Comment comprendre le passage du Coran qui dit, parlant d'Hypocrites : "S'ils se détournent, alors saisissez-les et tuez-les là où vous les trouvez" : "فَإِن تَوَلَّوْاْ فَخُذُوهُمْ وَاقْتُلُوهُمْ حَيْثُ وَجَدتُّمُوهُمْ" ? (Commentaire de Coran 4/88-91)

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Voici tout le passage :

"فَمَا لَكُمْ فِي الْمُنَافِقِينَ فِئَتَيْنِ وَاللّهُ أَرْكَسَهُم بِمَا كَسَبُواْ أَتُرِيدُونَ أَن تَهْدُواْ مَنْ أَضَلَّ اللّهُ وَمَن يُضْلِلِ اللّهُ فَلَن تَجِدَ لَهُ سَبِيلاً {4/88} وَدُّواْ لَوْ تَكْفُرُونَ كَمَا كَفَرُواْ فَتَكُونُونَ سَوَاء فَلاَ تَتَّخِذُواْ مِنْهُمْ أَوْلِيَاء حَتَّىَ يُهَاجِرُواْ فِي سَبِيلِ اللّهِ فَإِن تَوَلَّوْاْ فَخُذُوهُمْ وَاقْتُلُوهُمْ حَيْثُ وَجَدتُّمُوهُمْ وَلاَ تَتَّخِذُواْ مِنْهُمْ وَلِيًّا وَلاَ نَصِيرًا {4/89} إِلاَّ الَّذِينَ يَصِلُونَ إِلَىَ قَوْمٍ بَيْنَكُمْ وَبَيْنَهُم مِّيثَاقٌ أَوْ جَآؤُوكُمْ حَصِرَتْ صُدُورُهُمْ أَن يُقَاتِلُونَكُمْ أَوْ يُقَاتِلُواْ قَوْمَهُمْ وَلَوْ شَاء اللّهُ لَسَلَّطَهُمْ عَلَيْكُمْ فَلَقَاتَلُوكُمْ فَإِنِ اعْتَزَلُوكُمْ فَلَمْ يُقَاتِلُوكُمْ وَأَلْقَوْاْ إِلَيْكُمُ السَّلَمَ فَمَا جَعَلَ اللّهُ لَكُمْ عَلَيْهِمْ سَبِيلاً {4/90} سَتَجِدُونَ آخَرِينَ يُرِيدُونَ أَن يَأْمَنُوكُمْ وَيَأْمَنُواْ قَوْمَهُمْ كُلَّ مَا رُدُّوَاْ إِلَى الْفِتْنِةِ أُرْكِسُواْ فِيِهَا فَإِن لَّمْ يَعْتَزِلُوكُمْ وَيُلْقُواْ إِلَيْكُمُ السَّلَمَ وَيَكُفُّوَاْ أَيْدِيَهُمْ فَخُذُوهُمْ وَاقْتُلُوهُمْ حَيْثُ ثِقِفْتُمُوهُمْ وَأُوْلَئِكُمْ جَعَلْنَا لَكُمْ عَلَيْهِمْ سُلْطَانًا مُّبِينًا {4/91" :

"4/88) Qu'avez-vous à devenir deux factions au sujet de [ces] Hypocrites, alors que Dieu les a refoulés [dans la mécréance] pour ce qu'ils ont acquis. Voudriez-vous guider ceux que Dieu a égarés ? Et quiconque Dieu égare, tu ne trouveras pas pour lui de voie [pour être bien guidé].

4/89) (Ces hypocrites) aimeraient que vous deveniez mécréants comme eux le sont devenus, de sorte que vous soyez semblables. Ne prenez donc pas d'alliés parmi eux jusqu'à ce qu'ils émigrent dans le chemin de Dieu [et retournent donc à Médine]. (Mais) s'ils tournent le dos [par rapport à la reconversion à l'islam, et demeurent chez les gens en guerre, alors considérez-les eux aussi comme ennemis, et] saisissez-les et tuez-les là où vous les trouvez ; et ne prenez parmi eux ni allié ni secoureur.

4/90) Exception faite [par rapport à l'ordre de se saisir d'eux] de ceux [d'entre eux] qui se joindraient à un groupe entre vous et qui il y a un pacte, ou qui est venu à vous le cœur serré de vous combattre ou de combattre leur (propre) groupe [= les polythéistes]. Si Dieu l'avait voulu, Il aurait donné à ce [groupe] emprise sur vous, et il vous aurait alors combattus ; si donc [ce groupe] reste à l'écart de vous, ne vous combat pas et vous lance la paix, alors Dieu ne vous a pas donné de voie contre lui.

