Les sunna ta'abbudiyya à propos de l'utilisation de la main droite et de la main gauche ; du pied droit et du pied gauche - Et à propos de commencer par le côté droit ou par le côté gauche

Ce qui suit constitue des sunna ta'abbudiyya : on ne doit donc aucunement dire que cela n'a aucune importance.

Il est vrai que certaines des sunna ta'abbudiyya qui vont suivre sont obligatoires (wâjib), tandis que d'autres sont seulement recommandées (mustahabb).
Cependant, une action ta'abbudî qui est seulement recommandée (mustahabb), même si dans le concret ('amalan) on a le droit (jawâz) de ne pas la pratiquer parce que justement elle est seulement recommandé (mustahabb), en revanche dans sa croyance ('aqîdatan) on a le devoir (wujûb) de la considérer dûment recommandée (عقيدة استحبابه: واجبة).
On ne peut donc même pas dire que pratiquer ce genre d'actions ou ne pas les pratiquer, les deux sont du même niveau.
Oui, par contre
, on peut, et on doit dire qu'il est impératif de prendre en compte les différents degrés des actions, et donc de prendre en considération, dans l'enseignement (ta'lîm), dans le rappel (tadhkîr) et dans l'éducation (tarbiya), les priorités entre ce qui est obligatoire et ce qui n'est que recommandé (lire nos articles : Comprendre les priorités ; et Comprendre la progressivité).

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Ainsi, porter les aliments à sa bouche par le biais de sa main droite et non pas de sa main gauche est une sunna ta'abbudiyya : c'est un élément (juz') ta'abbudî au sein de toute l'action ('amal) "manger".

Par contre, manger avec ses doigts, cela est une sunna 'âdiyya. On peut donc tout aussi bien manger avec les doigts de sa main droite qu'avec une cuillère tenue dans sa main droite, ou des fourchettes tenues dans sa main droite : tout cela est du même niveau (si on est, comme moi, de l'avis selon lequel pratiquer les sunna 'âdiyya est seulement mubâh). Par contre on ne doit jamais se moquer de, ni tenir des propos de rejet ou de mépris à propos d'une façon de faire du Prophète, fût-elle seulement sunna 'âdiyya.

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La droite a une prééminence sur la gauche parce que :

- La Main Droite de Dieu est meilleure encore que Son Autre Main (bien qu'aucune des deux soit gauche) :
"عن أبي هريرة قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "لما خلق الله آدم ونفخ فيه الروح، عطس، فقال: الحمد لله؛ فحمد الله بإذنه. فقال له ربه: رحمك الله يا آدم! اذهب إلى أولئك الملائكة، إلى ملإ منهم جلوس، فقل: السلام عليكم. قالوا: وعليك السلام ورحمة الله. ثم رجع إلى ربه، فقال: إن هذه تحيتك وتحية بنيك بينهم. فقال الله له ويداه مقبوضتان: اختر أيهما شئت. قال: اخترت يمين ربي، وكلتا يدي ربي يمين مباركة. ثم بسطها فإذا فيها آدم وذريته، فقال: أي رب، ما هؤلاء؟ فقال: هؤلاء ذريتك، فإذا كل إنسان مكتوب عمره بين عينيه، فإذا فيهم رجل أضوؤهم - أو من أضوئهم - قال: يا رب من هذا؟ قال: هذا ابنك داود قد كتبت له عمر أربعين سنة (...)" : dans ce hadîth, où il est fait mention du moment qui a suivi la création de Adam, il est dit : "Alors Dieu lui dit, alors que Ses Deux Mains étaient fermées : "Choisis celle des deux que tu veux." Il dit : "J'ai choisi la Main Droite de mon Seigneur. Et les Deux Mains de mon Seigneur sont Droites." Ensuite Il l'ouvrit. Voilà qu'il s'y trouvait Adam et sa descendance. (Adam) demanda : "Seigneur, que sont ceux-là ?" (Dieu) dit : "Ceux-là sont ta descendance". (...)" (at-Tirmidhî, 3368).
"إن المقسطين عند الله على منابر من نور عن يمين الرحمن، وكلتا يديه يمين. الذين يعدلون في حكمهم و أهليهم و ما ولوا" : "Ceux qui auront été justes seront auprès de Dieu le jour de la résurrection, sur des chaires de lumière, à la droite du Miséricordieux. Et Ses Deux Mains sont Droites. (Il s'agit de) ceux qui auront été justes dans les jugements qu'ils auront rendus, à propos de leur famille, et dans les responsabilités qu'ils auront eues" (Muslim, 1827).
Ibn Taymiyya écrit : "Les textes traitant de la plus grande valeur (fadhl) de telle Parole de Dieu par rapport à une autre, et même de la plus grande valeur (fadhl) de certains Attributs (de Dieu) par rapport à d'autres : sont nombreux" (MF 17/89). Plus loin le savant damascain écrit : "Mention des Deux Mains est présente dans plusieurs hadîths. Dans (ces hadîths), il est aussi dit que toutes les deux sont Droites, avec une plus grande valeur donnée à la Droite" (MF 17/92-93).

