Le Juge (Qâdhî), et la nécessité pour lui d'arbitrer avec impartialité et rigueur les affaires qui lui sont soumises (Commentaire de Coran 4/105-115)

-
I) Dieu dit dans le Coran, s'adressant aux détenteurs d'une autorité (de quel niveau qu'elle soit) :

"إِنَّ اللّهَ يَأْمُرُكُمْ أَن تُؤدُّواْ الأَمَانَاتِ إِلَى أَهْلِهَا وَإِذَا حَكَمْتُم بَيْنَ النَّاسِ أَن تَحْكُمُواْ بِالْعَدْلِ إِنَّ اللّهَ نِعِمَّا يَعِظُكُم بِهِ إِنَّ اللّهَ كَانَ سَمِيعًا بَصِيرًا" : "Dieu vous ordonne que vous remettiez les dépôts à leurs ayants-droit ; et, lorsque vous rendez le jugement entre les hommes, que vous jugiez avec équité. Dieu, combien bonne est l'exhortation qu'Il vous fait ! Dieu est Audient, Voyant" (Coran 4/58).

Ce verset évoque deux devoirs que les détenteurs de l'autorité ont vis-à-vis de ceux sur qui ils ont autorité (celle-ci fût-elle partielle) :
--- remettre la amâna à celui à qui elle revient : dans le cas de l'autorité gérant la cité, cela englobe les postes de responsabilité à pourvoir au sein de la communauté, autant que les biens matériels à répartir entre les gens de la cité ;
--- départager des gens (qui sont en litige, ou qui concourent amicalement) sur la base de l'équité et de l'impartialité.

Le premier devoir appartient au détenteur de l'autorité exécutive.

Le second revient au détenteur de l'autorité départageant des gens : alladhî yahkumu bayna rajulayn (soit en cas de litige, soit en cas de concours). 

C'est uniquement de ce second devoir que nous parlerons dans cet article.

Mais les deux devoirs sont tels qu'ils demandent que le détenteur de l'autorité soit quelqu'un qui est :
--- connaisseur des réels droits qui sont conférés à chacun par rapport à la circonstance dans laquelle il se trouve (sachant que c'est la détermination de ces droits tels qu'accordés par Dieu, qui trace ce qui constitue l'équité et la justice en cette circonstance) (عليم),
--- honnête (sachant que Dieu le voit et lui demandera des comptes quant à l'exercice de la responsabilité qu'il avait sur Terre) (أمين وحفيظ),
--- ayant une autorité réelle sur ceux sur qui il exerce théoriquement cette autorité (قوي).

"وإذا كانت الآية قد أوجبت أداء الأمانات إلى أهلها والحكم بالعدل، فهذان جماع السياسة العادلة والولاية الصالحة" (MF 28/246).

"فصل: وأما قوله تعالى {وإذا حكمتم بين الناس أن تحكموا بالعدل} فإن الحكم بين الناس يكون في الحدود والحقوق، وهما قسمان: فالقسم الأول: الحدود والحقوق التي ليست لقوم معينين؛ بل منفعتها لمطلق المسلمين أو نوع منهم. وكلهم محتاج إليها. وتسمى حدود الله وحقوق الله" (MF 28/297).

"فصل: وأما الحدود والحقوق التي لآدمي معين فمنها النفوس" (MF 28/372).
".فصل: والقصاص في الأعراض مشروع أيضا: وهو أن الرجل إذا لعن رجلا أو دعا عليه، فله أن يفعل به كذلك وكذلك إذا شتمه، بشتمة لا كذب فيها. والعفو أفضل. قال الله تعالى: {وجزاء سيئة سيئة مثلها فمن عفا وأصلح فأجره على الله إنه لا يحب الظالمين ولمن انتصر بعد ظلمه فأولئك ما عليهم من سبيل} وقال النبي صلى الله عليه وسلم: "المستبان: ما قالا فعلى البادئ منهما ما لم يعتد المظلوم"؛ ويسمى هذا الانتصار" (MF 28/380-381).
"فصل: ومن الحقوق الأبضاع فالواجب الحكم بين الزوجين بما أمر الله تعالى به من إمساك بمعروف أو تسريح بإحسان. فيجب على كل من الزوجين أن يؤدي إلى الآخر حقوقه بطيب نفس وانشراح صدر" (MF 28/383).
"فصل: وأما الأموال فيجب الحكم بين الناس فيها بالعدل كما أمر الله ورسوله، مثل قسم المواريث بين الورثة على ما جاء به الكتاب والسنة؛ وقد تنازع المسلمون في مسائل من ذلك. وكذلك في المعاملات من المبايعات والإجارات والوكالات والمشاركات والهبات والوقوف والوصايا ونحو ذلك من المعاملات المتعلقة بالعقود والقبوض؛ فإن العدل فيها هو قوام العالمين لا تصلح الدنيا والآخرة إلا به. فمن العدل فيها ما هو ظاهر يعرفه كل أحد بعقله، كوجوب تسليم الثمن على المشتري وتسليم المبيع على البائع للمشتري وتحريم تطفيف المكيال والميزان ووجوب الصدق والبيان وتحريم الكذب والخيانة والغش وأن جزاء القرض الوفاء والحمد. ومنه ما هو خفي جاءت به الشرائع أو شريعتنا - أهل الإسلام -؛ فإن عامة ما نهى عنه الكتاب والسنة من المعاملات يعود إلى تحقيق العدل والنهي عن الظلم دقه وجله" (MF 28/384-385).