4/91) Vous trouverez d'autres (hommes) qui veulent avoir votre confiance et avoir la confiance de leur groupe. Chaque fois qu'ils sont ramenés [invités par des gens] à la Fitna, ils y sont refoulés [= ils tombent dans cette Fitna]. Si donc ils ne restent pas à l'écart de vous, ne vous lancent pas la paix et ne retiennent pas leurs mains, saisissez-les et tuez les là où vous les trouvez. Ceux-là, Nous vous avons donné contre eux un argument manifeste" (Coran 4/88-91).

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Commentaire succinct de ce passage :

Le verset 4/88 critique un groupe de gens, et dit aux musulmans qu'ils n'ont pas à douter du fait que ces gens-là sont devenus kâfir.

Au verset 4/89, il est dit de capturer ces gens-là et de les exécuter.

Sauf, dit le verset 4/90, si ce type de gens s'installent parmi des cités kâfir qui sont Dâr ul-'Ahd (ayant conclu un pacte de non-agression) ou qui sont Dâr ul-Hiyâd (neutres) : vu que ces groupes de kâfir-là, Dieu n'a pas autorisé aux musulmans de s'en prendre à eux, ceux des autres kâfir qui s'installent chez eux bénéficient de la même règle (qu'ils soient apostats, ou pas).

Cependant, dit le verset 4/91, il existe un autre groupe de gens, qui, eux aussi hypocrites, n'attendent au fond de leur cœur qu'une occasion pour vous attaquer. Aussi, tant qu'ils ne passent pas à l'acte, laissez-les tranquilles, mais s'ils vous attaquent, vous pouvez vous aussi vous en prendre à eux. 

Ce verset 4/91 dit ainsi de cet autre groupe que c'est seulement s'ils attaquent concrètement les musulmans que ceux-ci doivent s'en prendre à eux.

On en déduit que le verset 4/88 parlait pour sa part d'attaquer les gens y étant évoqués avant même qu'ils attaquent concrètement les musulmans. Pourquoi cela ?
Déjà quand il est dit ici de les tuer, cela ne signifie pas qu'il fallait s'en prendre à chacun d'eux spécifiquement, les pourchasser partout et les exterminer ; cela signifie seulement que, devenus Harbî et Muqâtil, ils ne bénéficiaient plus du caractère sacré par essence de la vie, dont l'humain (Muslim, ou Kâfir) bénéficie : eux, devenus Harbî et Muqâtil, n'étaient plus Harâm ud-Dam : leur vie n'était plus sacrée

Et ces gens ont cessé d'être Harâm ud-Dam (comme l'être humain l'est par essence) non pas par le seul fait d'avoir rejoint la Dâr ul-Harb (la cité en guerre contre Médine) (puisque le musulman qui se rend en Dâr ul-harb n'en devient pas Mubâh ud-Dam : Al-Hidâya 1/565, et que le Harbî qui se convertit à l'islam et demeure dans la Dâr ul-Harb n'en est lui non plus pas Mubâh ud-Dam : Ibid., 1/568 ; al-Jassâs écrit : "وأما قول الحسن بن صالح في أن المسلم إذا لحق بدار الحرب فهو مرتد، فإنه خلاف الكتاب والإجماع؛ لأن الله تعالى قال: {والذين آمنوا ولم يهاجروا ما لكم من ولايتهم من شيء حتى يهاجروا}: فجعلهم مؤمنين مع إقامتهم في دار الحرب بعد إسلامهم، وأوجب علينا نصرتهم بقوله: {وإن استنصروكم في الدين فعليكم النصر}. ولو كان ما قال صحيحا، لوجب أن لا يجوز للتجار دخول دار الحرب بأمان وأن يكونوا بذلك مرتدين، وليس هذا قول أحد" : Ahkâm ul-qur'ân, 3/219).

Les gens évoqués dans ce passage coranique sont devenus Mubâh ud-Dam par la somme des 2 faits de :
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a) avoir quitté la Dâr ul-islam (où ils se trouvaient) pour venir s'installer dans la Dâr ul-Harb
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b) y exprimer qu'ils étaient devenus Kâfir

