Quelle identité et quel mode de vie pour les indo-musulmans réunionnais ? (II - 2/2)

Des racines pour être debout, des branches pour s'épanouir

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Comme le soulignait en substance un article de presse (Le Figaro, 14 février 2005), les indo-musulmans de la Réunion ont su d'une part [bi idhnillâh] ne pas perdre leur identité comme cela a été le cas de certains autres groupes musulmans, immigrés dans l'île avant eux (tout au long du XIXè, voire même au XVIIIè siècles), et d'autre part se faire une place dans la société réunionnaise. L'auteur dudit article relève, dans la première demande de construction de mosquée, rédigée en 1897 et adressée aux autorités françaises d'alors, ces mots : "[nous] musulmans habitant Saint-Denis et la colonie, fidèles observateurs de la loi du Prophète et respectueux des lois du pays", puis note qu'ils reflètent bien "la ferveur islamique des Gujeratis, leur volonté de s'intégrer, leur" respect des lois françaises. Et d'ajouter, quelques lignes plus loin, que, depuis, "rien n'a vraiment changé" (Le Figaro, 14 février 2005).

Il faut également relever que les Zarabes (nom donné aux indo-musulmans réunionnais) ont su participer au développement socio-économique de l'île en prenant une part notable de son activité. Ils ont, du moins jusqu'à un passé récent, pour la plupart été des commerçants. On se souvient d'un dossier de presse paru à leur sujet dans un quotidien local il y a quelques années et qui avait pour titre : "Sous le signe de la foi et du commerce".

En fait les Gujaratis semblent savoir, quand ils partent s'installer ailleurs, parvenir dans leur ensemble à préserver leur identité tout en faisant preuve d'un certain pragmatisme et d'une certaine souplesse. C'est ce qui fait qu'en général les musulmans de cette origine ont coutume, où qu'ils aillent s'installer de par le monde, de parvenir à trouver leur place et, parallèlement, à conserver leur attachement à l'islam et une partie des traditions gujeraties, deux éléments dont Cheikh Qârî Muhammad Tayyib (de l'Uttar Pradesh) voyait le symbole dans quatre choses : "Ces musulmans gujaratis, disait-il, où qu'ils s'installent de par le monde, emmènent avec eux quatre choses : la mosquée et la medersa ; le papad et le samoussa" (ce propos nous a été relaté par mon professeur Cheikh Abdullâh Patel, ancien directeur de la Dâr ul-'ulûm de Tadkeswar, et qui l'a entendu directement de son auteur).

On remarque cependant actuellement, chez un certain nombre de personnes de cette communauté indo-musulmane réunionnaise, un certain malaise, dont les symptômes les plus marquants se manifestent sans doute chez des jeunes : mal-être intérieur, recours à l'alcool voire aux drogues, adoption d'une apparence de style révolté – typique de ceux qui ne sont pas bien dans leur peau, qui sont l'objet d'un désarroi –, rejet du fiqh en bloc – "Faut arrêter de me dire "y faut / y faut pas" ! Quand j'ai envie de faire quelque chose je le fais, point barre" –, etc.

Et parmi les causes de ce malaise on peut, au détour des remarques et des discussions (parfois vives) qui ont lieu ici et là, relever qu'il y a le fait que ces personnes ne savent plus vraiment qui elles sont (c'est-à-dire comment elles ont à se définir) et, partant, qu'est-ce qu'elles veulent être, qu'est-ce qu'elles peuvent faire, et qu'est-ce qu'elles veulent devenir... Elles savent être de nationalité française, mais sont-elles de culture indienne ou de culture franco-européenne ? Et l'islam dans tout ça ?

Face au constat de ce problème, certains membres de la communauté disent : "Les grands-parents, qui ont su réussir dans différents domaines, avaient des valeurs et une morale que les jeunes devraient aujourd'hui chercher à préserver (voire même à redécouvrir) car étant en perte de vitesse au profit d'autres valeurs, parfois plus matérialistes et individualistes, parfois au contraire fondées sur une lecture quelque peu littéraliste des textes islamiques ? Ne serait-ce pas sur ces valeurs ancestrales qu'il faudrait plutôt mettre l'accent aujourd'hui ?"

Il semble que de nombreuses personnes aujourd'hui ne parviennent plus à trouver des éléments de réponse à un certain nombre de questions, et a fortiori à traduire concrètement ceux-ci dans leur existence quotidienne. On ne sait donc plus vraiment qui on est et, partant, qu'est-ce qu'on doit faire, qu'est-ce qu'on peut intégrer, qu'est-ce qu'on ne doit pas adopter, et qu'est-ce qui est à considérer comme ses priorités... De là viendrait le malaise évoqué plus haut, un déchirement intérieur entre les exigences de son coeur, l'attachement à des principes et la réalité du contexte où l'on vit, déchirement dû à l'incapacité de réaliser un équilibre harmonieux entre ces éléments...