-

II) Dieu dit également dans le Coran :

"إِنَّا أَنزَلْنَا إِلَيْكَ الْكِتَابَ بِالْحَقِّ لِتَحْكُمَ بَيْنَ النَّاسِ بِمَا أَرَاكَ اللّهُ وَلاَ تَكُن لِّلْخَآئِنِينَ خَصِيمًا {4/105} وَاسْتَغْفِرِ اللّهِ إِنَّ اللّهَ كَانَ غَفُورًا رَّحِيمًا {4/106} وَلاَ تُجَادِلْ عَنِ الَّذِينَ يَخْتَانُونَ أَنفُسَهُمْ إِنَّ اللّهَ لاَ يُحِبُّ مَن كَانَ خَوَّانًا أَثِيمًا {4/107} يَسْتَخْفُونَ مِنَ النَّاسِ وَلاَ يَسْتَخْفُونَ مِنَ اللّهِ وَهُوَ مَعَهُمْ إِذْ يُبَيِّتُونَ مَا لاَ يَرْضَى مِنَ الْقَوْلِ وَكَانَ اللّهُ بِمَا يَعْمَلُونَ مُحِيطًا {4/108} هَاأَنتُمْ هَؤُلاء جَادَلْتُمْ عَنْهُمْ فِي الْحَيَاةِ الدُّنْيَا فَمَن يُجَادِلُ اللّهَ عَنْهُمْ يَوْمَ الْقِيَامَةِ أَم مَّن يَكُونُ عَلَيْهِمْ وَكِيلاً {4/109} وَمَن يَعْمَلْ سُوءًا أَوْ يَظْلِمْ نَفْسَهُ ثُمَّ يَسْتَغْفِرِ اللّهَ يَجِدِ اللّهَ غَفُورًا رَّحِيمًا {4/110} وَمَن يَكْسِبْ إِثْمًا فَإِنَّمَا يَكْسِبُهُ عَلَى نَفْسِهِ وَكَانَ اللّهُ عَلِيمًا حَكِيمًا {4/111} وَمَن يَكْسِبْ خَطِيئَةً أَوْ إِثْمًا ثُمَّ يَرْمِ بِهِ بَرِيئًا فَقَدِ احْتَمَلَ بُهْتَانًا وَإِثْمًا مُّبِينًا {4/112} وَلَوْلاَ فَضْلُ اللّهِ عَلَيْكَ وَرَحْمَتُهُ لَهَمَّت طَّآئِفَةٌ مُّنْهُمْ أَن يُضِلُّوكَ وَمَا يُضِلُّونَ إِلاُّ أَنفُسَهُمْ وَمَا يَضُرُّونَكَ مِن شَيْءٍ وَأَنزَلَ اللّهُ عَلَيْكَ الْكِتَابَ وَالْحِكْمَةَ وَعَلَّمَكَ مَا لَمْ تَكُنْ تَعْلَمُ وَكَانَ فَضْلُ اللّهِ عَلَيْكَ عَظِيمًا {4/113} لاَّ خَيْرَ فِي كَثِيرٍ مِّن نَّجْوَاهُمْ إِلاَّ مَنْ أَمَرَ بِصَدَقَةٍ أَوْ مَعْرُوفٍ أَوْ إِصْلاَحٍ بَيْنَ النَّاسِ وَمَن يَفْعَلْ ذَلِكَ ابْتَغَاء مَرْضَاتِ اللّهِ فَسَوْفَ نُؤْتِيهِ أَجْرًا عَظِيمًا {4/114} وَمَن يُشَاقِقِ الرَّسُولَ مِن بَعْدِ مَا تَبَيَّنَ لَهُ الْهُدَى وَيَتَّبِعْ غَيْرَ سَبِيلِ الْمُؤْمِنِينَ نُوَلِّهِ مَا تَوَلَّى وَنُصْلِهِ جَهَنَّمَ وَسَاءتْ مَصِيرًا {4/115" :
"Nous avons fait descendre vers toi le Livre, avec la vérité, pour que tu juges entre les gens selon ce que Dieu t'a enseigné. Et ne sois pas un défenseur en faveur des traîtres. Et demande pardon à Dieu ; Dieu est certes Pardonnant, Miséricordieux. Et ne dispute pas en faveur de ceux qui se trahissent eux-mêmes. Dieu n'aime pas le traître et le pécheur.
Ils cherchent à se cacher des gens, mais ils ne cherchent pas à se cacher de Dieu alors qu'Il est avec eux quand ils tiennent la nuit ce qu'Il n'agrée pas de parole. Et Dieu cernait (par Sa science) ce qu'ils font. Voilà les gens en faveur desquels vous disputez dans la vie présente. Mais qui va disputer pour eux devant Dieu au Jour de la Résurrection ? Ou bien qui sera leur protecteur ?
Quiconque commet un mal ou fait du tort à lui-même, ensuite demande pardon à Dieu, (celui-là) trouvera Dieu Pardonnant, Miséricordieux. Quiconque acquiert un péché, ne l'acquiert que contre lui-même ; et Dieu est Omniscient, Sage. Et quiconque acquiert une faute ou un péché puis en accuse un innocent, (celui-là) se rend coupable alors d'une injustice et d'un péché manifeste.
Et n'eût été la faveur de Dieu et Sa Miséricorde sur toi (ô Prophète), une partie d'entre eux auraient voulu te mettre dans l'erreur. Or ils ne mettent qu'eux-mêmes dans l'erreur. Et ils ne te feront en rien du tort. Et Dieu a fait descendre sur toi le Livre et la Sagesse, et t'a enseigné ce que tu ne savais pas. Et la Faveur de Dieu sur toi est immense. Il n'y a rien de bon dans beaucoup de leurs conversations secrètes, sauf celui qui ordonne une aumône, une bonne action, ou une conciliation entre les gens. Et quiconque fait cela par recherche de l'agrément de Dieu, à celui-là Nous donnerons bientôt une récompense énorme.
Et quiconque fait scission d'avec le Messager après que le droit chemin lui est apparu, et suit un sentier autre que celui des croyants, alors Nous le laisserons comme il s'est détourné, et le brûlerons dans l'Enfer. Et quelle mauvaise destination"
(Coran 4/105-115).

