Quand on prononce une Parole / on fait un Signe Gestuel / on fait certaines Actions / on arbore certains Objets : en tout cela, il y a : - ce dont le sens est extrêmement Clair (c'est telle chose, et rien d'autre) ; - ce qui est Clair (c'est tel de ses sens) ; - et ce dont le sens peut être telle chose ou bien telle autre chose (à probabilités égales) - الصريح والمحتمل

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I) L'homme emploie des mots pour communiquer. Mais quel est donc le sens de chaque mot qu'il emploie ?

- Il y a des termes que l'homme emploie dont le sens est évident : il s'agit du seul sens que l'usage a conféré à ce terme ;
- et puis il est d'autres termes ou d'autres formules dont le sens voulu n'est pas aussi évident, car plusieurs sens sont possibles :
--- soit un sens prédomine ;
--- soit il n'y a pas un sens qui prédomine.

Le sens voulu (murâd) est déterminé par :

--- 1) l'usage (ما وضع هذا اللفظ للدلالة عليه) ; c'est-à-dire qu'on retient de ce terme :
------ soit son sens originel (أصل الوضع) ;
------ soit le sens que l'usage général lui a conféré par la suite, déplaçant ainsi son sens (الوضع العرفي العام) ;
------ soit le sens qu'un usage particulier lui a conféré (il faut alors se référer à l'identité des locuteurs) ; il s'agit de :
--------- soit un usage régional (الوضع العرفي الخاصّ) ;
--------- soit l'usage islamique (الوضع الشرعيّ) : le terme "salât" n'a pas le même sens premier selon qu'il est employé par des arabes chrétiens, ou par des musulmans (vu que le Coran et la Sunna ont conféré un sens nuancé à ce terme) ;
--------- soit l'usage de la profession (الوضع الاصطلاحي) : le terme "opération" n'a pas le même sens premier selon qu'il est employé par un mathématicien, un chirurgien ou un trader.
At-Taftâzânî écrit ainsi : "والمراد بوضع اللفظ: تعيينه للمعنى بحيث يدل عليه من غير قرينة؛ أي يكون العلم بالتعيين كافيا في ذلك. فإن كان ذلك التعيين من جهة واضع اللغة فوضع لغوي، وإلا فإن كان من الشارع فوضع شرعي، وإلا فإن كان من قوم مخصوص كأهل الصناعات من العلماء وغيرهم فوضع عرفي خاص، ويسمى اصطلاحيا، وإلا فوضع عرفي عام. وقد غلب العرف عند الإطلاق على العرف العام. فالمعتبر في الحقيقة هو الوضع بشيء من الأوضاع المذكورة، وفي المجاز عدم الوضع في الجملة [اي عدم وضع اللفظ لهذا المعنى كمدلول أوّليّ]" (At-Talwîh, pp. 153-154) ;

--- 2) l'intention du locuteur :
------ 2.1) soit que le locuteur précise lui-même le sens qu'il dit avoir eu l'intention de signifier en prononçant ce terme (إبداء المتكلم ما قصده بهذا اللفظ) ;
------ 2.2) soit que la situation d'énonciation constitue un indice du, et est parfois présomption du, sens le locuteur a conféré à ce terme (دلالة الحال على ما قصده المتكلم بهذا اللفظ).

Le locuteur ne peut pas prétendre avoir eu l'intention de conférer n'importe quel sens de son choix à n'importe quel mot qu'il a déjà prononcé ou qu'il prononce.
En effet, déjà son choix ne peut se faire qu'à l'intérieur du champ sémantique que l'usage (الوضع) a conféré au mot en question. Ensuite, lorsque le terme possède un sens premier et un sens secondaire, la règle première est qu'on en retiendra le sens propre, sauf si
le locuteur prétend avoir eu l'intention d'en signifier le sens secondaire (ce qui sera accepté s'il n'y a pas un indice montrant que c'était bien le sens premier qu'il voulait signifier).