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A) Quelques questions quant à notre identité et notre mode de vie :

1) D'abord quelle est la priorité dans la transmission : la tradition indienne ou la religion musulmane ? En effet, le souci est-il : les générations futures adhéreront-elles toujours à la consommation des samoussas, catless et autres tiamps, du briani et du papad, et aussi du khari kitchri, sans oublier la présence du sharbat et le port des saris lors des mariages ; ou bien est-il : adhéreront-elles toujours au message de l'islam ?

2) Ensuite, à propos de l'islam, quelle priorité dans ses enseignements ? S'agit-il de veiller surtout à ce que ses enfants sachent réciter chaque soir avant de dormir leurs "kalémas" et leurs du'as en un seul souffle, sachent réciter le Coran en psalmodiant bien, s'assoient systématiquement pour boire de l'eau, mettent consciencieusement un bonnet avant d'entrer dans la mosquée, enfin tendent deux mains et non une seule lorsqu'ils se saluent ? ou bien la priorité est-elle que ses enfants aient des croyances correctes à propos de Dieu et de ce qu'Il veut d'eux, fassent leurs cinq prières avec un minimum de concentration, aient un lien vivant avec Dieu, se tournent vers Lui quand ils ont un problème, aient un comportement poli vis-à-vis de tout le monde, et parviennent à pratiquer leurs autres devoirs vis-à-vis de Dieu et leurs autres devoirs vis-à-vis des hommes, ainsi qu'à s'abstenir prioritairement de toutes les kabâ'ïr (grands péchés) ?

3) Enfin, comment articuler aujourd'hui modernité, tradition et religion ? Religion islamique et tradition gujeratie ont certes été conservées jusqu'à présent, mais aujourd'hui, face aux nouveaux défis de la modernité dans son actualisation française, que faire :
--- a) continuer à confondre islam et tradition indienne, vivre l'islam de façon traditionaliste, mais en l'ayant circonscrit aux mosquées et medersas, et, par contre, dans les réalités de sa vie quotidienne personnelle, adopter le modernisme, éventuellement saupoudré ici et là de quelques réminiscences islamiques, vécues sous la forme de quelques principes très généraux hérités des ancêtres ?
--- b) faire la distinction entre les musulmans ulémas et les autres musulmans, les premiers devant continuer à vivre l'islam de façon traditionaliste dans chaque aspect de leur vie, les seconds devant circonscrire l'islam à la mosquée et (s'ils le veulent) à leur domicile, et, dans tous les autres éléments, adopter le modernisme ?
--- c) ou encore continuer à dire que les enseignements de l'islam concernent toute l'activité humaine de tout musulman, uléma ou non, mais se crisper sur la tradition au nom de la fidélité à son identité ancestrale et à la mémoire des ulémas de l'Inde, et refuser donc tout changement dans les règles du fiqh, dans les cursus des medersas et dans la façon de parler au public ?
--- d) ou encore prendre en considération cette modernité et, pour cela, distinguer tradition de religion, distinguer principes universels de l'islam et actualisation de ces principes selon le contexte indien, et adopter une actualisation différente concernant les éléments de l'islam qui peuvent connaître pareille contextualisation ?

Doit-on se fermer totalement aux réalités occidentales afin d'éviter de s'entendre lancer l'ironique et très classique "Tu veux être comme un zoreil ? Regarde donc la couleur de ta peau !" ? Doit-on, au contraire, s'ouvrir à elles au point de confondre modernité et modernisme, et d'adopter par exemple jusqu'à la consommation d'alcool lors de dîners d'affaires ou d'amis, et le port de vêtements qui révèlent les attraits du corps plus qu'ils ne les dissimulent aux regards ?

Aujourd'hui différentes "tendances" existent chez les Zarabes quant à la façon de vivre leur identité musulmane et réunionnaise. Nous avons fait dans un autre article une humble analyse de cette situation.

Abu-l-Hassan 'Alî an-Nadwî a relevé, entre deux courants de l'élite musulmane indienne, deux positions opposées entre deux conceptions de la façon de vivre l'islam (celle des jâhidûn et celle des jâmidûn) ; son analyse s'est faite à propos de la communauté musulmane de l'Inde et est forcément différente de celle que l'on peut faire à propos de celle de la Réunion. Il n'empêche que la lecture de ses écrits est éclairante aussi bien quant aux constats qu'aux propositions (cf. Al-Qirâ'at ur-râshida, 3/166-175, et Muslim mamâlik mein islâmiyyat aur maghribiyyat kî kashmakash, pp. 87-127 et 269-271).

Définir ce que la communauté musulmane d'origine indienne de la Réunion pourrait faire pour échapper à des prises de position quelque peu opposées comme celles que nous avons vues ci-dessus, et prendre conscience que ces oppositions affaiblissent son potentiel, cela passe par le fait de définir clairement ce dont ses individus ont besoin pour être heureux et ce que l'islam peut leur proposer en la matière.

