Devoirs de l'épouse en islam (2/3)

(Cet article ne s'adresse qu'aux femmes, il n'est pas destiné à être lu par les frères en islam. Lire au préalable : Pour l'épouse comme pour le mari : considérer en priorité ses devoirs plutôt que ses droits).

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En islam, à la femme s'adresse un certain nombre de devoirs spécifiques :

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1) Dieu a dit : "الرِّجَالُ قَوَّامُونَ عَلَى النِّسَاء بِمَا فَضَّلَ اللّهُ بَعْضَهُمْ عَلَى بَعْضٍ وَبِمَا أَنفَقُواْ مِنْ أَمْوَالِهِمْ" : "Les hommes sont "qawwâmûn" sur les femmes, à cause du fait que Dieu a donné des prérogatives à certains par rapport à d'autres et à cause du fait qu'ils ont dépense de leurs biens" (Coran 4/34) :

Les termes "qawwâmûna 'alâ" (قَوَّامُونَ عَلَى) ont été commentés par Ibn Abbâs comme voulant dire : "umarâ" (أُمَرَاء) (Ad-Durr ul-manthûr, 2/271), ce qui signifie : "chefs". Cela désigne la fonction de chef de famille (Tahrîr ul-mar'a fî asr ir-rissâla, 5/101).

– Cela est d'ailleurs étayé par les deux hadîths suivants du Prophète (sur lui soit la paix) :
--- "إذا صلت المرأة خمسها وصامت شهرها وحفظت فرجها وأطاعت زوجها، قيل لها: ادخلى الجنة من أي أبوابها شئتِ" : "Lorsque la femme accomplit ses cinq prières (quotidiennes), jeûne son mois (de ramadan), est chaste et obéit à son mari, il lui sera dit : "Entre dans le Paradis par celle de ses portes que tu veux"" (Mishkât, n° 3254, Sahîh ul-Jâmi' is-saghîr, n° 660).
--- "عن أبي هريرة: سئل رسول الله صلى الله عليه وسلم: أي النساء خير؟ قال: التي تسره إذا نظر، وتطيعه إذا أمر، ولا تخالفه فيما يكره في نفسها وماله" : Questionné "Laquelle des femmes est la meilleure ?", le Prophète répondit : "Celle qui le réjouit lorsqu'il (la) regarde, qui lui obéit lorsqu'il dit, et qui ne fait pas ce qui lui déplairait quant à sa propre personne [= celle de la femme] et ses biens [= ceux du mari]" (Ahmad, 7114 ; voir aussi an-Nassâ'ï, 3179).

"بِمَا فَضَّلَ اللّهُ بَعْضَهُمْ عَلَى بَعْضٍ" : "A cause du fait que Dieu a donné des prérogatives à certains par rapport à d'autres" : cela signifie que c'est Dieu qui en a décidé ainsi. Toute règle possède une raison, une sagesse. Cependant, dans le Coran, Dieu tantôt expose la règle et la raison pour laquelle Il l'a édictée, et tantôt expose la règle en disant : "Parce que J'en ai décidé ainsi". Dans le premier type d'exposé transparaît l'Attribut divin de Puissance – c'est Lui qui décide – ainsi que l'Attribut divin de Sagesse – Il en a décidé ainsi à cause de telle raison. Par contre, dans le Second type transparaît seulement l'Attribut de Puissance. Or "Dieu est Puissant, Sage" (Coran). Il y a bien sûr des raisons à cette voie de la désignation du mari et non de l'épouse comme chef de famille, mais Dieu ne les a pas toutes exposées dans ce verset. Un commentaire de Ibn Abbâs existe qui montre une des sagesses de cette décision.

– Un groupe constitué ne peut pas fonctionner normalement sans un chef à sa tête. Qu'il s'agisse d'un pays, qu'il s'agisse d'une ville, qu'il s'agisse d'une entreprise, qu'il s'agisse d'une association ou qu'il s'agisse d'une école, tout groupe a besoin d'un chef. Il ne s'agit pour le groupe ni de ne pas avoir de chef du tout ; ni d'avoir à sa tête une direction avec deux personnes disposant du même degré d'autorité.

Même pour un groupe qui ne dure qu'un moment, le temps d'un voyage effectué ensemble, il faut un chef ; le Prophète (sur lui la paix) a ainsi dit : "Lorsque trois personnes partent ensemble en voyage, qu'elles désignent l'une d'elles comme chef" (Abû Dâoûd, 2241, 2242). "… Il n'est pas permis à trois personnes se trouvant ensemble dans un désert de ne pas désigner une d'entre elles comme chef…" (Ahmad, 6360).

Comment une famille pourrait-elle fonctionner différemment ?

Pour la famille, c'est donc le mari qui en est le chef. L'épouse y dispose quant à elle d'une certaine autorité, puisque les enfants du couple lui doivent à elle aussi obéissance.

