Est-il possible d'invoquer Dieu en faveur d'un non-musulman ?

Un certain nombre de coreligionnaires se demandent s'il est possible ou non d'invoquer Dieu en faveur d'une personne décédée sans apparemment avoir la foi que Dieu agrée.

Ci-après donc quelques principes sur le sujet...

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I) Invoquer Dieu en faveur de quelqu'un qui n'a pas la foi que Dieu agrée mais qui est vivant :

Il n'y a aucun problème à demander à Dieu d'accorder à un non-musulman la santé, de lui épargner tel problème, de le guider vers ce qu'Il agrée dans ce monde et dans l'autre, etc.

Le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) a ainsi prié Dieu qu'Il guide le cœur de la mère de Abû Hurayra ; il a également prié Dieu en faveur de la tribu arabe Daws.

Ibn ul-Qayyim a relaté d'autres invocations qui peuvent tout à fait être faites par le musulman en faveur de quelqu'un d'une autre religion : ainsi, au cas où on présente ses condoléances à un non-musulman : "Que ne t'atteigne que du bien !", ou : "Que Dieu t'accorde davantage de biens et d'enfants, et qu'Il prolonge ta vie !", etc. (Ahkâm ahl idh-dhimma, p. 205). Voir aussi MF 1/144.
Certains ulémas shafi'ites ont dit que cela était autorisé même sans maslaha particulière vis-à-vis d'une personne précise.

Tant que le père de Abraham était vivant, il y avait la possibilité de demander à Dieu de lui pardonner, et c'est ce que Abraham fit :
"وَاجْعَلْنِي مِن وَرَثَةِ جَنَّةِ النَّعِيمِ {26/85} وَاغْفِرْ لِأَبِي إِنَّهُ كَانَ مِنَ الضَّالِّينَ {26/86} وَلَا تُخْزِنِي يَوْمَ يُبْعَثُونَ {26/87" :
"Et pardonne à mon père, vraiment il fait partie des égarés"
(Coran 26/86). Cette invocation se comprenait en fait ainsi : "Guide mon père dans la foi en Toi, et retire-le ainsi de l'égarement dans lequel il se trouvait jusqu'à présent. Et, ainsi, accorde-lui Ton Pardon, que Tu as accordes à tout polythéiste lorsqu'il apporte foi en Ton unicité et suit Ton messager du moment".

Tout ceci concerne le fait d'invoquer Dieu en faveur d'une personne non-musulmane encore vivante.

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Mais qu'en est-il de la personne non-musulmane qui est décédée ? Invoquer Dieu en la faveur d'un homme décédé ne se fait que sous la forme de demander à Dieu de lui accorder Son Pardon, Sa Miséricorde, ou de lui ouvrir les portes de Son vaste Paradis, ou encore sous la forme de dire à son sujet : "Paix à son âme !" / "Rest in peace". Cela est-il autorisé ?

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II) Invoquer le Pardon de Dieu, ou l'Agrément de Dieu, ou la Grâce de Dieu, en faveur de quelqu'un qui est, selon les apparences, mort sans la foi que Dieu agrée :

Nous parlerons ici de ceux qui sont morts en n'ayant ouvertement pas la foi que Dieu agrée (kâfir) :

Ceci englobe, rappelons-le, aussi bien les Polythéistes que les Gens du Livre, du moment que ceux-ci ont eu connaissance du message de Muhammad (que Dieu le bénisse et le salue) et ont choisi de ne pas y adhérer (iltizâm).

Un premier événement :

