Le contenu des hadîths relatant le jeûne du 'Âchûrâ' (10ème), par les juifs de Médine de l'époque du Prophète (sur lui soit la paix) : une aberration en regard des sources juives ? Et les chiites, alors, pourquoi ne reconnaissent-ils le jeûne de ce jour-là ?

Question :

J'ai un petit souci depuis plusieurs années avec quelques hadiths.

J'ai une petite connaissance du judaïsme, et le jeûne du jour de 'achoura tel qu'il est rapporté dans nos sources m'interroge. En effet, je n'arrive pas à relier ce qui se dit dans les hadiths de al-Boukhari sur 'achoura avec les pratiques du judaïsme.

Des personnes chiites ont fait écho à mes interrogations concernant le jour de 'achoura et sa pratique dans le judaïsme.

Il existe différentes pistes d'explications possibles, dont celles-ci :
- soit un décalage est intervenu dans le calendrier islamique ;
- soit les textes juifs ont été modifiés (cependant une modification sur des textes aussi importants me semble difficile à admettre) ;
- on peut aussi imaginer un ou plusieurs hadiths pas véritablement sahih, mais dont on n'ose pas remettre en cause la valeur retenue.

Bref, pour moi il y a là un mystère. Une explication satisfaisante doit forcément exister. Peut-être la détenez vous ?

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Réponse :

Ci-après quelques éléments de réflexion...

Tout d'abord, que signifie "'Âchûrâ'" ?

Littéralement, le terme "'Âchûrâ'" signifie seulement : "le jour de la 10ème nuit", puis : "le 10ème jour" (FB 4/311).

Ensuite ce qualificatif est devenu un nom propre (procédé appelé en français "antonomase"), et en est venu à désigner : "le 10ème jour du mois de Muharram précisément" (FB 4/311).

Jeûner le 10 muharram de chaque année :

Ibn Abbâs (radhiyallâhu 'anhumâ) raconte : "Je n'ai pas vu le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) porter attention à des jours, leur donnant préférence pour y jeûner, autant qu'il le faisait pour ce jour – il voulait parler de 'Âchûrâ' – et pour ce mois – il voulait parler du mois de Ramadan – " : "عن ابن عباس رضي الله عنهما، قال: ما رأيت النبي صلى الله عليه وسلم يتحرى صيام يوم فضله على غيره إلا هذا اليوم يوم عاشوراء، وهذا الشهر يعني شهر رمضان" (al-Bukhârî, 1902).

Le jeûne de ce jour-là a comme vertu que Dieu efface les péchés d'une année écoulée [ce sont les petits péchés dont ce genre de hadîth signifie qu'ils sont ainsi effacés] : - "عن أبي قتادة: "(...). ثم قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "ثلاث من كل شهر، ورمضان إلى رمضان، فهذا صيام الدهر كله. صيام يوم عرفة، أحتسب على الله أن يكفر السنة التي قبله، والسنة التي بعده. وصيام يوم عاشوراء، أحتسب على الله أن يكفر السنة التي قبله" (Muslim, 1162/196, at-Tirmidhî, 752). "عن أبي قتادة الأنصاري رضي الله عنه، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم سئل عن صومه؟ قال: فغضب رسول الله صلى الله عليه وسلم، فقال عمر رضي الله عنه: رضينا بالله ربا، وبالإسلام دينا، وبمحمد رسولا، وببيعتنا بيعة. قال: فسئل عن صيام الدهر؟ فقال: "لا صام ولا أفطر - أو ما صام وما أفطر -". قال: فسئل عن صوم يومين وإفطار يوم؟ قال: "ومن يطيق ذلك؟" قال: وسئل عن صوم يوم، وإفطار يومين؟ قال: "ليت أن الله قوانا لذلك". قال: وسئل عن صوم يوم، وإفطار يوم؟ قال: "ذاك صوم أخي داود - عليه السلام -". قال: وسئل عن صوم يوم الاثنين؟ قال: "ذاك يوم ولدت فيه، ويوم بعثت - أو أنزل علي فيه". قال: فقال: "صوم ثلاثة من كل شهر، ورمضان إلى رمضان، صوم الدهر". قال: وسئل عن صوم يوم عرفة؟ فقال: "يكفر السنة الماضية والباقية". قال: وسئل عن صوم يوم عاشوراء؟ فقال: "يكفر السنة الماضية". وفي هذا الحديث من رواية شعبة قال: وسئل عن صوم يوم الاثنين والخميس؟ فسكتنا عن ذكر الخميس لما نراه وهما" (Muslim, 1162/197).

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I) Des Chiites affirment en effet que le jeûne du 'Âchûrâ' n'existe pas dans la Sunna du Prophète (sur lui soit la paix) ; ils prétendent que les hadîths qui vont être cités au point II ont été en fait forgés par des Omeyyades pour pouvoir en réalité célébrer l'assassinat de al-Hussein à al-Karbalâ' le 10 Muharram de l'an 61 (au lieu de pleurer cet assassinat)... C'est ce que des Chiites disent. Et pourtant !

Oui, l'assassinat de al-Hussein ibn 'Alî (que Dieu les agrée tous deux) est un péché, une grave faute. Lire notre article.
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Ceci étant, ce que des Chiites disent là n'est pas vrai : dans leurs recueils à eux également on trouve recommandation de jeûner le jour de 'Âchûrâ', lequel existait déjà avant cet assassinat (ce fut une "coïncidence" – au point de vue humain – que cet assassinat eut lieu un 10 Muharram (celui de l'an 61 de l'hégire, soit presque 50 années après le décès du Prophète, sur lui soit la paix) ; le jeûne était pratiqué depuis avant, et n'a rien à voir avec cet assassinat).

Abdullâh ibn 'Abd il-Aziz al-'Anqarî est l'auteur d'un ouvrage intitulé : "من قتل الحسين رضي الله عنه؟" ("Qui a tué al-Hussein ?"). Dans le Chapitre (Fasl) 5, au point (mab'hath) 8, il a recensé des paroles de référents chiites disant la même chose, au sujet du jeûne de 'Âchûrâ', que les hadîths présents auprès des Sunnites (et, dans certains cas, faisant même dater du 10 Muharram davantage d'événements encore que le font les recueils des Sunnites : par exemple avec les prophètes Adam, Abraham, Jonas, que Dieu les salue ; événements dont les Sunnites, pour leur part, n'authentifient pas la datation en des jours de 'Âchûrâ').

Voici quelques-unes de ces citations, au sujet de la recommandation de jeûner le jour de 'Âchûrâ', présentes chez des personnages qui font référence chez les Chiites aussi, et qui sont visibles dans des recueils de référence chiites :

Alî (radhiyallâhu 'anh) : "وروي عن أبي الحسن عليه السلام أنه قال: "صام رسول الله صلى عليه وآله يوم عاشوراء".

Ibn Abbâs (radhiyallâhu 'anhumâ) : "وعن ابن عباس رضي الله عنهما قال: "إذا رأيت هلال المحرم، فاعدد؛ فإذا أصبحت من تاسعه فأصبِح صائماً. قلت أي الراوي: كذلك كان يصوم محمد صلى الله عليه وآله؟ قال: نعم".

Alî (radhiyallâhu 'anh) : "يروى عن أبي عبد الله عليه السلام عن أبيه أن عليّاً عليهما السلام قال: "صوموا العاشوراء هكذا: التاسع والعاشر، فإنه يكفر ذنوب سنة".

