Pourquoi le texte coranique ne suit-il pas un développement structuré ? Pourquoi un même sujet y est-il parfois répété en plusieurs passages, tandis que les différents points liés au même thème sont disséminés dans plusieurs sourates ? - Analyse linéaire et analyse thématique de sourates - Avec quelques exemples de thèmes généraux de sourates

Parmi les plus grandes difficultés à se poser à la personne qui désire aujourd'hui découvrir le contenu du Coran, se trouve la dissémination de presque tout sujet donné dans l'ensemble du texte coranique, et son corollaire, l'absence de logique dans le développement du texte.

Le Coran n'offre en effet aucune classification des thèmes dont il traite selon le mode qui nous est habituel : introduction, chapitres, sections, et sous-sections, avec thèse, antithèse, synthèse… Les différents éléments se rapportant à un même sujet et se complétant sont, au contraire, disséminés un peu partout dans le livre, et rien n'indique où les trouver.
Le récit de Moïse (sur lui soit la paix), par exemple, n'est pas traité par le Coran comme le ferait un livre contemporain, c'est-à-dire selon le déroulement chronologique des événements qui le composent. Le Coran en distille des détails un peu partout dans différentes sourates, selon le contexte, et en les insérant dans le thème abordé alors.
Il en va de même pour tout autre sujet, qu'il se rapporte lui aussi à la narration (at-tadhkîr bi ayyâm illâh) ou encore au droit (al-ahkâm) ou à la discussion avec ceux qui ne sont pas musulmans (al-muhâjja)…

Cette dissémination des éléments se rapportant à un même thème se traduit par l'absence de tout lien apparent dans le déroulement linéaire du texte coranique, et même du texte des différentes sourates. Ainsi, à lire par exemple la sourate al-Baqara – 2nde sourate dans le classement du texte coranique –, on s'aperçoit très vite de cet état de fait… Après avoir établi une très brève présentation de lui-même, le Coran enchaîne reproches à l'endroit des Hypocrites, promesses du Paradis, récit de la création d'Adam, rappels aux Fils d'Israël des bienfaits de Dieu à leur égard… Suit une argumentation sur la nécessité du changement de direction pour la prière (Jérusalem puis La Mecque). Viennent ensuite diverses prescriptions de droit (matrimoniales, familiales, financières), entrecoupées de réminiscences d'histoire de prophètes antérieurs (Samuel, David, puis Abraham, Jérémie), de versets proclamant la gloire de Dieu, d'exhortations à pratiquer la charité et d'interdiction de toucher de l'intérêt… Enfin la sourate se termine par un rappel du Jugement, lors duquel Dieu demandera compte aux hommes de leurs actions extérieures, mais aussi de leur spiritualité (contenu et état spirituel de leur cœur).

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Une seconde caractéristique du texte coranique est que, non seulement (comme nous venons de le voir) les éléments se rapportant à un même sujet sont disséminés dans tout le texte, mais en plus il arrive au sujet de bien des éléments qu'ils soient énoncés dans telle sourate et répétés dans telle autre.
Ainsi, pour reprendre l'exemple du récit de Moïse, l'épisode le montrant jetant son bâton est répété dans plusieurs sourates du Coran. Ses discussions avec Pharaon sont, de même, répétées dans plusieurs sourates du Coran.
Ceci constitue un autre aspect du texte coranique qui déroute l'homme qui, aujourd'hui, entreprend de l'étudier.

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Pourquoi un texte à la structure sortant autant de l'ordinaire ?

En fait la vérité est que le texte coranique possède deux aspects...

Pour celui qui le lit comme il se présente, il n'a en effet pas d'agencement apparent : les thèmes les plus divers se succèdent les uns aux autres.

Mais à le lire de façon beaucoup plus profonde et attentive, on peut percevoir qu'à l'intérieur de chaque sourate il y a un fil conducteur très subtil qui guide le déroulement de ces thèmes qui, à la première lecture, nous paraissaient si peu en rapport les uns les autres. As-Suyûtî a décrit cela comme étant la discipline nommée "'ilm ul-munâssaba" (Al-Itqân fî 'ulûm il-qur'ân, pp. 976 et suivantes). C'est très clairement ce que Muftî Taqî a, lui aussi, écrit : le texte coranique ne présente certes pas un développement structuré en apparence, et pourtant il en possède bel et bien un, mais à un niveau très subtil ('Ulûm ul-qur'ân, pp. 265-268).