Quant à la sanction pour apostasie seule (soit ce b), il semble qu'elle n'était pas encore en vigueur à l'époque de la révélation de ce passage coranique 4/88-91, vu que, plus tard encore, en dhu-l-qa'da de l'an 6, le Prophète (sur lui soit la paix) accepta que le pacte conclu entre les Mecquois et lui comporte également la clause exigée par ces Mecquois, et selon laquelle celui des Médinois qui voudrait apostasier et rejoindre la Mecque pourrait le faire et ne serait pas renvoyé à Médine, tandis que celui des Mecquois qui serait devenu musulman et voudrait rejoindre Médine devrait être renvoyé à La Mecque. Entendant cela, des Compagnons s'exclamèrent : "Messager de Dieu, nous écririons cela ?" Le Prophète expliqua ainsi son acceptation de la clause exigée par les Quraysh : "Oui. Celui qui nous aura quittés pour partir auprès d'eux, Dieu l'aura éloigné. Et celui qui aura cherché à nous rejoindre, Dieu créera pour lui une facilité et une sortie" : "عن أنس، أن قريشا صالحوا النبي صلى الله عليه وسلم فيهم سهيل بن عمرو، فقال النبي صلى الله عليه وسلم لعلي: اكتب: "بسم الله الرحمن الرحيم". قال سهيل: أما باسم الله، فما ندري ما "بسم الله الرحمن الرحيم"! ولكن اكتب ما نعرف: "باسمك اللهم". فقال: اكتب "من محمد رسول الله". قالوا: لو علمنا أنك رسول الله لاتبعناك، ولكن اكتب اسمك واسم أبيك. فقال النبي صلى الله عليه وسلم: اكتب: "من محمد بن عبد الله". فاشترطوا على النبي صلى الله عليه وسلم أنّ مَن جاء منكم لم نرده عليكم، ومَن جاءكم منا رددتموه علينا. فقالوا: يا رسول الله، أنكتب هذا؟ قال: نعم، إنه من ذهب منا إليهم فأبعده الله؛ ومن جاءنا منهم سيجعل الله له فرجا ومخرجا" (Muslim, n° 1784). (Quant à la relation parlant de l'existence d'une sanction à un cas d'apostasie en l'an 3 de l'hégire : d'après ash-Shawkânî ce récit n'est pas authentique : cf. Nayl ul-awtâr 8/9.) Si cela constituait une clause contredisant la Loi de Dieu révélée jusqu'à ce moment-là, le Prophète (sur lui soit la paix) ne l'aurait pas acceptée.
Par ailleurs, par ce traité conclu l'avant-dernier mois de l'an 6, la cité de La Mecque cessait d'être une Dâr ul-harb pour devenir elle aussi une Dâr ul-'ahd ; le fait de la rejoindre faisait alors bénéficier l'apostat de ce qui figure au verset 4/90 (et que nous détaillerons plus bas) : "إِلاَّ الَّذِينَ يَصِلُونَ إِلَىَ قَوْمٍ بَيْنَكُمْ وَبَيْنَهُم مِّيثَاقٌ" : "Exception faite [par rapport à l'ordre de se saisir d'eux] de ceux [d'entre eux] qui se joindraient à un groupe entre vous et qui il y a un pacte" (Coran 4/90). 
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En fait voici, exposée par Mujâhid ibn Jab'r, l'identité de ce groupe évoqué aux versets 4/88-89 :

"Il s'agit de personnes qui avaient quitté la Mecque et étaient venues à Médine, affirmant être des Muhâjir. Ensuite, après cela elles apostasièrent. Alors elles demandèrent l'autorisation au Prophète (que Dieu le rapproche et le salue) de pouvoir se rendre à La Mecque, afin d'en ramener des biens commerciaux qu'ils pourraient revendre. Or par la suite elles [ne revinrent pas et] s'installèrent à La Mecque. Les musulmans divergèrent alors à leur sujet : il y en avait qui disait : "C'étaient des Hypocrites" ; et il y en avait qui disait : "Ce sont des croyants". Dieu exposa alors qu'ils étaient des Hypocrites et fit descendre ce verset ; Il ordonna qu'ils soient tués" :
"أخرج عبد بن حميد عن مجاهد قال: هم قوم خرجوا من مكة حتى جاؤوا المدينة يزعمون أنهم مهاجرون، ثم ارتدوا بعد ذلك فاستأذنوا النبي صلى الله عليه وسلم إلى مكة ليأتوا ببضائع لهم يتجرون فيها؛ فاختلف فيه المسلمون فقائل يقول: هم منافقون، وقائل يقول: هم مؤمنون؛ فبين الله تعالى نفاقهم وأنزل هذه الآية وأمر بقتلهم" (
Rûh ul-ma'ânî, tome 3 p. 104 ; également cité dans Bayân ul-qur'ân) ;
"وقال مجاهد: هم قوم خرجوا إلى المدينة وأسلموا، ثم ارتدوا واستأذنوا رسول الله صلى الله عليه وسلم إلى مكة ليأتوا ببضائع لهم يتجرون فيها، فخرجوا وأقاموا بمكة؛ فاختلف المسلمون فيهم، فقائل يقول: هم منافقون، وقائل يقول: هم مؤمنون" (
Tafsîr ul-Baghawî) ;
"وقال الحسن ومجاهد: نزلت في قوم قدموا المدينة فأظهروا الإسلام، ثم رجعوا إلى مكة فأظهروا الشرك" (
Ahkâm ul-qur'ân, al-Jassâs, 3/187). 

