Question d'un internaute :
Vous dites qu'il y a différents versets, les uns traitant de la paix et les autres du combat, et que la paix est la règle première. Mais ça ne tient pas : la question de la paix n'est plus d'actualité pour les musulmans, car les commentaires du Coran eux-mêmes stipulent que le verset concernant la paix : "Et s'ils penchent pour la paix, penche pour elle" (Coran 8/61) a été abrogé par le verset : "Où que vous trouviez les polythéistes, tuez-les" (Coran 9/5). Cela montre bien que, d'un point de vue idéologique même, les musulmans ne peuvent plus être des partisans de la paix.
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Réponse :
Que nenni, le verset de la paix (Coran 8/61) n'est nullement abrogé.
Je suppose que vous avez dû lire les termes : "Nassakhat-hâ âyat ul-barâ'ah" ou : "Hâdhihî mansûkha bi âyat il-qitâl", traduits littéralement par : "abrogés" dans certains Commentaires du Coran (tafâssîr).
Mais en fait ces termes ne signifient pas que le verset de la paix a été abrogé.
Aujourd'hui,
– le terme arabe "naskh" est compris uniquement comme signifiant : "abrogation" ;
– la formule "nassakha-ha-llâhu" est comprise comme voulant dire : "Dieu a abrogé" ;
– le verbe à la voie passive "nussikha" signifie : "ce verset fut abrogé" ;
– et le participe passif, "mansûkh", est perçu comme signifiant : "abrogé".
Mais, dans l'usage des musulmans des premiers temps, ce terme "naskh" et tous ces dérivés avaient un sens beaucoup plus large que celui de l'abrogation pure et simple.
D'où malentendu.
Ibn ul-Qayyim écrit ainsi : "Le terme "naskh" est, chez les Compagnons et les Prédécesseurs, d'un sens plus large que chez les ulémas postérieurs".
Suit l'énumération de trois sens donnés au terme "naskh" chez les premiers ulémas :
– l'abrogation proprement dite ;
– l'exception, ou le nuancement, par rapport à la règle générale ou inconditionnelle précédemment révélée ;
– l'explicitation du texte précédemment révélé.
"وهذا الجواب يحتاج إلى تقرير. فإن ظاهره أن آية الطلاق مقدمة على آية البقرة لتأخرها عنها، فكانت ناسخة لها. ولكن النسخ عند الصحابة والسلف أعم منه عند المتأخرين. فإنهم يريدون به ثلاثة معان:
أحدها: رفع الحكم الثابت بخطاب.
الثاني: رفع دلالة الظاهر، إما بتخصيص، وإما بتقييد؛ وهو أعمّ مما قبله.
الثالث: بيان المراد باللفظ الذي بيانه من خارج؛ وهذا أعمّ من المعنيين" (Zâd ul-ma'âd, 5/598-599).
Ibn ul-Qayyim écrit encore, exprimant la même chose : " وقال ابن وهب: حدثنا أشهل بن حاتم عن عبد الله بن عون عن ابن سيرين قال: قال حذيفة: "إنما يفتي الناس أحد ثلاثة: من يعلم ما نُسِخ من القرآن، أو أمير لا يجد بدا، أو أحمق متكلف"؛ قال: فربما قال ابن سيرين: "فلست بواحد من هذين، ولا أحب أن أكون الثالث". قلت: مراده ومراد عامة السلف بـ"الناسخ والمنسوخ": رفع الحكم بجملته تارة - وهو اصطلاح المتأخرين -، ورفع دلالة العام والمطلق والظاهر وغيرها تارة، إما بتخصيص أو تقييد، أو حمل مطلق على مقيَّد وتفسيره وتبيينه، حتى إنهم يسمون الاستثناء والشرط والصفة "نسخا"، لتضمن ذلك رفع دلالة الظاهر وبيان المراد، فالنسخ عندهم وفي لسانهم هو بيان المراد بغير ذلك اللفظ بل بأمر خارج عنه. ومن تأمل كلامهم، رأى من ذلك فيه ما لا يحصى، وزال عنه به إشكالات أوجبها حمل كلامهم على الاصطلاح الحادث المتأخر" (A'lâm ul-muwaqqi'în, 1/28-29).
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Shâh Waliyyullâh écrit pour sa part :
"Dans la discipline du commentaire du Coran, relève des chapitres difficiles - qui sont causes de nombreuses discussions et divergences - : la connaissance des versets abrogeant et des versets abrogés. Et l'une des plus grandes causes de cette difficulté est l'existence d'une différence, existant entre les ulémas des premiers temps et les ulémas postérieurs, à propos du sens (donné au terme "naskh").
Après passage en revue des propos des Compagnons et de leurs élèves à ce sujet, il nous apparaît que ces personnages employaient le terme "naskh" dans son sens littéral – à savoir : "apporter une modification à quelque chose" – et non dans le sens où l'entendent les spécialistes des ussûl [à savoir "abroger", c'est-à-dire "mettre définitivement fin à l'applicabilité d'une règle édictée précédemment"].
Pour les (anciens ulémas), le "naksh" est le fait de modifier certaines particularités présentes dans la règle d'un verset par un autre verset, que cette modification consiste à indiquer la fin de la durée de l'application d'un verset [ce qui constitue l'abrogation proprement dite], ou qu'elle consiste seulement à mettre en lumière que le sens véritable du verset est différent du sens apparent, ou à expliciter que la condition (spécifiée dans le verset précédent) est purement fortuite et n'a pas d'incidence, ou à modifier la portée générale du verset précédent, ou à montrer qu'il n'y a pas d'analogie possible entre le cas mentionné dans le verset et le cas à propos duquel des gens ont fait une analogie, ou à mettre fin à une règle révélée à un prophète ayant précédé Muhammad (sur lui la paix). Et, de la sorte, l'emploi du terme "naskh" s'est élargi chez ces ulémas (…). C'est pourquoi on lit parfois que le nombre de versets du Coran qui sont "mansûkh" atteint 500 ; et si tu réfléchis, tu verras même que ce genre de versets sont innombrables.
Par contre, si on emploie le terme "mansûkh" avec le sens que lui donnent les ulémas postérieurs et de la science des ussûl [à savoir l'abrogation], alors les versets véritablement abrogés sont en très petit nombre (…)."
"من المواضع الصعبة في علم التفسير، التي تكثر مباحثها ويكثر الاختلاف فيها، معرفة الناسح والمنسوخ. ومن أقوى وجوه هذه الصعوبة اختلاف الاصطلاح بين المتقدمين والمتأخرين في هذا الباب.
والذي يتضح لنا باستقراء كلام الصحابة والتابعين - رضي الله عنهم أجمعين - في هذا الموضوع أنهم كانوا يستعملون "النسخ" بمعناه اللغوي المعروف الذي هو إزالة شيء لا بمعنى مصطلح الأصوليين الخاص. فمعنى "النسخ" عندهم إزالة بعض الأوصاف في آية بآية أخرى، سواء كان ذلك بياناً لانتهاء مدة العمل بآية من الآيات الكريمة، أو صرف الكلام عن المعنى المتبادر إلى غير المتبادر، أو بيان أن القيد اتفاق وليس احترازياً، أو تخصيصاً للعموم، أو بيان الفارق بين المنصوص والمقيس عليه ظاهراً، أو إزالة عادة من العادات الجاهلية، أو رفع شريعة من الشرائع السابقة. وهكذا اتسع باب النسخ عندهم وتوسعوا في موضوعه، وكان للعقل فيه مجال فسيح، وللاختلاف فيه مكان واسع. ولذلك بلغت الآيات المنسوخة إلى خمسمائة آية، بل إذا حققت النظر تجدها غير محصورة بعدد.
أما المنسوخ حسب اصطلاح المتأحرين الأصولين فإنه لا يتجاوز العدد القليل، لا سيما حسب وجهة النظر التي اخترناها" (Al-Fawz ul-kabîr fî ussûl it-tafsîr, pp. 53-54).
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Ash-Shâtibî parle quant à lui du type 2.2 (que nous verrons plus bas), puis expose, pareillement, que chez les Anciens, le terme "Naskh" recelait une signification plus vaste que la seule et stricte "abrogation" :
"ووجه رابع يدل على قلة النسخ وندوره: أن تحريم ما هو مباح بحكم الأصل ليس بنسخ عند الأصوليين. كالخمر والربا؛ فإن تحريمهما بعد ما كانا على حكم الأصل لا يُعدّ نسخا لحكم الإباحة الأصلية. ولذلك قالوا في حد النسخ: إنه رفع الحكم الشرعي بدليل شرعي متأخر، ومثله رفع براءة الذمة بدليل. وقد كانوا في الصلاة يكلم بعضهم بعضا إلى أن نزل: {وقوموا لله قانتين} .وروي أنهم كانوا يلتفتون في الصلاة إلى أن نزل قوله: {الذين هم في صلاتهم خاشعون}، قالوا: وهذا إنما نَسَخ أمرا كانوا عليه. وأكثر القرآن على ذلك. معنى هذا أنهم كانوا يفعلون ذلك بحكم الأصل من الإباحة؛ فهو مما لا يعد نسخا. وهكذا كل ما أبطله الشرع من أحكام الجاهلية.
فإذا اجتمعت هذه الأمور، ونظرت إلى الأدلة من الكتاب والسنة، لم يتخلص في يدك من منسوخها إلا ما هو نادر.
على أن ههنا معنى يجب التنبه له ليفهم اصطلاح القوم في النسخ، وهي :المسألة الثالثة:
وذلك أن الذي يظهر من كلام المتقدمين أن النسخ عندهم في الإطلاق أعم منه في كلام الأصوليين؛ قد يطلقون على تقييد المطلق "نسخا"، وعلى تخصيص العموم بدليل متصل أو منفصل "نسخا"، وعلى بيان المبهم والمجمل "نسخا"، كما يطلقون على رفع الحكم الشرعي بدليل شرعي متأخر "نسخا"" (Al-Muwâfaqât, 2/99).
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On le voit, dans les ouvrages commentant le texte coranique, le terme "Naskh" a été employé non pas toujours dans le sens d'"abrogation" mais parfois dans un sens beaucoup plus large.
Explications détaillées ci-après.
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Au travers de ces explications, vous verrez que...
... Parmi les 6 acceptions avec lesquels le terme "Naskh" est employé, :
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– Seules les 1 et 2 correspondent à de l'abrogation véritable (رفْع مشروعيّة الحكم الشرعيّ الأوّل، بدليل شرعيّ متأخّر).
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– L'acception 3 ne constitue pas de l'abrogation, mais l'institution d'une nouvelle règle, applicable lors de la même cause (sabab) que celle qui régissait la règle précédemment révélée, tandis que la règle précédemment révélée n'est plus appliquée (ghayr munaffadh) mais demeure en soi toujours instituée (mashrû') : elle est en fait renvoyée à une situation semblable à celle qui prévalait lors de son institution : cela relève de la condition (shart) présente dans le réel (wâqi').
Or le cas des versets de la paix relève de cette acception 3 (d'autant plus que, même en cas de situation semblable à celle lors de laquelle les versets du combat furent révélés, il demeure possible de conclure un traité de paix, et ce lorsqu'il y a maslaha à le faire).
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– La 4ème ne constitue elle non plus pas de l'abrogation : il s'agit de l'institution d'une nouvelle règle, applicable lors de la même cause (sabab) que la règle précédemment révélée, tandis que la règle précédemment révélée est toujours instituée (mashrû') et toujours applicable (munaffadh) : ce qui a changé c'est que la règle révélée secondairement était précédemment non-instituée (ghayr mashrû') ; une nouvelle révélation est donc venue la rendre instituée (mashrû').
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– La 5ème ne constitue elle non plus pas de l'abrogation : il s'agit :
----- 5.1) soit de l'exposé, par un verset révélé ultérieurement, que certains individus - dont le cas ne s'était pas posé lors de la révélation du verset antérieur - ne sont pas concernés par le propos du verset antérieur (Takhsîs simple, particularisation) (ici s'inclut le "'âmmun khussa min'hu-l-ba'dh" : sans le verset révélé ultérieurement, on aurait difficilement pu déterminer si ce ba'dh makhsûs était, ou n'était pas, murâd dans le verset antérieur). ;
----- 5.2) soit de l'exposé, par un verset révélé ultérieurement, d'une nuance supplémentaire au propos présent dans le verset antérieur (Taqyîd, nuancement).
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– L'acception 6 du terme ne constitue elle non plus pas de l'abrogation : le verset postérieur est simplement venu exposer le sens véritable que le verset antérieur a, et que certaines personnes contemporaines du Prophète (musulmanes ou non-musulmanes) avaient mal compris, l'ayant appréhendé comme induisant une généralité absolue (alors que, à bien réfléchir, ce ba'dh makhsûs n'y était pas du tout inclus).
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A noter :
--- Certains des cas relevant d'une particularisation (Takhsîs) ne constituent pas une Takhsîs Simple (5.1), mais constituent bel et bien une abrogation véritable (Naskh au sens 1 ou 2), cependant partielle (Naskh Juz'î) : il y a à cela 2 conditions : primo qu'il soit établi que le texte particularisant soit venu ultérieurement au texte général, et secundo que, avant la venue de ce texte particularisant ayant fait l'exception du propos, hukm, par rapport à certains individus, avant cela ce hukm s'appliquait de façon certaine à ces individus aussi.
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استثناء الجزئي من تحت حكم العامّ، فتخصيصه، ورد في النصوص: إما بكلام موصول، وإما بكلام متراخ.
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فالأول هو الاستثناء الذي لا يطلق عليه لفظ النسخ بمعنىً من معانيه.
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وأما الثاني، فإما أن نَعرف أنّ ذلك الجزئيّ لم يكن داخلًا قط تحت حكم العامّ؛ وإما أن لا نعرف أكان الجزئيّ المخصوص داخلًا تحت حكم العام قبل أن يُنصّ على استثنائه منه، أم لا؛ وإما أن نعرف أنّ الجزئيّ المخصوص كان داخلا تحت حكم العام، ثم استُثنِي منه بنصّ.
ففي الأول يكون توضيحُ المراد؛ وفي الثاني يكون تقييدٌ أو تخصيصٌ؛ وفي الثالث يكون نسخٌ جزئيٌّ.
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Voici un croquis exposant 6 sens avec lesquels le terme "Naskh" a été employé par les commentateurs du Coran, surtout ceux des premiers temps :
Voici maintenant, de façon détaillée, l'exposé de ces 6 sens avec lesquels le terme "Naskh" a été employé par les gens des premiers temps :
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– Sens 1) "Naskh" = "Remplacement d'une règle antérieure par une nouvelle règle, avec Arrêt Définitif de l'applicabilité de la règle antérieure : le remplacement du caractère interdit d'une action par son autorisation, ou du caractère obligatoire d'une action par son caractère non-obligatoire ; ou encore le remplacement du moyen déterminé pour accomplir telle action par un autre moyen déterminé (النسخ بمعنى رفع الحكم المنزل قبلُ، أي: تبديل حكم بحكم يخالفه تمامًا، كتبديل وجوب عمل بعدم وجوبه، أو حرمة عمل بجوازه) :
Deux grands cas existent ici :
– soit la règle seulement est abrogée, mais le verset continue à être récité en tant que texte coranique (naskh ul-hukm dûn at-tilâwa) (les versets de ce genre sont les versets dits "du Type 3" dans l'article L'abrogation dans le Coran) ;
– soit la règle révélée précédemment est abrogée, et la récitation du verset qui l'induisait est elle aussi abrogée (naskh ut-tilâwa ma'a-l-hukm) (les versets y correspondant sont les versets classés "du Type 4" dans l'article L'abrogation dans le Coran).
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Par ailleurs, selon une autre classification, ce Naskh du type 1 se subdivise en deux cas :
– 1.1) soit la première règle avait été instituée de façon inconditionnelle, mais ensuite une nouvelle règle est venue la remplacer ;
– 1.2) soit le texte instituant la première règle précisait que cette règle aurait cours jusqu'au moment où Dieu apporterait une nouvelle règle.
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Voici un exemple du cas de figure 1.1 :
--- Dans un premier temps, conformément à ce que dit le verset 2/180, il fallait que le musulman fasse un testament en faveur de ses parents : "كُتِبَ عَلَيْكُمْ إِذَا حَضَرَ أَحَدَكُمُ الْمَوْتُ إِن تَرَكَ خَيْرًا الْوَصِيَّةُ لِلْوَالِدَيْنِ وَالأقْرَبِينَ بِالْمَعْرُوفِ حَقًّا عَلَى الْمُتَّقِينَ" : "Il vous a été prescrit, lorsque la mort se présente à l'un de vous, s'il laisse un bien, de faire un testament en faveur des parents et des proches, selon la bienséance. Devoir pour les pieux" (Coran 2/180).
