Devoirs du mari en islam (2/3)

(Cet article ne s'adresse qu'aux maris, il n'est pas destiné à être lu par les soeurs en islam ; pour ces derniers, il s'agit plutôt de lire : Devoirs de l'épouse en islam.)

-
Lire au préalable : Pour le mari comme pour l'épouse : considérer en priorité ses devoirs plutôt que ses droits.

-

En islam, au mari s'adressent un certain nombre de devoirs spécifiques, notamment d'être doux et patient vis-à-vis de son épouse :

-

1) Comporte-toi avec ton épouse en suivant ce que Dieu a ordonné aux maris en les termes suivants : "وَعَاشِرُوهُنَّ بِالْمَعْرُوفِ" : "Et cohabitez avec elles selon la bienséance" (Coran 4/19). Et souviens-toi de ce que Dieu a formulé comme suit : "وَلَهُنَّ مِثْلُ الَّذِي عَلَيْهِنَّ بِالْمَعْرُوفِ وَلِلرِّجَالِ عَلَيْهِنَّ دَرَجَةٌ" : "Et elles [= les femmes] ont des droits [par rapport aux hommes], comparables aux devoirs qu'elles ont [par rapport à eux], dans la bienséance. Et les hommes ont un degré (daraja) sur elles" (Coran 2/228) :

Ibn Abbâs, un des Compagnons du Prophète et une des plus célèbres références en matière d'exégèse du Coran, dit : "J'aime m'embellir pour mon épouse comme j'aime qu'elle s'embellisse pour moi, car Dieu a dit : "Et elles ont des droits, comparables aux devoirs qu'elles ont, dans la bienséance"" : "وقال آخرون: معنى ذلك: ولهنّ على أزواجهن من التَّصنُّع والمواتاة، مثل الذي عليهن لهم في ذلك. ذكر من قال ذلك: حدثنا ابن وكيع قال، حدثنا أبي، عن بشير بن سلمان، عن عكرمة، عن ابن عباس قال: "إني أحبُّ أن أتزين للمرأة، كما أحب أن تتزين لي، لأن الله - تعالى ذكره - يقول: "ولهن مثلُ الذي عليهن بالمعروف" (Tafsîr ut-Tabarî).
Ibn Abbâs dit aussi : "Je n'aimerais pas exiger tous les droits que j'ai par rapport à elle, car Dieu, élevé soit Son souvenir, dit : "Et les hommes ont un degré sur elles"" : "وقال آخرون: تلك الدرجة التي له عليها: إفضاله عليها، وأداء حقها إليها، وصفحه عن الواجب لهُ عليها أو عن بعضه. ذكر من قال ذلك: حدثنا ابن وكيع قال، حدثنا أبي، عن بشير بن سلمان، عن عكرمة، عن ابن عباس قال: "ما أحب أن أستنظف جميع حقي عليها، لأن الله - تعالى ذكره - يقول: "وللرجال عليهن درجة" (Tafsîr ut-Tabarî, commentaire de ce verset).

Ibn Abbâs commente donc ce "degré de l'homme" comme signifiant que l'homme doit, davantage, savoir fermer les yeux sur des droits qui lui reviennent, tout en s'acquittant scrupuleusement des devoirs qu'il a envers sa conjointe.

C'est cet avis de Ibn Abbâs que at-Tabarî a retenu : il écrit : "L'avis le plus pertinent dans le commentaire de ce verset est ce que Ibn Abbâs a dit : le "degré" ("daraja") que Dieu a évoqué dans ce verset est que l'homme passe sur certains de ses droits qui incombent à sa femme vis-à-vis de lui, et qu'il ferme les yeux dessus, avec le fait que lui s'acquitte de tout ce qui est obligatoire sur lui vis-à-vis d'elle" : "وأولى هذه الأقوال بتأويل الآية ما قاله ابن عباس، وهو أن"الدرجة" التي ذكر الله - تعالى ذكره - في هذا الموضع: الصفح من الرجل لامرأته عن بعض الواجب عليها، وإغضاؤه لها عنه، وأداء كل الواجب لها عليه" (Tafsîr ut-Tabarî, commentaire de ce verset).

-

1') Aie de la Taqwâ vis-à-vis de Dieu au sujet de ton épouse :

Voici le conseil général, de la part du Messager de Dieu (que la paix soit sur lui) : "Ayez la Taqwâ vis-à-vis de Dieu au sujet des femmes. Car vous les avez prises (comme épouses) : par l'Engagement pris par Dieu (avec vous, à leur sujet). Et vous avez rendu licites les relations intimes avec elles : par la Parole de Dieu" : "عن جابر بن عبد الله قال: (...). فأجاز رسول الله صلى الله عليه وسلم حتى أتى عرفة، فوجد القبة قد ضربت له بنمرة، فنزل بها. حتى إذا زاغت الشمس أمر بالقصواء، فرحلت له، فأتى بطن الوادي، فخطب الناس وقال: "(...). فاتقوا الله في النساء، فإنكم أخذتموهن بأمان الله، واستحللتم فروجهن بكلمة الله. (...)" (Muslim, 1218, Abû Dâoûd, 1905). Ces 3 phrases font partie de tout un discours qui a été prononcé par le Prophète lors du Pèlerinage d'Adieu, le jour de 'Arafa (soit le 9 Dhu-l-Hijja de l'an 10 de l'hégire).

--- "Ayez la Taqwâ vis-à-vis de Dieu au sujet des femmes" : "اتقوا الله في النساء".
Cela signifie que le mari doit se souvenir qu'il aura des comptes à rendre à Dieu quant à l'acquittement ou le non-acquittement des devoirs qu'Allah a placés sur lui vis-à-vis de son épouse (ce qui englobe - et dépasse - la façon par laquelle il aura traité son épouse et se sera comporté avec elle). La Taqwâ véritable et bien comprise empêche le mari musulman d'agir de façon injuste vis-à-vis de son épouse. Injuste car contrevenant aux droits de cette épouse, établis par Dieu. Dès lors qu'il sait qu'il aura des comptes à rendre à Dieu, et que Dieu a fixé des devoirs sur lui, et des droits de l'épouse, l'homme doit faire attention.
Car l'injustice vis-à-vis de toute créature est de deux types :
– avoir - sans raison valable - privé cette créature de ce qui était son droit par rapport à nous ;
– avoir commis un excès en outrepassant les limites que Dieu a tracées dans notre agir avec cette créature : إضرار العبد في دينه ودنياه هو ظلم الناس؛ فالظلم للغير يستحق صاحبه العقوبة في الدنيا لا محالة، لكفّ ظلم الناس بعضهم عن بعض. ثم هو نوعان: أحدهما: منع ما يجب لهم من الحقوق، وهو التفريط؛ والثاني: فعل ما يضرّ به، وهو العدوان" (MF 10/373).
Dans le cas de l'épouse, le premier cas consisterait à la priver de certains de ses droits (par exemple ne pas subvenir à ses besoins alimentaires et vestimentaires, etc.) ; et le second cas à la battre, ou à l'insulter, l'humilier ou la rabaisser par des paroles mesquines, etc. En commentaire de ce hadîth, an-Nawawî écrit : "قوله صلى الله عليه وسلم "فاتقوا الله في النساء فإنكم أخذتموهن بأمان الله": فيه الحث على مراعاة حق النساء والوصية بهن ومعاشرتهن بالمعروف. وقد جاءت أحاديث كثيرة صحيحة في الوصية بهن وبيان حقوقهن والتحذير من التقصير في ذلك. وقد جمعتها أو معظمها في رياض الصالحين" (Shar'h Muslim, an-Nawawî).

