Les différents sens de la prosternation devant quelque chose - Pourquoi le besoin d'une Qibla pour se prosterner devant Dieu ? - لما ذا قِبْلَةٌ لِلّه ؟

De la différence existant entre : "Adresser une prosternation à un être" (ci-après : "A.1"), et "Se prosterner en étant face à quelque chose" (ci-après : "A.2" ou "B")...

Par rapport à ce qui se trouve face au prosternant (as-sâjid) et à son intention vis-à-vis de cela, on peut classifier la prosternation en 4 types :

Le fait est que :
B) soit ce n'est absolument pas cette chose qui est devant soi ou même qu'on a placée devant soi (tawajjuh) qu'on vise (qasd) ;
A) soit c'est cette chose qui est devant soi ou qu'on a placée devant soi qu'on vise (qasd).

A) Si on vise (qasd) cette chose présente devant soi, alors :
--- A.2) soit cette prosternation est adressée (tawjîh us-sujûd) non pas à cette chose elle-même mais à un être dont des chose n'est que la qibla  ;
--- A.1) soit cette prosternation est adressée (tawjîh us-sujûd) à cette chose elle-même.

--- A.1) Si la prosternation est adressée (tawjîh us-sujûd) à cette chose, alors :
----- A.1.2) soit il s'agit d'une prosternation d'hommage ;
----- A.1.1) soit il s'agit d'une prosternation d'adoration.

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Voici donc les 4 cas de prosternations :

–--- A.1.1) la prosternation d'adoration, adressée à quelqu'un : : elle ne doit être adressée qu'à Dieu, et, de tous temps, tous les prophètes de Dieu ont invité à la réserver à Dieu Seul ;
–--- A.1.2) la prosternation d'hommage, adressée à quelqu'un : elle était autorisée dans la Shar' de certains prophètes antérieurs ; c'est cette prosternation que Jacob a faite devant son fils Joseph (sur eux soit la paix) ; c'est aussi ce type de prosternation qu'il a été demandé aux Anges de faire face à Adam ;

A.2) la prosternation faite face à la Kaaba : celle-ci n'est "visée" qu'en tant que Qiblat-ullâh, afin d'adresser la prosternation à Dieu ;

B) la prosternation faite face à une sut'ra : celle-ci n'est alors même pas visée par la prosternation, elle est seulement placée devant celui qui se prosterne afin de constituer une sorte de "barrière" entre le prieur et ce qui se trouve au-delà.

Certains ulémas ont pensé que la prosternation que les Anges ont été invités à faire devant Adam et que Iblîs a refusé de faire était du type A.2, le même type que celle que les musulmans font face à la Kaaba : Adam n'était que Qiblat-ullâh, et Dieu était l'objectif de cette prosternation.

Or cet avis est erroné (khata' ijtihâdî) : c'est bel et bien Adam qui était l'objectif de cette prosternation, cependant il s'agissait d'une prosternation d'hommage seulement (A.1.2).
--- Si l'objectif de cette prosternation demandée aux Anges était Dieu, et Adam seulement la Qiblat-ullâh (comme c'est le cas de la prosternation faite devant la Kaaba), alors Iblîs n'aurait pas cherché à justifier son refus (d'effectuer cette prosternation) en avançant qu'il a été créé à partir de feu et Adam à partir de boue, puisque la Qibla peut naturellement être moindre que celui qui se prosterne devant elle (comme c'est le cas des humains se prosternant devant la Kaaba, un édifice fait de pierres : la pierre est de moindre valeur que l'être humain).
--- Par ailleurs, la prosternation que le musulman fait face à la Kaaba (A.2) n'a pas pour objectif d'exprimer l'hommage et le respect du musulman au lieu ou à l'édifice de la Kaaba. Certes, ce lieu et cet édifice sont par ailleurs hautement respectables et sacrés, et le musulman témoigne de respect vis-à-vis d'eux, mais ce par le fait de se préserver de faire certains actes (par exemple faire ses besoins naturels en étant tourné vers la Qibla, ou cracher dans la direction de la Qibla, ce qui est mauvais mutlaqan d'après un des avis) et par le fait de faire certains autres actes. Mais la prosternation ne fait pas partie de ces actes par lesquels le musulman exprime son respect à la Kaaba.