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II) Ce que nous venons de voir au sujet des mots, cela est également valable pour certains signes gestuels : quel est leur sens ?

Ainsi, qu'a voulu dire Untel par son geste d'avoir passé son index sur sa gorge, devant telle personne :
--- a-t-il adressé à cette personne une menace de mort (comme c'est le sens de ce geste en France) ?
--- ou bien lui a-t-il seulement signifié qu'il fait serment de ce qu'il vient de dire (comme c'est le cas par exemple aux Comores) ?

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III) Cela est également valable pour certaines actions que l'homme fait : quel est leur sens ?

Quel est par exemple le sens de la prosternation qu'Untel effectue devant quelqu'un :
--- est-ce systématiquement l'expression d'un culte qu'il lui rend ainsi ?
--- ou bien est-ce parfois l'expression d'un grand respect (comme ce fut le cas quand le prophète Jacob, son épouse et ses fils se prosternèrent devant Joseph, sur eux soit la paix) ?

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IV) Cela est encore valable pour certains objets que l'homme arbore : quel est donc leur sens ?

- Quel est le sens du crucifix que certains hommes et femmes portent au cou ?
- Quel est le sens du fait de cacher des œufs dans le jardin, au mois de Mars, tel qu'on le fait en Europe ? Et quel est le sens d'arborer un sapin dans son salon au mois de Décembre, tel qu'on le fait en Europe ?
- Et quel est le sens du foulard par lequel certaines femmes se recouvrent la chevelure ?

Quelqu'un peut-il porter / arborer l'un de ces objets en lui conférant un sens autre que :
--- celui qui est son sens d'origine ?
--- celui qui est son sens généralement admis actuellement dans la société ?

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I) Pour ce qui est des mots :

Le nom "Sarîh" signifie, chez les Ussûliyyûn hanafites, le terme/ la formule dont le sens voulu est clair pour celui qui l'entend (que ce soit un terme Haqîqa ou un terme Majâz).
Et c'est le nom "Kinâya" qui renvoie chez eux au terme / à la formule qui est sujet(te) à plusieurs interprétations possibles, et dont la probabilité qu'il /elle désigne tel sens et la probabilité qu'il / telle désigne tel autre sens sont égales.

Le 'âlim hanafite Sad'r ush-Sharî'a écrit ainsi : "ثم كل واحد من الحقيقة والمجاز، إن كان في نفسه بحيث لا يستتر المراد، فصريح؛ وإلا، فكناية" (At-Tawdhîh, pp. 158-159) (voir aussi Nûr ul-anwâr, p. 147).

Cependant, vu que ce terme "Kinâya" désigne, chez les spécialistes de la Rhétorique arabe, une tout autre chose, ci-après dans cet article, j'emploierai à sa place le terme : "Muhtamal".

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Lire tout d'abord notre article : Le déplacement (نقل) du sens du mot (sans modification de sa forme).
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Lire également notre autre article : Le terme "'Urf" / "Ma'rûf" désigne à la fois : "Ce qui est Bien", et : "Ce qui est d'usage /bienséant" - المعروف المعيّن بالشرع، والمعروف المفوَّض تفصيله إلى عادة الناس.

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----- Primo) Le terme Sarîh désigne le terme/ la formule dont le sens voulu est extrêmement clair pour celui qui l'entend.
Cela car le terme/ la formule ne possède en tout qu'un seul sens (il s'agit du mot de type A dans notre article suscité) ; ou bien n'est plus jamais utilisé dans son sens originel (Manqûl au degré de Mansî fi-l-ma'na-l-aslî : B.B.B.D).
Il s'agit alors d'un Sarîh de premier ordre.
C'est le cas de "ناك".