-
Ce passage coranique 4/105-115 parle de "l'affaire Banû Ubayriq" :

Dans ce passage, on lit entre autres choses :

--- que des gens "auraient voulu amener" le Prophète "à commettre une erreur" : "وَلَوْلَا فَضْلُ اللَّهِ عَلَيْكَ وَرَحْمَتُهُ لَهَمَّتْ طَائِفَةٌ مِنْهُمْ أَنْ يُضِلُّوكَ" (Coran 4/113) [en fait ils ne sont pas parvenus à la réalisation de leur projet, qui était de l'amener à prendre la défense des coupables ("وقد قيل: إن النبي صلى الله عليه وسلم لم يكن خاصم عن الخائن، ولكنه هَّم بذلك، فأمره الله بالاستغفار مما هَمَّ به من ذلك" : At-Tabarî ; voir aussi Bayân ul-qur'ân), et qui était de faire accuser un innocent].

--- qu'un léger reproche est adressé par Dieu au Prophète : "وَاسْتَغْفِرِ اللَّهَ" (Coran 4/106), c'est-à-dire : "واستغفر الله} أي مما قلت لقتادة" (Tafsîr Ibn Kathîr). Cela relève d'une erreur ijtihâdî de la part du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse, le salue, et le remercie de notre part pour tout ce qu'il nous a apporté).

-
En fait il y avait eu un vol de nourriture et d'armes chez un homme du nom de Rifâ'a ibn Zayd. Celui-ci, ayant inspecté les lieux, trouva des indices conséquents (qarâ'ïn qawiyya) conduisant à quelqu'un de la famille Banû Ubayriq.
Il envoya donc son neveu, Qatâda ibn un-Nu'mân, présenter l'affaire au Prophète (sur lui soit la paix) et lui demander d'intervenir [en tant que juge, qâdhî] pour l'amener à récupérer son bien. Le Prophète dit : "سآمر في ذلك" : "Je vais émettre un ordre à ce sujet".
Or, ayant appris cela, la famille Banû Ubayriq vint clamer son innocence et parla de sa piété.
Ayant plus tard de nouveau reçu Qatâda, le Prophète (sur lui soit la paix) lui tint alors ce léger reproche : "عمدت إلى أهل بيت ذكر منهم إسلام وصلاح، ترميهم بالسرقة على غير ثبت وبينة" : "Une maisonnée dont on parle de son adhésion à l'islam et de sa piété, tu les accuses de vol sans preuve !?".