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I) Pour ce qui est d'"Adresser une prosternation à un être" ("A.1"), et, "pour cela, prendre la direction de quelque chose qui est distinct de cet être mais rapporté à lui de sorte que se diriger vers cette chose revient à se diriger vers Lui" ("A.2") :

A.1) Pour ce qui est de la prosternation à un être (السجود لشيء), elle est de 2 types :

--- A.1.1) la prosternation ayant valeur de culte et d'adoration, que tous les prophètes de Dieu ont ordonné de réserver à Dieu ;

--- A.1.2) et la prosternation ayant valeur d'hommage seulement ; cela était autorisé dans les Shar' de certains prophètes de Dieu antérieurs à Muhammad (que la paix soit sur eux tous), mais a été interdite dans la Shar' de ce dernier ; nous y reviendrons.

"ثم يقال: السجود على ضربين: سجود عبادة محضة، وسجود تشريف" (MF 4/361).

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A.2) Différent de cela est le fait de viser quelque chose par sa prosternation, mais cette chose étant seulement : "l'objet vers lequel on se dirige, Qibla, pour adresser (A.1) la prosternation à l'être auquel on adresse véritablement cette prosternation", et ce parce que cet être ne se trouve pas, visible, devant nous (السجود إلى شيء مع قصد التوجه إليه، ولكن بقصد السجود لشيء آخر غائب عنا) :

---- Pour les musulmans, c'est le cas de la Kaaba : se prosterner face à la Kaaba, c'est adresser sa prosternation (de type A.1.1) à Allah, puisque la Kaaba est la Qiblat-ullâh ("هذه القبلة", a dit le Prophète au sujet de la Kaaba : "عن  ابن عباس قال: لما دخل النبي صلى الله عليه وسلم البيت، دعا في نواحيه كلها، ولم يصل حتى خرج منه، فلما خرج ركع ركعتين في قبل الكعبة، وقال: "هذه القبلة" : al-Bukhârî, 389, Muslim, 1330). Ce fut également le cas de Bayt ul-Maqdis pendant 17 mois après l'hégire, avant la révélation du verset qui dit de se tourner impérativement vers la Kaaba pour les prières rituelles (Coran 2/144).
En dirigeant sa prosternation vers la Kaaba, on a l'intention d'adresser sa prosternation à Dieu, et non pas d'adresser un culte (A.1.1) ni même un hommage (A.1.2) à l'ensemble de pierres qui constitue l'édifice de la Kaaba, ni même au lieu où se situe la Kaaba.
Quant au verset qui dit : "فَأَيْنَمَا تُوَلُّواْ فَثَمَّ وَجْهُ اللّهِ" : "Où que vous vous tourniez, là est la Face de Dieu" (Coran 2/115), il ne contredit nullement ce verset disant de se tourner impérativement vers la Kaaba pour les prières rituelles : "قَدْ نَرَى تَقَلُّبَ وَجْهِكَ فِي السَّمَاء فَلَنُوَلِّيَنَّكَ قِبْلَةً تَرْضَاهَا؛ فَوَلِّ وَجْهَكَ شَطْرَ الْمَسْجِدِ الْحَرَامِ؛ وَحَيْثُ مَا كُنتُمْ فَوَلُّواْ وُجُوِهَكُمْ شَطْرَهُ" (Coran 2/144), puisque aucun musulman n'a comme croyance que, après la révélation de ce verset 2/144, Dieu serait désormais "présent à l'intérieur de la Kaaba" !

