Le malentendu que, au sujet du calife 'Alî ibn Abî Tâlib (que Dieu l'agrée), Aïcha, Talh'a et az-Zubayr (dans un premier temps), puis Mu'âwiya et 'Amr ul-'Âs (dans un second temps) eurent (que Dieu les agrée tous)

Article faisant suite à : 'Uthmân ibn 'Affân face aux épreuves.

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Alî (35-40 a.h. / 656-660 a.g.) (que Dieu l'agrée) 

Après l'assassinat de Uthmân en dhu-l-hijja de l'an 35, la situation est très délicate à Médine. De nombreux insurgés sont dans la ville et y exercent une forte présence (MS 1/206). Il ne faudrait qu'une étincelle pour déclencher un embrasement général.

On vient proposer à Alî de devenir calife, mais il refuse, chagriné par le fait que Uthmân ait été tué (FB 13/69). Sur l'insistance de certaines personnes, qui lui disent que la situation nécessite que quelqu'un prenne les choses en main, il finit par accepter (Ibid.). Il racontera à des hommes venus le questionner sur ce qui s'était passé : "Des gens ont attaqué cet homme [Uthmân] et l'ont tué ; j'étais à l'écart d'eux ; puis ils m'ont nommé dirigeant ; n'était la crainte pour [l'avenir de] l'Islam, je n'aurais pas accédé à leur demande" (FB 13/72).

Les insurgés présents à Médine font massivement allégeance à Alî et évoluent dans son entourage.
Un nombre conséquent de Compagnons ne font pas allégeance à Alî (voir MS 1/206, 2/292, MT p. 267), préférant attendre : ils ne comprennent pas si c'est Alî qui dirige réellement les affaires ou s'il n'est qu'un outil entre les mains des insurgés qui évoluent dans son entourage.

La discorde ("fitna") va naître de la divergence quant à l'attitude à adopter face aux meurtriers de Uthmân. C'est un droit des parents de la victime que de réclamer aux autorités que les meurtriers de leur parent soient jugés et exécutés. Malheureusement Alî n'a pour le moment pas les moyens de juger les insurgés et de leur appliquer le talion. En effet, il sent bien qu'appliquer le talion en pareilles circonstances risque de provoquer un embrasement généralisé ; il pense donc laisser les choses se calmer et juger plus tard les meurtriers (FB 13/107 MS 2/300) ; quelques mois passent ainsi.

C'est cette absence d'application du talion qui va être mal interprétée par d'illustres personnages : Aïcha, Tal'ha, az-Zubayr, Mu'âwiya et 'Amr ibn ul-'As, lesquels vont d'autant plus se méprendre sur les intentions de Alî que, comme nous l'avons vu, les insurgés lui ont massivement fait allégeance, le soutiennent et évoluent dans son entourage.

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La bataille du Chameau :

Nous sommes en rabî' al-âkhir 36 (FB 13/69). Dans la ville de La Mecque, où ils se sont rendus, Talha et az-Zubayr vont rencontrer Aïcha, qui y était allée pour le pèlerinage. Ils ne comprennent pas les intentions de Alî et – en toute bonne foi – croient que c'est parce que les insurgés le soutiennent qu'il refuse de leur appliquer le talion.
A la tête de tout un groupe, ils partent donc de La Mecque pour l'Irak – pour la ville de Bassora précisément –, pensant y appeler les gens à soutenir leur demande de l'application du talion (FB 12/354, 13/71).

Alors qu'elle était en chemin vers Bassora, bivouaquant près d'un point d'eau une nuit, Aïcha, entendant les chiens aboyer, demanda : "Quel est ce point d'eau ?" Quand on lui eut dit qu'il s'agissait de Haw'ab, elle s'était exclamée : "Je ne pense pas que je vais faire autre chose que retourner." Questionnée, elle dit qu'elle avait entendu le Prophète (sur lui soit la paix) un jour dire à ses épouses : "كيف بإحداكن تنبح عليها كلاب الحوأب" : "Comment sera-t-il de l'une d'entre vous, les chiens de Haw'ab aboyant contre elle ?". Mais az-Zubayr avait insisté pour qu'elle continue : "عن قيس بن أبي حازم، قال: لما أقبلت عائشة بلغت مياه بني عامر ليلا نبحت الكلاب، قالت: أي ماء هذا؟ قالوا: ماء الحوأب قالت: ما أظنني إلا أني راجعة. فقال بعض من كان معها: بل تقدمين فيراك المسلمون، فيصلح الله عز وجل ذات بينهم، قالت: إن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال لنا ذات يوم: "كيف بإحداكن تنبح عليها كلاب الحوأب؟" (Ahmad, 24254) ; "فقال لها الزبير: ترجعين عسى الله عز وجل أن يصلح بك بين الناس" (Ahmad, 24654) (FB 13/69).

Quand 'Alî apprend la nouvelle du départ de ces trois personnages pour l'Irak, il craint que cela soit le point de départ d'une division de la communauté (FB 13/72). Il décide alors, avec l'objectif de clarifier les choses, d'aller, à la tête lui aussi d'un groupe, trouver les trois Compagnons partis pour Bassora. Son fils al-Hassan l'implore de ne pas quitter Médine et d'attendre que les choses se calment d'elles-mêmes (Ibn ul-Athîr, cité dans WK p. 51), mais Alî part quand même ; al-Hassan n'aura d'autre choix que celui de se joindre à son père à coeur défendant.

"عن قيس بن عباد، قال: قلت لعلي رضي الله عنه: "أخبرنا عن مسيرك هذا: أعهدٌ عهده إليك رسول الله صلى الله عليه وسلم، أم رأي رأيته؟" فقال: "ما عهد إلي رسول الله صلى الله عليه وسلم بشيء، ولكنه رأي رأيته" : Questionné par Qays au sujet de cette marche qu'il a entreprise [vers l'Irak] : avait-elle comme source un dire du Prophète ou bien un avis personnel, Alî répondra : "Le Messager de Dieu ne m'avait rien recommandé à ce sujet, ce n'est qu'un avis personnel" (Abû Dâoûd, 4666). En effet, comme Ibn Taymiyya l'a écrit, il n'y a pas de hadîth disant de combattre ceux qui sont bughât 'an il-amîr : "وليس عن النبي صلى الله عليه وسلم في قتال البغاة حديث، إلا حديث كوثر بن حكيم عن نافع، وهو موضوع" (MF 4/451).

Si les deux groupes sont sortis avec des effectifs, nul n'a l'intention d'en découdre avec l'autre : Kulayb al-Jarmî raconte que les gens de Alî disaient : "Nous ne sommes pas sortis pour les combattre – car nous ne combattrons que si eux nous attaquent en premier –, mais pour apaiser". Alî lui-même lui a dit des propos allant dans le même sens (FB 13/72). Abû Mûssa al-Ash'arî (qui était gouverneur de la ville de Kufa avant l'accession de Alî au poste de calife, et que Alî a gardé à ce poste) pense pour sa part que la situation est délicate et, bien que Alî lui demande de mobiliser des gens de Kufa pour venir grossir ses effectifs, il n'est pas décidé à le faire. Alî respecte son choix et envoie alors à Kufa son fils al-Hassan ainsi que 'Ammâr ibn Yâssir pour mobiliser des gens (FB 13/73). "عن أبي وائل قال: دخل أبو موسى وأبو مسعود على عمار حيث بعثه علي إلى أهل الكوفة يستنفرهم، فقالا: "ما رأيناك أتيت أمرا أكره عندنا من إسراعك في هذا الأمر منذ أسلمت؟" فقال عمار: "ما رأيت منكما منذ أسلمتما أمرا أكره عندي من إبطائكما عن هذا الأمر". وكساهما حلة حلة، ثم راحوا إلى المسجد" (al-Bukhârî, 6689). A Kufa, 'Ammâr ibn Yâssir tint ce célèbre propos : "Aïcha s'est dirigée vers Bassora. Par Dieu, elle est épouse de votre Prophète en ce monde et dans la vie dernière. Mais Dieu - Béni et Elevé - vous a mis à l'épreuve afin de savoir : est-ce à Son (Ordre) que vous obéissez, ou à (celui de) Aïcha" : "عن أبي مريم عبد الله بن زياد الأسدي، قال: لما سار طلحة والزبير وعائشة إلى البصرة، بعث علي عمار بن ياسر وحسن بن علي، فقدما علينا الكوفة، فصعدا المنبر، فكان الحسن بن علي فوق المنبر في أعلاه، وقام عمار أسفل من الحسن، فاجتمعنا إليه، فسمعت عمارا، يقول: "إن عائشة قد سارت إلى البصرة. ووالله إنها لزوجة نبيكم صلى الله عليه وسلم في الدنيا والآخرة، ولكن الله تبارك وتعالى ابتلاكم، ليعلم إياه تطيعون أم هي" (al-Bukhârî, 6687).

Arrivés face à face, Alî parle en aparté avec az-Zubayr et lui demande : "N'avais-tu pas entendu le Prophète dire, alors que tu pliais ma main : "Tu le combattras alors qu'il sera dans son droit, puis il aura le dessus ?" – J'avais effectivement entendu cela ; je ne te combattrai donc pas" répond az-Zubayr : "وأخرج إسحاق من طريق إسماعيل بن أبي خالد عن عبد السلام رجل من حيه قال: خلا علي بالزبير يوم الجمل فقال: "أنشدك الله هل سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول، وأنت لاوي يدي: "لتقاتلنه وأنت ظالم له، ثم لينصرن عليك"؟" قال: "قد سمعت. لا جرم لا أقاتلك (FB 13/70), qui quitte alors les lieux et prend le chemin de Médine (FB 6/276). La situation est en bonne voie d'être résolue pacifiquement.

Malheureusement, pendant la nuit, des insurgés parmi les fauteurs de trouble contre Uthmân, présents dans le camp de Alî, attaquent le camp de Aïcha (MS 3/332, FB 13/72). Pensant être attaqué par Alî, le groupe de Aïcha prend les armes pour se défendre. Voyant le groupe de Aïcha l'attaquer sans raison apparente, Alî appelle son groupe à prendre à son tour les armes pour se défendre. Et c'est le début de la bataille dite du Chameau (parce que Aïcha sera, au cours du combat, dans un palanquin sur un chameau). Ceci se passe en jumâdâ al-âkhira 36 (FB 13/72).

La bataille ne dure qu'une journée et se termine en faveur du groupe de Alî. Alî proclame : "N'achevez aucun blessé, ne tuez aucun fuyard et n'entrez dans aucune demeure" (FB 13/72).

Au tout début du combat, Tal'ha a hélas été tué par une flèche. Qui lui a décoché cette flèche ?
--- Certaines relations disent que c'est Marwân ibn ul-Hakam : elle s'est fichée dans son genou, et a entraîné une hémorragie (FB 7/105). Marwân était dans le même groupe que Tal'ha, mais ce qui est relaté c'est qu'il pensait que Tal'ha faisait partie des assassins de 'Uthmân et aurait donc voulu venger la mort de celui-ci.
--- D'autres relations disent que c'est quelqu'un d'autre : "عن زيد بن محمد بن عبيد الله الأنصاري عن أبيه قال: سمعت عليا كرم الله وجهه وقد جاء رجل يوم الجمل فقال: "ائذنوا لقاتل طلحة"، فسمعت عليا يقول: "بشره بالنار" (Ta'rîkhu Dimashq, Ibn 'Assâkir). "عن محمد بن عبيد الأنصاري عن أبيه قال: شهدت عليا مرارا يقول: "اللهم إني أبرأ إليك من قتلة عثمان"؛ قال: وجاء رجل يوم الجمل فقال: "ائذنوا لقاتل طلحة"، قال: سمعت عليا يقول: "بشره بالنار" (Ibid.).