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B) Ce dont les hommes ont besoin pour être épanouis sur terre :

Les hommes doivent avoir du pain et un toit pour vivre sur terre. Ils ont aussi besoin de divertissement pour se changer de temps en temps les idées et vivre de façon équilibrée. Mais une société humaine ne peut avoir comme fondements "panem et circenses". Les hommes ont aussi besoin d'avoir une famille avec qui partager leurs joies et leurs peines, leurs réussites et leurs échecs. Les hommes ont également besoin d'un lien avec la Transcendance. Et puis, les hommes, c'est un peu comme les arbres : sans racines, ils ne tiennent pas debout. Pour savoir que faire de sa vie, un homme a besoin d'assigner à celle-ci un objectif et de savoir où il va ; pour cela, il doit savoir qui il est ; et pour savoir qui il est, il a besoin de savoir d'une part où il est et d'autre part d'où il vient. Un engagement, enfin, est également bienvenu pour que l'homme soit épanoui : savoir qui on est, d'où on vient, où on va, respecter les limites et vivre les orientations, tout cela est nécessaire, mais n'induit qu'une vie statique si ne l'accompagne pas un engagement dans la société, pour le bien des hommes, de tous les hommes qui nous entourent. La dynamique de la pensée et de l'action découlent de l'engagement.

Pour vivre une vie épanouie dans tous les sens du terme, un homme a donc besoin de (ces points sont donnés en vrac et non selon un ordre d'importance) :
1) avoir du pain, un toit et un accès aux soins, donc de l'argent et du travail ;
2) avoir donné à sa vie un sens précis ;
3) avoir des repères éthiques afin de connaître "qu'est-ce que je dois faire", "qu'est-ce que j'ai le droit de faire", et "qu'est-ce que je pourrais faire mais que je ne dois pas faire" ;
4) se lier régulièrement avec Dieu ;
5) avoir une famille (ascendants) et fonder une famille (conjoint et descendants) ;
6) savoir qui sont ses ancêtres ;
7) avoir une culture ;
8) avoir un engagement.

Ici, le terme "culture" englobe les aspects de la tradition et de la modernité. La "tradition" est quant à elle "l'ensemble des manières de faire et d'agir qui constitue un héritage du passé", et la "modernité", à l'inverse, est "ce qui est du temps présent, actuel". La concrétisation de ces deux notions est, on le voit, relative : ce qui est aujourd'hui moderne sera après-demain traditionnel. (Attention : le mot "tradition" a parfois d'autres sens sous notre plume, comme dans l'article parlant des Textes et de la Tradition en matière de leur interprétation.)

Dans le cas de la musulmane et du musulman, quelques-uns de ces 8 points leur sont fournis intégralement par l'islam : celui-ci leur offre en effet :
– le point 2, sous la forme de croyances quant au sens précis de leur vie : "Dieu nous a mis sur terre pour qu'Il nous y fasse vivre l'épreuve de la vie terrestre, avec les choix qu'elle demande de faire et l'équilibre entre les différentes facettes de sa personne qu'elle exige de nous, afin de rester croyants en Dieu, et de ne faire que ce qu'Il agrée" ;
– le point 3, c'est-à-dire des repères traçant clairement, à propos de chaque domaine de la vie, ce qui est obligatoire, ce qui est autorisé et ce qui est interdit ;
– le point 4, ou un ensemble de moyens – les actes cultuels, al-'ibâdât – pour se lier régulièrement et de différentes façons avec Dieu.

Les points 6, 7 et 8, en revanche, varient d'un musulman à l'autre et sont constitutifs de l'identité de chacun et de chacune. Mais, d'emblée, ici une objection est formulée par certains coreligionnaires…

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C) Une objection et sa réponse :

– A ce qui précède, certains frères et sœurs s'interrogent : "Quel besoin de définir une identité autre que celle d'être musulman ? Nous sommes musulmans, point à la ligne" ou : "On n'a absolument pas à être attaché à la terre où on a vécu ; la seule terre à laquelle on puisse être attachée est celle de la Mecque et de Médine ; par ailleurs, notre vraie patrie est le paradis."
– Certains martèlent : "Le jour du jugement, Dieu ne nous demandera pas si nous connaissions nos ancêtres ou non, si nous nous sentions européens ou indiens… S'interroger sur ce genre de choses est donc inutile, si ce n'est pas interdit."
– D'autres encore disent : "La couleur du musulman est unique où qu'il soit sur terre. Il n'y a pas de points culturels sur lesquels il pourrait y avoir des différences entre les musulmans de différents pays : au niveau culturel, tout doit être uniformisé, par l'adoption de la façon du Prophète (sur lui la paix) de manger, de se vêtir, etc."

Ce sont là des affirmations que j'ai maintes fois entendues. Et elles me semblent excessives…

J'y apporte des éléments de nuance, de rectification et d'explication dans un article entièrement consacré à ces objections.