---- La majorité des polythéistes qui effectuent une prosternation (de type A.1.1) devant une statue de pierre ont, eux aussi, l'intention d'adresser leur prosternation non pas à la pierre qui constitue cette statue, mais à l'esprit que cette statue de pierre représente. Ce n'est pas le seul fait de viser cette statue de pierre par leur prosternation que le Coran leur a reproché, mais le fait d'adresser une prosternation d'adoration à un être autre que Dieu, symbolisé par cette statue. Cette statue est donc pour eux la Qibla de cet être. "فكانوا لأجل ذلك يرون من الضرورة التزلف إلى أولئك العباد المقربين حتى يكون هذا وسيلة لصلاحية القبول في حضرة الملك الحقيقي، وتنال شفاعتهم في حقهم عند الجزاء على الأعمال الحساب الخطوة والقبول لديه سبحانه. ونظراً لهذه الملاحظة والتصور الذي رسخ في نفوسهم حدثتهم أنفسهم بالسجود أمامهم والذبح لهم والحلف بأسمائهم والاستعانة بقدرتهم المطلقة، ونحت صورهم وتماثيلهم من الحجر والصفر والنحاس وغير ذلك، وجعلها قبلة للتوجه إلى أرواحهم" (Al-Fawz ul-kabîr, p. 37).

--- Pourquoi une Qibla pour se prosterner devant Dieu ?

Que signifie "Qibla" ?
القبلة في الأصل اسم للحالة التي عليها المقابل، نحو الجلسة والقعدة؛ وفي التعارف صار اسما للمكان المقابل، المتوجه إليه للصلاة" (Muf'radât ur-Râghib).
--- C'est avec le sens littéral que se comprend le hadîth "هل ترون قبلتي ههنا؟" (al-Bukhârî).
--- Quant au sens usuel :
----- l'interprétation de al-Qaffâl est que la Qibla est la Jiha (qui est la même chose que Wij'ha) (ce que semble rejoindre l'interprétation de Mujâhid et ash-Shâfi'î) : "قال القفال: القبلة هي الجهة التي يستقبلها الإنسان، وهي من المقابلة، وإنما سميت القبلة لأن المصلي يقابلها وتقابله؛ وقال قطرب: يقولون في كلامهم ليس لفلان قبلة، أي ليس له جهة يأوي إليها، وهو أيضا مأخوذ من الاستقبال. وقال غيره: إذ تقابل الرجلان فكل واحد منهما قبلة للآخر" (Tafsîr ur-Râzî) ;
----- par contre, ce que al-Asfahânî a écrit plus haut entraîne que la Wij'ha ("وَلِكُلٍّ وِجْهَةٌ هُوَ مُوَلِّيهَا فَاسْتَبِقُواْ الْخَيْرَاتِ" : Coran 2/148) est la direction que l'on prend afin d'être tourné vers la Qibla, laquelle est pour sa part le lieu vers lequel on se tourne. La Qibla est alors : "قبلة الشيء هي ما يُستقبَل لتوجيه العبادة إلى ذلك الشيء إذا لم يره العابد". Ou encore, en des termes voisins : "قبلة الشيء هي ما يُستقبَل ليقابَل الشيء غير المرئي".

La Kaaba est la Qiblat ul-muslimîn (au sens où c'est le lieu vers lequel les musulmans se tournent pour adorer Allah), et est la Qiblat ullâh (au sens cette fois où c'est le lieu vers lequel on doit se tourner pour se tourner vers Allah).
Il est obligatoire de prendre la direction de la Qibla lorsqu'on se prosterne devant Dieu.
Et il est recommandé de prendre la direction de la Qibla lorsqu'on invoque Dieu : "وفيه استحباب استقبال القبلة في الدعاء، ورفع اليدين فيه" (an-Nawawî sur Muslim, 1763).

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Dieu ne se trouve pas dans la Kaaba, et la Kaaba ne représente pas non plus Dieu. Dieu est Etabli sur Son Trône, au-dessus des sept cieux. Mais les hommes, vivant sur Terre, ont besoin d'un lieu sur Terre vers lequel le fait de se tourner (pour prier) symbolise le fait de se tourner vers Dieu, et vers lequel le fait de voyager (pour se rendre en pèlerinage) symbolise le fait de voyager vers Dieu.

