Ibn Sayyâd était-il le futur Dajjâl, ou pas ?

Le texte du Coran, le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) l'a reçu intégralement en révélation.

Par contre, pour ce qui est de sa Sunna :

--- les principes généraux (al-kulliyyât / al-jâwâmi'), il les tous a reçus de Dieu, en révélation (soit dans le Coran, soit par révélation ne figurant pas dans le Coran) ;

--- quant aux éléments détaillés (at-tafsîliyyât) (promesse de telle récompense ou menace de tel châtiment dans l'au-delà pour telle action / caractère juridique de telle action détaillée / détermination de la personne qui réalisera sur Terre telle et telle choses annoncées par la révélation), alors :

------ certains de ces éléments détaillés lui ont été révélés (comme dans le cas du bédouin qui vint le questionner pour savoir s'il pouvait demeurer en état de sacralisation alors qu'il portait un manteau enduit d'un parfum colorant : le récit dit explicitement que le Prophète demeura silencieux, puis une révélation se fit à lui ; ensuite il donna la réponse à l'homme : "عن يعلى أنه كان يقول: ليتني أرى رسول الله صلى الله عليه وسلم حين ينزل عليه! قال: فبينا النبي صلى الله عليه وسلم بالجعرانة وعليه ثوب قد أظل به، معه فيه ناس من أصحابه، إذ جاءه أعرابي عليه جبة متضمخ بطيب، فقال: يا رسول الله، كيف ترى في رجل أحرم بعمرة في جبة بعدما تضمخ بالطيب؟ فأشار عمر إلى يعلى بيده أن تعال. فجاء يعلى فأدخل رأسه، فإذا النبي صلى الله عليه وسلم محمر الوجه، يغط كذلك ساعة، ثم سري عنه، فقال: "أين الذي يسألني عن العمرة آنفا؟" فالتمس الرجل فأتي به، فقال: "أما الطيب الذي بك فاغسله ثلاث مرات، وأما الجبة فانزعها، ثم اصنع في عمرتك كما تصنع في حجك" (al-Bukhârî 4074 etc., Muslim 1180) ;

------ d'autres éléments détaillés ne lui ont pas (ou ne lui avaient jusqu'alors pas encore) été révélés ; et alors :
--------- soit il a fait son propre ijtihâd, et a énoncé le résultat de son ijtihâd : cela est alors aussi certain que si cela avait été communiqué par révélation ("واجتهاده صلى الله عليه وسلم بمنزلة الوحي؛ لأن الله تعالى عصمه من أن يتقرر رأيه على الخطأ" : HB 1/371);
--------- soit le Prophète est resté dans l'hésitation (taraddud) ; et par la suite :
------------- soit il a reçu la révélation et a fait connaître le contenu de celle-ci ;
------------- soit il a donné préférence à l'une des deux possibilités ;
------------- soit il est demeuré dans l'hésitation jusqu'à la fin.

Ash-Shâfi'î a exprimé cela ainsi : "كل ما حكم به رسول الله صلى الله عليه وسلم فهو مما فهمه من القرآن" : "Tout hukm que le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) a énoncé, cela provient de ce qu'il a compris du Coran" (Tafsîr Ibn Kathîr, 1/6, Al-Itqân, p. 1025).
Shâh Waliyyullâh écrit quant à lui : "وليس يجب أن يكون اجتهاده استنباطا من المنصوص كما يظن، بل أكثره أن يكون علَّمه الله تعالى مقاصد الشرع وقانون التشريع والتيسير والأحكام، فبيّن المقاصد المتلقاة بالوحي بذلك القانون" : Hujjat ullâh il-bâligha, 1/371-372).

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Voici un exemple où le Prophète était dans l'hésitation, et plusieurs avis ont ensuite vu le jour quant à savoir s'il a par la suite donné préférence à telle possibilité, ou bien s'il est demeuré jusqu'à la fin dans l'hésitation :

Le Prophète a annoncé la venue du Messie Trompeur (Dajjâl).