Az-Zubayr (dont nous avons vu qu'il avait pris le chemin de Médine avant que les combats débutent) a été tué pendant son sommeil par 'Amr ibn Jurmûz, un homme qui était dans le groupe de Alî et qui, ayant retrouvé az-Zubayr, croyait bien faire en l'assassinant. Zirr relate que quand Amr ibn Jurmûz demanda l'autorisation d'entrer auprès de Alî, celui-ci dit à Zirr : "Donne la bonne nouvelle du feu à celui qui a tué le fils de Safiyya [= az-Zubayr]" : "عن زر بن حبيش، قال: استأذن ابن جرموز على علي وأنا عنده، فقال علي: "بشر قاتل ابن صفية بالنار"، ثم قال علي: "سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول: "إن لكل نبي حواريا، وحواري الزبير" (Ahmad, 681, etc.) (FB 6/276, 7/104).

Aïcha est traitée par Alî avec tous les égards qui lui sont dus. Il demande à Muhammad ibn Abî Bakr, frère de Aïcha, de la conduire à Médine.

Le Prophète avait dit un jour à Alî : "Quelque chose surviendra entre toi et Aïcha. – Moi, ô Messager de Dieu ? – Oui. – Moi ? – Oui. – Je serai alors le plus malchanceux des humains ! Non, mais quand cela arrivera, fais-la retourner à son lieu de sécurité" : "عن أبي رافع، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال لعلي بن أبي طالب: "إنه سيكون بينك وبين عائشة أمر"، قال: أنا يا رسول الله؟ قال: "نعم"، قال: أنا؟ قال: "نعم"، قال: فأنا أشقاهم يا رسول الله! قال: "لا، ولكن إذا كان ذلك فارددها إلى مأمنها" (Ahmad, 27198) (hassan d'après Ibn Hajar : FB 13/70).

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La bataille de Siffîn :

En Syrie, Mu'âwiya, à la tête d'une province, refuse toujours de reconnaître le califat de Alî et donc de se soumettre à son autorité califale (bagh'y mujarrad). Il ne conteste ni la valeur de Alî, ni la supériorité de celui-ci sur lui-même, ni ne réclame le califat pour lui (MS 2/290, FB 13/107). Il affirme seulement que Alî doit d'abord appliquer le talion aux meurtriers de Uthman (dont lui-même est un parent et à propos de qui il peut donc réclamer aux autorités que le talion soit appliqué à ses meurtriers), et qu'il lui fera allégeance ensuite (FB 12/355). Des gens peu scrupuleux avaient témoigné devant Mu'âwiya, en Syrie, que Alî avait approuvé le meurtre de Uthman et que c'était pour cette raison qu'il ne leur appliquait pas le talion ; ce témoignage était bien sûr faux, mais il contribua hélas à créer davantage de malentendus quant à la non application du talion, par Alî, aux meurtriers de Uthmân (MS 2/300).

Telle est la cause ayant conduit Mu'âwiya à avoir cet avis. Il est sincère dans son interprétation, mais il fait une erreur d'interprétation (akhta'a fi-j'tihâdih), et c'est Alî qui a raison. La preuve en est que, des années plus tard, lorsque Mu'âwiya sera devenu calife et qu'il se rendra à Médine, il entendra la fille de Uthmân demander qu'on applique enfin le talion aux meurtriers de son père ; Mu'âwiya dira qu'il ne peut pas le faire (MS 2/300).
Pour le moment, cependant, Mu'âwiya, en toute bonne foi, ne comprend pas les raisons de Alî et se méprend sur ses intentions.

D'autres personnages, dans le groupe de Mu'âwiya, constatant que le groupe de Alî comporte entre autres les insurgés contre Uthmân, et que Alî ne peut pas exercer un plein contrôle sur eux, disent ne pas pouvoir faire allégeance à Alî car ce serait donner aux insurgés la possibilité de faire d'autres ravages (MS 2/290, MF 35/72-73).

De son côté, Ali exige la reconnaissance immédiate de son autorité califale. Il pense que le calife a le droit de combattre ceux qui, sous forme de groupe constitué, ne reconnaissent pas son autorité, même s'ils ne le combattent pas (ra'yuhû annahû yushra'u qitâl ul-bughât bi bagh'yin mujarradin, awwalan, idhâ ra'âhu-l-amîr).
Al-Hassan, fils de Alî, implore de nouveau son père : "Ne marche pas contre Mu'âwiya" (MS 3/384, Al-Bidâya wa-n-Nihâya cité dans WK p. 50).
Mais Alî décide de le faire pour établir l'autorité califale sur l'ensemble des terres musulmanes (FB 6/753).

C'est après avoir appris que Alî marche vers lui pour l'attaquer que Mu'âwiya se met à son tour en marche (MS 2/290).

--- Certains Compagnons tels que 'Ammâr ibn Yâssir, Sahl ibn Hunayf, Abû Ayyûb al-Ansârî, al-Hassan ibn 'Alî ainsi que son frère al-Hussein sont dans le groupe de Alî.
--- D'autres comme 'Amr ibn ul-'As sont dans celui de Mu'âwiya.
--- D'autres encore, tels que Sa'd ibn Abî Waqqâs, Abdullâh ibn Omar, Muhammad ibn Maslama, Ussâma ibn Zayd, Abû Bak'ra, 'Imrân ibn Husayn, pensent que Mu'âwiya se trompe en refusant, même pacifiquement, de reconnaître le califat de Alî, mais aussi que Alî se trompe en marchant contre Mu'âwiya car celui-ci ne le combat pas ; ils pensent donc qu'il faut s'abstenir de prêter main-forte à Alî autant qu'à Mu'âwiya ("kâna-l-qitâlu qitâla fitna") (MS 2/335, MF 4/441-443, 35/77-78, MS 3/329-330).

"عن محمد بن سيرين أنه قال: "هاجت الفتنة وأصحاب رسول الله صلى الله عليه وسلم عشرات الألوف، فلم يحضرها منهم مائة، بل لم يبلغوا ثلاثين" :
Ibn Sîrîn a dit :
"La Fitna a fait rage alors que les Compagnons du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) étaient des dizaines de milliers. Ce ne sont pas 100 qui ont assisté à la (Fitna) : ils n'ont même pas atteint le nombre de 30" (Al-Bidâya wa-n-Nihâya).

Questionné par Qays au sujet du fait qu'il s'était joint à 'Alî pour aller combattre Mu'âwiya, est-ce que le Prophète le lui avait enjoint, 'Ammâr répondra : "Le Messager de Dieu ne nous avait rien enjoint qu'il n'ait enjoint à tous les hommes" : "عن قيس، قال: قلت لعمار: "أرأيتم صنيعكم هذا الذي صنعتم في أمر عليّ: أرأيا رأيتموه؟ أو شيئا عهده إليكم رسول الله صلى الله عليه وسلم؟" فقال: "ما عهد إلينا رسول الله صلى الله عليه وسلم شيئا لم يعهده إلى الناس كافة، ولكن حذيفة أخبرني عن النبي صلى الله عليه وسلم قال: قال النبي صلى الله عليه وسلم: "في أصحابي اثنا عشر منافقا؛ فيهم ثمانية لا يدخلون الجنة حتى يلج الجمل في سم الخياط، ثمانية منهم تكفيكهم الدبيلة؛ وأربعة" لم أحفظ ما قال شعبة فيهم" (Muslim, 2779/9). "عن قيس بن عباد، قال: قلنا لعمار: "أرأيت قتالكم، أرأيا رأيتموه - فإن الرأي يخطئ ويصيب -؟ أو عهدا عهده إليكم رسول الله صلى الله عليه وسلم؟" فقال: "ما عهد إلينا رسول الله صلى الله عليه وسلم شيئا لم يعهده إلى الناس كافة"، وقال: "إن رسول الله صلى الله عليه وسلم، قال: "إن في أمتي" قال شعبة: وأحسبه قال: "حدثني حذيفة"، وقال غندر: أراه قال: "في أمتي اثنا عشر منافقا لا يدخلون الجنة ولا يجدون ريحها حتى يلج الجمل في سم الخياط؛ ثمانية منهم تكفيكهم الدبيلة، سراج من النار يظهر في أكتافهم، حتى ينجم من صدورهم" (Muslim, 2779/10).

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Les deux groupes se font face à Siffîn en dhu-l-hijja 36. Ils parlementent, essaient de trouver une issue pacifique à la crise. Ils n'y parviennent cependant pas, et en safar 37, c'est le début des combats.

Le Prophète avait prédit : "La fin du monde ne viendra pas tant que deux grands groupes ne se combattent, une grande tuerie se produira entre deux, la proclamation des deux sera la même chose…" : "عن أبي هريرة رضي الله عنه، عن النبي صلى الله عليه وسلم، قال: "لا تقوم الساعة حتى يقتتل فئتان فيكون بينهما مقتلة عظيمة، دعواهما واحدة" (al-Bukhârî, 3413, voir FB 6/753, Muslim, 157).