--- Ensuite, la révélation du verset 4/11 fixa la quote-part des deux parents aussi : "يُوصِيكُمُ اللّهُ فِي أَوْلاَدِكُمْ لِلذَّكَرِ مِثْلُ حَظِّ الأُنثَيَيْنِ فَإِن كُنَّ نِسَاء فَوْقَ اثْنَتَيْنِ فَلَهُنَّ ثُلُثَا مَا تَرَكَ وَإِن كَانَتْ وَاحِدَةً فَلَهَا النِّصْفُ وَلأَبَوَيْهِ لِكُلِّ وَاحِدٍ مِّنْهُمَا السُّدُسُ مِمَّا تَرَكَ إِن كَانَ لَهُ وَلَدٌ فَإِن لَّمْ يَكُن لَّهُ وَلَدٌ وَوَرِثَهُ أَبَوَاهُ فَلأُمِّهِ الثُّلُثُ فَإِن كَانَ لَهُ إِخْوَةٌ فَلأُمِّهِ السُّدُسُ مِن بَعْدِ وَصِيَّةٍ يُوصِي بِهَا أَوْ دَيْنٍ آبَآؤُكُمْ وَأَبناؤُكُمْ لاَ تَدْرُونَ أَيُّهُمْ أَقْرَبُ لَكُمْ نَفْعاً فَرِيضَةً مِّنَ اللّهِ إِنَّ اللّهَ كَانَ عَلِيما حَكِيمًا" (Coran 4/11). Cela abrogea l'obligation de tester en faveur de ses deux parents.
Ibn Abbâs a donc dit : "عن ابن عباس رضي الله عنهما، قال: كان المال للولد، وكانت الوصية للوالدين، فنسخ الله من ذلك ما أحب، فجعل للذكر مثل حظ الأنثيين، وجعل للأبوين لكل واحد منهما السدس، وجعل للمرأة الثمن والربع، وللزوج الشطر والربع" : "Le legs revenait aux enfants, et (il fallait faire) un testament pour les parents. Dieu fit, de cela, naskh de ce qu'Il voulut..." (al-Bukhârî, 2596).
Il s'agit là d'une vraie abrogation, d'un Naskh dans ce sens 1 : une première règle avait été révélée, mais ensuite elle a été remplacée définitivement par une seconde règle, lui étant complètement différente.
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Et voici un exemple du cas de figure 1.2 :
Ce verset annonçait : "حَتَّىَ (...) يَجْعَلَ اللّهُ لَهُنَّ سَبِيلاً" ; c'est la Sunna qui est venue exposer la nouvelle règle (le hadîth en question a été rapporté par Muslim). Il s'agit de nouveau d'un Naskh définitif.
Ce cas 1.2 recèle quelque chose du Bayân ut-Tafsîr, et :
--- n'est pas du tout considéré comme étant du "Naskh" par certains ulémas. Shâh Waliyyullâh fait partie de ceux-là (Al-Fawz ul-kabîr, p. 57). Il est possible que ce soit aussi le cas de ash-Shawkânî (Irshâd ul-fuhûl, p. 613) ;
--- est bien considéré comme étant aussi du "Naskh" par d'autres ulémas (As-Sârim, p. 239).
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Si Shâh Waliyyullâh a dit que seuls 5 versets coraniques sont Mansûkh ul-hukm dûna-t-tilâwa (Al-Fawz ul-kabîr, pp. 54-60), c'est parce qu'il a compté uniquement les versets ayant été l'objet d'un Naskh du type 1.1.
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– Sens 2) "Naskh" = "Progressivité dans la Législation. Soit Interdiction sans possibilité de retour, de quelque chose qui, auparavant, avait été constatée par le Messager, voire évoquée dans le Coran, mais n'avait alors pas fait l'objet d'une telle interdiction (le Législateur ne l'ayant alors pas interdit). Soit Obligation, sans possibilité de retour, de quelque chose qui, auparavant, n'était pas obligatoire. Soit Détermination définitive d'un moyen pour réaliser quelque chose dont le moyen était, auparavant, laissé au libre choix du croyant (parce que le Législateur n'avait pas déterminé de moyen particulier)" (النسخ بمعنى رفع الجواز الأصليّ السائد قبلُ والذي كان سببه سكوت الشارع عليه، وذلك للتدريج في التشريع. أي: نزول حكم التحريم لعمل كان حكمه قبل ذلك: الجواز الأصليّ، أو حرمة بعض أفراده فقط. أو: نزول حكم الإيجاب لعمل لم يكن فرضًا قبل بل كان من البراءة الأصليّة. أو: نزول حكم التعيين في متعلق عمل كان الحكم فيه قبل ذلك: الخيرة الأصليّة) :
Au sujet de prendre une Qibla pendant la prière rituelle, il y a eu le type 1 et le type 2 de Naskh :
--- Au début de l'islam, il n'y avait pas obligation de se tourner vers une Qibla : chacun prenait la direction qu'il voulait pour se prosterner devant Dieu (sauf qu'il ne fallait bien sûr pas se prosterner devant une statue ou chose semblable). Bien sûr, quand ils se trouvaient devant la Kaaba, les musulmans se tournaient naturellement vers elle, mais cela n'était pas obligatoire. D'ailleurs, se trouvant ailleurs que devant la Kaaba, le Prophète (sur lui soit la paix) se tournait parfois vers Bayt ul-Maqdis ; et d'autres fois il priait dans la direction qu'il voulait.
--- Puis, lorsque le Prophète (sur lui soit la paix) émigra à Yathrib (Médine), il fallut prendre Bayt ul-Maqdis comme Qibla. "وقال قتادة: كان الناس يتوجهون إلى أي جهة شاؤوا، بقوله: {ولله المشرق والمغرب}. ثم أمرهم باستقبال بيت المقدس" (Zâd ul-massîr).
--- Enfin, 17 mois plus tard, et alors que le Prophète lui-même le désirait, ordre lui fut donné par Dieu de prendre la Kaaba comme Qibla.
Il y a donc eu ici 2 fois changement. Et le terme "Naskh" a été employé ici par Ibn Abbâs (Tafsîr ut-Tabarî, n° 1824), par Qatâda (n° 1826-1827), Ik'rima (n° 2152), al-Hassan (n° 2152), as-Suddî (n° 2198)...
Cependant :
--- le fait de devoir, arrivés à Médine, prendre Bayt ul-Maqdis comme Qibla, cela constitua un Naskh de ce type 2, puisque (selon l'avis auquel j'adhère), entre la révélation de cette règle et le début de l'islam, rien n'avait été spécifié, et, à cause de ce silence, chacun demeurait sur le choix de prendre la direction qu'il voulait (à cause de al-barâ'a al-asliyya) ;
--- par contre, 17 mois après l'arrivée à Médine, l'ordre de délaisser Bayt ul-Maqdis et de prendre désormais la Kaaba comme Qibla, cela constitua pour sa part un Naskh au sens 1 (Nassakha-l-Qur'ânu mâ thabata bi-s-Sunna : At-Tawdhîh, 2/84-85) : ce qui avait auparavant été fixé par la Sunna (Bayt ul-Maqdis) fut remplacé par quelque chose de différent (al-Ka'ba), fixé par le Coran.
Lire mon article traitant de la question de la Qibla.
Ce Naskh de type 2 constitue lui aussi une véritable Abrogation de ce qui se faisait jusqu'alors.
Cependant, il demeure différent du Naskh de type 1.
En effet :
--- en le Naskh 1, la règle elle-même a été complètement changée (dans un premier temps, la révélation a stipulé l'obligation de se tourner vers Bayt ul-Maqdis ; ensuite, sur la base d'une révélation postérieure, obligation a été faite de se tourner vers la Kaaba ;
--- alors que dans le Naskh 2, dans un premier temps, il n'y eut pas d'obligation particulière sur le sujet : cela demeura "sous silence" (maskût 'anh) ; ensuite, la révélation vint rendre obligatoire de se tourner vers Bayt ul-maqdis.
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Au sujet du mariage temporaire (nikâh ul-mut'ah), c'est également ce type 2 de Naskh qui a eu lieu :
--- ayant déjà cours dans l'Arabie anté-islamique, il fut seulement gardé sous silence au début de la mission du Prophète (sur lui soit la paix) ; et c'est pourquoi des Compagnons y eurent parfois recours ;
--- c'est ensuite en l'an 8 de l'hégire qu'il fut interdit par la Sunna.
Le terme "Naskh" est relaté ici de Aïcha, Ibn Mas'ûd, al-Qâssim ibn Muhammad et Sa'îd ibn ul-Mussayib (Tafsîr ul-Qurtubî, 5/130).
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Ce Naskh du type 2 peut être classé en deux sous-catégories :
– 2.1) l'instauration d'une augmentation dans le nombre d'individus relevant de l'action étant déjà l'objet d'une norme, ou d'une augmentation ou d'une diminution de la force de cette norme (الزيادة في التشريع المتعلّق بعملٍ مخصوص؛ أي الزيادة في عدد العمل المحكوم عليه؛ أو تشديد المحكوم به المتعلّق بعملٍ مخصوصٍ (الترقّي من الندب إلى الوجوب)؛ أو تخفيفه (الانتقال من الوجوب إلى الندب)) ;
– 2.2) l'instauration d'une norme d'obligation ou d'interdiction, applicable à une action donnée, après que la révélation ait gardé le silence au sujet de cette action, pourtant commise au vu du Prophète (sur lui soit la paix), ou exposée verbalement devant lui (التشريع في عملٍ مخصوصٍ - إيجابُه أو تحريمُه -، بعد السكوت الكامل عليه مع مباشرته أمام رسول الله - صلى الله عليه وسلم - أو سؤاله عنه).
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Ainsi, au sujet de la consommation d'alcool, quatre étapes ont été observées :
--- "وَمِن ثَمَرَاتِ النَّخِيلِ وَالأَعْنَابِ تَتَّخِذُونَ مِنْهُ سَكَرًا وَرِزْقًا حَسَنًا" (Coran 16/67) ;
--- "يَسْأَلُونَكَ عَنِ الْخَمْرِ وَالْمَيْسِرِ قُلْ فِيهِمَا إِثْمٌ كَبِيرٌ وَمَنَافِعُ لِلنَّاسِ وَإِثْمُهُمَآ أَكْبَرُ مِن نَّفْعِهِمَا" (Coran 2/219) ;
------ ces deux premiers versets se sont contentés de faire comprendre de façon allusive que l'alcool n'était pas une bonne chose :
--- puis, un troisième verset est venu interdire l'ivresse à proximité des horaires des prières rituelles : "يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ لاَ تَقْرَبُواْ الصَّلاَةَ وَأَنتُمْ سُكَارَى حَتَّىَ تَعْلَمُواْ مَا تَقُولُونَ" (Coran 4/43) ;
--- enfin, le quatrième verset a complètement interdit la consommation d'alcool, et ce à tout moment : "يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ إِنَّمَا الْخَمْرُ وَالْمَيْسِرُ وَالأَنصَابُ وَالأَزْلاَمُ رِجْسٌ مِّنْ عَمَلِ الشَّيْطَانِ فَاجْتَنِبُوهُ لَعَلَّكُمْ تُفْلِحُونَ إِنَّمَا يُرِيدُ الشَّيْطَانُ أَن يُوقِعَ بَيْنَكُمُ الْعَدَاوَةَ وَالْبَغْضَاء فِي الْخَمْرِ وَالْمَيْسِرِ وَيَصُدَّكُمْ عَن ذِكْرِ اللّهِ وَعَنِ الصَّلاَةِ فَهَلْ أَنتُم مُّنتَهُونَ" (Coran 5/90-91).
Ibn Abbâs a employé le terme Naskh ici aussi : "عن ابن عباس: قال: "{يا أيها الذين آمنوا لا تقربوا الصلاة وأنتم سكارى} و{يسألونك عن الخمر والميسر قل فيهما إثم كبير ومنافع للناس}: نسختهما التي في المائدة {إنما الخمر والميسر والأنصاب} الآية" : "Le verset qui se trouve dans (sourate) al-Mâ'ïda (...) [Coran 5/90] a fait Naskh des deux [versets coraniques 2/219 et 4/43]" (Abû Dâoûd, 3672).
D'autres commentateurs encore ont employé ce terme "Naskh" s'agissant cette fois de Coran 16/67 : "وقال هؤلاء المفسرون: وهذه الآية نزلت إذ كانت الخمرة مباحة، ثم نُسِخ ذلك بقوله: {فاجتنبوه}؛ وممن ذكر أنها منسوخة: سعيد بن جبير ومجاهد والشعبي والنخعي" (Zâd ul-massîr).
Ici encore, la consommation d'alcool n'avait pas été déclarée "licite" par le Coran (aux deux premières étapes) pour être ensuite déclarée "illicite" (à la dernière étape) (de sorte qu'il y aurait eu Naskh du type 1). Aux deux premières étapes, le caractère de sa consommation était alors seulement demeuré "sous silence" (maskût 'anh), ce qui lui faisait bénéficier (comme toute action relevant du domaine des affaires temporelles, al-'âdât), de la règle originelle de l'autorisation (al-jawâz ul-aslî). C'est seulement à la troisième étape que, pour la première fois, une interdiction a été formulée au sujet de l'alcool : elle n'a alors cependant touché que la consommation d'alcool "à proximité des horaires des prières rituelles", sans dire non plus que sa consommation lors d'autres horaires serait alors "autorisée" : cela est seulement resté "sous silence". Enfin, une nouvelle révélation est venue (à la quatrième étape) en interdire toute consommation.
Peut-on dire que la troisième étape a été abrogée par la quatrième ?
Oui, car la restriction partielle induite à la troisième étape (interdiction de l'ivresse uniquement, et ce seulement à certains moments de la journée) impliquait elle aussi l'autorisation - à cause du silence de la révélation - de tout le reste (c'est-à-dire d'être ivre à d'autres moments de la journée, ainsi que, à n'importe quel moment de la journée, de consommer une quantité d'alcool insuffisante pour enivrer) ; cette autorisation de ces actions fut donc elle aussi abrogée par la quatrième et dernière étape : il s'agit donc d'un Naskh de type 2.1.
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Et peut-on dire que la deuxième étape a été abrogée par la troisième ?
Oui, car l'autorisation (due au silence de la révélation face à une action répandue) d'être ivre à n'importe quel moment (autorisation encore présente à la deuxième étape) a été abrogée par la troisième étape : il s'agit d'un Naskh de type 2.2.
Plus de détails concernant ce point à la fin de mon article : Le concept de l'abrogation d'une norme (naskh ul-hukm).
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Si on retient l'avis qui dit que, avant que les 5 prières aient été rendues obligatoires, il y en avait 2 qui étaient obligatoires, l'une avant le lever du soleil et l'autre en fin d'après-midi ("ذهب جماعة إلى أنه لم يكن قبل الإسراء صلاة مفروضة إلا ما كان وقع الأمر به من صلاة الليل من غير تحديد. وذهب الحربي إلى أن الصلاة كانت مفروضة ركعتين بالغداة وركعتين بالعشي. وذكر الشافعي عن بعض أهل العلم أن صلاة الليل كانت مفروضة ثم نسخت" : FB 1/603. "إنه صلى الله عليه وسلم كان قبل الإسراء يصلي قطعا وكذلك أصحابه، لكن اختلف هل افترض قبل الخمس شيء من الصلاة، أم لا؟ فيصح على هذا قول من قال "إن الفرض أولا كان صلاة قبل طلوع الشمس وصلاة قبل غروبها"، والحجة فيه قوله تعالى {فسبح بحمد ربك قبل طلوع الشمس وقبل غروبها} ونحوها من الآيات. فيكون إطلاق صلاة الفجر في حديث الباب باعتبار الزمان، لا لكونها إحدى الخمس المفترضة ليلة الإسراء؛ فتكون قصة الجن متقدمة من أول المبعث" : FB 8/586), alors on peut dire qu'ici aussi il y a eu augmentation dans le nombre de la même action (la prière) : les 2 premières prières ont été maintenues, mais 3 autres ont été ajoutées : on ne peut plus pratiquer le premier hukm seul : il faut désormais le pratiquer avec le hukm venu l'augmenter par d'autres éléments relevant de la même action. D'ailleurs, lorsque 5 prières furent rendues obligatoires, au début elles comportaient toutes, elles aussi, seulement 2 cycles (rak'ah) ; ce fut après l'émigration à Médine que certaines d'entre elles virent leur nombre de cycles augmenter ("عن عائشة رضي الله عنها، قالت: "فرضت الصلاة ركعتين. ثم هاجر النبي صلى الله عليه وسلم ففرضت أربعا، وتركت صلاة السفر على الأولى" : al-Bukhârî, 3720 etc. ; Muslim, 685).
Nous avons alors un cas de Naskh du type 2.1.
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Ibn ul-'Arabî, montrant que le genre d'augmentation 2.1 constitue bel et bien du Naskh, écrit : "والذي يحقق ذلك أن الإجزاء دون الزيادة حكمٌ؛ ثم طرأ على الإجزاء زيادةٌ نفَتْه؛ فكانت نسخا" (An-Nâsikh wa-l-mansûkh, p. 14).
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Il faut différencier ce type 2.1 d'avec le type 5 que nous verrons plus bas : ce type numéroté "5" ne constitue pas de l'abrogation, écrit ce même Ibn ul-'Arabî : "زيادة الشرط في الشيء هل يكون نسخا أوْ لا يكون نسخا؟ (...) كزيادة الإيمان في وصف رقبة الظهار: تخصيص لا نسخ. وقد بينا الفرق بين التخصيص والنسخ" (An-Nâsikh wa-l-mansûkh, p. 14).
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ولعلّ الفرق بينهما أنّ الزيادة في الصورة رقم اثنين [2]: في عدد العمل المحكوم عليه؛ فبما أنْ لم يعُدْ يجزئ العدد القديم من ذلك العمل، عُدَّ ذلك نسخا.