Or, à son époque vivait à Médine un garçon non-musulman, Ibn Sayyâd, dont il se demandait s'il n'était pas le futur Dajjâl.
Et s'il se posait cette question et était dans l'hésitation sur le sujet, c'est parce que quelques-uns des éléments caractéristiques de Dajjâl étaient présents en Ibn Sayyâd ; et cela était à un niveau suffisant pour être troublant et pour que le Prophète s'interroge (taraddud) et enquête, mais pas à un niveau suffisant pour que le Prophète affirme (ni qat', ni même tarjîh) que Ibn Sayyâd était bien le futur Dajjâl.

An-Nawawî écrit ainsi : "قال العلماء وظاهر الأحاديث أن النبي صلى الله عليه وسلم لم يوح إليه بأنه المسيح الدجال ولا غيره؛ وإنما أوحي إليه بصفات الدجال؛ وكان في بن صياد قرائن محتملة؛ فلذلك كان النبي صلى الله عليه وسلم لا يقطع بأنه الدجال ولا غيره" : "Des ulémas ont dit : Ce qui apparaît des hadîths est que le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) n'avait pas reçu de révélation lui disant si (Ibn Sayyâd) était le Messie Dajjâl, ou s'il était autre que lui. Seule les qualifications du Dajjâl lui avaient été révélés. Or en Ibn Sayyâd existaient certains indices probables. C'est pour cette raison que le Prophète n'affirmait pas de façon tranchée que (Ibn Sayyâd) était le Dajjâl, ni qu'il n'était pas cette personne" (Shar'h Muslim 18/46).

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Le Prophète se rendit par 2 fois auprès de Ibn Sayyâd pour tenter d'en savoir plus à son sujet :

La première fois il était accompagné d'un groupe de ses Compagnons. Ibn Sayyâd état alors pré-adolescent. Le Prophète lui posa quelques questions.

La seconde fois le Prophète fut accompagné de Ubayy ibn Ka'b. Ibn Sayyâd était alors allongé sous un manteau et prononçait quelques paroles. Se dissimulant derrière les troncs de dattiers, le Prophète chercha à s'approcher de Ibn Sayyâd pour entendre ce qu'il disait, quand la mère de ce dernier l'aperçut et cria à son fils : "Voilà Muhammad !". Le Prophète regretta ce que la maman avait fait.

Alors le Prophète fit un discours [dans sa mosquée] dans lequel il parla du Messie Dajjâl et ajouta : "Il n'est pas un prophète sans qu'il ait mis en garde les siens contre lui. Noé a mis en garde les siens contre lui. Mais je vais vous dire une parole qu'aucun prophète n'a dite aux siens : "Vous savez qu'il est borgne et que Dieu n'est pas borgne"" (al-Bukhârî 5821, Muslim 2930).

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Il y a également le récit fait au Prophète par Tamîm ad-Dârî :