--- Ziyâd ibn ul-Hârith relate : "J'étais à côté de 'Ammâr ibn Yâssir à Siffîn, mon genou touchant le sien ; quelqu'un dit alors : "Les gens de Shâm ont fait kufr !" Ammâr dit alors : "Ne dites pas cela ! Notre prophète et leur prophète est le même, notre Qib'la et leur Qib'la est la même. Ce sont des gens qui ont été induits en erreur, ayant dévié de la vérité. C'est donc un devoir pour nous de les combattre jusqu'à ce qu'ils reviennent à la vérité""عن زياد بن الحارث، قال: كنت إلى جنب عمار بن ياسر بصفين، وركبتي تمس ركبته؛ فقال رجل: "كفر أهل الشام". فقال عمار: "لا تقولوا ذلك! نبينا ونبيهم واحد، وقبلتنا وقبلتهم واحدة. ولكنهم قوم مفتونون جاروا عن الحق؛ فحق علينا أن نقاتلهم حتى يرجعوا إليه" (Ibn Abî Shayba, 37841).
Quant à la justification, par 'Ammâr, du combat mené contre le groupe de Mu'âwiya, par le fait que Hudhayfa avait rapporté du Prophète (sur lui soit la paix) que parmi ceux qui (en apparence) font partie de ses Compagnons, il y a 12 Munâfiqûn (voir les deux hadîths rapportés par Muslim et cités plus haut)... cela s'explique ainsi : dans les groupes des deux - celui de Mu'âwiya comme celui de 'Alî - il a pu y avoir des personnes dont l'intention n'était pas pure come l'était celle de ces deux Compagnons : "فائدة: ومما ينبغي أن يعلم أنه - وإن كان المختار الإمساك عما شجر بين الصحابة والاستغفار للطائفتين جميعا وموالاتهم - فليس من الواجب اعتقاد أن كل واحد من العسكر لم يكن إلا مجتهدا متأولا كالعلماء؛ بل فيهم المذنب والمسيء وفيهم المقصر في الاجتهاد لنوع من الهوى (لكن إذا كانت السيئة في حسنات كثيرة، كانت مرجوحة مغفورة" (MF 4/434). 'Ammâr pensait que c'étaient quelques-uns de ces Munâfiq qui étaient à l'œuvre pour faire croire à Mu'âwiya, que Alî avait approuvé le meurtre de Uthman et que c'était pour cette raison qu'il ne leur appliquait pas le talion ("وحاصل جواب عمار رضي الله عنه بهذا الحديث أن النبي صلى الله عليه وسلم أخبر بأن بعض المنافقين ممن ظهروا في زمنه يبقون بعده، يثيرون الفتن بين أصحاب النبي صلى الله عليه وسلم. فكأن عمارا رضي الله عنه أشار إلى أن من أقام حربا على علي رضي الله عنه، إنما فعل ذلك بتدسيس من هؤلاء المنافقين، وكان علي رضي الله عنه على الحق، فوجب علينا نصره ومؤازرته" : dorar.net).
'Amr ibn ul-Âs fait partie des Muhâjiru-l-Fat'h.
Quant à Mu'âwiya, qui fait partie des Tulaqâ', personne d'entre les Compagnons n'a émis à son sujet l'accusation qu'il serait un Munâfiq : "وأما معاوية بن أبي سفيان وأمثاله من الطلقاء الذين أسلموا بعد فتح مكة - كعكرمة بن أبي جهل، والحارث بن هشام، وسهيل بن عمرو، وصفوان بن أمية، وأبي سفيان بن الحارث بن عبد المطلب -: هؤلاء وغيرهم ممن حسن إسلامهم باتفاق المسلمين، ولم يتهم أحد منهم بعد ذلك بنفاق. ومعاوية قد استكتبه رسول الله صلى الله عليه وسلم وقال: "اللهم علمه الكتاب والحساب، وقه العذاب". وكان أخوه يزيد بن أبي سفيان خيرا منه وأفضل، وهو أحد الأمراء الذين بعثهم أبو بكر الصديق رضي الله عنه في فتح الشام، ووصاه بوصية معروفة، وأبو بكر ماش، ويزيد راكب" (MF 35/64). "ولو كان معاوية كافرا، لم تكن تولية كافر وتسليم الأمر إليه مما يحبه الله ورسوله؛ بل دل الحديث على أن معاوية وأصحابه كانوا مؤمنين، كما كان الحسن وأصحابه مؤمنين؛ وأن الذي فعله الحسن كان محمودا عند الله تعالى محبوبا مرضيا له ولرسوله" (MF 4/466-467).

--- Ammâr ibn Yâssir sera hélas tué pendant le combat. Abu-l-Ghâdiya, un Compagnon qui se trouve dans le groupe de Mu'âwiya, vient rencontrer 'Amr ibn ul-'As, un autre Compagnon qui est lui aussi dans le même groupe, et l'informe qu'il a tué Ammâr. 'Amr ibn ul-'As lui répond : "J'avais entendu le Prophète - que Dieu le bénisse et le salue - dire : "Le meurtrier de 'Ammâr et celui qui le dépouillera seront dans la géhenne"". On dit alors à 'Amr ibn ul-'As : "Toi aussi tu l'as combattu" [puisque ayant combattu le groupe dans lequel 'Ammâr se trouvait]. 'Amr ibn ul-'As répond : "Le Prophète n'a parlé que de celui qui le tuerait et le dépouillerait" : "عن كلثوم بن جبر قال: "كنا بواسط القصب عند عبد الأعلى بن عبد الله بن عامر، قال: فإذا عنده رجل يقال له : أبو الغادية، استسقى ماء، فأتي بإناء مفضض، فأبى أن شرب، وذكر النبي صلى الله عليه وسلم، فذكر هذا الحديث: "لا ترجعوا بعدي كفارا أو ضلالا - شك ابن أبي عدي - يضرب بعضكم رقاب بعض." فإذا رجلا يسب فلانا، فقلت: "والله لئن أمكنني الله منك في كتيبة." فلما كان يوم صفين، إذا أنا به وعليه درع، قال: ففطنت إلى الفرجة في جربان الدرع، فطعنته، فقتلته. فإذا هو عمار بن ياسر". قال: قلت: "وأي يد كفتاه، يكره أن يشرب في إناء مفضض، وقد قتل عمار ابن ياسر!"" (Zawâ'ïdu Musnadi Ahmad, 16698 : Silsilat ul-ahâdîth is-sahîha, 5/20). "عن أبي حفص وكلثوم بن جبير عن أبي غادية قال: "سمعت عمار بن ياسر يقع في عثمان يشتمه بالمدينة"، قال: "فتوعدته بالقتل، قلت: "لئن أمكنني الله منك لأفعلن." فلما كان يوم صفين جعل عمار يحمل على الناس، فقيل: "هذا عمار." فرأيت فرجة بين الرئتين وبين الساقين، قال: فحملت عليه فطعنته في ركبته، قال، فوقع فقتلته. فقيل: قتلتَ عمار بن ياسر؟ وأُخبِرَ عمرو بن العاص، فقال: "سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول: "قاتل عمار وسالبه في النار"." فقيل لعمرو بن العاص: "هو ذا أنت تقاتله؟" فقال: "إنما قال: قاتله وسالبه"" (Ibn Sa'd ; partiellement par Ahmad, 17776 ; Silsilat ul-ahâdîth is-sahîha, 5/18-19). Le même Abu-l-Ghâdiya a relaté ce hadîth : "عن أبي غادية الجهني، قال: خطبنا رسول الله صلى الله عليه وسلم يوم العقبة فقال: "يا أيها الناس، إن دماءكم وأموالكم عليكم حرام إلى أن تلقوا ربكم كحرمة يومكم هذا في بلدكم هذا في شهركم هذا. ألا هل بلغت؟" قالوا: نعم. قال: "اللهم هل بلغت؟" (Ahmad, 16699, 16700).
Al-Albanî écrit ensuite : "وأبو الغادية هو الجهني، وهو صحابي كما أثبت ذلك جمع. وقد قال الحافظ في آخر ترجمته من الإصابة بعد أن ساق الحديث: "وجزم ابن معين بـ"أنه قاتل عمار". والظن بالصحابة في تلك الحروب أنه كانوا فيها متأولين، وللمجتهد المخطىء أجر، وإذا ثبت هذا في حق آحاد الناس، فثبوته للصحابة بالطريق الأولى". وأقول: هذا حق، لكن تطبيقه على كل فرد من أفرادهم مشكل، لأنه يلزم تناقض القاعدة المذكورة بمثل حديث الترجمة، إذ لا يمكن القول بأن أبا غادية القاتل لعمار مأجور لأنه قَتَله مجتهدا، ورسول الله صلى الله عليه وسلم يقول: "قاتل عمار في النار". فالصواب أن يقال: إن القاعدة صحيحة، إلى ما دل الدليل القاطع على خلافها، فيستثنى ذلك منها كما هو الشأن هنا؛ وهذا خير من ضرب الحديث الصحيح بها. والله أعلم" (Ibid.).
Mais en fait c'est plutôt ce que Ibn Taymiyya a exposé qui s'applique à ce cas (et cela rejoint partiellement ce que Ibn Hajar a dit sur ce point) : "وقد ثبت بالنصوص المستفيضة عن النبي صلى الله عليه وسلم إخراج قوم من النار بعد ما امتحشوا. وثبت أيضا شفاعة النبي صلى الله عليه وسلم لأهل الكبائر من أمته. والآثار بذلك متواترة عند أهل العلم بالحديث أعظم من تواتر الآثار بنصاب السرقة، ورجم الزاني المحصن، ونصب الزكاة، ووجوب الشفعة، وميراث الجدة، وأمثال ذلك. لكن هذا الأصل لا يُحتاج إليه في عثمان وأمثاله ممن شُهِدَ له بالجنة وأن الله رضي عنه وأنه لا يعاقبه في الآخرة؛ بل نشهد أن العشرة في الجنة، وأن أهل بيعة الرضوان في الجنة، وأن أهل بدر في الجنة، كما ثبت الخبر بذلك عن الصادق المصدوق الذي لا ينطق عن الهوى، إن هو إلا وحي يوحى. وقد دخل في الفتنة خلق من هؤلاء المشهود لهم بالجنة؛ والذي قتل عمار بن ياسر هو أبو الغادية، وقد قيل: إنه من أهل بيعة الرضوان، ذكر ذلك ابن حزم. فنحن نشهد لعمار بالجنة؛ ولقاتله - إن كان من أهل بيعة الرضوان - بالجنة. وأما عثمان وعلي وطلحة والزبير فهم أجل قدرا من غيرهم؛ ولو كان منهم ما كان، فنحن لا نشهد أن الواحد من هؤلاء لا يذنب، بل الذي نشهد به أن الواحد من هؤلاء إذا أذنب فإن الله لا يعذبه في الآخرة ولا يدخله النار، بل يدخله الجنة بلا ريب؛ وعقوبة الآخرة تزول عنه: إما بتوبة منه، وإما بحسناته الكثيرة، وإما بمصائبه المكفرة، وإما بغير ذلك، كما قد بسطناه في موضعه. فإن الذنوب مطلقا من جميع المؤمنين هي سبب العذاب، لكن العقوبة بها في الآخرة في جهنم تندفع بنحو عشرة أسباب. السبب الأول" (MS 3/283-284). Et ce qui suit (et qui a déjà été cité plus haut) s'applique peut-être à Abu-l-Ghâdiya : "فائدة: ومما ينبغي أن يعلم أنه - وإن كان المختار الإمساك عما شجر بين الصحابة والاستغفار للطائفتين جميعا وموالاتهم - فليس من الواجب اعتقاد أن كل واحد من العسكر لم يكن إلا مجتهدا متأولا كالعلماء؛ بل فيهم المذنب والمسيء وفيهم المقصر في الاجتهاد لنوع من الهوى (لكن إذا كانت السيئة في حسنات كثيرة، كانت مرجوحة مغفورة" (MF 4/434). Lire : Et la sanction temporelle, est-elle applicable au musulman qui croyait bien faire ?

