1) On peut (et on doit) dire de telle croyance et de telle action qu'elles sont de Îmân / de Tâ'ah, ou au contraire de Kufr / de Ma'siya. Mais 2) pouvons-nous, humains, affirmer que telle personne précise (mu'ayyan) ayant cette croyance ou faisant cette action est Mu'min / Sâlih, ou au contraire Kâfir / Fâssiq ? Et 3) pouvons-nous dire de telle personne précise (mu'ayyan), qui est morte apparemment avec telle croyance, ou telle autre, qu'elle se trouve dans le Paradis, ou dans le Feu du Barzakh ?

Il existe ici plusieurs choses nous concernant, humains, et ce, à des niveaux échelonnés :

i) L'attribution, par nous humains, de tel statut à telle croyance pure ou à telle action. Telle croyance / parole / action, est-elle de "îmân", ou bien de "kufr akbar" ? Telle action est-elle "requise", "neutre" ou "mauvaise" ?
Pour cela il faut se référer aux Sources ainsi qu'aux Interprétations des ulémas.

ii) L'attribution, par nous humains, au détenteur de telle croyance, du nom qualificatif lié à cette croyance (pure ou relative à telle action). Par exemple : Telle personne est "mu'min" / "kâfir" / "mushrik" / "murtadd".
Ce point-ci sera traité dans cet article.

iii) L'application, par nous humains, à la personne ainsi qualifiée, de la règle temporelle (hukm dunyawî) relative à ce qualificatif. Par exemple : la licité du mariage avec cette personne ; la possibilité ou l'impossibilité de demander pardon à Dieu pour cette personne après sa mort.
Ce point-ci est directement lié au précédent.

iv) L'affirmation, par nous humains, de la présence ou de l'absence de la personne ayant adopté cette croyance ou fait cette action, dans le lieu de l'au-delà prévu par Dieu pour rétribuer cette croyance ou cette action. Par exemple : "Telle personne se trouve dans le Feu de l'au-delà, y subissant le châtiment" ; "Telle autre personne se trouve dans le Paradis".
Ce point-ci sera également traité dans cet article.

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Qu'est-ce que le Îmân, et qu'est-ce que le Kufr ?

"Kufr" signifie littéralement : "voiler" : "الكفر في اللغة: ستر الشيء" (Muf'radât ur-Râghib).
Dans l'usage islamique il signifie : "renier" : "وأعظم الكفر: جحود الوحدانية أو الشريعة أو النبوة" (Ibid.). "والكافر على الإطلاق متعارف فيمن يجحد الوحدانية أو النبوة أو الشريعة، أو ثلاثتها" (Ibid.).

"Kufr" est l'opposé de "Îmân", qui signifie pour sa part : "croire". Lire notre article quant à ce qu'il faut pour avoir le minimum de "Îmân" en quelque chose.

--- En fait le Kufr consiste en le fait de s'être voilé le cœur spirituel et d'avoir donc renié l'existence, ou l'unicité de Dieu, ou bien toute autre croyance que l'homme connaît de par son seul cœur spirituel : toute croyance 'Aqla-qalbî (L'Intelligence du Cœur (العقل بالقلب) & la Révélation qu'on Entend (سمع الوحي بالأذن) : Lumière sur Lumière (نور على نور)). Renier un élément de cela, cela constitue du Kufr akbar.

--- Mais une fois que Dieu a suscité un messager avec un ensemble de croyances (croyances pures et croyances relatives à des actions), et qu'Il l'a pourvu de signes prouvant qu'il est bien suscité par le Créateur, se voiler le cœur ou la raison, et renier donc ce messager, cela constitue aussi du Kufr akbar.

--- De même, apporter foi en ce messager, mais renier un élément du message qu'il a apporté, cela constitue aussi du Kufr akbar : dans le concret, cela constitue du kufr uniquement lorsque l'absence de tasdîq ou de iltizâm concerne l'élément dont c'est de façon certaine et très claire qu'il est établi que ce Messager l'a transmis en tant que Dîn, et qu'il est aisé à tout le monde de le comprendre : ce qui est tel est désigné par le nom "dharûriyyât ud-dîn" (ou encore "ma'lûm min ad-dîn bi-dh-dharûra"). (Il est également grave de renier les autres éléments dont il est prouvé que le Messager les a transmis en tant que dîn, mais le fait qu'ils ne soient pas du niveau des dharûriyyât ud-dîn fait que les renier conduit à de l'égarement (dhalâl wa fisq) et non à du kufr akbar.)

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Par ailleurs il faut noter qu'il arrive également :
--- qu'un humain n'a eu connaissance d'aucun message divin ;
--- qu'un autre humain a eu connaissance d'un message divin, mais de ce message des hommes l'ayant précédé avaient donné une interprétation déviante, et cet humain n'a pas eu connaissance du plus récent message divin, venu restaurer le vrai ;
---  qu'un autre humain encore a eu connaissance du plus récent message divin dans sa globalité, mais pas dans sa totalité, d'où le fait qu'il a complètement ignoré certains des éléments fondamentaux faisant partie de ce message et n'y a donc pas cru, pour cause d'ignorance.

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I) Or, attention à bien comprendre ici les nuances suivantes au sujet du Kufr :

Il ne faut pas confondre ici les points suivants, voisins mais différents...

Il existe 2 aspects :
--- 1) d'une part l'aspect de la règle générale (al-hukm ul-'âmm) ;
--- 2) d'autre part l'aspect de telle personne précise (al-hukm 'ala-l-'ayn).

Et il existe 3 questions distinctes :
--- a) la question de déclarer quelqu'un : "incroyant" (kâfir aslî) ;
--- b) la question de déclarer quelqu'un qui était auparavant musulman : "apostat" (kâfir b'irtidâd) ;
--- c) la question de déclarer quelqu'un : "dans le châtiment de l'au-delà" (fi-n-nâr).