Venu au chevet de son oncle Abû Tâlib alors qu'il vivait ses derniers instants, le Prophète le supplia d'accepter la formule de foi monothéiste. Hélas, sur l'insistance de Abû Jahl et de Ibn Abî Umayya, qui lui dirent : "Te détourneras-tu de la religion de 'Abd ul-Muttalib ?" Abû Tâlib dit comme dernière parole : "Sur la religion de 'Abd ul-muttalib". Le Prophète dit alors : "Je ne cesserai de demander à Dieu de t'accorder Son pardon, tant que cela ne me sera point interdit". Dieu révéla : "Le Prophète et les croyants n'ont pas le droit de demander pardon pour les polythéistes" [Coran 9/113] ; et Dieu fit une révélation au sujet de Abû Tâlib, en disant à Son Messager : "Tu ne peux guider qui tu aimes, mais Dieu guide qui Il veut" [Coran 28/56]
"حدثنا أبو اليمان، أخبرنا شعيب، عن الزهري، قال: أخبرني سعيد بن المسيب، عن أبيه، قال: لما حضرت أبا طالب الوفاة، جاءه رسول الله صلى الله عليه وسلم فوجد عنده أبا جهل وعبد الله بن أبي أمية بن المغيرة. فقال: "أي عم، قل: لا إله إلا الله، كلمة أحاج لك بها عند الله." فقال أبو جهل وعبد الله بن أبي أمية: "أترغب عن ملة عبد المطلب؟" فلم يزل رسول الله صلى الله عليه وسلم يعرضها عليه، ويعيدانه بتلك المقالة، حتى قال أبو طالب آخر ما كلمهم: "على ملة عبد المطلب"، وأبى أن يقول: لا إله إلا الله. قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "والله لأستغفرن لك ما لم أنه عنك." فأنزل الله: {ما كان للنبي والذين آمنوا أن يستغفروا للمشركين} [التوبة: 113] وأنزل الله في أبي طالب فقال لرسول الله صلى الله عليه وسلم: {إنك لا تهدي من أحببت ولكن الله يهدي من يشاء} [القصص: 56" (al-Bukhârî, 4494).
Abû Tâlib est mort quand le Prophète habitait encore à la Mecque.

Un événement ultérieur :

Plus tard, après qu'il eut déjà émigré à Médine, un jour qu'il voyageait (Fat'h ul-bârî 8/645), le Prophète alla visiter la tombe de sa maman. Il demanda à Dieu la permission de pouvoir Le prier en faveur de sa mère pour qu'Il lui accorde Son pardon, mais permission de prier ainsi ne lui fut pas accordée ; par contre il eut la permission de visiter sa tombe :
- "عن أبي هريرة، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "استأذنت ربي أن أستغفر لأمي فلم يأذن لي، واستأذنته أن أزور قبرها فأذن لي" (Muslim 976) : an-Nawawî écrit en commentaire : "وفيه النهي عن الاستغفار للكفار" (Shar'h Muslim).
- "عن بريدة قال: كنا مع النبي صلى الله عليه وسلم، فنزل بنا ونحن معه قريب من ألف راكب فصلى ركعتين، ثم أقبل علينا بوجهه وعيناه تذرفان. فقام إليه عمر بن الخطاب ففداه بالأب والأم يقول: يا رسول الله ما لك؟ قال: "إني سألت ربي في استغفار لأمي، فلم يأذن لي، فدمعت عيناي رحمة لها من النار. وإني كنت نهيتكم عن ثلاث: عن زيارة القبور فزوروها لتذكركم زيارتها خيرا، ونهيتكم عن لحوم الأضاحي بعد ثلاث فكلوا وأمسكوا ما شئتم، ونهيتكم عن الأشربة في الأوعية فاشربوافي أي وعاء شئتم، ولا تشربوا مسكرا"" (Ahmad, 23003).

Deux relations, rapportées par al-Hâkim et Ibn Abî Hâtim pour l'une, et at-Tabaranî pour l'autre, montrent que c'est à cette occasion que fut révélé le verset "Le Prophète et les croyants n'ont pas le droit de demander pardon pour les polythéistes" [Coran 9/113] (Fat'h ul-bârî 8/645).

Ce verset 9/113 parle explicitement des polythéistes (mushrikûn), mais la règle est applicable à tous ceux qui n'ont pas la foi que Dieu agrée (kâfirûn), par le biais d'un tanqîh ul-manât.

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Il n'est donc pas autorisé à un musulman de demander à Dieu qu'Il accorde Son Pardon, Sa Grâce ou Son Agrément à quelqu'un qui est selon les apparences mort dans le kufr akbar, c'est-à-dire sans la foi que Dieu agrée.

