Le concept d'abrogation d'une Norme (نسخ الحكم)

Question :

En quoi consiste l'abrogation dans le Coran ? Pouvez-nous me citer un verset qui a été abrogé ? Comment explique-t-on l'abrogation d'un verset par un autre ?

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Réponse :

L'intégralité du texte coranique a été révélée au Prophète (que Dieu l'élève et le salue) sur une étendue de 23 années. Cette révélation graduelle du texte a rendu possible :
--- la progressivité dans la promulgation des règles (obligations et interdictions) ;
--- ainsi que l'abrogation totale de certaines règles, par leur remplacement par d'autres.

Ce sont ces deux cas de figure que nous allons voir ci-après.

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Avertissements préalables :

– Nous ne parlerons pas, ici, du Naskh ut-Tilâwa, déjà évoqué dans un article précédent, mais seulement du Naskh ul-Hukm.

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Et, concernant ce Naskh ul-Hukm, il faut distinguer :

----- l'Abrogation Véritable : sens 1 et 2 du terme Naskh, et qui seront désignés ci-après par : "B" et "C" respectivement ;

----- et les cas qui sont parfois désignés par le terme "Naskh" mais qui sont en réalité des :
------- Nas' (sens 3 du terme Naskh) (ci-après : "A").,
------- Takhsîs ul-'âmm bi dûni naskh / Taqyîd ul-mutlaq bi dûni naskh  (sens 4 du terme Naskh),
------- et Tawdhîh  (sens 5 du terme Naskh) :
ces cas-là ne constituent absolument pas des cas d'Abrogation.

En effet, le terme "Naskh" est parfois employé pour désigner ces autres choses ("sens 3", "sens 4" et "sens 5"), lesquelles ne constituent pas de l'abrogation véritable ("sens 1" et "sens 2")).

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I) Nous allons parler ici de Nas' (A), ainsi que de deux cas, distincts, de Naskh véritable (B et C) :

--- A) La Progressivité dans la législation, par la révélation d'une nouvelle règle, cependant que l'ancienne n'est pas définitivement abrogée : elle est seulement renvoyée à une situation semblable à l'ancienne : "Modification dans la nature de la règle révélée auparavant" (النسخ بمعنى نسء الحكم، وهو تشريع حكم جديد لحال جديد، مع تأخير الحكم المنزل قبل بالحال السائد وقت مشروعيته).
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--- B) La Progressivité dans la législation : "L'Interdiction de quelque chose qui, auparavant, n'avait pas encore fait l'objet d'une réglementation ; ou la détermination de quelque chose qui, auparavant, avait été laissée à l'appréciation de chacun" (النسخ بمعنى: نزول حكم التحريم لشيء كان حكمه الجواز الأصليّ قبل ذلك، أو بمعنى: نزول حكم التعيين لشيء كان حكمه الخيرة الأصليّة قبل ذلك).
Cela entraîne que le verset précédemment révélé sur le sujet ne peut plus être pratiqué seul, c'est-à-dire sans que les versets révélés ultérieurement soient eux aussi pratiqués, eux qui sont venus augmenter ce qui avait été révélé auparavant.
Ainsi en est-il du verset 4/43, qui interdisait d'être ivre aux horaires des prières rituelles : on ne peut plus se contenter de pratiquer son
hukm seul ; il faut pratiquer aussi le hukm induit par le verset 5/90, ce dernier ayant interdit non plus seulement l'ivresse à l'heure des prières, mais aussi la consommation d'alcool, et ce à tout moment, parachevant ainsi le processus d'interdiction.
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--- C) Le Remplacement de la règle précédemment révélée, par une autre règle, plus récemment révélée : "Changement définitif de la règle à appliquer" (النسخ بمعنى رفع الحكم المنزل قبلُ، بحيث يبدّل الوجوب بعدم الوجوب أو بعدم الجواز؛ أو الحرمة بالجواز).

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Le cas A présente des points communs, mais aussi des points de différence, avec le cas B (c'est-à-dire plus précisément, comme nous le verrons, avec les cas B.B et B.C)...

----- Dans le cas A, l'institution de la nouvelle règle est seulement en relation avec une situation nouvelle, car, en cas de retour de l'ancienne situation, l'ancienne règle redevient applicable : cela ne constitue alors que du Nas' (donc "Naskh au sens 3dans notre autre article). Et :
------- soit l'institution d'une nouvelle règle était annoncée : ainsi en est-il de ce verset : "فَاعْفُواْ وَاصْفَحُواْ حَتَّى يَأْتِيَ اللّهُ بِأَمْرِهِ", qui parle des cas d'insultes contre la personne du Prophète (sur lui soit la paix) ; c'est la Sunna qui a induit la nouvelle règle (quelques cas sont visibles dans notre article relatif au sabb un-nabî). Cependant, il y a eu ici du Nas' ("le sens 3" du terme dans notre autre article) ;
------- soit l'institution d'une nouvelle règle n'était pas du tout annoncée : la règle d'interdiction de se défendre par les armes "كُفُّواْ أَيْدِيَكُمْ وَأَقِيمُواْ الصَّلاَةَ وَآتُواْ الزَّكَاةَ" a été, durant le vivant du Prophète (sur lui soit la paix), remplacée par celle de l'obligation de se défendre par les armes. Cependant, ce remplacement n'est pas définitif : chacune de ces règles demeure en vigueur dans le futur, mais en relation avec, dans le réel, le contexte qui prévalait lors de sa révélation. Il y a eu, ici aussi, Nas'.

----- Tandis que dans le cas B, l'institution de la nouvelle règle est sans retour possible à l'ancienne : il s'agit bien, alors, du Naskh véritable et, surtout, définitif (donc "Naskh au sens 2dans notre autre article).

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Pour ce qui est de ce cas B, il consiste en le fait que, dans un premier temps, alors que la révélation se faisait déjà, elle ait gardé sous silence certaines actions qui avaient pourtant cours au vu du Messager, et que, ce n'est que plus tard qu'elle a interdit ces mêmes actions.

Le silence du Messager face à ce qu'il entend et ce qu'il constate de visu, cela vaut approbation (taqrîr) de sa part. Dès lors, quand, plus tard la révélation vint interdire ces actions, cela constitua lui aussi un genre de modification : ce fut une modification par rapport à l'antérieure approbation par silence.

Ce cas B consiste en fait en du Shar' ibtidâ'î...
--- et certains ulémas ne considèrent pas du tout ce cas de figure comme constituant du Naskh ;
--- ce sont certains autres ulémas qui le comptent quand même comme étant du "
Naskh" (Tafsîr Ibn Kathîr, tome 2, p. 160), et ce dans la mesure où, précédemment, il y avait une règle par istis'hâb. Parmi ces ulémas on compte : Ibn ul-'Arabî ; as-Suyûtî (Al-Itqân, p. 707).

Cependant, en fait il y a ici 3 cas de figure : 

--- B.A) soit quelque chose avait cours depuis avant l'islam, mais cela ne s'est passé devant le Prophète qu'une seule fois : la fois où la révélation est venue apporter une règle modifiant cela : c'est le cas de l'emploi de la formule du Zihâr : cela avait valeur de répudiation définitive dans la société arabe anté-islamique, puis le Coran a modifié ce que cette formule entraîne, suite au cas de Khawla bint Tha'laba, à qui son mari avait dit cette formule ; ici on ne dira pas, même d'après Ibn ul-'Arabî, que la révélation a fait Naskh de ce qui se passait auparavant : "الآية الأولى: النازلة في الظهار. قال بعضهم: نسخت ما كان عليه أهل الجاهلية من اعتقاد الظهار طلاقا حتى رفع الله لما شرع من الكفارة في الظهار. قال القاضي ابن العربي وفقه الله: ولا يصح ذلك لأن أحدًا لم يعمل به في صدر الإسلام فجعل له طلاق، وإنما كان امرًا لم يقع" (An-Nâssikh wa-l-Mansûkh, p. 211) ;

--- B.B) soit quelque chose avait cours depuis avant l'islam, et cela se passait devant le Prophète, qui voyait cela, mais la révélation ne statuait absolument pas sur le sujet : ce fut le cas de la consommation d'alcool depuis le début de l'islam, ensuite depuis la mention de cette consommation sans aucune législation à son sujet (aux étapes 1 et 2), jusqu'à l'étape 3 (étapes citées plus bas en VII) : ce fut à l'étape 3 que la révélation a commencé a interdire une partie de la consommation ; ici, d'après le principe retenu par Ibn ul-'Arabî, on dira que l'étape 3 a fait Naskh de ce qui s'est fait aux étapes 2 et 1, et même de ce qui s'est fait auparavant au vu du Prophète (sur lui soit la paix) mais avec silence de la révélation ;

--- B.C) soit quelque chose avait cours depuis avant l'islam, et la révélation a légiféré sur une partie de ce qui avait cours, laissant l'autre sous silence ; ce fut le cas de la consommation d'alcool lors de l'étape 3 ; ensuite, la révélation a interdit complètement cela, comme à l'étape 4 (voir plus bas, en VII) : ici encore, d'après le principe retenu par Ibn ul-'Arabî, on dira également que l'étape 4 a fait Naskh de l'étape 3