Cette parole de la part du Prophète était entièrement vraie : il n'y avait en effet pas de preuve conférant la certitude (yaqîn), car pas de témoins visuels.
Cependant, il y avait des indices conséquents (qarâ'ïn qawiyya) (Bayân ul-qur'ân). Or la parole du Prophète adressée à Qatâda (et lui disant qu'ils devaient cesser de soupçonner Untel) conduisait à empêcher Rifâ'a de recouvrer son droit. Alors que le qâdhî recevant une plainte fondée et recevable doit mener l'enquête complètement [il s'agit de l'étape 3 dans mon article parlant du Qadhâ'], sans se contenter de la seule parole de ceux qui sont venus clamer leur innocence : cela relève de ce qui figure dans le verset cité au début : "إِنَّ اللّهَ يَأْمُرُكُمْ أَن تُؤدُّواْ الأَمَانَاتِ إِلَى أَهْلِهَا وَإِذَا حَكَمْتُم بَيْنَ النَّاسِ أَن تَحْكُمُواْ بِالْعَدْلِ إِنَّ اللّهَ نِعِمَّا يَعِظُكُم بِهِ إِنَّ اللّهَ كَانَ سَمِيعًا بَصِيرًا" : "Dieu vous ordonne que vous remettiez les dépôts à leurs ayants-droit ; et, lorsque vous rendez le jugement entre les hommes, que vous jugiez avec équité. Dieu, combien bonne est l'exhortation qu'Il vous fait ! Dieu est Audient, Voyant" (Coran 4/58).