Quelle est donc l'identité du musulman d'origine indienne de la Réunion ?
Quelles sont ses racines ?
Et quelle est sa culture ?

Ci-après quelques éléments de réflexion...

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D) Nos racines, à nous, Zarabes réunionnais :

Nous, Zarabes, sommes d'origine indienne, originaires plus précisément de l'Etat du Gujarat, sur la côte occidentale de la péninsule indienne. Nous avons des ancêtres hindous, et à un certain moment dans notre lignée il y a eu conversion à l'islam (Dieu en soit loué). L'Inde est donc la terre de nos ancêtres. C'est la terre qu'un jour des parents, ou des grands-parents ou des arrière grands-parents ont quittée sur un bateau, partis tenter leur chance en d'autres lieux, sous d'autres cieux ; en l'occurence les possessions (ou d'anciennes possessions) françaises de l'Océan indien : directement l'île de la Réunion pour la plupart d'entre nous, ou d'abord l'île Maurice ou Madagascar pour d'autres. C'est dans la terre de cette île française de l'Océan indien que, pour certains d'entre nous, les corps de parents, ou de grands-parents ou encore d'arrière grands-parents se trouvent désormais, c'est ici qu'ils sont retournés à la terre, cet élément primordial du corps de l'homme…

L'Inde est donc la terre de nos ancêtres. Personnellement, pour m'y être rendu et y avoir séjourné plusieurs années dans le cadre de mes études en sciences islamiques, j'ai en mémoire quelque chose des paysages de ce pays, de ses couleurs et de ses senteurs ; de ses sons et de ses lumières ; de cette lumière solaire très intense l'été, tombant presque à la verticale, m'ayant parue très crue. L'Inde. India. Hindustan. Al-Hind.
"C'est l'Inde mystérieuse !"
, comme aimait à le répéter l'un de mes oncles, aujourd'hui décédé. L'Inde, pays où existent tous les polythéismes mais aussi dont, aujourd'hui et malgré la partition, 10 % de la population est monothéiste car musulmane, et où ont régné pendant des siècles (du moins dans ses parties septentrionale et occidentale) des rois et des empereurs musulmans... L'Inde millénaire et du XXIè siècle, l'Inde ancestrale et avant-gardiste, l'Inde traditionnelle et moderne, l'Inde où la plus grande richesse côtoie l'extrême misère, où les gratte-ciels de Bombay (désormais renommée "Mumbai") se dressent à côté des djhômprî, ces masures misérables et insalubres... l'Inde où certains se réclament de la non-violence, d'autres de toutes les fureurs…
Dans un numéro du Point contenant un assez intéressant dossier sur ce pays, on peut lire ces lignes : "Nul doute que l'Asie et l'Occident devront compter avec ce nouveau géant, "un éléphant qui se meut lentement mais puissamment" selon le commentaire d'un éditorialiste. Le demi-siècle de l'Inde moderne n'est rien à l'échelle de ses racines millénaires. Et de ses ambitions, appétences naturelles d'une nation vieille et juvénile qui, à en croire l'écrivain Jorge Luis Borges, se sent "plus vaste que le monde"" (Le Point n° 1283, p. 63).

Si nos origines sont indiennes, notre nationalité est française et notre pays est la Réunion. C'est ici que nous sommes nés, c'est ici que nous avons grandi, c'est ici que nous sommes devenus adultes et avons jusqu'à présent vécu. La Réunion… La Réunion, surnommée à juste titre "l'île intense", intense "du battant des lames au sommet des montagnes" (comme le disent les slogans publicitaires), avec ses cirques et ses montagnes, ses sources et ses cascades, ses rivages de sable blanc et de sable noir, son volcan actif et ses fougères arborescentes endémiques, ses forêts de cryptomérias, ses flamboyants en fleurs l'été, ses champs de canne à sucre et ses vanilliers ; avec ses mangues, ses ananas, ses papayes, ses letchis et ses goyaviers ; avec son ciel d'un bleu intense, son océan sur lequel se découpent les feuilles vertes de ses palmiers, son océan que, lorsque je l'admire, seul, parfois, j'imagine allant laisser apparaître bientôt à son horizon l'un de ces navires d'autrefois… La Réunion. C'est ici que nous Zarabes sommes allés à la medersa, y avons côtoyé d'autres enfants musulmans, que nous rencontrons toujours et qui prient aujourd'hui à côté de nous dans les mosquées de l'île. C'est ici que nous sommes allés à l'école publique, y avons côtoyé d'autres enfants, non-musulmans, dont certains sont devenus nos amis (sadîq). La Réunion. La Réunion du XXè siècle, un des départements ultramarins de la France. La Réunion du XXIè siècle, "région ultra-périphérique d'Europe", qui se cherche et projette son existence dans les incertitudes des temps qui viennent, et qui appréhende l'avenir avec une croissance démographique très forte (taux d'accroissement naturel : 1,5 %), une population très jeune (plus de 36 % de celle-ci étant constitués des moins de 20 ans, lesquels sont, qui plus est, en perte de repères), à quoi s'ajoute le problème du chômage, dont le taux bat des records (entre 30 et 40 % des actifs)... une réunion d'ingrédients paraissant pour le moins explosive à moyen terme ; wallâhu-l-musta'ân.

