Pour l'épouse comme pour le mari : considérer en priorité ses devoirs plutôt que ses droits (1/3)

Un groupe constitué ne peut pas fonctionner normalement sans un chef à sa tête. Qu'il s'agisse d'un pays, qu'il s'agisse d'une ville, qu'il s'agisse d'une entreprise, qu'il s'agisse d'une association ou qu'il s'agisse d'une école, tout groupe a besoin d'un chef. Il ne s'agit pour le groupe ni de ne pas avoir de chef du tout ; ni d'avoir à sa tête une direction avec deux personnes disposant du même degré d'autorité.

Même pour un groupe qui ne dure qu'un moment, le temps d'un voyage effectué ensemble, il faut un chef ; le Prophète (sur lui la paix) a ainsi dit : "Lorsque trois personnes partent ensemble en voyage, qu'elles désignent l'une d'elles comme chef" (Abû Dâoûd, 2241, 2242) ; "… Il n'est pas permis à trois personnes se trouvant ensemble dans un désert de ne pas désigner une d'entre elles comme chef…" (Ahmad, 6360).

Comment une famille pourrait-elle fonctionner différemment ?

Pour la famille, c'est le mari qui en est le chef. L'épouse y dispose quant à elle d'une certaine autorité, puisque les enfants du couple lui doivent à elle aussi obéissance.

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En islam, à l'épouse s'adressent un certain nombre de devoirs spécifiques : Nous en avons parlé dans l'article intitulé : Devoirs de l'épouse en islam (article "interdit" de lecture aux hommes).

Et au mari aussi s'adressent un certain nombre de devoirs spécifiques : Nous en avons parlé dans un autre article, intitulé : Devoirs du mari en islam (article "interdit" de lecture aux femmes).

Si nous avons choisi de séparer l'énoncé des devoirs de chacun et avons proposé "l'interdiction" de lecture des devoirs de l'un des deux sexes à l'autre, c'est parce que, comme chacun peut le constater aujourd'hui, épouses musulmanes et maris musulmans se sont mis eux aussi à se focaliser sur leurs droits, s'empressant de stigmatiser les manquements – réels ou supposés – de l'autre partie à ces droits. Le résultat est devant nous :
des soeurs qui ne connaissent que les hadîths évoquant leurs droits et qui ont oublié les hadîths leur donnant des devoirs ;
et des frères qui rappellent sans arrêt les hadîths de ce dernier type (les devoirs de l'épouse), et ont rayé de leur mémoire les premiers (leurs devoirs à eux, et les droits de leur épouse)...

L'islam enseigne, lui, à chacun de vérifier scrupuleusement à s'acquitter de ses devoirs. A propos d'un thème certes différent, le Prophète (sur lui soit la paix) a dit : "Vous vous acquitterez de vos devoirs, et demanderez à Dieu (la satisfaction) de vos droits [bafoués par les humains]".

Ainsi, face à des caprices d'épouse, il est demandé aux hommes de faire preuve de patience en mettant ces petites injustices qu'ils subissent sur le compte de la nature féminine. Mais les femmes ont elles aussi un devoir par rapport à ces penchants : elles doivent faire un effort sur elles-mêmes pour résister à ce penchant très féminin d'"exploser" pour trois fois rien. Elles ne peuvent pas se laisser aller en disant ce qu'on entend parfois : "De toute façon cela relève de la nature féminine, le Prophète l'a évoqué, alors je n'y peux rien si je suis ainsi !" / "Le Prophète supportait bien des caprices de la part de telle et telle de ses épouses, alors moi je vais continuer tous mes caprices, et toi, mon mari, tu n'auras qu'à les supporter !"

Commentant le célèbre hadîth (rapporté par al-Bukhârî 3152, Muslim 1470) parlant de Eve dans sa relation avec Adam (sur eux soit la paix), Ibn Hajar écrit ainsi : "Dans (ce) hadîth il y a allusion à la consolation des hommes en ce qu'ils connaissent de la part de leurs femmes, par (l'évocation de) ce qui s'est passé de la part de la mère suprême des (femmes) ; (et il y a) que cela relève de la nature de celles-ci, et qu'il ne faut donc pas faire de l'excès en adressant des reproches à celle de la part de qui quelque chose se produit sans qu'elle le fasse exprès, ou de façon occasionnelle. Et il convient, pour les (femmes), de ne pas donner place à cela en se laissant aller à ce genre de choses ; elles doivent au contraire se contrôler et combattre leurs penchants. Et à Dieu l'aide est demandée" (Fat'h ul-bârî 9/444).