Ce dernier est venu relater au Prophète que, après que son bateau, balloté par l'océan pendant de nombreux jours, finit par accoster sur une île. Ayant débarqués, lui et d'autres marins, ils furent conduits devant un homme enchaîné qui se présenta comme étant le Messie Trompeur.
Voici une partie de ce récit : c'est Tamîm ad-Dârî qui relate :
"فدخلنا الجزيرة، فلقيتنا دابة أهلب كثير الشعر، لا يدرى ما قبله من دبره من كثرة الشعر، فقلنا: ويلك ما أنت؟ فقالت: أنا الجساسة، قلنا: وما الجساسة؟ قالت: اعمدوا إلى هذا الرجل في الدير، فإنه إلى خبركم بالأشواق، فأقبلنا إليك سراعا، وفزعنا منها، ولم نأمن أن تكون شيطانة.
فقال: أخبروني عن نخل بيسان، قلنا: عن أي شأنها تستخبر؟ قال: أسألكم عن نخلها، هل يثمر؟ قلنا له: نعم، قال: أما إنه يوشك أن لا تثمر.
قال: أخبروني عن بحيرة الطبرية، قلنا: عن أي شأنها تستخبر؟ قال: هل فيها ماء؟ قالوا: هي كثيرة الماء، قال: أما إن ماءها يوشك أن يذهب.
قال: أخبروني عن عين زغر، قالوا: عن أي شأنها تستخبر؟ قال: هل في العين ماء؟ وهل يزرع أهلها بماء العين؟ قلنا له: نعم، هي كثيرة الماء، وأهلها يزرعون من مائها.
قال: أخبروني عن نبي الأميين ما فعل؟ قالوا: قد خرج من مكة ونزل يثرب، قال: أقاتله العرب؟ قلنا: نعم، قال: كيف صنع بهم؟ فأخبرناه أنه قد ظهر على من يليه من العرب وأطاعوه، قال لهم: قد كان ذلك؟ قلنا: نعم.
قال: أما إن ذاك خير لهم أن يطيعوه. وإني مخبركم عني، إني أنا المسيح، وإني أوشك أن يؤذن لي في الخروج، فأخرج فأسير في الأرض فلا أدع قرية إلا هبطتها في أربعين ليلة غير مكة وطيبة، فهما محرمتان علي كلتاهما"
(Muslim, 2942).

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Enfin, Omar ibn ul-Khattâb fit serment par Dieu que Ibn Sayyâd était bien le Dajjâl :

Le Prophète l'entendit faire ce serment et ne dit rien
:
"عن محمد بن المنكدر قال: رأيت جابر بن عبد الله يحلف بالله أن ابن الصائد الدجال. قلت: تحلف بالله؟ قال: إنى سمعت عمر يحلف على ذلك عند النبى صلى الله عليه وسلم، فلم ينكره النبى صلى الله عليه وسلم"
(al-Bukhârî, 6922).
Or il est connu et reconnu que le silence (sukût) du Prophète face à une action ou une affirmation de la part d'une personne, cela vaut approbation (taqrîr), par le Prophète, de cette action ou affirmation.

Dès lors :

Certains ulémas ont dit que, par son silence face au serment fait par Omar, le Prophète a ici approuvé le contenu de ce serment : lui aussi était donc devenu convaincu, ou au moins pensait plus probable, que Ibn Sayyâd est bien le Dajjâl. Donc :
--- c'est dans un premier temps que le Prophète hésitait (taraddud) au sujet de Ibn Sayyâd,
--- mais ensuite, dans un second temps, Dieu lui fit savoir que Ibn Sayyâd était bien le Dajjâl et il fut donc alors convaincu (yaqîn ou au moins zann aghlab).
C'est apparemment l'avis de Ibn Battâl (cf. Fat'h ul-bârî, 13/397) (voir aussi Ashrât us-sâ'ah, p. 299, où la même chose est relatée de ash-Shâwkânî).

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Cependant, d'autres ulémas pensent que, tout au contraire :
--- c'est dans un premier temps que le Prophète ne se prononçait pas (tawaqquf) à propos de savoir si Ibn Sayyâd était bien le Dajjâl ou non,
--- mais ensuite, dans un second temps, il lui devint clair (tabayyana lahû) que Ibn Sayyâd n'était pas le Dajjâl.
Ibn Taymiyya est de cet avis : "وهذا بخلاف الأحوال الشيطانية مثل حال عبد الله بن صياد الذي ظهر في زمن النبي صلى الله عليه وسلم. وكان قد ظن بعض الصحابة أنه الدجال. وتوقف النبي صلى الله عليه وسلم في أمره، حتى تبين له فيما بعد أنه ليس هو الدجال لكنه كان من جنس الكهان" (MF 11/283).
Al-Bayhaqî est du même avis : "ليس في حديث جابر أكثر من سكوت النبي صلى الله عليه وسلم على حلف عمر؛ فيحتمل أن يكون النبي صلى الله عليه وسلم كان متوقفا في أمره، ثم جاءه الثبت من الله تعالى بأنه غيره، على ما تقتضيه قصة تميم الداري. وبه تمسك من جزم بان الدجال غير بن صياد؛ وطريقه أصح؛ وتكون الصفة التي في بن صياد وافقت ما في الدجال" (FB 13/399 ; voir également Shar'h Muslim 18/48).
At-Tahâwî aussi est de cet avis : selon lui, l'hésitation du Prophète au sujet de Ibn Sayyâd a pris fin lorsque Tamîm ad-Dârî lui a raconté avoir vu Dajjâl dans une île, après que son bateau, balloté par l'océan, y accosta (Muslim) (voir Shar'h Mushkil il-âthâr).