Personnellement l'auteur de ces lignes ne peut omettre Madagascar, où son père ainsi que sa grand-mère paternelle sont nés et ont grandi, et où son grand-père paternel a vécu plusieurs années de sa vie. En effet, si mon grand-père ("Dâdâ") Ahmad est né vers 1913 à Surat, un des ports du Gujarat, un jour il a, à la suite de son père Ghulâm Hussein, détenteur d'un passeport britannique, embarqué pour Madagascar. (Surat était autrefois un port très important, ouvert sur le monde, d'où partaient pour l'étranger coton, tissus et autres denrées ; autrefois, même des pèlerins pour la Mecque embarquaient là, et Shâh Waliyyullâh de Dehli n'a pas échappé à la règle.) Ma grand-mère paternelle ("Dâdî"), Aïcha, elle, a vu le jour à Madagascar, d'un père d'origine indienne et d'une mère malgache convertie à l'islam, répondant auparavant au prénom de Marie-Cécile. Et c'est à Toamasina (Tamatave) que mon père naquit, un jour de l'an 1942. Mon père m'a raconté qu'alors il était enfant, il a, en bateau, à la suite de son père et en compagnie de deux de ses frères, effectué un périple les ayant amenés à longer la côté africaine (avec une escale notamment à Zanzibar), à débarquer à Djedda (pour ensuite aller effectuer un pèlerinage à la Mecque), puis à Surat, où il a  séjourné quelque temps dans la ville, a même donné un coup de main pour cueillir le coton dans les champs environnants, avant de retourner un peu plus tard à Madagascar... Mais il était écrit qu'il viendrait un jour s'installer dans l'île voisine de la Réunion, y ayant été appelé pour des raisons sportives (il était alors gardien de buts de haut niveau)...

Pour en revenir à notre propos général, tout ce que nous avons vu jusqu'à présent permet de dire que nous sommes de religion musulmane et de nationalité française ("français musulman" / "musulman français") ; quant à notre culture, elle est triple : franco-européenne, indienne et créole.

Et nous entendons vivre pleinement ces différents aspects de notre identité… Concrètement qu'est-ce que cela signifie, et quelle différence y aura-t-il par rapport à des musulmans vivant dans un autre pays et /ou ayant une autre origine ? Pour l'aspect général, il faut ici lire notre autre article, Universalité de l'islam et pluralité des cultures musulmanes, pour découvrir en quels domaines la culture des musulmans doit être la même où qu'ils se trouvent sur terre, et en quels domaines les musulmans peuvent créer une culture originale, différente de celle de leur coreligionaires habitant ailleurs. De façon plus concrète, ensuite, cela demande a être développé ci-après, au travers des 6 points cités plus haut...

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E) Comment chercher à vivre concrètement les 6 points énumérés plus haut ?

– Nos croyances (qui constituent le point 2 cité plus haut), nous les prenons des textes de l'islam : je crois en l'unicité de Dieu et que Muhammad est Son Dernier Messager ; je crois qu'une vie existe après la mort ; je crois que la vie sur terre a pour but de permettre l'épreuve ; je crois que Dieu me demandera des comptes pour ce en quoi j'aurai cru et pour ce que j'aurai fait, dit et pensé. Les croyances du musulman doivent être les mêmes où qu'il se trouve sur terre. Je délaisse donc toutes sortes de croyances qui ne sont pas enseignées par l'islam, qu'elles soient d'origine indienne ou qu'elles fassent partie du folklore réunionnais.

Nos repères éthiques et moraux (le point 3), nous les prenons aussi de l'islam. Et nous sommes heureux d'avoir de tels repères, dont la pertinence se fait particulièrement sentir aujourd'hui, à un moment où les possibilités techniques offrent à l'individu et à la société des alternatives qui donnent le vertige, et où nombre de nos concitoyens ne savent plus à quoi dire oui et à quoi dire non. Notre citoyenneté étant française, si c'est aux sources de l'islam que nous nous référons (tahkîm), nous respectons également la loi française : cliquez ici pour en savoir plus. Et nous désirons en même temps faire entendre notre voix, pour apporter notre contribution, ou pour dire par exemple d'une loi qu'elle nous semble injuste, et ce dans la mesure où, citoyens à part entière (et non de seconde zone) de ce pays, nous avons nous aussi le droit de faire ce que nos concitoyens non-musulmans font.

– Nous adorons Dieu l'Unique, conformément à la nature qu'Il nous a donnée et que Ses Messagers sont venus nous rappeler, et nous le faisons en suivant les modes enseignés par Son Dernier Messager. Ceci correspond au point 4.

