Devoirs du mari en islam (3/3)

(Cet article ne s'adresse qu'aux maris, il n'est pas destiné à être lu par les soeurs en islam. Lire au préalable : Pour l'épouse comme pour le mari : considérer en priorité ses devoirs plutôt que ses droits).

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En islam, au mari s'adressent un certain nombre de devoirs spécifiques, notamment d'être doux et patient vis-à-vis de son épouse :

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1) N'exerce pas ta prérogative de chef de famille de manière dictatoriale :

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1') Souviens-toi que le Prophète a dit au sujet de tout détenteur de l'autorité : "Le pire des bergers est celui qui brise" :

Le bon chef est celui qui sait diriger ceux dont il a la responsabilité sans les briser ; ce n'est pas celui qui aime "casser", rabrouer ou encore humilier, pour bien montrer (et parfois pour se montrer à lui-même) qu'il est bien le chef. C'est pourquoi, si le mari est bel et bien le chef du couple, et si les textes l'ont dit et rappelé à la femme, les mêmes textes ont rappelé aux détenteurs d'autorité que : "Le pire des bergers est celui qui brise" (Muslim, 1830). Ceci est valable pour le détenteur de l'autorité en général, et cela est donc valable pour le mari aussi (d'ailleurs un autre hadîth, très connu, dit que le mari est un berger pour les gens de la maison).

Le bon chef est celui qui sait fermer les yeux sur certains manquements de la part de ceux sur qui il a autorité. Et, justement, si l'homme a été nommé chef, c'est parce qu'il a un "degré sur la femme", comme l'a dit le verset que nous allons voir ci-après, ce qui signifie, d'après le commentaire de Ibn Abbâs, qu'il est – qu'il doit être – de nature, davantage que la femme, à savoir faire preuve de magnanimité et à fermer les yeux sur des manquements à ses droits.

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1'') Respecte ce que Dieu a ainsi dit : "Et elles [= les femmes] ont des droits [par rapport aux hommes], comparables aux devoirs qu'elles ont [par rapport à eux], dans la bienséance. Et les hommes ont un degré (daraja) sur elles" (Coran 2/228) :

Ibn Abbâs, un des Compagnons du Prophète et une des plus célèbres références en matière d'exégèse du Coran, dit : "J'aime m'embellir pour mon épouse comme j'aime qu'elle s'embellisse pour moi, car Dieu a dit : "Et elles ont des droits, comparables aux devoirs qu'elles ont, dans la bienséance"" : "وقال آخرون: معنى ذلك: ولهنّ على أزواجهن من التَّصنُّع والمواتاة، مثل الذي عليهن لهم في ذلك. ذكر من قال ذلك: حدثنا ابن وكيع قال، حدثنا أبي، عن بشير بن سلمان، عن عكرمة، عن ابن عباس قال: "إني أحبُّ أن أتزين للمرأة، كما أحب أن تتزين لي، لأن الله تعالى ذكره يقول: "ولهن مثلُ الذي عليهن بالمعروف" (Tafsîr ut-Tabarî).
Ibn Abbâs dit aussi : "Je n'aimerais pas exiger tous les droits que j'ai par rapport à elle, car Dieu, élevé soit Son souvenir, dit : "Et les hommes ont un degré sur elles"" : "وقال آخرون: تلك الدرجة التي له عليها: إفضاله عليها، وأداء حقها إليها، وصفحه عن الواجب لهُ عليها أو عن بعضه. ذكر من قال ذلك: حدثنا ابن وكيع قال، حدثنا أبي، عن بشير بن سلمان، عن عكرمة، عن ابن عباس قال: "ما أحب أن استنظف جميع حقي عليها، لأن الله تعالى ذكره يقول: "وللرجال عليهن درجة" (Tafsîr ut-Tabarî, commentaire de ce verset).

Ibn Abbâs commente donc ce "degré de l'homme" comme signifiant que l'homme doit, davantage, savoir fermer les yeux sur des droits qui lui reviennent, tout en s'acquittant scrupuleusement des devoirs qu'il a envers sa conjointe.

C'est cet avis de Ibn Abbâs que at-Tabarî a retenu : il écrit : "L'avis le plus pertinent dans le commentaire de ce verset est ce que Ibn Abbâs a dit : le "degré" ("daraja") que Dieu a évoqué dans ce verset est que l'homme passe sur certains de ses droits dont son épouse ne s'acquitte pas, tout en s'acquittant, lui, de tous ses devoirs vis-à-vis d'elle" (Tafsîr ut-Tabarî, commentaire de ce verset). C'est ce qu'implique la responsabilité même de "chef", comme nous l'avons vu en 1'.