-
Voici l'une des narrations relatives à cette affaire : "عن قتادة بن النعمان، قال: كان أهل بيت منا يقال لهم: "بنو أبيرق": بشر وبشير ومبشر؛ وكان بشير رجلا منافقا يقول الشعر يهجو به أصحاب رسول الله صلى الله عليه وسلم ثم ينحله بعض العرب ثم يقول: "قال فلان كذا وكذا"؛ فإذا سمع أصحاب رسول الله صلى الله عليه وسلم ذلك الشعر قالوا: "والله ما يقول هذا الشعر إلا هذا الخبيث"، أو كما قال الرجل، وقالوا: "ابن الأبيرق قالها". قال: وكانوا أهل بيت حاجة وفاقة في الجاهلية والإسلام. وكان الناس إنما طعامهم بالمدينة التمر والشعير؛ وكان الرجل إذا كان له يسار فقدمت ضافطة من الشام من الدرمك، ابتاع الرجل منها فخص بها نفسه، وأما العيال فإنما طعامهم التمر والشعير. فقدمت ضافطة من الشام، فابتاع عمي رفاعة بن زيد حملا من الدرمك فجعله في مشربة له، وفي المشربة سلاح ودرع وسيف. فعدي عليه من تحت البيت، فنقبت المشربة، وأخذ الطعام والسلاح. فلما أصبح أتاني عمي رفاعة، فقال: "يا ابن أخي إنه قد عدي علينا في ليلتنا هذه، فنقبت مشربتنا، فذهب بطعامنا وسلاحنا". قال: فتحسسنا في الدار وسألنا، فقيل لنا: "قد رأينا بني أبيرق استوقدوا في هذه الليلة، ولا نرى - فيما نرى - إلا على بعض طعامكم". قال: وكان بنو أبيرق قالوا، ونحن نسأل في الدار: "والله ما نرى صاحبكم إلا لبيد بن سهل"، رجل منا له صلاح وإسلام. فلما سمع لبيد، اخترط سيفه وقال: "أنا أسرق؟ فوالله ليخالطنكم هذا السيف أو لتبينن هذه السرقة"، قالوا: "إليك عنها أيها الرجل، فما أنت بصاحبها". فسألنا في الدار حتى لم نشك أنهم أصحابها. فقال لي عمي: "يا ابن أخي لو أتيت رسول الله صلى الله عليه وسلم فذكرت ذلك له". قال قتادة: فأتيت رسول الله صلى الله عليه وسلم فقلت: "إن أهل بيت منا أهل جفاء عمدوا إلى عمي رفاعة بن زيد فنقبوا مشربة له، وأخذوا سلاحه وطعامه. فليردوا علينا سلاحنا، فأما الطعام فلا حاجة لنا فيه". فقال النبي صلى الله عليه وسلم: "سآمر في ذلك". فلما سمع بنو أبيرق أتوا رجلا منهم يقال له: "أسير بن عروة"، فكلموه في ذلك، فاجتمع في ذلك ناس من أهل الدار، فقالوا: "يا رسول الله، إن قتادة بن النعمان وعمه عمدا إلى أهل بيت منا أهل إسلام وصلاح، يرمونهم بالسرقة من غير بينة ولا ثبت!" قال قتادة: فأتيت رسول الله صلى الله عليه وسلم فكلمته، فقال: "عمدت إلى أهل بيت ذكر منهم إسلام وصلاح، ترميهم بالسرقة على غير ثبت وبينة." قال: فرجعت، ولوددت أني خرجت من بعض مالي ولم أكلم رسول الله صلى الله عليه وسلم في ذلك. فأتاني عمي رفاعة فقال: "يا ابن أخي ما صنعت؟" فأخبرته بما قال لي رسول الله صلى الله عليه وسلم. فقال: "الله المستعان". فلم يلبث أن نزل القرآن {إنا أنزلنا إليك الكتاب بالحق لتحكم بين الناس بما أراك الله ولا تكن للخائنين خصيما} بني أبيرق {واستغفر الله} أي مما قلت لقتادة {إن الله كان غفورا رحيما}. {ولا تجادل عن الذين يختانون أنفسهم إن الله لا يحب من كان خوانا أثيما يستخفون من الناس ولا يستخفون من الله وهو معهم} إلى قوله {غفورا رحيما} أي: لو استغفروا الله لغفر لهم {ومن يكسب إثما فإنما يكسبه على نفسه} إلى قوله {وإثما مبينا} قولهم للبيد. {ولولا فضل الله عليك ورحمته} إلى قوله {فسوف نؤتيه أجرا عظيما}. فلما نزل القرآن أتى رسول الله صلى الله عليه وسلم بالسلاح فرده إلى رفاعة. فقال قتادة: لما أتيت عمي بالسلاح، وكان شيخا قد عشا - أو عسا - في الجاهلية، وكنت أرى إسلامه مدخولا، فلما أتيته بالسلاح قال: "يا ابن أخي، هو في سبيل الله"؛ فعرفت أن إسلامه كان صحيحا. فلما نزل القرآن لحق بشير بالمشركين، فنزل على سلافة بنت سعد ابن سمية؛ فأنزل الله {ومن يشاقق الرسول من بعد ما تبين له الهدى ويتبع غير سبيل المؤمنين نوله ما تولى ونصله جهنم وساءت مصيرا إن الله لا يغفر أن يشرك به ويغفر ما دون ذلك لمن يشاء ومن يشرك بالله فقد ضل ضلالا بعيدا}؛ فلما نزل على سلافة رماها حسان بن ثابت بأبيات من شعر، فأخذت رحله فوضعته على رأسها ثم خرجت به فرمت به في الأبطح، ثم قالت: "أهديت لي شعر حسان! ما كنت تأتيني بخير" (at-Tirmidhî, 3036) (voir aussi at-Tabarî, 10411).