--- Il y a par ailleurs ce hadîth : "Pauvre  'Ammâr : le groupe insurgé le tuera. Ils les appellera vers le Paradis, eux l'appelleront vers le Feu" : "عن عكرمة، قال لي ابن عباس ولابنه علي: انطلقا إلى أبي سعيد فاسمعا من حديثه، فانطلقنا فإذا هو في حائط يصلحه، فأخذ رداءه فاحتبى، ثم أنشأ يحدثنا حتى أتى ذكر بناء المسجد، فقال: كنا نحمل لبنة لبنة وعمار لبنتين لبنتين، فرآه النبي صلى الله عليه وسلم فينفض التراب عنه، ويقول: "ويح عمار، تقتله الفئة الباغية، يدعوهم إلى الجنة، ويدعونه إلى النار." قال: يقول عمار: أعوذ بالله من الفتن "(al-Bukhârî, 2657) / "عن أبي سعيد الخدري، قال: أخبرني من هو خير مني، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال لعمار، حين جعل يحفر الخندق، وجعل يمسح رأسه، ويقول: "بؤس ابن سمية، تقتلك فئة باغية" (Muslim, 2915) ; "عن أم سلمة، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم، قال لعمار: "تقتلك الفئة الباغية" (Muslim, 2916).
----- L'action (al-bagh'y 'an il-amîr) de Mu'âwiya et de 'Amr ibn ul-'Âs (que Dieu les agrée) par rapport à 'Alî (que Dieu l'agrée) demeure en soi interdite, et le wa'îd de l'autre monde étant attaché à cette action est ce qui figure dans ce hadîth. Appeler au feu consiste en une action kabîra, et désigne ici : faire le contraire d'appeler à se ranger sous l'autorité du calife, Alî. Cependant, vu qu'ils étaient mujtahids, le péché ne leur sera pas appliqué (inshâ Allah). Lire : Chaque croyance pure, ainsi que le statut de chaque action, cela est fixe (muta'ayyan) auprès de Dieu. Le ijtihad consiste à faire l'effort de trouver cela, éventuellement en interaction avec le Réel.
----- Mu'âwiya (que Dieu l'agrée) et son groupe constituaient donc véritablement : "le groupe bâghî".
----- Par contre, pour ce qui est d'attribution du verbe "tuer 'Ammâr" à tout "le groupe bâghî" ("le groupe bâghî le tuera"), ce qui inclut Mu'âwiya et 'Amr ibn ul-'Âs aussi, cela ne signifie pas que tout le groupe l'a véritablement tué, ni que tout le groupe porte le péché du fait qu'il a été tué, surtout que Mu'âwiya et 'Amr ont désapprouvé cela : "ومن رضي بقتل عمار كان حكمه حكمها. ومن المعلوم أنه كان في العسكر من لم يرض بقتل عمار، كعبد الله بن عمرو بن العاص وغيره؛ بل كل الناس كانوا منكرين لقتل عمار، حتى معاوية وعمرو" (MF 35/76). Cette attribution du verbe "tuer" à tout le groupe de Mu'âwiya est comparable à celle que l'on trouve dans le Coran par exemple pour Uhud, où Dieu a attribué à l'ensemble des Compagnons (700 personnes) ce que seulement 40 d'entre eux avaient fait : "وَلَقَدْ صَدَقَكُمُ اللّهُ وَعْدَهُ إِذْ تَحُسُّونَهُم بِإِذْنِهِ حَتَّى إِذَا فَشِلْتُمْ وَتَنَازَعْتُمْ فِي الأَمْرِ وَعَصَيْتُم مِّن بَعْدِ مَا أَرَاكُم مَّا تُحِبُّونَ مِنكُم مَّن يُرِيدُ الدُّنْيَا وَمِنكُم مَّن يُرِيدُ الآخِرَةَ ثُمَّ صَرَفَكُمْ عَنْهُمْ لِيَبْتَلِيَكُمْ وَلَقَدْ عَفَا عَنكُمْ وَاللّهُ ذُو فَضْلٍ عَلَى الْمُؤْمِنِينَ" (Coran 3/152) : Il leur a rappelé ici qu'Il avait rempli Sa promesse, puis leur a reproché d'avoir "divergé" [alors que l'impératif du Prophète ne permettait aucune divergence tant il était explicite et clair] et d'avoir "désobéi", ce qui fait qu'Il leur a retiré Son Aide. Ensuite Il dit leur avoir accordé Son Pardon. Un peu plus loin, Dieu leur dit ceci : "أَوَلَمَّا أَصَابَتْكُم مُّصِيبَةٌ قَدْ أَصَبْتُم مِّثْلَيْهَا قُلْتُمْ أَنَّى هَذَا قُلْ هُوَ مِنْ عِندِ أَنْفُسِكُمْ" : "Et est-ce que, lorsqu'une difficulté vous a atteints alors que vous aviez infligé deux fois son semblable, vous avez dit : "D'où cela (provient-il) ?" Dis : "Cela provient de vous-mêmes"" (Coran 3/165).

--- Aux deux personnes se disputant le fait d'avoir tué 'Ammâr, Abdullâh fils de 'Amr ibn il-'Âs réplique : "Que chacun de vous deux en soit content pour l'autre, car j'ai entendu le Messager de Dieu - que Dieu le bénisse et le salue - dire : "Le groupe bâghî le tuera"". Entendant cela, Mu'âwiya interpelle alors 'Abdullâh : "Alors pourquoi es-tu avec nous ?" Abdullâh lui répond que son père s'étant une fois plaint de lui auprès du Prophète, ce dernier lui a enjoint d'obéir à son père 'Amr ibn ul-'Âs ; c'est ce qu'il faisait donc lors de cette occasion encore, mais il ne participait pas au combat contre le groupe de 'Alî : "عن حنظلة بن خويلد العنبري قال: بينما أنا عند معاوية، إذ جاءه رجلان يختصمان في رأس عمار، يقول كل واحد منهما: "أنا قتلته". فقال عبد الله بن عمرو: "ليطب به أحدكما نفسا لصاحبه، فإني سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول: "تقتله الفئة الباغية"." قال معاوية: "فما بالك معنا؟" قال: "إن أبي شكاني إلى رسول الله صلى الله عليه وسلم، فقال: "أطع أباك ما دام حيا، ولا تعصهفأنا معكم، ولست أقاتل" (Ahmad, 6538 ; voir aussi 6929).

--- Il y a aussi cet échange, qui se tiendra entre Mu'âwiya et 'Amr ibn ul-'Âs alors qu'ils s'en retournent de Siffîn : entendant 'Abdullâh demander à son père 'Amr ibn ul-Âs : "Père, n'avais-tu pas entendu le Messager de Dieu - que Dieu le bénisse et le salue - dire à 'Ammâr : "Malheur à toi, fils de Sumayya : le groupe bâghî te tuera" ?", Mu'âwiya lui rétorque : "Tu ne cesses de nous apporter des choses désagréables ! Sont-ce nous qui l'avons tué ? Ne l'ont tué que ceux qui l'ont emmené (ici)" : "حدثنا أبو معاوية، حدثنا الأعمش، عن عبد الرحمن بن زياد، عن عبد الله بن الحارث، قال: إني لأسير مع معاوية في منصرفه من صفين، بينه وبين عمرو بن العاص، قال: فقال عبد الله بن عمرو بن العاص: "يا أبت، ما سمعتَ رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول لعمار: "ويحك يا ابن سمية تقتلك الفئة الباغية"؟" قال: فقال عمرو لمعاوية: "ألا تسمع ما يقول هذا؟" فقال معاوية: "لا تزال تأتينا بهنة. أنحن قتلناه، إنما قتله الذين جاءوا به" (Ahmad, 6499, 6927 ; voir aussi 6500, 6926). Lire la critique de cette Ta'wîl faite par Mu'âwiya. "ويروى أن معاوية تأول أن الذي قتله هو الذي جاء به دون مقاتليه؛ وأن عليا رد هذا التأويل بقوله: "فنحن إذا قتلنا حمزة". ولا ريب أن ما قاله علي هو الصواب؛ لكن من نظر في كلام المتناظرين من العلماء الذين ليس بينهم قتال ولا ملك، وأن لهم في النصوص من التأويلات ما هو أضعف من معاوية بكثير. ومن تأول هذا التأويل لم ير أنه قتل عمارا، فلم يعتقد أنه باغ، ومن لم يعتقد أنه باغ وهو في نفس الأمر باغ: فهو متأول مخطئ" (MF 35/76-77).

--- Ibn Taymiyya : "والفقهاء ليس فيهم من رأيه القتال مع من قتل عمارا؛ لكن لهم قولان مشهوران كما كان عليهما أكابر الصحابة: منهم من يرى القتال مع عمار وطائفته؛ ومنهم من يرى الإمساك عن القتال مطلقا. وفي كل من الطائفتين طوائف من السابقين الأولين. ففي القول الأول عمار وسهل بن حنيف وأبو أيوب. وفي الثاني سعد بن أبي وقاص ومحمد بن مسلمة وأسامة بن زيد وعبد الله بن عمر ونحوهم؛ ولعل أكثر الأكابر من الصحابة كانوا على هذا الرأي؛ ولم يكن في العسكرين بعد علي أفضل من سعد بن أبي وقاص، وكان من القاعدين" (MF 35/76-77).

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La bataille tourne à la faveur de Alî.

'Amr ibn ul-'As recommande alors à Mu'âwiya d'appeler à un arbitrage sur la base du Coran pour mettre fin au différend qui existe entre eux.

Alî accepte en disant : "J'ai priorité pour cela ! Que le Livre de Dieu soit donc entre nous !" (Ahmad, 15975 ; FB 8/748).

Il est confiant en son bon droit. Il dira aux deux arbitres : "Le Livre de Dieu est entièrement en ma faveur" : "قال علي للحكمين: "على أن تحكما بما في كتاب الله. وكتاب الله كله لي. فإن لم تحكما بما في كتاب الله فلا حكومة لكما" (Ibn Abî Shayba, 37856).

Par ailleurs, voyant le résultat de la bataille en terme de morts, Alî exprime des regrets quant au fait qu'il ait pris l'initiative de combattre ; c'est cela qui fait que, de bon coeur, il accepte l'arbitrage : "عن سليمان بن مهران، قال: حدثني من سمع عليا يوم صفين وهو عاض على شفته: "لو علمت أن الأمر يكون هكذا، ما خرجت. اذهب يا أبا موسى فاحكم ولو خر عنقي" (Ibn Abî Shayba, 37852). "حدثنا الأعمش، عن أبي معالج، أن عليا قال لأبي موسى: "احكم ولو يخر عنقي" (Ibn Abî Shayba, 37853). "حدثنا صهيب الفقعسي أبو أسد، عن عمه، قال: "ما كانت أوتاد فساطيطنا يوم صفين إلا القتلى، وما كنا نستطيع أن نأكل الطعام من النتن". قال: وقال رجل: "من دعا إلى البغلة ليوم كفر أهل الشام؟" قال: فقال: "من الكفر فروا" (Ibn Abî Shayba, 37848).

Mais certains hommes dans le groupe de Alî – il s'agit de ceux qui seront appelés : "les Kharidjites" – s'y opposent.

Sahl ibn Hunayf interpelle ces hommes : il rappelle d'une part que ces batailles entre le calife et d'autres musulmans n'ont, depuis qu'elles ont débuté, rien réglé comme problème ; et il fait d'autre part le parallèle de cette occasion de paix avec celle que, des années plus tôt, le Prophète avait accepté la paix de Hudaybiya : bien qu'ils étaient alors réticents, ils avaient dû reconnaître plus tard que cela avait été le juste choix (FB 8/748).

