Le Coran autorise-t-il au mari de battre sa femme ?

Question :

J'ai lu dans le Coran (4:34) qu'il ordonne à l'homme de frapper sa femme !?J'ai même ouï dire qu'en islam, il est recommandé de battre sa femme sans raison, car "si toi tu ne sais pas pourquoi tu la bats, elle le sait"...

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Réponse :

Les choses ne sont nullement ainsi.

Le Prophète (sur lui soit la paix) a dit : "Le plus parfait des croyants est celui qui a le meilleur caractère. Et les meilleurs d'entre vous sont ceux qui sont les meilleurs avec leurs femmes" (rapporté par at-Tirmidhî, 1162).
Il a dit aussi : "Le meilleur d'entre vous est celui d'entre vous qui est le meilleur vis-à-vis de sa famille (ahlih) [= épouse]. Et je suis celui d'entre vous qui est le meilleur vis-à-vis de sa famille (...)" (rapporté par at-Tirmidhî, 3895 ; voir aussi Ibn Mâja, 1967).

Le Messager de Dieu (sur lui soit la paix) a dit : "Ne frappez pas les servantes de Dieu." Mais ensuite Omar ibn ul-Khattâb (que Dieu l'agrée) vint rencontrer le Messager de Dieu et lui dit : "Les épouses se sont révoltées contre leur époux." Alors le Prophète autorisa de lever la main. Par la suite de nombreuses femmes vinrent chez les épouses du Prophète se plaindre de leur mari. Le Prophète dit alors : "Se sont rendues auprès des familles de Muhammad de nombreuses femmes se plaignant de leur mari ; ceux-ci ne sont pas les meilleurs d'entre vous" : "عن إياس بن عبد الله بن أبي ذباب، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "لا تضربوا إماء الله". فجاء عمر إلى رسول الله صلى الله عليه وسلم فقال: "ذئرن النساء على أزواجهن"، فرخص في ضربهن. فأطاف بآل رسول الله صلى الله عليه وسلم نساء كثير يشكون أزواجهن، فقال النبي صلى الله عليه وسلم: "لقد طاف بآل محمد نساء كثير يشكون أزواجهن ليس أولئك بخياركم" (Abou Daoud, n° 2146). Sa première parole disant de ne pas frapper son épouse aurait-elle été abrogée par l'autorisation qu'il donna dans le second temps ?

Non.

Il y a ici 2 choses par rapport à ce que le Coran (4/34) et la Sunna (les paroles du Prophète) disent sur le sujet :

- A) Il y a le fait, même au cas où ce que le Coran évoque sous le nom de nushûz est véritablement là, de ne jamais employer la main, même pas de la façon très soft décrite par Ibn Abbâs en commentaire de ce que le verset 4/34 dit (et que nous allons citer ci-après) ;

- B) Et il y a le fait, si la cause est véritablement là, d'employer la main, et :
--- B.a) cela de la façon très soft exposée par Ibn Abbâs en commentaire de ce que le verset 4/34 dit : "par le siwâk [petit morceau de racine tendre du salvadora persica] ou chose semblable" : "عن عطاء قال: قلت لابن عباس: "ما الضرب غير المبرح؟" قال: "بالسواك ونحوه" (Tafsîr ut-Tabarî, n° 9387) ;
--- B.b) cela d'une façon qui fait mal (dharb shadîd shâqq) sans pour autant blesser ;
--- B.c) cela d'une façon qui blesse (dharb mujarrih).

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Ce que le Prophète a enseigné, c'est de demeurer dans le A : "Ne frappez pas les servantes de Dieu", et donc de ne même pas avoir recours au B.a, et cela bien entendu dans le cas où la cause (nushûz) est avérée (car en cas d'absence de nushûz, la question ne se pose même pas) : "اختلف أهل التأويل في معنى قوله:"واللاتي تخافون نشوزهن". فقال بعضهم: معناه: "واللاتي تعلمون نشوزهن". ووجه صرف "الخوف" في هذا الموضع إلى "العلم" في قول هؤلاء، نظير صرف "الظن" إلى "العلم"، لتقارب معنييهما، إذ كان "الظن" شكا وكان "الخوف" مقرونا برجاء، وكانا جميعا من فعل المرء بقلبه. كما قال الشاعر: "ولا تدفنني في الفلاة فإنني ... أخاف إذا ما مت أن لا أذوقها"؛ معناه: فإنني أعلم. وكما قال الآخر: "أتاني كلام عن نصيب يقوله ... وما خفت يا سلام أنك عائبي"؛ بمعنى: وما ظننت" : Tafsîr ut-Tabarî). Le propos que vous relatez dans votre question ("Bats ta femme, car si toi tu ne sais pas pourquoi tu la bats, elle le sait") est sans fondement. (Quant au hadîth : "حدثنا زهير بن حرب، حدثنا عبد الرحمن بن مهدي، حدثنا أبو عوانة، عن داود بن عبد الله الأودي، عن عبد الرحمن المسلي، عن الأشعث بن قيس، عن عمر بن الخطاب، عن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "لا يسأل الرجل فيما ضرب امرأته" : Abû Dâoûd, n° 2147, il est faible, dha'îf.)