"فكان المقصود بهذه الآية في البيان حكمين: أحدهما أن ينكح الرجل اليتيمة من نفسه إذا أقسط فيه؛ فإن لم يرد ذلك فله نكاح ما سواها من النساء من واحدة إلى أربع، وهو الحكم الثاني. وهو ناسخ لما كانوا عليه في صدر الإسل من الاسترسال في نكاح النساء من غير حصر بعدد؛ لا لما كانوا عليه في الجاهلية، فإن أحكام الجاهلية ليست بشرع حتى يأتي بعده ما ينسخه. فأما الذي أقر عليه الشرع ولم يغيره، ثم جاء بعده غيره فإنه ناسخ له، والأول منسوخ، لأن سكوت النبي عن الشيء والإقرار له بعد المبعث عد له في الجملة الشرع حتى يأتي عليه النكير؛ وذلك فيما تتغير فيه الأحكام ويتقلب عليه الحلال والحرام، بله الكفر وعبادة الأصنام - فإنه لا يأتي شرع إلا بإنكارها ولا يصح في المعقول أن يأتي نبي بها -. وهذا القدر هو الذي جهلته هذه الطائفة القاصرة فاسترسلت عليه في قولها، وقالت بالتسوية بين ما يجوز أن يكون شرعا من قبيل الأحكام وبين ما لا يصح أن يكون شرعا من الكفر والباطل؛ وهو جهل عظيم. وكذلك سوت بين ما كانت الجاهلية تفعله قبل المبعث وبين ما أقر عليه الشرع بعد وروده؛ وهو أيضا جهل بين؛ فإن ما كانت العرب تفعله وإن كان من طريق الأحكام لا يعد من الشرع؛ وما كان الناس يفعلونه بعد المبعث ولا ينكره النبي فإنه شرع إذ سكوت النبي صلى الله عليه وسلم كإذنه، وتركه النكير كقوله لا حرج" (An-Nâssikh wa-l-Mansûkh, p. 83).

Je suis de l'avis de Ibn ul-'Arabî.

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Le cas C consiste pour sa part en ce qui suit...

Auparavant explicitement déclarée "licite", l'action est maintenant explicitement déclarée : "illicite".
Ou vice-versa : auparavant explicitement déclarée : "
illicite", l'action est maintenant explicitement déclarée : "licite".

Ou encore : auparavant explicitement déclarée "obligatoire", l'action est maintenant explicitement déclarée : "non-obligatoire" (soit qu'elle demeure malgré tout : "recommandée", comme dans le cas de l'accomplissement du qiyâm ul-layl ; soit qu'elle devient alors : "purement facultative" ; soit qu'elle devient carrément "interdite", comme dans le cas du fait de tester en faveur de ses parents).
Ou vice-versa : auparavant explicitement déclarée : "non-obligatoire", l'action est maintenant explicitement déclarée : "obligatoire
".

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Ce cas C comporte deux sous-cas...

----- C.A) Le cas où un texte instituait une règle, tout en précisant que cette règle aura cours jusqu'au moment où Dieu apportera une nouvelle règle
-------- C'est le cas par exemple dans ce verset : "حَتَّىَ (...) يَجْعَلَ اللّهُ لَهُنَّ سَبِيلاً" ; c'est la Sunna qui est venue exposer la nouvelle règle (le hadîth en question a été rapporté par Muslim). Il s'agit bien, ici, d'un Naskh définitif ("le sens 1dans notre autre article).

Ce cas C.A relève en fait du Bayân (exposé), et :
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n'est pas considéré comme étant du "Naskh" par certains ulémas. Il est possible que ce soit à cet avis que ash-Shawkânî ait fait allusion quand il a dit que le Hukm qui était "muqayyad bi waqt", le "inqidhâ'u waqti-hî" ne constitue pas du Naskh (Irshâd ul-fuhûl, p. 613) ;
--- est considéré malgré tout comme étant du "
Naskh" par d'autres ulémas (As-Sârim, p. 239).

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----- C.B) Le cas où un texte instituait une règle de façon inconditionnelle, mais ensuite une nouvelle règle est venu remplacer la première.

Le verset 2/180 ("كُتِبَ عَلَيْكُمْ إِذَا حَضَرَ أَحَدَكُمُ الْمَوْتُ إِن تَرَكَ خَيْرًا الْوَصِيَّةُ لِلْوَالِدَيْنِ وَالأقْرَبِينَ بِالْمَعْرُوفِ حَقًّا عَلَى الْمُتَّقِينَ") faisait obligation de tester en faveur de ses deux parents, règle qui a été définitivement abrogée par le verset 4/11 ("يُوصِيكُمُ اللّهُ فِي أَوْلاَدِكُمْ لِلذَّكَرِ مِثْلُ حَظِّ الأُنثَيَيْنِ فَإِن كُنَّ نِسَاء فَوْقَ اثْنَتَيْنِ فَلَهُنَّ ثُلُثَا مَا تَرَكَ وَإِن كَانَتْ وَاحِدَةً فَلَهَا النِّصْفُ وَلأَبَوَيْهِ لِكُلِّ وَاحِدٍ مِّنْهُمَا السُّدُسُ مِمَّا تَرَكَ إِن كَانَ لَهُ وَلَدٌ فَإِن لَّمْ يَكُن لَّهُ وَلَدٌ وَوَرِثَهُ أَبَوَاهُ فَلأُمِّهِ الثُّلُثُ فَإِن كَانَ لَهُ إِخْوَةٌ فَلأُمِّهِ السُّدُسُ مِن بَعْدِ وَصِيَّةٍ يُوصِي بِهَا أَوْ دَيْنٍ آبَآؤُكُمْ وَأَبناؤُكُمْ لاَ تَدْرُونَ أَيُّهُمْ أَقْرَبُ لَكُمْ نَفْعاً فَرِيضَةً مِّنَ اللّهِ إِنَّ اللّهَ كَانَ عَلِيما حَكِيمًا"), venu spécifier les quote-parts des parents aussi : on ne put dès lors plus tester en faveur de ses parents pour leur accorder la part de son choix. Il y a eu ici Naskh véritable.
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Le cas C.B constitue le Naskh en sa forme la plus accentuée : car, sans la venue du texte ultérieur, la règle induite par le texte premier aurait continuée à être considérée "applicable telle quelle", et ce sans aucune autre attente (contrairement au cas C.A, où il était annoncé à l'avance que la règle révélée courait jusqu'à un certain moment).

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II) Définition de l'abrogation :

L'abrogation se dit "Naskh" en arabe, dont la racine "N-S-Kh" signifie : "effacer quelque chose par autre chose" (Muf'radât ur-Râghib), et, ensuite : "recopier" (sans qu'il y ait forcément effacement de l'originel, bien que, à l'origine, recopier quelque chose permettait d'en effacer l'originel).

Dans le Regard de Dieu, l'Abrogation n'est pas un Changement d'Opinion : Dieu ne Se ravise pas. Pour Lui, qui sait tout, ce n'est que l'expression de la fin de la période d'applicabilité de la norme qu'Il avait décrétée précédemment : Sad'r ush-Sharî'a a ainsi précisé que par rapport à Dieu, il ne s'agit que de "l'exposé, par un texte postérieur, de la fin de la période d'applicabilité de la règle établie par un texte antérieur" : "ولما كان الشارع عالما بأن الحكم الأول مؤقت إلى وقت كذا كان دليل الثاني بيانا محضا لمدة الحكم في حقه. ولما كان الحكم الأول مطلقا، كان البقاء فيه أصلا عندنا لجهلنا عن مدته، فالثاني يكون تبديلا بالنسبة إلى علمنا" (At-Tawdhîh, 2/76).

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Par contre, par rapport au regard des hommes qui reçoivent la Révélation, voici 2 définitions du Naskh...

----- Une première définition de l'Abrogation véritable d'une Norme (Naskh), par Ibn Qudâma :

"رفع الحكم الثابت بخطاب متقدم، بخطاب متراخ عنه" : "l'enlèvement, par un texte postérieur, de la règle établie par un texte lui étant antérieur" (Rawdhat un-nâzir). 
La définition donnée par Sad'r ush-Sharî'a est très voisine : "وهو أن يرد دليل شرعي متراخيا عن دليل شرعي مقتضيا خلاف حكمه" (avec cette explication de at-Taftâzânî : "والمراد بخلاف حكمه ما يدافعه وينافيه") : "La survenue d'une preuve légale [= texte du Coran ou de la Sunna] postérieure à une autre preuve légale [lui étant donc antérieure], et induisant un hukm différent du hukm que celle-ci (induisait)" (At-Tawdhîh, 2/76).
Comme on le voit dans ces définitions, pour qu'il y ait constitution d'un Naskh, il est nécessaire qu'il y ait postériorité du second texte ; sinon, si le second texte est prononcé de façon immédiate au premier, cela consistera en une particularisation ne constituant pas abrogation, même partielle (Takhsîs bi dûni naskh).