"عن حبيب بن أبي ثابت، قال: أتيت أبا وائل في مسجد أهله أسأله عن هؤلاء القوم الذين قتلهم علي بالنهروان، فيما استجابوا له، وفيما فارقوه، وفيما استحل قتالهم. قال: كنا بصفين؛ فلما استحر القتل بأهل الشام، اعتصموا بتل، فقال عمرو بن العاص لمعاوية: "أرسل إلى علي بمصحف، وادعه إلى كتاب الله، فإنه لن يأبى عليك". فجاء به رجل، فقال: "بيننا وبينكم كتاب الله {ألم تر إلى الذين أوتوا نصيبا من الكتاب يدعون إلى كتاب الله، ليحكم بينهم، ثم يتولى فريق منهم، وهم معرضون}". فقال علي: "نعم أنا أولى بذلك، بيننا وبينكم كتاب الله". قال: فجاءته الخوارج - ونحن ندعوهم يومئذ القراء -، وسيوفهم على عواتقهم، فقالوا: "يا أمير المؤمنين، ما ننتظر بهؤلاء القوم الذين على التل ألا نمشي إليهم بسيوفنا، حتى يحكم الله بيننا وبينهم؟". فتكلم سهل بن حنيف، فقال: "يا أيها الناس اتهموا أنفسكم، فلقد رأيتنا يوم الحديبية (يعني الصلح الذي كان بين رسول الله صلى الله عليه وسلم وبين المشركين)، ولو نرى قتالا لقاتلنا. فجاء عمر إلى رسول الله صلى الله عليه وسلم، فقال" (Ahmad, 15975 ; FB 13/86, sur 6704). Ibn Hajar commente ainsi ce propos : "فكأنه قال: اتهموا الرأي إذا خالف السنة، كما وقع لنا حيث أمرنا رسول الله صلى الله عليه وسلم بالتحلل فاحببنا الاستمرار إلى الإحرام وأردنا القتال لنكمل نسكنا ونقهر عدونا؛ وخفي عنا حينئذ ما ظهر للنبي صلى الله عليه وسلم مما حمدت عقباه" (FB tome 13, sur 6878).

Lire également : "Le "nah'y 'an il-munkar" fait par l'autorité par rapport à la "tâ'ïfa mumtani'a" (II)".

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L'arbitrage :

Il est prévu que, dans le but que le sang cesse de couler, deux hommes soient désignés comme arbitres, l'un du groupe de Alî et l'autre de celui de Mu'âwiya, et que leur décision fasse autorité.
Mu'âwiya présente 'Amr ibn ul-'As.
Alî est pour sa part représenté par Abû Mûssa al-Ash'arî (il avait proposé un autre personnage mais il a dû céder devant l'avis de son groupe).

L'arbitrage doit se dérouler en ramadan 37 à Dûmat al-jandal, à Adhruh.

Ceux qui – dans le groupe de Alî – refusent l'arrêt des combats et cet arbitrage quittent, mécontents, ses rangs ; cela leur vaudra le nom de "kharidjites", "les sortants". Ils étaient déjà opposés à Mu'âwiya et à 'Amr ibn ul-'As ; ils sont maintenant opposés à Alî aussi.

Certes, certains Compagnons tels que Sa'd ibn Abî Waqqâs, Ibn Omar, Muhammad ibn Maslama, etc. pensaient eux aussi – comme nous l'avons déjà dit – qu'il ne fallait se joindre ni aux côtés de Alî ni aux côtés de Mu'âwiya, mais eux se gardaient bien de faire une insurrection armée contre l'un ou l'autre. De plus, si ces Compagnons ne partageaient ni l'avis de Alî ni celui de Mu'âwiya à propos de la conduite à tenir dans la situation présente, ils voyaient bien que chaque partie s'attachait à une interprétation (ijtihâd). Les Kharidjites, eux, considèrent tout le monde égaré et à combattre ; ils vont bientôt créer de graves problèmes.

En ramadan 37, les deux arbitres, Abû Mûssa al-Ash'arî et 'Amr ibn ul-'As, se rencontrent à l'endroit prévu. Al-Mughîra ibn Shu'ba s'y rend lui aussi. Les deux arbitres envoient appeler Abdullâh ibn Omar et Abdullâh ibn uz-Zubayr. D'autres personnalités de Quraysh s'y rendent elles aussi (rapporté par Abd ur-Razzâq dans son Mussannaf, cité dans WK p. 134). Hafsa, veuve du Prophète, vu l'importance de l'événement et la nécessité de rétablir la paix dans la Umma du Prophète, a insisté auprès de son frère Abdullâh ibn Omar pour qu'il assiste à l'arbitrage (FB 7/504).

Les deux arbitres pensent nommer un nouveau calife afin que la Communauté musulmane puisse aborder un nouveau tournant.

Abd ur-Razzâq rapporte dans son Mussanaf que 'Amr ibn ul-'As dit à Abû Mûssa al-Ash'arî : "Abû Mûssa, es-tu d'accord pour que nous nommions un homme qui s'occupera des affaires de cette Umma ? Nomme-le. Si je peux te suivre dans ta proposition, tu as la garantie que je le ferai. Sinon, tu auras le devoir de suivre ma proposition."
Abû Mûssa lui dit alors : "Je nomme Abdullâh ibn Omar."
'Amr ibn ul-'As n'accepte pas sa proposition et dit : "Je nomme Mu'âwiya fils de Abû Sufyân."
Tous deux ont ensuite des mots (WK pp. 134-135, pp. 147-150).
Apparemment ce que Abû Mûssa reproche à 'Amr ibn ul-'Âs, c'est d'avoir proposé l'une des deux personnes qui font justement l'objet de la discussion.

Voici le texte rapporté par Abd ur-Razzâq :
"فلما حكم الحكمان فاجتمعا بأذرح، وافاهما المغيرة بن شعبة، وأرسل الحكمان إلى عبد الله بن عمر، وإلى عبد الله بن الزبير، ووافى رجالا كثيرا من قريش ووافى معاوية بأهل الشام ووافى أبو موسى الأشعري وعمرو بن العاص - وهما الحكمان - وأبى علي وأهل العراق أن يوافوا.

فقال المغيرة بن شعبة لرجال من ذوي رأي أهل قريش: هل ترون أحدا يقدر على أن يستطيع أن يعلم أيجتمع هذان الحكمان أم لا؟ فقالوا له: لا نرى أن أحدا يعلم ذلك. قال: فوالله إني لأظنني سأعلمه منهما حين أخلو بهما فأراجعهما. فدخل على عمرو بن العاص فبدأ به فقال: يا أبا عبد الله، أخبرني عما أسألك عنه؛ كيف ترانا معشر المعتزلة؟ فإنا قد شككنا في هذا الأمر الذي قد تبين لكم في هذا القتال، ورأينا نستأني ونتثبت حتى تجتمع الأمة على رجل فندخل في صالح ما دخلت فيه الأمة؟ فقال عمرو: أراكم معشر المعتزلة خلف الأبرار ومعشر الفجار. فانصرف المغيرة ولم يسأله عن غير ذلك، حتى دخل على أبي موسى الأشعري، فخلا به فقال له نحوا مما قال لعمرو، فقال أبو موسى: أراكم أثبت الناس رأيا، وأرى فيكم بقية المسلمين. فانصرف فلم يسأله عن غير ذلك قال: فلقي أصحابه الذين قال لهم ما قال من ذوي رأي قريش قال: أقسم لكم لا يجتمع هذان على رجل واحد، وليدعون كل واحد منهما إلى رأيه.

فلما اجتمع الحكمان، وتكلما خاليين، فقال عمرو: يا أبا موسى، أرأيت أول ما نقضي به في الحق؟ علينا أن نقضي لأهل الوفاء بالوفاء، ولأهل الغدر بالغدر. فقال أبو موسى: وما ذلك؟ قال: ألست تعلم أن معاوية وأهل الشام قد وافوا للموعد الذي وعدناهم إياه؟ فقال: فاكتبها. فكتبها أبو موسى. فقال عمرو: قد أخلصت أنا وأنت أن نسمي رجلا يلي أمر هذه الأمة، فسم يا أبا موسى، فإني أقدر على أن أبايعك منك على أن تبايعني.
فقال أبو موسى: "أسمي عبد الله بن عمر بن الخطاب" - وكان عبد الله بن عمر فيمن اعتزل.
فقال عمرو: "فأنا أسمي لك معاوية بن أبي سفيان".
فلم يبرحا من مجلسهما ذلك حتى اختلفا واستبا.

ثم خرجا إلى الناس. ثم قال أبو موسى: "يا أيها الناس، إني قد وجدت مثل عمرو بن العاص مثل الذي قال الله تبارك وتعالى {واتل عليهم نبأ الذي آتيناه آياتنا فانسلخ منها} حتى بلغ {لعلهم يتفكرون}". وقال عمرو بن العاص: "يا أيها الناس، إني وجدت مثل أبي موسى مثل الذي قال الله تبارك وتعالى {مثل الذين حملوا التوراة ثم لم يحملوها كمثل الحمار يحمل أسفارا} حتى بلغ {الظالمين}". ثم كتب كل واحد منهما بالمثل الذي ضرب لصاحبه إلى الأمصار.

قال الزهري: عن سالم، عن ابن عمر قال معمر: وأخبرني ابن طاوس، عن عكرمة بن خالد، عن ابن عمر قال: فقام معاوية عشية، فأثنى على الله بما هو أهله ثم قال: "أما بعد، فمن كان متكلما في هذا الأمر، فليطلع لي قرنه، فوالله لا يطلع فيه أحد إلا كنت أحق به منه ومن أبيه" - قال: يعرض بعبد الله بن عمر -. قال عبد الله بن عمر: "فأطلقت حبوتي فأردت أن أقوم إليه فأقول: "يتكلم فيه رجال قاتلوك وأباك على الإسلام"، ثم خشيت أن أقول كلمة تفرق بين الجمع وتسفك فيه الدماء، وأحمل فيه على غير رأي، فكان ما وعد الله تبارك وتعالى في الجنان أحب إلي من ذلك".

Cette dernière partie, avec Mu'âwiya se présentant comme méritant le califat et Abdullâh ibn Omar pensant lui répondre puis préférant garder le silence, a également été rapportée par al-Bukhârî : "عن ابن عمر، قال: "دخلت على حفصة ونسواتها تنطف، قلت: "قد كان من أمر الناس ما ترين، فلم يجعل لي من الأمر شيء". فقالت: "الحق فإنهم ينتظرونك، وأخشى أن يكون في احتباسك عنهم فرقة"، فلم تدعه حتى ذهب. فلما تفرق الناس، خطب معاوية قال: "من كان يريد أن يتكلم في هذا الأمر، فليطلع لنا قرنه؛ فلنحن أحق به منه ومن أبيه". قال حبيب بن مسلمة: "فهلا أجبته؟" قال عبد الله: "فحللت حبوتي، وهممت أن أقول: "أحق بهذا الأمر منك من قاتلك وأباك على الإسلام". فخشيت أن أقول كلمة تفرق بين الجمع وتسفك الدم ويحمل عني غير ذلك، فذكرت ما أعد الله في الجنان". قال حبيب: "حفظت وعصمت" (n° 3882).

(L'autre récit, celui rapporté par at-Tabarî et qui est le plus souvent relaté à ce sujet et qui montre une tromperie de la part de 'Amr ibn ul-'As lors du déroulement de l'arbitrage, est complètement erroné (WK pp. 147-150).)

L'arbitrage ne donne pas de résultats concrets (FB 12/356). Mu'âwiya annonce maintenant qu'il est calife, se fondant sur l'échange qui a été fait au cours de l'arbitrage à Dumat ul-jandal (MS 2/290 3/328).

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Les Kharidjites :

Pour l'instant, retourné à Kufa, Alî doit faire face à l'insubordination des kharidjites.