Alî (radhiyallâhu 'anh) : عن علي رضي الله عنه قال: "صوموا يوم عاشوراء التاسع والعاشر احتياطاً، فإنه كفارة السنة التي قبله؛ وإن لم يعلم به أحدكم حتى يأكل فليتم صومه".

Muhammad al-Bâqir (rahimahullâh) : "وروي عن جعفر عن أبيه عليه السلام أنه قال: "صيام يوم عاشوراء كفارة سنة".

(Les sources des références chiites de ces citations sont visibles sur cette page du site islamqa.com, qui les a lui-même recopiées de l'ouvrage suscité, من قتل الحسين رضي الله عنه؟ : chacun peut donc aller vérifier à la source, dans les recueils chiites.)

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Par contre, pour ce qui est du hadîth attribué au Prophète (sur lui soit la paix) : "من وسع على عياله يوم عاشوراء وسع الله عليه سائر سنته" : "Celui qui fait largesse sur sa famille le jour de 'Âchûrâ', Dieu fera largesse sur lui le reste de l'année" :

Ibn Taymiyya pense en effet qu'il a été forgé (mawdhû'), et cela, dit-il, peut-être par certaines personnes détestant les Ahl ul-bayt (Fâtima, Alî, al-Hassan, al-Hussein, etc.), versant alors dans l'autre extrême par rapport aux lamentations de chiites le jour de 'Âchûrâ', et désireux pour leur part d'instituer une manifestation de joie par l'institution de se faire des cadeaux en ce jour-là. Ibn ul-Jawzî aussi pense qu'il a été forgé.

Al-Bayhaqî pense que l'ensemble des chaînes de ce hadîth sont dha'îf mais cet ensemble fait que le hadîth peut s'élever au degré de hassan li ghayrihî.

Al-Albânî est d'avis que ce hadîth est et demeure dha'îf (Silsilat ul-ahâdîth idh-dha'îfa, n° 6824, où il cite ce que al-Bayhaqî en a dit puis exprime son désaccord ; et Dha'îf ul-Jâmi' is-saghîr).

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II) En fait ce n'est pas après avoir émigré à Médine que le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) se serait mis à jeûner le 10 Muharram. A La Mecque il le faisait déjà, et même les Quraysh polythéistes le faisaient :

En réalité il y a eu 3 étapes :

A La Mecque, le Prophète Muhammad (sur lui soit la paix) jeûnait ce jour-là, tout comme les Arabes polythéistes le jeûnaient avant même la naissance du Prophète. Ils semblaient l'avoir appris d'une tradition saine et ancienne, demeurée chez eux malgré leur adoption du polythéisme.

A son arrivée à Médine, le Prophète a seulement continué à jeûner le jour de 'Âchûrâ' (comme il le faisait déjà à La Mecque). Par contre il a alors ordonné à ses Compagnons de jeûner ce jour-là (ce fut le Muharram de l'an 2 de l'hégire) :
--- certains ulémas pensent que, à ce moment-là, ce jeûne de 'Âchûrâ' fut obligatoire,
--- d'autres qu'il fut fortement recommandé.
Le Prophète était arrivé à Médine en rabi' ul-awwal (3ème mois de l'année du calendrier lunaire), et ce fut l'an 2 de l'hégire (10 mois après) que survint pour la première fois un 10 Muharram depuis qu'il était à Médine.

Par la suite, au mois de Ramadan de l'an 2 de l'hégire, ce fut pour la première fois que le jeûne d'un mois entier fut rendu obligatoire par Dieu. A partir de ce moment-là, le jeûne de 'Âchûrâ' cessa d'être obligatoire, pour devenir simplement recommandé (mandûb / mustahabb d'après ash-Shâmî : Radd ul-muhtâr). C'est ce qui est relaté par Aïcha, Ibn Omar, Jâbir ibn Samura (les narrations en arabes sont plus bas). (Sauf que certains Compagnons, tels que Abdullâh ibn Omar, et peut-être aussi Abdullâh ibn Mas'ûd, considéraient ce jeûne comme n'étant plus du tout recommandé : "ليس من النفل المندوب" : la raison en est que les autres hadîths le recommandant ne leur étaient pas parvenus.)

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Le fait que ce jour était jeûné avant la venue de l'islam est relaté par Aïcha et par Ibn Omar (que Dieu les agrée) :

- "حدثني محمد بن المثنى، حدثنا يحيى، حدثنا هشام، قال: أخبرني أبي، عن عائشة رضي الله عنها، قالت: "كان يوم عاشوراء تصومه قريش في الجاهلية، وكان النبي صلى الله عليه وسلم يصومه. فلما قدم المدينة صامه وأمر بصيامه. فلما نزل رمضان كان رمضان الفريضة، وترك عاشوراء، فكان من شاء صامه ومن شاء لم يصمه" (al-Bukhârî, 4234). "حدثنا يحيى بن بكير، حدثنا الليث، عن عقيل، عن ابن شهاب، عن عروة، عن عائشة رضي الله عنها (ح)؛ وحدثني محمد بن مقاتل قال: أخبرني عبد الله هو ابن المبارك، قال: أخبرنا محمد بن أبي حفصة، عن الزهري، عن عروة، عن عائشة رضي الله عنها قالت: كانوا يصومون عاشوراء قبل أن يفرض رمضان، وكان يوما تستر فيه الكعبة. فلما فرض الله رمضان، قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "من شاء أن يصومه فليصمه، ومن شاء أن يتركه فليتركه" (al-Bukhârî, 1515). Aïcha (que Dieu l'agrée) était déjà mariée au Prophète (sur lui soit la paix) en Muharram de l'an 2 (le premier 'Âchûrâ' du Prophète à Médine).

- "عن ابن عمر رضي الله عنهما، قال: كان عاشوراء يصومه أهل الجاهلية. فلما نزل رمضان قال: "من شاء صامه، ومن شاء لم يصمه" (al-Bukhârî, 4231, Muslim, 1126). "عن ابن عمر رضي الله عنهما، قال: صام النبي صلى الله عليه وسلم عاشوراء، وأمر بصيامه. فلما فرض رمضان ترك. وكان عبد الله لا يصومه إلا أن يوافق صومه" (al-Bukhârî, 1793).

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Et voici d'autres narrations, par d'autres Compagnons :

- "عن الربيع بنت معوذ، قالت: أرسل النبي صلى الله عليه وسلم غداة عاشوراء إلى قرى الأنصار: "من أصبح مفطرا فليتم بقية يومه، ومن أصبح صائما فليصم." قالت: فكنا نصومه بعد، ونصوم صبياننا، ونجعل لهم اللعبة من العهن، فإذا بكى أحدهم على الطعام أعطيناه ذاك حتى يكون عند الإفطار" (al-Bukhârî, 1839, Muslim, 1136).

- "عن سلمة بن الأكوع رضي الله عنه، قال: أمر النبي صلى الله عليه وسلم رجلا من أسلم: "أن أذن في الناس: أن من كان أكل فليصم بقية يومه، ومن لم يكن أكل فليصم، فإن اليوم يوم عاشوراء" (al-Bukhârî, 1903, Muslim, 1135).

- "عن جابر بن سمرة رضي الله عنه، قال: "كان رسول الله صلى الله عليه وسلم يأمرنا بصيام يوم عاشوراء، ويحثنا عليه، ويتعاهدنا عنده. فلما فرض رمضان، لم يأمرنا، ولم ينهنا، ولم يتعاهدنا عنده" (Muslim, 1128).