بينما تكون الزيادة في الصورة رقم خمسة[5]: في الصفة، وليس في عدد العمل المحكوم عليه؛ فكانت الزيادة في الصورة رقم خمسة [5]: دون الزيادة في الصورة رقم اثنين [2]؛ فلَم يُعَدَّ ذلك نسخا.
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Il faut également différencier ce type 2.1 d'avec le type 4 que nous verrons plus bas : ce type "4" n'est pas de l'abrogation, puisque l'action qui était instituée jusqu'alors demeure. En fait il y a, en ce type 4, quelque chose de commun avec le type 2.1 (puisque dans les deux l'ancienne règle demeure elle aussi), et quelque chose de différent de lui, vu qu'en 2.1 il s'agissait d'une augmentation dans la quantité de la même action, alors qu'en 4 il s'agit de l'institution d'une action totalement nouvelle (mais reliée à la même cause que l'ancienne).
ففي الصورة رقم اثنين [2]، الزيادة في عدد العمل المحكوم عليه نفسه، ولم يعُدْ يجزئ العدد القديم من ذلك العمل، فَعُدَّ ذلك نسخا.
بينما تكون الزيادة في الصورة رقم أربعة [4]: في نوع العمل المشروع لنفس الموضوع: فيبقى العمل الأول مشروعًا كما كان، وزِيدَ عليه عمل جديد. صحيح أن لم يعُدْ يجزئ الاقتصار على العمل الأول. ولكن بما أنّ نوعي العملين مختلفين، لَم يُعَدَّ ذلك نسخا للعمل الأول. نعم، صار الأمر بالاقتصار على العمل الأول منسوخًا.
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Au sujet du cas numéroté ici "2.2", Ibn ul-'Arabî écrit ce qui suit, démontrant qu'il s'agit bien d'un cas d'abrogation véritable : "فكان المقصود بهذه الآية في البيان حكمين: أحدهما أن ينكح الرجل اليتيمة من نفسه إذا أقسط فيه؛ فإن لم يُرد ذلك، فله نكاح ما سواها من النساء من واحدة إلى أربع، وهو الحكم الثاني. وهو ناسخ لما كانوا عليه في صدر الإسلام من الاسترسال في نكاح النساء من غير حصر بعدد؛ لا لما كانوا عليه في الجاهلية، فإن أحكام الجاهلية ليست بشرع حتى يأتي بعده ما ينسخه. فأما الذي أقرّ عليه الشرع ولم يغيّره، ثم جاء بعده غيره، فإنه ناسخ له، والأول منسوخ؛ لأن سكوت النبي عن الشيء والإقرار له بعد المبعث عدّ له في الجملة الشرع حتى يأتي عليه النكير؛ وذلك فيما تتغير فيه الأحكام ويتقلب عليه الحلال والحرام، بله الكفر وعبادة الأصنام - فإنه لا يأتي شرع إلا بإنكارها ولا يصح في المعقول أن يأتي نبي بها -. وهذا القدر هو الذي جهلته هذه الطائفة القاصرة فاسترسلت عليه في قولها، وقالت بالتسوية بين ما يجوز أن يكون شرعا من قبيل الأحكام وبين ما لا يصح أن يكون شرعا من الكفر والباطل؛ وهو جهل عظيم. وكذلك سوّت بين ما كانت الجاهلية تفعله قبل المبعث وبين ما أقرّ عليه الشرع بعد وروده؛ وهو أيضا جهل بيّن؛ فإنّ ما كانت العرب تفعله وإنْ كان من طريق الأحكام لا يُعدّ من الشرع؛ وما كان الناس يفعلونه بعد المبعث ولا ينكره النبي فإنه شرع، إذ سكوت النبي صلى الله عليه وسلم كإذنه، وتركه النكير كقوله "لا حرج" (An-Nâssikh wa-l-Mansûkh, p. 83).
L'interdiction du Nikâh ul-Mut'a - exposée plus haut - relève de ce Naskh du type 2.2.
L'impératif - lui aussi évoqué plus haut - de prendre Bayt ul-Maqdis comme Qib'la - alors qu'auparavant il n'y avait aucune prescription en la matière -, cela relève également de ce Naskh du type 2.2.
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Par contre, ce que les Arabes pratiquaient dans la période anté-islamique mais qui, lorsque cela a été exposé devant le Prophète (sur lui soit la paix), a été modifié par la Révélation, cela ne relève pas du cas 2.2 (puisque n'ayant jamais été gardé sous silence alors que fait devant le Prophète ou exposé verbalement devant lui) : cela ne constitue pas du Naskh.
C'est le cas de l'emploi de la formule du Zihâr : cela avait valeur de répudiation définitive dans la société arabe anté-islamique, puis, suite au cas de Khawla bint Tha'laba, à qui son mari avait dit cette formule, lorsqu'elle vint questionner le Prophète (sur lui soit la paix), celui-ci lui répondit que rien ne lui avait encore été révélé sur le sujet : "ما جاءني في هذا شيء", ; ou bien il exprima seulement une possibilité : "ما أُرَاكِ إلا قد حرُمْتِ عليه" (voir Ad-Durr ul-manthûr). Alors le Coran modifia ce que cette formule entraînait dans la conception des Arabes. Ici il n'y a pas eu Naskh en ce sens 2, puisque cela n'avait pas été toléré par silence du Législateur, vu que cela se produisait pour la première fois devant le Prophète (sur lui soit la paix) depuis le début de la Révélation.
Ibn ul-'Arabî écrit : "الآية الأولى: النازلة في الظهار. قال بعضهم: نَسَختْ ما كان عليه أهل الجاهلية من اعتقاد الظهار طلاقا حتى رفع الله لما شرع من الكفارة في الظهار. قال القاضي ابن العربي وفقه الله: ولا يصح ذلك لأن أحدًا لم يعمل به في صدر الإسلام فجعل له طلاق، وإنما كان امرًا لم يقع" (An-Nâssikh wa-l-Mansûkh, p. 211).
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Parallèlement à ce qui a été dit plus haut, les Naskh du type 1 et du type 2 sont :
– A) parfois des Naskh Kullî (abrogation complète) ; cela a été le cas pour tous les exemples cités jusqu'à présent ;
– B) d'autres fois des Naskh Juz'î (abrogation véritable mais partielle) : ce fut le cas, d'après l'école hanafite, du passage du li'ân (Coran 24/6-10), venu faire l'exception du mari, alors que ce dernier était jusqu'alors inclus dans la règle énoncée en Coran 24/4-5) : il y a eu ici naskh juz'î d'après l'école hanafite (qui considère le hadd ul-qadhf désormais complètement inapplicable en ce qui concerne le mari seulement). (Par contre, d'après les trois autres écoles, il y a eu ici taq'yîd (soit le cas 5.2), eu égard au fait que, après depuis la révélation de Coran 24/6-10, le hadd ul-qadhf est demeuré applicable au mari aussi, mais, en ce qui concerne ce mari (particulièrement au sein de l'ensemble qui est mahkûm 'alayh), c'est seulement si, après avoir fait le qadhf, il refuse de prononcer le li'ân que ce hadd ul-qadhf lui est désormais applicable (nuance dans le mahkûm bihî).)
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Selon mon humble recensement, le nombre de versets du Coran qui sont Mansûkh ul-Hukm dûna-t-Tilâwa, Naskhan Kulliyyan, sont au nombre de 7 (ou un peu plus) (lire mon article sur le sujet) : il s'agit des types de Naskh Kullî numérotés ci-dessus comme étant 1.1, 1.2 et 2.1.
Si le 2.2 n'a pour sa part pas été comptabilisé, c'est évidemment parce que le hukm antérieur avait été, dans ce cas 2.2, établi par silence (sukût) de la révélation au sujet de ladite action ; or le silence est justement induit par l'absence de tout texte : il n'existe donc pas, dans ce cas 2.2, de texte Mansûkh ul-Hukm.
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Sens 3) "Naskh" = "Nas'" : "Remplacement d'une règle en vigueur par une nouvelle règle, mais avec Renvoi de l'applicabilité de la règle précédente au contexte dans lequel elle avait été instituée" (النسخ بمعنى نسء الحكم، وهو تشريع حكم جديد لحال جديد، مع تأخير الحكم المنزَّل قبلُ إلى عودة الحال السائد قبلُ ) :
Ce Nas' (3) a quelque chose en commun avec le Naskh du type 2 : c'est que lui aussi comporte la révélation d'une règle nouvelle, qui relève d'une progressivité dans la législation (comme c'était le cas pour le Naskh du type 2).
Cependant, à la différence du Naskh du type 2, dans le Nas' (3) l'applicabilité de la règle ultérieure cohabite avec "la possibilité du retour de l'applicabilité de la règle antérieure et la non-applicabilité de la règle ultérieure".
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--- Un premier exemple, avec, justement, les versets de la paix et ceux de la guerre :
--- Quand ils étaient à la Mecque, de même que lors de la première période ayant suivi l'émigration du Prophète à Médine, les musulmans n'avaient pas le droit de prendre les armes, même face à leurs oppresseurs et persécuteurs : Dieu le rappellera plus tard en ces termes : "N'as-tu pas vu ceux à qui ils avaient été dit : "Retenez vos mains, accomplissez la prière et donnez l'aumône"" : "أَلَمْ تَرَ إِلَى الَّذِينَ قِيلَ لَهُمْ كُفُّواْ أَيْدِيَكُمْ وَأَقِيمُواْ الصَّلاَةَ وَآتُواْ الزَّكَاةَ" (Coran 4/77).
Quelque temps après leur émigration à Médine est révélée l'autorisation du recours aux armes : "A ceux qui sont combattus, permission a été accordée [de prendre les armes], eu égard au fait qu'ils ont été (trop) lésés ; et Dieu est Capable de les aider. Ceux qui ont été expulsés de chez eux sans raison, si ce n'est qu'ils ont dit : "Notre Pourvoyeur est Dieu"…" : "أُذِنَ لِلَّذِينَ يُقَاتَلُونَ بِأَنَّهُمْ ظُلِمُوا وَإِنَّ اللَّهَ عَلَى نَصْرِهِمْ لَقَدِيرٌ الَّذِينَ أُخْرِجُوا مِن دِيَارِهِمْ بِغَيْرِ حَقٍّ إِلَّا أَن يَقُولُوا رَبُّنَا اللَّهُ" (Coran 22/39-40).
Puis est révélée l'obligation de combattre les cités qui combattent la Dâr ul-islâm (Coran 2/190).
Puis est révélée l'obligation de combattre les cités qui n'adhèrent pas à l'islam jusqu'à ce qu'elles acceptent la souveraineté de la Dâr ul-islâm (Coran 9/29 : lire l'article relatif à ce point).
Puis est révélé le passage faisant obligation aux polycultistes de quitter l'Arabie (Coran 9/1-6 : lire l'article traitant de ce verset) (d'après Zâd ul-ma'âd, Ibn ul-Qayyim, tome 3 pp. 70-71).
--- Ibn Abbâs, Abu-l-'Âliya, ar-Rabî' ibn Anas, Qatâda, as-Suddî, ont employé ici le terme "naskh", disant en substance : "Les versets prescrivant le combat ont fait le naskh des versets demandant de rester pacifiques" : "قال علي بن أبي طلحة، عن ابن عباس في قوله: {فاعفوا واصفحوا حتى يأتي الله بأمره}، نَسَخَ ذلك قولُه: {فاقتلوا المشركين حيث وجدتموهم}، وقوله: {قاتلوا الذين لا يؤمنون بالله ولا باليوم الآخ} إلى قوله {وهم صاغرون}، فنسخ هذا عفوه عن المشركين. وكذا قال أبو العالية والربيع بن أنس وقتادة والسدي: إنها منسوخة بآية السيف. ويرشد إلى ذلك أيضا قوله تعالى: {حتى يأتي الله بأمره" (Tafsîr Ibn Kathîr, tome 1 p. 136).
--- Mais cela ne veut pas dire que les versets demandant aux musulmans de rester pacifiques ne soient plus du tout applicables par ces derniers, car ayant été abrogés ! Ici encore, le terme "naskh" n'est pas à appréhender en son sens 1 (l'abrogation définitive) : la règle concernant le fait de ne pas prendre les armes n'est pas abrogée par la révélation de la règle autorisant de les prendre ; ce qu'il y a c'est que, auparavant absolue – puisque constituant alors la seule règle ayant été révélée sur le sujet –, cette règle demandant de ne pas prendre les armes devient désormais restreinte au contexte dans lequel elle avait été révélée :
– quand les musulmans vivent en minorité dans une Dâr ul-kufr – comme l'était la Mecque – ;
– ou quand les musulmans, même établis en Dâr ul-islâm, sont en état de faiblesse – comme au début de la vie à Médine (exception faite de la cause B.1) – ou quand il y a pour eux une maslaha à faire la paix.
Aujourd'hui comme hier, des musulmans se trouvant de nouveau dans la même situation que les musulmans l'étaient alors mettront en pratique la règle rappelée dans le verset 4/77.
Il s'agit bien là du remplacement d'une règle par une autre, cependant, ce remplacement ne vaut que par rapport à la situation nouvelle ; en cas de retour de la situation existant auparavant, c'est la règle première qui redevient applicable.
Az-Zarkashî écrit : "الثالث: ما أمر به لسبب ثم يزول السبب كالأمر حين الضعف والقلة بالصبر وبالمغفرة للذين يرجون لقاء الله ونحوه من عدم إيجاب الأمر بالمعروف والنهي عن المنكر والجهاد ونحوها ثم نسخه إيجاب لذلك وهذا ليس بنسخ في الحقيقة، وإنما هو نسء، كما قال تعالى: {أو ننسئها}. فالمنسأ هو الأمر بالقتال إلى أن يقوى المسلمون، وفي حال الضعف يكون الحكم وجوب الصبر على الأذى. وبهذا التحقيق تبين ضعف ما لهج به كثير من المفسرين في الآيات الآمرة بالتخفيف أنها منسوخة بآية السيف؛ وليست كذلك بل هي من المنسأ، بمعنى أن كل أمر ورد، يجب امتثاله في وقت مّا لعلةٍ توجب ذلك الحكم، ثم ينتقل بانتقال تلك العلة إلى حكم آخر. وليس بنسخ. إنما النسخ الإزالة حتى لا يجوز امتثاله أبدا. وإلى هذا أشار الشافعي في الرسالة إلى النهي عن ادخار لحوم الأضاحي من أجل الرأفة، ثم ورد الإذن فيه، فلم يجعله منسوخا بل من باب زوال الحكم لزوال علته، حتى لو فاجأ أهل ناحية جماعةٌ مضرورون، تعلق بأهلها النهي. ومن هذا قوله تعالى: {يا أيها الذين آمنوا عليكم أنفسكم} الآية: كان ذلك في ابتداء الأمر*؛ فلما قوي الحال، وجب الأمر بالمعروف والنهي عن المنكر والمقاتلة عليه؛ ثم لو فرض وقوع الضعف - كما أخبر النبي صلى الله عليه وسلم في قوله: "بدأ الإسلام غريبا وسيعود غريبا كما بدأ" -، عاد الحكم، وقال صلى الله عليه وسلم: "فإذا رأيت هوى متبعا وشحا مطاعا وإعجاب كل ذي رأي برأيه فعليك بخاصة نفسك". وهو سبحانه وتعالى حكيم، أنزل على نبيه صلى الله عليه وسلم حين ضعفه ما يليق بتلك الحال رأفةً بمن تبعه ورحمةً؛ إذ لو وجب، لأورث حرجا ومشقة. فلما أعز الله الإسلام وأظهره ونصره، أنزل عليه من الخطاب ما يكافئ تلك الحالة من مطالبة الكفار بالإسلام أو بأداء الجزية - إن كانوا أهل كتاب - أو الإسلام أو القتل - إن لم يكونوا أهل كتاب** -. ويعود هذان الحكمان - أعني المسالمة عند الضعف، والمسايفة عند القوة - بعود سببهما. وليس حكم المسايفة ناسخا لحكم المسالمة، بل كل منهما يجب امتثاله في وقته" (Al-Bur'hân fî 'ulûm il-qur'ân, 2/32-33) (* concernant ce verset 5/105 précisément, nous verrons en fin d'article que l'avis pertinent est qu'il a un sens autre que celui que l'auteur lui confère ici) (** l'auteur est shafi'ite, c'est ce qui explique qu'il écrit cela).
As-Suyûtî a repris presque mot pour mot ce propos de az-Zarkashî, en ayant seulement enlevé une partie : "الثالث: ما أمر به لسبب ثم يزول السبب؛ كالأمر حين الضعف والقلة بالصبر والصفح، ثم نسخ بإيجاب القتال. وهذا في الحقيقة ليس نسخا، بل هو من قسم المُنسأ كما قال تعالى: {أو ننسها}؛ فالمنسأ هو الأمر بالقتال إلى أن يقوى المسلمون؛ وفي حال الضعف، يكون الحكم وجوبَ الصبر على الأذى. وبهذا يضعف ما لهج به كثيرون من "أن الآية في ذلك منسوخة بآية السيف". وليس كذلك، بل هي من المنسأ، بمعنى أن كل أمر ورد يجب امتثاله في وقت ما لعلة يقتضي ذلك الحكم، ثم ينتقل بانتقال تلك العلة إلى حكم آخر. وليس بنسخ. إنما النسخ الإزالة للحكم حتى لا يجوز امتثاله" : "Cela ne relève pas de ce qui est abrogé mais de ce qui est reporté ["mansû'"]. L'ordre de combattre avait (pour sa part) été reporté jusqu'au moment où les musulmans en auraient la capacité. En état de faiblesse, la règle est l'obligation de faire preuve d'abnégation face à la persécution. Ainsi comprenons-nous le peu de pertinence de ce que beaucoup ont dit, à savoir que ce verset aurait été abrogé par le verset du combat. Ceci ne relève pas du registre de l'"abrogé" mais de celui du "reporté", dans le sens où chacune des règles ainsi dictées doit être pratiquée dans un contexte donné, par le moyen d'une cause ('illa) qui entraîne cette règle ; le changement de la cause entraîne que c'est l'autre règle qui sera applicable. Ceci n'est pas de l'abrogation, car cette dernière consiste en le fait de mettre fin à une règle précédente de sorte qu'il ne soit plus du tout possible de la pratiquer" (Al-Itqân, pp. 703-704).