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2) N'exerce pas ta fonction de chef de famille de manière régalienne (selon "mon bon vouloir") :

– Oui, le Prophète a dit : "Il n'est pas autorisé à l'épouse (…) de permettre d'entrer dans sa maison sauf avec son autorisation [= celle du mari]. (…)" (al-Bukhârî 4899, Muslim 1026), et al-Bukhârî a écrit comme titre (tarjama) sur ce hadîth : "La femme ne donnera à personne l'autorisation d'entrer dans la demeure de son mari, sauf avec sa permission" (Sahîh ul-Bukhârî, kitâb un-nikâh, bâb 86).

Mais Ibn Hajar apporte à cette règle de la nécessité d'avoir la permission deux nuances, et ce à la lumière des principes plus généraux de l'islam :
--- L'une est que si un cas de nécessité (dharûra) se présente, il n'y a pas besoin d'attendre l'autorisation du mari (FB 9/368). Ibn Hajar n'a pas donné d'exemple, mais on peut facilement le comprendre : un incendie, ou tout autre accident, constitue un cas de nécessité (dharûra), où l'urgence fait loi.
--- L'autre nuance concerne les cas où il n'y a pas nécessité : il suffit alors que l'épouse sache que son mari n'est pas en désaccord avec l'entrée d'une personne dans la maison pour qu'il y ait bien autorisation du mari. Ibn Hajar ajoute qu'il suffit donc d'une permission globale (ijmâlan) de la part du mari pour que l'épouse reçoive ses amies, ou bien ses proches parents (mahârim) en l'absence du mari ; ou qu'il y ait un pavillon séparé de la maison conjugale proprement dite, où des visiteurs du mari peuvent entrer en l'absence du mari (FB 9/368). Cette permission globale (idhn ijmâlî) consiste en le fait que le mari ait tracé "les grandes lignes". Cette façon de faire correspond à l'usage ('urf) de certains pays, notamment celui où nous vivons.

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– Oui, le Prophète a dit : "Lorsque la femme demande à l'un de vous la permission de se rendre à la mosquée, qu'il ne l'en empêche pas" (al-Bukhârî 835, 4940, Muslim 442). Al-Bukhârî a titré sur le hadîth n° 4940 : "Le fait que la femme demande à son mari pour se rendre à la mosquée et autre" (kitâb un-nikâh, bâb 115).

Cependant, on voit dans ce hadîth que si d'un côté il est demandé à la femme d'obtenir l'autorisation de son mari, de l'autre il est demandé à celui-ci de ne pas lui répondre par la négative, c'est-à-dire sans qu'il y ait une raison valable à le faire. Car le mari a certes le droit de répondre par la négative (cf. Fat'h ul-bârî 2/449). Cependant, sur le plan moral, s'il n'y a pas de réelle maslaha shar'iyya à le faire, empêcher son épouse de s'y rendre est mak'rûh tanzîhan ou mak'rûh tahrîman (cf. Shar'h Muslim 4/161-162).

Abdullâh ibn Omar relate ainsi qu'une épouse de son père, Omar ibn ul-Khattâb, assistait aux prières de l'aube et de la nuit en congrégation à la mosquée ; il s'agissait, dit Ibn Hajar, de 'Atika bint Zayd. Comme son mari, Omar, lui dit : "Tu sais que je n'aime pas cela", elle lui répondit : "Par Dieu, je ne cesserai pas tant que tu ne me l'interdiras pas." A quelqu'un – peut-être Abdullâh, son beau-fils – qui lui rappelait que son mari n'aimait pas cela, elle dit : "Et qu'est-ce qui l'empêche donc de me l'interdire ?". Ce quelqu'un lui répondit alors : "L'en empêche cette parole du Messager de Dieu : "N'interdisez pas aux servantes de Dieu les mosquées de Dieu."" Quand Omar ibn ul-Khattâb fut attaqué et mortellement blessé alors qu'il dirigeait la prière de l'aube, 'Atika se trouvait dans la mosquée (al-Bukhârî 858 et FB 2/493). On voit que bien qu'il préférait que son épouse ne se rende pas à la mosquée et accomplisse les prières à la maison – préférence qui correspond à un autre hadîth du Prophète –, Omar en parla à son épouse mais ne le lui interdit pas.