- "عن حميد بن عبد الرحمن أنه سمع أنه سمع معاوية بن أبي سفيان رضي الله عنهما، يوم عاشوراء عام حج على المنبر يقول: "يا أهل المدينة أين علماؤكم؟ سمعت* رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول: "هذا يوم عاشوراء ولم يكتب الله عليكم صيامه، وأنا صائم. فمن شاء فليصم، ومن شاء فليفطر" (al-Bukhârî, 1899). * Mu'âwiya (que Dieu l'agrée) a forcément entendu cela seulement en ce qui concerne le 'Âchûrâ' de l'an 9, ou de l'an 10, ou de l'an 11, puisque avant cela il n'était pas encore musulman.

- "عن علقمة، عن عبد الله**، قال: دخل عليه الأشعث وهو يطعم فقال: "اليوم عاشوراء!" فقال: "كان يصام قبل أن ينزل رمضان. فلما نزل رمضان ترك. فادن فكل" (al-Bukhârî, 4233 ; هو ابن مسعود**). Autre version : "عن عبد الرحمن بن يزيد، قال: دخل الأشعث بن قيس على عبد الله وهو يتغدى، فقال: يا أبا محمد ادن إلى الغداء. فقال: أوليس اليوم يوم عاشوراء؟ قال: وهل تدري ما يوم عاشوراء؟ قال: وما هو؟ قال: "إنما هو يوم كان رسول الله صلى الله عليه وسلم يصومه قبل أن ينزل شهر رمضان. فلما نزل شهر رمضان ترك". وقال أبو كريب تركه" (Muslim, 1127).

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III) Par contre, les hadîths suivants, de Ibn Abbâs, de Abû Mûssâ al-ash'arî et de Abû Hurayra (que Dieu les agrée) entraînent quelques questionnements :

Un premier hadîth relaté par Ibn Abbâs :

"Lorsque le Prophète, que Dieu le bénisse et le salue, arriva à Médine, il y vit les juifs jeûner le jour de 'Âchûrâ'. Il (leur) demanda : "Qu'est- ceci ?" Ils dirent : "Ceci est le jour où Dieu a sauvé les fils d'Israël de leur ennemi. Aussi Moïse (sur lui soit la paix) le jeûna". Il dit : "Nous sommes plus proches de Moïse que vous l'êtes. Il le jeûna alors, et ordonna que ce (jour) soit jeûné" : "عن ابن عباس رضي الله عنهما قال: قدم النبي صلى الله عليه وسلم المدينة فرأى اليهود تصوم يوم عاشوراء، فقال: "ما هذا؟"، قالوا: هذا يوم صالح هذا يوم نجى الله بني إسرائيل من عدوهم، فصامه موسى، قال: "فأنا أحق بموسى منكم". فصامه، وأمر بصيامه" (al-Bukhârî, 1900, Muslim, 1130). "عن ابن عباس رضي الله عنهما، قال: لما قدم النبي صلى الله عليه وسلم المدينة وجد اليهود يصومون عاشوراء، فسئلوا عن ذلك، فقالوا: "هذا اليوم الذي أظفر الله فيه موسى، وبني إسرائيل على فرعون، ونحن نصومه تعظيما له." فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "نحن أولى بموسى منكم." ثم أمر بصومه" (al-Bukhârî, 3727). "عن ابن عباس رضي الله عنهما، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قدم المدينة فوجد اليهود صياما يوم عاشوراء، فقال لهم رسول الله صلى الله عليه وسلم: "ما هذا اليوم الذي تصومونه؟" فقالوا: "هذا يوم عظيم، أنجى الله فيه موسى وقومه، وغرق فرعون وقومه، فصامه موسى شكرا، فنحن نصومه." فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "فنحن أحق وأولى بموسى منكم." فصامه رسول الله صلى الله عليه وسلم، وأمر بصيامه" (Muslim, 1130, autre version).

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Un second hadîth lui aussi relaté par Ibn Abbâs :

"Lorsque le Messager de Dieu jeûna le jour de 'Âchûrâ' et ordonna [de façon recommandée] de le jeûner, on lui dit : "C'est un jour que des juifs et des chrétiens vénèrent." Il dit alors : "Si je demeure vivant jusqu'à l'an prochain, je jeûnerai le 9". Puis (cette date de) l'année suivante ne vint pas que le Prophète avait (déjà) été repris" : "عن عبد الله بن عباس رضي الله عنهما، يقول: حين صام رسول الله صلى الله عليه وسلم يوم عاشوراء وأمر بصيامه، قالوا: "يا رسول الله إنه يوم تعظمه اليهود والنصارى." فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "فإذا كان العام المقبل إن شاء الله صمنا اليوم التاسع." قال: فلم يأت العام المقبل حتى توفي رسول الله صلى الله عليه وسلم" (Muslim 1134/133). "عن عبد الله بن عباس رضي الله عنهما، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "لئن بقيت إلى قابل لأصومن التاسع" (Muslim, 1134/134).

Ce second hadîth relate ce qui se passa lors du 10 Muharram de l'an 11 de l'hégire, puisqu'il y est dit que le 10 Muharram de l'année suivante, le Prophète n'était plus là.

Et ce second hadîth montre qu'il y a eu correspondance avec le jour du jeûne des juifs la dernière année, en l'an 11 de l'hégire. Or le premier hadîth semble montrer qu'il y a eu correspondance depuis le début de l'installation du Prophète (sur lui soit la paix) à Médine :
--- peut-il donc y avoir correspondance sur une aussi longue période (10 années), sachant que les deux calendriers, juif et musulman, sont différents ?
--- ou bien le premier hadîth ne parle-t-il pas vraiment d'une correspondance ?
C'est ce que nous aborderons plus bas...

En tout état de cause, Ibn Abbâs retint cela et dit aux gens de jeûner deux jours, afin de garder une certaine démarcation dans la façon de faire l'action cultuelle. Cela est rapporté comme parole de Ibn Abbâs (mawqûfan), et cela est authentique : "عن ابن عباس قال: "صوموا اليوم التاسع والعاشر وخالفوا اليهود"" (note de bas de page n° 2 par al-Arna'ût sur ZM 2/69). Par contre, cela est également rapporté comme parole du Prophète (marfû'an) selon la narration de Ibn Abbâs : "عن ابن عباس، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "صوموا يوم عاشوراء، وخالفوا فيه اليهود، صوموا قبله يوما، أو بعده يوما" (Ahmad, 2154) mais cela est dha'îf.
Et puis il y a cette autre narration du même Ibn Abbâs : "حدثنا قتيبة قال: حدثنا عبد الوارث، عن يونس، عن الحسن، عن ابن عباس قال: "أمر رسول الله صلى الله عليه وسلم بصوم عاشوراء يوم عاشر". حديث ابن عباس حسن صحيح. واختلف أهل العلم في يوم عاشوراء فقال بعضهم: يوم التاسع، وقال بعضهم: يوم العاشر. وروي عن ابن عباس أنه قال: "صوموا التاسع والعاشر وخالفوا اليهود". وبهذا الحديث يقول الشافعي، وأحمد، وإسحاق" (at-Tirmidhî, 755). A la lumière de celle-ci, on comprend que dans son propos suivant, il voulait dire : "le matin du 9, sois en état de jeûne, comme tu le seras également le lendemain : le 10" (ZM 2/75-76) : "عن الحكم بن الأعرج، قال: انتهيت إلى ابن عباس رضي الله عنهما وهو متوسد رداءه في زمزم، فقلت له: "أخبرني عن صوم عاشوراء." فقال: "إذا رأيت هلال المحرم فاعدد، وأصبح يوم التاسع صائما." قلت: "هكذا كان رسول الله صلى الله عليه وسلم يصومه؟" قال: "نعم" (Muslim, 1133, at-Tirmidhî, 754).