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L'aspect 1 (celui de la règle générale) est donné :

--- 1.a) "Celui qui :
----- n'apporte pas foi en l'Unicité de Dieu,
----- ou bien, alors que le message de ce messager lui-ci est parvenu, n'apporte pas foi en le caractère de "vrai messager de Dieu" du plus récent messager de Dieu, celui-là est kâfir aslî".

--- 1.b) "Celui qui :
------ après avoir été apporté foi en les deux composants de base de la Foi (ash-shâdatân : l'unicité de Dieu, et le fait que le plus récent messager est vraiment messager de Dieu, chargé de nous montrer comment L'adorer), renie complètement l'un de ces deux composants,
------ ou bien, après avoir apporté foi en les deux composants de base, et, alors qu'il a eu connaissance d'un élément qui est ma'lûm min ad-dîn dharûratan, renie cet élément-là précisément,
celui-là est murtadd".

--- 1.c) "Celui qui meurt en étant kâfir aslî ou en étant murtadd, celui-là sera dans le Feu perpétuel de l'au-delà" :
----- "إِنَّ اللَّهَ لَعَنَ الْكَافِرِينَ وَأَعَدَّ لَهُمْ سَعِيرًا خَالِدِينَ فِيهَا أَبَدًا" (Coran 33/64-65) : il s'agit de ceux qui sont morts ainsi : "وَلَيْسَتِ التَّوْبَةُ لِلَّذِينَ يَعْمَلُونَ السَّيِّئَاتِ حَتَّى إِذَا حَضَرَ أَحَدَهُمُ الْمَوْتُ قَالَ إِنِّي تُبْتُ الآنَ وَلاَ الَّذِينَ يَمُوتُونَ وَهُمْ كُفَّارٌ أُوْلَئِكَ أَعْتَدْنَا لَهُمْ عَذَابًا أَلِيمًا" (Coran 4/18).
----- "وَمَن يَرْتَدِدْ مِنكُمْ عَن دِينِهِ فَيَمُتْ وَهُوَ كَافِرٌ فَأُوْلَئِكَ حَبِطَتْ أَعْمَالُهُمْ فِي الدُّنْيَا وَالآخِرَةِ وَأُوْلَئِكَ أَصْحَابُ النَّارِ هُمْ فِيهَا خَالِدُونَ" (Coran 2/217).

--- 1.c') "Et celui qui meurt en étant dans le kufr mais à qui aucun message n'était parvenu, sera-t-il dans le Feu perpétuel de l'au-delà ?"
----- Il y a divergence sur ce point. Lire notre article : Qu'adviendra-t-il, dans l'au-delà, des humains auxquels le message d'aucun prophète n'était parvenu ? - الحكم الأخروي للناس الذين لم يبلغهم رسالة نبي واحد .
--- 1.c'') "Et celui qui meurt en adhérant à une voie ayant été modifiée au point de comporter du kufr, mais à qui le message plus récent, venu restaurer le vrai, n'est pas parvenu, sera-t-il dans le Feu perpétuel de l'au-delà ?"
----- Lire à ce sujet notre article : Qu'adviendra-t-il, dans l'au-delà, de ceux auxquels le message divin le plus récent n'était pas parvenu ? - الحكم الأخروي لأهل الفترة من أهل الكتاب.

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C'est l'aspect 2 (celui des personnes précises) qui est complexe et nuancé :

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--- 2.a) "Est-ce que telle personne précise ('ayn) sera qualifiée de : "kâfir bi kufr aslî" ?"

Il faut ici distinguer :
----- le kufr bi asli-hî (croyance athée, agnostique ou polythéiste)
----- et le kufr târi' (refus de croire en le plus récent message de Dieu et persistance dans le message précédent, doté du monothéisme authentique).

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----- 2.a.a) s'il s'agit de kufr bi asli-hî (croyance athée, agnostique ou polythéiste) : Est-ce que la personne se trouvant dans ce type de kufr sera qualifiée de : "kâfir bi kufr aslî" ?

