Quelle différence y a-t-il entre les termes "Rûh" et "Nafs", si les deux désignent l'"Ame" ?

L'être humain n'est pas qu'un corps mais un être formé par Dieu Lui-même d'un corps et d'une âme notamment (Ar-Rûh, Ibn ul-Qayyim, p. 171). Le corps, composé de matière, a besoin de choses matérielles (nourriture, boisson, etc.), tandis que l'âme est attirée vers Dieu. Jusqu'ici, il n'y a, c'est vrai, pas grande différence entre ces dires de l'islam et ceux d'autres religions.

La particularité de l'islam réside dans le fait qu'il ne marque pas négativement ce qui a trait au corps, et n'enseigne pas que vivre sa corporalité serait une entrave à sa spiritualité. En islam, c'est l'excès dans la façon de vivre sa corporalité qui est considéré comme étant une entrave à sa spiritualité, et c'est l'équilibre entre besoins du corps et exigences du cœur qui est recherché.

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Pour dire "âme humaine", le Coran et la Sunna emploient les termes "rûh" et "nafs". S'agit-il de la même chose, ou bien de 2 choses différentes ?

Dans le Coran, Dieu dit : "اللَّهُ يَتَوَفَّى الْأَنفُسَ حِينَ مَوْتِهَا وَالَّتِي لَمْ تَمُتْ فِي مَنَامِهَا فَيُمْسِكُ الَّتِي قَضَى عَلَيْهَا الْمَوْتَ وَيُرْسِلُ الْأُخْرَى إِلَى أَجَلٍ مُسَمًّى إِنَّ فِي ذَلِكَ لَآيَاتٍ لِّقَوْمٍ يَتَفَكَّرُونَ" : "Dieu prend les âmes au moment de leur mort, ainsi que l'âme qui n'est pas morte pendant son sommeil. Puis Il garde celle au sujet de laquelle Il a décrété la mort, et Il renvoie l'autre jusqu'à un terme fixé..." (Coran 39/42).

Or, dans la Sunna, l'âme ayant quitté le corps de l'homme lors de sa mort, cette âme est tantôt désignée par le terme : "Nafs" (exactement comme dans ce verset), tantôt par le terme : "Rûh". Les deux termes sont donc synonymes.

Plus encore : ce verset du Coran dit que les Nafs "sont momentanément repris" quand l'homme s'endort, et la Sunna dit la même chose, employant cette fois le terme Rûh. En effet, après l'épisode où ils manquèrent la prière de l'aube parce que Bilal aussi s'endormit, le Prophète (sur lui soit la paix) dit : "إن الله قبض أرواحكم حين شاء، وردها عليكم حين شاء. يا بلال، قم فأذن بالناس بالصلاة" (al-Bukhârî, 570).

Je suis donc de l'avis de Ibn ul-Qayyim sur le sujet :
- parfois le terme "nafs" est employé dans le Coran et la Sunna pour désigner la même chose que "rûh" ;
- et parfois le terme "nafs" désigne l'homme dans son ensemble (corps et âme) (Ar-Rûh, pp. 208-209).

"Et par la Nafs et par Celui qui l'a créée, puis lui a inspiré sa piété et son libertinage. Aura réussi celui qui l'a purifiée. Et aura perdu celui qui l'a corrompue" (Coran 91/ 7-10).

L'opinion de Ibn Kathîr (Tafsîr Ibn Kathîr, tome 3 p. 56), est également à consulter, bien que légèrement différente de celle de Ibn ul-Qayyim.

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Le débat a cependant tendance à se complexifier avec l'existence d'autres sens au terme "rûh" :

En effet, dans l'ensemble du texte du Coran, le terme "rûh" revêt une pluralité de sens :
--- 1) l'âme humaine spirituelle, c'est-à-dire l'âme qui subsiste après la mort (comme nous venons de le voir dans la Sunna) ;
--- 2) l'âme biologique ("al-hayâh") ;
--- 3) le souffle (nafkhah) ;
--- 4) l'ange Gabriel (nous y reviendrons plus bas) ;
--- 5) la parole de Dieu (kalâm ullah) ;
--- 6) la miséricorde de Dieu.