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Le hadîth de Abû Mûssâ al-ash'arî :

Abû Mûssâ relate : "Les gens de Khaybar jeûnaient le jour de 'Âchûrâ', le prenant comme jour de célébration. Ils y faisaient porter à leurs femmes des bijoux et une belle tenue. Le Messager de Dieu dit alors [aux musulmans] : "Eh bien, vous jeûnez-le"
"وحدثناه أحمد بن المنذر، حدثنا حماد بن أسامة، حدثنا أبو العميس، أخبرني قيس، فذكر بهذا الإسناد مثله، وزاد: قال أبو أسامة، فحدثني صدقة بن أبي عمران، عن قيس بن مسلم، عن طارق بن شهاب، عن أبي موسى رضي الله عنه، قال: كان أهل خيبر يصومون يوم عاشوراء، يتخذونه عيدا، ويلبسون نساءهم فيه حليهم وشارتهم. فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "فصوموه أنتم" (Muslim, 1131/130). "حدثنا أبو بكر بن أبي شيبة، وابن نمير، قالا: حدثنا أبو أسامة، عن أبي عميس، عن قيس بن مسلم، عن طارق بن شهاب، عن أبي موسى رضي الله عنه، قال: كان يوم عاشوراء يوما تعظمه اليهود، وتتخذه عيدا، فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "صوموه أنتم" (Muslim, 1131/129).

Cependant, c'est dans les versions de Sahîh Muslim que l'on trouve mention du fait qu'il s'agissait des juifs de Khaybar.

Alors que dans celles de Sahîh ul-Bukhârî, cela n'est pas dit : "حدثنا علي بن عبد الله، حدثنا أبو أسامة، عن أبي عميس، عن قيس بن مسلم، عن طارق بن شهاب، عن أبي موسى رضي الله عنه، قال: كان يوم عاشوراء تعده اليهود عيدا، قال النبي صلى الله عليه وسلم: "فصوموه أنتم" (al-Bukhârî, 1901). Dans cette autre version de ce recueil, il est même dit chose semblable à ce que le premier hadîth de Ibn Abbâs disait, sans relater toutefois la conversation entre le Prophète et ces juifs quant à la raison pour laquelle ces derniers jeûnaient ce jour-là : "Le Prophète, que Dieu le bénisse et le salue, entra à Médine, et voilà que des gens parmi les juifs considéraient 'Âchûrâ' et le jeûnaient. Le Prophète dit alors : "Nous méritons plus de le jeûner" ; il ordonna alors de le jeûner" : "حدثني أحمد أو محمد بن عبيد الله الغداني، حدثنا حماد بن أسامة، أخبرنا أبو عميس، عن قيس بن مسلم، عن طارق بن شهاب، عن أبي موسى رضي الله عنه، قال: دخل النبي صلى الله عليه وسلم المدينة وإذا أناس من اليهود يعظمون عاشوراء ويصومونه، فقال النبي صلى الله عليه وسلم: "نحن أحق بصومه"، فأمر بصومه" (al-Bukhârî, 3726).

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Un hadîth attribué à la relation de Abû Hurayra :

Une relation (dha'îf) dit que ce fut également ce jour-là que l'arche de Noé (sur lui soit la paix) accosta sur la terre ferme : le mont Djûdî"عن أبي هريرة، قال: مر النبي صلى الله عليه وسلم بأناس من اليهود قد صاموا يوم عاشوراء، فقال: "ما هذا من الصوم؟ قالوا: "هذا اليوم الذي نجى الله موسى وبني إسرائيل من الغرق، وغرق فيه فرعون، وهذا يوم استوت فيه السفينة على الجودي، فصام نوح وموسى شكرا لله." فقال النبي صلى الله عليه وسلم: "أنا أحق بموسى، وأحق بصوم هذا اليوم." فأمر أصحابه بالصوم" (Ahmad, 8717, dha'îf).

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III) Pour ce qui est des 2 hadîths de Ibn Abbâs (que Dieu l'agrée) :

Première objection au premier hadîth de Ibn Abbâs : "Le calendrier des juifs est luni-solaire. Alors que le calendrier musulman est purement lunaire. Comment comprendre alors que le 10 d'un mois juif ait correspondu avec le 10 du mois de Muharram" ?

La réponse est que cette question n'a pas lieu d'être, puisque la différence du calendrier musulman avec le calendrier juif réside surtout dans le fait que, dans ce dernier, il y a adjonction d'un mois supplémentaire (soit un 13ème mois) durant certaines années ; sinon, pour ce qui est du début et de la fin du mois lunaire, ils demeurent alignés sur l'apparition du croissant lunaire. Il n'y a donc pas une grande différence (si ce n'est d'un jour ou deux) entre les calendriers musulman et juif sur ce point-là.

C'est ce que Ibn Hajar a exprimé en ces termes : "لكن في الذي ادعاه [أي ابن القيم] أن أهل الكتاب يبنون صومهم على حساب الشمس نظر، فإن اليهود لا يعتبرون في صومهم إلا بالأهلة؛ هذا الذي شاهدناه منهم. فيحتمل أن يكون فيهم من كان يعتبر الشهور بحساب الشمس لكن لا وجود له الآن كما انقرض الذين أخبر الله عنهم أنهم يقولون عزير بن الله تعالى الله عن ذلك" : "Les juifs ne prennent en considération, pour leurs jeûnes, que les croissants lunaires ; voilà ce que nous avons observé de leur part" (FB 7/345).

A l'origine c'était la vision du fin croissant lunaire, après le coucher du soleil, qui servait de début du mois lunaire. Puis, avec l'adoption du calendrier perpétuel, cela fut calculé par les autorités juives.

En tout état de cause, il n'en résulte qu'une différence d'un jour ou deux avec la datation du calendrier musulman, puisque tous deux datent les jours à partir de la visibilité (réelle ou calculée) du fin croissant suivant la nouvelle lune.

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2ème question par rapport aux premier et second hadîths de Ibn Abbâs : "Comme 10ème jour d'un mois lunaire jeûné chez les juifs, il y a le 10 Tishri : c'est le Jour du Kippour. Et il y a le 10 Tevet (qui commémore la destruction du temple par les Babyloniens). Auquel correspondit donc le 10 Muharram" ?

La date du 10 Tishri (le jour du Kippour) est proposée par certains ulémas. Cheikh Rashîd Ashraf Saïfî l'a retenue lui aussi (notes sur Dars-é Tirmidhî, 2/597).

--- La difficulté avec cette proposition est que le 10 Tishrî, jour du Kippour, ne correspond nullement à la sortie d'Egypte (comme le hadîth de Ibn Abbâs semble le montrer).
C'est le 14 Nissan que se fête la Sortie d'Egypte (
et ce jour-là, chez les juifs, il y a un tout autre jeûne : le jeûne des premiers-nés). Quant à la noyade de Pharaon et des siens, les sources juives disent qu'elle a eu lieu le 21 Nissan. Ce sont ces événements qui sont commémorés chez les juifs par la semaine de Pessa'h, avec l'offrande pascale le 14 au soir, suivie de 7 (parfois 8) jours d'interdiction de consommer du pain levé.