Cette définition englobe l'Abrogation du type C.B (qui est la forme la plus accentuée de Naskh), et, dans une certaine perspective, celle du type C.A aussi.
Par contre, elle n'englobe absolument pas le type B.

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----- Et voici une seconde définition du Naskh :

"بيان انتهاء مدة مشروعية العمل على الحكم السائد حتى الآن، بخطاب جديد من الشارع" : "l'exposé, par un texte nouveau, de la fin de la période d'applicabilité de la règle jusqu'alors en vigueur et qui était induite par un texte antérieur"

Cette seconde définition englobe pour sa part les 3 cas sus-cités : le B, le C.A et le C.B, et fait d'eux tous : des cas de Naskh Véritable.

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III) Les deux Naskh des types B et C font également l'objet d'une autre classification :

i) Soit il y a un Naskh Juz'î : une abrogation de la règle précédente, par une nouvelle règle qui ne concerne que certains individus particuliers, au sein de l'ensemble des individus qui étaient concernés par la règle antérieure :

La règle antérieure n'est donc abrogée qu'en ce qui concerne certains individus précis, tandis qu'elle demeure comme elle était pour tous les autres.

Ce fut le cas de la règle énoncée ici : "وَالَّذِينَ يَرْمُونَ الْمُحْصَنَاتِ ثُمَّ لَمْ يَأْتُوا بِأَرْبَعَةِ شُهَدَاء فَاجْلِدُوهُمْ ثَمَانِينَ جَلْدَةً وَلَا تَقْبَلُوا لَهُمْ شَهَادَةً أَبَدًا وَأُوْلَئِكَ هُمُ الْفَاسِقُونَ إِلَّا الَّذِينَ تَابُوا مِن بَعْدِ ذَلِكَ وَأَصْلَحُوا فَإِنَّ اللَّهَ غَفُورٌ رَّحِيمٌ" (Coran 24/4-5). Elle concernait tout le monde, y compris le mari.
Ce ne fut que suite à l'accusation portée par Hilâl ibn Umayya à l'encontre de son épouse, que la révélation du passage suivant vint en excepter le mari : "وَالَّذِينَ يَرْمُونَ أَزْوَاجَهُمْ وَلَمْ يَكُن لَّهُمْ شُهَدَاء إِلَّا أَنفُسُهُمْ فَشَهَادَةُ أَحَدِهِمْ أَرْبَعُ شَهَادَاتٍ بِاللَّهِ إِنَّهُ لَمِنَ الصَّادِقِينَ وَالْخَامِسَةُ أَنَّ لَعْنَتَ اللَّهِ عَلَيْهِ إِن كَانَ مِنَ الْكَاذِبِينَ وَيَدْرَأُ عَنْهَا الْعَذَابَ أَنْ تَشْهَدَ أَرْبَعَ شَهَادَاتٍ بِاللَّهِ إِنَّهُ لَمِنَ الْكَاذِبِينَ وَالْخَامِسَةَ أَنَّ غَضَبَ اللَّهِ عَلَيْهَا إِن كَانَ مِنَ الصَّادِقِينَ وَلَوْلَا فَضْلُ اللَّهِ عَلَيْكُمْ وَرَحْمَتُهُ وَأَنَّ اللَّهَ تَوَّابٌ حَكِيمٌ" (Coran 24/6-10). "عن ابن عباس، أن هلال بن أمية قذف امرأته عند النبي صلى الله عليه وسلم بشريك ابن سحماء. فقال النبي صلى الله عليه وسلم: "البينة، أو حد في ظهرك!" فقال: "يا رسول الله، إذا رأى أحدنا على امرأته رجلا ينطلق يلتمس البينة؟" فجعل النبي صلى الله عليه وسلم يقول: "البينة، وإلا حد في ظهرك!" فقال هلال: "والذي بعثك بالحق إني لصادق، فلينزلن الله ما يبرئ ظهري من الحد". فنزل جبريل وأنزل عليه: {والذين يرمون أزواجهم} فقرأ حتى بلغ: {إن كان من الصادقين}. فانصرف النبي صلى الله عليه وسلم، فأرسل إليها. فجاء هلال فشهد، والنبي صلى الله عليه وسلم يقول: "إن الله يعلم أن أحدكما كاذب، فهل منكما تائب؟" ثم قامت فشهدت" (al-Bukhârî, 4470). "عن ابن عباس قال: جاء هلال بن أمية وهو أحد الثلاثة الذين تاب الله عليهم، فجاء من أرضه عشيا فوجد عند أهله رجلا، فرأى بعينه وسمع بأذنه، فلم يهجه حتى أصبح. ثم غدا على رسول الله صلى الله عليه وسلم، فقال: "يا رسول الله، إني جئت أهلي عشاء، فوجدت عندهم رجلا، فرأيت بعيني، وسمعت بأذني". فكره رسول الله صلى الله عليه وسلم ما جاء به، واشتد عليه. فنزلت: {والذين يرمون أزواجهم ولم يكن لهم شهداء إلا أنفسهم فشهادة أحدهم} الآيتين كلتيهما، فسري عن رسول الله صلى الله عليه وسلم، فقال: "أبشر يا هلال، قد جعل الله عز وجل لك فرجا ومخرجا"، قال هلال: "قد كنت أرجو ذلك من ربي". فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "أرسلوا إليها"" (Abû Dâoûd, 2256, dha'îf).

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ii) Soit il y a un Naskh Kullî : une abrogation de la règle précédente par rapport à tous les individus concernés par celle-ci :

Dans ce cas, nous avons les sous-cas suivants, car ce Naskh se fait :

----- soit Bilâ Badal : la règle précédente est tout simplement annulée, sans remplaçant. C'est le cas dans le passage suivant : "يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا إِذَا نَاجَيْتُمُ الرَّسُولَ فَقَدِّمُوا بَيْنَ يَدَيْ نَجْوَاكُمْ صَدَقَةً ذَلِكَ خَيْرٌ لَّكُمْ وَأَطْهَرُ فَإِن لَّمْ تَجِدُوا فَإِنَّ اللَّهَ غَفُورٌ رَّحِيمٌ أَأَشْفَقْتُمْ أَن تُقَدِّمُوا بَيْنَ يَدَيْ نَجْوَاكُمْ صَدَقَاتٍ فَإِذْ لَمْ تَفْعَلُوا وَتَابَ اللَّهُ عَلَيْكُمْ فَأَقِيمُوا الصَّلَاةَ وَآتُوا الزَّكَاةَ وَأَطِيعُوا اللَّهَ وَرَسُولَهُ وَاللَّهُ خَبِيرٌ بِمَا تَعْمَلُونَ" (Coran 58/12-13) ;

----- soit Ilâ Badal : la règle précédente est maintenue, c'est en fait son objet qui est remplacé par un autre :
------ Ilâ Badalin Akhaff : l'objet est plus léger que le précédent : "إِن يَكُن مِّنكُمْ عِشْرُونَ صَابِرُونَ يَغْلِبُواْ مِئَتَيْنِ وَإِن يَكُن مِّنكُم مِّئَةٌ يَغْلِبُواْ أَلْفًا مِّنَ الَّذِينَ كَفَرُواْ بِأَنَّهُمْ قَوْمٌ لاَّ يَفْقَهُونَ. الآنَ خَفَّفَ اللّهُ عَنكُمْ وَعَلِمَ أَنَّ فِيكُمْ ضَعْفًا فَإِن يَكُن مِّنكُم مِّئَةٌ صَابِرَةٌ يَغْلِبُواْ مِئَتَيْنِ وَإِن يَكُن مِّنكُمْ أَلْفٌ يَغْلِبُواْ أَلْفَيْنِ بِإِذْنِ اللّهِ وَا" (Coran 8/65-66) ;
------ Ilâ Badalin Mussâwin : l'objet est comparable au précédent, en terme d'astreinte : l'obligation de se tourner, pour la salât, vers Bayt ul-Maqdis (qui avait été instituée par la Sunna) fut remplacée par l'obligation de se tourner vers la Kaaba (fixée par le Coran) ;
------ Ilâ Badalin Athqal : l'objet est plus astreignant : ce fut le cas de la règle finale concernant la consommation d'alcool : elle fut plus étendue que la règle précédente (laquelle se limitait à : une consommation en grande quantité, entraînant l'ivresse ; et une ivresse perdurant jusqu'aux horaires des prières rituelles obligatoires).

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IV) L'Abrogation du type B, on peut la comprendre : il s'agit d'une progressivité pour pédagogie. Mais comment comprendre le principe de l'Abrogation du type C, c'est-à-dire le Remplacement d'une norme divine par une norme divine totalement différente ?

Déjà ce n'est pas tout propos de Dieu ou de l'un de Ses Messagers qui est susceptible d'être abrogé.
Seuls certains propos furent susceptibles d'être abrogés (certains d'entre eux l'ayant dûment été à l'époque de la révélation, d'autres ne l'ayant pas été)
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Pour ce qui est des Informations (Akhbâr) :

L'Abrogation ne concerne jamais les Informations relatives à Dieu et Ses Attributs, ni les Informations relatives à ce qui relève de l'Invisible.