A l'exception du n° 5, les autres commentaires sont visibles dans Tafsîr ut-Tabarî, commentaire de Coran 4/171 (en Coran 17/85, at-Tabarî renvoie à ce passage sur 4/171).

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Et quel sens a donc le terme "rûh" dans le verset suivant : "Et ils te questionnent au sujet du Rûh. Dis : "Le Rûh relève de l'affaire de mon Seigneur. Et il ne vous a été donné que peu de connaissances"" (Coran 17/85) ?

D'après l'un des avis relatés, ce verset parle bien de l'âme humaine (voir par exemple : Tafsîr Ibn Kathîr, tome 3 p. 55).

Par ailleurs, at-Tabarî a commenté ce verset comme suit : "وأما قوله (مِنْ أَمْرِ رَبِّي) فإنه يعني: أنه من الأمر الذي يعلمه الله عزّ وجلّ دونكم، فلا تعلمونه ويعلم ما هو" (Tafsîr ut-Tabarî).

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Il est à noter ici que :

--- a) bien que les végétaux aussi sont vivants,
--- b) seuls les animaux et les humains ont été désignés (contrairement aux végétaux) par l'appellation : "possesseurs de Rûh" ,
--- c) et cela alors même que, à la mort, le Rûh animal ne subsiste pas, et seul le Rûh humain subsiste.

Voici la preuve du point a :
"وَجَعَلْنَا مِنَ الْمَاء كُلَّ شَيْءٍ حَيٍّ" : "Et Nous avons fait de l'eau toute chose vivante" (Coran 21/30). Al-Baydhâwî écrit : "ويدخل فيه النبات والشجر، يعني أنه سبب لحياة كل شيء (...). فإن قيل: قد خلق الله بعض ما هو حي من غير الماء؟ قيل: هذا على وجه التكثير، يعني أن أكثر الأحياء في الأرض مخلوقة من الماء أو بقاؤه بالماء" (Tafsîr ul-Baydhâwî). Al-Âlûssî écrit en commentaire : "ولا بد من تخصيص العام، لأن الملائكة عليهم السلام وكذا الجن أحياء، وليسوا مخلوقين من الماء" (Rûh ul-ma'ânî).
----- Par ailleurs, quand Dieu dit de la terre (qui est bien sûr minérale) que, après qu'elle ait été morte, Il la fait revivre par la pluie : "وَآيَةٌ لَّهُمُ الْأَرْضُ الْمَيْتَةُ أَحْيَيْنَاهَا وَأَخْرَجْنَا مِنْهَا حَبًّا فَمِنْهُ يَأْكُلُونَ" (Coran 36/33), et : "وَمَا أَنزَلَ اللّهُ مِنَ السَّمَاء مِن مَّاء فَأَحْيَا بِهِ الأرْضَ بَعْدَ مَوْتِهَا" (Coran 2/164), ce n'est pas la matière "terre" ou "sable" qui revit par la pluie, c'est la pousse des végétaux (causée par la pluie) qui rend la terre, jusqu'alors inerte et donc "morte" : "ressuscitée" : c'est ce que cet autre verset montre : "أَلَمْ تَرَ أَنَّ اللَّهَ أَنزَلَ مِنَ السَّمَاء مَاء فَتُصْبِحُ الْأَرْضُ مُخْضَرَّةً" (Coran 22/63) ; dans les deux versets précédents, nous avons donc une métonymie (majâz mursal : le lieu pour ce qui s'y trouve) ou une métaphore (isti'âra : la sécheresse de la terre a été comparée à sa mort, et son état verdoyant a été comparé à sa vie). Mais, en tout état de cause, cela montre que les végétaux, eux, vivent réellement.