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Un contemporain a proposé qu'il s'agissait du jeûne du 10 Tevet, mais celui-ci commémore la destruction du Temple de Jérusalem par les Babyloniens (2Rois, 25/1), et est donc jour de tristesse pour les juifs.

--- Voilà qui ne correspond absolument pas à la fête et à la joie décrite dans les hadîths cités plus haut quant au jeûne du 10ème jour que les juifs de Médine et de Khaybar fêtaient. Et c'est justement un musulman opposé à l'authentification des hadîths telle que réalisée par nos grands ulémas sunnites qui a proposé cette date du 10 Tevet : il a trouvé là matière à étayer sa critique générale des recueils authentiques du hadîth. Ce avec quoi on ne peut pas être d'accord.

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Abu-l-Hassan 'Alî an-Nadwî dit pour sa part qu'il ne s'agit pas du 10 Tishri, car le hadîth suscité de Ibn Abbâs relate que les juifs jeûnaient par remerciement envers Dieu ce jour-là, alors même que le jeûne du 10 Tishri est, d'après le texte de la Torah, un jour de contrition. An-Nadwî propose comme correspondance la plus probable : la célébration de la Sortie d'Egypte, à la mi-Nissan (mois nommé : "Abib" dans la Torah) (Arkân-é arba'a, pp. 247-250). Il s'agit précisément du 14 Nissan (ou : Abib) : voir Exode 13/4-6 ; Exode 12/14-20.

--- La difficulté c'est que le hadîth parle du 10, et pas du 14... Et, comme nous l'avons vu au point précédent, il n'y a pas de grande différence entre les dates juive et musulmane quant à leur place dans le mois lunaire, si ce n'est d'un jour ou deux...
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Quel est donc ce jeûne du 10 d'un mois juif, auquel le jeûne du 10 muharram correspondait ?

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3ème objection aux premier et second hadîths de Ibn Abbâs : "Le calendrier des juifs est certes lunaire au niveau des dates à l'intérieur des mois, mais est luni-solaire au niveau des années, de sorte qu'il se ré-ajuste par rapport aux 4 saisons. Alors que le calendrier musulman est purement lunaire. Comment comprendre alors une correspondance permanente (s'étendant sur les 10 années de la période médinoise de la vie du Prophète, sur lui soit la paix) du 10 d'un mois juif avec la date du 10 Muharram" ?

Ce point pose lui aussi réellement question.

Comment comprendre que le 10 d'un mois musulman ait correspondu avec le 10 d'un mois juif, depuis l'an 1 de l'hégire jusqu'à l'an 11 de l'hégire (puisque le Prophète a vécu le 10 muharram de l'an 11) ?

Un calcul (fait par moi avec certes des moyens basiques) permet d'établir que le 11 Rabî' al-awwal de l'an 1 de l'hégire correspondit au 10 Tishri de l'an 4383 du calendrier juif (et au 23 Septembre 622 d'après la datation du calendrier grégorien).

– Quant au premier 10 Muharram que le Prophète vécut à Médine, il fut celui de l'an 2 de l'hégire : et cela correspondit approximativement au 10 Av 4383* (14 juillet 623).
Les 10 Muharram des années hégiriennes 3, 4 et 5 correspondirent approximativement aux 10 du mois de Tamouz 4384, 4385 et 4386.
Les 10 Muharram des années hégiriennes 6 et 7 coïncidèrent pour leur part aux 10 Sivan 4387 et 4388.
Les 10 Muharram des années 8, 9 et 10 correspondirent approximativement aux 10 Iyar 4389, 4390 et 4391.
Enfin, le dernier 'Âchûra' que le Prophète ait vécu fut le 10 Muharram de l'an 11 de l'hégire, qui coïncida à peu près avec le 10 Nissan de l'an 4392 du calendrier juif.

(* Alors que le 11 Rabî' al-awwal de l'an 1 hégirien correspondit au 10 Tishri de l'an 4383 juif, le 10 Muharram de l'an 2 hégirien correspondit au 10 Av de l'an 4383 : il s'agissait toujours de l'année 4383 dans la mesure où, dans le décompte lié à l'année civile, Av vient après Tishri : le changement de l'année civile se fait au mois de Tishri, considéré "premier mois" selon cette perspective. C'est d'après une autre perspective que le mois de Nissan est le premier mois, Av tombant alors avant Tishri : cela vaut pour la perspective de l'année lunaire. Il y a encore le premier mois de l'année fiscale : Eloul.)

Comment comprendre alors que le 10 Muharram ait correspondu avec le 10 d'un mois juif, depuis le début de l'hégire jusqu'à l'an 11  (puisque le Prophète a vécu le 10 muharram de l'an 11) ?

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A ces 2ème et 3ème questions, on peut tenter d'apporter des éléments de réponse en abordant les Deux Interrogations suivantes :

–--- Première Interrogation : Est-ce véritablement l'un des premiers jours de l'arrivée du Prophète à Médine qui correspondit au jour du jeûne des juifs sus-évoqué ?

Il y a divergence d'interprétations sur ce point...

–----- Certains Ulémas ont appréhendé de façon littérale le début du premier hadîth de Ibn Abbâs :

"لما قدم النبي صلى الله عليه وسلم المدينة وجد اليهود يصومون عاشوراء، فسئلوا عن ذلك، فقالوا: "هذا اليوم الذي أظفر الله فيه موسى، وبني إسرائيل على فرعون، ونحن نصومه تعظيما له." فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "نحن أولى بموسى منكم." ثم أمر بصومه" (al-Bukhârî, 3727) : "Lorsque le Prophète, que Dieu le bénisse et le salue, arriva à Médine, il y vit les juifs jeûner le jour de 'Âchûrâ'. (...)" : ce fut véritablement le 10 (ou le 11) du mois de son arrivée, Rabî' ul-awwal, que le Prophète vit les juifs de Yathrib observer ce jeûne du 10ème de l'un de leurs mois lunaires.
Mais ce fut seulement 10 mois plus tard, le 10 Muharram, que le Prophète ordonna à ses Compagnons d'observer le jeûne du 'Âchûrâ'.

Ibn ul-Qayyim relate cette interprétation ainsi : "وإن كان بالشمسية زال الإشكال بالكلية، ويكون اليوم الذي نجى الله فيه موسى هو يوم عاشوراء من أول المحرم، فضبطه أهل الكتاب بالشهور الشمسية، فوافق ذلك مقدم النبي صلى الله عليه وسلم المدينة في ربيع الأول. وصوم أهل الكتاب إنما هو بحساب سير الشمس. وصوم المسلمين إنما هو بالشهر الهلالي، وكذلك حجهم، وجميع ما تعتبر له الأشهر من واجب أو مستحب. فقال النبي صلى الله عليه وسلم: "نحن أحق بموسى منكم". فظهر حكم هذه الأولوية في تعظيم هذا اليوم وفي تعيينه، وهم أخطئوا تعيينه لدورانه في السنة الشمسية" (Zâd ul-ma'âd 2/69-70).