--- Quand, dans un premier temps, Le Prophète ne se prononçait pas (توقف), c'est parce qu'il hésitait (taraddud).
--- Mais que signifie que, dans ce second temps, il lui est devenu clair (تبين له) que Ibn Sayyâd n'est pas le Dajjâl ?
Eh bien :
----- soit cela signifie que le Prophète est alors devenu convaincu (yaqîn ou au moins zann aghlab) que "Ibn Sayyâd n'est pas le Dajjâl" ;
----- soit cela signifie que le Prophète s'est seulement mis alors à considérer "plus probable" (rujhân ou au moins maylân) que "Ibn Sayyâd n'est pas le Dajjâl".

-
– Quant à ce que An-Nawawî a écrit, à savoir que :
--- le Prophète est demeuré hésitant à propos de savoir si Ibn Sayyâd était bien le Dajjâl ou non, et qu'il n'a tranché ni en faveur de la première possibilité, ni en faveur de la seconde, ni avant, ni après :
----- cela peut se marier avec la seconde des deux interprétations de ce que Ibn Taymiyya a dit (signifiant alors que le Prophète a présumé que Ibn Sayyâd n'est pas Dajjâl, sans toutefois, même alors, l'affirmer de façon tranchée),
----- comme cela peut constituer un troisième avis, à savoir que le Prophète n'a ni tranché en faveur de, ni considéré plus probable l'une de ces deux possibilités : il est resté au même niveau d'égales possibilités (taraddud).

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En résumé, il y a 5 possibilités :

--- Dans un premier temps, le Prophète était dans l'hésitation sur le sujet, et ce parce que quelques-uns des éléments qui sont les caractéristiques de Dajjâl étaient présents en Ibn Sayyâd ; et cela était à un niveau suffisant pour être troublant et pour que le Prophète s'interroge (taraddud) si Ibn Sayyâd était bien le futur Dajjâl, ou pas.

--- Ensuite, dans un second temps, le Prophète :
----- a) soit est devenu convaincu (yaqîn ou au moins zann aghlab) que "Ibn Sayyâd est le Dajjâl" ; c'est l'avis de Ibn Battâl ;
----- b) soit considéré plus probable (zann ghâlib) que Ibn Sayyâd est bien le Dajjâl ;
----- c) soit est resté au même niveau d'égales probabilités (taraddud) que celui qu'il avait dans le premier temps ; c'est l'une des deux possibilités quant à l'avis de an-Nawawî ;
----- d) soit a considéré plus probable (zann ghâlib) que Ibn Sayyâd n'est pas le Dajjâl ; c'est l'une des deux possibilités quant à l'avis de Ibn Taymiyya ;
----- e) soit est devenu convaincu (yaqîn ou au moins zann aghlab) que "Ibn Sayyâd n'est pas le Dajjâl" ; c'est l'autre possibilité quant à l'avis de Ibn Taymiyya.

Personnellement et humblement, je penche (maylân) vers l'avis d.

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Revenons au serment fait par Omar ibn ul-Khattâb devant le Prophète. Quand eut lieu ce serment face auquel le Prophète garda le silence : lors de la première période ? ou bien lors de la seconde ?