-------- tant qu'un message d'origine divine ne lui est pas parvenu :
----------- sa croyance est, cela est certain, qualifiée même alors de "kufr" (car le statut d'une croyance ou d'une action est fixe : or ici il s'agit de kufr) ;
----------- mais la personne ayant alors eu cette croyance, est-elle qualifiée de "kâfir" ?
Ce qui est certain c'est qu'un verset coranique dit : "لَمْ يَكُنِ الَّذِينَ كَفَرُوا مِنْ أَهْلِ الْكِتَابِ وَالْمُشْرِكِينَ مُنفَكِّينَ حَتَّى تَأْتِيَهُمُ الْبَيِّنَةُ {98/1} رَسُولٌ مِّنَ اللَّهِ يَتْلُو صُحُفًا مُّطَهَّرَةً {98/2} فِيهَا كُتُبٌ قَيِّمَةٌ {98/3" : "Ceux qui avaient fait Kufr, parmi les gens du livre et les polythéistes, n'en étaient pas à cesser, jusqu'à ce que leur vienne la preuve évidente" (Coran 98/1-3). Voyez : avant même que la preuve claire leur parvienne, Dieu a dit de ces gens qu'ils "ont fait le kufr", "ka-fa-ra".
Cependant, plus accentué que ce verbe "ka-fa-ra" est le qualificatif "kâfir".
(Cette nuance est voisine, mais de perspective différente, du fait que, comme l'a écrit Ibn Taymiyya, bien que le verbe ""ash-ra-ka" a été employé au sujet des trinitariens, le qualificatif "mushrik" ne le leur a pas été : "وأما كون النصارى فيهم شرك كما ذكره الله، فهذا متفق عليه بين المسلمين، كما نطق به القرآن" : Al-Jawâb us-sahîh, 2/50. "ولم يخبر الله عز وجل عن أهل الكتاب أنهم مشركون بالاسم بل قال: "عما يشركون" بالفعل؛ وآية البقرة قال فيها: "المشركين والمشركات" بالاسم؛ والاسم أوكد من الفعل" : MF 14/93).
Ceci entraîne que d'une part, une telle croyance est qualifiée de "kufr", cela est certain (car le statut de l'action est fixe), mais que d'autre part on se demande si une telle personne, adhérant à une telle croyance mais auquel le message de vérité n'était pas parvenu, est-elle qualifiée de "kâfir" ?
La réponse est que :
d'après certains ulémas : Non, une telle personne ne sera pas qualifiée de kâfir : elle a fait du kufr, mais le hukm de "kâfir" ne peut pas lui être appliqué (ni d'ailleurs celui de "mu'min") : "Une telle personne ne peut pas être qualifiée de "kâfir", vu que le "kâfir" est celui qui renie, qui réfute ; pour être une personne qui réfute une vérité, il faut que cette vérité soit parvenue à la personne" ;
et d'après d'autres ulémas : Oui, une telle personne est qualifiée de kâfir.
("الوجه الثامن عشر: قوله: "ولا يخلو من مات في الفترة من أن يكون كافرا، أو غير كافر؛ فإن كان كافرا فإن الله حرم الجنة على الكافرين؛ وإن كان معذورا بأنه لم يأته رسول فكيف يؤمر باقتحام النار؟" جوابه من وجوه:
أحدها أن يقال: هؤلاء لا يحكم لهم بكفر ولا إيمان؛ فإن الكفر هو جحود ما جاء به الرسول، فشرط تحققه بلوغ الرسالة؛ والإيمان هو تصديق الرسول فيما أخبر وطاعته فيما أمر، وهذا أيضا مشروط ببلوغ الرسالة؛ ولا يلزم من انتفاء أحدهما وجود الآخر إلا بعد قيام سببه. فلما لم يكن هؤلاء في الدنيا كفارا ولا مؤمنين، كان لهم في الآخرة حكم آخر غير حكم الفريقين. فإن قيل: فأنتم تحكمون لهم بأحكام الكفار في الدنيا، من التوارث والولاية والمناكحة؟ قيل: إنما نحكم لهم بذلك في أحكام الدنيا، لا في الثواب والعقاب، كما تقدم بيانه.
الوجه الثاني: سلمنا أنهم كفار، لكن انتفاء العذاب عنهم لانتفاء شرطه وهو قيام الحجة عليهم، فإن الله تعالى لا يعذب إلا من قامت عليه حجته" : Ahkâmu ahl idh-dhimma, p. 656)
Est-ce que cette divergence-ci recoupe la divergence existant quant à savoir si certains points existent, ou pas, que la conscience humaine est capable de trouver d'elle-même : l'Existence de Dieu, Son caractère divin unique et d'autres points de ce genre ? Si cela la recoupe, alors cela impliquerait que ce sont les ulémas qui répondent par un "Oui" à cette question-là qui répondent par un "Oui" à cette question-ci aussi : "une personne telle que celle évoquée sera qualifiée de : kâfir". Et que ce sont les ulémas qui répondent par un "Non" à cette question-là qui répondent par un "Non" à cette question-ci aussi. Mais je ne sais pas (لا أدري) si cette divergence-ci recoupe cette divergence-là.

-------- si un message d'origine divine est parvenu à cette personne et qu'elle a choisi de ne pas y croire, alors :
Oui, une telle personne sera qualifiée de kâfir.

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----- 2.a.b) et s'il s'agit de kufr târi' (absence de croyance en le plus récent message de Dieu, et persistance dans le message précédent, n'ayant pas été modifié au point de comporter du kufr) : Est-ce que la personne se trouvant dans ce kufr târi' sera qualifiée de : "kâfir bi kufr aslî" ?

-------- tant que le plus récent message ne lui est pas parvenu, alors la réponse est :
Non, une telle personne ne sera pas qualifiée de kâfir, puisque, tout au contraire, elle possède asl ul-îmân ;

-------- si ce plus récent message lui est parvenu et qu'elle a choisi de ne pas y adhérer, alors la réponse est :
Oui, une telle personne est qualifiée de kâfir.

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--- 2.b) "Est-ce que telle personne précise ('ayn) sera qualifiée de : "kâfir b'irtidâd" ?"

----- s'il s'agit du reniement direct de l'un des deux témoignages eux-mêmes (par exemple la personne dit : "Je ne crois plus que Muhammad est un messager de Dieu", ou : "J'ai renié l'islam et j'adhère désormais au christianisme"), alors la réponse est :
Oui, une telle personne est qualifiée de kâfir b'irtidâd (cela restant indépendant de la question de l'application d'une éventuelle sanction). Il est alors prescrit de tenter, par l'argumentation, d'enlever ce qui a pu lui causer un doute, afin qu'elle revienne ;

----- s'il s'agit du reniement d'autre chose que l'un des deux témoignages parmi les dharûriyyât ud-dîn, alors :
-------- tant que iqâmat ul-hujja n'a pas eu lieu, la réponse est : Non, une telle personne ne sera pas qualifiée de kâfir b'irtidâd ;
-------- si iqâmat ul-hujja a eu lieu, la réponse est : Oui, mais cela devra faire suite à un qadhâ (rendu par un qâdhî, et dans certains cas par un muftî). Les musulmans qui ne sont pas qâdhî, leur rôle est de continuer à enseigner, expliquer et inviter ce genre de personnes, tant que faire se peut. "فنحن دعاة، لا قضاة" : "Car pour notre part, nous prêchons, nous ne sommes pas au poste de juge".

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--- 2.c) "Est-ce que telle personne, ayant dûment été qualifiée durant son vivant de "kafîr bi-l-'ayn" (voir 2.a) ou de "murtadd bi-l-'ayn" (voir 2.b), peut être qualifiée, après sa mort, de : "se trouvant dans le Feu dans l'au-delà" (2.c) ?