Quand Cheikh Khâlid Saïfullâh était présent à la Réunion, quelqu'un lui demanda si l'islam avait donné au mari le droit d'interdire à son épouse de porter des bijoux qui respectent en soi les règles de l'islam en la matière, et ce au seul motif que tel était son bon vouloir. Cheikh Khâlid répondit par la négative (fin de citation).

Le chef – quel qu'il soit – ne peut bien sûr demander de faire quelque chose qui est en soi interdit par les textes des sources. Mais il ne peut non plus demander de faire quelque chose sans maslaha shar'iyya, par simple "décision régalienne", tel que : "Monte sur cette montagne ! Bien ! Maintenant redescends !" (cf. Faydh ul-bârî 4/499).

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3) Ne crois pas que la femme aurait l'obligation, d'après le Coran et la Sunna, de rester confinée à la maison :

A l'époque du Prophète, on ne disait pas à la musulmane qu'elle doive rester confinée chez elle. Elle avait une présence – moindre que celle de l'homme, certes – dans les affaires de la société, sortait pour aller faire des achats, posait des questions de vive voix au Prophète ou à d'autres Compagnons, etc. (cliquez ici pour lire quelques brèves lignes sur le sujet).

Abû Chuqqa a ainsi compilé dans son ouvrage Tahrîr ul-mar'a fî 'asr ir-rissâla de nombreux récits authentiques qui montrent ce que la femme faisait à l'époque du Prophète. Dans le tome 2, le 5ème chapitre (al-fasl ul-khâmis) est entièrement consacré à cela et s'intitule :
"Récits de la participation de la femme musulmane à la vie sociale à l'époque du Messager".
A l'intérieur des 6ème, 7ème et 8ème chapitres (fasl), on lit quelques pages traitant quant à elles respectivement de :
"Récits de la participation de la femme musulmane au travail professionnel à l'époque du Messager" ;
"Récits de la participation de la femme musulmane à l'activité sociale à l'époque du Messager" ;
"Récits de la participation de la femme musulmane à l'activité politique à l'époque du Messager".

Certes, un contexte où les uns et les autres manquent de retenue, de maturité et/ou de spiritualité peut entraîner, par précaution (sadd ul-bâb), que des muftis déclarent interdit certaines actions qui en soi sont autorisées. Cependant, il ne faudrait pas ce principe de précaution (sadd ul-bâb) soit appliqué avec excès, alors que le risque n'est pas de degré suffisant ou n'est pas suffisamment généralisé, interdisant alors aux femmes de façon absolue ce que le Prophète et ses Compagnons laissaient leurs épouses faire normalement et sereinement.

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4) Si ton épouse n'est un jour pas prête à avoir une relation intime avec toi, n'en fais pas toute une affaire :

– Oui, le Prophète (sur lui soit la paix) a exhorté l'épouse à se donner à son mari et à le satisfaire sur le plan intime : "Lorsque l'homme invite sa femme pour ce dont il a besoin, qu'elle réponde à son invitation même si elle se trouvait occupée au fourneau" (at-Tirmidhî, n° 1160). Une parole voisine est rapportée par Ibn Mâja (n° 1853).

– Mais le Prophète a également dit ceci : "Pas de tort [fait à quelqu'un] et pas de tort [gratuit] [fait à quelqu'un]" (rapporté par Mâlik, n° 1461). C'est ce qui fait que Ibn Taymiyya a écrit que l'épouse a le devoir d'accorder à son mari la satisfaction sur le plan intime :
--- a) quand celui-ci en exprime le désir, conformément au hadîth suscité ; cependant, a-t-il également précisé, ce devoir prend place :
--- b) dans la mesure de ses possibilités (physiques) à elle,
--- c) et tant que cela ne l'empêche pas d'effectuer d'autres choses nécessaires qu'elle a à faire.
(Voici exactement le texte qu'il a écrit : "وللرجل عليها أن يتمتع بها متى شاء، ما لم يضر بها، أو يشغلها عن واجب، فيجب عليها أن تمكنه كذلك" : As-Siyâssa ash-shar'iyya, p. 133.) (Voir un propos voisin dans Ash-Shar'h ul-kabîr, 9/696.)