--- "Car vous les avez prises (comme épouses) : par la Amâna de Dieu / par le Amân de Dieu" : "فإنكم أخذتموهن بأمانة الله / بأمان الله".
----- D'après la version qui dit : "par la Amâna de Dieu", "بأمانة الله" : "C'est-à-dire que Dieu vous a fait confiance à leur sujet. Vu (qu'elles sont un dépôt entre vos mains), il est obligatoire de protéger ce dépôt et d'en prendre soin, en observant ses droits et en s'occupant de ce dont elle a besoin sur le plan Dînî et Dunyawî" : "فإنكم أخذتموهن بأمانة الله) أي: بأن الله ائتمنكم عليهن، فيجب حفظ الأمانة وصيانتها بمراعاة حقوقها، والقيام بمصالحها الدينية والدنيوية" (Al-Muf'him).
----- Et d'après la version qui dit : "par le Amân de Dieu", "بأمان الله" : "C'est-à-dire : par l'Engagement pris par Dieu (avec vous, à leur sujet). Il s'agit de ce qu'Il vous a enjoint d'agir avec douceur avec elles et affection" : "قوله: "بأمان الله" أي بعهده، وهو ما عهد إليهم من الرفق بهن والشفقة عليهن" (Shar'h ut-Tîbî).

--- "Et vous avez rendu licites les relations intimes avec elles : par la Parole de Dieu" : "واستحللتم فروجهن بكلمة الله".
Cela signifie que si vous avez pu avoir avec elle des relations intimes, c'est parce que Dieu a, par Sa Parole Révélée, rendu cela licite dans le cadre du mariage, mais en ayant assorti cela d'obligations et d'interdictions (et non pas : juste comme cela, sans devoirs). "ويحتمل أن يكون "بكلمة الله": بإباحة الله تعالى المنزّلة فى كتابه" (Ikmâl ul-mu'lim) ; "وقيل: المراد بإباحة الله والكلمة: قوله تعالى {فانكحوا ما طاب لكم من النساء}" (Shar'h Muslim, an-Nawawî) ; "قيل: معناه قوله تعالى {فإمساك بمعروف أو تسريح باحسان" (Ibid.). "Cela signifie que vu que la licité des relations intimes avec elle et le fait qu'elle soit sous votre autorité, cela n'a eu lieu que par la Décision d'Allah et l'Engagement qu'Il a pris avec vous, si vous ne tenez pas compte des (clauses de cet) Engagement, Allah vous sanctionnera" : "المعنى أن استحلالكم فروجهن وكونهن تحت أيديكم إنما كان بعهد الله وحكمه. فإن نقضتم عهده وأبطلتم حكمه، انتقم منكم لهن" (Shar'h ut-Tîbî).

-

1'') Souviens-toi que le Prophète a dit au sujet de tout détenteur de l'autorité : "Le pire des bergers est celui qui brise" :

Le bon chef est celui qui sait diriger ceux dont il a la responsabilité sans les briser ; ce n'est pas celui qui aime "casser", rabrouer ou encore humilier, pour bien montrer (et parfois pour se montrer à lui-même) qu'il est bien le chef. C'est pourquoi, si le mari est bel et bien le chef du couple, et si les textes l'ont dit et rappelé à la femme, les mêmes textes ont rappelé aux détenteurs d'autorité que : "Le pire des bergers est celui qui brise" : "عن عائذ بن عمرو، قال: إني سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول: "إن شر الرعاء الحطمة" (Muslim, 1830). Ceci est valable pour le détenteur de l'autorité en général, et cela est donc valable pour le mari aussi (d'ailleurs un autre hadîth, très connu, dit que le mari est un berger pour les gens de la maison).

Le bon chef est celui qui sait tenir compte des indications de ceux sur qui il a autorité : le Prophète (sur lui soit la paix) a écouté et agi selon le conseil que son épouse Ummu Salama lui a donné à al-Hudaybiya : "فلما فرغ من قضية الكتاب، قال رسول الله صلى الله عليه وسلم لأصحابه: "قوموا فانحروا ثم احلقوا". قال: فوالله ما قام منهم رجل، حتى قال ذلك ثلاث مرات. فلما لم يقم منهم أحد، دخل على أم سلمة، فذكر لها ما لقي من الناس. فقالت أم سلمة: "يا نبي الله، أتحب ذلك؟ اخرج ثم لا تكلم أحدا منهم كلمة، حتى تنحر بدنك، وتدعو حالقك فيحلقك". فخرج فلم يكلم أحدا منهم حتى فعل ذلك: نحر بدنه، ودعا حالقه، فحلقه. فلما رأوا ذلك، قاموا فنحروا وجعل بعضهم يحلق بعضا" (al-Bukhârî).

Le bon chef est celui qui sait fermer les yeux sur certains manquements de la part de ceux sur qui il a autorité. Et, justement, si l'homme a été nommé chef, c'est parce qu'il a un "degré sur la femme", comme l'a dit le verset que nous avons vu plus haut, ce qui signifie, d'après le commentaire de Ibn Abbâs, qu'il est – qu'il doit être – de nature, davantage que la femme, à savoir faire preuve de magnanimité et à fermer les yeux sur des manquements à ses droits.

-

2) N'exerce pas ta fonction de chef de famille avec abus de pouvoir :

– En effet, tout d'abord le chef – quel qu'il soit – ne peut bien sûr pas demander de faire quelque chose qui est en soi interdit (de façon qat'î) par les textes des sources : "Pas d'obéissance à une créature dans la désobéissance à Dieu" : "عن علي، عن النبي صلى الله عليه وسلم، قال: "لا طاعة لمخلوق في معصية الله عز وجل" (Ahmad, 1095) ; "عن محمد، قال: جاء رجل إلى عمران بن حصين ونحن عنده، فقال: "استعمل الحكم بن عمرو الغفاري على خراسان"، فتمناه عمران، حتى قال له رجل من القوم: "ألا ندعوه لك؟"، فقال له: "لا". ثم قام عمران فلقيه بين الناس، فقال عمران: "إنك قد وليت أمرا من أمر المسلمين عظيما"، ثم أمره ونهاه، ووعظه، ثم قال: "هل تذكر يوم قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "لا طاعة لمخلوق في معصية الله"؟"، قال الحكم: "نعم"، قال عمران: "الله أكبر" (Ahmad, 20656 ; etc.).
Ainsi, si un mari empêche son épouse de partir pour le pèlerinage à La Mecque alors même que celui-ci est obligatoire sur elle, elle ne lui obéira pas : "قال أصحابنا: يجب على المرأة الخروج إلى حجة الإسلام بغير إذن زوجها. وليس له أن يمنعها" (At-Tajrîd, al-Qudûrî).
De même, si un mari empêche son épouse d'aller rendre visite à ses parents alors qu'ils sont malades et ont besoin d'elle, elle n'a pas à lui obéir : "ولو كان أبوها زمِنًا مثلا، وهو محتاج إلى خدمتها، والزوج يمنعها من تعاهده، فعليها أن تعصيه، مسلمًا كان الأب أو كافرًا" (Fat'h ul-qadîr, Ibn ul-Humâm).
En cas d'une invasion ennemie de la cité musulmane, l'épouse doit se mobiliser (elle participera à l'effort de résistance en se proposant pour l'aide alimentaire ou médicale, par exemple), sans l'autorisation de son mari : "فإن هجم العدو على بلد، وجب على جميع الناس الدفع: تخرج المرأة بغير إذن زوجها والعبد بغير إذن المولى" لأنه صار فرض عين، وملك اليمين ورق النكاح لا يظهر في حق فروض الأعيان، كما في الصلاة والصوم؛ بخلاف ما قبل النفير، لأن بغيرهما مقنعا، فلا ضرورة إلى إبطال حق المولى والزوج" (Al-Hidâya, 1/539).

– Plus encore, un chef ne peut pas ordonner de faire quelque chose qui ne comporte aucune maslaha, par simple "décision régalienne", tel que : "Monte sur cette montagne ! Bien ! Maintenant redescends !". L'obéissance n'est pas due au chef par rapport à pareil ordre dénué de tout sens, écrit al-Kashmîrî : "إنما الطاعة فى المعروف": واعلم أنه يجب عندنا طاعة الأمير في السياسيات إذا كان فيه مصلحة. أما إذا لم يشتمل على معنى صحيح أو مصلحة عامة أو خاصة، فلا تجب عليهم طاعته، نحو أن يأمرهم أن يصعدوا هذا الجبل، وينزلوا منه. فهذا الوجوب غيرُ ما يكون في أبواب الفقه، أي الفروعِ الاجتهادية والمسائل. وهذا معنى قوله: "إنما الطاعة في المعروف" (cf. Faydh ul-bârî 4/499).