"فيه أربع مسائل: الأولى- في هذه الآية تشريف للنبي صلى الله عليه وسلم وتكريم وتعظيم وتفويض إليه، وتقويم أيضا على الجادة في الحكم، وتأنيب على ما رفع إليه من أمر بني أبيرق، وكانوا ثلاثة إخوة: بشر وبشير ومبشر، وأسير بن عروة ابن عم لهم، نقبوا مشربة لرفاعة بن زيد في الليل وسرقوا أدراعا له وطعاما، فعثر على ذلك. وقيل: إن السارق بشير وحده، وكان يكنى أبا طعمة، أخذ درعا، قيل: كان الدرع في جراب فيه دقيق، فكان الدقيق ينتثر من خرق في الجراب حتى انتهى إلى داره. فجاء ابن أخي رفاعة واسمه قتادة بن النعمان يشكوهم إلى النبي صلى الله عليه وسلم. فجاء أسير بن عروة إلى النبي صلى الله عليه وسلم فقال: "يا رسول الله، إن هؤلاء عمدوا إلى أهل بيت هم أهل صلاح ودين فأنبوهم بالسرقة ورموهم بها من غير بينة"، وجعل يجادل عنهم؛ حتى غضب رسول الله صلى الله عليه وسلم على قتادة ورفاعة. فأنزل الله تعالى: {ولا تجادل عن الذين يختانون أنفسهم} الآية. وأنزل الله تعالى: {ومن يكسب خطيئة أو إثما ثم يرم به بريئا} وكان البرئ الذي رموه بالسرقة لبيد بن سهل؛ وقيل: زيد بن السمين؛ وقيل: رجل من الأنصار. فلما أنزل الله ما أنزل، هرب ابن أبيرق السارق إلى مكة، ونزل على سلافة بنت سعد بن شهيد، فقال فيها حسان بن ثابت بيتا يعرض فيه بها، وهو: وقد أنزلته بنت سعد وأصبحت ... ينازعها جلد استها وتنازعه
ظننتم بأن يخفى الذي قد صنعتمو ... وفينا نبي عنده الوحي واضعه
فلما بلغها قالت: إنما أهديت لي شعر حسان، وأخذت رحله فطرحته خارج المنزل، فهرب إلى خيبر وارتد. ثم إنه نقب بيتا ذات ليلة ليسرق فسقط الحائط عليه فمات مرتدا. ذكر هذا الحديث بكثير من ألفاظه الترمذي وقال: "حديث حسن غريب، لا نعلم أحدا أسنده غير محمد بن سلمة الحراني". وذكره الليث والطبري بألفاظ مختلفة. وذكر قصة موته يحيى بن سلام في تفسيره، والقشري كذلك وزاد ذكر الردة" (Tafsîr ul-Qurtubî).

-

Différent de ce cas évoqué dans ce passage coranique 4/105-115 est le cas suivant, évoqué dans la Sunna (cas numéroté : "2.1" dans notre article relatif à la question de savoir si un 'âlim peut, ou ne peut pas, donner des réponses différentes à des personnes différentes, mais pour la même question) :

"عن وائل قال: إني لقاعد مع النبي صلى الله عليه وسلم إذ جاء رجل يقود آخر بنسعة، فقال: "يا رسول الله، هذا قتل أخي." فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "أقتلته؟" فقال: "إنه لو لم يعترف أقمت عليه البينة." قال: "نعم قتلته." قال: "كيف قتلته؟" قال: "كنت أنا وهو نختبط من شجرة، فسبني، فأغضبني، فضربته بالفأس على قرنه، فقتلته." فقال له النبي صلى الله عليه وسلم: "هل لك من شيء تؤديه عن نفسك؟" قال: "ما لي مال إلا كسائي وفأسي." قال: "فترى قومك يشترونك؟" قال: "أنا أهون على قومي من ذاك." فرمى إليه بنسعته، وقال: "دونك صاحبك." فانطلق به الرجل، فلما ولى قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "إن قتله فهو مثله!" فرجع، فقال: "يا رسول الله، إنه بلغني أنك قلت: إن قتله فهو مثله! وأخذته بأمرك!" فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "أما تريد أن يبوء بإثمك، وإثم صاحبك؟" قال: "يا نبي الله - لعله قال - بلى!" قال: "فإن ذاك كذاك". قال: فرمى بنسعته وخلى سبيله"
Alors qu'un homme avait conduit un autre devant le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue), l'accusant d'être le meurtrier de son frère, l'accusé reconnut les faits. Le Prophète proposa qu'il paie le dédommagement (diya), mais il ne possédait rien ; et son groupe ne l'aurait pas aidé pour cela non plus. Le frère de la victime pouvait pardonner, mais il ne le faisait pas.
Le Prophète dit alors à ce frère de la victime : "Emmène-le (pour lui faire appliquer le talion)".
Comme il s'en allait, conduisant le meurtrier de son frère, le Prophète dit [à voix assez haute] : "S'il le met à mort (par talion), il sera comme lui !"
Ayant entendu ces mots, le frère de la victime revint et demanda au Prophète s'il avait bien entendu. Le Prophète le lui confirma, et lui dit : "Plutôt que de lui appliquer le talion,] ne préfères-tu pas qu'il porte ton péché et le péché de ton homme ?"
Alors l'autre homme répondit :
"Si, Prophète de Dieu !" Et il le laissa repartir (Muslim 1680).