Voici maintenant la preuve du point b :
----- "عن سعيد بن أبي الحسن، قال: كنت عند ابن عباس رضي الله عنهما، إذ أتاه رجل فقال: يا أبا عباس، إني إنسان إنما معيشتي من صنعة يدي، وإني أصنع هذه التصاوير، فقال ابن عباس: لا أحدثك إلا ما سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول: سمعته يقول: "من صور صورة، فإن الله معذبه حتى ينفخ فيها الروح، وليس بنافخ فيها أبدًا." فربا الرجل ربوة شديدة، واصفر وجهه، فقال: ويحك، إن أبيت إلا أن تصنع، فعليك بهذا الشجر، كل شيء ليس فيه روح" (al-Bukhârî, 2112) ; ici ce sont les humains et les animaux, mais pas les végétaux, qui sont qualifiés par Ibn Abbâs de : "possesseurs de rûh" ;
----- "عن عبد الله بن عمر رضي الله عنهما أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: "إن الذين يصنعون هذه الصور يعذبون يوم القيامة، يقال لهم: أحيوا ما خلقتم" (al-Bukhârî, 5607, Muslim, 2108) ;
----- "عن سعيد بن جبير، قال: مر ابن عمر بفتيان من قريش قد نصبوا طيرا، وهم يرمونه، وقد جعلوا لصاحب الطير كل خاطئة من نبلهم، فلما رأوا ابن عمر تفرقوا، فقال ابن عمر: من فعل هذا لعن الله، من فعل هذا؟ إن رسول الله صلى الله عليه وسلم لعن من اتخذ شيئا فيه الروح غرضا" (Muslim, 1958).

Quant au point c, il est tellement connu qu'il n'est pas nécessaire d'en fournir de preuve : les animaux ne connaissent pas de vie dans leur tombe. Ce que j'aimerais seulement préciser ici c'est que ce point c implique que le Rûh mentionné dans ces hadîths comme étant présent dans les animaux aussi, ce Rûh n'est pas le Rûh Rabbânî (puisque c'est ce Rûh Rabbânî qui subsiste après la mort biologique) mais le Rûh Hayawânî...

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Il existe en effet 2 "niveaux" (tabaqa) dans l'âme humaine ("an-nafs" ou "ar-rûh") :

Shâh Waliyyullâh dit qu'il existe :
--- le niveau commun aux animaux et aux humains (ar-Rûh al-Hayawânî) ;
--- et celui spécifique à l'être humain (ar-Rûh al-Insânî) [également appelé "ar-Rûh ar-Rabbânî].

Selon Shâh Waliyyullâh :
--- c'est ce second niveau qui est le siège des caractéristiques morales et spirituelles de l'homme. C'est lui qui est la même chose que le "cœur" (al-qalb), à savoir la conscience morale de l'homme ;
--- quant au premier niveau, il est lui aussi constitutif de l'âme humaine, puisqu'il est la base sur laquelle le second niveau repose, et le moyen par lequel celui-ci se trouve en contact avec le corps.

Voici le passage où Shâh Waliyyullâh a écrit cela :

"واعلم أن الروح أول ما يدرك من حقيقتها أنها مبدأ الحياة في الحيوان وأنه يكون حيا بنفخ الروح فيه، ويكون ميتا بمفارقتها منه؛ ثم إذا أمعن في التأمل ينجلي أن في البدن بخارا لطيفا متولدا في القلب من خلاصة الأخلاط، يحمل القوى الحساسة والمحركة والمدبرة للغذاء، يجري فيه حكم الطب، وتكشف التجربة أن لكل من أحوال هذا البخار من رقته وغلظه وصفائه وكدرته أثرا خاصا في القوى والأفاعيل المنبجسة من تلك القوى وأن الآفة الطارئة على كل عضو وعلى توليد البخار المناسب له تفسد هذا البخار وتشوش أفاعيله؛ ويستلزم تكونُه الحياةَ وتحللُه الموتَ؛ فهو الروح في أول النظر، والطبقة السفلى من الروح في النظر الممعن. مثله في البدن كمثل ماء الورد وكمثل النار في الفحم.

