Quelle est l'origine du calendrier musulman ?

Question :

"Assalamou 'alaïkoum.

Je vous écris au sujet du calendrier musulman. Il est dit que "Le nombre des mois pour Dieu est douze dans le livre de Dieu le jour où il créa les cieux et la terre. Parmi eux, quatre sont sacrés" (Coran 9/36). Puisque c'est Dieu lui-même qui a fixé le nombre des mois de l'année musulmane, est-ce lui aussi qui a établi les noms de ces mois ? Ces noms ont-ils une signification particulière ?

Dieu déclare aussi dans le Coran : "Ils t'interrogent sur les croissants de lune, dis : Ce sont des éléments de repères dans le temps pour les gens et pour le pèlerinage" (2/182). Il dit encore : "C'est lui qui fit du soleil un éclairage et de la lune une lumière. Il détermina (à) la lune des étapes, afin que vous sachiez le nombre des années ainsi que le calcul." Ainsi c'est Dieu qui a voulu que le calendrier musulman soit purement lunaire. Y a t-il une raison précise à ce choix, alors que celui ci est jugé compliqué et en perpétuel désaccord avec le calendrier grégorien qui est lui de type solaire?

En ce qui concerne le cycle lunaire des musulmans qui est de 30 ans et qui comporte 19 années communes de 354 jours et 11 années abondantes de 355 jours, est-ce que Dieu a donné des instructions dans le Coran pour ces calculs ou est-ce plutôt l'initiative des hommes de l'époque pour donner une image plus cohérente à ce calendrier ?

Ce sont là quelques questions que je me pose étant donné le peu de résultats que j'ai recueilli."

Réponse :

Wa 'alaykum us-salâm wa rahmatullâh.

Ci-après des éléments de réponse aux questions que vous avez posées :

1) Les noms des mois du calendrier islamique ne font que reprendre les noms qui étaient déjà utilisés par les Arabes avant la venue de l'islam. Ces noms ont bien sûr une signification étymologique, mais qui n'est pas prise en compte dans leur utilisation : exemple : "ramadân" veut dire "ce qui brûle" (peut-être parce qu'à une époque donnée, avant la venue de l'islam, alors que les Arabes utilisaient un calendrier lunaire mais où un système d'intercalation d'un mois chaque nombre donné d'années leur permettait de faire coïncider leur calendrier avec les saisons, ce mois revenait toujours en période de forte chaleur) "rabî'" veut dire "printemps", etc. etc. Je le répète : ces termes ont un sens étymologique, mais qui n'est plus pris en compte dans leur utilisation en tant que noms des mois du calendrier. C'est un peu comme "août" en français, qui vient en fait du nom de "Auguste", l'empereur romain bien connu, "juillet" de "Jules" (César), etc.

2) Pourquoi un calendrier si complexe, qui, en plus, ne coïncide pas avec les saisons ? La raison la plus simple à comprendre est que l'islam étant non pas seulement une civilisation mais aussi une religion, les éléments religieux y sont intimement mêlés aux éléments temporels. Or, prenez le cas du mois du ramadan, où l'on jeûne : si ce mois avait été fixe par rapport aux saisons, cela aurait été une grande difficulté pour tous les pays où ce serait en été, comme en France, où en été le soleil se couche après 21 h 00. A l'inverse, cela aurait été une très grand avantage pour les pays où le mois de ramadan aurait été en hiver. Par contre, avec le système voulu par Dieu, l'année lunaire étant de 10 ou de 11 jours plus courte que l'année solaire, le moment du jeûne obligatoire (comme, d'ailleurs, le moment du pèlerinage) se déplace graduellement et permet une rotation dans toutes les saisons.