Alors, si ton épouse est fatiguée, comprends qu'elle ne puisse pas se donner à toi immédiatement. Demain sera un autre jour, inshâ Allâh.

Et si elle est malade, alors comprends de toi-même, ne lui demande même pas d'être disponible pour toi.

– Par ailleurs, si en temps normal (quand elle n'est pas fatiguée ni malade), tu veux avoir une relation intime avec ton épouse, elle en aura envie si tu te seras montré prévenant à son égard. Il est impossible à la femme d'avoir envie d'une relation avec son mari si celui-ci ne s'est pas montré affectueux et attentionné à son égard. Ibn Hajar a écrit : "La relation intime n'est agréable que si l'âme en a envie et si on a le désir de vivre ensemble" ("وَالْمُجَامَعَة أَوْ الْمُضَاجَعَة إِنَّمَا تُسْتَحْسَن مَعَ مَيْل النَّفْس وَالرَّغْبَة فِي الْعِشْرَة" : Fath' ul-bârî 9/377).

Lis un autre article traitant de ce point de façon plus détaillée.

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5) Voici quelques conseils que le Prophète a donnés à tout mari, donc à toi aussi :

– Le Prophète a dit : "عن أبي هريرة قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "أكمل المؤمنين إيمانا أحسنهم خلقا، وخيركم خيركم لنسائهم" : "Le plus parfait des croyants est celui qui a le meilleur caractère. Et le meilleur d'entre vous est celui qui est le meilleur vis-à-vis de leurs femmes" (at-Tirmidhî, 1162).

– Il a également dit : "عن عائشة، قالت: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "خيركم خيركم لأهله، وأنا خيركم لأهلي، وإذا مات صاحبكم فدعوه" : "Le meilleur d'entre vous est celui d'entre vous qui est le meilleur vis-à-vis de sa famille (ahlih) [= épouse]. Et je suis celui d'entre vous qui est le meilleur vis-à-vis de sa famille (...)" (at-Tirmidhî, 3895 ; voir aussi Ibn Mâja, 1967).

– Le Prophète a encore dit : "Ne frappez pas les servantes de Dieu" (Abû Dâoûd, 2146) (lire notre article consacré à ce point).

– Le Prophète a dit aux hommes : "Prenez (de moi) l'exhortation de bien agir envers les femmes. Car la femme est comme une côte. Et la partie la plus recourbée de la côte en est la partie supérieure. Si tu te mets à redresser la (côte), tu vas la briser. Et si tu la laisses ainsi, elle reste courbée. Aussi, prenez de moi l'exhortation de bien agir envers les femmes" (al-Bukhârî, 3153, 4890, Muslim, 1468) (une autre version se lit ainsi : "Al-mar'ah ka-dh-dhila'" : al-Bukhârî, 4889, Muslim, 1468 : cliquez ici).
Ici, c'est l'imprévisibilité du caractère féminin qui a été comparée à la courbure d'une côte. "La partie supérieure qui est la plus recourbée" évoque soit la cause de certains raisonnements, soit la cause de la façon de parler tenus lors de certaines discussions (d'après Fat'h ul-bârî 9/315).
Le Prophète a voulu ici dire aux maris qu'ils devaient passer sur les raisonnements particuliers que leur épouse peut leur adresser parfois, de même que sur les propos injustifiés voire injustes qu'elle peut leur tenir parfois. Car on ne peut pas faire disparaître ces particularités du caractère féminin. Celles-ci ont justement été mises en exergue dans ce hadîth pour exhorter les hommes à bien agir envers les femmes, exhortation citée en début, et répétée en fin de ce hadîth.
En commentaire de ce hadîth, Ibn Hajar écrit : "Dans ce (hadîth) il y a la façon de gérer les femmes, en les excusant et en faisant preuve de patience sur leur courbure ; et que celui qui veut redresser cette (courbure) ne pourra vivre avec elles [al-intifâ' bi-hinna]. (...) C'est comme si le (Prophète) avait dit : "Vivre avec elle [al-istimtâ' bi-hâ] ne peut se faire qu'en faisant preuve de patience par rapport à elle"" (Fat'h ul-bârî 9/315). Ce hadîth s'adresse aux hommes seulement, et il met l'accent sur un de leurs devoirs : la patience. Il ne s'adresse cependant pas aux femmes.