Il faut donc appréhender ces deux aspects du texte coranique. Nous allons le faire en I et en II respectivement.

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I) Pourquoi donc le Coran ne suit-il pas un développement structuré comparable aux livres auxquels nous sommes habitués ?

Shâh Waliyyulâh (du 12ème siècle hégirien / XVIIIème siècle chrétien) pose cette question comme étant l'une des causes de la difficulté qu'éprouve l'homme contemporain quand il étudie le Coran.

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Pour ce qui est de la dissémination de ses éléments dans l'ensemble de son texte :

Shâh Waliyyullâh expose une première raison : les Arabes de l'époque ne connaissaient pas le développement structuré. En fait les Arabes ne possédaient alors nul livre, ni d'origine divine, ni d'origine humaine ; ils possédaient des odes (qassâ'ïd), des récits transmis oralement (qassas) ; mais de livre, point. Le message de Dieu révélé à Muhammad (sur lui la paix) étant destiné à l'humanité tout entière mais avec comme premiers porteurs ces Arabes, il se devait donc de revêtir une forme adaptée à ce à quoi ces derniers étaient habitués : ce fut le cas à propos de la langue employée, à propos des objets de comparaison utilisés, et ce fut aussi le cas à propos de la structure du texte.
"لو أثار أحد السؤال: لماذا لم يراع الترتيب في بيان مباحث القرآن العظيم؟ ولماذا نثرت هكذا نثراً؟ فلماذا لم يبدأ - مثلا - ببيان آلاء الله تعالى حتى إذا استوفاها حقها، شرع في بيان أيام الله تعالى فإذا أتمها وأكملها بدأ بالجدل مع الكفار وغيرهم؟ فنقول: إن قدرة الله تبارك وتعالى وإن كانت محيطة بجميع الممكنات، ولكن القول الفصل في هذا الباب إنما هو للحكمة (إذ أنه كتاب حكيم من لدن حكيم خبير)؛ والحكمة هي موافقة المبعوث إليهم* في اللسان وأسلوب البيان (وإلى هذا المعنى جاءت الإشارة في قوله تعالى: {لَقَالُوا لَوْلَا فُصِّلَتْ آيَاتُهُ أَأَعْجَمِيٌّ وَعَرَبِيٌّ} إلخ الآية). ولم يكن لدى العرب إلى حين نزول القرآن الحكيم كتاب: لا كتاب إلهي، ولا كتاب بشري. وإن الترتيب الذي اخترعه المؤلفون والمصنفون المتأخرون لم يكن يعرفه العرب الأولون. (وإذا كنت في شك من هذا، فارجع إلى قصائد الشعراء المخضرمين، واقرأ رسائل النبي الكريم صلى الله عليه وسلم، ورسائل سيدنا عمر بن الخطاب رضي الله عنه، حتى تنكشف لك هذه الحقيقة جلية واضحة.) فلو جاء الكلام على غير ما كانوا يعهدونه من طرائق البيان، لوقعوا في الحيرة، وواجههم شيء لا يألفونه ولا يأنسون به، وشوش عقولهم وأقلق خاطرهم" (cf. Al-Fawz ul-kabîr fî ussûl it-tafsîr, pp. 99-100). (* لو كتب "المبعوث فيهم"، لكان أصحّ).

La structure du texte coranique étant ce qu'elle est, celui qui veut connaître ce que le Coran dit à propos d'un sujet donné doit chercher méthodiquement ceux-ci à travers l'ensemble du texte. Je pense humblement que c'est là une seconde raison justifiant la nature particulière de la structure du texte : cette structure oblige celui qui veut appréhender son contenu à ne jamais cesser d'effectuer des recherches dans des passages différents. Quand nous lisons telle page, notre esprit nous interpelle parce qu'il se souvient que dans telle autre sourate figure la suite du récit ou de la description. Nous tournons alors les pages pour vérifier et considérer cet autre élément. Puis nous réfléchissons et revenons à l'endroit premier de notre lecture.
Cette analyse thématique constitue un travail intellectuel intense, et apporte un plaisir toujours renouvelé à lire le texte coranique : bien qu'il soit le même, on ne s'en lasse pas, parce qu'on a toujours quelque chose à y rechercher, et aussi parce qu'on découvre alors toujours un nouveau lien à faire entre tel élément – cité ici – et tel autre, cité là-bas.