Par contre, il peut y avoir abrogation concernant une Information relative à une menace de châtiment.

Cela est dû au fait que Dieu peut ne pas appliquer la peine dont Il avait menacé, et gracier la personne (cela dans le cas des personnes dont Il a dit qu'Il peut les gracier) (Irshâd ul-fuhûl, p. 623).

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Pour ce qui est des Normes (Ahkâm) (Obligations et Interdits) :

L'Abrogation de type C ne peut jamais toucher un certain nombre de normes essentielles : Dieu n'a jamais abrogé une Norme qui est 'Aqla-Qalbî, ni même certaines normes plus particulières, dont Il a ainsi voulu qu'elles forment le cercle du Millî : "وقال ابن عباس: هذه الآيات المحكمات التي ذكرها الله في سورة الأنعام، أجمعت عليها شرائع الخلق، ولم تنسخ قط في ملة" (Tafsîr ul-Qurtubî, 7/132).
Elle ne peut toucher que des Normes qui sont d'un degré moindre : "ولا خلاف أن الله تعالى لم يغاير بين الشرائع في التوحيد والمكارم والمصالح؛ وإنما خالف بينها في الفروع حسبما علمه سبحانه" (Ibid., 16/164).
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Maintenant comment se fait-il que de telles Ahkâm Tak'lîfiyya - fussent-elles de ce degré moindre - puissent avoir été d'abord décrétées par Dieu, puis abrogées par Lui-même (type C) ?

En fait Progressivité dans la législation (B) et remplacement de la règle précédente par une nouvelle règle (C) relèvent tous deux du même principe : la prise en compte de l'avancée de la communauté musulmane pendant la révélation.
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Cela n'implique-t-il pas qu'à un moment donné, Dieu agréait cette façon de faire, puis, après l'abrogation de celle-ci, S'est mis à ne plus l'agréer ?

Oui, c'est bien cela.
Et cela est dû au fait que Dieu
ne met pas seulement en lumière (kashf) les normes (comme le pensent les Mutazilites) : il est certains cas (2.2, 2.3 et 3) où Il induit (inshâ') des normes, comme Il le veut
Il est le Souverain (Malik), et à Lui appartient la Royauté (Mulk) des cieux et de la Terre.
Et Il dit : "يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ أَوْفُواْ بِالْعُقُودِ أُحِلَّتْ لَكُم بَهِيمَةُ الأَنْعَامِ إِلاَّ مَا يُتْلَى عَلَيْكُمْ غَيْرَ مُحِلِّي الصَّيْدِ وَأَنتُمْ حُرُمٌ إِنَّ اللّهَ يَحْكُمُ مَا يُرِيدُ" : "(...) Dieu décrète (comme loi) ce qu'Il veut" (Coran 5/1)...

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V) Abrogation de Shar' antérieures :

Certaines prescriptions de Shar' l'ayant précédée, ont été abrogées par la Shar' apportée par Moïse (sur lui soit la paix) : au niveau B, certes, mais aussi au niveau C : en effet, au sein toutes les choses qui avaient été explicitement autorisées pour tous les descendants de Noé dans la Shar' de ce dernier ("Tout ce qui remue et qui vit vous servira de nourriture comme déjà l'herbe mûrissante, je vous donne tout. Toutefois vous ne mangerez pas la chair avec sa vie, c'est-à-dire son sang" : Genèse 9/3-4), certaines furent plus tard déclarées illicites pour les fils d'Israël dans la Shar' de Moïse.

Ensuite, certaines prescriptions de la Shar' de Moïse ont été abrogées par la Shar' de Muhammad (sur eux soit la paix) : autant au niveau B (le fait de sculpter des figures animées, qui a été déclaré interdit dans la Shar' de Muhammad) qu'au niveau C (la fin, dans la Shar' de Muhammad, de l'interdiction de travailler le samedi). En fait cette Shar' a procédé à un retour à la source abrahamique, suivie d'un développement par ramification, et d'une universalisation.

Lire : "Comment est-il imaginable que Dieu abroge une règle qu'Il avait Lui-même communiquée auparavant à un autre Messager ?".

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VI) Pour ce qui est de l'Abrogation se produisant à l'intérieur de la Shar'u Muhammad (صلى الله عليه وسلّم) : Une Norme présente dans le Coran, ou dans les Hadîths, qui donc peut l'abroger (Naskh de type B ou C) : les Ulémas ? les Muftîs ? les Qâdhî ? les Mujtahidûn bi-jtihâd mutlaq ? le Ijmâ' des Ulémas ? le Amîr ?

L'abrogation d'un hukm présent en certains textes (Coran et Sunna) n'a pu avoir lieu qu'à l'époque de la révélation. Depuis la fin de la révélation, aucune abrogation d'un hukm présent dans un texte n'est plus possible : "لا نسخ بعد انقطاع الوحي" (Al-Mustasfâ, al-Ghazâlî, 1/126)...

Même un Consensus (Ijmâ') ne peut pas, à lui seul, abroger un hukm présent dans le Coran ou la Sunna.
Oui, il peut y avoir Ijmâ' quant au fait que tel hukm est abrogé : mais cela signifie seulement qu'il y a Ijmâ' que tel verset a abrogé tel autre, ou que tel hadîth en a abrogé tel autre, ou encore que tel propos attribué au Prophète est faux (Irshâd ul-fuhûl, p. 639). Et non pas qu'un Ijmâ' pourrait à lui seul abroger un hukm présent dans le Coran ou la Sunna :
"الإجماع لا ينسخ به، إذ لا نسخ بعد انقطاع الوحي. وما نسخ بالإجماع فالإجماع يدل على ناسخ قد سبق في زمان نزول الوحي من كتاب أو سنة" (Al-Mustasfâ, 1/126).
Y a-t-il vraiment impossibilité de remettre la zakât à "الْمُؤَلَّفَةِ قُلُوبُهُمْ", "ceux dont les cœurs sont à gagner", il y a divergence entre les mujtahidûn sur le sujet ; l'école hanafite est d'avis que cela est impossible après le décès du Prophète (sur lui soit la paix) ; cependant, précisent ses ulémas, ce n'est pas qu'un Ijmâ' aurait fait Naskh de ce hukm présent dans le verset du Coran : cela est impossible : "قوله: (أو نسخ بقوله - صلى الله عليه وسلم - إلخ) أي هو مستند الإجماع فالنسخ في حياته - صلى الله عليه وسلم - بالحديث المذكور الذي سمعه أهل الإجماع من النبي صلى الله عليه وسلم، فكان قطعيا بالنسبة إليهم فيصح نسخه للكتاب. وجعل في البحر مستند الإجماع الآية التي ذكرها عمر رضي الله تعالى عنه. وإنما لم يجعل الإجماع ناسخا لأنه خلاف الصحيح؛ لأن النسخ لا يكون إلا في حياته صلى الله عليه وسلم، والإجماع لا يكون إلا بعده، كما أوضحه المصنف في المنح" (Radd ul-muhtâr, 3/288.)
Ibn Taymiyya écrit qu'il n'est pas non plus possible que la Umma ait relaté le hadîth abrogé mais pas le hadîth qui l'abroge, et ait seulement relaté le Consensus sur le fait que le premier texte soit abrogé (MF 19/201). Dès lors, quand on lit sous la plume de ulémas : "Le hukm véhiculé par ce hadîth est Mansûkh bi-l-Ijmâ' : abrogé par Consensus", cela veut dire en fait : "Le hukm véhiculé par ce hadîth a été abrogé par tel autre hadîth, et ce caractère abrogeant /abrogé fait l'objet d'un Consensus".

Un Ijmâ' postérieur ne peut même pas abroger un Ijmâ' précédent, vu que le Ijmâ' ne peut se produire qu'après le décès du Prophète, or, après son décès, aucun Naskh ne se produit plus. 

Ibn 'Atiyya écrit : "وهذا كله في مدة النبي صلى الله عليه وسلم. وأما بعد موته واستقرار الشريعة فأجمعت الأمة أنه لا نسخ. ولهذا كان الإجماع لا ينسخ ولا ينسخ به، إذ انعقاده بعد انقطاع الوحي" : "Tout cela a eu lieu à l'époque du Prophète - que Dieu l'élève et le salue. Quant à (la période) postérieure à son décès et l'établissement de sa Voie, la Umma est unanime à dire qu'il n'y a (alors) plus de naskh possible. C'est pour cette raison que le Ijmâ' n'est [après s'être établi] pas abrogeable, et ne sert pas à abroger [un texte], puisque l'établissement du (Ijmâ') (n')est (possible qu')après l'interruption (définitive) de la révélation" (Tafsîr Ibn 'Atiyya, commentaire de Coran 2/106).
Cette phrase a été reprise telle quelle par al-Qurtubî (Tafsîr ul-Qurtubî, tome 2 p. 66).