Si on retient l'avis a, celui de Ibn Battâl (le Prophète est devenu convaincu que "Ibn Sayyâd est le Dajjâl"), alors le serment fait par Omar peut avoir eu lieu lors de la première période ou lors de la seconde :
--- s'il a eu lieu dans la première période, le Prophète a alors gardé le silence parce qu'il était hésitant sur le sujet. Le principe qu'on en déduit est que, sur une question où il y a deux possibilités d'égale valeur aux yeux du Prophète, le silence de celui-ci face à l'affirmation (faite par une personne) de l'une de ces deux possibilités, cela ne prouve pas le caractère "forcément" juste de cette affirmation : il prouve seulement le caractère "possiblement" juste de cette affirmation : chacune des deux peut être juste ou erronée, le Prophète lui-même ne savait pas, et il ne dit alors rien ;
--- et s'il a eu lieu dans la seconde période, alors le Prophète était justement devenu convaincu que Ibn Sayyâd est bien le Dajjâl. Son silence montra alors qu'il approuvait bien le contenu de cette affirmation.

Si on retient l'avis b (le Prophète a considéré plus probable (zann ghâlib) que Ibn Sayyâd est le Dajjâl), alors le serment fait par Omar peut avoir eu lieu lors de la première période ou lors de la seconde : c'est la même chose que ce que l'on vient de dire en a.

Si on retient l'avis c (le Prophète est resté au même niveau d'égales possibilités (taraddud) que celui qu'il avait dans le premier temps), alors le serment de Omar peut avoir eu lieu lors de la première période ou lors de la seconde. Cela ne change rien, car le Prophète est resté hésitant sur le sujet.

Et si on retient l'avis d, qui est peut-être celui de Ibn Taymiyya (le Prophète a considéré plus probable (zann ghâlib) que Ibn Sayyâd n'est pas le Dajjâl), alors soit l'affirmation de Omar a eu lieu lors de la première période, soit elle a eu lieu lors de la seconde :
--- si elle a eu lieu pendant la première période, alors le Prophète était à ce moment là encore hésitant sur la question. C'est le même principe que précédemment qu'on en déduit ;
--- mais si elle a eu lieu lors de la seconde période, alors cela implique que, bien que penchant vers l'opinion contraire, le Prophète garda le silence. Le principe qu'on en déduit est alors que, sur une question où il y a deux possibilités, par rapport auxquelles il penche vers (maylân) l'une d'elles, ou bien il donne préférence à (tarjîh, par zann ghâlib) l'une d'elles mais sans pouvoir l'affirmer de façon ferme (jazm), le silence du Prophète face à l'affirmation (faite par une personne) de l'une de ces deux possibilités, cela ne prouve pas : le caractère "tranché" (maqtû' bihî) ni même "ferme" (majzûm bihî bi zannin aghlab) de la justesse de cette affirmation, mais seulement : le caractère "possiblement" juste (muhtamal) de cette affirmation, ou le caractère "plus probable" (râjih bi zannin ghâlib).

Si on retient l'avis e (le Prophète est devenu convaincu que "Ibn Sayyâd n'est pas le Dajjâl"), alors l'affirmation de Omar et le silence de la part du Prophète ne peuvent pas avoir eu lieu dans la seconde période (vu que, étant alors convaincu que Ibn Sayyâd n'est pas le Dajjâl, le Prophète n'aurait pas gardé le silence face à l'affirmation de Omar disant l'exact contraire). L'affirmation de Omar et le silence du Prophète ont alors forcément eu lieu dans la première période, quand le Prophète était encore hésitant sur la question. Le principe qu'on en déduit est celui déjà mentionné plusieurs fois.

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A retenir l'avis c ou d :

Au début, face aux indices qui étaient troublants (quelques-unes des caractéristiques de Dajjâl étaient présentes en Ibn Sayyâd), le Prophète lui-même s'était posé la question de savoir si Ibn Sayyâd était ou n'était pas le futur Dajjâl. Et il avait cherché à en savoir plus en se rendant par 2 fois auprès de ce garçon.