Maris et épouses devraient donc s'attacher à apprendre leurs devoirs respectifs et à ne pas cesser, lors de leur introspection personnelle, de se demander s'ils s'en acquittent parfaitement, au lieu de se focaliser sur leurs droits respectifs et de passer leur temps à d'interminables revendications sur le sujet...

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Penser à ses devoirs plutôt que se focaliser sur ses droits :

Dans son livret Adâb uz-zafâf, sous le titre "Conseils aux deux époux", al-Albânî a écrit plusieurs points. Le second de ceux-ci constitue à mon sens une synthèse des deux dimensions, 1 et 2, que nous avons vues jusqu'ici. Il écrit :
"أن يلتزم كل واحد منهما القيام بما فرض الله عليه من الواجبات والحقوق تجاه الآخر؛
فلا تطلب الزوجة
- مثلا - أن تساوي الرجل في جميع حقوقه؛
ولا يستغل الرجل ما فضله الله تعالى به عليها من السيادة والرياسة فيظلمها"

"Que chacun des deux s'attache à mettre en œuvre ce que Dieu a décrété sur lui de devoirs vis-à-vis de l'autre :
– que l'épouse par exemple ne cherche pas à être semblable à l'homme dans toutes les prérogatives de celui-ci ;
– et que l'homme ne profite pas de l'autorité que Dieu lui a conférée par rapport à elle pour être zâlim [injuste, abuseur, tyrannique] envers elle (…)."

Suivent les preuves à partir des textes du Coran et de la Sunna.

Puis al-Albânî écrit : "فإذا هما عرفا ذلك وعملا به أحياهما الله تبارك وتعالى حياة طيبة وعاشا - ما عاشا معا - في هناء وسعادة" : "Si tous deux (re)connaissent cela et le pratiquent, Dieu Béni et Elevé les fera vivre une vie agréable et ils vivront, tant qu'ils seront ensemble, dans le bonheur" (Adâb uz-zafâf, pp. 206-209).

Ceci constitue donc l'idéal.

Or il faut sur le sujet noter encore deux choses.

I) La première est qu'il peut exister plusieurs façons de vivre cet idéal, selon l'articulation qui sera donnée à l'ensemble de ces règles et principes : la culture entre aussi en jeu, mais dans le cadre du respect de ces règles et principes.

Car il faut savoir que plusieurs cas existent :
Cas A : de façon répandue, les droits des femmes ne sont pas du tout ou pas suffisamment respectés par les hommes ;
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Cas B : de façon répandue, les droits des femmes sont respectés par les hommes ; ensuite :
----- B.A : de façon générale, les femmes sont dociles par rapport à leur mari ;
----- B.B : de façon générale, les femmes ont une liberté de ton et une présence dans la société ;
----- B.C : de façon générale, les femmes outrepassent des devoirs qu'elles ont par rapport au mari.

Ce sont les cas B.A et B.B qui correspondent à l'idéal. Les autres sont tous dans l'excès.

Dès lors, si dans un pays oriental, par exemple, les droits des femmes tels que déterminés par l'islam sont entièrement respectés (pas de mariages forcés, globalement les femmes ne sont pas battues, pas humiliées, etc.) mais la culture fait que les femmes sont dociles par rapport à leur mari, n'élèvent presque jamais la voix devant lui et sont naturellement enclines à le servir (soit le "type B.A"), pourquoi vouloir à tout prix exporter là-bas un autre modèle, où les femmes, sans pour autant outrepasser les devoirs qu'elles ont vis-à-vis de leur mari, ont une liberté de ton très grande face à leur mari, et où elles sont de l'avis qui dit qu'elles ne sont pas tenues d'effectuer les tâches ménagères (autrement dit le "type B.B") ?

L'idéal est ce qui est matérialisé par les règles et les principes ; et il peut y avoir ces deux façons de vivre cet idéal (cliquez ici et ici pour en savoir plus). Il ne faut pas "exporter" dans une région le modèle d'une autre région, du moment que tous deux restent conformes aux règles et principes de l'islam.