Et Ibn Hajar ainsi : "ويحتمل أن يكون أولئك اليهود كانوا يحسبون يوم عاشوراء بحساب السنين الشمسية فصادف يوم عاشوراء بحسابهم اليوم الذي قدم فيه صلى الله عليه وسلم المدينة؛ وهذا التأويل مما يترجح به أولوية المسلمين وأحقيتهم بموسى عليه الصلاة والسلام لإضلالهم اليوم المذكور وهداية الله للمسلمين له" (Fat'h ul-bârî 4/314 : Ibn Hajar penche cependant vers une autre interprétation).

Si on retient cette interprétation, elle implique que ce fut véritablement le 10 Tishrî de l'an 4383 que le Prophète vit les juifs de Médine jeûner, ce qui correspondit au 10 (ou 11) Rabî' ul-awwal de l'an 1 de l'hégire.

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–----- D'autres Ulémas font valoir que ce n'est là qu'une façon courante de relater les choses : "Quand il arriva à Médine, il vit les gens faire ainsi..." :

Cela n'implique pas que ce fut le jour ou la semaine de son arrivée à Médine qu'il les vit faire ainsi, mais tout simplement que c'est une fois arrivé à Médine qu'il vit cela.

On trouve la même formule, signifiant clairement cela, dans cet autre hadîth : "عن أنس قال: قدم رسول الله صلى الله عليه وسلم المدينة ولهم يومان يلعبون فيهما، فقال: ما هذان اليومان؟ قالوا: كنا نلعب فيهما في الجاهلية، فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "إن الله قد أبدلكم بهما خيرا منهما: يوم الأضحى، ويوم الفطر"" : "Le Prophète arriva à Médine alors qu'ils (y) avaient deux jours de festivités. Il leur demanda : "Que sont ces deux jours ? - Nous jouions lors de ces deux jours dans la Jâhiliyya." Le Messager de Dieu dit alors : "Dieu vous a donné en échange mieux que cela : le jour du sacrifice, et le jour de la fin du jeûne" (Abû Dâoûd, 4137).
Des commentateurs ont dit qu'il s'agissait des deux fêtes du Neyrôz et de Mahrajân (Mirqât ul-mafâtîh), deux fêtes d'origine persane. Il est évident que ce n'est pas le jour de son arrivée à Médine que ces deux fêtes étaient célébrées. La narration signifie seulement qu'une fois arrivé à Médine, il y constata que les habitants de la cité célébraient deux fêtes dans l'année.

Pareillement, le premier hadîth relaté par Ibn Abbâs ne signifie pas que ce fut le jour de son arrivé à Médine que le Prophète vit les juifs jeûner, mais tout simplement qu'une fois arrivé à Médine, lorsque vint la date du 'Achûrâ' des mois plus tard, le Prophète vit les juifs jeûner.

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Seconde Interrogation : Comment envisager une correspondance permanente (ou au moins sur 10 années) entre le jour du 10 muharram, et le 10 d'un des mois juifs, sachant que les juifs intercalent un 13ème certaines années ?

Pour y répondre, voici plusieurs possibilités (ihtimâlât)...

–----- Possibilité A : les Arabes pratiquaient eux aussi l'intercalation d'un 13ème mois tous les 3 ans : c'était cela, an-Nassî' évoqué en Coran 9/36 :

Et ce fut en l'an 10 de l'hégire que, chaque mois étant "retourné à sa place" suite au jeu des décalages successifs, le Prophète (sur lui soit la paix) proclama, lors de son pèlerinage d'Adieu : "إن الزمان قد استدار كهيئته يوم خلق الله السموات والأرض، السنة اثنا عشر شهرا، منها أربعة حرم، ثلاث متواليات: ذو القعدة، وذو الحجة، والمحرم، ورجب مضر الذي بين جمادى وشعبان" : "Le temps est retourné à la forme (hay'a) qu'il avait le jour où Dieu a créé les cieux et la Terre. L'année est (constituée de) 12 mois. 4 d'entre eux sont sacrés : Dhu-l-qa'da, Dhu-l-hijja, Muharram et le Rajab des Mudhar, celui qui est entre Jumâdâ et Sha'bân" (al-Bukhârî 5230 etc., Muslim 1679).

Avant cette date, les 2 calendriers (arabe anté-islamique, et juif) correspondaient donc.

Le problème avec cette première tentative de réponse c'est que, selon l'avis de Ibn Kathîr (fondé sur des objections très pertinentes) le Nassî' ne semble pas du tout avoir consisté en le décalage de tous les mois par rapport à leur place véritable, et ce par adjonction (ou suppression) régulière d'un mois supplémentaire. Le Nassî' évoqué et dénoncé par le Coran semble avoir consisté en la simple inversion de Muharram et de Safar, par les Arabes désireux de reprendre la guerre (l'attente étant trop longue à leur regard à cause de la succession de 3 mois d'interdiction, Dhu-l-Qa'da, Dhu-l-Hijja, puis Muharram).

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–----- Possibilité B : les Arabes ne pratiquaient pas ce genre d'intercalation, mais les juifs d'Arabie non plus ne pratiquaient pas l'intercalation d'un 13ème mois lors des années embolismiques :

Ces juifs de Médine (et éventuellement de toute l'Arabie) étaient tellement arabisés qu'ils n'intercalaient pas de 13ème mois tous les 3 ans, et que leur calendrier était donc purement lunaire.

Les 2 calendriers (arabe anté-islamique, et juif) correspondaient donc de façon permanente.

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–----- Possibilité C : les Arabes ne pratiquaient pas ce genre d'intercalation, tandis que le calendrier liturgique juif le faisait. Et le 10 du mois juif jeûné par les juifs d'Arabie de l'époque ne coïncidait pas avec le 10 Muharram (sauf, exceptionnellement, 2 ou 3 ans de suite sur un cycle d'une trentaine d'années) :

Ibn Hajar cite le athar suivant, où Khârija rapporte de son père Zayd ibn Thâbit (Compagnon du Prophète, qui avait appris l'hébreu ou le syriaque) : "عن خارجة بن زيد، عن أبيه قال: "ليس يوم عاشوراء باليوم الذي يقوله الناس، إنما كان يوم تستر فيه الكعبة وتقلس فيه الحبشة عند رسول الله صلى الله عليه وسلم. وكان يدور في السنة. فكان الناس يأتون فلانا اليهودي، فيسألونه. فلما مات اليهودي أتوا زيد بن ثابت فسألوه" : "Le jour de 'Âchûrâ' [dans la période d'avant l'islam] n'était pas le jour que les gens observent [aujourd'hui]. C'était un jour où la Kaaba était revêtue. Et des Abyssiniens venaient virevolter auprès du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue. Et (la détermination de) ce jour variait dans l'année [lunaire, au cours des ans]. Les gens se rendaient auprès d'Untel, qui était juif, et le questionnaient [quant à la date où ce jour-là tomberait]." Lorsque ce juif mourut, poursuit Khârija, les (gens) se rendirent auprès de Zayd ibn Thâbit et le questionnèrent" (at-Tabarânî, Al-Mu'jam ul-Kabîr, n° 4876 ; "sanad hassan" d'après Ibn Hajar : FB 4/314 ; "isnâd jayyid" : FB 7/345).
Ibn Hajar écrit : "ظفرتُ بمعناه في كتاب "الآثار القديمة" لأبي الريحان البيروني: فذكر [أي البيروني] ما حاصله أن جهلة اليهود يعتمدون في صيامهم وأعيادهم حساب النجوم، فالسنة عندهم شمسية لا هلالية. قلت: فمن ثم احتاجوا إلى من يعرف الحساب ليعتمدوا عليه في ذلك" (FB 4/314) (Ibn Hajar écrira cependant en FB 7/345 quelque chose de différent).