Cependant, pour sa part et même après la 1ère visite, le Prophète n'avait pas tranché. Il pensait que les indices n'étaient pas suffisamment forts pour qu'il tranche en faveur du fait que, ou bien même pour qu'il donne préférence au fait que, Ibn Sayyâd était bien le Dajjâl. Mettant en relief le fait qu'il y avait les deux possibilités, il avait dit ainsi à Omar : "إن يكن هو لا تسلط عليه؛ وإن لم يكن هو فلا خير لك في قتله" (al-Bukhârî, 5821) ; "إن يكن هو فليست صاحبه إنما صاحبه عيسى بن مريم؛ وإلا يكن هو فليس لك أتقتل رجلا من أهل العهد" (Mishkât, 5504).

Plus encore : Même après la 2nde visite, il ne trancha pas, et se contenta de parler de la venue de Dajjâl. En effet, même alors :
--- soit il demeurait dans le fait de ne pas se prononcer (tawaqquf) ;
--- soit il penchait (maylân) vers le fait que Ibn Sayyâd n'est pas le Dajjâl ;
--- soit il donnait légèrement préférence (tarjîh bi zannin ghâlib) à cette option.
Mais en tous cas il n'a pas fait d'affirmation de façon tranchée (qat') ni ferme (jazm), car n'ayant pas pu avoir certitude (pas de yaqîn ni de zann aghlab).

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Pour sa part, at-Tahawî dit que :

... c'est par la suite que le Prophète a pris connaissance du récit de Tamîm ad-Dârî (ayant rencontré Dajjâl après que son bateau, balloté par l'océan, accosta dans une île). Et c'est alors que le Prophète a trouvé plus probable le, ou est devenu convaincu du fait que Ibn us-Sayyâd n'est pas le futur Dajjâl.
Cela étayerait alors l'avis d ou e.

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Ici apparaît une question :

Si on retient l'avis e, ou d, ou même l'avis c, comment explique-t-on que Omar ibn ul-Khattâb et Jâbir ibn Abdillâh aient fait serment que Ibn Sayyâd est bien le futur Dajjâl ? n'ont-ils pas, ce faisant, exprimé une certitude (yaqîn), alors que soit le Prophète pensait le contraire, ou au moins ne prenait pas position ?

La réponse est :

En fait un serment n'exprime pas toujours la certitude (yaqîn). Cela exprime aussi, parfois, seulement la plus grande probabilité (zann ghâlib).
Ibn Hajar l'a écrit en commentaire de ce serment de Omar à propos de Ibn Sayyâd : "وفي الحديث: جواز الحلف بما يغلب على الظن" (FB 13/402).
An-Nawawî l'a lui aussi écrit : "استدل به جماعة على جواز اليمين بالظن وأنه لايشترط فيها اليقين وهذا متفق عليه عند أصحابنا حتى لو رأى بخط أبيه الميت أن له عند زيد كذا وغلب على ظنه أنه خطه ولم يتيقن جاز الحلف على استحقاقه" (Shar'h Muslim 18/53).

Omar ibn ul-Khattâb avait donc seulement donné préférence au fait que Ibn Sayyâd était Dajjâl.
Vu qu'il savait que le Prophète (sur lui soit la paix) lui-même n'avait pas tranché, il savait bien que cela n'était pas certain.
Omar pensait donc probablement : "للاجتهاد في المسألة مساغ؛ بل للاختلاف في المسألة مساغ؛ أمّا رسول الله صلى الله عليه و سلم فلم يقطع بشيء لا بنفي ولا بإثبات؛ فأما أنا فأظن كون ابن صياد هو الدجال، ولكن أعلم أن رأيي هذا صواب يحتمل الخطأ".
Simplement, parce qu'il trouvait cela plus probable (zann ghâlib) à ses yeux, il en faisait le serment.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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