An-Nawawî relate qu'il y a Consensus sur ce point : "وأما الصلاة على الكافر والدعاء له بالمغفرة فحرام بنص القرآن والإجماع. وقد ذكر المصنف مسألة الصلاة في آخر باب الصلاة على الميت. قال الشافعي في مختصر المزني والأصحاب: ويجوز للمسلم اتباع جنازة قريبه الكافر. وأما زيارة قبره فالصواب جوازها، وبه قطع الأكثرون، وقال صاحب الحاوي لا يجوز، وهذا غلط" (Al-Majmû').

En fait, adresser à Dieu une demande de Pardon / de Grâce / d'Amour en faveur d'une personne, c'est une intercession qu'on Lui adresse en faveur de cette personne. Or intercéder auprès de Dieu en faveur de quelqu'un, cela ne peut se faire qu'avec Sa permission :
--- "مَن ذَا الَّذِي يَشْفَعُ عِنْدَهُ إِلاَّ بِإِذْنِهِ" (Coran 2/255) ; "مَا مِن شَفِيعٍ إِلاَّ مِن بَعْدِ إِذْنِهِ" (Coran 10/3).
--- "وَلَا يَشْفَعُونَ إِلَّا لِمَنِ ارْتَضَى" (Coran 21/29).

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Quelques questions :

Une première question est ainsi :

Comment se fait-il que le Prophète ait demandé pardon à Dieu en faveur de Abû Tâlib, alors que la sourate Hûd (11ème sourate du Coran), de révélation mecquoise, a enseigné, au travers du récit de Noé (Coran 11/42-47), qu'un prophète ne peut pas demander pardon en faveur de celui dont il est établi qu'il est mort incroyant (et même en faveur de celui dont il y a la possibilité qu'il est mort incroyant : Bayân ul-qur'ân), fût-il son proche parent ?

La réponse est qu'il est possible qu'au moment où Abû Tâlib mourut, ce passage relatif à Noé et à son fils n'avait pas encore été révélé au prophète Muhammad.
Par ailleurs, pour demander pardon en faveur de Abû Tâlib, le prophète Muhammad s'était alors peut-être fondé sur la littéralité d'un autre passage (alors déjà révélé), qui relate que le prophète Abraham avait dit à son père, lequel avait refusé de le suivre dans la foi et était demeuré polythéiste : "Paix soit sur toi ! Je demanderai le pardon en ta faveur à Mon Seigneur. Il est Bon envers moi" (Coran 19/47). Le prophète Muhammad ne savait alors pas encore que l'invocation de Pardon, par Abraham en faveur de son père, concernait le moment où celui-ci était encore vivant (d'après Fat'h ul-bârî 8/645, lignes 2-3).

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Une seconde question :

Si, alors qu'il était encore à la Mecque, Dieu lui avait déjà interdit de demander pardon en faveur de Abû Tâlib et de ceux qui sont morts incroyants, et ce éventuellement par le biais du verset 9/113 (si celui-ci a été révélé à cette occasion, nous allons y revenir) mais assurément par le passage 11/42-47, comment expliquer que plus tard, après son installation à Médine, le Prophète demanda encore à Dieu la permission d'invoquer Son pardon en faveur de sa maman ?

La réponse est que le cas de Abû Talib était différent de celui de la maman du Prophète. En effet, le premier avait reçu le message de la révélation, et que le Prophète l'avait vu mourir en prononçant comme dernière parole : "Sur la religion de 'Abd ul-muttalib".
Par contre, la maman du Prophète était morte avant que celui-ci reçoive la révélation, et il était donc possible que son cas soit différent. C'est peut-être pour cette raison que le Prophète demanda quand même à Dieu l'autorisation d'invoquer Son Pardon en sa faveur.

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Il est ici une troisième question :

Quand donc le verset 9/113 fut-il révélé ? Fut-il révélé après le décès de Abû Tâlib, quand le Prophète habitait encore la Mecque ? ou bien quand le Prophète s'était déjà installé à Médine, à l'occasion de la visite qu'il rendit à la tombe de sa maman ?

Nous avons vu qu'il y a des relations allant dans les deux sens : celle de al-Bukhârî montre que ce serait suite au décès de Abû Tâlib ; et celles de al-Hâkim, Ibn Abî Hâtim et at-Tabaranî montrent que c'est suite à la visite du Prophète sur la tombe de sa maman.

En fait il y a ici deux possibilités...