(Ce qui vient d'être dit n'implique cependant évidemment pas que tout hukm mustanbat min an-nussûs (extrait des textes) et muhkam (= pas abrogé), on l'applique tel quel, sans tenir compte de la présence ou l'absence de la cause le commandant (sabab), de la condition de son applicabilité (shart), et de sa ratio legis ('illa), et sans muwâzana dans le cas où son application entraînera une grande mafsada.)

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Oui, par contre, il existe ce qu'on appelle : "النسخ الاجتهاديّ", "naskh ijtihâdî" : "abrogation d'après l'interprétation d'un mujtahid" ; cependant, il s'agit d'une proposition qu'abrogation a eu lieu d'un hadîth, par un autre hadîth ; donc toujours de deux textes de l'époque de la révélation :

En fait, il existe l'abrogation spécifiée dans le texte lui-même. C'est le "النسخ المنصوص عليه".
C'est le cas dans ce verset : "الآنَ خَفَّفَ اللّهُ عَنكُمْ وَعَلِمَ أَنَّ فِيكُمْ ضَعْفًا" : "Maintenant Dieu a allégé de vous, et a su qu'il y a en vous quelque faiblesse" (Coran 8/66), qui traite d'un point lié au combat et exposé dans notre article y étant consacré.
C'est également le cas dans ce hadîth : "عن بريدة قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "نهيتكم عن زيارة القبور فزوروها" : "Je vous avais interdit de visiter les tombes ; (maintenant) visitez-les. (...)" (Muslim, 977). 

Et il existe la proposition, par un mujtahid, de l'existence d'une abrogation, et ce comme moyen de conciliation entre plusieurs textes paraissant se contredire. Voilà le "النسخ الاجتهاديّ".
C'est le cas pour certains versets du Coran, comme par exemple le 2/234 ("وَالَّذِينَ يُتَوَفَّوْنَ مِنكُمْ وَيَذَرُونَ أَزْوَاجًا يَتَرَبَّصْنَ بِأَنفُسِهِنَّ أَرْبَعَةَ أَشْهُرٍ وَعَشْرًا فَإِذَا بَلَغْنَ أَجَلَهُنَّ فَلاَ جُنَاحَ عَلَيْكُمْ فِيمَا فَعَلْنَ فِي أَنفُسِهِنَّ بِالْمَعْرُوفِ وَاللّهُ بِمَا تَعْمَلُونَ خَبِيرٌ") : ce verset 2/234 a-t-il abrogé le verset 2/240 ("وَالَّذِينَ يُتَوَفَّوْنَ مِنكُمْ وَيَذَرُونَ أَزْوَاجًا وَصِيَّةً لِّأَزْوَاجِهِم مَّتَاعًا إِلَى الْحَوْلِ غَيْرَ إِخْرَاجٍ فَإِنْ خَرَجْنَ فَلاَ جُنَاحَ عَلَيْكُمْ فِي مَا فَعَلْنَ فِيَ أَنفُسِهِنَّ مِن مَّعْرُوفٍ وَاللّهُ عَزِيزٌ حَكِيمٌ") ? ou ne l'a-t-il pas abrogé (car lui, 2/234, n'induit que la durée obligatoire du délai de viduité, alors que le 2/240 n'induit, pour les 7 mois et 20 jours restant, qu'une recommandation à laisser la veuve habiter l'ancienne demeure conjugale) ?
Il y a divergence entre les mujtahidûn sur ce point.
C'est également le cas pour par exemple les hadîths dont l'un autorise que l'on garde chez soi une étoffe sur laquelle figure la représentation d'un être animé (dhû rûh), alors que l'autre l'interdit.

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Dès lors :

A l'intérieur de la Shar'u Muhammad, il y a certaines normes qui avaient été communiquées dans un premier temps puis qui ont été abrogées (par exemple le fait de prendre la direction de Bayt ul-Maqdis pour accomplir les prières rituelles : en vigueur après l'émigration à Médine, cela fut ensuite abrogé).

Et il y a d'autres normes qui font partie des Normes abrogeables (voir le point IV), mais qui n'ont pas été abrogées :
--- il y a certaines normes au sujet desquelles le texte lui-même a stipulé que cela sera valable jusqu'à la fin des temps ("فهو حرام إلى يوم القيامة") ; 
--- il y a d'autres normes où le texte ne l'a pas stipulé, mais il y a eu consensus des ulémas quant au fait que cette norme n'a pas été abrogée ;
--- enfin, il y a certaines normes dont ce sont certains mujtahidûn qui pensent qu'elles n'ont pas été abrogées (tandis que d'autres pensent qu'elles ont été abrogées) : offrir le sacrifice d'un animal au mois de Rajab (العتيرة) : cela était institué, mais a été complètement abrogé d'après de nombreux mujtahidûn (mais pas d'après ash-Shâfi'î, d'après qui cela est maintenant mustahabb). 

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VII) Un hukm établi par un hadîth, un verset du Coran pouvait-il l'abroger ? Et un hukm établi par un verset du Coran, un hadîth pouvait-il l'abroger ?

En ce point VII, nous n'allons pas parler des cas de changement d'avis qui se sont produits parfois de la part du Prophète (sur lui soit la paix). Car il faut savoir que, dans la Sunna, on trouve certains changements qui sont ainsi dus à une non-connaissance antérieure de la part du Prophète (sur lui soit la paix) : le Prophète avait exprimé quelque chose, mais ensuite il reçut une révélation lui signifiant que cela était erroné, et, alors, il exprima dans une seconde parole que ce qu'il avait dit précédemment était dû au fait qu'il n'avait pas encore reçu d'information : le contenu de son second hadîth annule celui du premier.

--- Ainsi en est-il du fait que, suite à la question de Aïcha, il répondit que seuls ceux morts sans Asl ul-îmân subissaient le châtiment dans le Barzakh, avant de recevoir la révélation l'informant du fait que ceux qui sont morts avec Asl ul-îmân peuvent bel et bien subir un châtiment dans ce lieu.
--- De même, il accomplit la prière funéraire sur Abdullâh ibn Ubayy Ibn Salûl, sachant que celui-ci était un Munâfiq bi nifâq akbar ; le verset révélé alors (Coran 9/84) le lui interdit. Or il ne s'est pas agi là d'un Naskh, car, comme Omar ibn ul-Khattâb l'avait compris de l'allusion du verset alors déjà révélé (9/80), ce que Dieu agréait c'est que Son Messager n'accomplisse pas la prière funéraire sur un Munâfiq bi nifâq akbar. Mais le Messager fit son ijtihâd en restant dans le cadre de la littéralité du verset 9/80 ; ce ijtihâd mena alors à une khata' ijtihâdî, et le nouveau verset vint rendre plus explicite (tab'yîn) ce que Dieu n'agréait pas depuis auparavant et qu'Il avait fait comprendre alors par simple allusion.
Ce n'est pas de cas de figure que nous parlerons ici (car nous en avons déjà traité dans un autre article)
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Ici, en ce point VII, nous parlerons seulement des cas d'abrogation d'un hukm présent dans la Sunna et qui avait dûment été établi, en connaissance de cause, par le Prophète (sur lui soit la paix)...

Pareil hukm, dûment établi par un hadîth, qu'est-ce qui pouvait l'abroger ?
--- Un verset du Coran pouvait l'abroger (نسْخ القرآن الحكم الثابت بالسُنّة). Ce fut le cas du changement de Qibla. Ce fut le cas, aussi, de l'abrogation, par Coran 2/187, de l'interdiction, lors des nuits du jeûne, de manger, boire et avoir des relations intimes une fois qu'on avait accompli la prière de al-'ishâ' / une fois qu'on s'était endormi lors de ces nuits.
--- Un autre hadîth pouvait aussi l'abroger (نسْخ السُنّة الحكم الثابت بالسُنّة), celui-ci exprimant une révélation reçue de Dieu par le Prophète (wah'y ghayr matlû) (ce fut le cas de l'abrogation de l'autorisation de parler pendant la prière rituelle), ou un nouvel ijtihâd du Prophète (sur lui soit la paix). 

Par contre, un hukm établi par un verset du Coran, qu'est-ce qui pouvait l'abroger ?
--- Seul un autre verset du Coran pouvait l'abroger (نسْخ القرآن الحكم الثابت بالقرآن).
--- Pas un consensus à lui tout seul (nous l'avons déjà dit).
--- Ni un hadîth (celui-ci fût-il mutawâtir) (c'est l'avis de ash-Shâfi'î et de Ahmad).

Abroger un hukm présent dans le Coran (wah'y matlû) n'a pu se faire que par une nouvelle révélation exprimée dans le Coran (wah'y matlû).