-
En dehors de ces deux principes...

Oui, le Prophète (sur lui soit la paix) a dit : "(...) Et l'épouse ne donnera pas autorisation d'entrer dans la maison du (mari) sauf avec son autorisation. (…)" : "عن أبي هريرة رضي الله عنه: أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: "لا يحل للمرأة أن تصوم وزوجها شاهد إلا بإذنه. ولا تأذن في بيته إلا بإذنه. وما أنفقت من نفقة عن غير أمره فإنه يؤدى إليه شطره" (al-Bukhârî 4899, Muslim 1026), et al-Bukhârî a écrit comme titre (tarjama) sur ce hadîth : "La femme ne donnera à personne l'autorisation d'entrer dans la demeure de son mari, sauf avec sa permission" (Sahîh ul-Bukhârî, kitâb un-nikâh, bâb 86).

Cependant, Ibn Hajar apporte à cette règle de la permission deux nuances, et ce à la lumière des principes plus généraux de l'islam.
--- L'une est que si un cas de nécessité (dharûra) se présente, il n'y a pas besoin d'attendre l'autorisation du mari (FB 9/368). Ibn Hajar n'a pas donné d'exemple, mais on peut facilement le comprendre : un incendie, ou tout autre accident, constitue un cas de nécessité (dharûra), où l'urgence fait loi.
--- L'autre nuance concerne les cas où il n'y a pas nécessité. Ibn Hajar ajoute ici qu'il peut suffire d'une permission globale (ijmâlan) de la part du mari : et, alors, sans besoin d'une permission de mari pour chaque occasion, l'épouse reçoit ses amies, ou bien ses proches parents (mahârim) ; ou alors il y a un pavillon séparé de la maison conjugale proprement dite, où des visiteurs ghayr-mahârim peuvent entrer en l'absence du mari (FB 9/368).

Le fait pour les maris d'avoir recours à cette permission globale (idhn ijmâlî) et par défaut, cela est ce qu'il faut faire en correspondance avec l'usage ('urf) de certains pays (notamment la France).

Voici l'écrit de Ibn Hajar : "ولا تأذن في بيته" - زاد مسلم من طريق همام عن أبي هريرة "وهو شاهد" - "إلا بإذنه". وهذا القيد لا مفهوم له بل خرج مخرج الغالب، وإلا فغيبة الزوج لا تقتضي الإباحة للمرأة أن تأذن لمن يدخل بيته، بل يتأكد حينئذ عليها المنع لثبوت الأحاديث الواردة في النهي عن الدخول على المغيبات أي من غاب عنها زوجها. ويحتمل أن يكون له مفهوم: وذلك أنه إذا حضر تيسر استئذانه، وإذا غاب تعذر؛ فلو دعت الضرورة إلى الدخول عليها لم تفتقر إلى استئذانه لتعذره. ثم هذا كله فيما يتعلق بالدخول عليها. أما مطلق دخول البيت بأن تأذن لشخص في دخول موضع من حقوق الدار التي هي فيها أو إلى دار منفردة عن سكنها فالذي يظهر أنه ملتحق بالأول. وقال النووي: "في هذا الحديث إشارة إلى أنه لا يفتات على الزوج بالإذن في بيته إلا بإذنه وهو محمول على ما لا تعلم رضا الزوج به أما لو علمت رضا الزوج بذلك فلا حرج عليها" كمن جرت عادته بإدخال الضيفان موضعا معدا لهم، سواء كان حاضرا أم غائبا فلا يفتقر إدخالهم إلى إذن خاص لذلك. وحاصله أنه لا بد من اعتبار إذنه تفصيلا أو إجمالا" (FB 9/368).
An-Nawawî avait en effet écrit ceci : "قوله صلى الله عليه وسلم "ولا تأذن في بيته وهو شاهد إلا بإذنه": فيه إشارة إلى أنه لا يفتات على الزوج وغيره من مالكي البيوت وغيرها بالإذن في أملاكهم إلا بإذنهم. وهذا محمول على ما لا يعلم رضا الزوج ونحوه به؛ فإن علمت المرأة ونحوها رضاه به، جاز، كما سبق في النفقة" (Shar'h Muslim, 7/115). Et voici son écrit antérieur auquel il fait allusion ici : "وأما قوله صلى الله عليه وسلم "وما أنفقت من كسبه من غير أمره، فإن نصف أجره له"، فمعناه: من غير أمره الصريح في ذلك القدر المعين، ويكون معها إذن عام سابق متناول لهذا القدر وغيره. وذلك: الاذن الذي قد بيناه سابقا، إما بالصريح، وإما بالعرف" (Shar'h Muslim, 7/112).

-
Oui, le Prophète (sur lui soit la paix) a dit : "Lorsque la femme demande à l'un de vous la permission de se rendre à la mosquée, qu'il ne l'en empêche pas" : "عن سالم، عن أبيه، عن النبي صلى الله عليه وسلم: "إذا استأذنت امرأة أحدكم إلى المسجد، فلا يمنعها" (al-Bukhârî 4940 etc., Muslim 442). Al-Bukhârî a titré sur ce hadîth n° 4940 : "Le fait que la femme demande à son mari pour se rendre à la mosquée et autre" (kitâb un-nikâh, bâb 115).

Cependant, au fait que l'épouse sorte de la maison aussi, les 2 nuances sus-mentionnées par Ibn Hajar s'appliquent : en cas de nécessité (dharûra), elle n'a pas à attendre l'autorisation du mari. Et, de façon générale, il peut s'agir d'une autorisation accordée par le mari globalement (ijmâlan), par défaut : l'épouse peut alors sortir quand elle le veut, sauf que, exceptionnellement, le mari peut être amené à dire à son épouse, et ce pour cause de Mafsada réelle (dont il a connaissance), de ne pas se rendre en tel lieu, ou de ne pas s'y rendre à telle heure, ou de ne pas s'y rendre à pied.

En France, le fait pour le mari d'exiger de son épouse qu'elle obtienne de façon renouvelée et systématique son autorisation pour, à chaque fois, sortir de la maison et se rendre à un endroit, cela ne correspond pas au 'Urf : c'est aux maris de comprendre celui-ci, et de considérer que leur épouse a leur autorisation générale et naturelle de sortir quand elle le veut, sauf cas spécifiques, pour cause de Mafsada réelle.

-
Par ailleurs, on voit dans ce hadîth que si d'un côté il est demandé à la femme d'obtenir l'autorisation de son mari, de l'autre il est dit à celui-ci de ne pas l'en empêcher [c'est-à-dire sans qu'il y ait une raison valable à le faire].
Car le mari a certes le droit de répondre par la négative : "وفيه إشارة إلى أن الإذن المذكور لغير الوجوب، لأنه لو كان واجبا لانتفى معنى الاستئذان، لأن ذلك إنما يتحقق إذا كان المستأذن مخيَّرًا في الإجابة أو الرد" (cf. Fat'h ul-bârî 2/449).
Cependant, sur le plan moral, il faut pour cela qu'il y ait une véritable raison, fondée, et qu'il connaît. Par exemple qu'il sait qu'une mauvaise ambiance règne malheureusement du côté "soeurs" dans telle mosquée, et il a eu l'expérience que cela impacte ensuite sa vie conjugale ; ou encore qu'il est malade et alité, et a besoin de son épouse à ses côtés. Sinon, si d'une part les conditions nécessaires pour la présence de femmes à la mosquée sont présentes dans le réel (sécurité, absence de fitna particulière, etc.) et chez l'épouse précisément ("عن أبي هريرة، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: "لا تمنعوا إماء الله مساجد الله، ولكن ليخرجن وهن تفلات" : Abû Dâoûd, 565), et d'autre part le mari n'a pas de véritable maslaha shar'iyya à dire à son épouse - personnellement - de ne pas se rendre à la mosquée, alors l'en empêcher constitue un abus de pouvoir de sa part, et l'empêcher de se rendre à la mosquée est :
--- déconseillé (mak'rûh tanzîhî) : "وهذا النهي عن منعهن من الخروج محمول على كراهة التنزيه إذا كانت المرأة ذات زوج أو سيد" (Shar'h Muslim 4/162),
--- ou interdit (mak'rûh tahrîmî) (d'après Ibn 'Abd il-Barr, ash-Shanqîtî in Adhwâ' ul-bayân et Ibn ul-'Uthaymîn).