------ si le Coran ou la Sunna ont dit cela au sujet de cette personne précise, alors la réponse est :
Oui, une telle personne sera qualifiée de "se trouvant dans le Feu dans l'au-delà". C'est le cas de Abû Lahab ; c'est aussi le cas de par exemple les 24 des ennemis du Prophète morts en le combattant à Badr et ayant été placés dans une fosse (un ancien puits) : le Prophète leur avait dit certaines choses alors qu'ils étaient dans cette fosse ;

------ si les Textes n'ont pas dit de cette personne précise qu'elle se trouve dans la Géhenne, alors :

-------- s'il s'agit d'une personne à qui le message était parvenu et qu'on l'a vue de façon certaine mourir sur le kufr (par exemple elle est morte en prononçant son adhésion au kufr), la réponse est :
Oui, une telle personne sera qualifiée de "se trouvant dans le Feu dans l'au-delà". C'est bien pourquoi le verset dit : "مَا كَانَ لِلنَّبِيِّ وَالَّذِينَ آمَنُواْ أَن يَسْتَغْفِرُواْ لِلْمُشْرِكِينَ وَلَوْ كَانُواْ أُوْلِي قُرْبَى مِن بَعْدِ مَا تَبَيَّنَ لَهُمْ أَنَّهُمْ أَصْحَابُ الْجَحِيمِ" : "Le Prophète et ceux qui ont apporté foi n'ont pas à demander pardon en faveur de ceux qui sont associateurs, fussent-ils gens de parenté, après qu'il leur soit devenu clair qu'ils sont des gens de l'enfer" (Coran 9/113). Ce verset a été révélé suite au décès de Abû Tâlib. Or ce dernier est mort en présence du Prophète, en disant : "على ملة عبد المطلب" (al-Bukhârî) : c'est ainsi qu'il devient clair à un musulman qu'Untel est mort kâfir ;

-------- si on ne l'a pas vue de façon certaine mourir sur le kufr, alors :
Non, une telle personne, on ne peut pas se prononcer au sujet de là où elle se trouve : on doit garder le silence.
Le fait est que :
– d'une part on n'a pas le droit de demander à Dieu de lui accorder Son Pardon ou de l'accueillir dans Sa Grâce (car l'autorisation d'intercéder en faveur de quelqu'un est conditionné au fait que, selon les apparences, ce quelqu'un est mort avec la foi que Dieu agrée) ;
– mais d'autre part on n'a pas non plus le droit d'affirmer que cette personne est dans la Géhenne (car on ne sait pas dans quel état la personne est morte : elle peut avoir été guidée juste avant de mourir).

En fait :
– Appliquer le qualificatif "kâfir" à une personne précise est une chose liée aux ahkâm dunyawiyya (ii).
– Mais appliquer la sentence de tel devenir dans l'au-delà à cette personne précise, cela relève de la Prérogative de Dieu (iv). (Quant au hadîth : "حيثما مررت بقبر كافر فبشره بالنار", il n'est pas authentique d'après l'avis pertinent.)

Cela entraîne que d'une part, à une personne étant qualifiée de "kâfir" (ii), nous ne pouvons pas invoquer Dieu qu'Il lui pardonne (iii), vu que nous sommes responsables des apparences, or le istis'hâb ul-hâl entraîne qu'il y a plus de probabilités qu'elle soit morte avec la croyance avec laquelle elle vivait (tant qu'aucun élément supplémentaire n'est venu apporter de modification dans cet état des choses).
Mais que d'autre part nous devons garder le silence sur ce qu'il advient de cette personne dans l'au-delà (iv), et ce car il reste une possibilité que Dieu l'ait secrètement guidé avant qu'elle meure.

Tout cela concerne les personnes kâfir à qui le message est dûment parvenu et qui ont choisi de ne pas y adhérer.
Car pour ce qui est des personnes à qui aucun message n'est parvenu – et même si, d'après l'un des deux avis cités en 2.a.a, ces personnes sont qualifiées de kâfir bi-l-'ayn, il y a divergence entre les ulémas quant à la règle générale de leur devenir dans l'au-delà (voir plus haut : 1.c'). Au sujet des personnes précises relevant de cet autre type (2.c'), c'est donc à plus forte raison qu'on gardera silence quant à leur devenir dans l'au-delà.

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Une précision importante par rapport au cas 2.b :

Quelqu'un qui accepte le message n'en connaît pas forcément, dès le début, tous les éléments. Il les apprendra au fur et à mesure, n'hésitant pas à compléter, et parfois à nuancer, voire rectifier.

Au début la personne apporte foi de façon globale (ijmâl).
Ensuite, au fur et à mesure, elle apprend d'autres éléments de sa foi (tafsîl)(apportant croyance en tel et tel éléments du Dîn) en les découvrant.

Nul ne peut dire que, même s'il a accepté les deux Témoignages de Foi, tant qu'un homme n'a pas dûment adhéré à tous les Dharûriyyât ud-dîn, il est toujours dans le Kufr Aslî.

Ainsi, à l'époque du califat de Omar ibn ul-Khattâb, il y eut une musulmane qui ne savait pas que l'adultère est interdit (alors que considérer cela interdit fait partie des dharûriyyât ud-dîn) : sur conseil de 'Uthmân, Omar ne lui a pas appliqué la sanction temporelle prévue pour ce cas de figure précis, et, surtout, n'a pas dit qu'elle était jusqu'à présent kâfir car n'ayant pas partagé une croyance aussi fondamentale que celle relative au caractère interdit de l'adultère ('aqîdatu hurmat iz-zinâ), qui pourtant est commun à toutes les Voies révélées (le récit a été cité par Ibn Taymiyya aussi : Majmû' ul-fatâwâ, 19/210, Minhâj us-sunna, 3/236-237 ; un récit voisin est relaté par ash-Shâmî dans Radd ul-muhtâr 6/7).

Plus encore : il y a le cas de la personne ayant Asl ul-îmân (selon l'époque où il vivait) mais qui ne savait pas que Dieu est capable de ressusciter les cendres d'un corps ayant été disséminés un peu partout. Le Prophète (sur lui soit la paix) a relaté que Dieu lui avait, après sa mort, accordé Son Pardon. Ibn Taymiyya y voit la preuve que l'ignorance (sans manquement à rechercher la vérité), même d'un point aussi important, est excusée par Dieu.