Ce sont des hommes puritains, extrêmement littéralistes et violents.

An-Nassâ'ï rapporte qu'ils reprochent 3 choses à Alî :
– d'avoir accepté l'arbitrage de deux humains alors que seul Dieu est arbitre et peut trancher ;
– de n'avoir pas autorisé les combattants à prendre du butin après le combat contre les musulmans entrés en rébellion [après la bataille du Chameau et lors des combats de Siffîn] ;
– enfin d'avoir accepté, lors de la rédaction du traité acceptant l'arbitrage, d'effacer – comme le lui demandaient les gens de Syrie – le titre de "Chef des croyants" de devant son prénom, ce qui voudrait dire qu'il reconnaît ne pas être le calife des musulmans (cité en note de bas de page sur Al-Hidâya 1/588 ; certains de ces éléments sont aussi relatés dans FB 12/370).

Ibn Hajar relate comment Alî fait tous les efforts possibles pour montrer aux kharijites qu'ils se trompent, qu'ils reprennent une parole de vérité ("Lâ hukma illâ lillâh" : "L'arbitrage ne revient qu'à Dieu") mais la comprennent de façon simplificatrice, et l'appliquent donc de façon entièrement erronée ("kalimatu haqq urîda bihâ bâtil" : Muslim 1066).
Alî dépêche auprès d'eux Ibn Abbâs ; celui-ci leur parle et certains reviennent, pendant que d'autres persistent dans leur déviance.
Alî leur dit alors : "Nous vous garantissons malgré tout trois droits : nous ne vous empêcherons pas de venir dans les mosquées, nous ne vous priverons pas de votre part dans la redistribution du fay', et nous ne vous combattrons pas tant que vous-mêmes ne créerez pas l'oppression (fassâd)."

Les kharidjites se réunissent ensuite à Ctésiphon. Alî ne cesse de correspondre avec eux pour leur demander de revenir. Ils refusent et lui demandent de reconnaître d'abord qu'il a, lui, apostasié, et donc de se repentir.

Alî continue sa correspondance, mais cette fois ils sont à deux doigts d'assassiner son émissaire.

Puis ils prennent comme résolution que tout musulman n'appartenant pas à leur groupe pourra être tué et volé. Et ils se mettent effectivement à tuer ceux qui passent près du lieu où ils se sont établis.

C'est seulement alors que Alî part les combattre. Il les écrase à Nehrawân, en l'an 38 (FB 12/355-356, 12/369-372, MS 3/329).
Après qu'il les ait combattus, quelqu'un demande à 'Alî à leur sujet : "Sont-ils des Mushrik ? - Du Shirk ils ont fui, répond-il. - Sont-ils des Munâfiq ? - Les Munâfiq n'évoquent Dieu que peu ! - Qui sont-ils donc ? - Des gens qui ont fait Bagh'y contre nous" : "عن طارق بن شهاب، قال: كنت عند عليّ، فسئل عن أهل النهر: أهم مشركون؟ قال: من الشرك فروا! قيل: فمنافقون هم؟ قال: إن المنافقين لا يذكرون الله إلا قليلا! قيل له: فما هم؟ قال: قوم بغوا علينا"" (Ibn Abî Shayba, n° 37942) (MS 3/94-95).

Le Prophète avait annoncé leur venue ; les paroles dans lesquelles il avait dit qu'ils seraient tués sont à comprendre, écrit Ibn Hajar, dans le sens où ils seraient tués parce qu'ayant d'abord tué des musulmans (FB 8/87).

Lire : Pourquoi 'Alî (que Dieu l'agrée) marcha-t-il le premier contre les gens de Jamal et de Siffîn, mais pas contre les Kharijites ?.

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Après l'arbitrage :

Après les temps de l'arbitrage, 'Alî fera des préparatifs pour aller de nouveau combattre Mu'âwiya, et ce parce que ce dernier se proclame calife. Cependant, il ne pourra plus y aller (FB 13/79). Ses partisans ne le suivront pas.

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Le martyre :

Si les Kharidjites ont été décimés à Nehrawân, un petit nombre d'entre eux en ont réchappé. Ils rassemblent bientôt quelques partisans. Au mois de ramadan de l'an 40, Alî est l'objet d'une embuscade tenue par l'un d'entre eux et est mortellement blessé (voir FB 12/356-357).

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Que penser de ces batailles du Chameau et de Siffîn ?

Les deux batailles du Chameau et de Siffîn n'ont été menées par ces Compagnons ni à cause d'une faiblesse de leur foi (wa-l-'iyâdhu bil-llâh) ni à cause d'une recherche du pouvoir, mais à cause d'interprétations différentes (ijtihâd) de certains textes et de ce que le contexte rendait nécessaire ; ces Compagnons ont été de toute bonne foi ; nous les aimons tous et ne dénigrons aucun d'entre eux.

La question qui se pose est la suivante : Dans les faits :
– s'est-il agi de batailles du détenteur de l'autorité contre des gens entrés en rébellion contre lui (qitâl ul-bughât), ce qui tomberait sous l'impératif du verset disant : "فَإِن بَغَتْ إِحْدَاهُمَا عَلَى الْأُخْرَى فَقَاتِلُوا الَّتِي تَبْغِي حَتَّى تَفِيءَ إِلَى أَمْرِ اللَّهِ" (Coran 49/9) ;
ou bien s'est-il agi de batailles de discorde (qitâlu fitna), ce qui tomberait sous le coup des Hadîths demandant qu'on s'en éloigne autant que possible : "عن أبي هريرة رضي الله عنه، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "ستكون فتن، القاعد فيها خير من القائم، والقائم فيها خير من الماشي، والماشي فيها خير من الساعي، ومن يشرف لها تستشرفه، ومن وجد ملجأ أو معاذا فليعذ به" (al-Bukhârî, Muslim ; voir FB 13/39) ?

Ibn Taymiyya écrit : "Les batailles du Chameau et de Siffîn font l'objet d'une divergence :
relèvent-elles du combat contre ceux qui sont en rébellion et qui est prescrit par le Coran ;
ou bien du combat de fitna [discorde, épreuve] où [selon les Hadîths] celui qui reste à l'écart agit mieux que celui qui y participe ?"
(MS 2/335.)

En fait 2 points font l'unanimité :

A) Alî était devenu le calife ("الخلافة ثلاثون سنة").

B) Mu'âwiya pensait – en toute bonne foi – qu'il avait le droit d'exiger que le talion soit d'abord appliqué aux meurtriers de Uthmân avant de reconnaître le califat de Alî ; 'Amr ibn ul-'As, un autre Compagnon, était du même avis que lui. Tous deux étaient donc sincères (ils croyaient véritablement que 'Alî refusait délibérément de venger Uthmân) mais ils faisaient une erreur d'interprétation (khata' ijtihâdî), car Alî ne pouvait réellement pas appliquer le talion dans l'état des choses. Ils étaient donc bâghî 'an tâ'at il-amîr (MRH, pp. 30-31).

Et un point fait l'objet d'avis divergents :

C) Alî devait-il, pouvait-il, combattre ou pas le groupe de Mu'âwiya pour le soumettre à l'autorité califale ? Les autres Compagnons devaient-ils, puisqu'il était le calife et demandait qu'on l'assiste dans ces combats, suivre sa demande et se joindre à lui pour combattre le groupe de Mu'âwiya ?
Certains Compagnons étaient du même avis que Alî : combattre ceux qui refusent de reconnaître l'autorité califale est autorisé, même s'ils ne la combattent pas et ne causent pas de tort à la population. (Cet avis fut ensuite repris par des hanafites et des hanbalites : MF 4/450, 438, 441, MS 2/334.) A l'intérieur de ce groupe de Compagnons, deux tendances apparaissaient :
--- Ammâr ibn Yâssir, Sahl ibn Hunayf et Abû Ayyûb al-Ansârî pensaient que non seulement combattre les gens de ce type est permis, mais c'était la solution pour mettre fin au problème que traversaient alors les musulmans ; et c'est d'autant plus ce qu'il fallait faire que le calife avait appelé à le faire ;
--- al-Hassan, le propre fils de Alî, pensait pour sa part que si combattre ce genre de personnes est en soi légal (mashrû'), la situation d'alors ne permettait pas qu'on l'entreprenne ; le calife ayant cependant donné l'ordre de faire quelque chose étant en soi autorisé, il fallait obéir.

Et puis d'autres Compagnons (comme Sa'd ibn Abî Waqqâs, Abdullâh ibn Omar, Muhammad ibn Maslama, Abû Bak'ra, Abû Mas'ûd, Ussâma ibn Zayd, 'Imrân ibn ul-Hussayn) pensaient que Alî faisait une erreur d'interprétation (khata' ijtihâdî) en marchant sur le groupe de Mu'âwiya pour l'attaquer, ce qui faisait du combat un combat de fitna (qitâlu fitna), auquel il est interdit de participer. Obéir au calife ne pouvant pas se faire à propos de ce qui est clairement interdit, ils ne devaient donc pas s'engager aux côtés du calife (MF 4/442-443).
Ces Compagnons pensaient donc que la bataille entre Alî et Mu'âwiya était celle dont le Prophète avait parlé en disant : "Viendra une fitna ; celui qui sera alors assis agira mieux que celui qui sera debout ; celui qui sera debout agira mieux que celui qui marchera ; celui qui marchera agira mieux que celui qui courra" (at-Tirmidhî 2194, etc.). Ibn Taymiyya écrit que, Alî excepté, les plus grands des Compagnons alors encore vivants furent de cet avis : il ne fallait combattre ni dans un camp ni dans l'autre. Ibn Taymiyya cite le nom de Sa'd ibn Abî Waqqâs, le Compagnon alors vivant qui, juste après 'Alî, avait le plus de valeur (MF 35/77).

Le fait que le Prophète a fait les éloges de son petit-fils al-Hassan ibn 'Alî, disant que par son intermédiaire, Dieu amènerait la réconciliation entre deux groupes de musulmans (al-Bukhârî 2704, 3629, 3746, 7109) montre que l'avis correct fut au moins celui de al-Hassan, si ce n'est celui de Sa'd ibn Abî Waqqâs etc. Car si le combat mené par 'Alî contre Mu'âwiya était "chose "nécessaire, ou recommandé (ta'abbudan)" d'entreprendre, ou "chose bien (par maslaha)" d'entreprendre, pourquoi le Prophète aurait-il fait les éloges de celui qui y mettrait fin (d'après MS 2/348) ?
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Par ailleurs, poursuit Ibn Taymiyya, le Prophète avait dit à Muhammad ibn Maslama, celui-là même qui ne s'était joint ni au camp de Mu'âwiya ni au camp de 'Alî : "La "fitna" ne te fera pas de tort" : "عن محمد، قال: قال حذيفة: "ما أحد من الناس تدركه الفتنة إلا أنا أخافها عليه؛ إلا محمد بن مسلمة. فإني سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول: "لا تضرك الفتنة" (Abû Dâoûd 4663) (MS 1/208).
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Ibn Taymiyya écrit que Abû Hanîfa, Mâlik, Ahmad ibn Hanbal, ath-Thawri, al-Awzâ'ï dirent eux aussi qu'il s'agissait d'un combat de discorde ("qitâlu fitna") (MS 4/317, 2/293).