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Voilà donc l'identité de ceux que les versets 4/88-89 évoquent de façon allusive en les termes suivants :

"Qu'avez-vous à devenir deux factions au sujet de [ces] Hypocrites, alors que Dieu les a refoulés [dans la mécréance] pour ce qu'ils ont acquis. (...). Ne prenez donc pas d'alliés parmi eux jusqu'à ce qu'ils émigrent dans le chemin de Dieu [et retournent donc à Médine]. (Mais) s'ils tournent le dos [par rapport à la reconversion à l'islam, et demeurent chez les gens en guerre, alors considérez-les eux aussi comme ennemis, et] saisissez-les et tuez-les où que vous les trouviez ; et ne prenez parmi eux ni allié ni secoureur" :
"فَمَا لَكُمْ فِي الْمُنَافِقِينَ فِئَتَيْنِ وَاللّهُ أَرْكَسَهُم بِمَا كَسَبُواْ أَتُرِيدُونَ أَن تَهْدُواْ مَنْ أَضَلَّ اللّهُ وَمَن يُضْلِلِ اللّهُ فَلَن تَجِدَ لَهُ سَبِيلاً وَدُّواْ لَوْ تَكْفُرُونَ كَمَا كَفَرُواْ فَتَكُونُونَ سَوَاء فَلاَ تَتَّخِذُواْ مِنْهُمْ أَوْلِيَاء حَتَّىَ يُهَاجِرُواْ فِي سَبِيلِ اللّهِ فَإِن تَوَلَّوْاْ فَخُذُوهُمْ وَاقْتُلُوهُمْ حَيْثُ وَجَدتُّمُوهُمْ وَلاَ تَتَّخِذُواْ مِنْهُمْ وَلِيًّا وَلاَ نَصِيرًا" (Coran 4/88-89).

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La même formule a été employée dans le passage Coran 2/190-193 : "وَقَاتِلُواْ فِي سَبِيلِ اللّهِ الَّذِينَ يُقَاتِلُونَكُمْ وَلاَ تَعْتَدُواْ إِنَّ اللّهَ لاَ يُحِبِّ الْمُعْتَدِينَ {2/190} وَاقْتُلُوهُمْ حَيْثُ ثَقِفْتُمُوهُمْ وَأَخْرِجُوهُم مِّنْ حَيْثُ أَخْرَجُوكُمْ وَالْفِتْنَةُ أَشَدُّ مِنَ الْقَتْلِ وَلاَ تُقَاتِلُوهُمْ عِندَ الْمَسْجِدِ الْحَرَامِ حَتَّى يُقَاتِلُوكُمْ فِيهِ فَإِن قَاتَلُوكُمْ فَاقْتُلُوهُمْ كَذَلِكَ جَزَاء الْكَافِرِينَ {2/191} فَإِنِ انتَهَوْاْ فَإِنَّ اللّهَ غَفُورٌ رَّحِيمٌ {2/192} وَقَاتِلُوهُمْ حَتَّى لاَ تَكُونَ فِتْنَةٌ وَيَكُونَ الدِّينُ لِلّهِ فَإِنِ انتَهَواْ فَلاَ عُدْوَانَ إِلاَّ عَلَى الظَّالِمِينَ {2/193" : "Et combattez dans le chemin de Dieu ceux qui vous combattent. Et ne transgressez pas, Dieu n'aime pas ceux qui transgressent. Et tuez-les là où vous les trouvez, et expulsez-les de là où ils vous ont expulsés. (...)" (Coran 2/190-193). Ce passage soit fait allusion aux combattants de la cité de La Mecque, soit est général mais concerne également ces combattants de La Mecque (lire l'article consacré au commentaire de ce passage 2/190-193) : eux aussi, devenus Harbî et Muqâtil, n'étaient plus Harâm ud-Dam (comme l'est l'être humain par essence).
C'est bien parce qu'ils n'étaient plus Harâm ud-Dam que le Prophète (que Dieu l'élève et le salue) s'attaquait parfois aux caravanes des Mecquois : "ولا تقاتلوهم عند المسجد الحرام حتى يقاتلوكم فيه فإن قاتلوكم فاقتلوهم كذلك جزاء الكافرين فإن انتهوا فإن الله غفور رحيم} (192): الجملة معطوفة على جملة {واقتلوهم حيث ثقفتموهم} التي أفادت الأمر بتتبع المقاتلين بالتقتيل حيثما حلوا سواء كانوا مشتبكين بقتال المسلمين أم كانوا في حالة تنقل أو تطلع أو نحو ذلك لأن أحوال المحارب لا تنضبط وليست في الوقت سعة للنظر في نواياه والتوسم في أغراضه، إذ قد يبادره إلى اغتيال عدوه في حال تردده وتفكره، فخص المكان الذي {عند المسجد الحرام} من عموم الأمكنة التي شملها قوله: {حيث ثقفتموهم" (At-Tahrîr wa-t-Tanwîr).
Mais c'est bien parce qu'ils n'étaient pas Wâjib ul-Qatl que, plus tard, lors de la Conquête de la Mecque, en l'an 8 de l'hégire, à tous les mecquois combattants l'amnistie fut accordée par le Prophète (sur lui soit la paix) (seules certaines personnes ayant été alors exécutées).