Ensuite, même en cas de présence de ladite cause, d'une part, ce que ce verset 4/34 autorise se rapporte seulement au degré B.a, comme l'enseigne la Sunna : le fait est que les B.b et B.c tombent sous le coup du "dharb mubarrih", que le Prophète a interdit en toutes circonstances (rapporté par Muslim, 1218, Abû Dâoûd, 1905, at-Tirmidhî, 1163, 3087) ; le terme "mubarrih" a bien été expliqué par "shadîd shâqq" (soit le B.b) et par "mujarrih" (soit le B.c) par des commentateurs (مبرح" بتشديد الراء المكسورة وبالحاء المهملة أي مجرح أو شديد شاق" : Tuhfat ul-ahwadhî sur ce hadîth). De même, la gifle est interdite, en vertu du hadîth : "ولا تضرب الوجه" (Abû Dâoûd, n° 2142).

D'autre part, même ce degré B.a a été toléré dans la perspective décrite dans le verset 4/34 : il est nécessaire de respecter l'ordre y évoqué : d'abord conseiller ; si cela n'a pas d'effet, alors faire lit à part ; ensuite seulement le geste : "طرق تأديب الزّوجة : أ) الوعظ. ب) الهجر في المضجع. ج) الضّرب غير المبرّح. وهذا التّرتيب واجب عند جمهور الفقهاء" (Al-Mawsû'a al-fiq'hiyya).

Enfin, même au degré B.a, et même avec le respect de l'ordre prescrit, il est mieux de ne pas avoir recours à ce genre de geste (et donc de rester dans le A) : "وقد جاء النهي عن ضرب النساء مطلقا فعند أحمد وأبي داود والنسائي وصححه ابن حبان والحاكم من حديث إياس بن عبد الله بن أبي ذباب (...): "لا تضربوا إماء الله" (...) قال الشافعي: يحتمل أن يكون النهي على الاختيار" (Fat'h ul-bârî 9/377). Aïcha, épouse du Prophète, relate : "Jamais le Messager de Dieu n'a levé la main sur quelqu'un, ni une épouse, ni un serviteur. La seule occasion [où il utilisait sa main contre quelqu'un] était lorsqu'il combattait pour la cause de Dieu [contre des combattants ennemis]" (Muslim, n° 2328, Abû Dâoûd, n° 4786).

Al-Bukhârî a résumé tout cela ainsi : "باب: ما يكره من ضرب النساء، وقول الله تعالى {واضربوهن} أي ضربا غير مبرح" (Sahîh ul-Bukhârî, Kitâb un-nikâh, bâb n° 92).

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Quand le Prophète avait dit : "Ne frappez pas les servantes de Dieu", il demandait de ne pas avoir recours au B.a, et de demeurer dans le A : le fait de rester dans le A est donc la règle dite de "'azîma".

Quand plus tard, suite à ce que Omar (que Dieu l'agrée) est venu lui dire, il a autorisé le "dharb", le Prophète parlait du B.a : il s'agissait d'une règle dite de "rukhsa" (qui est d'ailleurs le terme exact figurant dans le hadîth) (il ne peut pas s'agir du B.b, encore moins du B.c, puisque le Prophète a interdit le "dharb mubarrih", ce qui, comme nous l'avons vu plus haut, correspond à ces B.b et B.c).

Cependant, certains hommes sont allés jusqu'au B.b ; le Prophète l'a su quand les épouses de ces hommes sont venues se plaindre auprès de ses épouses à lui. Le Prophète est alors de nouveau intervenu : il a alors fait un discours [apparemment dans la mosquée], dans lequel il a relaté que de nombreuses femmes étaient venues auprès de ses épouses se plaindre de leur mari, et où il exprima que ce que ces maris avaient fait était mal.

C'est bien à la lumière de cela que des juristes musulmans ont écrit que la femme qui est battue ou maltraitée a le droit au divorce et qu'il lui suffit de porter plainte auprès du juge musulman (qâdî). C'est l'avis notamment de Cheikh Khâlid Saïfullâh, juriste musulman très connu en Inde (cf. Islâm aur jadîd mu'âsharatî massâ'ïl, Khâlid Saïfullâh, pp. 159-166).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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