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----- Secundo) Le terme Sarîh désigne aussi le terme/ la formule dont le sens voulu est clair pour celui qui l'entend (que ce soit un terme Haqîqa ou un terme Majâz).
Cela car
le terme/ la formule possède un sens premier ainsi que un ou plusieurs sens secondaire(s) (reconnus dans l'Usage), mais la primauté du sens premier est forte ; ce qui est le cas :
------------ du terme utilisé pour désigner son sens premier, lequel est demeuré son sens originel (B.B.A) ;
------------ et du terme qui est Manqûl au degré de Mat'rûk fi-l-ma'na-l-aslî / Haqîqa mahjûra (B.B.B.C) ; c'est le cas de "صلاة" : "salât" ; c'est aussi le cas de : "حلف (لا يضع قدمه في دار فلان: حنث بدخولها مطلقا) ولو حافيا أو راكبا، لما تقرر أن الحقيقة متى كانت متعذرة أو مهجورة صير إلى المجاز؛ حتى لو اضطجع ووضع قدميه لم يحنث" (Ad-Durr ul-mukhtâr) (Muntakhab al-Hussâmî, p. 16) ; c'est aussi le cas des formules que l'on trouve dans les hadîths telles que : "تربت يداك" ; "رغم أنف فلان" ; "عقرى حلقى" ; "ويحك" ; etc.
Il s'agit d'un Sarîh de second ordre. Il faut alors qu'il y ait un indice (qarîna) empêchant d'en comprendre le sens propre pour qu'on puisse avoir recours au sens figuré.
Comme nous l'avions vu plus haut : المراد بوضع اللفظ: تعيينه للمعنى بحيث يدل عليه من غير قرينة؛ أي يكون العلم بالتعيين كافيا في ذلك. فإن كان ذلك التعيين من جهة واضع اللغة فوضع لغوي، وإلا فإن كان من الشارع فوضع شرعي، وإلا فإن كان من قوم مخصوص كأهل الصناعات من العلماء وغيرهم فوضع عرفي خاص، ويسمى اصطلاحيا، وإلا فوضع عرفي عام. وقد غلب العرف عند الإطلاق على العرف العام. فالمعتبر في الحقيقة هو الوضع بشيء من الأوضاع المذكورة، وفي المجاز عدم الوضع في الجملة [اي عدم وضع اللفظ لهذا المعنى كمدلول أوّليّ]" (At-Talwîh, pp. 153-154). De plus : أما المنقول فمنه ما غلب في معنى مجازي للموضوع الأول، حتى هجر الأول [اي المعنى الأول كمدلول أوّليّ]. وهو حقيقة في الأول مجاز في الثاني من حيث اللغة؛ وبالعكس} أي حقيقة في الثاني مجاز في الأول {من حيث الناقل، وهو إما الشرع أو العرف أو الاصطلاح" (At-Tawdhîh, pp. 155-156).