– Pareillement, commentant le célèbre hadîth : "Si Eve n'avait (pas agi comme elle l'a fait), aucune femme n'aurait fait khiyâna [= n'aurait agi de façon déplacée] avec son mari" (al-Bukhârî 3152, Muslim 1470), Ibn Hajar écrit : "Dans (ce) hadîth il y a allusion à la consolation des hommes en ce qu'ils connaissent de la part de leurs femmes, par (l'évocation de) ce qui s'est passé de la part de la mère suprême des (femmes) ; (et il y a) que cela relève de la nature de celles-ci, et qu'il ne faut donc pas faire de l'excès en adressant des reproches à celle de la part de qui quelque chose se produit sans qu'elle le fasse exprès, ou de façon occasionnelle. Et il convient, pour les (femmes), de ne pas donner place à cela en se laissant aller à ce genre de choses ; elles doivent au contraire se contrôler et combattre leurs penchants" (Fat'h ul-bârî 9/444).

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6) Suis le modèle du Prophète, qui a montré concrètement comment être mari et chef de famille : être patient, supporter les petits caprices et les reproches injustifiés :

– a) Omar ibn ul-Khattâb demanda un jour la permission d'entrer dans le lieu où le Prophète se trouvait. Il y avait là des femmes qurayshites* qui lui parlaient et lui demandaient davantage, parlant la voix élevée par rapport à la sienne. Lorsque Omar demanda la permission d'entrer, elles se levèrent et se dépêchèrent de passer derrière le rideau. Le Prophète donna à Omar la permission d'entrer, et comme celui-ci le fit, il vit le Prophète en train de sourire. Il lui dit alors : "Que Dieu te fasse sourire toute ta vie, ô Messager de Dieu !" Le Prophète dit alors : "Je m'étonnais de celles qui étaient auprès de moi, et quand elles entendirent ta voix, elles se précipitèrent derrière le rideau" (…) (al-Bukhârî, 3480 etc., Muslim 2397). * Ibn Hajar a donné préférence à l'interprétation qui dit que c'étaient des épouses du Prophète (sur lui soit la paix), et qu'elles réclamaient davantage de biens matériels pour les dépenses du ménage.
On voit ici le Prophète faire preuve de patience devant le fait que certaines de ses épouses élevaient la voix plus haut que la sienne : il ne s'est pas fâché face à ce petit désagrément, ne leur a nullement dit : "Non, mais c'est moi le chef ici, un peu de respect !".

– Les épouses du Prophète ayant continué à demander des biens matériels pour les dépenses de la maison de façon répétée, le Prophète en fut quelque peu affecté. Ainsi, Abû Bakr puis Omar ayant demandé la permission d'entrer dans le lieu où le Prophète était, et ayant reçu l'autorisation d'y entrer, ils l'y trouvèrent assis, entouré de ses épouses, silencieux. L'un d'eux s'est alors dit qu'il dirait quelque chose qui amuserait le Prophète ; il relata alors s'être fâché parce que son épouse lui demandait trop d'argent pour les dépenses du ménage. Le Prophète sourit et dit : "Elles sont autour de moi comme tu vois, me demandant justement les dépenses du ménage." En entendant cela, Abû Bakr exprima son mécontentement vis-à-vis de sa fille Aïcha, épouse du Prophète, et Omar fit de même vis-à-vis de sa fille Hafsa, autre épouse du Prophète, et tous deux reprochèrent à leur fille de demander au Prophète ce qu'il ne possédait pas (…) (Muslim 1478).

– b) Par ailleurs, arrivés à Médine, où, du récit de Omar ibn ul-Khattâb, contrairement à la situation qui prévalait à la Mecque, "c'étaient les femmes qui menaient les hommes ("taghlibuhum nissâ'uhum")" (al-Bukhârî 4895), des femmes originaires de la Mecque "se mirent à prendre la façon d'être des femmes" médinoises (al-Bukhârî 4895). Bientôt, "des épouses du Prophète lui répondent ; et (il arrive que) l'une d'elles refuse de lui parler toute la journée" (4895) ; "au point qu'il reste mécontent la journée" (al-Bukhârî 4629). On voit ici qu'il était arrivé une période où une épouse du Prophète lui répondait au point qu'il en soit affecté le reste de la journée. Il s'agit apparemment de ce sentiment que bien des maris connaissent lorsque leur épouse leur adresse injustement des reproches et leur réponde, et bien qu'ils essaient d'expliquer ce qui s'est réellement passé, leur épouse continue, et à la fin, accablés, ils encaissent le coup. On les voit alors, abattus et renfrognés. L'épouse n'a pas à agir ainsi (d'ailleurs la suite du récit dit que, suite à ce genre d'attitude de la part de ses épouses, le Prophète restait mécontent le reste de la journée, ce qui montre clairement que le Prophète n'a pas approuvé cela de leur part, et que ses épouses n'avaient pas le droit d'agir ainsi). Mais le mari dont l'épouse agit ainsi doit pour sa part faire preuve de patience (comme le Prophète le faisait).