An-Nawawî écrit en commentaire du propos du Prophète : "أما قوله صلى الله عليه وسلم إن قتله فهو مثله، فالصحيح في تأويله أنه مثله في أنه لا فضل ولا منة لأحدهما على الآخر لأنه استوفى حقه منه بخلاف ما لو عفى عنه فإنه كان له الفضل والمنة وجزيل ثواب الآخرة وجميل الثناء في الدنيا" : "Le propos du (Prophète), que Dieu le bénisse et le salue : "S'il le met à mort, il sera comme lui" : ce qui est correct quant à son interprétation, c'est : "il sera comme lui dans le fait de n'avoir aucune faveur l'un vis-à-vis de l'autre, car il aura recouvré le droit qu'il avait par rapport à lui. Contrairement au cas où il lui pardonne : il aura alors fait une faveur, et aura grande récompense dans l'au-delà et éloges dans ce monde" (Shar'h Muslim, tome 11 p. 173).

Ici le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) n'a pas empêché l'homme de recouvrer son droit en lui reprochant d'accuser quelqu'un injustement. Ici il a au contraire mené à bien l'affaire (l'étape 3), jusqu'à aveu du coupable.
Il a même rendu le jugement (l'étape 4) comme quoi le frère de la victime pourrait appliquer au meurtrier le talion.
C'est par rapport à l'application concrète de cette peine (soit l'étape 5) que le Prophète a agi : il a sciemment utilisé ici un propos sibyllin (ta'rîdh), afin d'amener le frère de la victime à ne pas appliquer au meurtrier la peine (qu'il était désormais en droit d'appliquer) : "والعفو مصلحة للولي والمقتول في ديتهما لقوله صلى الله عليه وسلم "يبوء بإثمك وإثم صاحبك"؛ وفيه مصلحة للجاني وهو إنقاذه من القتل؛ فلما كان العفو مصلحة توصل إليه بالتعريض" (Ibid.).
Ceci car, comme Anas ibn Mâlik le raconte : "عن أنس بن مالك، قال: ما رأيت النبي صلى الله عليه وسلم رفع إليه شيء فيه قصاص، إلا أمر فيه بالعفو" : "Je n'ai jamais vu le Prophète (sur lui soit la paix) avoir à traiter une affaire dans laquelle le talion était applicable, sans qu'il recommande (aux proches de choisir) le pardon" (Abû Dâoûd, 4497).

-

Il existe aussi un autre type de Qadhâ, lequel ne dépend pour sa part pas de l'institution judiciaire : il s'agit également d'un Qadhâ rendu par un humain, de ce que cet humain "décrète" ; cependant, c'est dans un sens plus élargi que le Qadhâ réservé à l'institution judiciaire (en français aussi on trouve ce phénomène avec : "le jury du concours") : 

En effet, c'est le cas quand il s'agit de départager deux ou trois personnes qui concourent : un jury composé d'experts en la matière suffit alors. Cela constitue un Qadhâ, mais dans un sens plus large que le Qadhâ qui nécessite quant à lui le recours à l'institution judiciaire.

L'arbitre d'un match sportif joue le même rôle.

De même en est-il du cas où le litige entre les deux personnes est simple et peut être résolu par un médiateur.

C'est encore le cas d'une faute courante, face à laquelle la sanction est très minime : cela peut être décidé par le détenteur d'une autorité courante. A l'instar d'un père de famille, qui décide d'infliger une petite sanction ("il sera privé de sortie avec ses amis ce samedi") à son enfant parce que celui-ci a manqué de respect à son professeur. Ou qui, face à un litige entre ses deux jeunes enfants, a écouté les deux parties puis a "décrété" qui a raison et qui a tort.

Le directeur d'une école agit de même quand il prononce l'exclusion (temporaire ou définitive) d'un élève pour faute grave.

Ces cas relèvent eux aussi d'un genre de Qadhâ : une sentence a été prononcée. Il s'agit de "jugements" moindres, qui ne sont pas réservés à l'institution judiciaire.
Néanmoins, les règles qui concernent le fait de rendre un jugement (impartialité, recul, honnêteté) s'appliquent à ces cas "moindres" aussi.