Ibn Taymiyya a écrit en substance la même chose (cf. As-Sârim, p. 359, p. 239).
Le fait que as-Suyûtî ait repris le propos de az-Zarkashî est d'autant plus intéressant que cela permet de mieux comprendre le sens que ce même as-Suyûtî a donné, dans son Tafsîr, au terme "mansûkh" qu'il a utilisé au sujet de versets de ce genre : "إلا الذين يصلون} يلجأون {إلى قوم بينكم وبينهم ميثاق} عهد بالأمان لهم ولمن وصل إليهم كما عاهد النبي صلى الله عليه وسلم هلال بن عويمر الأسلمي {أو} الذين {جاءوكم} وقد {حصرت} ضاقت {صدورهم} عن {أن يقاتلوكم} مع قومهم {أو يقاتلوا قومهم} معكم أي ممسكين عن قتالكم وقتالهم فلا تتعرضوا إليهم بأخذ ولا قتل. وهذا وما بعده منسوخ بآية السيف" (Tafsîr ul-Jalâlayn, sur Coran 4/90-91) ; "وإن جنحوا} مالوا {للسلم} بكسر السين وفتحها الصلح {فاجنح لها} وعاهدهم. وقال ابن عباس: هذا منسوخ بآية السيف. وقال مجاهد: مخصوص بأهل الكتاب إذ نزلت في بني قريظة" (Tafsîr ul-Jalâlayn, sur Coran 8/61).
La règle de ne répondre à l'oppression physique que par la patience est donc restreinte à un contexte donné, celui qui est semblable à celui dans lequel les musulmans se trouvaient quand ils étaient à la Mecque.
Par contre, si les musulmans se trouvent dans un contexte semblable à celui de Médine, et que l'une des causes B.2, B.3, B.4 (ainsi désignées dans notre article traitant de ce point) entraînant le devoir de lutte armée se trouve présente, alors, en interaction avec la situation similaire à celle par rapport à laquelle les différents versets ont été révélés (3.1.2 ; 3.2 : dans un autre de nos articles), c'est le recours à la lutte armée.
Mais, même alors, il y a la possibilité de conclure la paix, conformément au passage : "Et s'ils penchent pour la paix, penche pour elle et remets-toi à Dieu, Il est, Lui, Celui qui entend, Celui qui sait. Et s'ils veulent te tromper, alors Dieu te suffit" : "وَإِن جَنَحُواْ لِلسَّلْمِ فَاجْنَحْ لَهَا وَتَوَكَّلْ عَلَى اللّهِ إِنَّهُ هُوَ السَّمِيعُ الْعَلِيمُ وَإِن يُرِيدُواْ أَن يَخْدَعُوكَ فَإِنَّ حَسْبَكَ اللّهُ" (Coran 8/61-62). Il s'agit d'un passage révélé juste après Badr, quand la lutte armée était déjà instituée. Ce passage parle :
--- de ceux qui pourraient entrer en guerre : à leur sujet il dit que s'ils inclinent vers la paix (et n'entrent donc pas en guerre), incline toi aussi vers la paix et remets-toi à Dieu ;
--- et aussi de ceux déjà en état de guerre - tels les Quraysh au moment de la révélation de ce passage - : à leur sujet il induit qu'il est légal (mashrû') de conclure un traité de paix avec eux s'il y a maslaha à le faire : c'est bien ce que le Prophète a fait avec ces Quraysh plus tard, à al-Hudaybiya.
Ibn Kathîr écrit : "وإن جنحوا} أي: مالوا {للسلم} أي: المسالمة والمصالحة والمهادنة، {فاجنح لها} أي: فمل إليها، واقبل منهم ذلك. ولهذا لما طلب المشركون عام الحديبية الصلح ووضع الحرب بينهم وبين رسول الله صلى الله عليه وسلم تسع سنين، أجابهم إلى ذلك مع ما اشترطوا من الشروط الأخر (...). وقال مجاهد: "نزلت في بني قريظة"؛ وهذا فيه نظر، لأن السياق كله في وقعة بدر، وذكرها مكتنف لهذا كله. وقول ابن عباس ومجاهد وزيد بن أسلم وعطاء الخراساني وعكرمة والحسن وقتادة: "إن هذه الآية منسوخة بآية السيف في براءة {قاتلوا الذين لا يؤمنون بالله ولا باليوم الآخر}": فيه نظر أيضا؛ لأن آية براءة فيها الأمر بقتالهم إذا أمكن ذلك؛ فأما إذا كان العدوَ كثيفا*، فإنه تجوز مهادنتهم، كما دلت عليه هذه الآية الكريمة، وكما فعل النبي صلى الله عليه وسلم يوم الحديبية. فلا منافاة ولا نسخ ولا تخصيص، والله أعلم" (Tafsîr Ibn Kathîr) (*أو كان في المسالمة مصلحة أخرى؛ فإن الصلح الذي عاقده النبي صلى الله عليه وسلم يوم الحديبية لم يكن بسبب كثافة العدوّ المكّيّ. قال ابن العربيّ: "وإن كان للمسلمين مصلحة في الصلح، لانتفاع يجلب به، أو ضر يندفع بسببه، فلا بأس أن يبتدئ المسلمون به إذا احتاجوا إليه، وأن يجيبوا إذا دُعوا إليه": اه قوله، من "أحكام القرآن".
Az-Zamakhsharî dit : "والصحيح أن الأمر موقوف على ما يرى فيه الامام صلاح الإسلام وأهله، من حرب أو سلم. وليس بحتم أن يقاتَلوا أبدا، أو يُجابوا إلى الهدنة أبداً" (Tafsîr uz-Zamakhsharî).
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--- Un second exemple :
--- Quand il était encore à La Mecque, le Prophète (sur lui soit la paix) reçut ces versets : "وَاصْبِرْ عَلَى مَا يَقُولُونَ وَاهْجُرْهُمْ هَجْرًا جَمِيلًا" : "Fais preuve de patience face à ce qu'ils disent, et délaisse-les d'une bonne façon" (Coran 73/10) (voir aussi Coran 50/39 ; 38/17 ; 20/130). "فَاصْدَعْ بِمَا تُؤْمَرُ وَأَعْرِضْ عَنِ الْمُشْرِكِينَ إِنَّا كَفَيْنَاكَ الْمُسْتَهْزِئِينَ الَّذِينَ يَجْعَلُونَ مَعَ اللّهِ إِلهًا آخَرَ فَسَوْفَ يَعْمَلُونَ وَلَقَدْ نَعْلَمُ أَنَّكَ يَضِيقُ صَدْرُكَ بِمَا يَقُولُونَ فَسَبِّحْ بِحَمْدِ رَبِّكَ وَكُن مِّنَ السَّاجِدِينَ وَاعْبُدْ رَبَّكَ حَتَّى يَأْتِيَكَ الْيَقِينُ" : "(...) Et détourne-toi des Polycultistes, Nous te Suffisons par rapport à ceux qui se moquent. (...)" (Coran 15/94-95).
--- Quand il était à Médine, il reçut ces autres versets : "وَلَا تُطِعِ الْكَافِرِينَ وَالْمُنَافِقِينَ وَدَعْ أَذَاهُمْ وَتَوَكَّلْ عَلَى اللَّهِ وَكَفَى بِاللَّهِ وَكِيلًا" : "Et n'obéis pas aux Incroyants et aux Hypocrites, laisse leur tort* et remets-toi à Dieu. Et Dieu suffit comme garant" (Coran 33/48) (* le tort qu'ils te font : commentaire de Mujâhid ibn Jabr). "لَتُبْلَوُنَّ فِي أَمْوَالِكُمْ وَأَنفُسِكُمْ وَلَتَسْمَعُنَّ مِنَ الَّذِينَ أُوتُواْ الْكِتَابَ مِن قَبْلِكُمْ وَمِنَ الَّذِينَ أَشْرَكُواْ أَذًى كَثِيرًا وَإِن تَصْبِرُواْ وَتَتَّقُواْ فَإِنَّ ذَلِكَ مِنْ عَزْمِ الأُمُورِ" : "(...) Et vous entendrez, de la part de ceux à qui l'Ecriture a été donnée avant vous et de la part des Polycultistes, beaucoup de propos désagréables. Et si vous faites preuve de patience et êtes pieux, alors cela relève des choses de la résolution" (Coran 3/186). Mais il reçut aussi cet autre verset : "فَاعْفُواْ وَاصْفَحُواْ حَتَّى يَأْتِيَ اللّهُ بِأَمْرِهِ" : "Passez dessus et détournez-vous, jusqu'à ce que Dieu fasse venir Sa Décision" (Coran 2/109), avec cette annonce d'un changement à venir ; or, lorsqu'un changement futur de règle est ainsi exposé, ce peut être la Sunna (et pas forcément un autre verset du Coran) qui vient faire connaître la Décision de Dieu qui avait été annoncée dans le Coran. At-Tabarî dit que l'impératif de patience ordonné en ce verset 2/109 valait aussi pour les moqueries que certains gens du livre du Médine faisaient dans leurs paroles : "قال أبو جعفر: يعني جل ثناؤه بقوله {فاعفوا}: فتجاوزوا عما كان منهم من إساءة وخطأ في رأي أشاروا به عليكم في دينكم إرادة صدكم عنه ومحاولة ارتدادكم بعد إيمانكم، وعما سلف منهم من قيلهم لنبيكم صلى الله عليه وسلم: "واسمع غير مسمع وراعنا" ليا بألسنتهم وطعنا في الدين، {واصفحوا} عما كان منهم من جهل في ذلك {حتى يأتي الله بأمره}، فيحدث لكم من أمره فيكم ما يشاء، ويقضي فيهم ما يريد" (Tafsîr ut-Tabarî).
--- Ibn ul-Jawzî écrit que ces versets demandant de faire preuve de patience sur ce que les détracteurs disaient furent abrogés : "قوله تعالى: {فاصبر على ما يقولون}: أمَر الله تعالى نبيَّه بالصبر على ما يسمع من أذاهم إلى أن يحكم الله فيهم، ثم حَكم فيهم بالقتل، ونُسخ بآية السيف إطلاقُ الصبر" (Zâd ul-massîr sur Coran 20/130). Al-Mahallî écrit la même chose : "فاصبر على ما يقولون} منسوخ بآية القتال" (Tafsîr ul-Jalâlayn sur Coran 20/130).
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--- Mais, comme cela ressort des propos de Ibn Taymiyya, le premier Hukm (faire preuve de patience face aux propos de dénigrement) n'a pas été abrogé, mais reporté (Mansû') à situation semblable à la précédente.
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Sens 4) "Naskh" = "Ziyâdatu 'amalin bi jânib il-'amal il-munazzali qab'lu, ma'a baqâ'i mashrû'iyyati wa tanfîdhiyyat il-'amal il-munazali qab'lu" : "Institution d'une action nouvelle, ajoutée à l'action qui était seule instituée auparavant (ces deux actions étant liées au même objet), cependant que l'action instituée auparavant demeure toujours applicable : ce qui a été modifié c'est le fait que cette première action était seule instituée" (النسخ بمعنى زيادة عملٍ محكومٍ عليه، سوى العمل المحكوم عليه والمنزَّل قبلُ (وكلاهما متعلق بنفس الموضوع)، مع يقاء مشروعية وتنفيذية العمل الأوّل دائمًا) :
La différence entre le Nas' (3) et ce cas de figure 4 c'est que :
--- en 3, l'institution de la règle ultérieure rend, pendant la période de son applicabilité, inapplicable la règle antérieure (bien que cette règle antérieure demeurait en soi instituée, avec la possibilité du retour de l'applicabilité de la règle antérieure et la non-applicabilité de la règle ultérieure) ;
--- tandis qu'ici, en 4, l'institution de la règle ultérieure ne rend pas, même pendant la période de son applicabilité, la règle antérieure inapplicable : cette règle antérieure demeure en soi instituée, et dans les faits toujours applicable. Il y a seulement eu, ici, institution d'une nouvelle action aussi, les deux étant reliées au même objet.
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--- Nous avons deux versets qui se lisent ainsi : "Appelle à la Voie de ton Seigneur par la sagesse et la bonne exhortation. Et débats avec eux par la façon qui est (la) meilleure" : "ادْعُ إِلِى سَبِيلِ رَبِّكَ بِالْحِكْمَةِ وَالْمَوْعِظَةِ الْحَسَنَةِ وَجَادِلْهُم بِالَّتِي هِيَ أَحْسَنُ" (Coran 16/125) ; "Et ne débattez avec les Gens du Livre que de la façon qui est (la) meilleure, sauf ceux d'entre eux qui sont injustes" : "وَلَا تُجَادِلُوا أَهْلَ الْكِتَابِ إِلَّا بِالَّتِي هِيَ أَحْسَنُ، إِلَّا الَّذِينَ ظَلَمُوا مِنْهُمْ" (Coran 29/46).
--- Or certains commentateurs ont dit que cet impératif de débattre de la façon la meilleure a été mansûkh par le verset instituant de combattre l'ennemi, tandis que d'autres commentateurs ont dit que cela n'est pas mansûkh : "وقال بعض علماء التفسير: وهذا منسوخ بآية السيف" (Zâd ul-massîr sur Coran 16/125), "واختلف في نسخ هذه الآية على قولين: أحدهما: أنها نُسِخت بقوله تعالى: {قاتلوا الذين لا يؤمنون بالله} إلى قوله تعالى {وهم صاغرون}؛ قاله قتادة والكلبي. والثاني: أنها ثابتة الحكم؛ وهو مذهب ابن زيد" (Zâd ul-massîr sur Coran 29/46).
--- Ibn Taymiyya écrit que cela n'est pas abrogé (Naskh au sens 1 ou 2), et que cela n'est même pas reporté (Mansû', type 3), puisque, ici, l'impératif de débattre de la façon la meilleure demeure pour toujours : "وعلم بذلك أن ما ذكره الله تعالى من مجادلة أهل الكتاب بالتي هي أحسن إلا الذين ظلموا: محكم لم ينسخه شيء؛ وكذلك ما ذكره تعالى من مجادلة الخلق مطلقا بقوله: {ادع إلى سبيل ربك بالحكمة والموعظة الحسنة وجادلهم بالتي هي أحسن}. فإنّ من الناس من يقول: "آيات المجادلة والمحاجة للكفار منسوخات بآية السيف"، لاعتقاده أن الأمر بالقتال المشروع ينافي المجادلة المشروعة. وهذا غلط، فإن النسخ إنما يكون إذا كان الحكم الناسخ مناقضا للحكم المنسوخ، كمناقضة الأمر باستقبال المسجد الحرام في الصلاة للأمر باستقبال بيت المقدس بالشام، ومناقضة الأمر بصيام رمضان للمقيم للتخيير بين الصيام وبين إطعام كل يوم مسكينا، ومناقضة نهيه عن تعدي الحدود التي فرضها للورثة للأمر بالوصية للوالدين والأقربين، ومناقضة قوله لهم كفوا أيديكم عن القتال لقوله: {قاتلوهم}. (...) فأما قوله تعالى: {ادع إلى سبيل ربك بالحكمة والموعظة الحسنة وجادلهم بالتي هي أحسن} وقوله: {ولا تجادلوا أهل الكتاب إلا بالتي هي أحسن إلا الذين ظلموا منهم}، فهذا لا يناقضه الأمر بجهاد من أمر بجهاده منهم. ولكن الأمر بالقتال يناقض النهي عنه والاقتصار على المجادلة. فأما مع إمكان الجمع بين الجدال المأمور به والقتال المأمور به، فلا منافاة بينهما؛ وإذا لم يتنافيا بل أمكن الجمع، لم يجز الحكم بالنسخ" (Al-Jawâb us-sahîh, 1/64-65).
Il souligne également que, par contre, oui, l'institution du fait de combattre l'ennemi (action qui relève du Nas', soit le cas 3 : voir plus haut) a abrogé le fait de se contenter de débattre de la façon la meilleure et de ne rien entreprendre d'autre : "الوجه الخامس: وهو أن يقال: المنسوخ هو الاقتصار على الجدال: فكان النبي صلى الله عليه وسلم في أول الأمر مأمورا أن يجاهد الكفار بلسانه لا بيده، فيدعوهم ويعظهم ويجادلهم بالتي هي أحسن ويجاهدهم بالقرآن جهادا كبيرا. (...) ثم لما هاجر إلى المدينة وصار له بها أعوان، أذن له في الجهاد. ثم لما قووا، كتب عليهم القتال ولم يكتب عليهم قتال من سالمهم، لأنهم لم يكونوا يطيقون قتال جميع الكفار. فلما فتح الله مكة وانقطع قتال قريش ملوك العرب، ووفدت إليه وفود العرب بالإسلام، أمره الله تعالى بقتال الكفار كلهم - إلا من كان له عهد مؤقت -، وأمره بنبذ العهود المطلقة. فكان الذي رفعه ونسخه: ترك القتال؛ وأما مجاهدة الكفار باللسان، فما زال مشروعا من أول الأمر إلى آخره" (Al-Jawâb us-sahîh, 1/71-72).