Abdullâh ibn Omar relate ainsi qu'une épouse de son père, Omar ibn ul-Khattâb, assistait aux prières de l'aube et de la nuit en congrégation à la mosquée ; il s'agissait, dit Ibn Hajar, de 'Atika bint Zayd. Comme son mari, Omar, lui dit : "Tu sais que je n'aime pas cela", elle lui répondit : "Par Dieu, je ne cesserai pas tant que tu ne me l'interdiras pas." A quelqu'un – peut-être Abdullâh, son beau-fils – qui lui rappelait que son mari n'aimait pas cela, elle dit : "Et qu'est-ce qui l'empêche donc de me l'interdire ?". Ce quelqu'un lui répondit alors : "L'en empêche cette parole du Messager de Dieu : "N'interdisez pas aux servantes de Dieu les mosquées de Dieu."" Quand Omar ibn ul-Khattâb fut attaqué et mortellement blessé alors qu'il dirigeait la prière de l'aube, 'Atika se trouvait dans la mosquée : "عن نافع، عن ابن عمر، قال: كانت امرأة لعمر تشهد صلاة الصبح والعشاء في الجماعة في المسجد، فقيل لها: "لم تخرجين وقد تعلمين أن عمر يكره ذلك ويغار؟"، قالت: "وما يمنعه أن ينهاني؟"، قال: "يمنعه قول رسول الله صلى الله عليه وسلم: "لا تمنعوا إماء الله مساجد الله" (al-Bukhârî 858 et FB 2/493). On voit que bien qu'il préférait que son épouse ne se rende pas à la mosquée et accomplisse les prières à la maison – préférence qui correspond à un autre hadîth du Prophète –, Omar en parla à son épouse mais ne le lui interdit pas.

-
Et cela est valable pour d'autres choses encore, que l'épouse a besoin de faire (hâja reconnue shar'an) à l'extérieur de la maison.
Par exemple rendre visite à ses parents : le mari ne peut pas l'en empêcher : "ولا يمنعها من الخروج إلى الوالدين) في كل جمعة - إن لم يقدرا على إتيانها على ما اختاره في الاختيار* -؛ ولو أبوها زمنا مثلا فاحتاجها، فعليها تعاهده ولو كافرا وإن أبى الزوج فتح (ولا يمنعهما من الدخول عليها في كل جمعة، وفي غيرهما من المحارم في كل سنة) لها الخروج ولهم الدخول زيلعي" (Ad-Durr ul-mukhtâr). * Cette clause a pour origine un avis relaté de Abû Yûssuf, et a été retenue par Ibn ul-Humâm dans Fat'h ul-Qadîr. Par contre, d'autres ulémas hanafites n'ont pas exprimé cette clause : "وقيل: لا يمنعها من الخروج إلى الوالدين، ولا يمنعهما من الدخول عليها في كل جمعة؛ وفي غيرهما من المحارم، التقدير بسنة، وهو الصحيح" (Al-Hidâya, 1/421).

-
– Voici ce que les ulémas de islamqa.info ont écrit quant aux limites des directives que le mari peut formuler à l'endroit de son épouse : "الذي يظهر - والله أعلم - أن طاعة الزوج إنما تلزم المرأة - وتأثم بمخالفتها له - إذا أمرها بأمر يتعلق بالنكاح وتوابعه - ولم يكن لها عذر في تركه -، أو أمرها بأمر مصلحته ظاهرة - سواء تعلق بخصوص النكاح، أو ما يتعلق بأمور بيتهما ومعاشهما" (islamqa.info).

Ash-Shamî écrit pour sa part : "Quant au travail qui n'occasionne pas pour le (mari) de tort, il n'y a pas de raison qu'il l'en empêche ; particulièrement en son absence dans  la maison" : "أما العمل الذي لا ضرر له فيه، فلا وجه لمنعها عنه، خصوصا في حال غيبته من بيته؛ فإن ترك المرأة بلا عمل في بيتها يؤدي إلى وساوس النفس والشيطان أو الاشتغال بما لا يعني مع الأجانب والجيران" (Radd ul-muhtâr).

Lors du premier voyage de Cheikh Khâlid Saïfullâh à La Réunion, quelqu'un lui demanda si l'islam avait donné au mari le droit d'interdire à son épouse de porter des bijoux qui respectent en soi les règles de l'islam en la matière, et ce au seul motif que tel était son bon vouloir. Cheikh Khâlid répondit que le mari n'a pas ce doit, moralement parlant (fin de citation).

-

3) Ne crois pas que la femme aurait l'obligation, d'après le Coran et la Sunna, de rester confinée à la maison :

A l'époque du Prophète (sur lui soit la paix), on ne disait pas à la musulmane qu'elle a l'obligation de rester confinée chez elle. Elle avait une présence – certes moindre que celle de l'homme – dans les affaires de la société, sortait pour aller faire des achats, posait des questions de vive voix au Prophète ou à d'autres Compagnons, etc. (lire quelques brèves lignes sur le sujet).

Abû Chuqqa a ainsi compilé dans son ouvrage Tahrîr ul-mar'a fî 'asr ir-rissâla de nombreux récits authentiques qui montrent ce que la femme faisait à l'époque du Prophète. Dans le tome 2, le 5ème chapitre (al-fasl ul-khâmis) est entièrement consacré à cela, et s'intitule :
"Récits de la participation de la femme musulmane à la vie sociale à l'époque du Messager".
A l'intérieur des 6ème, 7ème et 8ème chapitres (fasl), on lit quelques pages traitant quant à elles respectivement de :
"Récits de la participation de la femme musulmane au travail professionnel à l'époque du Messager" ;
"Récits de la participation de la femme musulmane à l'activité sociale à l'époque du Messager" ;
"Récits de la participation de la femme musulmane à l'activité politique à l'époque du Messager".

Certes, un contexte où les uns et les autres manquent de retenue, de maturité et/ou de spiritualité, cela peut entraîner, par précaution (sadd ul-bâb), que des muftis déclarent interdit certaines actions qui en soi sont autorisées.
Cependant, il ne faudrait pas ce principe de précaution (sadd ul-bâb) soit appliqué avec excès, alors que le risque n'est pas de degré suffisant ou n'est pas suffisamment généralisé, interdisant alors aux femmes de façon absolue ce que le Prophète et ses Compagnons laissaient leurs épouses faire normalement et sereinement.

-

5) Si ton épouse n'est un jour pas prête à avoir une relation intime avec toi, n'en fais pas toute une affaire :

Oui, le Prophète (sur lui soit la paix) a exhorté l'épouse à se donner à son mari et à le satisfaire sur le plan intime : "Lorsque l'homme invite sa femme pour ce dont il a besoin, qu'elle réponde à son invitation même si elle se trouvait occupée au fourneau" : "عن طلق بن علي قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "إذا الرجل دعا زوجته لحاجته فلتأته، وإن كانت على التنور" (at-Tirmidhî, n° 1160). Une parole voisine est rapportée par Ibn Mâja : "ولو سألها نفسها وهي على قتب، لم تمنعه" (n° 1853).