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----- Tertio) Pour ce qui est du Majâz muta'âraf (dans l'Usage le terme est plus utilisé pour désigner ce qui en est le sens figuré : al-ma'na-l-majâzî : muta'âraf : B.B.B.B) : il relève lui aussi du Sarîh (cela est affirmé in Muntakhab al-Hussâmî, p. 19), car la primauté d'un sens sur l'autre est forte.
Il s'agit de nouveau d'un Sarîh de second ordre.
Le fait qu'il relève du Sarîh, cela est particulièrement vérifié chez Abû Yûssuf et Muhammad ibn ul-Hassan, qui sont d'avis que l'on en retiendra le sens figuré, car c'est le sens dominant dans l'Usage : "والمجاز الغالب الاستعمال: صريح" (At-Tawdhîh, pp. 158-159) (voir aussi Nûr ul-anwâr, p. 147).
Voici 2 exemples de Majâz Muta'âraf : Celui qui a fait serment qu'il ne boirait plus de tel fleuve :
--- son serment sera-t-il rompu seulement s'il boit en mettant la bouche directement dans le fleuve ?
--- ou bien également s'il boit l'eau de ce fleuve qui a été versée dans un verre ?
"قال: "ومن حلف لا يشرب من دجلة فشرب منها بإناء لم يحنث؛ حتى يكرع منها كرعا عند أبي حنيفة رحمه الله". وقالا: إذا شرب منها بإناء يحنث، لأنه المتعارف المفهوم. وله أن كلمة من للتبعيض وحقيقته في الكرع وهي مستعملة ولهذا يحنث بالكرع إجماعا، فمنعت المسير إلى المجاز وإن كان متعارفا" (Al-Hidâya, 1/471).
Mêmes questions par rapport à celui qui a fait serment qu'il ne mangera plus de ce blé :
--- son serment sera-t-il rompu seulement s'il mange des grains de blé après les avoir fait griller ?
--- ou bien également s'il mange le pain fabriqué à partir de ce blé ?
" ومن حلف لا يأكل من هذه الحنطة لم يحنث حتى يقضمها؛ ولو أكل من خبزها، لم يحنث عند أبي حنيفة رحمه الله؛ وقالا: إن أكل من خبزها حنث أيضا" لأنه مفهوم منه عرفا. ولأبي حنيفة رحمه الله أن له حقيقة مستعملة فإنها تقلى وتغلى وتؤكل قضما وهي قاضية على المجاز المتعارف على ما هو الأصل عنده. ولو قضمها حنث عندهما - هو الصحيح - لعموم المجاز؛ كما إذا حلف لا يضع قدمه في دار فلان؛ وإليه الإشارة بقوله في الخبز: "حنث أيضا" (Ibid. 1/469). ("حلف (لا يضع قدمه في دار فلان حنث بدخولها مطلقا) ولو حافيا أو راكبا لما تقرر أن الحقيقة متى كانت متعذرة أو مهجورة صير إلى المجاز، حتى لو اضطجع ووضع قدميه لم يحنث" : Ad-Durr ul-mukhtâr.)

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----- Quarto) Et que dire du terme possédant un sens propre et un sens figuré, étant davantage utilisé en son sens propre qu'en son sens figuré, mais ayant été employé en son sens figuré, cependant qu'il existe dans la phrase un indice (qarîna lafziyya) montrant que ce n'est pas le sens propre qui est voulu : un tel terme sera-t-il appelé Sarîh, ou Muhtamal ?
C'est le cas du terme "cristaux" / "bouteilles" dans le hadîth : "عن أنس بن مالك رضي الله عنه، قال: أتى النبي صلى الله عليه وسلم على بعض نسائه ومعهن أم سليم، فقال: "ويحك يا أنجشة، رويدك سوقا بالقوارير." قال أبو قلابة: "فتكلم النبي صلى الله عليه وسلم بكلمة لو تكلم بها بعضكم لعبتموها عليه، قوله: سوقك بالقوارير" : "Attention, Anjasha. Doucement, ta conduite des cristaux" (al-Bukhârî, 5797, Muslim, 2323).
Je penche vers le fait qu'il s'agit d'un Sarîh de second ordre.

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----- Ces deux cas évoqués en Tertio et Quarto sont des Sarîh de second ordre parce que le sens Voulu en est clair. Et si l'interlocuteur n'a pas eu connaissance du sens (auparavant secondaire) que l'Usage a donné à ce terme (en Tertio), ou n'a pas relevé l'Indice montrant qu'il s'agit d'en comprendre le sens figuré (en Quarto), c'est son manquement à lui, mais cela n'enlève rien au caractère en soi Sarîh du terme ou de la formule : "يعني أن الصريح والكناية أيضا من أقسام الحقيقة والمجاز، وليست الأربعة أقساما متباينة. أما عند علماء الأصول فلأن الصريح ما انكشف المراد منه في نفسه أي بالنظر إلى كونه لفظا مستعملا؛ والكناية ما استتر المراد منه في نفسه؛ سواء كان المراد فيهما معنى حقيقة أو معنى مجازيا. واحترز بقوله "في نفسه" عن استتار المراد في الصريح بواسطة غرابة اللفظ أو ذهول السامع عن الوضع أو عن القرينة أو نحو ذلك، وعن انكشاف المراد في الكناية بواسطة التفسير والبيان. فمثل المفسر والمحكم داخل في الصريح؛ ومثل المشكل والمجمل في الكناية" (At-Talwîh, p. 158).
Al-Jurjânî définit le Sarîh ainsi : "الصريح: اسم الكلام مكشوف المراد منه بسبب كثرة الاستعمال، حقيقة كان أو مجازًا. وبالقيد الأخير خرج أقسام البيان، مثل: بعت واشتريت. وحكمه: ثبوت موجبه من غير حاجة إلى النية" (At-Ta'rîfât).