--- Soit après la mort de Abû Tâlib, ce ne fut que le verset 28/56 qui fut révélé. Quant au verset 9/113, il fut révélé plus tard, lors de la visite du Prophète à la tombe de sa mère (comme le disent les relations de al-Hâkim, Ibn Abî Hâtim et at-Tabaranî).
Certes, dans la relation de al-Bukhârî, les deux versets sont relatés l'un à la suite de l'autre, ce qui laisse penser qu'ils furent tous deux révélés immédiatement après le décès de Abû Tâlib, mais il s'agit là d'une formulation courante chez les Compagnons. Et lorsque Dieu défendit au Prophète de Lui demander Son Pardon en faveur de Abû Tâlib, apparemment cette interdiction lui fut communiquée certes par la révélation, mais pas sous la forme d'un verset coranique. Ce qui fut alors révélé sous forme d'un verset coranique fut seulement : "Tu ne peux guider qui tu aimes, mais Dieu guide qui Il veut" (Coran 28/56). C'est là l'avis de Ibn Hajar (Fat'h ul-bârî 8/430).

--- Soit, suite à la demande de Pardon en faveur de Abû Tâlib, ce furent les deux passages, 28/56 ainsi que 9/113, qui furent révélés, comme le montre la littéralité de la relation de al-Bukhârî. Et, suite à la demande du Prophète d'invoquer le Pardon divin en faveur de sa maman, ce verset 9/113 lui fut seulement répété, voulant dire que cet autre cas de figure était concerné lui aussi par la règle déjà révélée précédemment. Plus tard, ce verset, de révélation mecquoise, fut inséré dans la sourate 9, une sourate médinoise.

Quand le Prophète avait demandé pardon à Dieu en faveur de Abû Tâlib, il l'avait peut-être fait (nous l'avons déjà dit) en se fondant sur l'invocation que Abraham avait faite en faveur de son père, pourtant polythéiste ; il ne savait alors pas encore que Abraham n'avait fait cette invocation en faveur de son père que lorsque celui-ci était encore vivant et qu'il y avait espoir qu'il accepte la vérité.

Si on retient la seconde possibilité que nous venons de voir ("la révélation du verset 9/113 a eu lieu suite à la demande de pardon en faveur de Abû Tâlib"), on comprend alors facilement pourquoi le passage tout entier se lit ainsi : "Le Prophète et les croyants n'ont pas le droit de demander pardon pour les polythéistes, fussent-ils des proches parents, après qu'il leur soit devenu clair qu'ils sont des gens du Feu. Et la demande de pardon de Abraham en faveur de son père n'était due qu'à une promesse qu'il lui avait faite ; puis, lorsqu'il lui devint clair qu'il était un ennemi de Dieu, il le désavoua" (Coran 9/114). En effet, "lorsqu'il lui devint clair que..." désigne le moment où il sut que son père était mort en étant incroyant (Tafsîr Ibn Kathîr), et Dieu voulut alors montrer au prophète Muhammad (qu'Il le bénisse et le salue) que la demande de pardon que le prophète Abraham (que Dieu le bénisse et le salue) avait adressée à Dieu en faveur de son père, il l'avait faite tant qu'il avait espoir qu'il apporte foi, mais ensuite, après avoir constaté qu'il avait persisté jusqu'à mourir polythéiste, il n'avait plus demandé pardon en sa faveur.

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Voici une quatrième question :

Si le Prophète ne pouvait pas demander à Dieu de pardonner à Abû Tâlib, pourquoi a-t-il dit par ailleurs : "Peut-être que mon intercession l'atteindra le jour de la résurrection ; il sera alors placé dans un ruisseau de feu atteignant ses chevilles..." : "عن أبي سعيد الخدري رضي الله عنه أنه سمع رسول الله صلى الله عليه وسلم، وذكر عنده عمه أبو طالب، فقال: "لعله تنفعه شفاعتي يوم القيامة، فيجعل في ضحضاح من النار يبلغ كعبيه، يغلي منه أم دماغه" (al-Bukhârî, 6196, Muslim, 210) ?
Et ce qu'il a exprimé ici comme espoir ("peut-être que..."), il l'a confirmé par ailleurs : " عن العباس بن عبد المطلب رضي الله عنه، قال للنبي صلى الله عليه وسلم: "ما أغنيت عن عمك؟ فإنه كان يحوطك ويغضب لك!" قال: "هو في ضحضاح من نار، ولولا أنا لكان في الدرك الأسفل من النار" : "Il sera dans un petit ruisseau de feu qui atteindra ses chevilles. S'il n'y aurait mon (intercession), il serait dans un degré plus bas du feu" (al-Bukhârî, 3671, Muslim, 209)...