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2) L'autorisation du mari :

– Abdullâh ibn Omar relate que le Prophète a dit : "Lorsque la femme demande à l'un de vous la permission de se rendre à la mosquée, qu'il ne l'en empêche pas" (al-Bukhârî 835, 4940, Muslim 442). Al-Bukhârî a titré sur le hadîth n° 4940 : "Le fait que la femme demande à son mari pour se rendre à la mosquée et autre" (kitâb un-nikâh, bâb 115). Le hadîth n'évoque que la mosquée, mais al-Bukhârî a fait l'analogie des autres lieux où il y a besoin (maslaha) de se rendre, écrit al-Kirmânî (FB 9/419).

(Il faut ici rappeler que, les années passant après le décès du Prophète, il y eut des femmes (qui n'avaient pas vu le Prophète) qui se mirent à se parer excessivement (tabarruj) lorsqu'elle sortaient de chez elles et se rendaient à la mosquée. Aïcha dit alors : "Si le Prophète avait vu ce que les femmes font, il leur aurait interdit de se rendre à la mosquée" (Muslim 445, al-Bukhârî 832). C'est pourquoi certains mujtahidûn disent que la femme ne viendra plus à la mosquée. D'autres mujtahidûn disent qu'elle continuera à y venir, comme elle continue à se rendre en d'autres lieux, tels que le marché, etc.)

– Lorsque Aïcha apprit qu'il y avait une rumeur qui circulait contre elle, elle voulut se rendre auprès de ses parents pour en savoir davantage ; elle en demanda alors l'autorisation à son mari (al-Bukhârî 4473). On voit là le modèle à suivre pour la croyante.

– Le Prophète a dit : "Il n'est pas autorisé à l'épouse (…) de permettre d'entrer dans sa maison sauf avec son autorisation [= celle du mari]. (…)" (al-Bukhârî 4899, Muslim 1026). Al-Bukhârî a écrit comme titre (tarjama) sur ce hadîth : "La femme ne donnera à personne l'autorisation d'entrer dans la demeure de son mari, sauf avec sa permission" (Sahîh ul-Bukhârî, kitâb un-nikâh, bâb 86).

Ibn Hajar apporte à la règle de la nécessité d'avoir la permission deux nuances, et ce à la lumière des principes plus généraux de l'islam.
--- L'une est que si un cas de nécessité (dharûra) se présente, il n'y a pas besoin d'attendre l'autorisation du mari (FB 9/368). Ibn Hajar n'a pas donné d'exemple, mais on peut facilement le comprendre : un incendie, ou tout autre accident, constitue un cas de nécessité (dharûra), où l'urgence fait loi.
--- L'autre nuance concerne les cas où il n'y a pas nécessité : il suffit alors que l'épouse sache que son mari n'est pas en désaccord avec l'entrée d'une personne dans la maison pour qu'il y ait bien autorisation du mari. Ibn Hajar ajoute qu'il suffit donc d'une permission globale (ijmâlan) de la part du mari pour que l'épouse reçoive ses amies, ou bien ses proches parents (mahârim) en l'absence du mari ; ou qu'il y ait un pavillon séparé de la maison conjugale proprement dite, où des visiteurs du mari peuvent entrer en l'absence du mari (FB 9/368). Cette permission globale (idhn ijmâlî) consiste en le fait que le mari ait tracé "les grandes lignes". Cette façon de faire correspond à l'usage ('urf) de certains pays, notamment celui où nous vivons.

– Ces deux nuances valent également pour l'autorisation du mari pour sortir de la maison.

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3) Le Prophète (sur lui soit la paix) a exhorté l'épouse à répondre à l'invite de son mari quand celui-ci le fait :

En effet, il a dit : "Lorsque l'homme invite sa femme pour ce dont il a besoin, qu'elle réponde à son invitation même si elle se trouvait occupée au fourneau" (at-Tirmidhî, n° 1160). Une parole voisine est rapportée par Ibn Mâja (n° 1853).

Certes, si l'épouse est malade, ou vraiment fatiguée, ou ne le peut vraiment pas, elle en est excusée (cf. As-Siyâssa ash-shar'iyya, p. 133).

Mais quand ce n'est pas le cas, il y a cette exhortation, faite dans la Sunna à l'épouse, à faire un effort dans ce domaine. La raison de cela réside dans ces explications de Ibn Abî Jamra : "وَفِيهِ أَنَّ صَبْر الرَّجُل عَلَى تَرْك الْجِمَاع أَضْعَف مِنْ صَبْر الْمَرْأَة. قَالَ: وَفِيهِ أَنَّ أَقْوَى التَّشْوِيشَات عَلَى الرَّجُل دَاعِيَة النِّكَاح؛ وَلِذَلِكَ حَضَّ الشَّارِع النِّسَاء عَلَى مُسَاعَدَة الرِّجَال فِي ذَلِكَ" : Fat'h ul-bârî 9/366).