Ibn Taymiyya écrit  :
--- "فإن الولاية لها ركنان: القوة والأمانة. كما قال تعالى: {إن خير من استأجرت القوي الأمين}؛ وقال صاحب مصر ليوسف عليه السلام {إنك اليوم لدينا مكين أمين}؛ وقال تعالى في صفة جبريل: {إنه لقول رسول كريم ذي قوة عند ذي العرش مكين مطاع ثم أمين}. والقوة في كل ولاية بحسبها (...) والقوة في الحكم بين الناس ترجع إلى العلم بالعدل الذي دل عليه الكتاب والسنة وإلى القدرة على تنفيذ الأحكام. والأمانة ترجع إلى خشية الله وألا يشتري بآياته ثمنا قليلا وترك خشية الناس؛ وهذه الخصال الثلاث التي أخذها الله على كل من حكم على الناس في قوله تعالى {فلا تخشوا الناس واخشون ولا تشتروا بآياتي ثمنا قليلا ومن لم يحكم بما أنزل الله فأولئك هم الكافرون}. ولهذا قال النبي صلى الله عليه وسلم {القضاة ثلاثة: قاضيان في النار وقاض في الجنة. فرجل علم الحق وقضى بخلافه فهو في النار. ورجل قضى بين الناس على جهل فهو في النار. ورجل علم الحق وقضى به فهو في الجنة} رواه أهل السنن. والقاضي اسم لكل من قضى بين اثنين وحكم بينهما، سواء كان خليفة أو سلطانا أو نائبا أو واليا؛ أو كان منصوبا ليقضي بالشرع أو نائبا له، حتى من يحكم بين الصبيان في الخطوط إذا تخايروا: هكذا ذكر أصحاب رسول الله صلى الله عليه وسلم وهو ظاهر" :
"Toute autorité repose sur deux piliers : la force et l'honnêteté. (...) La force, pour chaque type d'autorité, (varie) selon (la nature de) celle-ci. (...) La force dans le jugement que l'on rend entre les gens revient à la connaissance de l'équité - que le Coran et la Sunna indiquent -, et à la capacité à appliquer le jugement rendu. (Quant à) l'honnêteté ("amâna"), elle revient à : craindre Dieu, ne pas troquer Ses Signes contre un petit prix, et cesser de craindre les gens. Ceci constitue les 3 qualités que Dieu a ordonnées à toute personne qui rend un jugement entre les gens, dans cette Parole (élevé soit-Il) : "Aussi, ne craignez pas les gens et craignez-moi. Et ne troquez pas un petit prix contre mes Signes. Et celui qui ne rend pas le jugement entre les gens selon ce que Dieu a révélé, ceux-là sont, eux, les kafir".

Et le Prophète (que Dieu l'élève et le salue) a dit : "Les Qâdhî sont de 3 sortes : deux seront dans le feu, un au paradis ;
- un homme a su la vérité et a jugé selon le contraire, il sera dans le feu ;
- un homme a jugé entre les gens sur la base d'une ignorance, il sera dans le feu ;
- et un homme a su la vérité et a jugé selon celle-ci, il sera dans le paradis
"
 (rapporté par les auteurs des Sunan).
"Qâdhî" est le nom de toute personne qui rend un jugement entre deux hommes, qu'elle soit :
- calife,

- sultan,

- vice-sultan,

- wâlî,

- ou qu'elle ait été nommée pour juger selon la Loi ("shar'"),

- ou nâ'ïb (d'une telle personne),

- jusque (la personne) qui rend le jugement entre les enfants à propos des écrits lorsqu'ils concourent. Ainsi ont dit les Compagnons du Messager de Dieu (que la paix soit sur lui)
. Et cela est évident
"
(MF 28/253-254 : As-Siyâssa ash-shari'yya fî islâh ir-râ'î wa-r-ra'iyya).

--- "{القضاة ثلاثة: قاضيان في النار وقاض في الجنة: رجل علم الحق وقضى به فهو في الجنة؛ ورجل قضى للناس على جهل فهو في النار؛ ورجل علم الحق وقضى بخلافه فهو في النار}. فهذان القسمان كما قال: {من قال في القرآن برأيه فأصاب فقد أخطأ ومن قال في القرآن برأيه فأخطأ فليتبوأ مقعده من النار}. وكل من حكم بين اثنين فهو قاض، سواء كان صاحب حرب أو متولي ديوان أو منتصبا للاحتساب بالأمر بالمعروف والنهي عن المنكر حتى الذي يحكم بين الصبيان في الخطوط فإن الصحابة كانوا يعدونه من الحكام. ولما كان الحكام مأمورين بالعدل والعلم وكان المفروض إنما هو بما يبلغه جهد الرجل قال النبي صلى الله عليه وسلم: {إذا اجتهد الحاكم فأصاب فله أجران وإذا اجتهد فأخطأ فله أجر}" :
"" (...) Tout homme qui rend un jugement entre deux personnes est "Qâdhî", qu'il soit :
- chef de guerre ;

- responsable de diwan ;

- chargé de hisba par amr bil ma'rûf wa nahy 'an il-munkar ;

- jusque celui qui rend le jugement entre les enfants dans les écrits ; les Compagnons le comptaient parmi les juges. (...)
"
(MF 18/170).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

Print Friendly, PDF & Email