- Dieu a nommé les habitants du Paradis : "Les Gens de la Droite", et les habitants de la Géhenne : "Les Gens de la Gauche" (voir Coran, sourate 56, Al-Wâqi'a).

- Dieu a créé l'homme selon Ses Attributs :
"عن أبي هريرة، عن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "خلق الله آدم على صورته، طوله ستون ذراعا
: "Dieu a créé Adam selon sa sûra. Sa taille était de 60 coudées. (...)" (al-Bukhârî 5873, Muslim 2841). Ibn ul-'Arabî dit qu'il s'agit d'Attributs de Dieu, d'autres ulémas qu'il s'agit de l'apparence de Dieu (Que signifie que Dieu a créé Adam selon Sa Sûra ?).
La prééminence du droit sur le gauche est universelle. Cela ne signifie pas que les gauchers (entre 10% de la population et plus) seraient malchanceux, ou moins bénis. Cela signifie seulement que dans l'esprit humain, "la droite" et "la gauche" ne sont pas tout à fait équivalentes. On en retrouve trace même dans le langage humain (dont le fondement est inspiré par Dieu). En effet, dans au moins certaines langues, l'adjectif "droit" désigne tout à la fois le côté droit et ce qui est juste : c'est le cas en français ("le côté droit", "le droit chemin"), en anglais ("the right side", "the right path"), en urdu ("sîdhâ hâth", "sîdhî bât")... On dit aussi : "Ce qu'il est gauche !"

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A) Les actions sont de deux types, selon qu'elles concernent les deux organes qu'on a par paire (les deux mains, les deux pieds, les deux bras, etc.) ou selon qu'elles concernent un seul organe (une seule des deux mains, etc.) :

Ces deux catégories, nous allons les aborder de façon détaillée ci-après...

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A.1) L'action que l'on fait avec une seule main, faut-il utiliser pour la faire : sa main droite, ou bien sa main gauche ?

(Par exemple porter les aliments à sa bouche ; tenir une copie du Coran ; se purifier après avoir fait ses besoins ; etc.)

La façon sunna est :
- d'utiliser sa main droite pour accomplir les actions nobles ou toucher les choses nobles ;
- et d'utiliser sa main gauche pour accomplir les actions viles ou toucher les choses sales (quand on a vraiment besoin de les toucher).

"عن عائشة، قالت: كانت يد رسول الله صلى الله عليه وسلم اليمنى لطهوره وطعامه، وكانت يده اليسرى لخلائه وما كان من أذى" : Aïcha (que Dieu l'agrée) relate :
"
- La main droite du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) était (employée) pour ses ablutions et sa nourriture.
- Et sa main gauche était (employée) pour les toilettes et ce qui était sale"
(Abû Dâoûd, 33).

Or ceci n'est pas un goût personnel du Prophète (comme c'est le cas pour le fait qu'il aimait le sucré, etc.). Le Prophète n'a pas non plus fait ainsi parce que ce serait la coutume arabe (comme c'est le cas pour le port du turban, etc.). Il n'a même pas fait seulement par maslaha (comme c'est le cas quand il a frotté ses yeux, etc.). Il a bel et bien fait cela par ta'abbud. La preuve en est qu'il a laissé des impératifs sur le sujet...