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Sahl ibn Hunayf, qui était aux côtés de 'Alî, dira après l'arrêt des combats à Siffîn que, auparavant, chaque fois qu'il avait du combattre, cela avait débouché sur quelque chose de positif, mais que "cette fois, nous ne fermons pas un côté sans qu'un autre côté jaillit sur nous" : "عن أبي وائل، قال كنا بصفين، فقام سهل بن حنيف، فقال: أيها الناس اتهموا أنفسكم" (al-Bukhârî, 3011) ; "عن أبي وائل قال: لما قدم سهل بن حنيف من صفين أتيناه نستخبره، فقال: "اتهموا الرأي، فلقد رأيتني يوم أبي جندل ولو أستطيع أن أرد على رسول الله صلى الله عليه وسلم أمره لرددت، والله ورسوله أعلم، وما وضعنا أسيافنا على عواتقنا لأمر يفظعنا إلا أسهلن بنا إلى أمر نعرفه قبل هذا الأمر، ما نسد منها خصما إلا انفجر علينا خصم ما ندري كيف نأتي له" (al-Bukhârî, 3953) (Muslim, 1785). "وقال أبو وائل: "شهدت صفين وبئست صفون" (al-Bukhârî, 6878).

Retourné de Siffîn, 'Alî lui-même dit : "Ô les gens, ne détestez pas (l'existence de) l'émirat de Mu'âwiya ; car s'il venait à disparaître, vous verriez des têtes voler de leurs épaules, comme des coloquintes" : "عن الحارث، قال: لما رجع علي من صفين علم أنه لا يملك أبدا، فتكلم بأشياء كان لا يتكلم بها، وحدث بأحاديث كان لا يتحدث بها. فقال فيما يقول: "أيها الناس، لا تكرهوا إمارة معاوية، والله لو قد فقدتموه لقد رأيتم الرءوس تندر من كواهلها كالحنظل" (Ibn Abî Shayba, 37854) (voir aussi Dalâ'ïl un-nubuwwa, al-Bayhaqî) (MS 3/283).

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--- Quant au célèbre hadîth où le Prophète (sur lui soit la paix) avait annoncé : "Il en est parmi vous qui combattra concernant l'interprétation de ce Coran, comme j'ai combattu concernant le fait qu'il a été descendu (de Dieu)", avant de révéler qu'il s'agit de celui qui était alors en train de recoudre la sandale, c'est-à-dire : 'Alî : "عن أبيه قال: سمعت أبا سعيد الخدري يقول: كنا جلوسا ننتظر رسول الله صلى الله عليه وسلم، فخرج علينا من بعض بيوت نسائه، قال: فقمنا معه، فانقطعت نعله، فتخلف عليها علي يخصفها، فمضى رسول الله صلى الله عليه وسلم ومضينا معه ثم قام ينتظره، وقمنا معه، فقال: "إن منكم من يقاتل على تأويل هذا القرآن، كما قاتلت على تنزيله"، فاستشرفنا وفينا أبو بكر وعمر، فقال: "لا، ولكنه خاصف النعل". يعني عليا رضي الله، قال: فجئنا نبشره، قال: وكأنه قد سمعه" (Ahmad, 11289, 11773 ; Silsilat ul-ahâdîth is-sahîha, 2487), il s'agit du combat que 'Alî dut mener contre les Kharijites. C'est ainsi que al-Baghawî l'a commenté (Shar'h us-sunna, n° 2557), l'ayant inséré dans "باب قتال الخوارج والملحدين". C'est également ainsi que at-Tahâwî l'a commenté (Shar'h Mushkil il-âthâr, numéros 4058-4061). At-Tahâwî a distingué ce hadîth de l'autre hadîth relaté par 'Alî lui-même, qui contenait une menace adressée aux Quraysh suite au propos de Suhayl ibn 'Amr, et qui, pour sa part, a été prononcé non pas à Médine mais lors de Sul'h ul-Hudaybiya (qui est rapporté par at-Tahawî au numéro 4053, par at-Tirmidhî au numéro 3715, et cité dans la Silsila Sahîha en 5/642-643) : cette menace-là, dit at-Tahâwî, n'a ensuite pas été appliquée (cf. Shar'h Mushkil il-âthâr).

--- Pareillement, dans la parole de Abdullâh ibn Omar : "ما آسى على شيء إلا أني لم أقاتل مع علي - رضي الله عنه - الفئة الباغية" : "Je n'ai de regret quant à aucune chose, excepté le fait que je n'ai pas combattu avec Alî le groupe bâghî" (al-Mustad'rak, 6360 ; Al-Istî'ab de Ibn Abd il-Barr), "le groupe bâghî" y désigne les Kharijites, et cela parce que Ibn Omar avait appris ce que le Prophète avait annoncé de récompenses dans l'autre monde pour ceux qui combattraient les Kharijites lorsqu'ils apparaîtraient et s'en prendraient aux musulmans (An-Nubuwwât, p. 193).

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Alî avait donc raison sur le fond dans le désaccord qui l'opposait à Mu'âwiya ; ce dernier faisait une erreur d'interprétation (khata ijtihâdî).
Cependant, en marchant contre Mu'âwiya, chose qui entraîna la bataille de Siffîn, Alî fit ensuite une erreur d'interprétation (khata ijtihâdî)
(MF 4/441-442). Et c'est pourquoi quand, durant son vivant, le Prophète avait fait allusion au combat qui opposerait deux groupes de sa Communauté – celui de Alî et celui de Mu'âwiya – et à l'apparition des Kharidjites, il avait dit que combattrait les Kharijites "celui des deux groupes qui serait le plus proche de la vérité" ("أدنى الطائفتين إلى الحق" / "أولى الطائفتين بالحق" / "أقرب الطائفتين من الحق") (Muslim 1064, Ahmad 10767). Ce fut Alî qui combattit les Kharidjites, comme nous l'avons vu. Cependant, si ce Hadîth montre d'une part que ce fut Mu'âwiya qui fit l'erreur d'interprétation fondamentale (et que 'Alî était sur la vérité par rapport à ce que Mu'âwiya exigeait de lui avant de reconnaître son autorité), il montre aussi d'autre part que Alî fut "le plus proche du vrai, parmi les deux groupes" et non pas : "celui qui avait entièrement raison lors de tout cette Fitna" : il fit (ensuite) une erreur ijtihâdî.
"علي غلّب الرهبة وتأول في الدماء" (MF 35/23).
"عن سعد بن عبيدة، عن أبي عبد الرحمن - وكان عثمانيا -، فقال لابن عطية - وكان علويا -: "إني لأعلم ما الذي جرأ صاحبك على الدماء" (al-Bukhârî, 2915) ; "تنازع أبو عبد الرحمن وحبان بن عطية، فقال أبو عبد الرحمن لحبان: "لقد علمت ما الذي جرأ صاحبك على الدماء"، يعني عليا. قال: "ما هو لا أبا لك؟" (al-Bukhârî, 6540).
"وهذا الذي فعله الحسن رضي الله عنه مما أثنى عليه النبي صلى الله عليه وسلم، كما ثبت في صحيح البخاري وغيره عن أبي بكر - رضي الله عنه - أن النبي
صلى الله عليه وسلم قال: "إن ابني هذا سيد وسيصلح الله به بين فئتين عظيمتين من المسلمين". فجعل النبي صلى الله عليه وسلم مما أثنى به على ابنه الحسن ومدحه على أن أصلح الله تعالى به بين فئتين عظيمتين من المسلمين وذلك حين سلم الأمر إلى معاوية وكان قد سار كل منهما إلى الآخر بعساكر عظيمة. فلما أثنى النبي صلى الله عليه وسلم على الحسن بالإصلاح وترك القتال دل على أن الإصلاح بين تلك الطائفتين كان أحب إلى الله تعالى من فعله، فدل على أن الاقتتال لم يكن مأمورا به" (MF 4/466-467).

Dans quelle mesure la marche de 'Alî contre Mu'âwiya constitua-t-elle une erreur d'interprétation ?

Soit (cela se mariant avec l'avis de al-Hassan) ce fut une erreur d'interprétation du réel (wâqi') : les bughât 'an il-amîr, il est en soi légal (mashrû') de les combattre pour les amener à reconnaître l'autorité, mais à condition qu'il y en ait la capacité (qud'ra). Or, dans le cas de 'Alî, la situation (wâqi') était telle que combattre les gens de Siffîn créerait un problème plus grand que celui que l'on voulait résoudre, et que, dans le cas de Alî, il fallait impérativement s'en abstenir, puisque le mal que cela allait engendrer se révélerait plus grand que celui qu'il voulait résoudre (MF 4/443). Et c'est effectivement ce qui s'est passé, 'Alî regrettant à la fin de n'avoir pas écouté son fils al-Hassan. Ibn Taymiyya écrit : "S'il [= 'Alî] ne les avait pas combattus, il ne serait pas arrivé davantage que ce qui était déjà arrivé. Ils ne reconnaissaient (déjà) pas son autorité. Mais par le combat le problème a augmenté" (MF 4/441).

Soit (cela correspondant à l'avis de Sa'd ibn Abî Waqqâs etc.) ce fut une erreur d'interprétation dans le hukm shar'î : les bughât 'an il-amîr (qui ne sont pas des sécessionnistes), les combattre pour les faire entrer sous son autorité est interdit, et 'Alî fit donc une erreur d'interprétation en pensant que cela est autorisé. Or il n'y a pas d'obéissance au émir dans ce qu'il entreprend qui est interdit de façon qat'î, même si l'ijtihad de cet émir l'a conduit à penser que cela est permis.
--- "عن محمد بن علي، أن حرملة مولى أسامة أخبره قال: "أرسلني أسامة إلى علي وقال: "إنه سيسألك الآن فيقول: "ما خلف صاحبك؟" فقل له: "يقول لك: "لو كنت في شدق الأسد لأحببت أن أكون معك فيه، ولكن هذا أمر لم أره""". فلم يعطني شيئا. فذهبت إلى حسن وحسين وابن جعفر، فأوقروا لي راحلتي" (al-Bukhârî, 6693).
--- "عن الأحنف بن قيس قال: خرجت بسلاحي ليالي الفتنة، فاستقبلني أبو بكرة، فقال: "أين تريد؟" قلت: "أريد نصرة ابن عم رسول الله صلى الله عليه وسلم". قال: "قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "إذا تواجه المسلمان بسيفيهما فكلاهما من أهل النار". قيل: "فهذا القاتل، فما بال المقتول؟" قال: "إنه أراد قتل صاحبه" (al-Bukhârî, 6672, etc.) ("وكان الأحنف أراد أن يخرج بقومه إلى علي بن أبي طالب ليقاتل معه يوم الجمل" : FB, tome 1).
--- "عن شقيق بن سلمة، كنت جالسا مع أبي مسعود وأبي موسى وعمار، فقال أبو مسعود: "ما من أصحابك أحد إلا لو شئت لقلت فيه، غيرك. وما رأيت منك شيئا منذ صحبت النبي صلى الله عليه وسلم أعيب عندي من استسراعك في هذا الأمر". قال عمار: "يا أبا مسعود، وما رأيت منك ولا من صاحبك هذا شيئا منذ صحبتما النبي صلى الله عليه وسلم أعيب عندي من إبطائكما في هذا الأمر". فقال أبو مسعود - وكان موسرا -: "يا غلام هات حلتين، فأعطى إحداهما أبا موسى والأخرى عمارا"، وقال: "روحا فيه إلى الجمعة" (al-Bukhârî, 6690).