3) Il n'existe pas en islam un système tel que celui que vous me décrivez : "19 années communes de 354 jours et 11 années abondantes de 355 jours". Au contraire, cela est laissé à l'observation mensuelle du croissant lunaire, conformément au hadîth suivant du Prophète (que la paix soit sur lui) : "Commencez à jeûner en voyant le (fin croissant lunaire) et cessez de jeûner en le voyant. S'il (le fin croissant lunaire) reste caché, alors comptez 30 jours au mois de cha'bân" (al-Bukhârî et Muslim). La lunaison étant de 29 jours 11 heures et quelques minutes, il est normal que le fin croissant lunaire qui suit la nouvelle lune (qui, elle, est invisible) soit visible tantôt après 29 jours du mois précédent, tantôt après 30 jours du mois précédent. Aussi, s'il n'a pas été observé au bout de 29 jours, le mois en cours se prolonge d'un jour supplémentaire, puis le mois suivant commence. Les 12 mois de l'année sont établis de la sorte, ce qui fait qu'il y a des années de 354 et d'autres de 355 jours. Il est possible que l'alternance suive, d'après les lois de l'astronomie même (qui sont des lois mises en place par Dieu Lui-même), un cycle de 19 ans et de 11 ans comme vous l'écrivez, mais en tous cas les musulmans ne sont pas tenus d'établir le calendrier d'après ces cycles, mais d'après l'observation.
Il est vrai que certains savants musulmans contemporains (comme le spécialiste de hadîths Ahmad Muhammad Shâkir) sont favorables à une réflexion sur la possibilité d'établir scientifiquement le calendrier lunaire. Mais cette opinion n'est pas appliquée aujourd'hui.

4) Concernant le début de l'ère islamique, à savoir l'année de l'hégire ("émigration" du Prophète à Médine), ce n'est pas l'oeuvre du Prophète (sur lui la paix), mais de Umar durant son califat (634-644). (Il faut savoir que le Prophète est mort en l'an 632.) Les anciens Arabes avaient l'habitude de désigner une année donnée en fonction du plus grand événement qui s'y était passé. Par exemple, l'année 570, qui avait vu les Abyssiniens établis au Yémen venir tenter de détruire la Kaaba avec à leur tête le général Abraha monté sur un éléphant, était connue chez les anciens Arabes sous le nom de "l'année de l'éléphant". Avant le calendrier établi par Umar, les musulmans avaient la même pratique et disaient par exemple "l'année des délégations" pour désigner l'année 9 de l'hégire, témoin de la venue de nombreuses délégations auprès du Prophète à Médine. Ibn Hajar a cité dans son Fat'h ul-bârî les différents événements qui ont poussé Umar (que Dieu l'agrée) à établir un système de datation des années.
Abû Mûssâ al-Ach'arî, gouverneur d'une province des terres d'islam, lui écrit un jour : "Différentes lettres nous parviennent venant de vous, mais elles ne mentionnent pas d'année." De plus, vers la même époque, Umar eut entre les mains une lettre de change ("sakk") datée du mois de cha'bân. "De quel cha'bân s'agit-il, demanda Umar ; celui de l'an passé ou celui de cette année ?"
Enfin, quelqu'un du Yémen se présenta à Médine et leur parla du système de datation qu'il avait observé au Yémen et qui se basait sur le début d'une ère.
Umar réunit alors des Compagnons et les consulta à ce sujet. Certains lui dirent de commencer l'ère islamique à partir de l'année où Muhammad (sur lui la paix) était né, d'autres à partir de l'année où il avait été désigné prophète, d'autres à partir de l'émigration à Médine, d'autres à partir de l'année où il était mort. C'est la proposition qui concerne l'émigration qui fut choisie. Ceci d'une part parce que, comme le fit remarquer Umar, l'émigration à Médine avait constitué un tournant dans l'histoire de la prédication du Prophète, et d'autre part parce que le moment de la mort du Prophète était un moment de tristesse, tandis que l'année de sa naissance et celle où il avait été nommé prophète étaient sujets de divergences d'opinions quant à leur moment exact.
Puis la question se posa de savoir à partir de quel mois commencerait l'année musulmane. Certains dirent "à partir de rajab", d'autres proposèrent le mois de ramadan. Ce fut la proposition qui concerne le mois de muharram qui fut finalement choisie. Et ce à cause de plusieurs raisons : parce que l'émigration du Prophète s'était certes déroulée au mois de rabî' al-awwal, mais la décision en avait été prise au mois de muharram ; et aussi parce que le mois de muharram était en général le moment où, après avoir accompli le pèlerinage à La Mecque, les habitants de l'Arabie venaient d'arriver chez eux. (Cf. Fat'h ul-bârî, 7/334-336.)

Voilà quelques éléments de réponse à vos questions.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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