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Pour ce qui est maintenant de la répétition de certains de ses éléments :

Une première raison en est que l'objectif du Coran n'est pas seulement la communication du message mais également le rappel des éléments de ce message. "Ce sont Nous qui avons fait descendre le Rappel, et ce sont Nous qui en sommes les protecteurs" (Coran). Le rappel est un des noms du Coran. Voilà, toujours d'après Shâh Waliyyullâh, ce qui explique les répétitions présentes dans le texte coranique : celles-ci conviennent mieux à la fonction de ce rappel : "لو سألنا: لماذا تكررت مطالب العلوم الخمسة ومباحثها في القرآن العظيم؟ ولم لم يكتف ببيانها في موضع واحد؟ قلنا. إن ما نريد أن نعرضه على السامع ونفهمه ينقسم عادة إلى قسمين:- الأول: هو ما لا يكون القصد منه إلا تعليم ما لا يعلم السامع وتلقينه فيكون المخاطب - مثلا - لا يدري حكما من الأحكام، ولم يدركه عقله وفكره، فأنت تفيده ذلك الحكم، فيصبح المجهول عنده باستماع كلامك معلوما، ويعرف ما تريد. الثاني: أن يكون الغرض هو استحضار صورة العلم في قوته المدركة حتى يجد لها لذة موفورة، وتفني جميع قواه القلبية والعقلية في ذلك المعلوم، وتنصبغ به جميع قواه الفكرية والعملية. كما نكرر بيتاً من الشعر علمنا معناه ومحتواه سلفاً، ولكننا رغم ذلك نكرره ونجد كل مرة في إنشاده لذة جديدة، ونحب ترداده وتكراره لأجل هذه اللذة الذوقية. وإن القرآن العظيم بالنسبة إلى كل واحد من مباحث العلوم الخمسة، أراد إفادة القسمين المذكورين؛ فأراد تعليم ما لا يعلم بالنسبة إلى الجاهل، وأراد انصباغ النفوس بصبغة هذه العلومات بتكرارها وتردادها بالنسبة إلى العالم (اللهم إلا أكثر مباحث الأحكام التي لم يقع فيها هذا التكرار إذ أن إفادة القسم الثاني لم تكن مطلوبة فيها). ولأجل ذلك أمرنا بتكرار التلاوة والإكثار منها، ولم يكتف بمجرد الفهم والإدراك" (cf. Al-Fawz ul-kabîr fî ussûl it-tafsîr, pp. 97-98).

Et puis – et tout musulman habitué à lire et à étudier le Coran le confirmera –, les répétitions ne sont pas lassantes car la description des éléments dans une sourate donnée se fait dans le style propre à cette sourate, et reste donc différente de celle faite dans les autres sourates où ces mêmes éléments sont aussi mentionnés : "وقد روعي - مع ذلك - هذا القدر من الفرق أن المطالب التي تكررت جاءت كل مرة بعبارة طرية جديدة وأسلوب جديد حتى يكون له وقع أكثر في النفوس وأمتع للأذهان والعقول. فلو كان التكرار مع اتحاد الألفاظ والعبارات، لكان شيئاً من حقه أن يكرر ويردد فحسب، ولكنه مع اختلاف التعابير وتنوع الأساليب مدعاة للتفكير وخوض العقل واستجماع الخاطر" (cf. Al-Fawz ul-kabîr fî ussûl it-tafsîr, p. 98). Cette formulation de mêmes éléments dans le style correspondant à chaque sourate constitue d'ailleurs un des aspects de la beauté et de l'inimitabilité du texte coranique (i'jâz) (cf. Al-Fawz ul-kabîr fî ussûl it-tafsîr, p. 102).
Ibn Taymiyya souligne qu'il n'y a pas là une réelle répétition, car pour ce qui est de par exemple les récits de prophètes qui se retrouvent dans différentes sourates, il se trouve dans une sourate des détails qui ne figurent pas dans l'autre : "وكذلك في الجمل التامة: يعبر عن القصة بجمل تدل على معان فيها، ثم يعبر عنها بجمل أخرى تدل على معان أخر؛ وإن كانت القصة المذكورة ذاتها واحدة، فصفاتها متعددة؛ ففي كل جملة من الجمل معنى ليس في الجمل الأخر. وليس في القرآن تكرار أصلا" (MF 19/168).