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II) La seconde chose est que, parfois, le réel qui domine chez les musulmans, dans différentes sociétés, ou communautés, ou régions, est réellement différent de l'idéal : c'est-à-dire qu'il est des règles et principes des sources qui, de façon généralisée, ne sont pas respectés. Que faire pour transformer alors ce réel et le rapprocher de l'idéal ?

Ce qu'il faut en premier lieu rappeler c'est que, quelque soit le lieu où l'on vit, on trouve toujours, parmi les hommes, quelques-uns qui ne tolèrent absolument pas que leur épouse exprime la moindre divergence ni le moindre désaccord avec eux, et qui ne supportent pas un petit caprice de la part de leur épouse : pour eux, leur épouse doit demeurer "silencieuse et passive". Devant ces hommes-là, il faut insister sur la dimension des droits de la femme et leur rappeler la patience du Prophète, ainsi que ses dires sur le sujet.

Et puis, à l'autre extrême, on trouve partout quelques maris démissionnaires. Devant ceux-là il faut rappeler la dimension des devoirs de la femme, tout en la contrebalançant avec les droits de la femme, afin de ne pas les amener à vouloir "rattraper le temps perdu".

Mais ce sont là les extrêmes.

Or quand on parle du réel étant différent de l'idéal, on parle de la situation qui existe de façon dominante chez les hommes et chez les femmes. Et cette situation est différente selon les lieux :
il est des sociétés où (mis à part le second des deux extrêmes suscités, qui existe partout, nous l'avons dit) les droits des femmes ne sont pas respectés et ces femmes ne peuvent pas faire grand-chose pour améliorer leur situation ; elles vivent alors cette situation avec résignation et passivité, espérant que les choses changeront un jour ; cette situation correspond alors au "type A" plus haut évoqué ;
il est d'autres sociétés où (mis à part l'autre extrême suscité, qui existe lui aussi partout) les prérogatives des hommes ne sont pas reconnues, et les femmes leur mènent la vie difficile : ce sont tous les jours (ou presque) reproches sans fin, avec voix élevées, etc. ; ces hommes tentent-ils d'expliquer ce qui s'est réellement passé que, de nouveau, ils doivent entendre de nouveaux reproches avec voix encore plus élevées ; ces hommes soupirent alors et font avec, espérant que les choses changeront un jour ; cette situation est "de type B.C",
enfin, il est des sociétés où c'est un véritable conflit entre les deux sexes : de façon assez généralisée, les hommes luttent contre les femmes voulant s'émanciper, et les femmes luttent contre les hommes voulant continuer à les brimer.

Les prédicateurs musulmans et les formateurs ne doivent alors pas reprendre le discours et la façon d'agir élaborés dans l'une de ces sociétés et les "copier-coller" sur une autre.

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Le Prophète (sur lui soit la paix) a, en matière de droits et devoirs du mari et de l'épouse, tendu vers l'idéal en modelant son discours selon l'état du réel :