Mais le Prophète a également dit ceci : "Pas de tort [fait à quelqu'un] et pas de tort [gratuit] [fait à quelqu'un]" : "مالك، عن عمرو بن يحيى المازني، عن أبيه، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: "لا ضرر ولا ضرار" (rapporté par Mâlik, n° 1503). C'est bien pourquoi Taymiyya a écrit que l'épouse a le devoir d'accorder à son mari la satisfaction sur le plan intime :
--- a) quand celui-ci en exprime le désir, conformément au hadîth suscité,
--- b) cependant, dans la mesure de ses possibilités (physiques) à elle,
--- c) et tant que cela ne l'empêche pas d'effectuer d'autres choses nécessaires qu'elle a à faire.
(Voici exactement le texte qu'il a écrit : "وللرجل عليها أن يتمتع بها متى شاء، ما لم يضرّ بها، أو يشغلها عن واجب، فيجب عليها أن تمكنه كذلك" : As-Siyâssa ash-shar'iyya, p. 133.) (Voir un propos voisin dans Ash-Shar'h ul-kabîr, 9/696.)

Alors, si ton épouse est fatiguée, comprends qu'elle ne puisse pas se donner à toi immédiatement. Demain sera un autre jour, inshâ Allâh. ou Après-demain. Ou la semaine prochaine... La vie est devant vous, inshâ Allâh.

Et si elle est malade, alors comprends de toi-même, ne lui propose même pas d'avoir une relation intime.

– Par ailleurs, si en temps normal (quand elle n'est pas fatiguée ni malade), tu veux avoir une relation intime avec ton épouse, elle en aura envie si tu te seras montré prévenant à son égard. Il est impossible à la femme d'avoir envie d'une relation avec son mari si celui-ci ne s'est pas montré affectueux et attentionné à son égard. Ibn Hajar a écrit : "La relation intime n'est agréable que si l'âme en a envie et si on a le désir de vivre ensemble" ("والمجامعة أو المضاجعة إنما تستحسن مع ميل النفس والرغبة في العشرة" : Fath' ul-bârî 9/377).

Lis un autre article traitant de ce point de façon plus détaillée.

-

5) Quand tu rentres à la maison, ne te comporte pas comme un pacha, qui laisse son épouse faire tout le travail encore à faire (s'occuper des enfants, mettre la table, la débarrasser, faire vaisselle, etc.) pendant que lui se prélasse alors même que cette soirée-là il n'est ni malade ni épuisé :

– Lorsque rentré à la maison, le Messager de Dieu (que Dieu l'élève et le salue) aidait son épouse aux tâches de la maison : "عن الأسود، قال: سألت عائشة: "ما كان النبي صلى الله عليه وسلم يصنع في بيته؟" قالت: "كان يكون في مهنة أهله - تعني: خدمة أهله -. فإذا حضرت الصلاة خرج إلى الصلاة" (al-Bukhârî, 644) ; "عن الأسود بن يزيد، سألت عائشة رضي الله عنها: "ما كان النبي صلى الله عليه وسلم، يصنع في البيت؟" قالت: "كان يكون في مهنة أهله. فإذا سمع الأذان خرج" (al-Bukhârî, 5048). "عن القاسم، عن عائشة، قالت: سئلت: "ما كان رسول الله صلى الله عليه وسلم يعمل في بيته؟" قالت: "كان بشرا من البشر: يفلي ثوبه، ويحلب شاته، ويخدم نفسه" (Ahmad, 26194).

-

6) Voici quelques conseils que le Prophète a donnés à tout mari, donc à toi aussi :

– Le Prophète a dit : "عن أبي هريرة قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "أكمل المؤمنين إيمانا أحسنهم خلقا، وخيركم خيركم لنسائهم" : "Le plus parfait des croyants est celui qui a le meilleur caractère. Et ceux qui sont les meilleurs parmi vous sont ceux d'entre vous qui sont les meilleurs vis-à-vis de leurs femmes" (at-Tirmidhî, 1162).

– Il a également dit : "عن عائشة، قالت: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "خيركم خيركم لأهله، وأنا خيركم لأهلي، وإذا مات صاحبكم فدعوه" : "Le meilleur parmi vous est celui d'entre vous qui est le meilleur vis-à-vis de sa famille (ahlih) [= épouse]. Et je suis celui d'entre vous qui est le meilleur vis-à-vis de sa famille. (...)" (at-Tirmidhî, 3895 ; voir aussi Ibn Mâja, 1967).

– Le Prophète a encore dit : "عن إياس بن عبد الله بن أبي ذباب، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "لا تضربوا إماء الله" : "Ne frappez pas les servantes de Dieu" (Abû Dâoûd, 2146) (il y a une suite à cela : lire notre article consacré à ce point).

– Le Prophète a dit aux hommes : "Prenez (de moi) l'exhortation de bien agir envers les femmes. Car la femme est comme une côte. Et la partie la plus recourbée de la côte en est la partie supérieure. Si tu te mets à redresser la (côte), tu vas la briser. Et si tu la laisses ainsi, elle reste courbée. Aussi, prenez de moi l'exhortation de bien agir envers les femmes" : "عن أبي هريرة رضي الله عنه، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "استوصوا بالنساء، فإن المرأة خلقت من ضلع، وإن أعوج شيء في الضلع أعلاه، فإن ذهبت تقيمه كسرته، وإن تركته لم يزل أعوج. فاستوصوا بالنساء" (al-Bukhârî, 3153, 4890, Muslim, 1468) (une autre version se lit ainsi : "Al-mar'ah ka-dh-dhila'" : al-Bukhârî, 4889, Muslim, 1468 : lire cela dans un autre article).
Ici, c'est l'imprévisibilité du caractère féminin qui a été comparée à la courbure d'une côte. "La partie supérieure qui est la plus recourbée" évoque soit la cause de certains raisonnements, soit la cause de la façon de parler tenus lors de certaines discussions (d'après Fat'h ul-bârî 9/315).
Le Prophète a voulu ici dire aux maris qu'ils devaient passer sur les raisonnements particuliers que leur épouse peut leur adresser parfois, de même que sur les propos injustifiés voire injustes qu'elle peut leur tenir parfois. Car on ne peut pas faire disparaître ces particularités du caractère féminin. Celles-ci ont justement été mises en exergue dans ce hadîth pour exhorter les hommes à bien agir envers les femmes, exhortation citée en début, et répétée en fin de ce hadîth.
En commentaire de ce hadîth, Ibn Hajar écrit : "Dans ce (hadîth) il y a la façon de gérer les femmes, en les excusant et en faisant preuve de patience sur leur courbure ; et que celui qui veut redresser cette (courbure) ne pourra vivre avec elles [al-intifâ' bi-hinna]. (...) C'est comme si le (Prophète) avait dit : "Vivre avec elle [al-istimtâ' bi-hâ] ne peut se faire qu'en faisant preuve de patience par rapport à elle"" : "وفي الحديث الندب إلى المداراة لاستمالة النفوس وتألف القلوب. وفيه سياسة النساء بأخذ العفو منهن والصبر على عوجهن وأن من رام تقويمهن فاته الانتفاع بهن مع أنه لا غنى للإنسان عن امرأة يسكن إليها ويستعين بها على معاشه؛ فكأنه قال: الاستمتاع بها لا يتم إلا بالصبر عليها" (Fat'h ul-bârî 9/315). Ce hadîth s'adresse aux hommes, et il met l'accent sur un de leurs devoirs : la patience. Il ne s'adresse cependant pas aux femmes.