"عن ابن عمر أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: لا يأكلن أحد منكم بشماله، ولا يشربن بها، فإن الشيطان يأكل بشماله، ويشرب بها" : "Et qu'aucun de vous ne mange ni ne boive de la main gauche ; car le Diable mange et boit de la main gauche" (Muslim, 2020).
"عن سلمة بن الأكوع أن رجلا أكل عند رسول الله صلى الله عليه وسلم بشماله، فقال: "كل بيمينك." قال: "لا أستطيع." قال: "لا استطعت!" ما منعه إلا الكبر. قال: فما رفعها إلى فيه : Mangeant en compagnie du Messager de Dieu, un homme utilisa pour ce faire sa main gauche. Le Prophète lui dit : "Mange de ta main droite." Il répondit : "Je ne peux pas" ; ce fut par orgueil (par rapport à l'impératif du Prophète) qu'il dit cela. Le Prophète lui dit alors : "Que tu ne puisses plus !" Il ne put ensuite plus lever sa main droite jusqu'à sa bouche
(Muslim 2021).
Certains ulémas sont d'avis que l'utilisation de la main gauche pour manger est seulement déconseillée (mak'rûh tanzîhî).
Cependant, d'autres ulémas (parmi lesquels ash-Shâfi'î) disent que utiliser sa main droite est obligatoire (wâjib), et donc qu'utiliser sa main gauche est interdit (mak'rûh tahrîmî). Et c'est ce second avis qui est pertinent, vu la menace formulée par le Prophète, et vu qu'il s'agit là d'une imitation du Diable en personne, ce qui est chose grave (Fat'h ul-bârî 9/647-648).

"، عن أبي قتادة قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: إذا شرب أحدكم فلا يتنفس في الإناء، وإذا أتى الخلاء فلا يمس ذكره بيمينه، ولا يتمسح بيمينه" : "(...) Et lorsque (l'un de vous) se rend aux lieux d'aisance, qu'il ne touche pas sa partie intime de sa main droite, et qu'il ne se nettoie pas par sa main droite" (al-Bukhârî, 152, Muslim, 267).

L'action de se brosser les dents (que ce soit par le bâtonnet du siwâk, qui est un morceau tendre de la racine du bois d'arak ou araq, du Salvadora persica ; ou que ce soit par un autre moyen) :
- si cette action relève des ablutions, il est alors mieux de tenir le bâtonnet dans sa main droite ;
- et si elle relève du fait de se nettoyer, il est alors mieux de tenir le bâtonnet dans sa main gauche (Radd ul-muhtâr, 1/234).
Ash-Shâmî trouve plus pertinente la seconde option (Ibid.). Ibn Taymiyya en est pour sa part persuadé (MF 21/108).

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A.2) Et l'action qui concerne les deux organes, par exemple le fait de marcher et d'entrer dans un lieu (ce qui se fait évidemment avec ses deux pieds) : Est-il mieux, pour entrer dans un lieu, de le faire du pied droit, ou du pied gauche :

La façon sunna est :
- d'entrer dans un lieu noble (comme la mosquée ou sa maison) avec le pied droit ;
- et d'entrer dans un lieu vil (comme les toilettes) avec le pied gauche.

"عن أنس بن مالك، أنه كان يقول: من السنة إذا دخلت المسجد أن تبدأ برجلك اليمنى، وإذا خرجت أن تبدأ برجلك اليسرى" : "Anas ibn Mâlik a dit : "Cela relève de la Sunna que, lorsque tu entres dans la mosquée, tu places d'abord ton pied droit, et, lorsque tu en sors, tu places d'abord ton pied gauche" (Al-Mustad'rak li-l-Hâkim, n° 791, authentifié par adh-Dhahabî) (voir aussi I'lâm us-sâjid bi ahkâm il-massâjid, p. 244 ; Fat'h ul-bârî 1/678).

Voir aussi Riyâdh us-sâlihîn, bâb n° 95, où an-Nawawî a cité un certain nombre d'actions de ce genre.

Cela est une sunna ta'abbudiyya qui est de niveau "recommandé" (mustahabb).

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A.2') Pareillement, l'objet que l'on utilise pour les deux organes, est-il mieux d'en commencer l'utilisation par le côté droit, ou bien par le côté gauche ?