La Bayt ul-maqdis et la Kaaba ont ainsi été nommés par Dieu (le fait de se tourner vers Bayt ul-Maqdis est désormais abrogé). Cependant, ce n'est pas arbitrairement que Dieu a désigné ces lieux : Dieu a créé ces lieux en leur conférant des qualités particulières, que les autres lieux n'ont pas, afin ensuite de pouvoir être choisis par Lui. Ensuite Dieu a fait savoir à Abraham l'emplacement où il devait bâtir avec son fils Ismaël un édifice indiquant l'emplacement de ce lieu : "وَإِذْ بَوَّأْنَا لِإِبْرَاهِيمَ مَكَانَ الْبَيْتِ أَن لَّا تُشْرِكْ بِي شَيْئًا وَطَهِّرْ بَيْتِيَ لِلطَّائِفِينَ وَالْقَائِمِينَ وَالرُّكَّعِ السُّجُودِ وَأَذِّن فِي النَّاسِ بِالْحَجِّ يَأْتُوكَ رِجَالًا وَعَلَى كُلِّ ضَامِرٍ يَأْتِينَ مِن كُلِّ فَجٍّ عَمِيقٍ لِيَشْهَدُوا مَنَافِعَ لَهُمْ وَيَذْكُرُوا اسْمَ اللَّهِ فِي أَيَّامٍ مَّعْلُومَاتٍ عَلَى مَا رَزَقَهُم مِّن بَهِيمَةِ الْأَنْعَامِ فَكُلُوا مِنْهَا وَأَطْعِمُوا الْبَائِسَ الْفَقِيرَ ثُمَّ لْيَقْضُوا تَفَثَهُمْ وَلْيُوفُوا نُذُورَهُمْ وَلْيَطَّوَّفُوا بِالْبَيْتِ الْعَتِيقِ" : "Et lorsque Nous indiquâmes à Abraham l'emplacement de la Maison (…)" (Coran 22/26-29).

Dans un hadîth, le prophète Muhammad (que Dieu le bénisse et le salue) a dit que "Abraham a déclaré sacrée la Mecque" avant d'ajouter que lui-même déclarait Médine sacrée (al-Bukhârî 2022, Muslim 1360). Or, après la conquête de la Mecque, en l'an 8 de l'hégire, le Prophète a dit, d'après ce que Ibn Abbâs relate : "(...) Ceci [= La Mecque] est une cité que Dieu a rendue sacrée le jour où Il a créé les cieux et la Terre. (...)" (al-Bukhârî 1737 ; Muslim 1353). (Un autre hadîth, relaté par Abû Shurayh, dit la même chose que celui relaté par Ibn Abbâs : al-Bukhârî 104, Muslim 1354.) Alors : est-ce Dieu, ou est-ce Abraham, qui a déclarée la ville de la Mecque sacrée ? En fait, cela peut signifier que Dieu avait décidé, le jour où Il a créé les cieux et la Terre, que Abraham déclarerait plus tard la Mecque sacrée, suivant en cela la révélation de Dieu (Shar'h Muslim 9/134) ; ou encore que ce fut Abraham qui, le premier, fit connaître aux hommes que Dieu avait décidé depuis le jour où Il avait créé les cieux et la Terre, que la Mecque est sacrée.

(Par contre, le jour du Jugement, Dieu étant venu, tous les humains seront invités à se prosterner devant Lui : et ce jour-là ce sera une prosternation devant Lui, alors qu'on Le verra.)

Depuis la révélation de "قَدْ نَرَى تَقَلُّبَ وَجْهِكَ فِي السَّمَاء فَلَنُوَلِّيَنَّكَ قِبْلَةً تَرْضَاهَا؛ فَوَلِّ وَجْهَكَ شَطْرَ الْمَسْجِدِ الْحَرَامِ؛ وَحَيْثُ مَا كُنتُمْ فَوَلُّواْ وُجُوِهَكُمْ شَطْرَهُ" (Coran 2/144), prendre la direction de la Kaaba pour "se prosterner devant Dieu" est désormais nécessaire (et d'ailleurs le fait de se tourner vers Bayt ul-Maqdis est lui aussi, depuis lors abrogé).
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Cependant, l'autre affirmation reste toujours vraie : "فَأَيْنَمَا تُوَلُّواْ فَثَمَّ وَجْهُ اللّهِ" : "Où que vous vous tourniez, là est la Face de Dieu" (Coran 2/115) (bien que Qatâda a employé ici le terme "naskh", ce terme est donc à comprendre ici en son sens littéral et pas en son sens particulier : il n'y a pas eu naskh istilâhî).