La réponse est que, justement :
--- ce ne sera pas un pardon complet qui sera accordé à Abû Tâlib ; ce sera seulement un allègement dans l'intensité du châtiment, dont la durée reste perpétuelle ;
--- par ailleurs, c'est là un cas exceptionnel ;
--- al-Qurtubî a d'ailleurs mentionné comme possibilité que ce ne sera pas une intercession verbale en faveur de Abû Tâlib, mais une intercession par "état", due aux services qu'il avait rendus au Prophète et à l'islam.
Ibn Hajar exprime ces points ainsi : "قوله لعله تنفعه شفاعتي ظهر من حديث العباس وقوع هذا الترجي. واستشكل قوله صلى الله عليه وسلم تنفعه شفاعتي بقوله تعالى فما تنفعهم شفاعة الشافعين. وأجيب بأنه خص ولذلك عدوه في خصائص النبي صلى الله عليه وسلم. وقيل: معنى المنفعة في الآية يخالف معنى المنفعة في الحديث والمراد بها في الآية الإخراج من النار، وفي الحديث المنفعة بالتخفيف؛ وبهذا الجواب جزم القرطبي. وقال البيهقي في البعث: صحة الرواية في شأن أبي طالب فلا معنى للإنكار من حيث صحة الرواية ووجهه عندي أن الشفاعة في الكفار إنما امتنعت لوجود الخبر الصادق في أنه لا يشفع فيهم أحد وهو عام في حق كل كافر، فيجوز أن يخص منه من ثبت الخبر بتخصيصه. قال: وحمله بعض أهل النظر على أن جزاء الكافر من العذاب يقع على كفره وعلى معاصيه، فيجوز أن الله يضع عن بعض الكفار بعض جزاء معاصيه تطييبا لقلب الشافع لا ثوابا للكافر لأن حسناته صارت بموته على الكفر هباء؛ وأخرج مسلم عن أنس وأما الكافر فيعطى حسناته في الدنيا حتى إذا أفضى إلى الآخرة لم تكن له حسنة. وقال القرطبي في المفهم: اختلف في هذه الشفاعة هل هي بلسان قولي أو بلسان حالي؟ والأول يشكل بالآية وجوابه جواز التخصيص والثاني يكون معناه أن أبا طالب لما بالغ في إكرام النبي صلى الله عليه وسلم والذب عنه جوزي على ذلك بالتخفيف فأطلق على ذلك شفاعة لكونها بسببه. قال: ويجاب عنه أيضا أن المخفف عنه لما لم يجد أثر التخفيف فكأنه لم ينتفع بذلك؛ ويؤيد ذلك ما تقدم أنه يعتقد أن ليس في النار أشد عذابا منه وذلك أن القليل من عذاب جهنم لا تطيقه الجبال فالمعذب لاشتغاله بما هو فيه يصدق عليه أنه لم يحصل له انتفاع بالتخفيف" (FB 11/525).