Cela se pose lorsque cet objet présente deux côtés, qu'on va tous deux utiliser (par exemple sa chevelure, dont il s'agit de peigner le côté droit et le côté gauche ; ou des pantalons, qu'il s'agit d'enfiler ; etc.).

La façon sunna est de commencer par le côté droit.

"عن عائشة، قالت: كان النبي صلى الله عليه وسلم يحب التيمن ما استطاع في شأنه كله، في طهوره وترجله وتنعله" : Aïcha relate : "Le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) aimait le tayammun autant qu'il le pouvait dans tout ce qu'il faisait : quand il faisait ses ablutions, quand il se peignait et quand il se chaussait" (al-Bukhârî 416 etc., Muslim 268). Le terme "tayammun" ici employé désigne entre autres : le fait de commencer du côté droit.

Cette relation signifie donc qu'il aimait laver son bras droit avant son bras gauche ; chausser son pied droit avant son pied gauche ; peigner le côté droit de sa tête avant le gauche ; enfiler la manche droite de son habit avant la gauche.

Une nouvelle fois, ce n'était pas par goût personnel, ni pour suivre une éventuelle coutume arabe, ni même par maslaha, que le Prophète faisait ainsi. C'était par ta'abbud.

La preuve figure dans ce hadîth, où on trouve un impératif sur le sujet : "عن أبي هريرة، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: إذا لبستم، وإذا توضأتم، فابدءوا بأيامنكم" : Le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) a dit : "Lorsque vous vous habillez et lorsque vous faites les ablutions, commencez par le côté droit" (Abû Dâoûd 4141).

Cet impératif a valeur de "recommandation" (mustahabb), et non pas d'obligation (wâjib) (lire l'article : Extraire le niveau juridique en fonction du niveau de maslaha). Cependant, il s'agit malgré tout d'un hukm ta'abbudî, et nous avons dit plus haut que, dans la croyance ('aqîdatan) on a le devoir (wujûb) de considérer dûment recommandée une telle action (عقيدة استحبابه: واجبة) .

Ce hukm ta'abbudî s'applique dès que l'une des causes (asbâb) qui l'entraînent est pratiquée : dès qu'on s'habille, qu'on se peigne, qu'on se chausse, qu'on fait ses ablutions, que l'on fait quelque chose de "noble" où les deux côtés, droit et gauche, entrent en jeu.

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A') Une excellente synthèse des points évoqués en A, par Ibn Taymiyya :

"والأفعال نوعان:
أحدهما: مشترك بين العضوين.
والثاني: مختص بأحدهما.

وقد استقرت قواعد الشريعة على أن الأفعال التي تشترك فيها اليمنى واليسرى: تقدم فيها اليمنى إذا كانت من باب الكرامة، كالوضوء والغسل، والابتداء بالشق الأيمن في السواك ونتف الإبط، وكاللباس والانتعال والترجل، ودخول المسجد والمنزل والخروج من الخلاء ونحو ذلك.
وتقدم اليسرى في ضد ذلك، كدخول الخلاء وخلع النعل والخروج من المسجد.

والذي يختص بأحدهما: إن كان من باب الكرامة كان باليمين، كالأكل والشرب والمصافحة ومناولة الكتب وتناولها ونحو ذلك.
وإن كان ضد ذلك كان باليسرى، كالاستجمار ومس الذكر والاستنثار والامتخاط ونحو ذلك"
(MF 21/108-109).

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B) Les gens se trouvant à sa droite, et les gens se trouvant à sa gauche : S'agit-il de donner priorité aux gens qui se trouvent à sa droite, ou bien aux gens répondant à d'autres critères, fussent-ils à sa gauche ?

Cela par exemple lorsqu'on va servir quelque chose aux gens présents : qui servir le premier ?
Ou bien lorsque le passage est étroit et que plusieurs marcheurs ont besoin de l'emprunter dans le même sens : qui passera le premier ?