D'ailleurs, même en ce qui concerne la prière rituelle, lorsque chevauchant sa monture lors de voyages, le Prophète (sur lui soit la paix) accomplissait des prières rituelles facultatives (nâfila), il restait dans la direction dans laquelle sa monture se trouvait (et ne se tournait pas vers la Kaaba) : "عن جابر بن عبد الله رضي الله عنهما، قال: بعثني رسول الله صلى الله عليه وسلم في حاجة له، فانطلقت، ثم رجعت وقد قضيتها، فأتيت النبي صلى الله عليه وسلم، فسلمت عليه، فلم يرد علي، فوقع في قلبي ما الله أعلم به، فقلت في نفسي: لعل رسول الله صلى الله عليه وسلم وجد علي أني أبطأت عليه، ثم سلمت عليه فلم يرد علي، فوقع في قلبي أشد من المرة الأولى، ثم سلمت عليه فرد علي، فقال: "إنما منعني أن أرد عليك أني كنت أصلي". وكان على راحلته متوجها إلى غير القبلة" (al-Bukhârî, 1159, M 540) "عن جابر بن عبد الله، قال: كان رسول الله صلى الله عليه وسلم يصلي على راحلته حيث توجهت. فإذا أراد الفريضة نزل فاستقبل القبلة" (B 391), (voir aussi B 955, M 700), (B 1042, M 701).
Certes, pour la légalité de prier ainsi, il y a divergence quant à savoir s'il faut que la personne soit simplement hors de la ville ou bien dans un voyage reconnu comme tel ; et s'il faut que, lors du takbîr du début de la prière, la personne ait dirigé sa monture vers la Kaaba ou bien si même cela n'est pas nécessaire.
Cependant, on voit que le verset 2/115 est toujours applicable à ce cas de figure. C'est bien ce qu'exprime cette relation : "عن ابن عمر قال: كان رسول الله يصلي وهو مقبل من مكة إلى المدينة على راحلته حيث كان وجهه. قال: وفيه نزلت {فأينما تولوا فثم وجه الله}" (Muslim, 700).
D'ailleurs, dans ce verset "فَأَيْنَمَا تُوَلُّواْ فَثَمَّ وَجْهُ اللّهِ" précisément, Mujâhid et ash-Shâfi'î ont interprété les termes "وَجْهُ اللّهِ" s'y trouvant comme signifiant : "قِبْلَةُ الله", c'est-à-dire : "فَثَمَّ الجِهَةُ التي تُقابِلون فيها الله".
Mais, comme nous l'avons déjà dit plus haut, les hommes, vivant sur Terre, ont besoin d'un lieu sur Terre vers lequel le fait de se tourner (pour prier) symbolise le fait de se tourner vers Dieu, et vers lequel le fait de voyager (pour se rendre en pèlerinage) symbolise le fait de voyager vers Dieu.

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II) Le fait de se prosterner en plaçant quelque chose face à soi – B –, chose qu'on ne vise même pas par sa prosternation, cela est encore différent de ce que nous venons de voir : viser quelque chose par sa prosternation – A.2 – (afin que cela soit la direction d'un être non-visible – A.1) (السجود إلى شيء بغير قصد التوجه إليه، بل بقصد تعريضه فقط، ومع قصد السجود لشيء آخر) :

C'est le cas d'une sut'ra qui se trouve face à soi.
"عن ابن عمر أن النبي صلى الله عليه وسلم كان يصلي إلى راحلته" (Muslim 502, al-Bukhârî 485).
"عن عون بن أبي جحيفة، عن أبيه، قال: رأيت رسول الله صلى الله عليه وسلم في قبة حمراء من أدم، ورأيت بلالا أخذ وضوء رسول الله صلى الله عليه وسلم، ورأيت الناس يبتدرون ذاك الوضوء، فمن أصاب منه شيئا تمسح به، ومن لم يصب منه شيئا أخذ من بلل يد صاحبه، ثم رأيت بلالا أخذ عنزة، فركزها وخرج النبي صلى الله عليه وسلم في حلة حمراء، مشمرا صلى إلى العنزة بالناس ركعتين، ورأيت الناس والدواب يمرون من بين يدي العنزة" (al-Bukhârî 369, Muslim 503).