– Nous, Zarabes réunionnais, considérons l'école hanafite comme le cadre général de ces points 3 et 4, percevant cela comme un facteur supplémentaire de stabilité, comme l'a écrit Shâh Waliyyullâh ("Il y a en cela des bienfaits qui sont clairs, spécialement aujourd'hui où les ardeurs à l'effort ont diminué, où les âmes s'adonnent abondamment à la recherche du plaisir, et où chacun se complaît dans son avis personnel") : en effet, on peut voir aujourd'hui certains frères vivant ailleurs ne plus savoir à quel avis donner préférence tellement parfois il y a d'interprétations différentes et qui sont toutes argumentées ; résultat : ils deviennent soit littéralistes, soit laxistes. Personnellement l'auteur de ces lignes a cependant une conception souple (et non pas rigide, mutassallib) du fait de suivre une école, comme Shâh Waliyyullâh même l'a par ailleurs enseigné, et comme le fait aujourd'hui Khâlid Saïfullâh.

– Pour ce qui est du point 6 – connaître nos origines et nos racines, et savoir qui sont nos ancêtres –, nous en avons déjà parlé plus haut.

– Quant à notre culture – le point 7 –, nous l'avons également déjà dit plus haut, elle est franco-européenne, indienne et créole. Ceci signifie que si d'une part je n'ai pas envie de me couper de mes origines, d'autre part je ne veux pas non plus vivre comme un indien en oubliant que je suis à la Réunion, département de la France et région ultra-périphérique de l'Union européenne. Concrètement, cela signifie que primo je fais une distinction, dans tout ce dont j'ai hérité, entre les éléments réellement religieux (ta'abbudî, au sens, large, où l'islam entend ce dernier terme : cliquez ici pour le découvrir) et les éléments traditionnels ('âdî) indiens ; et que secundo, même si ces derniers éléments sont ainsi relativisés (car renvoyés à la sphère des 'âdât – à propos duquel l'islam laisse latitude à chacun –), je ne cherche pas à les abandonner dans leur ensemble mais à, ici, marier intelligemment les éléments 'âdî issus de l'une et de l'autre culture : indienne, française et réunionnaise ; et à, là, vivre des éléments par intermittence : par exemple tantôt des repas français, tantôt des mets indiens, tantôt des "carris" créoles. Enfin, tertio je tente, dans ma façon de vivre ces trois sources de ma culture, de conjuguer les éléments de la tradition à ceux de la modernité, selon la fameuse formule de Abu-l-Hassan 'Alî an-Nadwî : "al-jam' bayn al-qadîm is-sâlih wa-l-jadîd in-nâfi'", sachant que tout ce qui est ancien n'est ni forcément dépassé, ni systématiquement bon ou adapté au temps actuel ; de même que tout ce qui est moderne n'est ni obligatoirement bon ni nécessairement à rejeter... Ceci est possible notamment parce que je fais une différence entre les sunna 'âdiyya – qui correspondent entre autres à ce que le Prophète a fait de telle manière parce que cela relevait de la pure tradition de son pays et de son temps – et les sunna ta'abbudiyya – qui sont, elles, universelles (cliquez ici, ici et ici pour en savoir plus) : les sunna 'âdiyya sont mubâh (c'est l'avis que je partage), et je peux donc tout à fait adopter d'autres formes pour mettre en pratique la règle qui les sous-tend, du moment que je respecte alors les sunna ta'abbudiyya.

Il peut même y avoir une interaction entre la culture que je vis et certains éléments ta'abbudî mukhtalaf fîh : cliquez ici et ici pour en savoir plus. Et comme nous l'avions dit plus haut et comme le montre l'article auquel renvoie ce dernier lien, tout ceci engendre une pluralité des cultures musulmanes : je suis musulman et je me réfère aux Coran et Sunna, mais ma culture n'est pas en tous points la même que celle d'autres musulmans qui vivent dans d'autres pays, et ce bien qu'eux aussi se réfèrent aux Coran et Sunna.

– Enfin, quel engagement – c'est le point 8 – adopter à la Réunion ? Il y a des frères et sœurs engagés dans la diffusion des sciences musulmanes, d'autres dans le Tabligh, d'autres encore dans la promotion de l'authentique spiritualité musulmane, le soufisme... Il en est également qui sont engagés dans le domaine social, tandis que ceux-là le sont dans le domaine associatif... Ceux-ci, encore, ont des affinités avec le mouvement altermondialiste, ceux-là, par ailleurs, avec les idées écologistes ou celles du développement durable. D'autres, enfin, adhèrent à des associations d'action en faveur du Tiers-monde et du Quart-monde... Que dire sinon que du moment que sa mise en pratique respecte les orientations et les limites offertes par nos sources (Coran et Sunna) et que l'intention qui anime la personne est d'agir pour plaire à Dieu en faisant le bien des hommes, tout engagement est le bienvenu.