– Pareillement, commentant le célèbre hadîth : "Si Eve n'avait (pas agi comme elle l'a fait), aucune femme n'aurait fait khiyâna [= n'aurait agi de façon déplacée] avec son mari" : "عن أبي هريرة رضي الله عنه، عن النبي صلى الله عليه وسلم، نحوه يعني:  "ولا بنو إسرائيل لم يخنز اللحم. ولولا حواء لم تخن أنثى زوجها" (al-Bukhârî 3152, Muslim 1470), Ibn Hajar écrit : "Dans (ce) hadîth il y a allusion à la consolation des hommes en ce qu'ils connaissent de la part de leurs femmes, par (l'évocation de) ce qui s'est passé de la part de la mère suprême des (femmes) ; (et il y a) que cela relève de la nature de celles-ci, et qu'il ne faut donc pas faire de l'excès en adressant des reproches à celle de la part de qui quelque chose se produit sans qu'elle le fasse exprès, ou de façon occasionnelle. Et il convient, pour les (femmes), de ne pas donner place à cela en se laissant aller à ce genre de choses ; elles doivent au contraire se contrôler et combattre leurs penchants" : "ولما كانت هي أم بنات آدم أشبهها بالولادة ونزع العرق فلا تكاد امرأة تسلم من خيانة زوجها بالفعل أو بالقول. وليس المراد بالخيانة هنا ارتكاب الفواحش حاشا وكلا ولكن لما مالت إلى شهوة النفس من أكل الشجرة وحسنت ذلك لآدم عد ذلك خيانة له. وأما من جاء بعدها من النساء فخيانة كل واحدة منهن بحسبها وقريب من هذا حديث "جحد آدم فجحدت ذريته". وفي الحديث إشارة إلى تسلية الرجال فيما يقع لهم من نسائهم بما وقع من أمهن الكبرى وأن ذلك من طبعهن فلا يفرط في لوم من وقع منها شيء من غير قصد إليه أو على سبيل الندور. وينبغي لهن أن لا يتمكن بهذا في الاسترسال في هذا النوع بل يضبطن أنفسهن ويجاهدن هواهن" (Fat'h ul-bârî 6/444).
On voit l'application concrète de ce double conseil au travers notamment de ce hadîth, dans lequel on voit le Prophète (sur lui soit la paix) venir consoler Safiyya bint Huyayy lorsque celle-ci se mit à pleurer parce que son dromadaire n'avançait plus (ou plus suffisamment), mais ensuite s'agacer lorsque, malgré ses efforts, Safiyya ne cessa pas de pleurer : "أخبرنا محمد بن خلف قال: حدثنا آدم قال: حدثنا سليمان بن المغيرة قال: حدثنا ثابت البناني، عن أنس بن مالك قال: كانت صفية مع رسول الله صلى الله عليه وسلم في سفر، وكان ذلك يومها، فأبطأت في المسير، فاستقبلها رسول الله صلى الله عليه وسلم وهي تبكي وتقول: "حملتني على بعير بطيء". فجعل رسول الله صلى الله عليه وسلم يمسح بيديه عينيها ويسكتها. فأبت إلا بكاء، فغضب رسول الله صلى الله عليه وسلم وتركها. فقدمت فأتت عائشة فقالت: "يومي هذا لك من رسول الله صلى الله عليه وسلم إن أنت أرضيته عني". فعمدت عائشة إلى خمارها - وكانت صبغته بورس وزعفران - فنضحته بشيء من ماء، ثم جاءت حتى قعدت عند رأس رسول الله صلى الله عليه وسلم. فقال لها رسول الله صلى الله عليه وسلم: "ما لك؟"، فقالت: "ذلك فضل الله يؤتيه من يشاء"، فعرف رسول الله صلى الله عليه وسلم الحديث، فرضي عن صفية. وانطلق إلى زينب فقال لها: "إن صفية قد أعيا بها بعيرها، فما عليك أن تعطيها بعيرك"، قالت زينب: "أتعمد إلى بعيري فتعطيه اليهودية؟"، فهاجرها رسول الله صلى الله عليه وسلم ثلاثة أشهر، فلم يقرب بيتها. وعطلت زينب نفسها، وعطلت بيتها، وعمدت إلى السرير فأسندته إلى مؤخر البيت، وأيست من أن يأتيها رسول الله صلى الله عليه وسلم. فبينا هي ذات يوم، إذا بوجس رسول الله صلى الله عليه وسلم قد دخل البيت، فوضع السرير موضعه. فقالت زينب: "يا رسول الله، جاريتي فلانة قد طهرت من حيضتها اليوم، هي لك". فدخل عليها رسول الله صلى الله عليه وسلم ورضي عنها" (an-Nassâ'ï dans As-Sunan ul-Kub'râ, 9117) ; "حدثنا عبد الرزاق، قال: حدثنا جعفر بن سليمان، عن ثابت، قال: حدثتني شميسة أو سمية - قال عبد الرزاق: هو في كتابي: سمية - ، عن صفية بنت حيي، أن النبي صلى الله عليه وسلم حج بنسائه. فلما كان في بعض الطريق، نزل رجل، فساق بهن، فأسرع؛ فقال النبي صلى الله عليه وسلم: "كذاك سوقك بالقوارير"، يعني النساء. فبينا هم يسيرون، برك بصفية بنت حيي جملُها - وكانت من أحسنهن ظهرا -، فبكت. وجاء رسول الله صلى الله عليه وسلم حين أخبر بذلك، فجعل يمسح دموعها بيده. وجعلت تزداد بكاء وهو ينهاها. فلما أكثرت، زبرها وانتهرها، وأمر الناس بالنزول، فنزلوا، ولم يكن يريد أن ينزل. قالت: فنزلوا، وكان يومي. فلما نزلوا، ضرب خباء النبي صلى الله عليه وسلم، ودخل فيه، قالت: فلم أدر علام أهجم من رسول الله صلى الله عليه وسلم، وخشيت أن يكون في نفسه شيء. فانطلقت إلى عائشة، فقلت لها: "تعلمين أني لم أكن أبيع يومي من رسول الله صلى الله عليه وسلم بشيء أبدا. وإني قد وهبت يومي لك على أن ترضي رسول الله صلى الله عليه وسلم عني"، قالت: "نعم". قال: فأخذت عائشة خمارا لها قد ثردته بزعفران، فرشته بالماء ليذكي ريحه، ثم لبست ثيابها، ثم انطلقت إلى رسول الله صلى الله عليه وسلم، فرفعت طرف الخباء. فقال لها: "ما لك يا عائشة؟ إن هذا ليس بيومك"، قالت: "ذلك فضل الله يؤتيه من يشاء"؛ فقال مع أهله. فلما كان عند الرواح، قال لزينب بنت جحش: "يا زينب، أفقري أختك صفية جملا" - وكانت من أكثرهن ظهرا -، فقالت: "أنا أفقر يهوديتك؟"، فغضب النبي صلى الله عليه وسلم حين سمع ذلك منها، فهجرها. فلم يكلمها حتى قدم مكة وأيام منى في سفره، حتى رجع إلى المدينة، والمحرم وصفر، فلم يأتها، ولم يقسم لها؛ ويئست منه فلما كان شهر ربيع الأول، دخل عليها؛ فرأت ظله، فقالت: "إن هذا لظل رجل، وما يدخل علي النبي صلى الله عليه وسلم، فمن هذا؟". فدخل النبي صلى الله عليه وسلم، فلما رأته قالت: "يا رسول الله، ما أدري ما أصنع حين دخلت علي؟". قالت: وكانت لها جارية، وكانت تخبؤها من النبي صلى الله عليه وسلم، فقالت: "فلانة لك". فمشى النبي صلى الله عليه وسلم إلى سرير زينب - وكان قد رفع - فوضعه بيده، ثم أصاب أهله، ورضي عنهم" (Ahmad, 26866 ; dha'îf).