La sut'ra sert à séparer le prieur d'une chose qui se trouve (ou qui passe) devant lui.

Pourtant, la sut'ra aussi se trouve devant le prieur, tout comme l'autre chose en question se trouve devant lui (ou passe devant lui).

Cependant, la sut'ra est quelque chose de "neutre", alors que l'autre chose en question est une chose qui est à même :
--- soit de déconcentrer le prieur (il s'agit d'êtres animés qui passent devant lui),
--- soit (parce que d'autres humains rendent à cela un culte) de faire ressembler le prieur à ces humains qui adorent cet autre que Dieu (sadd udh-dharî'a).

C'est pourquoi :
--- si des gens ou des animaux passent (murûr) dans l'espace face à lui, le prieur doit avoir placé une sut'ra devant lui ;
--- si, dans l'espace face à lui, se trouve une tombe, ou une image, le prieur doit avoir placé une sut'ra entre lui et cette chose.

C'est encore pourquoi :
--- s'il n'y a face à lui qu'un espace désert, le prieur n'est pas dans l'obligation de placer devant lui une sut'ra.

Le Prophète (sur lui la paix) a dit : "عن واثلة بن الأسقع، عن أبي مرثد الغنوي، قال: سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول: "لا تصلوا إلى القبور، ولا تجلسوا عليها" : "N'accomplissez pas la prière rituelle dans la direction des tombes (...)" (Muslim, 972).
Alî al-Qârî a écrit :
--- si quelqu'un a l'intention d'adresser la prosternation au défunt (A.1), alors c'est un acte de Kufr Akbar ;
--- par contre c'est le fait d'avoir bien l'intention d'adresser la prosternation à Dieu (A.1) et de prendre pour ce faire la direction de la Kaaba (A.2), mais de se trouver dans une situation telle qu'une tombe se trouve entre soi et la Qibla (B), c'est cela qui est visé dans ce Hadîth : et cela est Mak'rûh Tahrîmî :
"ولو كان هذا التعظيم حقيقة للقبر أو لصاحبه لكفر المعظم. فالتشبه به مكروه؛ وينبغي أن تكون كراهة تحريم. وفي معناه بل أولى منه: الجنازة الموضوعة؛ وهو مما ابتلي به أهل مكة حيث يضعون الجنازة عند الكعبة ثم يستقبلون إليها" (Mirqât ul-mafâtîh, commentaire de 1698).

De même, si on s'est rendu dans un lieu de culte non-musulman par hâja, on fera comme Ibn Abbâs faisait : on n'accomplira pas la prière dans un lieu de culte non-musulman où se trouvent des portraits ou des statues (voir Sahîh ul-Bukhârî, bâb us-salât fi-l-bî'ah ; voir Fat'h ul-bârî, 1/688).
--- L'école hanbalite déclare mak'rûh d'accomplir la prière dans un lieu lorsque l'image se trouve dans la direction de la Qibla.
--- Quant à l'école hanafite, elle précise que ce qui est le plus mak'rûh tahrîmî c'est de prier alors que cette image se trouve entre soi et la qibla. Cependant, est aussi mak'rûh tahrîmî d'accomplir la prière dans un lieu où se trouve le portrait d'un être animé, dès lors que ce portrait ne traîne pas mais est posé ou suspendu, même s'il se trouve dans la direction opposée à celle dans laquelle on prie. C'est seulement si le portrait est foulé ou traîne, accomplir la prière dans le lieu ne pose pas de problème, sauf s'il se trouve à l'endroit exact où l'on se prosterne (Al-Hidâya, Radd ul-muhtâr, etc.). "وفي البحر قالوا: وأشدها كراهة ما يكون على القبلة أمام المصلي، ثم ما يكون فوق رأسه، ثم ما يكون عن يمينه ويساره على الحائط، ثم ما يكون خلفه على الحائط أو الستر. اهـ" (Radd ul-muhtâr).