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----- Quinto) Quant au terme Muhtamal, c'est le terme / la formule qui est sujet à plusieurs interprétations possibles, et dont la probabilité qu'il désigne tel sens et la probabilité qu'il désigne tel autre sens sont égales ; ce qui est le cas :
------------ du Mushtarak (B.A) ; c'est le cas du terme "قَرْء", présent dans le Coran ;
------------ et du terme / de la formule qui présente deux possibilités égales quant à son sens (B.B.B.A) ("وغير الغالب: كناية" : At-Tawdhîh, pp. 158-159). Par exemple : "الحقي بأهلك" ; cette formule a été employée en son sens littéral ("Rejoins ta famille") par Ka'b ibn Mâlik : "فقال: إن رسول الله صلى الله عليه وسلم يأمرك أن تعتزل امرأتك، فقلت: أطلقها، أم ماذا أفعل؟ قال: لا، بل اعتزلها ولا تقربها. وأرسل إلى صاحبي مثل ذلك. فقلت لامرأتي: الحقي بأهلك، فتكوني عندهم، حتى يقضي الله في هذا الأمر" (al-Bukhârî, 4156), mais en son sens kinâ'ï ("Nous sommes maintenant divorcés") par le prophète Ismaël (que la paix soit sur lui) : "ذاك أبي، وقد أمرني أن أفارقك، الحقي بأهلك" (al-Bukhârî, 3184) et par le prophète Muhammad (sur lui soit la paix) : "عن عائشة، رضي الله عنها: أن ابنة الجون لما أدخلت على رسول الله صلى الله عليه وسلم ودنا منها، قالت: أعوذ بالله منك. فقال لها: "لقد عذت بعظيم، الحقي بأهلك" (al-Bukhârî, 4955). Cette formule est appelé "kinâya" d'après l'acception évoquée ici, celle des spécialistes du fiqh - car pouvant signifier deux choses différentes -, mais aussi d'après celle des spécialistes de la rhétorique : "nul besoin d'avoir recours à ce que certains ulémas hanafites ont cru devoir élaborer d'explication sur le sujet", affirme Sadr ush-Sharî'a : At-Tawdhîh, pp. 262-263).

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----- Une précision par rapport au Sarîh) Il arrive parfois qu'un terme possède un sens propre et un sens figuré, et dont c'est le sens propre qui est toujours le sens dominant. Or, dans l'utilisation que le locuteur en fait, il n'y a pas d'indice amenant à en comprendre le sens figuré. Cela en fait donc un Sarîh, comme nous l'avons vu plus haut en Secundo.
Mais, vu que l'interlocuteur a exceptionnellement besoin d'être certain que le locuteur a bel et bien voulu en signifier le sens propre, et a besoin de bannir toute éventualité de signification du sens figuré, cet interlocuteur est amené à s'assurer du sens en employant un autre terme, du genre évoqué en Primo, pour sa part beaucoup plus Sarîh dans le sens.
On le voit dans le récit suivant, avec le Prophète (sur lui soit la paix) :
"عن أبي هريرة، أنه قال: أتى رجل من المسلمين رسول الله صلى الله عليه وسلم وهو في المسجد، فناداه، فقال: "يا رسول الله، إني زنيت" فأعرض عنه. فتنحى تلقاء وجهه، فقال له: "يا رسول الله، إني زنيت" فأعرض عنه" (Muslim, 1691 ; voir aussi al-Bukhârî 4970). "عن ابن عباس رضي الله عنهما، قال: لما أتى ماعز بن مالك النبي صلى الله عليه وسلم قال له: "لعلك قبلت، أو غمزت، أو نظرت!" قال: لا يا رسول الله. قال: "أنكتها؟" لا يكني" (al-Bukhârî 6438) ; "فقال أنكتها لا يكني بفتح التحتانية وسكون الكاف من الكناية أي أنه ذكر هذا اللفظ صريحا ولم يكن عنه بلفظ آخر كالجماع" (Fat'h ul-bârî, tome 12).
C'est pourquoi j'ai proposé les appellations :
--- "Sarîh de premier ordre",
--- et "Sarîh de second ordre".