A la Mecque, la culture faisait que les femmes avaient une grande retenue vis-à-vis de leur mari, et qu'elles ne se permettaient pas d'adresser des conseils à leur mari sur la conduite de ses affaires. A Médine, la culture était différente : c'était les femmes qui "menaient les hommes". Et Omar ibn ul-Khattâb, qui a connu les deux sociétés, a été très étonné de voir son épouse changer de comportement suite à leur installation à Médine.
Il raconte au jeune Ibn Abbâs : "كنا في الجاهلية لا نعد النساء شيئا. فلما جاء الإسلام وذكرهن الله، رأينا لهن بذلك علينا حقا، من غير أن ندخلهن في شيء من أمورنا" : "Dans la période d'avant l'islam, n'avions pas de considération pour les femmes. Puis, lorsque vint l'islam et que Dieu évoqua leurs (droits), nous nous mîmes, à cause de cela, à comprendre qu'elles avaient des droits sur nous. Sans (toutefois) les mêler à quoi que ce soit de ce qui nous concernait" (al-Bukhârî, 5505). Omar parle là des règles apportées par l'islam, qui institutionnalisait (alors qu'auparavant cela restait à l'appréciation de chaque individu ou des coutumes de certaines tribus) à la femme des droits par rapport à son mari.
Cependant, quand il dut émigrer à Médine – où le Prophète allait vivre 10 ans encore –, il se retrouva au contact des musulmans de là-bas. Et un changement, cette fois de coutume ('urf), l'attendait là-bas ; il raconte : "وكنا معشر قريش نغلب النساء، فلما قدمنا على الأنصار إذا قوم تغلبهم نساؤهم، فطفق نساؤنا يأخذن من أدب نساء الأنصار" : "Et nous les Quraysh, nous menions les femmes ("naghlib un-nissâ'"). Mais quand nous nous installâmes chez les Ansâr (à Médine), voilà que c'était des hommes que leurs femmes menaient. Nos femmes se mirent alors à prendre la façon d'être des femmes ansarites" (al-Bukhârî, 2336, 4895, Muslim, 1479).
- "Ainsi, alors que j'étais en train de (réfléchir à) une affaire que j'exerçais, ma femme me dit : "Si tu faisais ainsi et ainsi !"
- Je lui dis alors : "Qu'as-tu avec ce qui se trouve ici ? De quoi y a-t-il à entrer dans quelque chose que je veux faire ?"
(al-Bukhârî, 4629).
- "Elle me répondit alors" (4795) "de façon dure" (5505).
- "Je n'appréciai pas qu'elle me réponde"
raconte Omar.
- Elle me dit alors : "Et pourquoi n'apprécies-tu pas qu'on te réponde, alors que les épouses du Prophète lui répondent" (4895) ; "Ta fille répond au Prophète au point que celui-ci reste mécontent la journée" (al-Bukhârî, 4629).
Cela ne signifie pas que l'épouse aurait eu le droit, à Médine, de chercher à mécontenter son époux ou à chercher à devenir celle qui mène le mari : le fait est que ceci contredit une règle universelle de l'islam. D'ailleurs on voit que le Prophète n'a pas approuvé (il n'y a donc pas eu taqrîr de sa part) que son épouse lui réponde de la sorte, puisqu'il est relaté qu'il restait quelque peu mécontent de cela le reste de la journée. Il y avait donc, lors de cette phase de la vie à Médine, certains excès de la part des femmes : c'était devenu une situation avec certains aspects du modèle "B.C".

En pareille situation, le Prophète n'a pas "brisé" les femmes, ni n'a donné "entière liberté" aux hommes pour rétablir leur autorité.
Cependant, il n'a pas non plus cherché à "ouvrir des portes déjà ouvertes", juste "pour plaire" : il n'a pas fait de discours devant ces femmes déjà en situation de prédominance (ghalaba) pour leur dire que, de façon généralisée, leurs droits n'étaient pas suffisamment respectés et qu'elles devaient donc encore et toujours davantage faire des revendications.
Au contraire, il a adapté certains conseils et certaines directives afin de rapprocher le réel de l'idéal (ici B.B).

Ainsi, quand Omar vint lui dire un jour [cela se passait à Médine] : "Les épouses sont devenues "révoltées" contre leur époux !", le Prophète intervint. Mais par la suite "de nombreuses femmes vinrent chez les épouses du Prophète pour se plaindre de leur mari" [car ceux-ci les frappaient, alors que les règles de l'islam en la matière sont ce qu'elles sont : cliquez ici pour en savoir plus] ; alors le Prophète intervint de nouveau (Abû Dâoûd, 2146). Ce n'est pas spécifiquement le moyen évoqué par le Prophète à cette occasion qu'il s'agit de reprendre pour rapprocher le réel de l'idéal (cliquez ici), mais bien le principe d'intervenir pour diminuer l'excès du réel et rapprocher celui-ci vers l'idéal, fût-ce dans le sens d'une diminution des excès présents chez de nombreuses femmes.

D'ailleurs, un jour de Eid, à Médine, dans un discours fait spécialement pour les femmes (alors, donc, que celles-ci étaient "en situation de prédominance"), il leur a rappelé que le fait pour l'épouse d'être ingrate envers son mari était une cause d'admission (temporaire) dans la Géhenne (cliquez ici pour en savoir plus). Le propos du Prophète ce jour-là fut, écrit Ibn Hajar, assez dur dans la façon d'adresser le conseil (al-ighlâz fi-n-nus'h), mais cela, poursuit-il, était motivé par la volonté d'amener les femmes à changer (cf. Fat'h ul-bârî 1/525).