Par ailleurs, écrit encore Ibn Taymiyya, si le même récit est présent dans différentes sourates, c'est pour, à chaque fois, servir d'argument au thème général traité dans chaque sourate : "وقد ذكر الله هذه القصة في عدة مواضع من القرآن يبين في كل موضع منها من الاعتبار والاستدلال نوعا غير النوع الآخر" (MF 19/167). C'est pourquoi, dit-il, on trouve dans sourate al-A'râf (7ème sourate) les récits de la prédication de plusieurs prophètes avec leur peuple, mais pas celui de la prédication de Abraham : l'objectif, dans cette sourate-là, est alors d'exposer la destruction de peuples qui ont traité de menteur le prophète leur ayant prêché ; or le peuple de Abraham n'a pas été détruit. A la différence de par exemple sourate al-Anbiyâ' (21ème sourate) : ici, l'objectif est de mentionner les faveurs que Dieu a accordées à différents de Ses prophètes ; Abraham ayant été particulièrement favorisé en la matière, son récit aussi y figure : "ومن آياته: نصر الرسل على قومهم. وهذا على وجهين: تارةً يكون بإهلاك الأمم وإنجاء الرسل وأتباعهم، كقوم نوح وهود وصالح وشعيب ولوط وموسى. ولهذا يقرن الله بين هذه القصص في سورة الأعراف (...) ولا يذكر معها قصة إبراهيم. وإنّما ذكر قصة إبراهيم في سورة الأنبياء ومريم والعنكبوت والصافات، فإنّ هذه السور لم يقتصر فيها على ذكر من أهلك من الأمم. بل في سورة الأنبياء كان المقصود ذكر الأنبياء، ولهذا سميت سورة الأنبياء؛ فذكر فيها إكرامه للأنبياء، وإن لم يذكر قومهم؛ كما ذكر قصة داود وسليمان وأيوب، وذكر آخر الكلّ: {إِنَّ هَذِهِ أُمّتُكُمْ أُمَّةً وَاحِدَة}، وبدأ فيها بقصة إبراهيم، إذ كان المقصود ذكر إكرامه للأنبياء قبل محمّد وإبراهيم - أكرمهم على الله تعالى، وهو خير البرية، وهو أبو أكثرهم، إذ ليس هو أبا نوحٍ ولوط، لكن لوط من أتباعه، وأيوب من ذريته" (Kitâb un-nubuwwât, pp. 40-41).
Il écrit encore : "Quant à Ta-hâ [20ème sourate du Coran] et Ash-Shu'arâ [42ème sourate du Coran], parmi (les autres sourates) dans lesquelles le récit de Moïse a été développé, le plus grand objectif (en) est d'établir l'Existence du Créateur et le fait qu'Il suscite des messagers, vu que Pharaon réfutait (l'Existence du Créateur)" : "وأما طه والشعراء مما بسط فيه قصة موسى، فالمقصود الأعظم بقصة موسى إثبات الصانع ورسالته، إذ كان فرعون منكرا؛ ولهذا عظم ذكرها في القرآن" (Ibid., pp. 28-29).

Cette explication introduit au propos suivant...

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II) Voici quelques thèmes généraux autour desquels une sourate, ou un long passage d'une sourate, gravite :

Quelques ulémas ont écrit de la sourate an-Nahl (16ème sourate du Coran) qu'elle est : "سورة النِعَم" : la sourate dont le thème général est : "les bienfaits dont Dieu a comblé l'homme, qu'ils soient d'ordre temporel ou de l'ordre du lien avec Lui" ; la sourate entrecoupe ces rappels de bienfaits par le rappel du devoir que l'homme a d'être reconnaissant envers son Bienfaiteur, et donc de ne diviniser que Lui.