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Que comprendre d'un terme / d'une formule Sarîh, et d'un terme ou formule Muhtamal ?

"الصريح لا يحتاج إلى النية، والكناية تحتاج إليها" (At-Tawdhîh, p. 261).

"فالصريح لا يحتاج إلى النية؛ يعني أن الحكم الشرعي يتعلق بنفس الكلام، أراده أو لم يرده؛ حتى لو أراد أن يقول: "سبحان الله" فجرى على لسانه "أنت طالق" أو "أنت حر"، يقع الطلاق أو العتاق؛ نعم لو أراد في "أنت طالق" رفع حقيقة القيد يصدق ديانة لا قضاء.
والكناية تحتاج إلى النية أو ما يقوم مقامها من دلالة الحال ليزول ما فيها من استتار المراد والتردد فيه"
(At-Talwîh, p. 261).

----- Le terme Sarîh de premier ordre ayant été prononcé induit son sens unique.

----- Et qu'en est-il des termes "Sarîh de second ordre" : ceux qui possèdent un sens premier et un sens secondaire ?
C
'est le sens premier qui sera retenu, sans besoin aucun de demander au locuteur ce qu'il voulait en signifier (sauf indice détournant le terme de ce sens premier). C'est-à-dire qu'en soi il désigne le sens premier qu'il a, et ce sans besoin que le locuteur précise l'intention qu'il avait, ni qu'on vérifie si un indice détournant le sens du mot n'était pas présent.
La règle de base est donc que ce mot indique son sens premier. Mais si le locuteur certifie qu'il a utilisé ce terme dans son sens secondaire (sens présent dans l'usage, mais connu comme étant secondaire) : le mot revêt alors son sens secondaire (sauf si un indice est présent qui montre que le locuteur avait bien voulu en signifier le sens premier).

----- C'est l'Usage général qui détermine si tel sens, autre que le sens premier, est possible, ou pas.

----- Ensuite, parfois c'est l'identité du locuteur et de l'interlocuteur qui constitue un indice déterminant quel est le sens premier et quel est le sens second du terme ayant été employé. Cela est vrai pour les termes de type B.B.B.C, tels que le terme "Salât". En effet :
--- ce terme possède, à l'origine en langue arabe, pour sens premier (et donc pour sens propre), celui de "Du'â" (simple prière) ;
--- or, dans l'usage du Dîn ul-islâm, son sens propre y est : "prière rituelle" (At-Talwîh, p. 156), et le sens de "simple prière" est devenu son sens figuré. Ce terme est donc un Manqûl Shar'î. Et quand ce sont deux musulmans qui conversent, ce terme "Salât" est haqîqa lorsqu'il signifie : "prière rituelle", et est majâz lorsqu'il signifie : "simple prière".
"وأما المنقول فمنه ما غلب في [ما كان] معنى مجازي للموضوع الأول، حتى هجر [المعنى] الأول. وهو حقيقة في الأول مجاز في الثاني من حيث اللغة؛ وبالعكس) أي حقيقة في الثاني مجاز في الأول (من حيث الناقل، وهو إما الشرع أو العرف أو الاصطلاح" (At-Tawdhîh, pp. 155-156).