-

7) Suis le modèle du Prophète, qui a montré concrètement comment être mari et chef de famille : être patient, supporter les petits caprices et les reproches injustifiés :

– A) Omar ibn ul-Khattâb demanda un jour la permission d'entrer dans le lieu où le Prophète se trouvait. Il y avait là des femmes qurayshites* qui lui parlaient et lui demandaient davantage, parlant la voix élevée par rapport à la sienne. Lorsque Omar demanda la permission d'entrer, elles se levèrent et se dépêchèrent de passer derrière le rideau. Le Prophète donna à Omar la permission d'entrer, et comme celui-ci le fit, il vit le Prophète en train de sourire. Il lui dit alors : "Que Dieu te fasse sourire toute ta vie, ô Messager de Dieu !" Le Prophète dit alors : "Je m'étonnais de celles qui étaient auprès de moi, et quand elles entendirent ta voix, elles se précipitèrent derrière le rideau" (…) : "عن سعد بن أبي وقاص، قال: استأذن عمر على رسول الله صلى الله عليه وسلم وعنده نساء من قريش يكلمنه ويستكثرنه، عالية أصواتهن. فلما استأذن عمر قمن يبتدرن الحجاب، فأذن له رسول الله صلى الله عليه وسلم ورسول الله صلى الله عليه وسلم يضحك، فقال عمر: "أضحك الله سنك يا رسول الله"، قال: "عجبت من هؤلاء اللاتي كن عندي، فلما سمعن صوتك ابتدرن الحجاب". قال عمر: "فأنت يا رسول الله كنت أحق أن يهبن"، ثم قال: "أي عدوات أنفسهن، أتهبنني ولا تهبن رسول الله صلى الله عليه وسلم؟ قلن: نعم، أنت أفظ وأغلظ من رسول الله صلى الله عليه وسلم، قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "والذي نفسي بيده، ما لقيك الشيطان قط سالكا فجا إلا سلك فجا غير فجك" (al-Bukhârî, 3120 etc., Muslim 2397). * Ibn Hajar a donné préférence à l'interprétation qui dit que c'étaient des épouses du Prophète (sur lui soit la paix), et qu'elles réclamaient davantage de biens matériels pour les dépenses du foyer.
On voit ici le Prophète faire preuve de patience devant le fait que certaines de ses épouses élevaient la voix plus haut que la sienne : il ne s'est pas fâché face à ce petit désagrément, ne leur a nullement dit : "Non, mais c'est moi le chef ici, un peu de respect !".

– Les épouses du Prophète ayant continué à demander des biens matériels pour les dépenses de la maison de façon répétée, le Prophète en fut quelque peu affecté. Ainsi, Abû Bakr puis Omar ayant demandé la permission d'entrer dans le lieu où le Prophète était, et ayant reçu l'autorisation d'y entrer, ils l'y trouvèrent assis, entouré de ses épouses, silencieux. L'un d'eux s'est alors dit qu'il dirait quelque chose qui amuserait le Prophète ; il relata alors s'être fâché parce que son épouse lui demandait trop d'argent pour les dépenses du ménage. Le Prophète sourit et dit : "Elles sont autour de moi comme tu vois, me demandant justement les dépenses du ménage." En entendant cela, Abû Bakr exprima son mécontentement vis-à-vis de sa fille Aïcha, épouse du Prophète, et Omar fit de même vis-à-vis de sa fille Hafsa, autre épouse du Prophète, et tous deux reprochèrent à leur fille de demander au Prophète ce qu'il ne possédait pas (…) : "عن جابر بن عبد الله، قال: دخل أبو بكر يستأذن على رسول الله صلى الله عليه وسلم، فوجد الناس جلوسا ببابه، لم يؤذن لأحد منهم، قال: فأذن لأبي بكر، فدخل، ثم أقبل عمر، فاستأذن فأذن له، فوجد النبي صلى الله عليه وسلم جالسا حوله نساؤه، واجما ساكتا. قال: فقال: لأقولن شيئا أضحك النبي صلى الله عليه وسلم، فقال: "يا رسول الله، لو رأيت بنت خارجة، سألتني النفقة، فقمت إليها، فوجأت عنقها". فضحك رسول الله صلى الله عليه وسلم وقال: "هن حولي كما ترى، يسألنني النفقة". فقام أبو بكر إلى عائشة يجأ عنقها، فقام عمر إلى حفصة يجأ عنقها، كلاهما يقول: "تسألن رسول الله صلى الله عليه وسلم ما ليس عنده؟" فقلن: "والله لا نسأل رسول الله صلى الله عليه وسلم شيئا أبدا ليس عنده". ثم اعتزلهن شهرا - أو تسعا وعشرين -. ثم نزلت عليه هذه الآية: {يا أيها النبي قل لأزواجك} حتى بلغ {للمحسنات منكن أجرا عظيما}. قال: فبدأ بعائشة، فقال: "يا عائشة، إني أريد أن أعرض عليك أمرا أحب أن لا تعجلي فيه حتى تستشيري أبويك"، قالت: "وما هو يا رسول الله؟"، فتلا عليها الآية، قالت: "أفيك يا رسول الله أستشير أبوي؟ بل أختار الله ورسوله والدار الآخرة. وأسألك أن لا تخبر امرأة من نسائك بالذي قلت". قال: "لا تسألني امرأة منهن إلا أخبرتها. إن الله لم يبعثني معنتا، ولا متعنتا، ولكن بعثني معلما ميسرا" (Muslim 1478).

– B) Par ailleurs, Omar ibn ul-Khattâb raconte : "Et nous les Quraysh, nous menions les femmes ("naghlib un-nissâ'"). Mais quand nous nous installâmes chez les Ansâr (à Médine), voilà que c'était des hommes que leurs femmes menaient. Nos femmes se mirent alors à prendre la façon d'être des femmes ansarites" : "وكنا معشر قريش نغلب النساء، فلما قدمنا على الأنصار إذا قوم تغلبهم نساؤهم، فطفق نساؤنا يأخذن من أدب نساء الأنصار" (al-Bukhârî, 2336, 4895, Muslim, 1479/34). Bientôt, "les épouses du Prophète lui répondent, et l'une d'elles refuse de lui adresser la parole (toute) la journée, jusqu'à la nuit"" : "فوالله إن أزواج النبي صلى الله عليه وسلم ليراجعنه، وإن إحداهن لتهجره اليوم حتى الليل" (al-Bukhârî, 4895, Muslim, 1479/34), "au point qu'il reste mécontent la journée" : حتى يظل يومه غضبان" (al-Bukhârî, 4629, Muslim, 1479/31). On voit ici qu'il était arrivé une période où une épouse du Prophète lui répondait au point qu'il en soit affecté le reste de la journée. Il s'agit apparemment de ce sentiment que bien des maris connaissent lorsque leur épouse leur adresse injustement des reproches et leur réponde, et bien qu'ils essaient d'expliquer ce qui s'est réellement passé, leur épouse continue, et à la fin, accablés, ils encaissent le coup. On les voit alors, abattus et renfrognés. L'épouse n'a pas à agir ainsi (d'ailleurs la suite du récit dit que, suite à ce genre d'attitude de la part de ses épouses, le Prophète restait mécontent le reste de la journée, ce qui montre clairement que le Prophète n'a pas approuvé cela de leur part, et que ses épouses n'avaient pas le droit d'agir ainsi). Mais le mari dont l'épouse agit ainsi doit pour sa part faire preuve de patience (comme le Prophète le faisait).

– C) Un autre incident survint : Aïcha et Hafsa, deux épouses du Prophète, firent un petit plan pour l'amener à ne plus s'attarder chez une autre épouse, Zaynab, pour y boire du miel. Mais ensuite leur plan fut découvert, et Dieu en parla dans le Coran [66/1-5] (al-Bukhârî, Muslim).

Il est fort possible, écrit Ibn Hajar, que ce soit suite à ces 3 événements (FB 9/360) (qui se déroulèrent donc dans une séquence de temps assez proche), que le Prophète décida de faire chambre à part pendant un mois. Le récit est bien connu qui dit que des musulmans crurent alors que le Prophète avait alors divorcé de ses épouses, jusqu'à ce que Omar ibn ul-Khattâb demande la permission d'entrer dans la pièce où il se trouvait et lui demanda s'il avait divorcé d'elle. Ensuite, conformément à ce que Dieu lui avait dit (Coran 33/28 et suivants), donna le choix à ses épouses de demeurer avec lui en se contentant du peu de matériel qu'il pouvait leur offrir, ou de se séparer de lui. Ce choix, écrit Ibn Hajar, fut donné en l'an 9 de l'hégire (FB 9/354-355).