Les Dharûriyyât ud-dîn, c'est lorsqu'ils parviennent à la personne et que celle-ci les réfute que, dès lors que iqâmat ul-hujja a eu lieu, la personne sera kâfir. Avant que cela lui soit parvenu, du moment qu'elle adhère sincèrement aux deux témoignages de la Foi (c'est la Globalité de la Foi), même auprès de Dieu elle n'est pas considérée kâfir.

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Une autre précision importante, cette fois par rapport au cas 2.a.b (kufr târi') : celui à qui le message est parvenu mais a eu une shub'ha, qui l'a amené à ne pas y croire, sera-t-il excusé auprès de Dieu ?

Celui à qui le message du Prophète n'est jamais parvenu (il l'ignorait donc totalement, jahl ul-asl, li 'adam il-bulûgh) ne sera bien évidemment pas responsable devant Dieu de n'avoir pas cru que Muhammad était le dernier messager de Dieu. Ce point-là est clair.

– Mais qu'en est-il de celui à qui le message du Prophète parvient dans sa réalité, mais qui est la proie d'une shub'ha qui fait qu'il n'est sincèrement pas convaincu de la véracité de Muhammad ? Ce second homme ne serait-il pas lui aussi excusable auprès de Dieu, même si le message lui est parvenu, tant que qiyâm ul-hujja n'aura pas eu lieu ? De même, celui à qui le message du Prophète parvient et qui est convaincu que Muhammad a bien reçu la révélation divine, mais qui pense, à cause d'une shub'ha et par le biais d'une ta'wîl des textes du Coran et de la Sunna, que c'était seulement aux Arabes qu'il a été envoyé, pour les extirper de l'idolâtrie, et non pas aux autres peuples, surtout à ceux qui adhéraient déjà au monothéisme (même si ce dernier n'était pas parfait), celui qui pense ainsi, serait-il excusable auprès de Dieu tant que qiyâm ul-hujja n'aura pas eu lieu ?

Non.

Cette considération, selon laquelle le fait de réfuter quelque chose de formellement certain (dharûrî) ne rend pas systématiquement celui qui le fait kâfir car il se peut que, même si le texte lui était parvenu, il a été l'objet d'une shub'ha, cette considération est propre à ceux qui adhèrent déjà au message du prophète le plus récent. Cette considération ne s'applique pas à ceux à qui le message de ce prophète est parvenu dans sa réalité, mais qui n'y ont pas cru du tout.

– Ibn Taymiyya écrit ainsi (à propos certes d'un point légèrement différent, mais qui rejoint celui qui nous intéresse ici) : "لأن هذه الأمة عفي لها عن الخطأ والنسيان، بخلاف الكافر؛ فإنه لا يغفر له الكفر الذي أخطأ فيه" (MF 22/14). Voir aussi MF 19/206.

– Pourtant, le même Ibn Taymiyya est d'avis que celui qui fait acte de shirk akbar mais n'a reçu le message d'aucun prophète, son acte sera bien considéré "shirk akbar", mais il ne sera pas châtié dans l'au-delà (cliquez ici).

– On en déduit que Ibn Taymiyya pense :

--- que si la personne n'a pas apporté du tout foi en le caractère de "messager" de tel vrai messager, et ce parce qu'elle était dans le jahl, ignorance totale du message, parce que ce message, rissâla, ne lui est pas du tout parvenu, c'est uniquement dans ce cas qu'elle ne subira pas de châtiment dans l'au-delà pour ne pas avoir cru en ce message. Et que, cependant, si le message est parvenu à la personne mais qu'elle aura eu une shub'ha au sujet de tout le message, elle sera responsable devant Dieu de son incroyance totale par rapport à ce message, malgré cette shub'ha ;

--- et que, par contre, toujours d'après Ibn Taymiyya, si la personne a apporté foi en le message mais n'a pas cru en certains points fondamentaux présents dans ce message, et ce parce qu'elle a ignoré (jahl) que ces points en faisaient partie, ou bien parce qu'elle a eu une shub'ha mu'tabara au sujet de ces points, alors, dans la mesure où elle a fait le maximum en son possible pour cerner la vérité, elle n'aura pas de châtiment dans l'au-delà. Lire : Le musulman qui, par ignorance, a adopté une croyance erronée ou pratiqué une action cultuelle innovée, et est mort sans se repentir de cela (puisqu'il le croyait juste), se peut-il qu'il soit puni pour cela par Dieu dans l'au-delà, ou cela lui sera-t-il systématiquement pardonné par Dieu ?

La différence entre celui qui n'apporte pas du tout foi en le message, et celui qui y apporte foi en le message mais pas en un élément fondamental de ce message, cette différence concerne donc le cas de non-croyance pour cause de shub'ha : l'absence de foi sera pardonnée au second mais pas au premier. Par contre, il n'y a pas de différence quant au cas de non-croyance pour cause de non-connaissance, jahl ul-asl, puisque, alors, ne pas avoir apporté foi en tout le message ou de ne pas avoir apporté foi en un élément fondamental du message, les deux sont pardonnés dès lors que la personne n'avait eu aucun manquement.

Tout ce qui vient d'être dit ne se rapporte pas au fait que le message n'est parvenu à une personne que de façon complètement dénaturée, ce qui a entraîné que la personne n'y a pas du tout apporté foi : ceci constitue un autre cas encore.

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II) Et qu'en est-il de la personne qui (selon les apparences) meurt avec le minimum de Îmân (la foi que Dieu agrée) : peut-on affirmer d'une telle personne qu'elle est au Paradis ?

Ici aussi il existe les points sus-évoqués...

Il existe 2 aspects :
--- 1) d'une part l'aspect de la règle générale (al-hukm ul-'âmm) ;
--- 2) d'autre part l'aspect de telle personne précise (al-hukm 'ala-l-'ayn).