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F) Le mot de la fin :

"Les hommes c'est comme les arbres : sans racines, ils ne tiennent pas debout", disions-nous au début de cet article.

Toi, indo-musulman de la Réunion, tu n'es pas déraciné. Tu es au contraire bien enraciné. Tu es même un arbre qui a plus de chances de s'épanouir, car tu es greffé, donc plus vigoureux et donnant des fruits meilleurs et plus nombreux. Ton arbre est greffé, car s'il a ses racines au Gujarat, en Inde, il s'est transporté de lui-même dans le sol réunionnais, où il a reçu un greffon local ; alors, enraciné dans ce sol, il a parfois été arrosé par les pluies de la Réunion et a parfois dû supporter les durs rayons de son soleil ; ici il a tantôt été bercé par son alizé et a tantôt dû résister à ses vents cycloniques. Mais il a su, par la Grâce de Dieu, se développer et tendre ses branches dans le ciel réunionnais. Car les "Zarabes" sont une partie intégrante de la population réunionnaise, et même une de ses cinq composantes principales, au point qu'un compositeur créole a pu écrire :
"Cafres, Malbars, Chinois, Zarabes,
Yabs, nous l'est Réunionnais."

Les mosquées que ces Zarabes ont construites par la grâce de Dieu font partie du paysage des plus grandes villes de l'ancienne île Bourbon. Nous avions également relevé, au début de l'article, que les Zarabes avaient apporté leur contribution au développement socio-économique de l'île.

Oublier son origine, ce serait oublier son passé, ne pas avoir de mémoire et se couper d'une partie de soi-même. Ce serait se couper de ses racines. Mais, à l'inverse, se crisper sur son origine et ne pas prendre conscience que l'on ne vit pas en Inde mais dans une région ultra-périphérique d'Europe, et que sa culture est un arbre greffé, ce serait aussi se couper d'une partie de soi-même, et ce serait empêcher son développement et son épanouissement ; ce serait, enfin, ne pas appréhender le présent et l'avenir avec intelligence. Ce serait couper ses propres branches.

De même, être fier de son origine et de sa culture au point non plus d'y être attaché mais de mépriser d'autres personnes d'autres cultures et d'autres origines (converties, comoriennes ou mahoraises), qui vivent à ses côté sur la même île, ce serait faire preuve d'un complexe de supériorité, voire même de racisme. Et ce serait indigne de gens qui se veulent fidèles au message du Prophète. Combien de fois ai-je entendu certains frères disant suivre la Sunna et être sur la voie des ulémas de l'Inde lâcher sur un ton de condescendance, voire de mépris, un "Malgaches !" ou un "Mauriciens !" à propos d'indo-musulmans comme eux mais nés à Madagascar ou à l'île Maurice ; quelle bêtise, et quel manque de compréhension de ce qu'est la Sunna ! Et tandis que dans le point C, plus haut, était relaté l'extrême consistant à refuser qu'on s'affilie à une origine et à une culture, ici ce serait un autre extrême : être fier de son origine ou de sa culture au point de se sentir supérieur à un autre.

Jeune indo-musulman de la Réunion, je te propose ces lignes et ces mots pour (re)découvrir ton identité et (ré)inventer une façon d'en vivre les multiples composantes. Jeune indo-musulman réunionnais, reste hanafite, mais cherche, questionne, comprends comment s'actualisent les principes de l'islam ; comprends les causes des divergences d'opinions et d'interprétations entre les ulémas ; comprends la différence entre tradition et religion ; n'oublie pas d'aimer et de respecter tes parents ; n'oublie pas le respect des ulémas et des personnes âgées (même s'ils ne te comprennent pas et te tiennent parfois des mots durs et décourageants) ; sois poli vis-à-vis de tout le monde : tes parents, tes professeurs de medersa et d'école, tes voisins ; sois poli, modeste et travailleur ; travaille bien à l'école et à l'université, aie des idées claires quant au métier que tu veux faire plus tard, et agis dans cette voie ; vois combien le monde est en mutation, garde les yeux ouverts, aie une curiosité saine et sans limites ; apprends à être débrouillard ; cherche à vivre tes multiples racines dans ta vie quotidienne ; essaie d'acquérir des bases en langues arabe et urdu ; organise à plusieurs, si tu le peux, et dans un cadre de sécurité, des voyages humanitaires et / ou culturels au pays de tes ancêtres ; enfin, n'oublie pas d'aimer Dieu de tout ton cœur, de Lui demander tout ce dont tu as besoin, de te confier à Lui pour tes problèmes et de t'en remettre à Sa sagesse quant à ce qu'Il nous a dit…