Par rapport à cet avis de l'impossibilité de l'abrogation, par un hadîth, d'un hukm induit par un verset coranique (عدم أمكانية نسْخ السُنّة حكمًا ثَبَتَ بالقرآن), font exception :
--- le cas C.A, où le verset du Coran stipulant la règle abrogée avait exprimé que cette règle courrait jusqu'à ce que Dieu révèle autre chose : ici il y a eu la possibilité que ce soit par un hadîth (wah'y ghayr matlû) que la fin du délai pré-annoncé et donc la nouvelle règle, soient communiquées aux hommes (cela fut le cas pour les deux exemples cités plus haut en I, cas C.A) ;
--- le cas où la règle qui a été extraite du Coran y concernait explicitement une communauté antérieure à celle du Prophète (shar' man qab'la-nâ) : pareille règle est valable pour notre communauté aussi d'après certains mujtahidûn (parmi lesquels la plupart des hanbalites) ; or, ici il y a la possibilité que ce soit par un hadîth (wah'y ghayr matlû) qu'il nous a été dit que la règle nous concernant est autre, ce qui implique que ce qui a été relaté dans le Coran au sujet de cette communauté antérieure est abrogée en ce qui nous concerne. L'exemple le plus connu est celui de la prosternation de respect : des prophètes antérieurs l'ont pratiquée (comme cela est relaté d'eux dans le Coran), mais ce sont des hadîths qui ont montré que cela est abrogé en ce qui nous concerne.

--- Quant à la particularisation (Takhsîs) qu'un hadîth fait de quelques-uns des individus concernés par le terme général ('âmm) présent dans un verset du Coran, l'école shafi'ite considère cela comme un exposé du sens voulu (Bayân ul-murâd / Bayânu Tafsîr), dans la mesure où c'est, par définition, de façon zannî qu'un terme générique ('âmm) désigne la totalité de ses individus : la takhsîs s'y fait donc de façon relativement aisée (دلالة العامّ على أفراده ظنية؛ فما من عامّ إلا وقد خُصّ منه البعض) (voir At-Tawdhîh avec At-Talwîh, 1/89 ; At-Tawdhîh, 2/52). Par contre, s'il est certain que primo le texte particularisant est bien ultérieur au texte général, et secundo ce texte particularisant a fait l'exception, par rapport au hukm, de certains individus à qui aussi, auparavant, ce hukm s'appliquait de façon certaine, alors ce sera bien là un cas d'Abrogation partielle (Naskh juz'î, نسْخ جُزْئِيّ). Ce que al-Baydhâwî dit ici n'est donc pas toujours vrai : "التخصيص لا يكون إلا لبعض الأفراد؛ بخلاف النسخ فإنه يكون لكل الأفراد: ذكره البيضاوي" (Irshâd ul-fuhûl, p. 480) ; et je me demande si, ce Naskh Juz'î d'un verset du Coran par un hadîth, ash-Shafi'î l'autorise (considérant qu'il constitue toujours un Bayân ul-Murâd), ou ne l'autorise pas (considérant qu'il s'agit bel et bien, cette fois, de Naskh)...

--- Enfin, pour ce qui est du fait que la Sunna affilie, à un hukm coranique, des individus supplémentaires à ceux qui ont été mentionnés dans le Coran, cela constitue de la Ziyâda 'alâ kitâb illâh ("f"), laquelle n'est pas du Naskh

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--- A tout ce qui vient d'être dit, le verset suivant pourrait servir de base d'objection : "قُل لاَّ أَجِدُ فِي مَا أُوْحِيَ إِلَيَّ مُحَرَّمًا عَلَى طَاعِمٍ يَطْعَمُهُ إِلاَّ أَن يَكُونَ مَيْتَةً أَوْ دَمًا مَّسْفُوحًا أَوْ لَحْمَ خِنزِيرٍ فَإِنَّهُ رِجْسٌ أَوْ فِسْقًا أُهِلَّ لِغَيْرِ اللّهِ بِهِ فَمَنِ اضْطُرَّ غَيْرَ بَاغٍ وَلاَ عَادٍ فَإِنَّ رَبَّكَ غَفُورٌ رَّحِيمٌ" : "Dis : "Je ne trouve, dans ce qui m'a été révélé, aucune chose interdite pour un mangeur (voulant) la manger, excepté que ce soit une bête morte, du sang répandu, de la chair de porc – car c'est une souillure –, ou ce par quoi, par mal, autre que Dieu a été invoqué." (...)" (Coran 6/145) : alors que ce verset restreint l'interdiction à ces 4 nourritures, c'est la Sunna qui a interdit bien d'autres nourritures au musulman : entre autres la chair de l'âne domestique, des animaux carnassiers (loup, lion, chien, chat, etc.), des oiseaux de proie, etc. (lire : Quels aliments ne sont pas autorisés pour le musulman, et pourquoi ?). Certes, la Sunna a apporté, en bien d'autres chapitres, des Ziyâda 'alâ kitâb illâh ("f"(lesquels ne constituent nullement du Naskh, nous venons de le dire). Mais, ici, ce qui est particulier, c'est que le verset induit une restriction explicite des interdits alimentaires aux 4 choses qu'il mentionne ; dès lors, vu que l'abrogation consiste à enlever, par un nouveau texte, une norme induite par un texte précédent (norme qui serait, sinon, demeurée telle quelle), la Sunna (qui a apporté de nombreux interdits alimentaires supplémentaires) n'aurait-elle pas abrogé ici la restriction explicite que ce verset induisait quant aux  interdits alimentaires ? Voilà l'objection.

--- Parmi les explications avancées par les ulémas, celle qui semble très pertinente est la suivante : Non, il n'y a pas eu ici abrogation de ce hukm de restriction par la Sunna, dans la mesure où, certes, ce verset induit une restriction, mais ce, à un moment donné de la révélation seulement ; et non pas une restriction dans l'absolu. En effet, si  le verset avait dit : "Il n'y a pas, auprès de Dieu, de chose interdite pour un mangeur (voulant) la manger, excepté...", alors, oui, il aurait pu être considéré "abrogé par la Sunna", puisque induisant une restriction absolue, que la Sunna a ensuite contredite. Mais ce verset dit seulement : "Dis : "Je ne trouve pas, dans ce qui m'a été révélé, de chose interdite pour un mangeur (voulant) la manger, excepté..." ; le verset veut donc dire : "Dans ce qui m'a été révélé [jusqu'à présent], je ne trouve pas de (chose) interdite pour un mangeur (voulant) la manger, excepté..." (c'est l'une des deux interprétations in Tafsîr Ibn Kathîr). Or, chacun sait que la révélation des interdits et obligations s'est faite progressivement. Le fait que la révélation soit venue ultérieurement rallonger cette liste, et que cela ait été communiqué dans la Sunna seulement, cela ne contredit donc pas ce verset, et cela ne l'a, ainsi, pas abrogé...

En un mot :
Cela est voisin du cas C.A : le Coran disait seulement que, pour le moment, il n'y a pas d'interdit alimentaire autre que les 4 cités (mais sans dire que plus tard cela allait changer, ou pas). Et, plus tard, la Sunna a effectivement procédé à des
Ziyâda 'alâ kitâb illâh ("f"), ce qui ne constitue pas du Naskh.

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VIII) Un exemple du cas C.B avec la règle d'héritage des émigrants à Médine :

Après l'installation des Emigrants (les musulmans émigrés de la Mecque) à Médine, le Prophète (sur lui la paix) établit des liens de fraternité entre eux et les Auxiliaires (les musulmans originaires de Médine) : à chaque Auxiliaire fut désigné comme frère un Emigrant. D'autres musulmans étaient restés à la Mecque et n'avaient pas émigré à Médine. Le Coran vint alors dire que les musulmans de Médine n'hériteraient qu'entre eux : en l'absence de proches parents s'étant établis eux aussi à Médine, ce serait entre frères Emigrants et Auxiliaires qu'auraient lieu les liens d'héritage : "إِنَّ الَّذِينَ آمَنُواْ وَهَاجَرُواْ وَجَاهَدُواْ بِأَمْوَالِهِمْ وَأَنفُسِهِمْ فِي سَبِيلِ اللّهِ وَالَّذِينَ آوَواْ وَّنَصَرُواْ أُوْلَئِكَ بَعْضُهُمْ أَوْلِيَاء بَعْضٍ. وَالَّذِينَ آمَنُواْ وَلَمْ يُهَاجِرُواْ مَا لَكُم مِّن وَلاَيَتِهِم مِّن شَيْءٍ حَتَّى يُهَاجِرُواْ وَإِنِ اسْتَنصَرُوكُمْ فِي الدِّينِ فَعَلَيْكُمُ النَّصْرُ إِلاَّ عَلَى قَوْمٍ بَيْنَكُمْ وَبَيْنَهُم مِّيثَاقٌ. وَاللّهُ بِمَا تَعْمَلُونَ بَصِيرٌ" : "Ceux qui ont apporté foi, ont émigré et ont lutté dans la chemin de Dieu [= les Emigrants] et ceux qui leur ont donné refuge et secours [= les Auxiliaires], ceux-là sont héritiers les uns des autres. Et ceux qui ont apporté foi mais n'ont pas émigré, vous n'aurez pas de liens d'héritage avec eux jusqu'à ce qu'ils émigrent…" (Coran 8/72).