ثم إذا أمعن في النظر أيضا انجلى أن هذا الروح مطية للروح الحقيقية ومادة لتعلقها. وذلك أنا نرى الطفل يشب، ويشيب، وتتبدل أخلاط بدنه والروح المتولدة من تلك الأخلاط أكثر من ألف مرة، ويصغر تارة، ويكبر أخرى، ويسود تارة ويبيض أخرى، ويكون جاهلا مرة وعالما أخرى إلى غير ذلك من الأوصاف المتبدلة والشخص هو هو، وإن نوقش في بعض ذلك فلنا أن نفرض تلك التغيرات والطفل هو هو، أو نقول لا نجزم ببقاء تلك الأوصاف بحالها، ونجزم ببقائه فهو غيرها. فالشيء الذي هو به هو ليس هذا الروح، ولا هذا البدن، ولا هذه المشخصات التي تعرف، وترى ببادئ الرأي، بل الروح في الحقيقة حقيقة فردانية ونقطة نورانية يجل طورها عن طور هذه الأطوار المتغيرة المتغايرة التي بعضها جواهر وبعضها أعراض وهي مع الصغير كما هي مع الكبير ومع الأسود كما هي مع الأبيض إلى غير ذلك من المتقابلات؛ ولها تعلق خاص بالروح الهوائي أوّلا، وبالبدن ثانيا من حيث أن البدن مطية النسمة؛ وهي كوة من عالم القدس ينزل منها على النسمة كل ما استعدت له" (cf. Hujjat ullâh il-bâligha, 1/66-67).

Il s'ensuit que c'est ce premier niveau ("an-nafs ul-hayawâniyya" ou "ar-rûh ul-hayawânî") qui est le confluent du "cœur" ("al-qalb", ou "an-nafs al-insâniyya", ou "ar-rûh al-insânî") et du corps, et qui est donc, de façon naturelle, le siège du bien comme du mal. Du bien si les besoins du corps sont satisfaits en tenant compte de ceux du "cœur". Du mal s'ils le sont de façon excessive, c'est-à-dire sans prise en compte des exigences de ce "cœur".

Et voici le passage où Shâh Waliyyullâh dit que le premier niveau est commun aux humains et aux animaux :
"ثم تعلم أن الله تعالى قد أودع الإنسان بحكمته الباهرة قوتين:
قوة ملكية تتشعب من فيض الروح المخصوصة بالإنسان على الروح الطبيعية السارية في البدن، وقبولها ذلك الفيض وانقهارها له،
وقوة بهيمية تتشعب من النفس الحيوانية (المشترك فيها كل حيوان
) المتشبحة بالقوى القائمة بالروح الطبيعية واستقلالها بنفسها، وإذعان الروح الإنسانية لها وقبولها الحكم منها.
ثم تعلم أن بين القوتين تزاحما وتجاذبا"
(Ibid., p. 70).

Ceci explique pourquoi les animaux ont été eux aussi qualifiés de "possesseurs de Rûh" : en fait il s'agit du premier niveau de Rûh (alors que le second niveau est propre à l'homme).

En revanche, le terme "possesseur de Rûh " semble être réservé dans l'usage de la Sunna aux humains et aux animaux, à l'exclusion des végétaux ; en un mot, cela est réservé à "ce qui est apte au mouvement" ; c'est d'ailleurs le sens étymologique du terme "animal" : "qui est animé".
Quelle est donc la raison qui fait que les végétaux ont été qualifiés de : "non-possesseurs de Rûh", alors que la simple observation révèle qu'ils sont eux aussi vivants (d'une vie bien supérieure à celle des minéraux), et que les deux versets cités plus haut semblent montrer que le Coran leur reconnaît "la vie" ?
Je ne sais pas (لا أدري).
Mais il semble bien que ar-Rûh soit quelque chose de supérieure à al-Hayâh.

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Pour sa part, Ibn Taymiyya distingue :

--- la chose morte telle que le minéral,
--- et la chose vivante.
Puis, il distingue, parmi les choses vivantes :
----- les choses dotées de la vie végétale,
----- et celles dotées de la vie animale.