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Les prédicateurs musulmans et les formateurs devraient donc suivre le modèle du Prophète (sur lui soit la paix) : connaître exactement les enseignements de l'islam en la matière ; comprendre les différences de situations prévalant dans la société ou communauté musulmanes dans laquelle ils se trouvent ; et adapter leur discours en conséquence, pour tendre vers l'idéal (soit B.A, soit B.B) :

Il leur faut en effet analyser la situation existant de façon générale dans la société ou la communauté musulmanes dans laquelle ils interviennent...

Il est certaines communautés musulmanes (c'est volontairement que je ne les nomme pas et que je me contenterai de les désigner ici comme étant "de type "B"") où, chez ceux qui sont actuellement jeunes adultes, globalement, par rapport à l'idéal susmentionné, la situation de la femme ne va pas mal du tout : dans la grande majorité des cas la femme n'est pas brimée par son mari sur le plan verbal, elle n'est pas humiliée par lui, elle a ses droits respectés, etc.

Malgré cela, à force d'entendre encore et toujours que "la femme fait pitié, la culture lui a trop inculqué la soumission au mari, il faut maintenant qu'elle se soulève contre les abus de celui-ci", depuis peu une sorte de courant est apparu chez un certain nombre de sœurs, qui les a amenées à dire à d'autres qu'"il faut servir ses parents mais pas son mari, sinon il en prend l'habitude". Si elles entendent une épouse parler avec respect à son mari, elles lui disent : "Tu es bien naïve de parler de la sorte à ton mari ; moi aussi je le faisais au début de mon mariage, mais j'ai vite compris qu'il ne faut pas parler ainsi aux maris, sinon ils te prennent pour une faible et ils abusent sur toi".

Par ailleurs, alors que bon nombre de ces femmes ont choisi ne pas travailler, répétant que "l'islam enseigne que c'est le mari qui est tenu de pourvoir aux besoins financiers de la femme" et affirmant que "le plus beau métier du monde c'est d'élever des enfants, de les éduquer, bref de passer son temps avec eux", voilà que certaines de leurs coreligionnaires se sont mises à leur dire : "Comme c'est le mari qui doit subvenir aux besoins de son épouse, j'ai décidé d'aller apprendre les hadîths, avec mes amies. Alors toute la journée je reste occupée à suivre les cours et toute la soirée je reste occupée à réviser et à faire des recherches, et quand mon mari rentre du travail, il peut être fatigué ou pas, ce n'est pas mon affaire, il n'a qu'à se débrouiller seul et faire lui-même la cuisine et la vaisselle, moi je suis occupée à l'étude des hadîths."

Enfin, il est des sœurs qui, au lieu d'agir avec sagesse et retenue devant des coreligionnaires dont elles savent le mari être moins fortuné que le leur, leur "en font baver" : "Le mari est tenu de payer les services d'une assistante pour les tâches ménagères de la maison. Le tien ne t'en paye pas les services d'une ? Oh, ma pôôôvre…" Ou encore : "Mon mari nous emmène chaque année, les enfants et moi, en voyage ; on a déjà visité tel parc naturel, dans tel pays, telle tour, dans tel autre pays, ainsi que telle aire de loisirs, dans tel autre pays. Et pour les prochaines vacances, on a projeté d'aller faire du ski dans la station de tel pays. Sans compter le nombre de fois où on est allé faire la 'umra. Fais du'â qu'Allah fasse réaliser notre projet. Vraiment, ceux qui agissent avec sincérité pour Allah, Allah les aide à réaliser tous leurs projets. Ton mari ne vous emmène jamais ? Oh… qu'Allah vous facilite les choses !" Quelles tempêtes ultérieures ce genre de propos lâchés de façon inconsciente va déclencher à l'intérieur de couples, tout le monde peut aisément le comprendre.

On peut se rendre compte que c'est donc le type B.C qui est en train d'émerger, ce qui constitue un excès...

