعَلَ فِتْنَةَ النَّاسِ كَعَذَابِ اللَّهِ وَلَئِن جَاء نَصْرٌ مِّن رَّبِّكَ لَيَقُولُنَّ إِنَّا كُنَّا مَعَكُمْ أَوَلَيْسَ اللَّهُ بِأَعْلَمَ بِمَا فِي صُدُورِ الْعَالَمِينَ وَلَيَعْلَمَنَّ اللَّهُ الَّذِينَ آمَنُوا وَلَيَعْلَمَنَّ الْمُنَافِقِينَ" : "Et parmi les hommes, il en est qui dit : "Nous croyons en Dieu", puis, lorsqu'il subit du tort pour la cause de Dieu, rend la Fitna (infligée par) des hommes comparable au châtiment (infligé) par Dieu, [cède devant ces hommes et quitte de cœur la foi] ! Et si une aide de ton Seigneur vient, ils diront assurément : "Nous étions avec vous !". Dieu n'est-Il pas le plus Savant de ce qu'il y a dans les poitrines des (hommes) des mondes ! Et Dieu saura assurément ceux qui ont apporté foi (réellement du cœur), et Il saura assurément les Hypocrites" (Coran 29/10-11).

Dans ce passage encore, la Fitna est la persécution physique que des hommes infligent aux croyants.

Ce passage parle de personnes qui avaient embrassé l'islam, mais ensuite, face à la persécution qu'ils ont subie à cause de cela, n'ont pas seulement dit avec les lèvres ce que leurs persécuteurs voulaient qu'ils disent, mais l'ont adopté de cœur même (i).

Ici, ce passage Coran 29/10-11 parle de personnes qui se convertissaient à l'islam de façon légère, avec une conviction qui était dès le départ hypocrite : si elles subissaient la Fitna en provenance d'incroyants, elles apostasiaient ; et si les croyants connaissaient une réussite temporelle, elles se revendiquaient comme faisant partie de leur communauté ; ce verset parle explicitement de "munâfiqîn" (les 11 premiers versets de cette sourate 29 sont de révélation post-hégirienne). Ce fut la persécution qu'ils subirent qui mit à nu la réalité de ce qui se trouvait dans leur poitrine. "قوله تعالى: {ومن الناس من يقول آمنا بالله} الآية: نزلت في المنافقين؛ كانوا يقولون {آمنا بالله}، {فإذا أوذي في الله جعل فتنة الناس} أي أذاهم {كعذاب الله} في الآخرة، فارتد عن إيمانه؛ وقيل: جزع من ذلك كما يجزع من عذاب الله ولا يصبر على الأذية في الله. {ولئن جاء} المؤمنين {نصر من ربك ليقولن} هؤلاء المرتدون {إنا كنا معكم} وهم كاذبون. فقال الله لهم: {أوليس الله بأعلم بما في صدور العالمين} يعني الله أعلم بما في صدورهم منهم بأنفسهم. وقال مجاهد: نزلت في ناس كانوا يؤمنون بألسنتهم، فإذا أصابهم بلاء من الله أو مصيبة في أنفسهم، افتتنوا" (Tafsîr ul-Qurtubî).

Tandis que le verset de Coran 16/110 (cité précédemment) parle pour sa part de personnes qui, lorsqu'elles se trouvaient à la Mecque, s'étaient converties à l'islam sincèrement, mais, face à la Fitna qu'ils avaient subie, avaient fait l'action interdite sus-citée ; par la suite elles avaient émigré à Médine, et avaient alors bénéficié du Pardon divin (ce verset ainsi que certains autres, à l'intérieur de cette sourate 16, sont eux aussi de révélation post-hégirienne).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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