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Quand, pendant que l'homme accomplit la prière rituelle, il se trouve face à quelque chose qu'on ne vise pas (B) :
--- cela ne doit pas être une tombe ou autre chose à quoi des gens rendent le culte si cette chose est visible du prieur ;
--- par contre, si cette chose n'est pas visible et se trouve très loin devant lui, alors même si elle se trouve entre lui et la Qibla, cela ne gêne pas.

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Quand, parce que l'homme accomplit la prière rituelle, il vise (A.2) la Kaaba :
--- s'il la voit de ses yeux, il doit se diriger exactement vers elle ;
--- par contre, s'il est trop éloigné pour pouvoir la voir, il doit prendre sa direction. Dans ce cas, même si un mur se trouve entre lui et elle, cela n'empêche pas qu'il soit bel et bien "dans sa direction", car l'intention est bien de la "viser".
Hors situation de prière rituelle :
--- d'après de nombreux mujtahidûn, si un mur se trouve entre l'homme et la Qibla, faire ses besoins en se trouvant dans cette direction de gêne pas, vu que, ici, l'homme ne vise pas la Kaaba : il se trouve donc dans un cas similaire au cas B (comme pour une tombe : il suffit qu'il y ait une sut'ra devant lui pour qu'il ne soit pas considéré comme "étant dans la direction de la tombe") ;
--- d'après d'autres mujtahidûn (les hanafites), c'est même si un mur se trouve entre l'homme et la Qibla qu'il ne doit pas être dans cette direction quand il fait ses besoins naturels : le fait est que le mur ne peut pas servir ici de sut'ra, vu que la sutr'a sert à lui éviter de se trouver face à quelque chose d'immédiat et qui serait problématique, alors qu'ici il se trouve dans une direction qui est recherchée même quand il en est éloigné.

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C'est en les termes suivants que Ibn Taymiyya distingue le cas A.1 (lequel englobe les sous-cas A.1.1 et A.1.2), le cas A.2 et le cas B :

"ثم يقال: السجود على ضربين: سجود عبادة محضة، وسجود تشريف" (MF 4/361).

"والجواب أن السجود كان لآدم بأمر الله وفرضه بإجماع من يسمع قوله.
ويدل على ذلك وجوه:
أحدها: قوله: "لآدم" ولم يقل: "إلى آدم"، وكل حرف له معنى؛ ومن التمييز في اللسان أن يقال: سجدت له وسجدت إليه؛ كما قال تعالى: {لا تسجدوا للشمس ولا للقمر واسجدوا لله الذي خلقهن إن كنتم إياه تعبدون} وقال {ولله يسجد من في السماوات والأرض}. وأجمع المسلمون على أن السجود لغير الله محرم؛ وأما الكعبة فقد كان النبي صلى الله عليه وسلم يصلي إلى بيت المقدس ثم صلى إلى الكعبة. وكان يصلي إلى عنزة ولا يقال لعنزة، وإلى عمود شجرة ولا يقال لعمود ولا لشجرة.
والساجد للشيء يخضع له بقلبه ويخشع له بفؤاده.
وأما الساجد إليه فإنما يولي وجهه وبدنه إليه ظاهرا كما يولي وجهه إلى بعض النواحي إذا أمه كما قال: {فول وجهك شطر المسجد الحرام وحيثما كنتم فولوا وجوهكم شطره}.
والثاني: أن آدم لو كان قبلة لم يمتنع إبليس من السجود أو يزعم أنه خير منه. فإن القبلة قد تكون أحجارا وليس في ذلك تفضيل لها على المصلين إليها. وقد يصلي الرجل إلى عنزة وبعير وإلى رجل ولا يتوهم أنه مفضل بذلك فمن أي شيء فر الشيطان؟ هذا هو العجب العجيب.
والثالث: أنه لو جعل آدم قبلة في سجدة واحدة لكانت القبلة وبيت المقدس أفضل منه بآلاف كثيرة إذ جعلت قبلة دائمة في جميع أنواع الصلوات"
(MF 4/358-359).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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