Plus tard, après que la Mecque soit elle-même devenue musulmane (en l'an 8 de l'hégire), l'émigration à Médine n'étant plus nécessaire, cette règle fut abrogée par cet autre verset : "وَأُوْلُو الْأَرْحَامِ بَعْضُهُمْ أَوْلَى بِبَعْضٍ فِي كِتَابِ اللَّهِ مِنَ الْمُؤْمِنِينَ وَالْمُهَاجِرِينَ؛ إِلَّا أَن تَفْعَلُوا إِلَى أَوْلِيَائِكُم مَّعْرُوفًا كَانَ ذَلِكَ فِي الْكِتَابِ مَسْطُورًا" : "Les gens de proche parenté ont, d'après la prescription de Dieu, priorité les uns les autres par rapport aux Croyants [de Médine] et aux Emigrants [de la Mecque]. Sauf si vous (voulez) faire un bien vis-à-vis de vos alliés. Ceci était déjà écrit dans le Livre [= la Table gardée]" (Coran 33/6).

Plus de détails dans un article parlant entre autres du fait que le verset 33/6 est venu abroger la règle apportée par un verset antérieur, le verset 8/72.

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IX) Un exemple du cas B avec les révélations relatives à l'alcool :

Au sujet de la consommation d'alcool, 4 versets ont été révélés (cf. Tafsîr ul-Baghawî) :
--- 1) "وَمِن ثَمَرَاتِ النَّخِيلِ وَالأَعْنَابِ تَتَّخِذُونَ مِنْهُ سَكَرًا وَرِزْقًا حَسَنًا" (Coran 16/67) ("قال ابن عباس: نزلت هذه الآية قبل تحريم الخمر، وأراد بـ{السَكَر} الخمر، وبـ{الرزق الحسن} جميع ما يؤكل ويشرب حلالا من هاتين الشجرتين. وقال بهذا القول ابن جبير والنخعي والشعبي وأبو ثور" : Tafsîr ul-Qurtubî - "وفي المراد بـ{السَكَر} ثلاثة أقوال: أحدها: أنه الخمر؛ قاله ابن مسعود وابن عمر والحسن وسعيد بن جبير ومجاهد وإبراهيم وابن أبي ليلى والزجاج وابن قتيبة. وروى عمرو بن سفيان عن ابن عباس قال: السكر: ما حرم من ثمرتها" : Zâd ul-massîr) ;
--- 2) "يَسْأَلُونَكَ عَنِ الْخَمْرِ وَالْمَيْسِرِ قُلْ فِيهِمَا إِثْمٌ كَبِيرٌ وَمَنَافِعُ لِلنَّاسِ وَإِثْمُهُمَآ أَكْبَرُ مِن نَّفْعِهِمَا" (Coran 2/219) ;
------ 1 & 2) ces deux premiers se sont contentés de faire comprendre de façon allusive que l'alcool n'était pas une bonne chose :
--- 3) puis, un troisième verset est venu interdire l'ivresse à proximité des horaires des prières rituelles : "يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ لاَ تَقْرَبُواْ الصَّلاَةَ وَأَنتُمْ سُكَارَى حَتَّىَ تَعْلَمُواْ مَا تَقُولُونَ" (Coran 4/43) ;
--- 4) enfin, le quatrième verset a complètement interdit la consommation d'alcool, et ce à tout moment : "يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ إِنَّمَا الْخَمْرُ وَالْمَيْسِرُ وَالأَنصَابُ وَالأَزْلاَمُ رِجْسٌ مِّنْ عَمَلِ الشَّيْطَانِ فَاجْتَنِبُوهُ لَعَلَّكُمْ تُفْلِحُونَ إِنَّمَا يُرِيدُ الشَّيْطَانُ أَن يُوقِعَ بَيْنَكُمُ الْعَدَاوَةَ وَالْبَغْضَاء فِي الْخَمْرِ وَالْمَيْسِرِ وَيَصُدَّكُمْ عَن ذِكْرِ اللّهِ وَعَنِ الصَّلاَةِ فَهَلْ أَنتُم مُّنتَهُونَ" (Coran 5/90-91).

Ibn Abbâs a employé le terme Naskh ici aussi : "عن ابن عباس: قال: "{يا أيها الذين آمنوا لا تقربوا الصلاة وأنتم سكارى} و{يسألونك عن الخمر والميسر قل فيهما إثم كبير ومنافع للناس}: نسختهما التي في المائدة {إنما الخمر والميسر والأنصاب} الآية" : "Le verset qui se trouve dans (sourate) al-Mâ'ïda (...) [Coran 5/90] a fait Naskh des deux [versets coraniques 2/219 et 4/43]" (Abû Dâoûd, 3672).

Cependant, et bien qu'on ne peut effectivement plus pratiquer seulement le verset de l'étape 3 ("يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ لاَ تَقْرَبُواْ الصَّلاَةَ وَأَنتُمْ سُكَارَى حَتَّىَ تَعْلَمُواْ مَا تَقُولُونَ" : Coran 4/43) (et qu'il y a donc bien eu, ici aussi, un véritable Naskh ul-Hukm), ce Naskh-ci (B) est différent du Naskh de type C.

--- En le Naskh de type C, la règle elle-même est changée et remplacée (dans l'exemple qui sera cité plus bas : auparavant la règle était que l'héritage se ferait entre personnes ayant émigré, puis cela a été abrogé).

--- Tandis qu'ici, en le Naskh B, la consommation d'alcool n'avait pas été explicitemen déclarée "licite" par le Coran (étapes 1 et 2) pour être ensuite déclarée "illicite" par le même Coran ! Aux étapes 1 et 2, le statut de sa consommation était seulement gardé "sous silence" (maskût 'anh), ce qui lui faisait bénéficier (comme toute action relevant du domaine des affaires temporelles, al-'âdât), de la règle originelle de l'autorisation (al-jawâz ul-aslî). C'est seulement à l'étape 3 que, pour la première fois, une interdiction a été formulée au sujet de l'alcool : elle n'a alors cependant touché que la consommation d'alcool "à proximité des horaires des prières rituelles", sans dire non plus que sa consommation lors d'autres horaires serait alors "autorisée" : cela est seulement resté "sous silence". Enfin, une nouvelle révélation est venue (à l'étape 4) en interdire toute consommation.

Peut-on dire que l'étape 2 a été "abrogée" par l'étape 3 ?
Et peut-on dire que l'étape 3 a été "
abrogée" par l'étape 4 ?

--- A la lumière du principe énoncé par Ibn ul-'Arabî, l'étape 2 a bien été abrogée par l'étape 3 ; par contre, l'étape 3 n'a pas été abrogée par l'étape 4, mais au contraire confirmée et renforcée par elle.
Selon lui, il y a
une différence entre le passage de l'étape 2 à l'étape 3, et le passage de l'étape 3 à l'étape 4 :
--- le passage de l'étape 2 à l'étape 3 a consisté à passer d'une révélation en parlant mais n'en interdisant absolument rien, à une interdiction partielle, d'où un changement de règle relevant du Naskh : ici s'applique le principe que nous avons déjà vu plus haut sous la plume de Ibn ul-'Arabî : "وما كان الناس يفعلونه بعد المبعث ولا ينكره النبي فإنه شرع، إذ سكوت النبي صلى الله عليه وسلم كإذنه، وتركه النكير كقوله" ; et : "فأما الذي أقر عليه الشرع ولم يغيره، ثم جاء بعده غيّره، فإنه ناسخ له، والأول منسوخ، لأن سكوت النبي عن الشيء والإقرار له بعد المبعث عد له في الجملة الشرع، حتى يأتي عليه النكير، وذلك فيما تتغير فيه الأحكام ويتقلب عليه الحلال والحرام" (An-Nâssikh wa-l-Mansûkh, p. 83) ;
--- tandis que le passage de l'étape 3 à l'étape 4 a consisté à passer d'une interdiction partielle à une interdiction complète, d'où un changement de règle ne consistant pas en un Naskh mais au contraire à un renforcement de la règle : "وقد روى جماعة واللفظ للترمذي عن علي بن أبي طالب رضي الله عنه قال: صنع لنا عبد الرحمن بن عوف طعاما فدعانا وسقانا من الخمر فأخذت الخمر منا وحضرت الصلاة فقدموني فقرأت: "قل يا أيها الكافرون لا أعبد ما تعبدون، ونحن نعبد ما تعبدون". قال فأنزل الله: {يا أيها الذين آمنوا لا تقربوا الصلاة وأنتم سكارى حتى تعلموا ما تقولون} قال أبو عيسى: هذا حديث حسن صحيح غريب. قال القاضي محمد بن العربي رضي الله عنه: وكان هذا إبان حلت الخمر؛ فلما حرمت، بقي النهي عليها في هذه الآية، واشتد أصل النهي بما زاد من تحريم شربها في كل الأحوال. فالتحريم عضد هذا النهي، ولم ينسخه" (Ibid., p. 103).