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Pour en revenir aux Hypocrites ayant apostasié et étant évoqués au passage coranique 4/88-90, le 1er cas où ils bénéficieraient de nouveau de la sécurité quant à leur vie serait celui où ils se seraient repentis de leur apostasie en revenant à l'islam.
Après cette reconversion, pour bénéficier de nouveau de la wilâya des musulmans, il leur faudrait émigrer de cette Dâr ul-Harb qu'était alors La Mecque et retourner à Médine
 : "فَلاَ تَتَّخِذُواْ مِنْهُمْ أَوْلِيَاء حَتَّىَ يُهَاجِرُواْ فِي سَبِيلِ اللّهِ" : "Ne prenez donc pas d'alliés parmi eux jusqu'à ce qu'ils émigrent dans le chemin de Dieu [et retournent donc à Médine]" (Coran 4/89).
Il faut ici distinguer deux choses :
--- qu'ils reviennent à l'islam : cela est suffisant pour leur accorder la protection de la vie, bien que vivant en Dâr ul-harb ;
--- qu'ils émigrent à Médine : cela entraînera qu'ils puissent bénéficier de la wilâya des musulmans : ici il s'agit du lien d'héritage, vu que, avant la conquête de La Mecque, le musulman n'ayant pas émigré de la Dâr ul-harb ne pouvait pas hériter de son parent ayant émigré dans la Dâr ul-islâm : "وقوله تعالى: {فلا تتخذوا منهم أولياء حتى يهاجروا في سبيل الله} يعني والله أعلم: حتى يسلموا ويهاجروا؛ لأن الهجرة بعد الإسلام، وأنهم وإن أسلموا لم تكن بيننا وبينهم موالاة إلا بعد الهجرة، وهو كقوله تعالى: {ما لكم من ولايتهم من شيء حتى يهاجروا}؛ وهذا في حال ما كانت الهجرة فرضا" (Ahkâm ul-qur'ân, al-Jassâs, 3/187).

Le second cas où il ne serait pas autorisé de s'en prendre à ce groupe d'Apostats est celui où ils auraient rejoint non pas la Dâr ul-harb mais une cité Dâr ul-'Ahd, ou bien une cité Dâr ul-Hiyâd : "إِلاَّ الَّذِينَ يَصِلُونَ إِلَىَ قَوْمٍ بَيْنَكُمْ وَبَيْنَهُم مِّيثَاقٌ أَوْ جَآؤُوكُمْ حَصِرَتْ صُدُورُهُمْ أَن يُقَاتِلُونَكُمْ أَوْ يُقَاتِلُواْ قَوْمَهُمْ" : "Exception [par rapport à l'ordre de se saisir d'eux] faite de ceux [d'entre eux] qui se joindraient à un groupe entre vous et qui il y a un pacte, ou qui est venu à vous le cœur serré de vous combattre ou de combattre leur (propre) groupe [= les polythéistes]" (Coran 4/90).
"قوله تعالى: {إلا الذين يصلون} هذا الاستثناء راجع إلى القتل، لا إلى الموالاة" (Zâd ul-massîr). "نهى الله سبحانه عن قتال هؤلاء المرتدين إذا اتصلوا بأهل عهد للمسلمين، لأن من انضم إلى قوم ذوي عهد فله حكمهم في حقن الدم" : "Dieu a interdit de combattre ces apostats s'ils rejoignent des gens ayant conclu un pacte avec les musulmans [de la Dâr ul-islâm], car celui qui se joint à des gens ayant un pacte bénéficie de la même règle qu'eux quant à la protection de la vie" (Tafsîr ul-Baghawî).
Ce verset peut donc être commenté ainsi
: "إِلاَّ الَّذِينَ يَصِلُونَ} من المرتدين {إِلَىَ قَوْمٍ} كفار {بَيْنَكُمْ وَبَيْنَهُم مِّيثَاقٌ أَوْ جَآؤُوكُمْ حَصِرَتْ صُدُورُهُمْ أَن يُقَاتِلُونَكُمْ أَوْ يُقَاتِلُواْ قَوْمَهُمْ}: لا تتعرضوا لمرتدين يكونون في هذه الحالة. {وَ}هذه نعمة من الله أن لم يسلط عليكم بعض الأقوام من الكفرة؛ فـ{لَوْ شَاء اللّهُ لَسَلَّطَهُمْ} أيضًا {عَلَيْكُمْ فَلَقَاتَلُوكُمْ. فَإِنِ} أي فما داموا على ميثاقهم أو حيادهم فَـ{اعْتَزَلُوكُمْ فَلَمْ يُقَاتِلُوكُمْ وَأَلْقَوْاْ إِلَيْكُمُ السَّلَمَ، فَمَا جَعَلَ اللّهُ لَكُمْ عَلَيْهِمْ سَبِيلاً".