Reste alors le passage coranique 49/9-10, qui dit : "وَإِن طَائِفَتَانِ مِنَ الْمُؤْمِنِينَ اقْتَتَلُوا فَأَصْلِحُوا بَيْنَهُمَا فَإِن بَغَتْ إِحْدَاهُمَا عَلَى الْأُخْرَى فَقَاتِلُوا الَّتِي تَبْغِي حَتَّى تَفِيءَ إِلَى أَمْرِ اللَّهِ فَإِن فَاءتْ فَأَصْلِحُوا بَيْنَهُمَا بِالْعَدْلِ وَأَقْسِطُوا إِنَّ اللَّهَ يُحِبُّ الْمُقْسِطِينَ. إِنَّمَا الْمُؤْمِنُونَ إِخْوَةٌ فَأَصْلِحُوا بَيْنَ أَخَوَيْكُمْ وَاتَّقُوا اللَّهَ لَعَلَّكُمْ تُرْحَمُونَ"... Mu'âwiya et son groupe constituaient "la fi'a bâghiya" (hadîth), et ce verset 49/9 parle du "bagh'y", suite à quoi il dit de combattre celui des deux groupes qui fait le "bagh'y" vis-à-vis de l'autre.
Certains ulémas ont donc appliqué ce que ce verset 49/9 dit – combattre le groupe – au cas de bagh'y par simple non-reconnaissance de l'autorité légitime.
Mais Ibn Taymiyya écrit que
le verset parle de ce qu'il faut faire lorsque deux groupes d'entre les musulmans se battent : on doit alors les réconcilier ; puis [al-fâ' li-t-ta'qîb], après la tentative de réconciliation, si l'un de ces deux groupes commet l'injustice – c'est le sens de "bagh'y" dans le verset – vis-à-vis de l'autre, on doit combattre ce groupe jusqu'à ce qu'il revienne à ce que Dieu veut ; puis on doit réconcilier les deux groupes. Le verset parle donc de deux groupes qui se battaient, entre qui on fait une tentative de réconciliation, et dont, finalement, l'un d'eux a commis l'agression envers l'autre : c'est dans ce cas seulement qu'il demande de combattre le bâghî (cf. MS 2/304, 2/335, 2/321, 2/293). Or ce n'était pas le cas de 'Alî face à Mû'âwiya.
On note d'ailleurs que, questionné au sujet de la marche qu'il a entreprise vers les insurgés, Alî ne dit pas que cela tombait sous le coup de ce verset du Coran, mais qu'il agissait selon son avis personnel (Abû Dâoûd, 4666, déjà cité plus haut). 'Ammâr non plus n'a pas cité ce verset (Muslim, 2779/9, déjà cité lui aussi).
Quant au fait que Abû Bakr avait combattu les gens refusant de donner la zakât, il s'agissait en fait de ceux qui refusaient de s'acquitter de la zakât, et non pas de ceux qui refusaient seulement de remettre la zakât au calife ; parce que si c'était eux dont il s'était agi, alors Abû Bakr ne les aurait pas combattus car, comme l'ont dit Abû Hanîfa et Ahmad ibn Hanbal, le calife n'est pas en droit de combattre des gens qui ne font que ne pas reconnaître son autorité (MS 2/293, 2/332, 2/334).

Après l'arbitrage de l'an 37, Mu'âwiya se proclame calife, nous l'avons vu, et ce parce que l'un des deux arbitres a présenté son nom comme calife lors de l'arbitrage. Cela constitue une nouvelle erreur d'interprétation (khata' ijtihâdî) de sa part, car il n'y a pas eu accord des deux arbitres sur le sujet. Cependant, malgré sa bonne foi et le fait qu'une erreur d'interprétation n'est pas un péché, il tombe alors, dit Ibn Taymiyya, sous le coup du bagh'y qui doit être combattu : "(Ce groupe) devint bâghî ['ala-l-amîr] à ce moment, par le biais de ce qui apparut d'eux : établissement d'un émir désigné comme "Dirigeant des croyants", malédiction proférée contre l'émir légitime, etc. Ceci constitue du bagh'y [du type devant être combattu]. A contrario du combat ayant eu lieu avant cela : cela était du qitâlu fitna. (…)" (MF 4/443-444). Ibn Taymiyya est d'avis que, après l'arbitrage de l'an 37, il était du devoir de 'Alî de faire son possible pour combattre le groupe de Mu'âwiya. Ce qu'il a écrit ("établissement d'un émir désigné comme "Dirigeant des croyants"") semble montrer qu'il pense que Mu'âwiya est alors tombé sous le coup du Hadîth qui demande de s'en prendre à la personne qui se proclame calife alors qu'un calife existe déjà (Muslim 1844, 1853) [il s'agit bien sûr d'avoir recours, au préalable, à toute autre possibilité permettant de déposer cette personne sans effusion de sang : Shar'h Muslim 12/234, 242].
Ibn Taymiyya n'est par contre pas d'avis que, même alors, Mu'âwiya soit tombé sous le coup du verset 49/9, car, dit-il, personne n'a procédé à la réconciliation entre les deux groupes (MS 2/335), de sorte que l'on puisse dire qu'il y avait deux groupes qui se battaient, et on a fait une tentative de réconciliation entre eux, mais ensuite l'un des deux a ensuite commis l'injustice vis-à-vis de l'autre ; l'injustice, ici – fût-elle exempte de péché, puisqu'elle est faite suite à une khata' ijtihâdî –, consistait en le fait de se proclamer calife. Ibn Taymiyya dit qu'il n'y a pas eu de tentative de réconciliation entre le groupe de 'Alî et celui de Mu'âwiya. Peut-être qu'il serait possible qu'un autre 'âlim ait un autre avis, disant que l'arbitrage de l'an 37 a bel et bien constitué une telle tentative ? Je ne sais pas (لا أدري).
En tout état de cause, Ibn Taymiyya écrit à propos de la situation d'après l'arbitrage : "A ce moment-là, lorsque se produisit le bagh'y [du type devant être combattu], combattre aux côtés de Alî devint obligatoire. (…) Et à ce moment-là, après l'arbitrage, la séparation et l'apparition du bagh'y [du type de celui dont le verset parle], Alî ne les combattit pas, le groupe qui était avec lui ne lui obéissant plus à propos du combat" (MF 4/443-444).

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Alî vu par les Sunnites, les Chiites et les Kharidjites :

"قال عليّ: والذي فلق الحبة وبرأ النسمة، إنه لعهد النبي الأمي صلى الله عليه وسلم إليّ: أن لا يحبني إلا مؤمن، ولا يبغضني إلا منافق" : Le Prophète (sur lui soit la paix) a dit à Alî que ne l'aimera que celui qui est croyant, et ne le détestera que celui qui est hypocrite (Muslim 78).

Ceux de l'orthodoxie Sunnite l'aiment donc comme un des plus valeureux Compagnons du Prophète, en 4ème position après Abû Bakr, Omar et Uthmân. Certes, il est quelques ulémas sunnites qui pensent que Alî est supérieur à Uthmân (MF 4/426), mais Ahmad ibn Hanbal a rappelé à ce sujet que lors du choix de Uthmân comme dirigeant, l'ensemble des Emigrants et Auxiliaires avaient donné préférence à Uthmân, comme Ibn 'Awf l'avait relaté d'eux après les avoir consulté pendant trois jours. Il serait donc surprenant, dit en substance Ahmad, que l'on puisse garder à ce sujet un avis qui se trouve être différent de celui de ce grand nombre d'illustres Compagnons (MF 4/426).

Par contre, les Nâssibites, eux, dénigrent Alî. Les Kharidjites font de même.

A l'opposé, les Chiites imamites croient que Alî est supérieur à Abû Bakr et à Omar (n'en parlons plus de Uthmân), et le croient infaillible au même titre que le Prophète (donc ne pouvant pas faire une erreur d'interprétation).

La position des Nassibites et Kharidjites et celle des Chiites imamites constituent deux déviances qui constituent des extrêmes.
"عن علي، رضي الله عنه، قال: قال لي النبي صلى الله عليه وسلم: "فيك مثل من عيسى: أبغضته اليهود حتى بهتوا أمه، وأحبته النصارى حتى أنزلوه بالمنزلة التي ليس به". ثم قال: "يهلك فيّ رجلان محب مفرط يقرظني بما ليس في، ومبغض يحمله شنآني على أن يبهتني"
"عن علي بن أبي طالب، رضي الله عنه، قال: دعاني رسول الله صلى الله عليه وسلم فقال: "إن فيك من عيسى مثلا: أبغضته يهود حتى بهتوا أمه، وأحبته النصارى حتى أنزلوه بالمنزل الذي ليس به". "ألا وإنه يهلك فيّ اثنان، محب يقرظني بما ليس في، ومبغض يحمله شنآني على أن يبهتني. ألا إني لست بنبي ولا يوحى إلي، ولكني أعمل بكتاب الله وسنة نبيه صلى الله عليه وسلم ما استطعت؛ فما أمرتكم من طاعة الله فحق عليكم طاعتي فيما أحببتم وكرهتم"
Dans ces deux relations (rapportées par Ahmad, 1376-1377, mais dha'îf), il est attribué au Prophète qu'il aurait dit à 'Alî qu'il y aura à son sujet des positions que l'on peut comparer à celles concernant Jésus fils de Marie ; en effet, les uns ont détesté celui-ci au point de le traiter de magicien et de calomnier sa mère ; les autres l'ont aimé au point de l'élever au statut de Dieu incarné.
D'après ces relations, Alî aurait dit ensuite : "Je ne suis pas un prophète et ne reçois pas la révélation. Je ne fais que mettre en pratique le Coran et la Sunna autant que je peux. Ce que je vous ordonne ainsi d'obéissance à Dieu, il est de votre devoir de me suivre, que vous l'aimiez ou pas" (voir également MS 3/341). An-Nu'mânî a fait de ce Hadîth un commentaire intéressant (cf. Irânî inqilâb, pp. 94-112).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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Lire la suite de cet article :

Le califat de Mu'âwiya

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Signification des sigles :

AMQ : Al-'Awâssim min al-qawâssim, Ibn ul-'Arabî
FB : Fat'h ul-bârî, Ibn Hajar
FMAN : Al-Fissal fi-l-milal wa-l-ahwâ' wa-n-nihal, Ibn Hazm
HB : Hujjat ullâh il-bâligha, Shâh Waliyyullâh
MF : Majmû' ul-fatâwâ, Ibn Taymiyya
MRH : Makânu ra's il-Hussein, Ibn Taymiyya
MT : Muqaddimatu Târîkh-ibn Khaldûn, Ibn Khaldûn
MS : Minhâj us-sunna an-nabawiyya, Ibn Taymiyya
ShAT : Shar'h ul-'aqîda at-tahâwiyya, Ibn Abi-l-'izz
WK : Wâqi'a-é Karbalâ' aur uss kâ pass manzar, eik na'é mutala'é kî rôshnî mein, Cheikh 'Atîq ur-Rahmân as-Sanbhalî.

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