Appartenir à la Umma Muslima, cela a un sens de Communauté de Foi

"Les musulmans du monde entier appartiennent à une même Communauté, la Umma Muslima" (on dit également : "la Ummat ul-Ijâba").

Ce propos (entièrement vrai), n'est aujourd'hui pas toujours bien compris par certains musulmans et non-musulmans. Des échanges récents m'ont fait prendre conscience de cela.

En fait :
- ce propos évoque une Communauté oui, mais une Communauté de Foi (car les musulmans ont tous une Foi en Commun) ;
- ce propos n'évoque pas une Entité politique unique, rassemblant les musulmans du monde entier.

Même lors de l'existence d'un réel chef des terres d'Islam (khalifa) (ce qui n'est plus le cas aujourd'hui), il peut tout à fait exister un ou plusieurs groupe(s) de musulmans qui ne sont pas sous son autorité exécutive (hukm), et cela de façon autorisée.

On trouvait cela à l'époque du Prophète (sur lui soit la paix)...

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1) Le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) avait, en tant que Chef de Médine, Dâr ul-islâm, conclu un traité avec La Mecque.

En effet, quelque temps après la conclusion de ce traité, Abû Bassîr (que Dieu l'agrée) réussit à s'échapper de La Mecque, où il était persécuté. Il arriva à Médine, mais l'une des clauses du traité stipulait qu'en pareil cas, le Prophète devait renvoyer l'homme à la Mecque. Quand les Mecquois dépêchèrent 2 personnes à Médine réclamer l'application de cette clause, le Prophète (sur lui soit la paix) le fit donc : il leur remit Abû Bassîr.
Cependant, sur le chemin du retour, Abû Bassîr parvint à tromper la vigilance de ses geôliers, tua l'un deux et parvint à s'échapper. Il arriva de nouveau à Médine, mais, ayant compris d'une parole du Prophète que celui-ci le renverrait de nouveau à La Mecque, il repartit immédiatement. Il alla s'installer sur le littoral de la Mer Rouge (Sîf ul-bahr). Plus tard Abû Jandal (un autre musulman persécuté à La Mecque), s'échappa lui aussi de la ville sainte et rejoignit Abû Bassîr. D'autres personnes firent de même.

Un petit groupe se forma ainsi. Ce groupe s'en prit alors aux caravanes des Mecquois.

Bien que le Prophète était chef à Médine, ce groupe ne vivaient pas sur le territoire qu'il administrait, et n'étaient donc pas sous son autorité exécutive : ils étaient indépendants sur ce plan là (lam yakûnû tahta hukmi amîr il-Madîna).
Car s'ils avaient été sous son autorité politique, le Prophète serait intervenu pour les empêcher de s'attaquer à ce qui appartenait à la cité avec laquelle Médine avait conclu un traité de paix (c'est la règle, elle est connue : "وإذا عقد الهدنة، فعليه حمايتهم من المسلمين وأهل الذمة؛ لأنه آمنهم ممن هو في قبضته وتحت يده، كما آمن من في قبضته منهم. ومن أتلف من المسلمين أو من أهل الذمة عليهم شيئا، فعليه ضمانه" : Al-Mughnî 12/698).
C'est bien parce qu'ils ne se trouvaient pas sur le territoire sur lequel son autorité s'exerçait, que le Prophète n'intervint pas. "والعهد الذي كان بين النبي صلى الله عليه وسلم وبين المشركين لم يكن عهدا بين أبي بصير وأصحابه وبينهم" (Zâd ul-ma'âd 3/309).

Ibn ul-Qayyim écrit que même avant que Abû Bassîr et Abû Jandal se forment en groupe indépendant, dès lors que Abû Bassîr fut sous la garde des deux émissaires mecquois venus le ramener chez eux, il ne se trouva plus sous sa responsabilité politique à lui ; c'est pourquoi le Prophète ne fut pas responsable de la Diya à l'égard des mecquois : Abû Bassîr et ces Mecquois étaient en situation de Harb les uns vis-à-vis des autres (même si le Prophète et les Compagnons présents à Médine étaient pour leur part en situation de 'Ahd vis-à-vis des Mecquois) : "ومنها أن المعاهدين إذا تسلموه وتمكنوا منه، فقتل أحدا منهم، لم يضمنه بدية ولا قود، ولم يضمنه الإمام، بل يكون حكمه في ذلك حكم قتله لهم في ديارهم حيث لا حكم للإمام عليهم؛ فإن أبا بصير قتل أحد الرجلين المعاهدين بذي الحليفة، وهي من حكم المدينة، ولكن كان قد تسلموه وفصل عن يد الإمام وحكمه" (Zâd ul-ma'âd 3/308-309).