Et il existe 2 questions distinctes :
--- a) la question de déclarer quelqu'un : "croyant" (mu'min), ou "musulman" (muslim) ;
--- b) la question de déclarer quelqu'un : "dans le paradis de l'au-delà" (fi-l-jannah).

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C'est l'aspect 2 (celui des personnes précises) qui est complexe et nuancé :

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--- 2.a) "Est-ce que telle personne précise ('ayn) sera qualifiée de : "mu'min" / de : "muslim" ?"

Nous avons traité cette question de façon détaillée dans un article précédent :
Quelle différence entre "islâm" et "îmân", "muslim" et "mu'min" ?

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--- 2.b) "Est-ce que telle personne, morte apparemment avec le Îmân que Dieu agrée, nous pouvons affirmer que, maintenant, elle : "se trouve dans le paradis de l'au-delà" ?

En la faveur d'une telle personne on peut (et cela est même requis) demander à Dieu de lui accorder Son Pardon, de l'accueillir dans Sa Grâce.

Mais peut-on affirmer d'une telle personne qu'elle se trouve dans le Paradis ?

– Déjà, pour les mauvaises actions, on peut les constater et les désapprouver au fond de soi. Les grands péchés (ghayr kufr akbar) sont passibles d'une sanction temporaire dans le Feu de l'au-delà, et, à la personne qui est morte avec le minimum de foi voulue mais sans se repentir de tels grands péchés, Dieu peut appliquer la sanction prévue, comme Il peut lui pardonner ses péchés par pure Faveur. On craint donc, au sujet d'une telle personne, l'application de ce châtiment dans l'au-delà, mais on ne peut pas affirmer que cette personne le subit factuellement. "عن قال أبي هريرة، قال: سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول: "كان رجلان في بني إسرائيل متواخيين، فكان أحدهما يذنب، والآخر مجتهد في العبادة، فكان لا يزال المجتهد يرى الآخر على الذنب فيقول: أقصر. فوجده يوما على ذنب فقال له: أقصر. فقال: خلني وربي! أبعثت علي رقيبا؟ فقال: والله لا يغفر الله لك، أو: لا يدخلك الله الجنة! فقبض أرواحهما، فاجتمعا عند رب العالمين فقال لهذا المجتهد: أكنت بي عالما، أو كنت على ما في يدي قادرا؟ وقال للمذنب: اذهب فادخل الجنة برحمتي، وقال للآخر: اذهبوا به إلى النار". قال أبو هريرة: والذي نفسي بيده لتكلم بكلمة أوبقت دنياه وآخرته" (Abû Dâoûd, 4901, Ahmad, 7942). "عن جندب أن رسول الله صلى الله عليه وسلم حدث "أن رجلا قال: "والله لا يغفر الله لفلان"، وإن الله تعالى قال: من ذا الذي يتألى علي أن لا أغفر لفلان؟ فإني قد غفرت لفلان، وأحبطت عملك" : Jundub relate que le Prophète (sur lui soit la paix) a raconté qu'un homme a dit : "Par Dieu, Dieu n'accordera pas Son Pardon à Untel !" et que Dieu Elevé soit-Il a dit : "Qui fait serment par Moi que Je n'accorderai pas le Pardon à Untel ? J'ai accordé le Pardon à Untel et ai annulé tes (bonnes) actions !" (Muslim, 2621).

Quant à la personne morte avec la foi voulue et avec une vie apparemment de piété, nous espérons pour elle la félicité dans l'au-delà, mais pouvons-nous affirmer qu'elle se trouve au Paradis ?

Réponse par deux écrits de at-Tahâwî : "ونرجو للمحسنين من المؤمنين أن يعفو عنهم ويدخلهم الجنة برحمته، ولا نأمن عليهم، ولا نشهد لهم بالجنة. ونستغفر لمسيئهم، ونخاف عليهم، ولا نقنطهم" (Al-Aqîda at-tahâwiyya, 59) ;
"ونرى الصلاة خلف كل بر وفاجر من أهل القبلة، وعلى من مات منهم. ولا ننزل أحدا منهم جنة ولا نارا. ولا نشهد عليهم بكفر ولا بشرك ولا بنفاق ما لم يظهر منهم شيء من ذلك؛ ونذر سرائرهم إلى الله تعالى" (Al-Aqîda at-tahâwiyya, 69-70).

En fait...
--- Hadith 1) Umm ul-'Alâ' a dit à 'Uthmân ibn Maz'ûn, un Muhâjir [qui était très détaché de ce monde], alors qu'il venait de mourir :
"Mon témoignage à ton sujet est que Dieu t'a honoré".
Le Prophète (sur lui soit la paix) lui dit alors : "Et qu'est-ce qui te fait savoir que Dieu l'a honoré ?
- Mon père et ma mère pour toi, ô Messager de Dieu, eh bien qui donc Dieu honorerait-Il [si ce n'est un homme aussi pieux] ?
- Pour ce qui le concerne, la chose certaine (la mort) lui est venue, et par Dieu j'espère pour lui le bien. Mais je ne sais pas, alors que je suis le Messager de Dieu, ce qu'on fera de moi.
- "Par Allah, je ne ferai plus la tazkiya de quelqu'un face à Dieu !"
Cela m'attrista, raconte Umm ul-'Alâ' dans une autre version, je m'endormis et vis une source coulant pour 'Uthmân. J'en parlais au Prophète (sur lui soit la paix), qui me dit : "Cela est son action" :
"عن خارجة بن زيد بن ثابت، أن أم العلاء، امرأة من الأنصار بايعت النبي صلى الله عليه وسلم أخبرته: أنه اقتسم المهاجرون قرعة فطار لنا عثمان بن مظعون، فأنزلناه في أبياتنا، فوجع وجعه الذي توفي فيه، فلما توفي وغسل وكفن في أثوابه، دخل رسول الله صلى الله عليه وسلم، فقلت: رحمة الله عليك أبا السائب، فشهادتي عليك: لقد أكرمك الله، فقال النبي صلى الله عليه وسلم: «وما يدريك أن الله قد أكرمه؟» فقلت: بأبي أنت يا رسول الله، فمن يكرمه الله؟ فقال: «أما هو فقد جاءه اليقين، والله إني لأرجو له الخير، والله ما أدري، وأنا رسول الله، ما يفعل بي» قالت: فوالله لا أزكي أحدا بعده أبدا" (al-Bukhârî et Muslim).