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4) Tiens compte des susceptibilités de ton mari, ainsi que de sa fatigue due à son travail :

Asmâ' bint Abi Bakr revenait d'un lieu distant de chez elle quand le Prophète (sur lui soit la paix) passa sur une monture. Des Compagnons l'accompagnaient. Le Prophète fit arrêter sa monture pour que Asmâ' puisse monter. Mais celle-ci relate : "Je pensais alors à la ghayra de az-Zubayr [= son mari], il était parmi les plus ghayûr des hommes." Elle déclina alors la proposition du Prophète et continua à pied (al-Bukhârî).

Abû Talha était en déplacement quand son fils mourut. Il rentra peu après. Son épouse Ummu Sulaym dit aux gens : "Ne dites rien à Abû Talha jusqu'à ce que je l'ai fait." Elle ne l'informa pas tout de suite, lui présenta le repas et se fit belle pour lui. Plus tard elle le prépara psychologiquement, et lui annonça la triste nouvelle quand il fut bien reposé. En effet, elle lui dit d'abord : "Si quelqu'un nous confie un dépôt puis le réclame, devons-nous le lui rendre ? - Bien sûr ! - Eh bien Dieu a repris notre fils" lui dit-elle en substance.

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5) Le conseil du Prophète aux femmes croyantes, et, par delà celles-ci, à toutes les croyantes, d'hier et d'aujourd'hui :

– Le fait d'avoir rendu son mari heureux (dans le cadre agréé par Dieu et tout en ayant eu la foi en Dieu et en Son plus récent Messager) est cause d'admission au paradis : "Toute femme qui meurt alors que son mari est content d'elle entrera au paradis" (at-Tirmidhî, 1161).

– Par contre, le fait d'avoir eu un comportement déplacé avec son mari est cause d'admission au feu temporaire.
--- Ainsi, un jour de Eid ul-Adh'hâ ou de Eid ul-Fitr, après avoir accompli la prière de la fête, le Prophète passa près des femmes, et (leur) tint alors ce discours : "Donnez l'aumône. On m'a fait voir que vous constituez le plus grand nombre des gens du Feu [temporaire]."
– Elles dirent alors : "Et à cause de quoi cela, ô Messager de Dieu ?"
– Le Prophète dit : "Vous maudissez beaucoup, et vous faites preuve d'ingratitude envers le mari. (...)" (al-Bukhârî 298, 1393) ; cliquez ici pour lire la suite de ce hadîth ainsi que son commentaire.

--- Plus tard, quand il y eut une éclipse solaire à Médine (shawwâl 10 / janvier 632), le Prophète, après avoir accompli la prière de l'éclipse, dit plusieurs choses, parmi lesquelles celle-ci :
"Et on m'a fait voir le Feu. Je n'ai jamais vu scène aussi effrayante. Et j'ai vu que le plus grand nombre des gens se trouvant dans le Feu
[temporaire] étaient des femmes."
"Pourquoi, ô Messager de Dieu ?", demandèrent alors des hommes.
– A cause de leur kufr."

"Feraient-elles du kufr [reniement] vis-à-vis de Dieu ?
– Elles font du kufr [= ingratitude] vis-à-vis du mari. Et elles font du kufr [= reniement] vis-à-vis du bien qu'on leur a fait. Si tu fais le bien vis-à-vis de l'une d'elle toute une vie et qu'ensuite elle voit un petit quelque chose chez toi, elle dira : "Je n'ai jamais vu de bien de ta part""
(al-Bukhârî, 1004, Muslim 907).

"عن الحصين بن محصن، أن عمة له أتت النبي صلى الله عليه وسلم في حاجة، ففرغت من حاجتها، فقال لها النبي صلى الله عليه وسلم: "أذات زوج أنت؟" قالت: نعم، قال: "كيف أنت له؟" قالت: "ما آلوه إلا ما عجزت عنه." قال: "فانظري أين أنت منه، فإنما هو جنتك ونارك" :
Une dame s'était rendue auprès du Prophète pour évoquer devant lui une affaire la concernant. Lorsqu'elle eut terminé, le Prophète lui dit :
"Es-tu mariée ?

Oui.
Comment es-tu pour lui [= ton mari] ?
Je ne fais pas de manquement ; je ne délaisse que ce dont je ne suis pas capable.
Regarde bien où tu en es par rapport à lui, car il sera la (cause de ton admission au) paradis ou (au) feu (temporaire)" (Ahmad, 18233).

Toi, épouse musulmane qui lis ces lignes, ne cherche pas à imiter la façon de faire de celles qui croient pas alors même que cela contredit la façon fixée par le Coran et la Sunna (tashabbuh bi ghayr il-muslimât) ! Cherche plutôt à suivre ces conseils du Prophète (sur lui soit la paix). Ton bonheur dans ce monde et dans l'autre s'y trouve.

Fais comme si c'était à toi personnellement que le Prophète avait donné ce conseil. Considère alors, en ton âme et conscience, si tu t'acquittes pleinement des devoirs que Dieu a fixés pour toi par rapport à ton mari... si tu veilles à son bien-être... ou si au contraire tu lui mènes la vie difficile. "Regarde bien où tu en es par rapport à lui, car il sera la (cause de ton admission au) paradis ou (au) feu (temporaire)".

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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