Cela montre, d'ailleurs, que ce que l'exception "sauf ceux d'entre eux qui sont injustes" (dans ce verset Coran 29/46) signifie est bien : "ceux-là, détournez-vous d'eux et ne perdez ni votre énergie ni votre temps à débattre avec eux". Car si cette exception ne signifiait pas cela mais désignait plutôt le fait de combattre cette catégorie de personnes, il n'aurait pas été dit que le fait de se contenter de ce que ce verset 29/46 dit a été abrogé (puisque, alors, ce verset 29/46 induirait déjà de combattre l'ennemi).
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L'impératif de procéder aux ablutions pulvérales (tayammum) en cas d'absence d'eau ou en cas d'empêchement d'utiliser celle-ci pour cause de maladie (ordre induit par le verset de Coran 5/6 - ou bien par une partie de ce dernier verset - : voir Fat'h ul-bârî, 1/562-563), cela relève :
--- de la Ziyâdatu 'Amal (type 4) ainsi que du Naskh du type 2.2 si (conformément à l'avis des hanbalites), auparavant (lorsque le tayammum n'était pas du tout institué), au cas où il n'y avait pas d'eau, on accomplissait la prière rituelle obligatoire sans ablutions. Cette règle est abrogée, car, dorénavant, un nouveau rituel de purification a été institué en pareil cas de figure : on doit donc désormais procéder à ce rituel de purification avant de pouvoir accomplir la prière : nous avons bien là un cas 2.2 ;
--- de la Ziyâdatu 'Amal (type 4) ainsi que du Taqyîd (type 5.2) si on retient l'avis malikite disant que celui qui ne dispose d'aucun élément purificateur - fâqidu kulli tahûr - n'a pas du tout à accomplir la prière légale, qui devient caduque. En effet, car auparavant, dès l'absence d'eau, ce hukm s'appliquait. Alors que dorénavant, ce n'est plus seulement lorsqu'il n'y a pas d'eau, mais lorsqu'il n'y a ni eau ni terre (ou assimilé) que le musulman se retrouve dans ce cas de figure où l'obligation de la prière rituelle légale est caduque pour lui pour cause d'absence de tout élément purificateur ;
--- de la Ziyâdatu 'Amal (type 4) ainsi que du Taqyîd (type 5.2) si on considère l'avis des hanafites, en vertu de quoi, auparavant (lorsque le tayammum n'était pas du tout institué), au cas où il n'y avait pas d'eau, on devait remettre l'accomplissement de cette prière à plus tard (jusqu'au moment où l'eau serait disponible). Alors que dorénavant, ce n'est plus seulement au cas où il n'y a pas d'eau, mais au cas où il n'y a ni eau ni terre (ou assimilé) qu'on se retrouve dans ce cas de figure : nous avons bien là un cas 5.2.
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Sens 5) "Naskh" = "Takhsîs / Taqyîd" : "Modification (par un verset) de la généralité / de l'inconditionnalité d'un verset révélé auparavant, et ce par le fait que le second verset fait l'exception d'un cas précis par rapport à la règle générale présente dans le premier verset / induit une condition par rapport à la règle inconditionnelle présente dans le premier verset" (النسخ بمعنى تخصيص/ تقييد الآيةِ الحكمَ الموجودَ في آية منزلة قبل؛ وذلك باستثناء جزئيّ مُعيَّن من شمول ذلك الحكم/ بإيراد قيد لما أطلقته الآية الأولى) :
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--- 5.1) Un premier exemple de Takhsîs, Particularisation :
Un verset dit que les femmes venant de divorcer doivent observer un délai, 'idda, avant de pouvoir se remarier avec quelqu'un d'autre : 3 qar' (= 3 périodes menstruelles d'après l'une des deux interprétations) : "وَالْمُطَلَّقَاتُ يَتَرَبَّصْنَ بِأَنفُسِهِنَّ ثَلاَثَةَ قُرُوَءٍ وَلاَ يَحِلُّ لَهُنَّ أَن يَكْتُمْنَ مَا خَلَقَ اللّهُ فِي أَرْحَامِهِنَّ إِن كُنَّ يُؤْمِنَّ بِاللّهِ وَالْيَوْمِ الآخِرِ وَبُعُولَتُهُنَّ أَحَقُّ بِرَدِّهِنَّ فِي ذَلِكَ إِنْ أَرَادُواْ إِصْلاَحًا" (Coran 2/228).
Or d'autres versets du Coran ont exposé que, si ce verset 2/228 parle des femmes divorcées en général ('âmm), le hukm qu'il induit ("devoir attendre 3 périodes") ne s'applique en fait qu'à certains types de divorcées (akhass) : il s'agit de :
--- la divorcée que son désormais ex-mari avait rencontré (au sens intime du terme) ; car la divorcée que l'ex-mari n'avait pas rencontrée, elle n'a pas du tout de 'idda à observer : "يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا إِذَا نَكَحْتُمُ الْمُؤْمِنَاتِ ثُمَّ طَلَّقْتُمُوهُنَّ مِن قَبْلِ أَن تَمَسُّوهُنَّ فَمَا لَكُمْ عَلَيْهِنَّ مِنْ عِدَّةٍ تَعْتَدُّونَهَا فَمَتِّعُوهُنَّ وَسَرِّحُوهُنَّ سَرَاحًا جَمِيلًا" (Coran 33/49) ;
--- la divorcée qui n'est pas enceinte ; car la divorcée qui est enceinte, sa 'idda prend fin avec l'accouchement : "وَأُوْلَاتُ الْأَحْمَالِ أَجَلُهُنَّ أَن يَضَعْنَ حَمْلَهُنَّ" (Coran 65/4) ;
--- la divorcée qui a ses règles ; car la divorcée qui est ménopausée ou qui est atteinte d'aménorrhée primaire doit pour sa part attendre 3 mois : "وَاللَّائِي يَئِسْنَ مِنَ الْمَحِيضِ مِن نِّسَائِكُمْ إِنِ ارْتَبْتُمْ فَعِدَّتُهُنَّ ثَلَاثَةُ أَشْهُرٍ وَاللَّائِي لَمْ يَحِضْنَ" (Coran 65/4).
--- Ibn ul-'Arabî relate de certains commentateurs que le verset 33/49 a apporté du naskh par rapport au verset 2/228 ; puis Ibn ul-'Arabî rectifie : "Cela est de la particularisation, et pas de l'abrogation" : "هذا تخصيص، وليس بنسخ" (An-Nâssikh wa-l-mansûkh, p. 53).
--- A propos du verset 65/4 aussi, Qatâda a dit de sa phrase qui parle des femmes enceintes qu'elle a apporté du naskh par rapport au verset 2/228 : "قال قتادة: ونسخ الله من ذلك أولات الأحمال فقال: {وأولات الأحمال أجلهن أن يضعن حملهن" (Ibid.). Or, de nouveau, on a là une particularisation, et pas une abrogation, puisque les femmes enceintes n'ont pas de règles (de sorte qu'elles puissent attendre, une fois divorcées, trois périodes menstruelles).
--- A propos de ce que les deux versets 33/49 et 65/4 ont apporté par rapport au contenu du verset 2/228, Ibn ul-'Arabî dit que cela n'a pas constitué de l'abrogation mais de la particularisation : "فمثل هذا لا يقال فيه نسخ؛ ولكنه تخصيص عضده المعنى وشهدت له أصول الشريعة" (Ibid.).
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--- 5.1') Un second exemple de Particularisation (Takhsîs), cette fois eu égard à l'absence de la Ratio Legis ('adamu wujûd il-'illa) : le verset postérieur est venu dire cela explicitement :
----- Après le verset 24/30 s'adressant aux croyants, le verset 24/31 demande aux croyantes de couvrir de vêtements leurs attraits devant tout homme autre que leur mari et leurs proches parents : "وَقُل لِّلْمُؤْمِنَاتِ يَغْضُضْنَ مِنْ أَبْصَارِهِنَّ وَيَحْفَظْنَ فُرُوجَهُنَّ وَلَا يُبْدِينَ زِينَتَهُنَّ إِلَّا مَا ظَهَرَ مِنْهَا وَلْيَضْرِبْنَ بِخُمُرِهِنَّ عَلَى جُيُوبِهِنَّ وَلَا يُبْدِينَ زِينَتَهُنَّ إِلَّا لِبُعُولَتِهِنَّ أَوْ آبَائِهِنَّ أَوْ آبَاء بُعُولَتِهِنَّ أَوْ أَبْنَائِهِنَّ أَوْ أَبْنَاء بُعُولَتِهِنَّ أَوْ إِخْوَانِهِنَّ أَوْ بَنِي إِخْوَانِهِنَّ أَوْ بَنِي أَخَوَاتِهِنَّ أَوْ نِسَائِهِنَّ أَوْ مَا مَلَكَتْ أَيْمَانُهُنَّ أَوِ التَّابِعِينَ غَيْرِ أُوْلِي الْإِرْبَةِ مِنَ الرِّجَالِ أَوِ الطِّفْلِ الَّذِينَ لَمْ يَظْهَرُوا عَلَى عَوْرَاتِ النِّسَاء وَلَا يَضْرِبْنَ بِأَرْجُلِهِنَّ لِيُعْلَمَ مَا يُخْفِينَ مِن زِينَتِهِنَّ وَتُوبُوا إِلَى اللَّهِ جَمِيعًا أَيُّهَا الْمُؤْمِنُونَ لَعَلَّكُمْ تُفْلِحُونَ" : "Et dis aux croyantes qu'elles baissent de leur regard et qu'elles restent chastes. Et qu'elles ne montrent pas leurs attraits, sauf ce qui en paraît. Et qu'elles ramènent leur khimâr sur leur encolure et qu'elles ne montrent pas leurs attraits, sauf à leur mari, ou à leur père (...)" (Coran 24/31).
----- Mais le verset 24/60 dit ce qui suit : "وَالْقَوَاعِدُ مِنَ النِّسَاء اللَّاتِي لَا يَرْجُونَ نِكَاحًا فَلَيْسَ عَلَيْهِنَّ جُنَاحٌ أَن يَضَعْنَ ثِيَابَهُنَّ غَيْرَ مُتَبَرِّجَاتٍ بِزِينَةٍ وَأَن يَسْتَعْفِفْنَ خَيْرٌ لَّهُنَّ وَاللَّهُ سَمِيعٌ عَلِيمٌ" : il est ici question des femmes très âgées au point de ne plus être désirables, dont il est dit qu'elles ont l'autorisation de ne pas se couvrir la chevelure : "il n'y a pas de grief à ce qu'elles déposent leurs vêtements, sans faire étalage de leurs attraits ; (mais) qu'elles se préservent (de cela) est meilleur pour elles" (Coran 24/60).
----- Or Ibn Abbâs affirme ici : "la première règle [induite par Coran 24/31] a été mansûkh, et en ont été exceptées : "les femmes âgées" [évoquées en Coran 24/60]" : "عن ابن عباس، {وقل للمؤمنات يغضضن من أبصارهن} الآية؛ فنُسِخَ واستُثْنِىَ من ذلك: {والقواعد من النساء اللاتي لا يرجون نكاحا} الآية" (Abû Dâoûd, n° 4111).
----- Voyez : en disant ici "nussikha", Ibn Abbâs n'a pas voulu dire que la règle du premier verset n'était plus du tout applicable – elle fait, tout au contraire, l'objet d'un consensus – ; il a seulement voulu dire que sa portée a été modifiée, parce que, alors que sa lettre est générale ('umûm), Dieu en a excepté : les femmes âgées. Concernant ces dernières, il y a eu seulement Takhsîs à cause de l'absence de la 'Illa (être désirable).
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--- 5.2) Un exemple de Taqyîd, Nuancement :
Le passage Coran 4/23-24 énumère les femmes avec lesquelles le mariage n'est pas licite : "حُرِّمَتْ عَلَيْكُمْ أُمَّهَاتُكُمْ وَبَنَاتُكُمْ وَأَخَوَاتُكُمْ وَعَمَّاتُكُمْ وَخَالاَتُكُمْ وَبَنَاتُ الأَخِ وَبَنَاتُ الأُخْتِ وَأُمَّهَاتُكُمُ اللاَّتِي أَرْضَعْنَكُمْ وَأَخَوَاتُكُم مِّنَ الرَّضَاعَةِ وَأُمَّهَاتُ نِسَآئِكُمْ وَرَبَائِبُكُمُ اللاَّتِي فِي حُجُورِكُم مِّن نِّسَآئِكُمُ اللاَّتِي دَخَلْتُم بِهِنَّ فَإِن لَّمْ تَكُونُواْ دَخَلْتُم بِهِنَّ فَلاَ جُنَاحَ عَلَيْكُمْ وَحَلاَئِلُ أَبْنَائِكُمُ الَّذِينَ مِنْ أَصْلاَبِكُمْ وَأَن تَجْمَعُواْ بَيْنَ الأُخْتَيْنِ إَلاَّ مَا قَدْ سَلَفَ إِنَّ اللّهَ كَانَ غَفُورًا رَّحِيمًا وَالْمُحْصَنَاتُ مِنَ النِّسَاء إِلاَّ مَا مَلَكَتْ أَيْمَانُكُمْ كِتَابَ اللّهِ عَلَيْكُمْ".
Au verset 4/24, on lit ensuite : "وَأُحِلَّ لَكُم مَّا وَرَاء ذَلِكُمْ أَن تَبْتَغُواْ بِأَمْوَالِكُم مُّحْصِنِينَ غَيْرَ مُسَافِحِينَ" : "Et celles qui sont autres que cela sont licites pour vous (à marier)...". Voilà quelque chose d'inconditionnel (mutlaq) : cette phrase induit que, hors les femmes venant d'être citées, le mariage est en soi possible avec toute autre femme.
La limitation par le nombre est survenue après que, au début de l'islam, contracter des mariages était autorisé sans restriction de nombre : voilà un cas de Naskh (An-Nâssikh wa-l-Mansûkh, p. 83). Il s'agit cependant d'une Taqyîd : pour pouvoir contracter un nouveau mariage, il faut qu'on n'ait pas déjà 4 épouses..
Par ailleurs, la règle (instituée après le Traité de al-Hudaybiya) qu'il faille que la demoiselle ou la dame avec laquelle on projette de se marier soit : musulmane, ou "personne des gens du livre", cela induisit une particularisation (Takhsîs) : "وَلاَ تَنكِحُواْ الْمُشْرِكَاتِ حَتَّى يُؤْمِنَّ" (Coran 2/221) ; "وَالْمُحْصَنَاتُ مِنَ الْمُؤْمِنَاتِ وَالْمُحْصَنَاتُ مِنَ الَّذِينَ أُوتُواْ الْكِتَابَ مِن قَبْلِكُمْ إِذَا آتَيْتُمُوهُنَّ أُجُورَهُنَّ مُحْصِنِينَ غَيْرَ مُسَافِحِينَ وَلاَ مُتَّخِذِي أَخْدَانٍ" (Coran 5/5).
Enfin, le verset 24/3 (selon l'un de ses commentaires) induit une nuance (Taqyîd) supplémentaire :
--- (d'après l'interprétation de l'école hanbalite), il faut que la demoiselle ou la dame avec laquelle on projette de se marier ne soit pas une femme ayant commis la fornication et ne s'en étant pas repentie : "الزَّانِي لَا يَنكِحُ إلَّا زَانِيَةً أَوْ مُشْرِكَةً وَالزَّانِيَةُ لَا يَنكِحُهَا إِلَّا زَانٍ أَوْ مُشْرِكٌ وَحُرِّمَ ذَلِكَ عَلَى الْمُؤْمِنِينَ" (Coran 24/3).
Sans ce verset 24/3, on n'aurait jamais su que ce cas de figure fait exception par rapport au caractère inconditionnel de la licéité induite par le verset 4/24.
Et c'est ce qui fait la différence entre le cas 5.2, et le cas 6 : dans le cas 6, il s'est seulement agi de mettre en évidence ce qui pouvait être su.
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Sens 6) "Naskh" = "Tawdhîh / Tab'yîn ul-murâd" : "Explicitation, par un nouveau verset, du sens véritable d'un verset précédemment révélé", vu que la lettre du premier verset laissait croire à un sens général, ou inconditionnel, et que certaines personnes ont exprimé une incompréhension par rapport à ce sens général ou inconditionnel (النسخ بمعنى تبيين أو توضيح مراد الآية المنزلة قبل، وذلك بصرف كلامها عن معناه الظاهر إلى معناه المراد حقيقة، وذلك بعد أن وُجِّه إشكالٌ مِن قِبَل بعض الناس) :
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--- Un premier exemple :
Ce passage : "إِنَّكُمْ وَمَا تَعْبُدُونَ مِن دُونِ اللَّهِ حَصَبُ جَهَنَّمَ أَنتُمْ لَهَا وَارِدُونَ لَوْ كَانَ هَؤُلَاء آلِهَةً مَّا وَرَدُوهَا وَكُلٌّ فِيهَا خَالِدُونَ لَهُمْ فِيهَا زَفِيرٌ وَهُمْ فِيهَا لَا يَسْمَعُونَ" : "Vous et ce que vous adorez en dehors de Dieu serez le combustible de la Géhenne ; vous vous y rendrez. Si ceux-ci étaient des dieux, ils ne s'y seraient pas rendus ! Et tous y seront perpétuellement. Là, ils pousseront un cri, et là ils n'entendront pas" (Coran 21/98-100), ce passage évoque seulement les idoles que les Polycultistes de La Mecque adoraient : il s'adresse explicitement à eux par un "vous", et leur dit : "ce que vous adorez". Jésus n'était donc pas inclus dans le thème de ce verset qui s'adressait aux Mushrikûn mecquois, lesquels, n'étant pas chrétiens, ne rendaient pas de culte à Jésus.