Le Professeur Hamidullah a évoqué l'analyse de Cheikh Sulaymân Nadwî, selon qui la sourate al-Isrâ' (17ème sourate du Coran) est entièrement consacrée à l'ascension nocturne du Prophète, mais ce dans toute la subtilité du style coranique (Le Prophète de l'Islam, sa vie, son œuvre, tome 1 pp. 144-145).

La sourate al-Kahf (18ème sourate du Coran) traite, d'après l'excellente analyse détaillée de Abu-l-Hassan 'Alî an-Nadwî dans son ouvrage Ma'raka-é îmân-o mâddiyyat, de la concurrence existant entre la foi et le matérialisme : toute la sourate tourne autour de ce thème, avec "les quatre piliers que sont les quatre récits de cette sourate". C'est bien pourquoi la récitation régulière de cette sourate constitue l'antidote offerte aux croyants pour faire face au matérialisme et à celui qui représentera son apogée, le Messie Trompeur (ad-Dajjâl), comme l'enseignent de nombreux Hadîths.

La sourate al-'Ankabût (29ème sourate du Coran) tourne quant à elle autour du thème : "Dieu éprouve la foi de ceux qui se disent croyants". Le début de la sourate parle de la survenue de cette épreuve ; le milieu de la nécessité de faire preuve de patience et de s'en remettre à Dieu ; la fin de la sourate dit que Dieu accordera alors guidance et aide. Cette analyse est de Ibn Taymiyya (Kitâb un-Nubuwwât, p. 41), et de Ibn ul-Qayyim, qui écrit : "فمضمون هذه السورة هو سر الخلق والأمر فإنها سورة الابتلاء والامتحان وبيان حال أهل البلوى في الدنيا والآخرة ومن تأمل فاتحتها ووسطها وخاتمها وجد في ضمنها أن أول الأمر ابتلاء وامتحان ووسطه صبر وتوكل وآخره هداية ونصر والله المستعان" (Shifâ' ul-'alîl, p. 612).

On peut également citer la sourate al-Ahzâb (33ème sourate du Coran) : mon professeur Cheikh Dhu-l-Faqâr nous avait dit en cours de tafsîr qu'à la lire attentivement on s'aperçoit qu'elle tourne tout entière autour d'un thème : le respect que l'on doit à la personne du Prophète (sur lui la paix).

La sourate an-Nasr (110ème sourate) se lit ainsi : "Lorsque vient l'aide de Dieu et la victoire, et que tu vois les gens entrer par groupes entiers dans la religion de Dieu, alors proclame pureté de Dieu avec Sa louange et demande-Lui Son Pardon, Il est pardonneur". Mais au-delà du sens immédiat de ces mots et phrases, cette sourate annonce en fait au Prophète, comme l'ont dit Ibn Abbâs et Omar ibn ul-Khattâb, l'imminence de la fin de sa vie terrestre (al-Bukhârî, 4043), car sa mission est terminée suite à la conquête de la Mecque et à la conversion de nombreux Arabes à l'islam.

Il y a encore l'épisode du changement de la qibla, à l'intérieur de la sourate al-Baqara (2ème sourate du Coran) : cet épisode, survenu en l'an 2 de l'hégire à Médine, fut âprement critiqué par certains des Fils d'Israël établis à Médine. La sourate 2 l'évoque donc aux versets n° 142 à 150, mais, avant cela, parle du concept d'abrogation (verset n° 106), des incompréhensions mutuelles entre juifs et chrétiens (n° 113), du fait qu'à Lui appartient l'Est et l'Ouest (n° 115), d'autres choses encore relatives aux juifs et aux chrétiens (120-123), ensuite de Abraham (123), du fait que c'est lui qui, le premier, avait bâti la Kaaba à La Mecque (126-129), fait allusion à la raison de la différence entre islam abrahamique (qui est général) et judaïsme mosaïque (qui est particulier) (130-141), avant de parler du changement de qibla. Voilà le fil conducteur de ce passage, au sein de la sourate al-Baqara, dit Ibn ul-Qayyim (Zâd ul-ma'âd, 3/67-68).

Voilà pour des exemples d'analyse linéaire de quelques sourates ou passages du Coran.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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