--- Hadith 2) Dans un autre hadîth on lit, de même, que quand on fait les éloges d'une personne, il faut dire : "Je pense que", et non pas s'exprimer comme si on était certain du caractère "agréé par Dieu" de la personne, en affirmant cela ("qu'il ne fasse pas la tazkiya de quelqu'un face à Dieu") : "عن أبي بكرة، قال: أثنى رجل على رجل عند النبي صلى الله عليه وسلم، فقال: "ويلك قطعت عنق صاحبك، قطعت عنق صاحبك" مرارا، ثم قال: "من كان منكم مادحا أخاه لا محالة، فليقل أحسب فلانا، والله حسيبه، ولا أزكي على الله أحدا، أحسبه كذا وكذا، إن كان يعلم ذلك منه".
Dans une autre version : "ويحك، قطعت عنق صاحبك - يقوله مرارا - إن كان أحدكم مادحا لا محالة فليقل: أحسب كذا وكذا، إن كان يرى أنه كذلك، وحسيبه الله، ولا يزكي على الله أحدا" قال وهيب، عن خالد: "ويلك"" (al-Bukhârî et Muslim).

--- Hadith 3) Le convoi funéraire de quelqu'un passa, les croyants présents firent les éloges du défunt, le Prophète (sur lui soit la paix) dit alors : "Cela est devenu nécessaire."
Le convoi de quelqu'un d'autre passa, les croyants présents dirent du mal du défunt, le Prophète (sur lui soit la paix) dit alors : "Cela est devenu nécessaire".
Omar (que Dieu l'agrée) demanda : "Qu'est-ce donc qui est devenu nécessaire ?"
- "Celui-ci, vous avez dit du bien de lui, le Paradis est donc devenu nécessaire pour lui. Celui-là, vous avez du mal de lui, la Géhenne est donc devenue nécessaire. Vous êtes les témoins de Dieu Sur Terre" : "سمعت أنس بن مالك رضي الله عنه، يقول: مروا بجنازة، فأثنوا عليها خيرا، فقال النبي صلى الله عليه وسلم: "وجبت." ثم مروا بأخرى فأثنوا عليها شرا، فقال: "وجبت." فقال عمر بن الخطاب رضي الله عنه: ما وجبت؟ قال: "هذا أثنيتم عليه خيرا، فوجبت له الجنة، وهذا أثنيتم عليه شرا، فوجبت له النار، أنتم شهداء الله في "الأرض" (al-Bukhârî et Muslim).

-
Cela entraîne qu'il y a eu 3 avis chez les Pieux Prédécesseurs quant à la possibilité - ou l'impossibilité - d'affirmer, d'un homme décédé avec apparemment la foi voulue, qu'il ira au Paradis :

--- Avis A) On ne peut affirmer pareille chose qu'à propos des prophètes ; les autres personnes mortes apparemment avec la foi voulue, on ne peut pas dire qu'elles sont au paradis : on l'espère pour eux, on prie Dieu en ce sens, mais on ne peut pas l'affirmer.

--- Avis B) On ne peut affirmer pareille chose qu'à propos des prophètes, ainsi que des croyants au sujet de qui il y a un Texte affirmant qu'ils sont ou iront au Paradis [comme Abû Bakr, Omar, Uthmân, Alî, Talh'a, az-Zubayr, Sa'd, Saîd, Abd ur-Rahmân, Abû 'Ubayda, ainsi que tout autre que ces 10 Compagnons à propos duquel il y a un hadîth, tel que Thâbit ibn Qays ibn Shammâs, Fâtima, al-Hassan, al-Hussein, etc.] ;

--- Avis C) On peut dire pareille chose au sujet, aussi, de ceux qui sont morts apparemment avec la Foi voulue et de qui (l'ensemble) des Croyants disent du bien ; comme le montre le 3ème hadîth].

En fait ce dernier avis (C) est à comprendre comme signifiant que, à propos de ces personnes évoquées dans le hadîth n° 3, c'est de façon zannî qu'on le dira. Car on ne peut pas, pour les personnes relevant de ce que le 3ème hadîth évoque, l'affirmer de façon qat'î, comme on doit le faire pour les prophètes et comme on doit le faire pour Abû Bakr, Omar, etc.

En fait, ce que le 3ème hadîth indique, c'est qu'il s'agit là de "indicateurs de bonne nouvelle" : on espère que ces éloges que les pieux musulmans font de cette personne constitue un indice que celle-ci se trouve dans le Paradis du Barzakh. Mais cela demeure zannî. Exactement comme le bon rêve qu'un autre musulman voit au sujet d'une telle personne : "عن ابن عباس، قال: كشف رسول الله صلى الله عليه وسلم الستارة والناس صفوف خلف أبي بكر، فقال: "أيها الناس، إنه لم يبق من مبشرات النبوة إلا الرؤيا الصالحة، يراها المسلم، أو ترى له" (Muslim, 479).