Par ailleurs, un jour, en voyage, le Prophète (sur lui soit la paix) a, par ailleurs, fait planter deux branches d'arbre sur les tombes de deux personnes mortes dans le kufr. Et il a parlé d'intercession à leur sujet, mais seulement à propos d'un allègement de leur châtiment de l'au-delà. Et Ibn Hajar de mentionner que cela est une spécificité du Prophète.
Voici la partie de ce hadîth, relaté par Jâbir : "فلما انتهى إلي قال: "يا جابر هل رأيت مقامي؟" قلت: نعم، يا رسول الله قال: "فانطلق إلى الشجرتين فاقطع من كل واحدة منهما غصنا، فأقبل بهما، حتى إذا قمت مقامي فأرسل غصنا عن يمينك وغصنا عن يسارك." قال جابر: فقمت فأخذت حجرا فكسرته وحسرته، فانذلق لي، فأتيت الشجرتين فقطعت من كل واحدة منهما غصنا، ثم أقبلت أجرهما حتى قمت مقام رسول الله صلى الله عليه وسلم، أرسلت غصنا عن يميني وغصنا عن يساري، ثم لحقته، فقلت: قد فعلت، يا رسول الله فعم ذاك؟ قال: "إني مررت بقبرين يعذبان، فأحببت، بشفاعتي، أن يرفه عنهما ما دام الغصنان رطبين" (Muslim, 3702).
Ibn Hajar dit : "وقد اختلف في المقبورين. فقيل: كانا كافرين؛ وبه جزم أبو موسى المديني واحتج بما رواه من حديث جابر بسند فيه بن لهيعة أن النبي صلى الله عليه وسلم مر على قبرين من بني النجار هلكا في الجاهلية فسمعهما يعذبان في البول والنميمة قال أبو موسى هذا وإن كان ليس بقوي لكن معناه صحيح لأنهما لو كانا مسلمين لما كان لشفاعته إلى أن تيبس الجريدتان معنى ولكنه لما رآهما يعذبان لم يستجز للطفه وعطفه حرمانهما من إحسانه فشفع لهما إلى المدة المذكورة. وجزم ابن العطار في شرح العمدة بأنهما كانا مسلمين وقال لا يجوز أن يقال إنهما كانا كافرين لأنهما لو كانا كافرين لم يدع لهما بتخفيف العذاب ولا ترجاه لهما؛ ولو كان ذلك من خصائصه لبينه، يعني كما في قصة أبي طالب. قلت: وما قاله أخيرا هو الجواب، وما طالب به من البيان قد حصل، ولا يلزم التنصيص على لفظ الخصوصية. لكن الحديث الذي احتج به أبو موسى ضعيف كما اعترف به، وقد رواه أحمد بإسناد صحيح على شرط مسلم وليس فيه سبب التعذيب فهو من تخليط بن لهيعة؛ وهو مطابق لحديث جابر الطويل الذي قدمنا أن مسلما أخرجه، واحتمال كونهما كافرين فيه ظاهر. وأما حديث الباب فالظاهر من مجموع طرقه أنهما كانا مسلمين؛ ففي رواية بن ماجه مر بقبرين جديدين فانتفى كونهما في الجاهلية؛ وفي حديث أبي أمامة عند أحمد أنه صلى الله عليه وسلم مر بالبقيع فقال من دفنتم اليوم ها هنا فهذا يدل على أنهما كانا مسلمين لأن البقيع مقبرة المسلمين والخطاب للمسلمين مع جريان العادة بأن كل فريق يتولاه من هو منهم؛ ويقوي كونهما كانا مسلمين رواية أبي بكرة عند أحمد والطبراني بإسناد صحيح يعذبان وما يعذبان في كبير وبلى وما يعذبان إلا في الغيبة والبول: فهذا الحصر ينفي كونهما كانا كافرين لأن الكافر وإن عذب على ترك أحكام الإسلام فإنه يعذب مع ذلك على الكفر بلا خلاف" (FB 1/418).

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Un cinquième point :