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Dans ce passage coranique 4/88-91 : 

Il y a 4 types de cités qui sont évoqués :

--- 1) La Dâr ul-'Islâm ("l'Etat musulman") (en l'occurrence la cité de Médine) (ce n'est pas dans le texte coranique mais dans la circonstance de révélation qu'elle est citée explicitement ; dans le texte coranique, le pronom "vous" désigne : "les musulmans de Médine") ;
--- 2) la
Dâr ul-Harb ("la cité qui est en état de belligérance avec la Dâr ul-islâm") (en l'occurrence la cité de La Mecque) (ce n'est pas dans le texte coranique mais dans la circonstance de révélation qu'elle est citée explicitement) ;
--- 3) la
Dâr ul-'Ahd ("la cité qui a conclu un traité de paix avec la Dâr ul-islâm") (évoquée au verset 4/90 sous le nom de "قَوْمٍ بَيْنَكُمْ وَبَيْنَهُم مِّيثَاقٌ" : "un groupe entre vous et lequel il y a un pacte") ;
--- enfin, 4) la
Dâr ul-Hiyâd ("la cité neutre") (évoquée au verset 4/90 par les termes : "جَآؤُوكُمْ حَصِرَتْ صُدُورُهُمْ أَن يُقَاتِلُونَكُمْ أَوْ يُقَاتِلُواْ قَوْمَهُمْ" : "ou (un groupe) qui est venu à vous le cœur serré de vous combattre ou de combattre leur (propre) groupe [= les polythéistes]").

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Et il y a 3 cas de figure qui sont évoqués quant aux Hypocrites ayant exprimé leur Kufr (et ayant donc apostasié après avoir selon les apparences apporté Foi) :