"عن أنس بن مالك رضي الله عنه أنها حلبت لرسول الله صلى الله عليه وسلم شاة داجن، وهي في دار أنس بن مالك، وشيب لبنها بماء من البئر التي في دار أنس. فأعطى رسول الله صلى الله عليه وسلم القدح، فشرب منه. حتى إذا نزع القدح من فيه، وعلى يساره أبو بكر، وعن يمينه أعرابي. فقال عمر - وخاف أن يعطيه الأعرابي - : أعط أبا بكر يا رسول الله عندك. فأعطاه الأعرابي الذي على يمينه، ثم قال: الأيمن فالأيمن" : Une dame de la maison Anas ibn Mâlik a trait une chèvre pour le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue), puis a mélangé le lait obtenu à de l'eau provenant du puits de la maison. Le Prophète prit le récipient dans lequel cela fut servi, et en but. Or à sa droite se trouvait un bédouin, et à sa gauche Abû Bakr. Omar ibn ul-Khattâb, craignant que le Messager de Dieu fasse circuler le récipient à partir de sa droite, lui dit : "Messager de Dieu, donne-le à Abû Bakr". (Mais) le Prophète donna bien le récipient à l'homme qui se trouvait à sa droite : le bédouin. Et il dit : "A celui qui est à droite, puis à celui qui est à droite" (al-Bukhârî 2225, Muslim 2029, et autres.). Al-Bukhârî a titré sur une des versions de ce hadîth : "باب الأيمن فالأيمن في الشرب" : "Du fait que, dans le boire, c'est celui qui se trouve à droite puis celui qui se trouve à droite (qui mérite d'être servi en premier)" (Al-Jâmi' us-sahîh, kitâb ul-ashriba, bâb 18).

"عن سهل بن سعد رضي الله عنه، قال: أتي النبي صلى الله عليه وسلم بقدح، فشرب منه. وعن يمينه غلام أصغر القوم، والأشياخ عن يساره. فقال: يا غلام أتأذن لي أن أعطيه الأشياخ؟ قال: ما كنت لأوثر بفضلي منك أحدا يا رسول الله، فأعطاه إياه" : Le Prophète (sur lui la paix) était une fois assis avec des Compagnons. Or à sa droite se trouvait un jeune homme, et à sa gauche des hommes plus âgés. Ayant bu dans un récipient, et étant donné le principe qu'il avait lui même énoncé de la priorité à droite, il demanda au jeune homme si celui-ci voulait bien délaisser la priorité qui lui revenait de fait et lui permettre de faire passer le récipient aux gens âgés qui se trouvaient à sa gauche ; il lui dit donc : "Permets-tu que je serve les plus âgés ?" Mais le jeune Compagnon lui dit gentiment : "Non, par Dieu, je ne voudrais pas donner priorité à quelqu'un pour la part qui me revient de toi." Le Prophète plaça alors le récipient dans sa main (al-Bukhârî 2224, Muslim 2030).

En fait, cette priorité revenant à celui qui est à droite est due lorsque celui qui boit, il y a des gens assis à sa droite et d'autres à sa gauche. En effet, dans ce cas où il y a un homme d'importance (par exemple le chef de la maison, ou l'invité d'honneur du repas) et qu'il y a des personnes à sa droite et d'autres à sa gauche, c'est l'homme le plus important qui sera servi le premier, et, après lui, c'est le critère d'être à droite qui l'emportera sur celui d'être plus âgé : celui qui est à droite aura alors priorité sur celui qui est plus âgé.

Par contre, la priorité ira au plus âgé dans le cas où il n'y a pas de chef dans l'assemblée, ou bien où il y en a un mais toutes les personnes sont placées en face de lui (et pas les unes à sa droite et les autres à sa gauche), ou bien où il y en a un et les autres personnes sont toutes à sa gauche : dans tous ces cas, ce sera le chef (s'il y en a un), et puis le plus âgé qui méritent d'être servis en premier. Car il existe un autre hadîth du Prophète (sur lui soit la paix) où on lit que lorsqu'il donnait à boire, il disait : "Commencez par le plus âgé" : "عن ابن عباس قال كان رسول الله صلى الله عليه وسلم إذا سقى قال: ابدءوا بالكبير" (Abû Ya'lâ : Fat'h ul-bârî 10/109).
Pour plus de détails, lire notre article : "Les principes de la Sunna pour les relations entre jeunes et plus âgés".