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----- Par contre, du terme Muhtamal qu'un locuteur a prononcé, il faudra, avant même d'attribuer à ce terme tel sens plutôt que tel autre sens, vérifier l'intention du locuteur  :
--------- soit le locuteur exprime (par un indice présent durant sa locution, ou par un propos clair, ultérieur à la locution) quelle signification il lui avait conférée,
--------- soit la situation d'énonciation est l'indice (دلالة الحال) déterminant la signification du terme.

On voit que ce qui est à prendre en considération pour déterminer ce que sont le sens premier et le sens second d'un terme, c'est l'ensemble des 2 choses suivantes :
--- primo le moment où la conversation se fait (cela car l'Usage Général modifie, dans le temps, le sens de certains termes) ;
--- secundo la terminologie que les deux interlocuteurs partagent (cela car les terminologies confèrent des sens différents au même terme : le terme
"opération" n'a pas le même sens chez les mathématiciens que chez les chirurgiens).

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II) Pour ce qui est des Signes Gestuels :

Al-Bukhârî écrit : "باب الإشارة في الطلاق والأمور" (Al-Jâmi' us-Sahîh, Kitâb ut-talâq).
Et, sous ce titre, il a placé de nombreux hadîths où on voit le Prophète (sur lui soit la paix) faire comprendre quelque chose par un simple geste de sa part.

Il y a par ailleurs le fait de répondre à la salutation rituelle de quelqu'un ("As-salâmu 'alaykum") pendant qu'on accomplit la prière rituelle :
--- la lui rendre verbalement (I), cela est interdit ;
--- la lui rendre par signe, par un bref geste (II), cela est soit recommandé (école shafi'ite), soit autorisé (malikites et hanbalites), soit déconseillé mais n'annulant pas la prière rituelle (hanafites).

Il faut également rappeler que certains Gestes ont des sens différents, selon l'Usage régional.

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III) Pour ce qui est de certaines Actions, dont le Sens varie :

Prenons le fait pour un musulman de se prosterner devant la statue de :
--- un être
auquel personne ne rend le culte : un roi, ou un personnage respecté : si ce musulman affirme qu'il a donné à sa prosternation le sens de "respect" et pas celui de "culte", il sera cru ; car d'une part que ce sens est reconnu à cette action (d'après certains ulémas), et d'autre part cet homme a exprimé le sens qu'il lui avait donné : sa prosternation est, même alors, interdite, mais ne sera pas considérée comme étant un acte de culte, donc de shirk billâh ;
--- Par contre, le fait de se prosterner devant la statue d'un être auquel des gens rendent le culte sera considéré comme étant du culte, même si le musulman prétend qu'il a seulement voulu lui témoigner du respect. Cela est mazinna de ce sens de culte.
Cheikh al-Barâk affirme : "سئل الشيخ عبد الرحمن البراك: هل السجود لصنم زعيم من الزعماء، أو رجل من الكبراء، أو السجود للوثن يأتي فيه التفصيل؛ بأنه إن كان سجود عبادة فكفر وشرك، وإن كان للتحية والتعظيم فحرام؟ أم هو كفر مخرج من الملة، أي شرك أكبر؟
الجواب: الحمد لله. من سجد لصنمِ ما يُعبد من دون الله، من غير إكراه، فهو مشرك بالله، وإن زعم أنه لم يقصد السجود له بقلبه، فإن الحكم على الظواهر. ومن سجد لتمثال ملك من الملوك وزعم أنه يسجد تحية له لأنه عظيم، فهذا السجود معصية، لأنه وسيلة إلى الشرك الأكبر؛ إلا إن كان هذا المعظم من رؤوس الكفر والملاحدة فإن السجود له كفر، لأن ذلك يتضمن تعظيمه والرضا بما هو عليه" (fin de citation)