Cependant, s'appuyant sur la lettre de ce verset 21/98, Ibn uz-Ziba'râ objecta le cas des Anges (auxquels lui-même rendait du culte), de Jésus (auquel des chrétiens rendent le culte) : "Maintenant, dit-il en substance, Muhammad se met à dire que nos dieux seront dans la Géhenne avec nous, parce que le culte leur a été rendu. Donc les Anges et Jésus aussi seront dans la Géhenne, eux dont Muhammad dit pourtant qu'ils sont honorés par Dieu" : "فقال عبد الله بن الزبعري: "أما والله لو وجدته لخصمته. فسلوا محمدا: "أكلّ مَن عُبد من دون الله في جهنم مع مَن عَبده؟ فنحن نعبد الملائكة، واليهود تعبد عُزَيرا، والنصارى تعبد المسيح عيسى ابن مريم"" (Tafsîr ut-Tabarî).
Alors Dieu révéla les 3 versets (21/101-103) : "إِنَّ الَّذِينَ سَبَقَتْ لَهُم مِّنَّا الْحُسْنَى أُوْلَئِكَ عَنْهَا مُبْعَدُونَ لَا يَسْمَعُونَ حَسِيسَهَا وَهُمْ فِي مَا اشْتَهَتْ أَنفُسُهُمْ خَالِدُونَ لَا يَحْزُنُهُمُ الْفَزَعُ الْأَكْبَرُ وَتَتَلَقَّاهُمُ الْمَلَائِكَةُ هَذَا يَوْمُكُمُ الَّذِي كُنتُمْ تُوعَدُونَ" : "Ceux en faveur de qui la meilleure chose a déjà été décidée de Notre part, eux en seront éloignés. Ils n'entendront même pas son bruit" (Coran 21/101-103).
Ce passage fait valoir que l'analogie peut - et doit - certes avoir lieu vis-à-vis d'autres divinités que celles auxquelles les Polycultistes Mecquois rendaient le culte, mais seulement vis-à-vis de divinités étant comparables aux leurs ; et pas vis-à-vis d'êtres tels que Jésus et les Anges : si ces derniers ont certes été divinisés et adorés par des humains, leur cas est différent : ce sont pour leur part des êtres "en faveur de qui la meilleure chose a déjà été décidée de" la part de Dieu ; eux n'ont jamais été d'accord pour que le culte leur soit rendu, contrairement aux êtres - les djinns - à qui vous Mecquois rendez le culte : "نعم، كل من أحب أن يعبد من دون الله، فهو مع من عبد: إنما يعبدون الشياطين ومن أمرهم بعبادته" (Tafsîr ut-Tabarî).
On voit qu'il y a eu ici, par le moyen du second passage, explicitation de ce que le premier verset voulait vraiment désigner en évoquant : "ce que vous adorez en dehors de Dieu".
Cependant, Ibn Abbâs a employé ici le terme "naskh" : "وأخرج البزار عن ابن عباس رضي الله عنهما قال: "نزلت هذه الآية {إنكم وما تعبدون من دون الله حصب جهنم أنتم لها واردون}، ثم نسختها {إن الذين سبقت لهم منا الحسنى أولئك عنها مبعدون يعني عيسى ومن كان معه" (Ad-Durr ul-manthûr). Or ce terme "naskh" ne désigne pas, ici, une abrogation – puisqu'il n'y en a eu aucune, d'autant plus qu'il n'y avait ici qu'un information (khabar), et pas injonction (talab). Il n'y a eu ici qu'explicitation du sens véritable du premier verset, et ce à cause de l'objection faite par Ibn uz-Ziba'râ. (Il est à noter que, plus tard, ce dernier embrassa l'islam et regretta ce qu'il avait dit et fait.)
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--- Un second exemple :
"لِّلَّهِ ما فِي السَّمَاواتِ وَمَا فِي الأَرْضِ وَإِن تُبْدُواْ مَا فِي أَنفُسِكُمْ أَوْ تُخْفُوهُ يُحَاسِبْكُم بِهِ اللّهُ فَيَغْفِرُ لِمَن يَشَاء وَيُعَذِّبُ مَن يَشَاء وَاللّهُ عَلَى كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ" : "Que vous exprimiez ce qui se trouve dans vos fors ou que vous le cachiez, Dieu vous jugera pour cela ; puis Il pardonnera à qui Il voudra et punira qui Il voudra. Et Dieu a puissance sur toute chose" (Coran 2/284). Ce verset montre qu'il n'est pas demandé à l'homme de se parfaire au niveau des actes visibles seulement, oubliant l'intérieur du cœur, et rappelle que Dieu regarde aussi bien les actions que le contenu du cœur. Or dans le cœur il y a ce sur quoi la volonté humaine a une emprise – croyances, sincérité ou ostentation, humilité ou orgueil, amour de Dieu ou amour d'autre que Lui, etc. – mais il y a aussi ce qui échappe à la volonté – pensées fugitives, suggestions du diable, etc.
Les hommes seront jugés pour ce qui, dans leur cœur, relève de ce sur quoi leur volonté a une emprise. Par contre, les hommes ne seront pas jugés pour les pensées qui traversent leur esprit, les faibles intentions et les murmures que le diable leur glisse dans le cœur : le verset ne parlait que de ce qui relève de ce sur quoi la volonté a une emprise. Or le libellé (zâhir) du verset pouvait laisser croire le contraire : il semblait concerner tout ce qui relève du cœur.
Quand ce verset (Coran 2/284) fut révélé, des Compagnons le comprirent donc avec ce sens apparent (zâhir), et, craignant ne pas pouvoir être à la hauteur, ils se rendirent auprès du Prophète pour lui dire qu'ils étaient incapables de pratiquer le contenu de ce verset. Le Prophète (que Dieu le rapproche de Lui et le salue) leur demanda d'exprimer plutôt qu'ils acceptaient ce que Dieu a dit.
Alors Dieu révéla deux autres versets (Coran 2/285-286), dans lesquels Il explicita le sens véritable du verset précédemment révélé : Il y dit entre autres : "لاَ يُكَلِّفُ اللّهُ نَفْسًا إِلاَّ وُسْعَهَا" : "Dieu ne tient responsable une âme que ce dont elle est capable" (Coran 2/286). Les pensées fugitives (ahâdîth un-nafs) étant hors du contrôle de l'homme et celui-ci n'étant pas capable de les faire disparaître, Dieu n'en tient donc pas l'homme responsable : aussi, ce genre de pensée n'est pas inclus dans ce dont parle le premier verset.
On voit qu'il y a eu ici, par le moyen du second passage, explicitation de ce que le premier verset voulait vraiment désigner en disant : "ce qu'il y a dans vos fors".
Cependant, Abû Hurayra, relatant ce récit, a employé les termes suivants : "فلما اقترأها القوم، ذلت بها ألسنتهم، فأنزل الله في إثرها: {آمن الرسول بما أنزل إليه من ربه والمؤمنون كل آمن بالله وملائكته وكتبه ورسله لا نفرق بين أحد من رسله وقالوا سمعنا وأطعنا غفرانك ربنا وإليك المصير}. فلما فعلوا ذلك، نسخها الله تعالى فأنزل الله عز وجل: {لا يكلف الله نفسا إلا وسعها لها ما كسبت وعليها ما اكتسبت ربنا لا تؤاخذنا إن نسينا أو أخطأنا}" : "Lorsque les Compagnons eurent fait cela, Dieu fit le naskh du verset et révéla : "Dieu ne tient responsable une âme que ce dont elle est capable"" (Muslim, n° 125).
Ibn Omar a lui aussi employé le terme "naskh" : "عن مروان الأصفر، عن رجل من أصحاب رسول الله صلى الله عليه وسلم، قال: أحسبه ابن عمر: {إن تبدوا ما في أنفسكم أو تخفوه} قال: نسختها الآية التي بعدها" (al-Bukhârî, n° 4272).
Or ce terme "naskh" ne désigne pas, ici, une abrogation – puisqu'il n'y en a eu aucune, comme c'était le cas en 1 et en 2 – ; il ne s'agit que d'une explicitation du sens véritable du premier verset, et ce à cause de l'inquiétude exprimée par ces Compagnons ayant appréhendé le premier verset dans son sens littéral.
Après avoir exposé qu'il n'y a pas eu d'abrogation, Cheikh Ashraf 'Alî Thânwî a conclu ainsi : "Sur ce propos (des Compagnons), Dieu a révélé les deux versets qui suivent ; dans le premier, Il a fait l'éloge de ces musulmans ; et dans le second Il a explicité le sens du verset révélé précédemment, chose qui a été désignée dans certaines narrations comme étant du "naskh": (en fait) chez les Prédécesseurs ("Salaf") l'explicitation ("tawdhîh") aussi était appelée : "naskh"" : "اس کہنے پر اللہ تعالی نے اگلی دو آيتیں نازل فرمائیں جن میں سے ایک میں مسلمانوں کی مدح، اور دوسری میں آیتِ بالا کی تفسیر ارشاد فرمادی، جس کو بعض روایتوں میں نسخ سے تعبیر کیا گیا ہے، سلف میں توضيحِ مراد کو بھی نسخ کہدیا کرتے تھے" (Bayân ul-qur'ân, tome 1 pp. 173-174).
(Ibn Hajar parle quant à lui de "takhsîs" : "ويحتمل أن يكون المراد بالنسخ في الحديث: التخصيص؛ فإن المتقدمين يطلقون لفظ النسخ عليه كثيرا؛ والمراد بالمحاسبة بما يخفي الإنسان ما يصمم عليه ويشرع فيه دون ما يخطر له ولا يستمر عليه. والله أعلم" (FB 8/260). De même que Shâh Waliyyullâh : "وقوله تعالى {وَإِنْ تُبْدُوا مَا فِي أَنْفُسِكُمْ أَوْ تُخْفُوهُ يُحَاسِبْكُمْ بِهِ اللَّهُ} منسوخة بقوله: {لَا يُكَلِّفُ اللَّهُ نَفْسًا إِلَّا وُسْعَهَا}. قلت: هو من باب تخصيص العام، بينت الآية المتأخرة أن المراد ما في أنفسكم من الإخلاص والنفاق، لا من أحاديث النفس التي لا اختيار فيها، فإن التكليف لا يكون إلا فيما هو في وسع الإنسان" (Al-Fawz ul-kabir, p. 56). Selon leur avis, ce cas serait alors à classer dans le sens 5.1 du terme "Naskh", plus haut. Mais je trouve l'explication de Cheikh Thânwî plus pertinente : il s'agit bien, ici, du sens 6.)
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--- Un cas différent mais voisin du 6 : le terme "naskh" n'a été employé que pour exprimer le devoir de comprendre le verset inconditionnel à la lumière du verset comportant la condition, ce verset ayant pourtant été révélé avant le verset inconditionnel (ورد التقييد بخطاب جاء قبل الخطاب الذي يفيد ظاهرُه الإطلاق) :
----- Le passage 9/34-35 dit : "وَالَّذِينَ يَكْنِزُونَ الذَّهَبَ وَالْفِضَّةَ وَلاَ يُنفِقُونَهَا فِي سَبِيلِ اللّهِ فَبَشِّرْهُم بِعَذَابٍ أَلِيمٍ يَوْمَ يُحْمَى عَلَيْهَا فِي نَارِ جَهَنَّمَ فَتُكْوَى بِهَا جِبَاهُهُمْ وَجُنوبُهُمْ وَظُهُورُهُمْ هَذَا مَا كَنَزْتُمْ لأَنفُسِكُمْ فَذُوقُواْ مَا كُنتُمْ تَكْنِزُونَ" : "Et ceux qui amassent l'or et l'argent et ne le dépensent pas dans le chemin de Dieu, donne-leur la bonne nouvelle d'un châtiment douloureux. (...)" (Coran 9/34-35). Ce verset semble montrer qu'il est interdit d'amasser de l'or ou de l'argent, et que tout ce qui est en plus de ses besoins doit être dépensé dans le chemin de Dieu.
----- Or de nombreux versets rendent la zakât obligatoire : il s'agit d'une aumône nécessaire : certains de ces versets ont été révélés dans la période mecquoise.
----- Ibn Omar (que Dieu l'agrée) a dit ici que le passage 9/34-35 "était avant que la zakât soit révélée ; car lorsqu'elle fut révélée, Dieu la rendit purificatrice pour les biens" : "عن خالد بن أسلم، قال: خرجنا مع عبد الله بن عمر رضي الله عنهما، فقال أعرابي: "أخبرني عن قول الله: {والذين يكنزون الذهب والفضة ولا ينفقونها في سبيل الله}". قال ابن عمر رضي الله عنهما: "من كنزها، فلم يؤد زكاتها، فويل له. إنما كان هذا قبل أن تنزل الزكاة؛ فلما أنزلت، جعلها الله طهرا للأموال" (al-Bukhârî, 1339). Omar ibn 'Abd il-'Azîz et 'Irâk ibn Mâlik ont dit : "(Le verset induisant le paiement de la zakât) a fait le naskh (du passage 9/34-35)" : "عن عمر بن راشد، أو غيره، أن عمر بن عبد العزيز وعراك بن مالك قالا في هذه الآية: "{والذين يكنزون الذهب والفضة}: نسختها الآية الأخرى: {خذ من أموالهم صدقة" (Nawâssikh ul-qur'ân, Ibn ul-Jawzî).
----- Or, comme Shâh Waliyyullâh l'a exposé, les versets induisant l'obligation de s'acquitter de la zakât ont été révélés à La Mecque, donc avant ce verset 9/34-35, qui est médinois. Il est donc impossible que ces versets révélés antérieurement aient abrogé - fût-ce partiellement - le hukm induit par un verset leur étant postérieur ! Ce n'est, dit-il, qu'une façon d'exprimer le fait que l'inconditionnalité d'un hukm extrait d'un verset donné (ici : "être châtié pour avoir amassé de l'or et de l'argent sans le dépenser dans le chemin de Dieu") doit impérativement être comprise à la lumière de la condition qu'un autre verset induit ("c'est une partie seulement de ses biens qu'il est obligatoire de dépenser dans le chemin de Dieu"), ce verset eût-il été révélé avant : "وأحيانا يذكر الصحابة (رضي الله عنهم) التقديم والتأخير في بعض الآيات، ومرادهم بذلك هو التقدم والتأخير الرتبي. كما قال ابن عمر (رضي الله عنه) في قوله تعالى: {وَالَّذِينَ يَكْنِزُونَ الذَّهَبَ وَالْفِضَّةَ} إلخ الآية: "هذا قبل أن تنزل الزكاة، فلما أنزلت جعلها الله تعالى طهراً للأموال". فمن المعلوم أن سورة البراءة آخر سورة نزلت، وجاءت هذه الآية في تضاعيف القصص المتأخرة؛ وقد كانت فرضية الزكاة قبلها بأعوام. فمراد ابن عمر (رضي الله عنهما) هو تقدم الإجمال رتبة - لا نزولا - على التفصيل الذي هو متأخر رتبة - وإن كان متقدما نزولا" (Al-Fawz ul-kabîr, p. 64).
Le terme "naskh" a ici ce sens 6 ; il signifie qu'il y a dans l'autre verset l'exposé du sens véritable, lequel n'avait pas été complètement compris : "devoir dépenser ses biens dans le chemin de Dieu et ne pas les amasser" évoqué en 9/34 doit être compris comme signifiant : "devoir s'acquitter de la zakât".
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– Quelques autres cas, où il y a deux possibilités :
--- Un cas où il peut y avoir eu une Abrogation véritable ayant touché certains individus (Naskh Juz'î), car, auparavant, ceux-ci aussi étaient concernés par le hukm ; comme il peut y avoir eu un simple Exposé (Bayân) du fait que, dès le départ, dans le verset premier, certains individus n'étaient pas concernés par le hukm :
----- Le verset 2/221 interdit le mariage entre un musulman et une polycultiste : "وَلاَ تَنكِحُواْ الْمُشْرِكَاتِ حَتَّى يُؤْمِنَّ وَلأَمَةٌ مُّؤْمِنَةٌ خَيْرٌ مِّن مُّشْرِكَةٍ وَلَوْ أَعْجَبَتْكُمْ وَلاَ تُنكِحُواْ الْمُشِرِكِينَ حَتَّى يُؤْمِنُواْ وَلَعَبْدٌ مُّؤْمِنٌ خَيْرٌ مِّن مُّشْرِكٍ وَلَوْ أَعْجَبَكُمْ" (Coran 2/221).