Ibn Hajar écrit ainsi : "ويجمع بأنه [أي تقديم الأكبر] محمول على الحالة التي يجلسون فيها متساوين إما بين يدي الكبير [أي الرئيس] أو عن يساره كلهم أو خلفه أو حيث لا يكون فيهم [رئيس فتخص هذه الصورة من عموم تقديم الأيمن [ففي هذه الصورة يقدم الأكبر، لا الأيمن]. أو يخص من عموم هذا الأمر بالبداءة بالكبير ما إذا جلس بعض عن يمين الرئيس وبعض عن يساره: ففي هذه الصورة يقدم الصغير على الكبير والمفضول على الفاضل [بسبب أنهما على اليمين]. ويظهر من هذا أن الأيمن ما امتاز بمجرد الجلوس في الجهة اليمنى، بل بخصوص كونها يمين الرئيس؛ فالفضل إنما فاض عليه من الأفضل" : Fat'h ul-bârî 10/109).

Cependant, quelle est la règle (hukm ta'abbudî) lorsque, face à un passage trop étroit, plusieurs personnes arrivent en même temps avançant dans la même direction et qu'il y a, parmi elles, une qui est plus âgée et une autre qui se trouve tout à droite : à qui reviendra alors la priorité :
- à la plus âgée d'entre elles ?
- ou bien à celle qui se trouve tout à droite parmi elles ?
Lequel des deux critères l'emporte ici sur l'autre ?
Je ne sais pas (لا أدري).

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B') Les gens à la droite et les gens à la gauche de l'imam lors de la prière rituelle accomplie en congrégation (jamâ'ah) :

Le premier principe est que la première rangée a plus de valeur que la seconde, la seconde plus que la troisième, et ainsi de suite. Et donc qu'on devra compléter intégralement la rangée de devant (la place restante fût-elle à gauche) avant de chercher à se placer dans la rangée qui suit (fût-ce à droite).

Le second principe est que dans toute rangée, la partie de droite (par rapport au imam) et la partie de gauche (par rapport au imam) doivent être équilibrées. C'est-à-dire qu'il est hors de question d'avoir, par rapport à la position qu'occupe le imam, une rangée remplie totalement sur sa partie droite, mais quasiment vide sur sa partie gauche ! Dans une rangée donnée, les deux parties, par rapport au imam, doivent être équilibrées.

Le troisième principe (d'après certains ulémas) est que la place se trouvant à droite de celle se trouvant dans le prolongement de celle de l'imam, cette place est meilleure que la place de même "numéro" se trouvant à gauche. Je dis bien "d'après certains ulémas", car le hadîth induisant cela est bon (hassan) d'après certains, mais faible (dha'îf) d'après d'autres.
Ceci signifie que la meilleure place dans une rangée donnée, c'est celle qui est située dans le prolongement de la place de l'imam. Puis vient la première place qui se trouve juste à la droite de celle-ci ; puis la première place qui se trouve juste à gauche de la place derrière l'imam. Ensuite vient la seconde place à droite de la place derrière l'imam ; puis la seconde place à gauche de la place derrière l'imam. Etc.
Par la suite, quand la première rangée est complète, on recommence de même avec la seconde rangée : la meilleure place est celle qui est située dans le prolongement de la place de l'imam. Puis vient la première place qui se trouve juste à la droite de celle-ci ; puis la première place qui se trouve juste à gauche de celle-ci. Etc.

Ces 3 principes figurent dans les 3 hadîths suivants :
--- "عن أنس بن مالك، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: أتموا الصف المقدم، ثم الذي يليه؛ فما كان من نقص فليكن في الصف المؤخر" : "Complétez la rangée de devant, puis celle qui la suit. Tout manquement qu'il y a doit être dans la rangée postérieure" (Abû Dâoûd, 671).
--- "وسِّطوا الإمام" : "Placez le imam au centre" (Abû Dâoûd, 681, dha'îf d'après al-Albânî).
--- "إن الله وملائكته يُصَلُّوْنَ على ميامن الصفوف" : "Dieu et Ses Anges bénissent les côtés droits des rangées" (Abû Dâoûd, 676, l'authenticité de ce hadîth fait cependant l'objet d'avis divergents : il est dha'îf d'après al-Albânî).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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