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2) Dans le célèbre hadîth dit "de Burayda", on lit que le Prophète (sur lui soit la paix) disait à ceux qu'il envoyait :

"Ceux qui acceptent l'islam, invite-les à émigrer à Médine. S'ils ne veulent pas le faire, alors informe-les que les règles de l'islam qui ont cours sur les croyants auront cours sur eux, (mais) il n'y aura rien pour eux dans (ce qui est distribué entre les musulmans de la Dâr ul-islâm) : "ثم ادعهم إلى التحول من دارهم إلى دار المهاجرين، وأخبرهم أنهم إن فعلوا ذلك فلهم ما للمهاجرين وعليهم ما على المهاجرين. فإن أبوا أن يتحولوا منها، فأخبرهم أنهم يكونون كاعراب المسلمين يجرى عليهم حكم الله الذي يجرى على المؤمنين ولا يكون لهم في الغنيمة والفيء شيء" (Muslim). Ils peuvent recevoir une part de zakât s'ils sont pauvres, mais ils n'auront pas de part dans les autres biens de redistribution : "معنى هذا الحديث أنهم اذا أسلموا استحب لهم أن يهاجروا إلى المدينة؛ فإن فعلوا ذلك كانوا كالمهاجرين قبلهم في استحقاق الفيء والغنيمة وغير ذلك؛ وإلا فهم أعراب كسائر أعراب المسلمين الساكنين في البادية من غير هجرة ولا غزو، فتجرى عليهم أحكام الإسلام، ولا حق لهم في الغنيمة والفئ؛ وإنما يكون لهم نصيب من الزكاة إن كانوا بصفة استحقاقها" (Shar'h Muslim de an-Nawawî).

Ici encore, on voit qu'il y avait des musulmans qui n'étaient pas sous l'autorité exécutive du chef de la Dâr ul-islam.

Ce propos, le Prophète (sur lui soit la paix) l'a tenu avant la Conquête de la Mecque, puisque, après celle-ci, émigrer à Médine n'était plus demandé (le hadîth est bien connu).
Et, avant cette conquête de La Mecque, émigrer à Médine, pour le musulman qui n'était pas empêché de pratiquer sa religion là où il se trouvait (en d'autres termes : qui n'était pas dans une Dâr ul-khawf) :
- soit était seulement recommandé ;
- soit était nécessaire, exception faite des bédouins et des habitants du désert.
"قال المهلب: كان هذا القول منه (صلى الله عليه وسلم) قبل فتح مكة، لأنه لو كان بعده لقال له: لا هجرة بعد الفتح، ولكنه (صلى الله عليه وسلم) علم أن الأعراب قلما تصبر على المدينة لشدتها ولأوائها ووبائها، ألا ترى قلة صبر الأعرابى الذى استقاله بيعته حين مسته حُمّى المدينة، فقال للذى سأله عن الهجرة: إذا أديت الزكاة، التى هى أكبر شىء على الأعراب، ثم منحت منها وجبتها يوم ردها من ينتظرها من المساكين، فقد أديت المعروف، من حقوقها فرضًا وفضلاً، فاعمل من وراء البحار، فهو أقل لفتنتك كما افتتن المستقيل للبيعة، لأنه قد شرط عليه ما يخشى من منع العرب الزكاة التى بها افتتنوا بعد النبى، (صلى الله عليه وسلم) . وقد ذكر البخارى هذا الحديث فى كتاب الهبات فى باب المنحة، فقال فيه: (فهل تمنح منها؟ قال: نعم، قال: فهل تحلبها يوم وردها؟ فقال: نعم) . وقال بعض العلماء: كانت الهجرة على غير أهل مكة من الرغائب ولم تكن فرضًا. والدليل على ذلك قوله (صلى الله عليه وسلم) للذى سأله عن الهجرة: (إن شأنها لشديد، فهل لك من إبل) ؟ ولم يوجب عليه الهجرة. قال أبو عبيد فى كتاب الأموال: كانت الهجرة على أهل الحاضرة، ولم تكن على أهل البادية" (Shar'h Ibn Battâl).

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Les musulmans de France font partie de la Umma Muslima.
Cependant, cela ne signifie aucunement qu'ils sont (ou ont vocation à être) sous l'autorité politique de tel chef de tel pays musulman.

Wallâhu A'lam.

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