Ibn Abi-l-'Izz écrit :
"وللسلف في الشهادة بالجنة ثلاثة أقوال:
أحدها: أن لا يشهد لأحد إلا للأنبياء، وهذا ينقل عن محمد بن الحنفية والأوزاعي.
والثاني: أنه يشهد بالجنة لكل مؤمن جاء فيه النص، وهذا قول كثير من العلماء وأهل الحديث.
والثالث: أنه يشهد بالجنة لهؤلاء ولمن شهد له المؤمنون، كما في الصحيحين: أنه "مر بجنازة، فأثنوا عليها بخير، فقال النبي صلى الله عليه وسلم: وجبت، ومر بأخرى، فأثني عليها بشر، فقال: وجبت. وفي رواية كرر: وجبت ثلاث مرات، فقال عمر: يا رسول الله، ما وجبت؟ فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: هذا أثنيتم عليه خيرا وجبت له الجنة، وهذا أثنيتم عليه شرا وجبت له النار، أنتم شهداء الله في الأرض". وقال صلى الله عليه وسلم: "توشكون أن تعلموا أهل الجنة من أهل النار، قالوا: بم يا رسول الله؟ قال: بالثناء الحسن والثناء السيئ". فأخبر أن ذلك مما يعلم به أهل الجنة وأهل النار" (Shar'h ul-aqîda at-tahâwiyya, 2/538).

Mullâ 'Alî al-qâri' écrit :
"واعلم أن للسلف رحمهم الله في الشهادة بالجنة ثلاثة أقوال:
أحدها: أن لا يشهد لأحد إلا للأنبياء عليهم السلام. وهذا ينقل عن محمد بن الحنفية والأوزاعي. وهذا أمر قطعي لا نزاع فيه
والثاني: أن يشهد لكل مؤمن جاء نص في حقه. وهذا قول كثير من العلماء، لكنه حكم ظني.
والثالث: أن يشهد أيضًا لمن شهد له المؤمنون، كما في الصحيحين: أنه عليه الصلاة والسلام "مر بجنازة، فأثنوا عليها بخير، فقال النبي صلى الله عليه وسلم: وجبت، ومر بأخرى، فأثني عليها بشر، فقال: وجبت. فقال عمر: يا رسول الله، ما وجبت؟ فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: هذا أثنيتم عليه خيرا وجبت له الجنة، وهذا أثنيتم عليه شرا وجبت له النار، أنتم شهداء الله في الأرض". وهذا أمر ظاهري غالبي، والله أعلم بالصواب" (Shar'h ul-fiqh il-akbar, p. 183).

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On le voit : ce qui relève du Ghayb, le connaître n'appartient qu'à Dieu. Cependant, il est certaines personnes au sujet de qui Dieu a fait connaître leur devenir dans l'au-delà à Ses prophètes, et, pour ce que nous pouvons aujourd'hui connaître, à Son dernier prophète, Muhammad (sur lui soit la paix) :

"عن عبد الرحمن بن عوف، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "أبو بكر في الجنة، وعمر في الجنة، وعثمان في الجنة، وعلي في الجنة، وطلحة في الجنة والزبير في الجنة، وعبد الرحمن بن عوف في الجنة، وسعد في الجنة، وسعيد في الجنة، وأبو عبيدة بن الجراح في الجنة" (at-Tirmidhî, 3747) (le même contenu est relaté de Sa'îd ibn Zayd).

"عن أنس، أن رجلا قال: يا رسول الله، أين أبي؟ قال: "في النار"، فلما قفى دعاه، فقال: "إن أبي وأباك في النار" (Muslim, 203).

"عن عبد الله بن عمرو قال: كان على ثقل النبي صلى الله عليه وسلم، رجل يقال له كركرة، فمات فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "هو في النار". فذهبوا ينظرون إليه، فوجدوا عباءة قد غلها" (al-Bukhârî, 2909). Il s'agit ici du Feu temporaire, et même peut-être seulement du Feu du Barzakh.

"عن أبي هريرة رضي الله عنه، قال: افتتحنا خيبر، ولم نغنم ذهبا ولا فضة، إنما غنمنا البقر والإبل والمتاع والحوائط. ثم انصرفنا مع رسول الله صلى الله عليه وسلم إلى وادي القرى، ومعه عبد له يقال له مدعم، أهداه له أحد بني الضباب. فبينما هو يحط رحل رسول الله صلى الله عليه وسلم إذ جاءه سهم عائر، حتى أصاب ذلك العبد، فقال الناس: هنيئا له الشهادة، فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "بل، والذي نفسي بيده، إن الشملة التي أصابها يوم خيبر من المغانم، لم تصبها المقاسم، لتشتعل عليه نارا." فجاء رجل حين سمع ذلك من النبي صلى الله عليه وسلم بشراك أو بشراكين، فقال: هذا شيء كنت أصبته، فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "شراك - أو شراكان - من نار" (al-Bukhârî, 3993). Même remarque ici que précédemment.

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Par ailleurs :

Comme nous l'avons vu plus haut, si une personne à qui le message était parvenu, on l'a vue mourir en prononçant son adhésion au kufr, là il est devenu clair qu'une telle personne fait partie "des gens se trouvant dans le Feu de l'au-delà". C'est bien pourquoi le verset dit : "مَا كَانَ لِلنَّبِيِّ وَالَّذِينَ آمَنُواْ أَن يَسْتَغْفِرُواْ لِلْمُشْرِكِينَ وَلَوْ كَانُواْ أُوْلِي قُرْبَى مِن بَعْدِ مَا تَبَيَّنَ لَهُمْ أَنَّهُمْ أَصْحَابُ الْجَحِيمِ" : "Le Prophète et ceux qui ont apporté foi n'ont pas à demander pardon en faveur de ceux qui sont associateurs, fussent-ils gens de parenté, après qu'il leur soit devenu clair qu'ils sont des gens de l'enfer" (Coran 9/113) ; et, en effet, Abû Tâlib est mort en disant : "على ملة عبد المطلب" (al-Bukhârî) : c'est ainsi qu'il devient clair à un musulman qu'Untel est mort kâfir.

Attention, il ne s'agit pas d'avoir vu que le visage de la personne décédée est sombre, ou chose de ce genre. Il s'agit d'avoir vu la personne mourir en témoignant de son adhésion au kufr.

Il ne s'agit nullement, alors, de prononcer des imprécations au sujet d'une telle personne. C'était seulement, par rapport à ce qui a été dit plus haut : "seul Dieu sait ce qu'il advient de la personne dans l'au-delà", une nuance.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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