Dans ce genre de communautés musulmanes, il est un nombre grandissant d'épouses qui ne supportent pas que leur mari leur donne ne serait-ce qu'un conseil (prononcé sans colère ni humiliation) sur la façon qu'elles ont de faire telle ou telle chose ; si le mari a osé le faire un jour, il est immédiatement remis à sa place : "Je ne t'ai rien demandé" / "Mêle-toi de ce qui te regarde" / "Je suis majeure et me débrouille toute seule" / "Quand j'aurai besoin de conseils je te ferai signe, mais pour le moment...".
Par contre, elles, elles se permettent de donner des conseils et des directives à leur mari ; et si celui-ci leur fait alors remarquer que l'autre jour elle n'avait pas accepté un petit conseil de sa part, c'est parti pour un : "Non, mais ce n'est pas comparable ! Et de toute façon si je n'avais pas accepté ce que tu as dit l'autre jour, c'est parce qu'il y a de cela dix ans, un jour tu avais élevé la voix, donc c'est normal que je n'accepte plus. Ma Maman m'avait bien dit que les hommes sont comme ça. Ah, que je ne suis pas respectée dans cette maison..."

Si la femme crie occasionnellement sur les enfants quand ils font des caprices, c'est normal, car "il ne faut pas laisser les enfants tout faire, et puis je n'en peux plus, je suis fatiguée !" Par contre, si le mari crie de la même façon et tout aussi occasionnellement sur les enfants, alors là c'est : "Tu vas les traumatiser, avec tes cris ! Qu'est-ce que tu peux être énervé, alors ! Un peu de patience, voyons !"

Si la femme en a envie, alors le mari doit être à la hauteur, sinon elle boude, et pense : "Il manque de vigueur, d'énergie ! Il ne fait pas assez de sport ou quoi ! A moins qu'il en aime une autre et n'est plus attiré par moi ?" Mais si c'est le mari qui en fait la demande (sans pourtant forcer) et que la femme n'en a pas envie, alors c'est : "Oh, mais vous les hommes vous ne connaissez que ça ou quoi !"

Mais malgré tout cela, ces femmes se présentent toujours comme "n'étant pas assez respectées"...

Or il est d'autres communautés ou sociétés musulmanes (c'est volontairement que je ne les nomme pas) où la culture fait que les femmes sont dociles vis-à-vis de leur mari et, de ce fait, enclines à servir celui-ci.

Ensuite, parmi les communautés ou sociétés de ce type, certaines des sociétés ou communautés sont telles que, de façon répandue, les maris abusent de la situation : c'est alors le type A. En pareille situation, face à ces abus de la part d'un grand nombre de maris, les ulémas de ces sociétés ou communautés se sont attachés, dans leurs prêches religieux, à mettre l'emphase principalement sur les textes qui parlent des droits de l'épouse. Parfois ils évoquent même ces textes devant des auditoires féminins. Il s'agit de réformer la situation, et de se rapprocher de l'idéal (ici du modèle B.A).

On ne doit alors pas, cette fois dans une communauté musulmane du type "B" suscité (où, de façon répandue, les droits de celles-ci sont déjà respectés), voire de type "B.C" (où les femmes musulmanes outrepassent des devoirs que le Coran et la Sunna leur ont communiqués), reprendre les discours faits par exemple en telle langue dans la société "de type A", et les répéter tels quels (lors de prêches religieux prononcés devant des femmes) !

Comment comprendre que, devant des auditoires féminins de pareilles sociétés ou communautés de type B, on mette l'accent sur les droits des femmes, alors que ces dernières connaissent déjà parfaitement ceux-ci, alors que ces droits sont globalement respectées, et que ce sont même les femmes qui "dominent" leur mari ?

Comment comprendre que, devant de tels auditoires féminins, on présente la femme comme étant "faible" et "faisant pitié", alors qu'une rapide analyse de la réalité montre que la grande majorité d'entre elles ne sont pas ainsi ?

Est-ce un manque d'approfondissement de ce qu'est l'idéal enseigné par l'islam, manque d'approfondissement ayant conduit à la confusion entre les repères du modèle d'émancipation enseigné par l'islam et ceux du modèle fondé sur des contentieux historiques et entraînant donc une volonté de revanche féminine, à laquelle fait parfois face une résistance masculine (cliquez ici et ici) ?
Est-ce un manque de compréhension des différences existant entre les différentes sociétés du monde ? un manque d'analyse de la réalité de la communauté où l'on se trouve ?
Est-ce une volonté d'avoir un beau rôle auprès de la gent féminine ? auprès d'autres ?

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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