Comment comprendre alors une correspondance permanente (s'étendant sur les 10 années de la période médinoise de la vie du Prophète, sur lui soit la paix) du 10 d'un mois juif avec la date du 10 Muharram" ?

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–----- Un contemporain, Cheikh al-Ashbîlî al-Ma'âfirî de Sanaa, a proposé l'explication suivante : ce que Ibn Abbâs a décrit dans le premier hadîth suscité n'a eu lieu qu'après son retour du Pèlerinage d'Adieu, en dhu-l-hijja de l'an 10 (le mois suivant celui-ci étant justement : muharram de l'an 11) :

La recherche de ce 'âlim s'intitule : "عاشوراء بين السنة النبوية والبدعة الرافضية" (je ne connaissais pas du tout l'existence de cette recherche, et ne l'ai découverte que par le biais d'un article écrit par Cheikh Mohammad Patel (le webmaster de muslimfr.com).

Cette explication permettrait de répondre à la 3ème Objection : il n'y a alors plus de correspondance permanente, sur 10 années : il y eut seulement une correspondance l'année 11 : comme nous l'avons vu plus haut, le 10 Muharram de l'an 11 de l'hégire coïncida avec le 10 Nissan de l'an 4392 du calendrier juif (auparavant cela correspondait au 10 d'un autre mois, comme nous l'avons vu plus haut).

Le fait qu'il y ait eu coïncidence cette année-là seulement (avec l'année ou les deux années suivante(s), mais le Prophète n'était alors plus de ce monde) permettrait de mieux comprendre le second hadîth de Ibn Abbâs également : "Lorsque le Messager de Dieu jeûna le jour de 'Âchûrâ' et ordonna [de façon recommandée] de le jeûner, on lui dit : "C'est un jour que des juifs et des chrétiens vénèrent." Il dit alors : "Si je demeure vivant jusqu'à l'an prochain, je jeûnerai le 9". (Mais) (cette date de) l'année suivante ne vint pas que le Prophète avait (déjà) été repris" : "عن عبد الله بن عباس رضي الله عنهما، يقول: حين صام رسول الله صلى الله عليه وسلم يوم عاشوراء وأمر بصيامه، قالوا: "يا رسول الله إنه يوم تعظمه اليهود والنصارى." فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "فإذا كان العام المقبل إن شاء الله صمنا اليوم التاسع." قال: فلم يأت العام المقبل حتى توفي رسول الله صلى الله عليه وسلم" (Muslim, 1134/133). "عن عبد الله بن عباس رضي الله عنهما، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "لئن بقيت إلى قابل لأصومن التاسع" (Muslim, 1134/134). Il faut seulement dire (si on retient l'interprétation de al-Ashbîlî) que "lorsque le Prophète ordonna de jeûner 'Achûra'" désigne seulement : "un impératif de recommandation" (أمر استحباب).

On tombe alors sur la correspondance du jeûne musulman du 10 Muharram avec le jeûne juif du 10 Nissan (mais à la différence qu'il s'est agi en fait d'une coïncidence ayant eu lieu seulement l'année 11 de l'hégire (ainsi que l'année ou les deux années suivantes) ; et non pas d'une correspondance en soi du jeûne musulman de 'Âchûrâ' avec le jeûne juif du 10 Nissan).
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Le problème c'est que le jeûne juif du 10 Nissan ne correspond pas à la sortie d'Egypte (comme cela semble être dit dans le premier hadîth de Ibn Abbâs), laquelle n'a eu lieu que le 14 Nissan. Par contre, le 10 Nissan, les juifs commémorent le décès de Miryam la soeur de Aaron et Moïse, ainsi que la disparition du puits qui suivait les fils d'Israël dans le désert. Cependant, il existe bien un jeûne chez eux ce jour-là (source : jewishencyclopedia).

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Reste donc ce problème à résoudre : Comment expliquer que, dans le premier hadîth de Ibn Abbâs il soit relaté que les juifs de Médine expliquèrent que le jeûne qu'ils faisaient le 10ème de ce mois-là était motivé par la gratitude pour le fait que Pharaon a été détruit par noyade ?

En fait :

----- Certes, certaines versions de ce premier hadîth relaté Ibn Abbâs (et passant par Abdullâh ibn Sa'îd) précisent effectivement que ce que ces juifs répondirent au Prophète fut ceci : "Ce fut le jour où Dieu noya Pharaon et les siens" : "حدثنا علي بن عبد الله، حدثنا سفيان، حدثنا أيوب السختياني، عن ابن سعيد بن جبير، عن أبيه، عن ابن عباس رضي الله عنهما، أن النبي صلى الله عليه وسلم، لما قدم المدينة، وجدهم يصومون يوما، يعني عاشوراء، فقالوا: هذا يوم عظيم، وهو يوم نجى الله فيه موسى، وأغرق آل فرعون، فصام موسى شكرا لله، فقال «أنا أولى بموسى منهم» فصامه وأمر بصيامه" (al-Bukhârî, 3216), "وحدثني ابن أبي عمر، حدثنا سفيان، عن أيوب، عن عبد الله بن سعيد بن جبير، عن أبيه، عن ابن عباس رضي الله عنهما، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قدم المدينة فوجد اليهود صياما، يوم عاشوراء، فقال لهم رسول الله صلى الله عليه وسلم: «ما هذا اليوم الذي تصومونه؟» فقالوا: هذا يوم عظيم، أنجى الله فيه موسى وقومه، وغرق فرعون وقومه، فصامه موسى شكرا، فنحن نصومه، فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: «فنحن أحق وأولى بموسى منكم فصامه رسول الله صلى الله عليه وسلم، وأمر بصيامه" (Muslim, 1130/128). "حدثنا عبد الرزاق، حدثنا معمر، عن أيوب، عن ابن لسعيد بن جبير، عن أبيه، عن ابن عباس، قال: قدم رسول الله صلى الله عليه وسلم المدينة، فوجد يهود يصومون يوم عاشوراء، فقال: " ما هذا؟ " فقالوا: هذا يوم عظيم، يوم نجى الله موسى وأغرق آل فرعون، فصامه موسى شكرا. قال النبي صلى الله عليه وسلم: " فإني أولى بموسى، وأحق بصيامه " فصامه، وأمر بصيامه" (Ahmad, 3112).
Cependant, les hadiths constituent une science complexe et délicate, et il arrive parfois que, à cause du principe de la Riwâya bi-l-ma'nâ, il y ait une erreur de la part d'un transmetteur quant à un mot (cela arrivant même à des transmetteurs très fiables). C'est cependant vers les spécialistes des hadîths qu'il faut se tourner à ce sujet.