Saurons-nous réinventer un équilibre entre les différentes sources de notre identité ? Je dis bien "réinventer", car nos grands-parents ont su, eux, inventer une façon d'être et de faire par rapport à leur temps, et il ne s'agit que de réaliser un nouvel équilibre, qui tienne compte des nouvelles réalités de la société dans laquelle nous vivons. Saurons-nous le faire ? Dieu seul le sait, et l'avenir nous le montrera… Un point qu'il est ici important de rappeler est que les Réunionnais ont donné corps à une société où, jusqu'à aujourd'hui, c'est une laïcité apaisée et "neutre" qui existe, différente de la laïcité-religion-sans-transcendance (avec ses sanctuaires et ses fondamentalistes) qui existe en Métropole. Toutes les communautés de l'île y ont participé et le vivent ; parlant des indo-musulmans réunionnais précisément, l'auteur de l'article suscité du Figaro écrit : "Pas à pas, au fil d'une histoire, qui a certes connu quelques heurts, mais globalement sereine, ils ont construit leur propre modèle d'intégration, à mi-chemin entre le communautarisme britannique et celui, assimilationniste, prôné en métropole" (fin de citation). Puissent les choses ne pas se gâter avec l'importation d'une laïcité radicale et intégriste... Les musulmans réunionnais d'aujourd'hui doivent apporter leur contribution, en partenariat avec d'autres créoles, pour également le maintien de cette originalité de leur île.

L'auteur de ces lignes aimerait un jour – si Dieu le veut – pouvoir planter cinq arbres côte à côte : un dattier, un sapin, un filaos, un cocotier et un ravenale (arbre du voyageur).
Un dattier parce qu'il pourrait symboliser Médine et donc l'islam, qui est ma foi, ma religion et la source de mes principes éthiques et moraux. Un sapin comme référence à la France, parce que je suis français et qu'une grande partie de ma culture est française. Un filaos comme symbole de la Réunion, où il est présent depuis le littoral – bordant les vagues de l'océan – jusqu'au sommet des montagnes, parce que je suis né à la Réunion et que ma culture est aussi réunionnaise. Un cocotier comme témoignage de mes origines indiennes et comme trace de l'indianité dans ma culture. Enfin un arbre du voyageur parce que c'est un peu un symbole de Madagascar, que j'ai une arrière-grand-mère malgache et que c'est sur cette terre qu'est né mon père.

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G) Personnellement l'auteur de ces lignes aimerait exprimer ici ses pensées et sa gratitude

– A la mémoire de ceux de mes ancêtres qui ont choisi l'islam.

– A la mémoire de mes trois grands-parents que Dieu a déjà rappelés à Lui et dont les corps reposent dans la terre réunionnaise : mon "Dâdâ", ma "Dâdî" et mon "Nânâ". Que Dieu leur fasse miséricorde et illumine leur tombe.

– A ma grand-mère maternelle, ma "Nânî".

– A mon Papa et ma Maman. "Que Dieu fasse acte de miséricorde à leur égard, eux qui se sont occupés de moi tout petit."

– A ma tante maternelle Fatma.

– A mes frères et sœur.

– A mon épouse et nos enfants. "Que Dieu fasse d'eux la fraîcheur de mes yeux."

– Aux ulémas qui, assis sur des petits tapis dans une Dâr ul-'ulûm – Institut de théologie musulmane –, dans une petite ville du Gujerat, m'ont enseigné un petit quelque chose des sciences de l'islam : Cheikh Abdullâh Patel, Cheikh Sayyid Ab'râr Ahmad (que Dieu lui fasse miséricorde), Cheikh Sayyid Dhu-l-Faqâr, Cheikh Sheir Ali, Cheikh Ya'qûb Dessaï (que Dieu lui fasse miséricorde), Muftî Shams-ud-dîn, Cheikh Muhammad Iqbâl, Cheikh Qârî Muhammad Siddîq, Cheikh Abû Bakr, Cheikh Yûssuf, Muftî Muhammad Aslam, Cheikh Abdullâh Kâwî, Cheikh Bashîr Khânpûrî, Cheikh Abd ur-Rashîd Khânpûrî, Cheikh Rashîd de Dewla, Cheikh Qâssim Ingar, Cheikh Ayyûb de Kossâdî, Cheikh Qâssim Dessaï...

– A la mémoire de Shâh Waliyyullâh, de Cheikh Qâssim Nânôtwî, de Cheikh Rashîd Ahmad Gangôhî, de Cheikh Ashraf 'Alî Thânwî, de Cheikh Muhammad Ilyâs, de Cheikh Hifz ur-Rahmân Syôhârwî, de Cheikh Abu-l-Hassan 'Alî an-Nadwî. A Cheikh Khâlid Saïfullâh Rahmânî... Ulémas indiens qui ne sont pas directement mes professeurs (la plupart de ceux d'entre eux qui ne sont plus de ce monde avaient d'ailleurs déjà quitté celui-ci avant que je ne voie le jour), mais dont je suis redevable des efforts et des travaux à plus d'un égard.

Que Dieu fasse qu'un jour nous puissions, toutes ces personnes et moi, nous rencontrer dans les Jardins d'Eden, au pied desquels coulent les rivières.
Là se trouve notre véritable patrie.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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