– c) Un autre incident survint, plus petit celui-là : Aïcha et Hafsa, deux épouses du Prophète, firent un petit plan pour l'amener à ne plus s'attarder chez une autre épouse, Zaynab, pour y boire du miel. Mais ensuite leur supercherie fut découverte et Dieu en parla dans le Coran [66/1-5] (al-Bukhârî, Muslim).

Il est fort possible, écrit Ibn Hajar, que ce soit suite à ces 3 événements (FB 9/360) (qui se déroulèrent donc dans une séquence de temps assez proche), que le Prophète décida de faire chambre à part pendant un mois. Le récit est bien connu qui dit que des musulmans crurent alors que le Prophète avait alors divorcé de ses épouses, jusqu'à ce que Omar ibn ul-Khattâb demande la permission d'entrer dans la pièce où il se trouvait et lui demanda s'il avait divorcé d'elle. Ensuite, conformément à ce que Dieu lui avait dit (Coran 33/28 et suivants), donna le choix à ses épouses de demeurer avec lui en se contentant du peu de matériel qu'il pouvait leur offrir, ou de se séparer de lui. Ce choix, écrit Ibn Hajar, fut donné en l'an 9 de l'hégire (FB 9/354-355).

– Un jour, le Prophète (sur lui soit la paix) dit à son épouse Aïcha :
"Je sais quand tu es contente de moi et quand tu es en colère contre moi.

– Et comment le sais-tu ?
lui demanda Aïcha.
Quand tu es contente de moi, tu dis : "Non, par le Seigneur de Muhammad !" Et quand tu es en colère contre moi, tu dis : "Non, par le Seigneur de Abraham !"
– En effet, je ne délaisse que ton nom"
, fit Aïcha (al-Bukhârî 4930, Muslim 2439).
Al-Bukhârî a titré sur ce hadîth (et d'autres de la même veine) : "La jalousie – ghayra – des femmes et leur colère" (kitâb un-nikâh, bâb 107).
Le Prophète était celui des hommes qui respectait le plus les droits de chacun, et notamment de son épouse ; il était la justice ('adl) personnifiée ; Aïcha n'avait donc aucun grief concret à lui faire, et si elle était parfois de mauvaise humeur à son égard, c'était par pur caprice d'épouse. Malgré cela, on voit ici le Prophète prendre avec humour le fait que son épouse soit parfois ainsi avec lui. Chaque mari a à faire face à des petites colères injustifiées de la part de son épouse ; qu'il le prenne donc avec humour et détachement.

– Un jour le Prophète vint chercher son gendre 'Alî à la maison de celui-ci [apparemment il avait besoin de lui pour quelque chose]. Mais il y trouva seulement sa fille Fâtima, épouse de 'Alî, et lui demanda : "Où es ton cousin [= 'Alî] ? Il y a eu entre moi et lui un [petit] quelque chose, et il est sorti, et n'a pas fait la sieste auprès de moi" lui répondit sa fille. Le Prophète envoya un homme voir où 'Alî était. L'homme revint l'informer qu'il s'était endormi dans la mosquée. Le Prophète se rendit alors auprès de lui ; son vêtement d'en haut s'était détaché de lui et de la terre se trouvait sur son flanc. Le Prophète essuya alors la terre de son dos et lui dit : "Lève-toi, homme à la terre ! Lève-toi, homme à la terre !" (al-Bukhârî 430, 3500, 2409). On voit, ici encore, au travers du comportement de 'Alî (que Dieu l'agrée), que le mari est amené à prendre avec philosophie que son épouse ait une dispute verbale avec lui, de même que le père est amené à rester en dehors d'une dispute verbale s'étant produite entre sa fille et son gendre.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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