----- Mais le verset 5/5 dit que le mariage d'un musulman avec une juive ou une chrétienne est possible : "الْيَوْمَ أُحِلَّ لَكُمُ الطَّيِّبَاتُ وَطَعَامُ الَّذِينَ أُوتُواْ الْكِتَابَ حِلٌّ لَّكُمْ وَطَعَامُكُمْ حِلُّ لَّهُمْ وَالْمُحْصَنَاتُ مِنَ الْمُؤْمِنَاتِ وَالْمُحْصَنَاتُ مِنَ الَّذِينَ أُوتُواْ الْكِتَابَ مِن قَبْلِكُمْ إِذَا آتَيْتُمُوهُنَّ أُجُورَهُنَّ مُحْصِنِينَ غَيْرَ مُسَافِحِينَ وَلاَ مُتَّخِذِي أَخْدَانٍ وَمَن يَكْفُرْ بِالإِيمَانِ فَقَدْ حَبِطَ عَمَلُهُ وَهُوَ فِي الآخِرَةِ مِنَ الْخَاسِرِينَ" : "(...) Et [il vous a été rendu licite de vous marier avec] les femmes chastes parmi ceux qui ont reçu l'Ecriture avant vous (...)" (Coran 5/5).
----- Des commentateurs ont déclaré : "ومنه قوله {ولا تنكحوا المشركات حتى يؤمن}: قيل: إنه نُسِخ بقوله: {والمحصنات من الذين أوتوا الكتاب" : "La règle de ce verset [2/221] a été mansûkh par le verset disant : "Et [il vous a été rendu licite de vous marier avec] les femmes chastes parmi ceux qui ont reçu l'Ecriture avant vous" [Coran 5/5]" (cité par as-Suyûtî dans Al-Itqân, p. 707).
----- Voyez ici encore : "nussikha" ne veut ici pas dire : "a été complètement abrogé" (car l'interdiction du mariage entre musulmans et polycultistes fait l'objet d'un consensus) ; le terme a été seulement employé conformément à l'usage qu'en faisaient les ulémas des premiers temps, et ne désigne qu'une simple modification dans la portée de la règle précédemment révélée, par l'introduction d'une exception par rapport à la règle générale (takhsîs 'umûm il-hukm bi-stithnâ'i swuratin min an-swuwar) ; as-Suyûtî écrit donc, juste après : "إنما هو مخصوص به" (Ibid.).
Cependant, ici il y a 3 possibilités :
--------- il est possible que ce soit le verset 2/221 qui a été révélé avant le verset 5/51, et il est alors possible que, par analogie, le 2/221 induisait qu'il était alors interdit au musulman de se marier avec n'importe quelle non-musulmane ; puis que, plus tard, le verset 5/5 est venu opérer un véritable Naskh Juz'î, par rapport à la dame juive et de la dame chrétienne : il est alors devenu licite pour un musulman de se marier avec elles ;
--------- il est également possible que ce soit le verset 2/221 qui a été révélé avant le verset 5/51, mais que ce verset 2/221 n'ait jamais voulu signifier que, par analogie, le mariage avec une chrétienne ou une juive aurait été interdit ; plus tard, le verset 5/5 est venu simplement exposer que la dame juive et de la dame chrétienne n'étaient pas concernées (même par analogie) par le verset 2/221 ;
--------- cependant, il est aussi possible que ce soit le verset 5/5 qui ait été révélé avant le verset 2/221 : dans ce cas, le propos sus-cité ("ومنه قوله {ولا تنكحوا المشركات حتى يؤمن}: قيل: إنه نُسِخ بقوله: {والمحصنات من الذين أوتوا الكتاب" : "La règle de ce verset [2/221] a été mansûkh par le verset [5/5]") signifie seulement que, par rapport à la généralité induite par analogie à partir du verset 2/221, l'exception de la dame juive et de la dame chrétienne (induite par le verset 5/5 et consistant en l'autorisation) demeure, et elles n'ont jamais été concernées par l'interdiction.
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--- Un cas à étudier encore :
Suite à la prière funéraire accomplie par Son Messager sur le chef des Hypocrites Abdullâh ibn Ubayy Ibn Salûl, Dieu est intervenu (par Coran 9/84 : "وَلاَ تُصَلِّ عَلَى أَحَدٍ مِّنْهُم مَّاتَ أَبَدًا وَلاَ تَقُمْ عَلَىَ قَبْرِهِ إِنَّهُمْ كَفَرُواْ بِاللّهِ وَرَسُولِهِ وَمَاتُواْ وَهُمْ فَاسِقُونَ") pour interdire l'accomplissement de la prière funéraire du Prophète sur pareille personne...
– Soit ce verset 9/84 est venu instituer une règle nouvelle par rapport à l'autorisation, jusqu'à présent en vigueur à cause du silence de la révélation sur le sujet (Naskh de sens 2).
– Soit le verset 9/84 est venu rendre explicite (Tab'yîn ul-murâd, sens 6) que le verset 9/80 ("اسْتَغْفِرْ لَهُمْ أَوْ لاَ تَسْتَغْفِرْ لَهُمْ إِن تَسْتَغْفِرْ لَهُمْ سَبْعِينَ مَرَّةً فَلَن يَغْفِرَ اللّهُ لَهُمْ ذَلِكَ بِأَنَّهُمْ كَفَرُواْ بِاللّهِ وَرَسُولِهِ وَاللّهُ لاَ يَهْدِي الْقَوْمَ الْفَاسِقِينَ") n'induisait en fait pas un choix mais constituait, comme Omar ibn ul-Khattâb l'avait compris, une subtile allusion au fait que le Messager ne devait pas demander à Dieu pardon pour un Munâfiq bi nifâq akbar. Cependant, vu que ce verset 9/80 ne le disait pas explicitement et se prêtait à interprétation, le Messager (que Dieu l'élève et le salue) fit son ijtihâd de ce verset 9/80 : selon lui, ce verset induisait un choix. Ce fut là une khata' ijtihâdî, et le verset 9/84 vint rendre explicite (tab'yîn) le sens véritable du verset 9/80, lequel était allusif. Ici s'applique alors ce que al-Baydhâwî a écrit en commentaire de Coran 8/67 : "والآية دليل على أن الأنبياء عليهم الصلاة والسلام يجتهدون، وأنه قد يكون خطأ ولكن لا يقرون عليه. (...) {لَوْلا كِتابٌ مِنَ اللَّهِ سَبَقَ} لولا حكم من الله سبق إثباته في اللوح المحفوظ، وهو أن لا يعاقب المخطئ في اجتهاده أو أن لا يعذب أهل بدر أو قوماً بما لم يصرح لهم بالنهي عنه، أو أن الفدية التي أخذوها ستحل لهم، {لَمَسَّكُمْ} لنالكم {فِيما أَخَذْتُمْ} من الفداء {عَذابٌ عَظِيمٌ" (Tafsîr ul-Baydhâwî).
– Par ailleurs, si on retient l'avis disant que l'interdiction d'accomplir la prière funéraire sur un Hypocrite s'applique à tout musulman (et n'est pas spécifique à la personne du Prophète), alors ce verset du Coran est également venu faire l'abrogation véritable (Naskh de type 1) de l'action du Messager, car, s'il n'avait pas été révélé, cette action (fi'l) du Messager aurait constitué une preuve établissant l'autorisation de l'accomplissement de la prière funéraire sur ce genre de personnes.
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– Des cas où, bien que certains Commentateurs ont employé le terme "Naskh", d'autres ont démontré qu'il n'y a pas eu là "Naskh" :
▪️ – "Fais preuve de patience à la Décision de ton Seigneur" :
----- "وَاصْبِرْ لِحُكْمِ رَبِّكَ فَإِنَّكَ بِأَعْيُنِنَا" (Coran 52/48). Ibn ul-Jawzî écrit que ce que certains commentateurs ont dit - à savoir que ce verset est abrogé - n'est pas correct : "واصبر لحكم ربك} أي: لما يحكم به عليك، {فإنك بأعيننا}؛ قال الزجاج: "فإنك بحيث نراك ونحفظك ونرعاك، فلا يصلون إلى مكروهك". وذكر المفسرون أن معنى الصبر نُسخ بآية السيف. ولا يصح، لأنه لا تضاد" (Zâd ul-massîr) ;
----- "فَاصْبِرْ لِحُكْمِ رَبِّكَ وَلَا تَكُن كَصَاحِبِ الْحُوتِ" (Coran 68/48). Ibn ul-Jawzî dit : "قوله عز وجل: {فاصبر لحكم ربك} أي: اصبر على أذاهم لقضاء ربك الذي هو آت؛ وقيل: معنى الأمر بالصبر منسوخ بآية السيف. قوله عز وجل: {ولا تكن كصاحب الحوت} وهو يونس؛ وفي ماذا نهي أن يكون مثله قولان: أحدهما: أنه العجلة والغضب، قاله قتادة. والثاني: الضعف عن تبليغ الرسالة، قاله ابن جرير" (Zâd ul-massîr) ;
----- "فَاصْبِرْ لِحُكْمِ رَبِّكَ وَلَا تُطِعْ مِنْهُمْ آثِمًا أَوْ كَفُورًا" (Coran 76/24).
Ibn Taymiyya écrit lui aussi qu'il n'y a pas eu abrogation ici : "واصبر لحكم ربك فإنك بأعيننا وسبح بحمد ربك حين تقوم} وقال تعالى في سورة {ن}: {أم تسألهم أجرا فهم من مغرم مثقلون؟ أم عندهم الغيب فهم يكتبون؟ فاصبر لحكم ربك ولا تكن كصاحب الحوت إذ نادى وهو مكظوم}. وقد قيل في معناه: "اصبر لما يحكم به عليك"؛ وقيل: "اصبر على أذاهم لقضاء ربك الذي هو آت"؛ والأول أصح. وحكم الله نوعان: خلق وأمر؛ فالأول: ما يقدره من المصائب؛ والثاني: ما يأمر به وينهى عنه. والعبد مأمور بالصبر على هذا، وعلى هذا؛ فعليه أن يصبر لما أمر به ولما نهى عنه فيفعل المأمور ويترك المحظور؛ وعليه أن يصبر لما قدره الله عليه. وبعض المفسرين يقول: "هذه الآية منسوخة بآية السيف". وهذا يتوجه إن كان في الآية النهي عن القتال، فيكون هذا النهي منسوخا! ليس جميع أنواع الصبر منسوخة. كيف والآية لم تتعرض لذلك هنا لا بنفي ولا إثبات. بل الصبر واجب لحكم الله، ما زال واجبا. وإذا أمر بالجهاد، فعليه أيضا أن يصبر لحكم الله، فإنه يبتلى من قتالهم بما هو أعظم من كلامهم كما ابتلي به يوم أحد والخندق وعليه حينئذ أن يصبر ويفعل ما أمر به من الجهاد" (MF 8/324-325).
▪️ – "Et si tu les appelles vers la guidance, ils n'écoutent pas ; et tu les vois te regardant alors qu'ils ne voient pas. Choisis le pardon, ordonne le convenable, et détourne-toi de (ces) ignorants. Et si un tiraillement de la part du Diable vient à toi, alors demande la protection de Dieu ; Il est Audient, Sachant. Celui qui sont pieux, lorsqu'une pensée provenant des diables les touche, se souviennent et voilà qu'ils sont clairvoyants" : "وَإِن تَدْعُوهُمْ إِلَى الْهُدَى لاَ يَسْمَعُواْ وَتَرَاهُمْ يَنظُرُونَ إِلَيْكَ وَهُمْ لاَ يُبْصِرُونَ خُذِ الْعَفْوَ وَأْمُرْ بِالْعُرْفِ وَأَعْرِضْ عَنِ الْجَاهِلِينَ وَإِمَّا يَنزَغَنَّكَ مِنَ الشَّيْطَانِ نَزْغٌ فَاسْتَعِذْ بِاللّهِ إِنَّهُ سَمِيعٌ عَلِيمٌ إِنَّ الَّذِينَ اتَّقَواْ إِذَا مَسَّهُمْ طَائِفٌ مِّنَ الشَّيْطَانِ تَذَكَّرُواْ فَإِذَا هُم مُّبْصِرُونَ" (Coran 7/198-201) ("والقول الثاني: أنهم المشركون. فالمعنى: "وتراهم ينظرون إليك بأعينهم ولا يبصرون بقلوبهم" : Zâd ul-massîr). "وَأَعْرِضْ عَنِ الْجاهِلِينَ} فلا تمارهم ولا تكافئهم بمثل أفعالهم" (Tafsîr ul-Baydhâwî).
La partie de ce verset qui dit au Prophète (sur lui soit la paix) de pardonner et de se détourner des Polycultistes qui refusent son message, son contenu a-t-il été abrogé ?
--- Certains commentateurs ont dit que oui, puisque plus tard ordre lui fut donné de combattre ces Polycultistes : "والثالث: أن المراد به: مساهلة المشركين والعفو عنهم. ثم نسخ بآية السيف، قاله ابن زيد" (Zâd ul-massîr).
--- De l'écrit de at-Tabarî sur le sujet il ressort qu'on a là un cas de Nas' (cas 3) (ces impératifs n'ont pas été abrogés mais ont été renvoyés à occasion semblable) ; voire qu'on a là un cas 4 (un nouvel impératif a été rajouté plus tard, mais le premier impératif demeurait alors lui aussi) : "فإن قال قائل: أفمنسوخ ذلك؟ قيل: لا دلالة عندنا على أنه منسوخ، إذ كان جائزا أن يكون - وإن كان الله أنزله على نبيه صلى الله عليه وسلم في تعريفه عِشرةَ مَن لم يؤمر بقتاله من المشركين - مرادا به تأديبُ نبي الله والمسلمين جميعا في عِشرة الناس، وأمْرُهم بأخذ عفو أخلاقهم. فيكون - وإن كان مِن أجْلهم نزل - تعليمًا من الله خَلْقَه صفةَ عِشرةِ بعضهم بعضا، إذا لم يجب استعمال الغلظة والشدة في بعضهم. فإذا وجب استعمال ذلك فيهم، استعمل الواجب. فيكون قوله: {خذ العفوْ} أمْرا بأخذه ما لم يجب غير العفو؛ فإذا وجب غيره، أخَذ الواجبَ وغيرَ الواجب إذا أمكن ذلك. فلا يحكم على الآية بأنها منسوخة، لما قد بينا ذلك في نظائره في غير موضع من كتبنا" (Tafsîr ut-Tabarî).
--- Certains autres commentateurs disent que cet impératif demeure pour toujours, et s'applique à toutes les personnes qui sont rudes dans leurs manières, avec lesquelles il ne sert donc à rien de se prendre la tête lors de discussions : "وفي قوله: {وأعرض عن الجاهلين} قولان: أحدهما: أنهم المشركون، أمر بالإعراض عنهم، ثم نسخ ذلك بآية السيف. والثاني: أنه عامّ فيمن جهل؛ أمر بصيانة النفس عن مقابلتهم على سفههم، وإن وجب عليه الإنكار عليهم. وهذه الآية عند الأكثرين كلها محكمة؛ وعند بعضهم أن وسطها محكم وطرفيها منسوخان على ما بينا" (Zâd ul-massîr).
▪️ – Les versets d'expression de désaveu par rapport à tout Dîn autre que l'islam :
----- "S'ils te traitent de menteur, alors dis : "A moi mon action et à vous votre action ; vous êtes innocents de ce que je fais, et je suis innocent de ce que vous faites" : "وَإِن كَذَّبُوكَ فَقُل لِّي عَمَلِي وَلَكُمْ عَمَلُكُمْ أَنتُمْ بَرِيئُونَ مِمَّا أَعْمَلُ وَأَنَاْ بَرِيءٌ مِّمَّا تَعْمَلُونَ" (Coran 10/41) ;
------ "A vous votre religion, à moi la mienne" : "لَكُمْ دِينُكُمْ وَلِيَ دِينِ" (Coran 109/6).
--- Certains commenteurs ont écrit que cela est mansûkh : "وإن كذبوك فقل} لهم {لي عملي ولكم عملكم} أي لكل جزاء عمله {أنتم بريئون مما أعمل وأنا بريء مما تعملون}. وهذا منسوخ بآية السيف" (Tafsîr ul-Jalâlayn) ; "لكم دينكم} الشرك {ولي دين} الإسلام. وهذا قبل أن يؤمر بالحرب" (Tafsîr ul-Jalâlayn).
--- Mais Ibn Taymiyya a pour sa part écrit que, tout au contraire, le contenu de ces versets est valable de façon perpétuelle ; de plus, cela ne concernait même pas le domaine que celui évoqué par certains commentateurs, de sorte que l'on puisse dire qu'il y ait eu ici Naskh du type 3 : "وقوله: {الله ربنا وربكم لنا أعمالنا ولكم أعمالكم}: هذه براءة منه لمن يخاطب بذلك من المشركين وأهل الكتاب؛ كقوله تعالى: {وإن كذبوك فقل لي عملي ولكم عملكم أنتم بريئون مما أعمل وأنا بريء مما تعملون}. ومثله قوله تعالى: {قل أتحاجوننا في الله وهو ربنا وربكم ولنا أعمالنا ولكم أعمالكم ونحن له مخلصون}. وكذلك قوله: {قل ياأيها الكافرون لا أعبد ما تعبدون ولا أنتم عابدون ما أعبد ولا أنا عابد ما عبدتم ولا أنتم عابدون ما أعبد لكم دينكم ولي دين}، فإن هذه الكلمة كقوله: {لي عملي ولكم عملكم أنتم بريئون مما أعمل وأنا بريء مما تعملون}. وهي كلمة توجب براءته من عملهم وبراءتهم من عمله (...)؛ ولهذا قال النبي - صلى الله عليه وسلم - في {قل يا أيها الكافرون}: "هي براءة من الشرك". وليس في هذه الآية أنه رضي بدين المشركين ولا أهل الكتاب - كما يظنه بعض الملحدين -، ولا أنه نهْي عن جهادهم - كما ظنه بعض الغالطين، وجعلوها منسوخة -؛ بل فيها براءته من دينهم وبراءتهم من دينه، وأنه لا تضره أعمالهم، ولا يجزون بعمله ولا ينفعهم. وهذا أمر محكم لا يقبل النسخ. ولم يرض الرسول بدين المشركين ولا أهل الكتاب طرفة عين قط" (Al-Jawâb us-sahîh).