Prenons maintenant le fait de sacrifier un animal :
--- il y a celui qui le sacrifie en prononçant le nom de Dieu, pour se rapprocher de Lui  ;
--- il y a celui qui le sacrifie en prononçant le nom d'un être autre que Dieu, en tant qu'offrande pour se rapprocher de cet être-là : celui-là se trouve dans le cas évoqué dans cette parole coranique : "وَمَا أُهِلَّ بِهِ لِغَيْرِ اللّهِ" (Coran 2/173 ; Coran 5/3 ; Coran 16/115) ("أَوْ فِسْقًا أُهِلَّ لِغَيْرِ اللّهِ بِهِ" : Coran 6/145) ;
--- et il y a celui qui le sacrifie sans prononcer de nom, mais devant le symbole érigé d'un être (forcément autre que Dieu) : celui-là tombe sous le coup de cette autre parole coranique : "وَمَا ذُبِحَ عَلَى النُّصُبِ" (Coran 5/3 : dans le passage, ont bien été distingués : "وَمَا أُهِلَّ لِغَيْرِ اللّهِ بِهِ وَالْمُنْخَنِقَةُ وَالْمَوْقُوذَةُ وَالْمُتَرَدِّيَةُ وَالنَّطِيحَةُ وَمَا أَكَلَ السَّبُعُ إِلاَّ مَا ذَكَّيْتُمْ وَمَا ذُبِحَ عَلَى النُّصُبِ") : cet animal est alors considéré comme "sacrifié pour autre que Dieu" : on le sait par la Dalâlat ul-hâl (cf. Bayân ul-qur'ân) ;
--- quant à celui qui le sacrifie en prononçant le nom de Dieu, mais dans un lieu où un tel symbole était présent dans le passé, celui-là est dans le tashabbuh madhmûm : le hadîth suivant le concerne : "عن ثابت بن الضحاك قال: نذر رجل على عهد رسول الله صلى الله عليه وسلم أن ينحر إبلا ببوانة فأتى النبي صلى الله عليه وسلم، فقال: إني نذرت أن أنحر إبلا ببوانة. فقال النبي صلى الله عليه وسلم: "هل كان فيها وثن من أوثان الجاهلية يعبد؟" قالوا: لا. قال: "هل كان فيها عيد من أعيادهم؟" قالوا: لا. قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "أوف بنذرك. فإنه لا وفاء لنذر في معصية الله، ولا فيما لا يملك ابن آدم" (Abû Dâoûd, 3313). "ويستفاد من الحديث: أنه لا يذبح بمكان يذبح فيه لغير الله، وهو ما ساقه المؤلف من أجله، والحكمة من ذلك ما يلي: الأول: أنه يؤدي إلى التشبه بالكفار. الثاني: أنه يؤدي إلى الاغترار بهذا الفعل، لأن من رآك تذبح بمكان يذبح فيه المشركون ظن أن فعل المشركين جائز. الثالث: أن هؤلاء المشركين سوف يقوون على فعلهم إذا رأوا من يفعل مثلهم" (Al-Qawl ul-mufîd).

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IV) Pour ce qui est des objets :

Il y a l'objet qui a été façonné avec tel sens précis. Ainsi en est-il du crucifix porté dans le cou : c'est le signe que son porteur est chrétien.

Et puis il y a l'objet qui, de façon courante, est utilisé sans qu'il ait un sens particulier, mais qui, à tel moment précis de l'année, revêt bel et bien un sens particulier. Ainsi en est-il de l'œuf caché et/ou exposé au printemps de chaque année : l'œuf symbolise la naissance, la vie, comme une allégorie à la renaissance de la nature au printemps. Il devient alors le symbole de la fête du printemps. En Allemagne, c'est un lapin, symbole pour sa part d'une déesse.
Même si la plupart des gens n'ont plus conscience aujourd'hui du sens de ces objets exposés lors de l'arrivée du printemps, leur sens originel ne s'est pas trouvé perdu (ce n'est pas un Manqûl).
Dès lors, exposer cet objet pendant cette période précisément constitue un indice par situation (دلالة الحال) que l'objet revêt tel sens. Par contre, l'exposer tout le temps ou le reste du temps ne lui confère pas ce sens.
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Wallâhu A'lam
(Dieu sait mieux).

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