----- Et, justement, certaines autres versions du même hadîth relaté par Ibn Abbâs (versions passant elles aussi par Abdullâh ibn Sa'îd) disent que, à l'interrogation du prophète Muhammad (sur lui soit la paix) quant à la raison de leur jeûne de ce jour-là, ce que les juifs de Médine lui répondirent fut ceci : "Ceci est le jour où Dieu a sauvé les fils d'Israël de leur ennemi. Aussi Moïse (sur lui soit la paix) le jeûna" : "حدثنا أبو معمر، حدثنا عبد الوارث، حدثنا أيوب، حدثنا عبد الله بن سعيد بن جبير، عن أبيه، عن ابن عباس رضي الله عنهما، قال: قدم النبي صلى الله عليه وسلم المدينة فرأى اليهود تصوم يوم عاشوراء، فقال: «ما هذا؟»، قالوا: هذا يوم صالح هذا يوم نجى الله بني إسرائيل من عدوهم، فصامه موسى، قال: «فأنا أحق بموسى منكم»، فصامه، وأمر بصيامه" (al-Bukhârî, 1900). "حدثنا عفان، حدثنا عبد الوارث، حدثنا أيوب، عن عبد الله بن سعيد بن جبير، عن أبيه، عن ابن عباس، قال: قدم رسول الله صلى الله عليه وسلم المدينة، فرأى اليهود يصومون يوم عاشوراء، فقال: "ما هذا اليوم الذي تصومون؟" قالوا: هذا يوم صالح، هذا يوم نجى الله بني إسرائيل من عدوهم. قال: فصامه موسى، قال: رسول الله صلى الله عليه وسلم: "أنا أحق بموسى منكم" قال: فصامه رسول الله صلى الله عليه وسلم وأمر بصومه" (Ahmad, 2644). "حدثنا عبد الصمد، حدثنا أبي، حدثنا أيوب، عن عبد الله بن سعيد بن جبير، عن أبيه، عن ابن عباس، قال: قدم رسول الله صلى الله عليه وسلم المدينة، فرأى اليهود يصومون يوم عاشوراء، فقال لهم: "ما هذا اليوم الذي تصومونه؟" قالوا: هذا يوم صالح، هذا يوم نجى الله فيه بني إسرائيل من عدوهم، فصامه موسى عليه السلام. فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "أنا أحق بموسى منكم" فصامه رسول الله صلى الله عليه وسلم وأمر بصومه" (Ahmad, 2831).

----- Enfin, d'autres versions du hadîth relaté par Ibn Abbâs (passant pour leur part par Abû Bishr) disent encore que les juifs de Médine répondirent seulement : "Ce fut le jour où Moïse eut le dessus sur Pharaon" : "حدثني محمد بن بشار، حدثنا غندر، حدثنا شعبة، عن أبي بشر، عن سعيد بن جبير، عن ابن عباس، قال: قدم النبي صلى الله عليه وسلم المدينة واليهود تصوم عاشوراء، فقالوا: هذا يوم ظهر فيه موسى على فرعون، فقال النبي صلى الله عليه وسلم لأصحابه: «أنتم أحق بموسى منهم فصوموا" (al-Bukhârî, 4403). "حدثني يعقوب بن إبراهيم، حدثنا روح، حدثنا شعبة، حدثنا أبو بشر، عن سعيد بن جبير، عن ابن عباس رضي الله عنهما، قال: لما قدم رسول الله صلى الله عليه وسلم المدينة واليهود تصوم يوم عاشوراء، فسألهم، فقالوا: هذا اليوم الذي ظهر فيه موسى على فرعون، فقال النبي صلى الله عليه وسلم: «نحن أولى بموسى منهم فصوموه" (al-Bukhârî, 4460). "حدثنا زياد بن أيوب، حدثنا هشيم، حدثنا أبو بشر، عن سعيد بن جبير، عن ابن عباس رضي الله عنهما، قال: لما قدم النبي صلى الله عليه وسلم المدينة وجد اليهود يصومون عاشوراء، فسئلوا عن ذلك، فقالوا: هذا اليوم الذي أظفر الله فيه موسى وبني إسرائيل على فرعون، ونحن نصومه تعظيما له، فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: «نحن أولى بموسى منكم، ثم أمر بصومه" (al-Bukhârî, 3727). "حدثنا يحيى بن يحيى، أخبرنا هشيم، عن أبي بشر، عن سعيد بن جبير، عن ابن عباس رضي الله عنهما، قال: قدم رسول الله صلى الله عليه وسلم المدينة، فوجد اليهود يصومون يوم عاشوراء فسئلوا عن ذلك؟ فقالوا: هذا اليوم الذي أظهر الله فيه موسى وبني إسرائيل على فرعون، فنحن نصومه تعظيما له، فقال النبي صلى الله عليه وسلم: «نحن أولى بموسى منكم فأمر بصومه" (Muslim, 1130/127).
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Se pourrait-il qu'il s'agisse d'un événement antérieur à l'Exode ?
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Ou bien est-ce dans certaines communautés juives de la diaspora (et notamment celle du Hedjaz), il existait un jeûne le 10 Nissan pour célébrer les prémisses de la victoire sur Pharaon ?
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Des ulémas auraient-ils écrit quelque chose de ce genre ?
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Je me demandais donc s'il n'y aurait pas une piste à creuser ici. 

Je n'en sais pas plus (لا أدري).

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V) Reste le hadîth de Abû Mûssâ al-Ash'arî (que Dieu l'agrée) :

Abû Mûssâ relate : "Les gens de Khaybar jeûnaient le jour de 'Âchûrâ', le prenant comme jour de célébration. Ils y faisaient porter à leurs femmes des bijoux et une belle tenue. Le Messager de Dieu dit alors [aux musulmans] : "Eh bien, vous jeûnez-le"
"وحدثناه أحمد بن المنذر، حدثنا حماد بن أسامة، حدثنا أبو العميس، أخبرني قيس، فذكر بهذا الإسناد مثله، وزاد: قال أبو أسامة، فحدثني صدقة بن أبي عمران، عن قيس بن مسلم، عن طارق بن شهاب، عن أبي موسى رضي الله عنه، قال: كان أهل خيبر يصومون يوم عاشوراء، يتخذونه عيدا، ويلبسون نساءهم فيه حليهم وشارتهم. فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "فصوموه أنتم" (Muslim, 1131/130). "حدثنا أبو بكر بن أبي شيبة، وابن نمير، قالا: حدثنا أبو أسامة، عن أبي عميس، عن قيس بن مسلم، عن طارق بن شهاب، عن أبي موسى رضي الله عنه، قال: كان يوم عاشوراء يوما تعظمه اليهود، وتتخذه عيدا، فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "صوموه أنتم" (Muslim, 1131/129).

Si on retient ces versions de Sahîh Muslim, il s'agissait seulement des juifs de Khaybar.

Se pourrait-il qu'il s'agit du 10 non plus du mois de Nissan, mais du mois de Sivan, ou de Iyar ?
Le fait est que les 10 Muharram des années 8, 9 et 10 correspondirent pour leur part aux 10 Iyar. Et un jeûne secondaire est célébré le 10 Iyar (source : jewishencyclopedia).
Par ailleurs, le 10 Muharram de l'an 7 (qui correspondit quant à lui au 10 Sivan), le Prophète était justement à Khaybar, et Abû Mûssâ arriva auprès de lui en ce mois.

Y aurait-il donc une célébration juive d'ordre secondaire ce jour-là (le 10 Sivan, ou le 10 Iyar), le Prophète (sur lui soit la paix) n'ayant alors pas fait cette réponse "Eh bien, vous jeûnez-le" en voulant dire : "Eh bien, vous aussi, jeûnez-le", mais seulement pour dire : "S'ils le célèbrent, eh bien c'est leur coutume, mais vous, jeûnez-le comme nous l'avons toujours fait chaque 10 Muharram".

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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