▪️ – "Ne demande pas rapidement pour eux" : c'est-à-dire : le châtiment : "فَاصْبِرْ كَمَا صَبَرَ أُوْلُوا الْعَزْمِ مِنَ الرُّسُلِ وَلَا تَسْتَعْجِل لَّهُمْ" (Coran 46/35). "قوله تعالى: {ولا تستعجل لهم} يعني العذاب. قال بعض المفسرين: كان النبي صلى الله عليه وسلم ضجر بعض الضجر، وأحب أن ينزل العذاب بمن أبى من قومه، فأمر بالصبر" (Zâd ul-massîr).
----- Quand, plus tard, le Prophète (sur lui soit la paix) demanda le châtiment pour certains ennemis, cela se passa seulement des années après, et seulement lorsqu'ils exagérèrent ; exactement comme le prophète Noé (sur lui soit la paix) le fit.
Cela ne contredit donc pas ce verset, puisque, justement, le Prophète (sur lui soit la paix) ne le fit pas rapidement. Il n'y a dès lors pas eu un autre verset venu abroger le contenu de ce verset 46/35.
▪️ – Un passage coranique vint rappeler au Prophète (sur lui soit la paix) - alors qu'il vivait encore à La Mecque - qu'il réussirait, car Dieu a comme décret que les prophètes-messagers ont le dessus ; ce passage lui dit ensuite : "Aussi, détourne-toi d'eux jusqu'à un moment" (Coran 37/174). Ce passage vint également rappeler que des ennemis du Prophète avaient demandé (par bravade) que le châtiment tombe sur eux ; ce passage annonça ensuite que lorsque ce châtiment descendra sur la place de ces ennemis, leur situation sera mauvaise ; enfin ce passage réitéra au Prophète : "Et détourne-toi d'eux jusqu'à un moment" (Coran 37/178). "وَلَقَدْ سَبَقَتْ كَلِمَتُنَا لِعِبَادِنَا الْمُرْسَلِينَ إِنَّهُمْ لَهُمُ الْمَنصُورُونَ وَإِنَّ جُندَنَا لَهُمُ الْغَالِبُونَ فَتَوَلَّ عَنْهُمْ حَتَّى حِينٍ وَأَبْصِرْهُمْ فَسَوْفَ يُبْصِرُونَ أَفَبِعَذَابِنَا يَسْتَعْجِلُونَ فَإِذَا نَزَلَ بِسَاحَتِهِمْ فَسَاء صَبَاحُ الْمُنذَرِينَ وَتَوَلَّ عَنْهُمْ حَتَّى حِينٍ وَأَبْصِرْ فَسَوْفَ يُبْصِرُونَ" (Coran 37/171-179).
Ces deux versets sont-ils mansûkh, dans la mesure où, ici, il fut demandé au Prophète de se détourner des Polycultistes de La Mecque, alors que, plus tard, il lui fut demandé de prendre les armes contre ces mêmes Mecquois ?
Cela dépend de ce que "se détourner" et "jusqu'à un moment" désignent.
En effet :
--- si ces versets signifient : "N'entreprends rien contre eux pour le moment, jusqu'à ce que vienne un nouvel ordre de Notre part", alors il y a eu ici Naskh au sens 3 (voir plus haut) : le fait est, plus tard, quelque temps après son arrivée à Médine le Prophète reçut une nouvelle révélation l'autorisant, et plus tard, une autre encore lui ordonnant de prendre les armes contre ses ennemis (sans que ce soit pour les contraindre à se convertir à l'islam) : le "N'entreprends rien contre eux" fut donc remplacé par une règle totalement différente ;
--- si par contre ils signifient : "Ne prends pas de souci à leur sujet, et contente-toi de faire preuve de patience ; dans le futur un moment viendra où ils mourront / où ils seront ressuscités pour le Jugement, et, alors, ils paieront" (Bayân ul-qur'ân, 9/136), alors ces versets ne sont mansûkh dans aucun des sens du terme.
Il existe en fait de ces versets différents commentaires quant à ce que désigne le terme "un moment" : il peut s'agir du moment où le fait de se défendre militairement face aux ennemis sera institué ; ou il peut s'agir du Jour de la Résurrection : "وقال السدي: "حتى نأمرك بالقتال" (Tafsîr ul-Baghawî) ; "قال ابن عباس: يعني الموت" (Tafsîr ul-Baghawî) ; "وقال آخرون: معنى ذلك: "إلى يوم القيامة" (Tafsîr ut-Tabarî).
Selon le commentaire retenu, Ibn ul-Jawzî a donc évoqué les deux possibilités sus-mentionnées : soit ce verset est mansûkh [au sens 3] ; soit il n'est mansûkh en aucune acception du terme : "فتول عنهم} أي: أعرض عن كفار مكة {حتى حين}. أي: (...)؛ فعلى هذا، الآية محكمة. وقال في رواية: (...)؛ فعلى هذا، يتطرق نسخها" (Zâd ul-massîr).
▪️ – Un verset dit aux croyants : "O ceux qui ont apporté foi, souciez-vous de vous-mêmes. Celui qui s'est égaré ne vous fera pas du tort du moment que vous êtes bien guidés" : "يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ عَلَيْكُمْ أَنفُسَكُمْ لاَ يَضُرُّكُم مَّن ضَلَّ إِذَا اهْتَدَيْتُمْ إِلَى اللّهِ مَرْجِعُكُمْ جَمِيعًا فَيُنَبِّئُكُم بِمَا كُنتُمْ تَعْمَلُونَ" (Coran 5/105) :
----- si on considère seulement sa lettre, alors il est possible de dire qu'il y a eu ici Nas' (cas 3 plus haut) : ordonner aux autres de faire le bien et leur interdire de faire le mal, cela dépend de la situation ; ce verset aura été révélé lorsque la situation ne permettait pas de le faire ; puis, lorsque la situation le rendit possible, d'autres versets vinrent communiquer l'ordre de le faire ;
----- mais l'interprétation correcte de ce verset est que pour être pleinement bien guidé, il faut également avoir ordonné de faire le bien et avoir interdit de faire le mal selon ce que permet la situation ; ce verset veut dès lors seulement dire de ne pas s'affliger si ceux à qui on a adressé le rappel voulu ne suivent pas ce qu'on leur a dit. Le verset n'est alors mansûkh dans aucun des sens du terme.
Ibn ul-Jawzî écrit : "قال الزجاج: ومعنى الآية: "إنما ألزمكم الله أمر أنفسكم، ولا يؤاخذكم بذنوب غيركم"؛ وهذه الآية لا توجب ترك الأمر بالمعروف، لأن المؤمن إذا تركه وهو مستطيع له، فهو ضال وليس بمهتد. وقال عثمان بن عفان: "لم يأت تأويلها بعد"؛ وقال ابن مسعود: "تأويلها في آخر الزمان. قولوا ما قبل منكم؛ فإذا غلبتم، فعليكم أنفسكم". (...) فصل: فعلى ما ذكرنا عن الزجاج في معنى الآية، هي محكمة. وقد ذهب قوم من المفسرين إلى أنها منسوخة" (Zâd ul-massîr).
Ibn Taymiyya écrit pour sa part : "عليكم أنفسكم} أي الزموها وأَقبِلوا عليها. ومن مصالح النفس فعل ما أمرت به من الأمر والنهي. وقال: {لا يضركم من ضل إذا اهتديتم} وإنما يتم الاهتداء إذا أطيع الله وأدي الواجب من الأمر والنهي وغيرهما. ولكن في الآية فوائد عظيمة: أحدها ألا يخاف المؤمن من الكفار والمنافقين، فإنهم لن يضروه إذا كان مهتديا؛ الثاني ألا يحزن عليهم ولا يجزع عليهم، فإن معاصيهم لا تضره إذا اهتدى، والحزن على ما لا يضر عبث. وهذان المعنيان مذكوران في قوله {واصبر وما صبرك إلا بالله ولا تحزن عليهم ولا تك في ضيق مما يمكرون}" (Mf 14/480-481 : il y a encore d'autres choses après).
▪️ – Les versets qui disent que le devoir du Prophète (sur lui soit la paix) est seulement de transmettre le Message :
----- "وَقُل لِّلَّذِينَ أُوْتُواْ الْكِتَابَ وَالأُمِّيِّينَ أَأَسْلَمْتُمْ فَإِنْ أَسْلَمُواْ فَقَدِ اهْتَدَواْ وَّإِن تَوَلَّوْاْ فَإِنَّمَا عَلَيْكَ الْبَلاَغُ وَاللّهُ بَصِيرٌ بِالْعِبَادِ" (Coran 3/20).
----- "وَإِن مَّا نُرِيَنَّكَ بَعْضَ الَّذِي نَعِدُهُمْ أَوْ نَتَوَفَّيَنَّكَ فَإِنَّمَا عَلَيْكَ الْبَلاَغُ وَعَلَيْنَا الْحِسَابُ" (Coran 13/40). Ibn ul-Jawzî écrit : "قوله تعالى: {وإن ما نرينك بعض الذي نعدهم} أي: من العذاب وأنت حي {أو نتوفينك} قبل أن نريك ذلك، فليس عليك إلا أن تبلغ، {وعلينا الحساب}؛ قال مقاتل: يعني الجزاء. وروى ابن أبي طلحة عن ابن عباس أن قوله {فإنما عليك البلاغ} نُسخ بآية السيف وفرض الجهاد؛ وبه قال قتادة" (Zâd ul-massîr) ;
----- "فَإِن تَوَلَّوْاْ فَإِنَّمَا عَلَيْكَ الْبَلاَغُ الْمُبِينُ" (Coran 16/82). "قوله تعالى: {فإن تولوا} أعرضوا عن الإيمان {فإنما عليك البلاغ المبين}. وهذه عند المفسرين منسوخة بآية السيف" (Zâd ul-massîr) ;
----- "فَذَكِّرْ إِنَّمَا أَنتَ مُذَكِّرٌ لَّسْتَ عَلَيْهِم بِمُصَيْطِرٍ إِلَّا مَن تَوَلَّى وَكَفَرَ فَيُعَذِّبُهُ اللَّهُ الْعَذَابَ الْأَكْبَرَ إِنَّ إِلَيْنَا إِيَابَهُمْ ثُمَّ إِنَّ عَلَيْنَا حِسَابَهُمْ" (Coran 88/21-26). "فذكر} أي: فعظ {إنما أنت مذكر} أي: واعظ، ولم يكن حينئذ أمر بغير التذكير، ويدل عليه قوله عز وجل: {لست عليهم بمصيطر} أي: بمسلط، فتقتلهم وتكرههم على الإيمان. ثم نسختها آية السيف" (Zâd ul-massîr).
En fait :
--- si ces versets ont pour signification de rappeler au Prophète que son devoir est seulement de transmettre et qu'il ne doit aucunement réagir à ce que ses concitoyens de La Mecque lui disaient et à ce qu'ils faisaient, alors il y a eu ici Naskh au sens 4 (voir plus haut), puisque (comme nous l'avons vu plus haut,) quelque temps après son arrivée à Médine, le Prophète reçut une nouvelle révélation l'autorisant, et plus tard, une autre encore lui ordonnant de prendre les armes contre ses ennemis (sans que cela soit avec l'objectif de les contraindre à se convertir à l'islam) ; cependant, même alors la transmission du message dut toujours se faire (c'est l'avis retenu par Ibn ul-'Arabî : An-Nâssikhu wa-l-Mansûkh, pp. 67-68, p. 155 : il écrit que le terme "إِنَّمَا" induit une restriction à ce qui suit) ;
--- si par contre ces versets ont pour signification de consoler le Prophète (sur lui soit la paix) - qui prenait à coeur sa mission au point de vouloir à tout prix que ses concitoyens mecquois acceptent l'islam -, lui disant de ne pas se soucier outre mesure du fait que nombre de ceux-ci se détournent, alors cela n'est mansûkh dans aucun des sens du terme.
C'est cette distinction (tafsîl) que Ibn ul-Jawzî a exposée au sujet du verset 3/20 : "اختلف علماء الناسخ والمنسوخ في هذه الآية. فذهبت طائفة إلى أنها محكمة، وأن المراد بها: تسكين نفس النبي صلى الله عليه وسلم عند امتناع من لم يجبه، لأنه كان يحرص على إيمانهم، ويتألم من تركهم الإجابة. وذهبت طائفة إلى أن المراد بها: الاقتصار على التبليغ؛ وهذا منسوخ بآية السيف" (Zâd ul-massîr).
▪️ – Le verset qui, parlant de ceux (parmi les juifs de Médine ou alentour) de la part de qui le Prophète (sur lui soit la paix) ne cesserait de prendre connaissance d'une certaine trahison, et qui conclut par : "Excuse-leur et détourne-toi. Dieu aime les bienfaisants" : "وَلاَ تَزَالُ تَطَّلِعُ عَلَىَ خَآئِنَةٍ مِّنْهُمْ إِلاَّ قَلِيلاً مِّنْهُمُ فَاعْفُ عَنْهُمْ وَاصْفَحْ إِنَّ اللّهَ يُحِبُّ الْمُحْسِنِينَ" (Coran 5/13).
--- Certains commentateurs ont dit que cela parle de la rupture du pacte de non-agression, et que ce hukm de passer dessus est mansûkh. Voici ce que par exemple as-Suyûtî a écrit : "ولا تزال} خطاب للنبي صلى الله عليه وسلم {تطلع} تظهر {على خائنة} أي خيانة {منهم} بنقض العهد وغيره {إلا قليلا منهم} ممن أسلم، {فاعف عنهم واصفح إن الله يحب المحسنين}. وهذا منسوخ بآية السيف" (Tafsîr ul-Jalâlayn) ;
--- Or Ibn ul-'Arabî fait valoir que ce verset 5/13 ne parle pas d'une trahison qui irait jusqu'à la rupture du pacte et donc à une agression physique ou chose équivalente. Ce verset parle d'une tromperie bien moindre que cela. Or faire preuve de patience par rapport à cela n'est pas mansûkh, dit-il (An-Nâssikh wa-l-mansûkh, pp. 117-118).
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Conclusion :
On voit que le terme "naskh" employé dans les commentaires du Coran ne signifie pas toujours "abrogation".
Le terme "naskh" ayant été employé par certains ulémas au sujet des versets de la paix signifie seulement que la portée de ces versets a été modifiée par les versets du combat : alors qu'auparavant l'abnégation était la seule possibilité face aux abus et aux injustices, il y a eu ensuite la possibilité, puis l'obligation de résister face aux agresseurs (avec les types B.2, B.3, B.4 et B.5 cités dans l'article "La paix est ce que nous souhaitons"). Quant aux versets 9/4-6, ils concernent un cas spécifique, le B.6 : il s'agit de l'Arabie, comme nous l'avons vu dans l'article "Les versets demandant de tuer les polycultistes : ne pas couper ces textes de leur contexte".
Dans tous les cas, contraindre les non-musulmans à se convertir à l'islam est proscrit :
--- un verset mecquois : "أَفَأَنتَ تُكْرِهُ النَّاسَ حَتَّى يَكُونُواْ مُؤْمِنِينَ" : "Est-ce que tu serais à contraindre les hommes jusqu'à ce qu'ils soient croyants ?" (Coran 10/99) ;
--- un verset médinois : "لاَ إِكْرَاهَ فِي الدِّينِ" : "Pas de contrainte (pour faire entrer quelqu'un) dans la religion" (Coran 2/256).
Et contrairement à ce que prétendent certains, ces versets ne sont pas abrogés.
-- La sourate 2, où le verset 2/256 figure, est la plus connue des sourates de la période de Médine, et le Prophète avait alors déjà le pouvoir ; et puis, dans cette sourate même, aux versets 190-195, puis aux versets 216-217, il est explicitement fait mention de combat.
-- Ibn Jarîr at-Tabarî a écrit dans son Tafsîr que ce verset 2/256 n'est pas abrogé. Il a rapporté de Ibn Abbâs un propos qui montre que ce verset 2/256 (rappelant l'interdiction de contraindre déjà formulée au verset mecquois 10/99), a été révélé en l'an 8 ou 9 de l'hégire [donc après la révélation de la plupart ou de la totalité des versets mentionnant le combat] : "عن ابن عباس: {لا إكراه في الدين قد تبين الرشد من الغي}: قال: وذلك لمّا دخل الناس في الإسلام وأعطى أهل الكتاب الجزية" (Tafsîr ut-Tabarî, commentaire de ce verset, relation n° 5810). Ibn Âshûr a écrit la même chose (At-Tahrîr wa-t-tanwîr, commentaire de ce verset).
Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).