-
--- Or, s'il est vrai que l'étape 4 ne fit qu'étayer l'interdiction formulée à l'étape 3 et l'augmenter (ziyâda), force est de constater que l'interdiction partielle de l'étape 3 (interdiction de l'ivresse seulement, et uniquement à certains moments de la journée) impliquait elle aussi l'autorisation de tout le reste (c'est-à-dire d'être ivre à d'autres moments de la journée, ainsi que de consommer une quantité d'alcool insuffisante pour enivrer), et ce à cause du silence de la révélation quant à cette autre action ; et que cette autorisation de cette autre action fut elle aussi abrogée par l'étape 4. Cela semble au fond similaire au fait que, avant cela, l'autorisation (due au silence de la révélation) d'être ivre à n'importe quel moment (autorisation encore présente à l'étape 2) avait été abrogée par l'étape 3 (interdiction d'être ivre au moment des prières)...

Ce que l'on peut dès lors dire, c'est que, autant dans le passage de l'étape 2 à l'étape 3, que dans le passage de l'étape 3 à l'étape 4, il y a eu Naskh au sens B du terme.
Et que la différence entre le
Naskh au sens B et le Naskh au sens C réside dans le fait que :
--- dans le B, la règle qui est abrogée avait été comprise par
istis'hâb ul-hâl ;
--- alors que dans le C, la règle qui est abrogée avait été comprise par
l'énoncé d'un texte (nass).

-
Cette interdiction de la consommation de même une petite quantité d'alcool, perceptible mais insuffisante pour enivrer,
cela a été institué, dans
la Shar'u Muhammad, par sadd ul-bâb. C'est seulement que cette interdiction n'avait pas été exposée par le Coran avant les étapes 3 et 4 : "الشيء الضار قد يترك تحريمه إذا كانت مفسدة التحريم أرجح. كما لو حرمت الخمر في أول الإسلام؛ فإن النفوس كانت قد اعتادتها عادة شديدة، ولم يكن حصل عندهم من قوة الإيمان ما يقبلون ذلك التحريم ولا كان إيمانهم ودينهم تاما حتى لم يبق فيه نقص إلا ما يحصل بشرب الخمر من صدها عن ذكر الله وعن الصلاة؛ فلهذا وقع التدريج في تحريمها" (MF 17/202).
C'est pourquoi, au sujet de Compagnons qui étaient morts avant l'interdiction de l'alcool (étape 4), avec celui-ci dans le ventre, un autre verset est venu dire qu'aucun grief ne serait fait à ces Compagnons-là dans l'au-delà : "لَيْسَ عَلَى الَّذِينَ آمَنُواْ وَعَمِلُواْ الصَّالِحَاتِ جُنَاحٌ فِيمَا طَعِمُواْ إِذَا مَا اتَّقَواْ وَّآمَنُواْ وَعَمِلُواْ الصَّالِحَاتِ ثُمَّ اتَّقَواْ وَّآمَنُواْ ثُمَّ اتَّقَواْ وَّأَحْسَنُواْ وَاللّهُ يُحِبُّ الْمُحْسِنِينَ" (Coran 5/93) (al-Bukhârî, 2332, 4344, Muslim, 1980). Ce verset voulait donc faire la négation de tout problème pour tous ceux qui avaient été pieux en se conformant à ce qui leur avait été révélé au moment où ils vivaient
Et, aujourd'hui encore, alors même que l'interdiction est déjà descendue, si le texte n'est pas parvenu à un musulman (sans que celui-ci soit fautif pour manque de recherche de la vérité de sa part), aucune sanction ne lui sera applicable (ni dans l'au-delà, ni en ce monde) s'il a bu de l'alcool :
--- Le musulman qui, par ignorance, a adopté une croyance erronée ou pratiqué une action cultuelle innovée, et est mort sans se repentir de cela (puisqu'il le croyait juste), se peut-il qu'il soit puni pour cela par Dieu dans l'au-delà, ou cela lui sera-t-il systématiquement pardonné par Dieu ? ;
--- "J'ignorais totalement que les transactions à intérêt sont illicites. Que faire de l'argent ?" (ما فَعَلَه بسبب عدَم بلوغ الحكم أصْلًا) ;
--- La sanction temporelle ('uqûba shar'iyya dunyawiyya), est-elle applicable à un musulman ignorant l'interdit ?.

Par contre : Est-ce que, avant l'étape 4, boire de l'alcool au point d'en devenir ivre relevait lui aussi de l'autorisation ?
Ce point-là fait l'objet d'avis divergents : "الثالثة: هذه الأحاديث تدل على أن شرب الخمر كان إذ ذاك مباحا معمولا به معروفا عندهم بحيث لا ينكر ولا يغير، وأن النبي صلى الله عليه وسلم أقر عليه؛ وهذا ما لا خلاف فيه؛ يدل عليه آية النساء {لا تقربوا الصلاة وأنتم سكارى} على ما تقدم. وهل كان يباح لهم شرب القدر الذي يسكر؟ حديث حمزة ظاهر فيه حين بقر خواصر ناقتي علي رضي الله عنهما وجب أسنمتهما، فأخبر علي بذلك النبي صلى الله عليه وسلم، فجاء إلى حمزة فصدر عن حمزة للنبي صلى الله عليه وسلم من القول الجافي المخالف لما يجب عليه من احترام النبي صلى الله عليه وسلم وتوقيره وتعزيره، ما يدل على أن حمزة كان قد ذهب عقله بما يسكر، ولذلك قال الراوي: "فعرف رسول الله صلى الله عليه وسلم أنه ثمل"، ثم إن النبي صلى الله عليه وسلم لم ينكر على حمزة ولا عنفه، لا في حال سكره ولا بعد ذلك، بل رجع لما قال حمزة: "وهل أنتم إلا عبيد لأبي" على عقبيه القهقرى، وخرج عنه. وهذا خلاف ما قاله الأصوليون وحكوه، فإنهم قالوا: "إن السكر حرام في كل شريعة، لأن الشرائع مصالح العباد لا مفاسدهم، وأصل المصالح العقل، كما أن أصل المفاسد ذهابه، فيجب المنع من كل ما يذهبه أو يشوشه". إلا أنه يحتمل حديث حمزة أنه لم يقصد بشربه السكر لكنه أسرع فيه فغلبه. والله أعلم" (Tafsîr ul-Qurtubî, 6/287). Dans cet autre récit aussi on constate de l'ivresse : "عن علي بن أبي طالب أن رجلا من الأنصار دعاه وعبد الرحمن بن عوف، فسقاهما قبل أن تحرم الخمر، فأمهم علي في المغرب، فقرأ {قل يا أيها الكافرون} فخلط فيها، فنزلت {لا تقربوا الصلاة وأنتم سكارى حتى تعلموا ما تقولون}" (Abû Dâoûd, 3671). Ainsi que dans cet autre : "قال: وأتيت على نفر من الأنصار والمهاجرين، فقالوا: تعال نطعمك ونسقك خمرا، وذلك قبل أن تحرم الخمر، قال فأتيتهم في حش - والحش البستان - فإذا رأس جزور مشوي عندهم، وزق من خمر. قال فأكلت وشربت معهم. قال: فذكرت الأنصار والمهاجرين عندهم، فقلت: "المهاجرون خير من الأنصار". قال: فأخذ رجل أحد لحيي الرأس فضربني به، فجرح بأنفي. فأتيت رسول الله صلى الله عليه وسلم، فأخبرته. فأنزل الله عز وجل فيّ - يعني نفسه - شأن الخمر: {إنما الخمر والميسر والأنصاب والأزلام رجس من عمل الشيطان" (Muslim, 1748).

En fait, devenir ivre est pour sa part khabîth fî nafsi-hî.
Et devenir ivre est une
mafsada reconnue ghâliba au niveau Millî, voire 'Aqla-Qalbî (Hujjat ullâhi il-bâligha).
Si on retient l'avis disant que cela aussi a été toléré avant l'étape 4, on pourrait l'expliquer lui aussi par le fait que cela était alors "sous silence" : "السُكر خبيث في نفسه، إلا أنه لم ينزل الله تحريمه إلا بعد مراحل. وطالما لم ينزل تحريمه، بقي مسكوتًا عنه، وبالتالي غير محاسَب عليه".
Cela implique que, tant que le Coran ou la Sunna n'avaient pas encore montré (
kashf) le caractère mauvais de ceux-ci, même les Interdits Millî étaient tolérés dans la pratique des premiers musulmans : la raison en est qu'ils n'avaient reçu aucune révélation divine avant cela.
-
On voit bien ici qu'il existe une différence entre :
---
"tolérer par son silence quelque chose qu'on a l'intention d'interdire plus tard, lorsque la situation s'y prêtera" (السكوت عن شيء ثم تحريمه) (Naskh au sens B) : cela a pu avoir cours au sujet de certains Interdits Millî (comme, ici, l'ivresse) ;
--- et
"autoriser explicitement quelque chose puis l'interdire" (إباحة شيء نصًّا ثم تحريمه) (Naskh au sens C) ; cela n'a jamais touché une Norme qui est 'Aqla-Qalbî, ni même certaines normes plus particulières, dont Dieu a ainsi voulu qu'elles forment le cercle du Millî : "وقال ابن عباس: هذه الآيات المحكمات التي ذكرها الله في سورة الأنعام، أجمعت عليها شرائع الخلق، ولم تنسخ قط في ملة" (Tafsîr ul-Qurtubî, 7/132).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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