– Un jour, le Prophète (sur lui soit la paix) dit à son épouse Aïcha :
"Je sais quand tu es contente de moi et quand tu es en colère contre moi.

– Et comment le sais-tu ?
lui demanda Aïcha.
Quand tu es contente de moi, tu dis : "Non, par le Seigneur de Muhammad !" Et quand tu es en colère contre moi, tu dis : "Non, par le Seigneur de Abraham !"
– En effet, je ne délaisse que ton nom"
, fit Aïcha.
"عن عائشة رضي الله عنها، قالت: قال لي رسول الله صلى الله عليه وسلم: "إني لأعلم إذا كنت عني راضية، وإذا كنت علي غضبى» قالت: فقلت: من أين تعرف ذلك؟ فقال: "أما إذا كنت عني راضية، فإنك تقولين: لا ورب محمد. وإذا كنت علي غضبى، قلت: لا ورب إبراهيم". قالت: قلت: "أجل والله يا رسول الله، ما أهجر إلا اسمك" (al-Bukhârî 4930, Muslim 2439).
Al-Bukhârî a titré sur ce hadîth (et d'autres de la même veine) : "La jalousie – ghayra – des femmes et leur colère" (kitâb un-nikâh, bâb 107).
Le Prophète était celui des hommes qui respectait le plus les droits de chacun, et notamment de son épouse ; il était la justice ('adl) personnifiée ; Aïcha n'avait donc aucun grief concret à lui faire, et si elle était parfois de mauvaise humeur à son égard, c'était par pur caprice d'épouse. Malgré cela, on voit ici le Prophète prendre avec humour le fait que son épouse soit parfois ainsi avec lui. Chaque mari a à faire face à des petites colères injustifiées de la part de son épouse ; qu'il le prenne donc avec humour et détachement.

– Un jour le Prophète vint chercher son gendre 'Alî à la maison de celui-ci [apparemment il avait besoin de lui pour quelque chose]. Mais il y trouva seulement sa fille Fâtima, épouse de 'Alî, et lui demanda : "Où es ton cousin [= 'Alî] ? Il y a eu entre moi et lui un [petit] quelque chose, et il est sorti, et n'a pas fait la sieste auprès de moi" lui répondit sa fille. Le Prophète envoya un homme voir où 'Alî était. L'homme revint l'informer qu'il s'était endormi dans la mosquée. Le Prophète se rendit alors auprès de lui ; son vêtement d'en haut s'était détaché de lui et de la terre se trouvait sur son flanc. Le Prophète essuya alors la terre de son dos et lui dit : "Lève-toi, homme à la terre ! Lève-toi, homme à la terre !" (al-Bukhârî 430, 3500, 2409). On voit, ici encore, au travers du comportement de 'Alî (que Dieu l'agrée), que le mari est amené à prendre avec philosophie que son épouse ait une dispute verbale avec lui, de même que le père est amené à rester en dehors d'une petite dispute verbale s'étant produite entre sa fille et son gendre.

-

8) Tu seras parfois amené à devoir faire des compromis pour préserver la paix du foyer :

– Extrait d'un autre article :

Pour un mari dont l'épouse, qui n'est pas une femme "docile", insiste pour installer quelque chose de mak'rûh tanzîhî dans le foyer, que s'agit-il de faire : s'agit-il de faire preuve de fermeté pour empêcher que ce mak'rûh tanzîhî vienne (même une fois) à la maison (se préserver de ce qui est mak'rûh tanzîhî) ? ou bien de céder pour préserver la paix du foyer (se préserver d'une mafsada) ?

Abdullâh ibn Omar fut confronté à ce cas de figure lorsque, à l'occasion du mariage de son fils Sâlim, son épouse ne voulut pas suivre ce qu'il lui disait, et, malgré ses dires, finit par couvrir les murs d'une tapisserie (ce que la Sunna a légèrement déconseillé) : Abdullâh ibn Omar choisit la seconde option :
- "عن سالم بن عبد الله، قال: أعرست في عهد أبي، فآذن أبي الناس، وكان أبو أيوب فيمن آذنا. وقد ستروا بيتي ببجاد أخضر. فأقبل أبو أيوب فدخل، فرآني قائما، فاطلع فرأى البيت مستترا ببجاد أخضر. فقال: "يا عبد الله أتسترون الجدر؟" قال أبي - واستحيى -: "غلبننا النساء يا أبا أيوب." قال: "من خشي أن يغلبنه النساء، فلم أخش أن يغلبنك." ثم قال: "لا أطعم لكم طعاما ولا أدخل لكم بيتا." ثم خرج رحمه الله" (At-Tabarânî : Al-Mu'jam ul-kabîr) ;
- "عن عطاء قال: عرست ابنا لي، فدعوت القاسم بن محمد وعبيد الله بن عبد الله بن عمر. فلما وقفا على الباب، رأى عبيد الله البيت قد ستر بالديباج، فرجع؛ ودخل القاسم بن محمد. فقلت: والله لقد مقتني حين انصرف؛ فقلت: "أصلحك الله، والله إن ذلك لشيء ما صنعته، وما هو إلا شيء صنعته النساء وغلبونا عليه". قال: فحدثني [القاسم بن محمد] أن عبد الله بن عمر رضي الله عنهما زوّج ابنه سالما، فلما كان يوم عرسه دعا عبد الله بن عمر ناسا فيهم أبو أيوب الأنصاري رضي الله عنه. فلما وقف على الباب، رأى أبو أيوب في البيت سترا من قز فقال: "لقد فعلتموها يا أبا عبد الرحمن! قد سترتم الجدر". ثم انصرف". وفي غير هذه الرواية قال: "دعا ابن عمر أبا أيوب رضي الله عنهم، فرأى في البيت سترا على الجدار، فقال ابن عمر: "غلبنا عليه النساء"، فقال: "من كنت أخشى عليه فلم أكن أخشى عليك! والله لا أطعم لك طعاما". فرجع" (al-Bayhaqî dans As-Sunan ul-Kub'râ).

Couvrir le murs de tapisserie, cela est légèrement déconseillé (mak'rûh tanzîhî) : "أخبرنا أبو عبد الله الحافظ، وأبو سعيد بن أبي عمرو قالا: نا أبو العباس محمد بن يعقوب، نا العباس الدوري، نا عفان، نا حماد بن سلمة، نا أبو جعفر الخطمي، عن محمد بن كعب قال: دعي عبد الله بن يزيد إلى طعام. فلما جاء، رأى البيت منجَّدا؛ فقعد خارجا وبكى. قال: فقيل له: "ما يبكيك؟"، قال: "كان رسول الله صلى الله عليه وسلم إذا شيع جيشا فبلغ عقبة الوداع، قال: "أستودع الله دينكم وأماناتكم وخواتيم أعمالكم". قال: فرأى رجلا ذات يوم قد رقع بردة له بقطعة، قال: فاستقبل مطلع الشمس وقال هكذا - ومد يديه، ومد عفان يديه - وقال: "تطالعت عليكم الدنيا" ثلاث مرات - أي أقبلت -، حتى ظننا أن يقع علينا؛ ثم قال: "أنتم اليوم خير، أم إذا غدت عليكم قصعة وراحت أخرى، ويغدو أحدكم في حلة ويروح في أخرى، وتسترون بيوتكم كما تستر الكعبة؟". فقال عبد الله بن يزيد: "أفلا أبكي وقد بقيت حتى تسترون بيوتكم كما تستر الكعبة" (al-Bayhaqî dans As-Sunan ul-Kub'râ). An-Nawawî écrit : "وأما قوله صلى الله عليه وسلم حين جذب النمط وأزاله "إن الله لم يأمرنا أن نكسوا الحجارة والطين"، فاستدلوا به على أنه يمنع من ستر الحيطان وتنجيد البيوت بالثياب. وهو منع كراهة تنزيه لا تحريم، هذا هو الصحيح" (Shar'h Muslim, 14/86). Voir aussi : Al-Mughnî 9/670-671 ; Âdâb uz-zafâf, al-Albânî, pp. 125-129.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).