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--- A) le cas des Hypocrites ayant quitté Médine pour apostasier et rejoindre volontairement et sans aucune justification la
Dâr ul-harb (2) et s'y installer, et devenir comme la plupart des Quraysh : polythéistes : ces gens-là sont cités aux versets 4/88-89 : "فَمَا لَكُمْ فِي الْمُنَافِقِينَ فِئَتَيْنِ وَاللّهُ أَرْكَسَهُم بِمَا كَسَبُواْ أَتُرِيدُونَ أَن تَهْدُواْ مَنْ أَضَلَّ اللّهُ وَمَن يُضْلِلِ اللّهُ فَلَن تَجِدَ لَهُ سَبِيلاً وَدُّواْ لَوْ تَكْفُرُونَ كَمَا كَفَرُواْ فَتَكُونُونَ سَوَاء فَلاَ تَتَّخِذُواْ مِنْهُمْ أَوْلِيَاء حَتَّىَ يُهَاجِرُواْ فِي سَبِيلِ اللّهِ فَإِن تَوَلَّوْاْ فَخُذُوهُمْ وَاقْتُلُوهُمْ حَيْثُ وَجَدتُّمُوهُمْ وَلاَ تَتَّخِذُواْ مِنْهُمْ وَلِيًّا وَلاَ نَصِيرًا" : "Qu'avez-vous à devenir deux factions au sujet de [ces] Hypocrites, alors que Dieu les a refoulés [dans la mécréance] pour ce qu'ils ont acquis. (...). Ne prenez donc pas d'alliés parmi eux jusqu'à ce qu'ils émigrent dans le chemin de Dieu. (Mais) s'ils tournent le dos [par rapport à la reconversion à l'islam, et demeurent chez les gens en guerre, alors considérez-les eux aussi comme ennemis, et] saisissez-les et tuez-les là où vous les trouvez ; et ne prenez parmi eux ni allié ni secoureur" (Coran 4/88-89) ; 
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--- B) le cas des Hypocrites qui apostasient mais rejoindraient la Dâr ul-'ahd (3) ou la Dâr ul-hiyâd (4), évoqués au verset 4/90 : "إِلاَّ الَّذِينَ يَصِلُونَ إِلَىَ قَوْمٍ بَيْنَكُمْ وَبَيْنَهُم مِّيثَاقٌ أَوْ جَآؤُوكُمْ" : "Exception faite de ceux qui se joignent à un groupe entre vous et lequel il y a un pacte, ou qui est venu à vous le cœur serré de vous combattre ou de combattre leur (propre) groupe" (Coran 4/90) ;
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--- C) le cas des Hypocrites (établis ailleurs qu'à Médine) dont il fallait observer ce qu'ils allaient faire : soit ils allaient rester neutres, soit ils allaient attaquer : dans le premier cas, les musulmans avaient l'interdiction de s'en prendre à eux ; dans le second, les musulmans devaient se défendre. Eux furent évoqués au verset 4/91 : "سَتَجِدُونَ آخَرِينَ يُرِيدُونَ أَن يَأْمَنُوكُمْ وَيَأْمَنُواْ قَوْمَهُمْ كُلَّ مَا رُدُّوَاْ إِلَى الْفِتْنِةِ أُرْكِسُواْ فِيِهَا فَإِن لَّمْ يَعْتَزِلُوكُمْ وَيُلْقُواْ إِلَيْكُمُ السَّلَمَ وَيَكُفُّوَاْ أَيْدِيَهُمْ فَخُذُوهُمْ وَاقْتُلُوهُمْ حَيْثُ ثِقِفْتُمُوهُمْ" : "Vous allez trouver d'autres (hommes) qui veulent avoir votre confiance et avoir la confiance de leur groupe. Chaque fois qu'ils sont ramenés à la
Fitna, ils y sont refoulés. Si donc ils ne restent pas à l'écart de vous, ne vous lancent pas la paix et ne retiennent pas leurs mains, saisissez-les et tuez les là où vous les trouvez. Ceux-là, Nous vous avons donné contre eux un argument manifeste" (Coran 4/91).

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Quelques commentaires relatifs à ce verset 4/91 : "سَتَجِدُونَ آخَرِينَ يُرِيدُونَ أَن يَأْمَنُوكُمْ وَيَأْمَنُواْ قَوْمَهُمْ كُلَّ مَا رُدُّوَاْ إِلَى الْفِتْنِةِ أُرْكِسُواْ فِيِهَا فَإِن لَّمْ يَعْتَزِلُوكُمْ وَيُلْقُواْ إِلَيْكُمُ السَّلَمَ وَيَكُفُّوَاْ أَيْدِيَهُمْ فَخُذُوهُمْ وَاقْتُلُوهُمْ حَيْثُ ثِقِفْتُمُوهُمْ" : "Vous allez trouver d'autres (hommes) qui veulent avoir votre confiance et avoir la confiance de leur groupe. Chaque fois qu'ils sont ramenés à la Fitna, ils y sont refoulés. Si donc ils ne restent pas à l'écart de vous, ne vous lancent pas la paix et ne retiennent pas leurs mains, saisissez-les et tuez les où que vous les trouviez. Ceux-là, Nous vous avons donné contre eux un argument manifeste" (Coran 4/88-91) : 

La Fitna dont il est question ici est, d'après l'un des deux commentaires : le fait de se mettre à combattre les musulmans.

"إلى الفتنة} أي الكفر {أركسوا فيها}. وقيل: أي ستجدون من يظهر لكم الصلح ليأمنوكم، وإذا سنحت لهم فتنة كان مع أهلها عليكم. ومعنى {أركسوا فيها} أي انتكسوا عن عهدهم الذين عاهدوا. وقيل: أي إذا دعوا إلى الشرك رجعوا وعادوا إليه" (Tafsîr ul-Qurtubî).
"كلما ردوا إلى الفتنة} أي دعوا إلى الشرك، كما روى عن السدي. وقيل: إلى قتال المسلمين. {أركسوا فيها} أي قلبوا فيها أقبح قلب وأشنعه" (Rûh ul-ma'ânî).