Dieu, dans le Coran, relate que Abraham L'invoqua en faveur de Azar, son père qui refusait de reconnaitre l'unicité de Dieu. Or Il dit : "مَا كَانَ لِلنَّبِيِّ وَالَّذِينَ آمَنُواْ أَن يَسْتَغْفِرُواْ لِلْمُشْرِكِينَ وَلَوْ كَانُواْ أُوْلِي قُرْبَى مِن بَعْدِ مَا تَبَيَّنَ لَهُمْ أَنَّهُمْ أَصْحَابُ الْجَحِيمِ {9/113} وَمَا كَانَ اسْتِغْفَارُ إِبْرَاهِيمَ لِأَبِيهِ إِلاَّ عَن مَّوْعِدَةٍ وَعَدَهَا إِيَّاهُ فَلَمَّا تَبَيَّنَ لَهُ أَنَّهُ عَدُوٌّ لِلّهِ تَبَرَّأَ مِنْهُ إِنَّ إِبْرَاهِيمَ لأوَّاهٌ حَلِيمٌ {9/114" : "Et la demande de pardon de Abraham en faveur de son père n'était due qu'à une promesse qu'il lui avait faite. Puis, lorsqu'il lui devint clair qu'il était un ennemi de Dieu, il le désavoua" (Coran 9/114) : cela ne lui devint clair que lorsqu'il sut que son père mourut incroyant (Tafsîr Ibn Kathîr). Tout comme, au verset 9/113, quand il est dit que c'est après qu'il soit devenu clair que les parents polythéistes vont aller dans la Géhenne qu'il est interdit au Prophète et aux Croyants de demander Pardon en leur faveur... cela ne devient clair qu'à leur mort sur le Polythéisme. Car avant cela il y a toujours la possibilité qu'ils acceptent la foi en Dieu l'Unique et en Son Messager du moment, et il y a la possibilité d'invoquer Dieu en leur faveur.
Tant que le père de Abraham était vivant, il y avait la possibilité de demander à Dieu de lui pardonner, et c'est ce que Abraham fit : "وَاجْعَلْنِي مِن وَرَثَةِ جَنَّةِ النَّعِيمِ {26/85} وَاغْفِرْ لِأَبِي إِنَّهُ كَانَ مِنَ الضَّالِّينَ {26/86} وَلَا تُخْزِنِي يَوْمَ يُبْعَثُونَ {26/87" : "Et pardonne à mon père, vraiment il fait partie des égarés" (Coran 26/86), ce qui sous-entendait : "Guide mon père dans la foi en Toi, et retire-le ainsi de l'égarement dans lequel il se trouvait jusqu'à présent. Et, ainsi, accorde-lui Ton Pardon, que Tu as accordes à tout polythéiste lorsqu'il apporte foi en Ton unicité et suit Ton messager du moment".

Pourtant, dans un autre verset, le 60/4, on lit : "Vous avez un bel exemple en Abraham et ceux qui étaient avec lui, lorsqu'ils dirent..." ; puis, plus loin : "Exception faite de la parole d'Abraham (adressée) à son père : "Je demanderai le pardon pour toi..."" (Coran 60/4).
Est-ce que, ici, en 60/4, il serait dit de ne pas suivre ce que Abraham a fait quand il a promis à son père de demander pardon à Dieu en sa faveur ?

Non ! Ici, en 60/4 :
--- l'exception ne porte pas sur le "bel exemple" : il n'y est donc pas dit que, sur ce point, il ne faut pas suivre Abraham, et donc ne pas demander à Dieu de pardonner à Untel qui est vivant ;
--- l'exception porte sur le désaveu mentionné précédemment : il est dit que Abraham et les siens désavouèrent ce que les incroyants faisaient d'eux-mêmes : "إِذْ قَالُوا لِقَوْمِهِمْ إِنَّا بُرَاء مِنكُمْ", cependant, malgré ce désaveu, Abraham fit - et eut alors raison de faire - des invocations pour son père tant que celui-ci était vivant : "إِلَّا قَوْلَ إِبْرَاهِيمَ لِأَبِيهِ لَأَسْتَغْفِرَنَّ لَكَ وَمَا أَمْلِكُ لَكَ مِنَ اللَّهِ مِن شَيْءٍ".

Il est enfin à noter que si on ne peut pas prier en faveur de celui qui est mort non-musulman, en revanche il bénéficie bien entendu de la considération que mérite tout être humain (et il sera donc inhumé).
De plus, on peut évidemment présenter ses condoléances aux proches de ce défunt (cf. Ahkâm ahl idh-dhimma, pp. 204-205).

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Deux autres articles, traitant de deux sujets voisins, à lire :

--- Quand le Prophète (sur lui soit la paix) accomplit la prière funéraire sur le chef des Hypocrites, Abdullâh ibn Ubayy Ibnu Salûl.

--- On peut (et on doit) dire de telle croyance et de telle action qu'elles sont de Îmân / de Tâ'ah, ou au contraire de Kufr / de Ma'siya. Mais pouvons-nous, humains, affirmer de telle personne précise morte avec telle croyance, ou telle autre, qu'elle se trouve dans le Paradis, ou dans le Feu du Barzakh ?

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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