Et des gens des tribus Assad et Ghatafân étaient dans le cas décrit dans ce verset 4/91 : "قوله تعالى: {ستجدون آخرين}: قال الكلبي عن أبي صالح عن ابن عباس رضي الله عنهما: هم أسد وغطفان كانوا حاضري المدينة تكلموا بالإسلام رياء وهم غير مسلمين. وكان الرجل منهم يقول له قومه: "بماذا أسلمت؟" فيقول: "آمنت بهذا القرد وبهذا العقرب والخنفساء". وإذا لقوا أصحاب النبي صلى الله عليه وسلم قالوا: "إنا على دينكم". يريدون بذلك الأمن في الفريقين. وقال الضحاك عن ابن عباس: هم بنو عبد الدار وكانوا بهذه الصفة" (Tafsîr ul-Baghawî).

Le verset veut donc dire que ces hommes qui sont Hypocrites n'ont qu'une envie : se mettre à vous combattre dès qu'ils en auront la possibilité et que d'autres les inviteront à se joindre à eux pour le faire. Aussi, demeurez attentifs : s'ils ne vous combattent pas, ne vous en prenez pas à eux ; mais s'ils passent à l'offensive, combattez-les vous aussi.

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Quelques commentaires relatifs au verset 4/90 : "إِلاَّ الَّذِينَ يَصِلُونَ إِلَىَ قَوْمٍ بَيْنَكُمْ وَبَيْنَهُم مِّيثَاقٌ أَوْ جَآؤُوكُمْ حَصِرَتْ صُدُورُهُمْ أَن يُقَاتِلُونَكُمْ أَوْ يُقَاتِلُواْ قَوْمَهُمْ وَلَوْ شَاء اللّهُ لَسَلَّطَهُمْ عَلَيْكُمْ فَلَقَاتَلُوكُمْ فَإِنِ اعْتَزَلُوكُمْ فَلَمْ يُقَاتِلُوكُمْ وَأَلْقَوْاْ إِلَيْكُمُ السَّلَمَ فَمَا جَعَلَ اللّهُ لَكُمْ عَلَيْهِمْ سَبِيلاً" (Coran 4/90) : 

"قوله تعالى: {أو جاءوكم} فيه قولان: أحدهما: أن معناه: أو يصلون إلى قوم جاءوكم، قاله الزجاج في جماعة. والثاني: أنه يعود إلى المطلوبين للقتل؛ فتقديره: أو رجعوا فدخلوا فيكم؛ وهو بمعنى قول السدي" (Zâd ul-massîr). 
Certes, al-Qurtubî a retenu la seconde de ces deux interprétations, mais pour sa part a
l-Wâhidî en a retenu la première : "يعني: أو يتصلون بقوم جاؤوكم وقد ضاقت صدورهم بقتالكم وهم بنو مدلج كانوا صلحا للنبي صلى الله عليه وسلم" (Al-Wajîz). 
Al-Baghawî aussi a retenu la première interprétation : "وقوله: {أو جاؤكم} أي: يتصلون بقوم جاؤوكم حصرت صدورهم أي: ضاقت صدورهم؛ قرأ الحسن ويعقوب (حصرة) منصوبة منونة أي: ضيقة صدورهم، يعني القوم الذين جاؤوكم وهم بنو مدلج، كانوا عاهدوا أن لا يقاتلوا المسلمين وعاهدوا قريشا أن لا يقاتلوهم، حصرت: ضاقت صدورهم، أن يقاتلوكم أي: عن قتالكم للعهد الذي بينكم أو يقاتلوا قومهم، يعني: من أمن منهم، ويجوز أن يكون معناه أنهم لا يقاتلونكم مع قومهم ولا يقاتلون قومهم معكم، يعني قريشا قد ضاقت صدورهم لذلك، وقال بعضهم: أو بمعنى الواو، كأنه يقول: إلى قوم بينكم وبينهم ميثاق وجاؤوكم حصرت صدورهم، أو: قد حصرت صدورهم عن قتالكم والقتال معكم، وهم قوم هلال الأسلميون وبنو بكر" (Tafsîr ul-Baghawî).

"قوله تعالى: {ولو شاء الله لسلطهم عليكم فلقاتلوكم}، يذكر منته على المسلمين بكف بأس المعاهدين، يقول: إن ضيق صدورهم عن قتالكم لما ألقى الله في قلوبهم من الرعب وكفهم عن قتالكم، ولو شاء الله لسلطهم عليكم فلقاتلوكم مع قومهم، فإن اعتزلوكم أي: اعتزلوا قتالكم، فلم يقاتلوكم، ومن اتصل بهم، ويقال: يوم فتح مكة يقاتلوكم مع قومهم، وألقوا إليكم السلم، أي: الصلح فانقادوا واستسلموا فما جعل الله لكم عليهم سبيلا أي: طريقا بالقتل والقتال" (Tafsîr ul-Baghawî).

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Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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