Il écrit :
--- "قالوا: "وأما الجماد فلا يسمى حيا ولا ميتا.
وقد ذكرنا في غير موضع الجواب عن هذه بأجوبة:
أحدها: أن قولهم: "إن الجماد لا يسمى حيا وإنما يسمى ميتا ما كان قابلا للحياة"، هو اصطلاح. وإلا فالقرآن قد سمى الجماد "ميتا" في غير موضع كقوله تعالى: {والذين يدعون من دون الله لا يخلقون شيئا وهم يخلقون أموات غير أحياء وما يشعرون} الآية. فسمى الأصنام أمواتا وهي حجارة وقال: {وآية لهم الأرض الميتة أحييناها}" (MF 8/22). "الوجه الرابع أن يقال لهؤلاء قولكم أن هذين يتقابلان تقابل العدم والملكة اصطلاح اصطلحتموه؛ وإلا فكل ما لا حياة فيه يسمى مواتا وميتا قال الله تعالى {وَالَّذِينَ يَدْعُونَ مِنْ دُونِ اللَّهِ لا يَخْلُقُونَ شَيْئاً وَهُمْ يُخْلَقُونَ أَمْوَاتٌ غَيْرُ أَحْيَاءٍ} فسمى الأصنام الجامدات أمواتا؛ وتسمى الأرض مواتا كما قال النبي صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ: "من أحيا أرضا ميتة فهي له" (As-Safadiyya, 1/95).
--- "والثالث: أن الجميع طاهر؛ كقول أبي حنيفة، وهو قول في مذهب مالك وأحمد. وهذا القول هو الصواب. وذلك لأن الأصل فيها الطهارة، ولا دليل على النجاسة. وأيضا فإن هذه الأعيان هي من الطيبات ليست من الخبائث فتدخل في آية التحليل؛ وذلك لأنها لم تدخل فيما حرمه الله من الخبائث لا لفظا ولا معنى؛ فإن الله تعالى حرم الميتة، وهذه الأعيان لا تدخل فيما حرمه الله لا لفظا ولا معنى؛ أما اللفظ فلأن قوله تعالى {حرمت عليكم الميتة} لا يدخل فيها الشعور وما أشبهها، وذلك لأن الميت ضد الحي، والحياة نوعان: حياة الحيوان، وحياة النبات؛ فحياة الحيوان خاصتها الحس والحركة الإرادية؛ وحياة النبات خاصتها النمو والاغتذاء؛ وقوله: {حرمت عليكم الميتة} إنما هو بما فارقته الحياة الحيوانية، دون النباتية؛ فإن الشجر والزرع إذا يبس لم ينجس باتفاق المسلمين؛ وقد قال تعالى: {والله أنزل من السماء ماء فأحيا به الأرض بعد موتها} وقال: {اعلموا أن الله يحيي الأرض بعد موتها} فموت الأرض لا يوجب نجاستها باتفاق المسلمين. وإنما الميتة المحرمة: ما فارقها الحس والحركة الإرادية. وإذا كان كذلك فالشعر حياته من جنس حياة النبات، لا من جنس حياة الحيوان؛ فإنه ينمو ويغتذي ويطول كالزرع وليس فيه حس ولا يتحرك بإرادته، فلا تحله الحياة الحيوانية حتى يموت بمفارقتها؛ فلا وجه لتنجيسه" (MF 21/97-98).

Je voudrais seulement rajouter que pour ce qui est de la question de l'impureté rituelle (najâssa), elle ne survient pas à cause du départ de la vie animale seulement, mais à cause du départ de la vie de l'animal qui contenait du sang "chaud" et qui n'était pas aquatique ; c'est bien pourquoi les fourmis, guêpes et abeilles mortes ne sont pas najis ; et c'est aussi  pourquoi les poissons morts ne sont pas najis, fussent-ils des mammifères marins, à l'instar du 'anbar, dont des Compagnons en voyage mangèrent la chair des jours durant, et en ramenèrent au Prophète (sur lui soit la paix), qui en mangea lui aussi.

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D'après le Coran, l'homme était mort, puis a été rendu vivant, puis mourra, puis sera rendu vivant :

On trouve ces 4  grandes étapes dans les versets suivants :
"قَالَ كَذَلِكَ قَالَ رَبُّكَ هُوَ عَلَيَّ هَيِّنٌ وَقَدْ خَلَقْتُكَ مِن قَبْلُ وَلَمْ تَكُ شَيْئًا" (Coran 19/9).
"هَلْ أَتَى عَلَى الْإِنسَانِ حِينٌ مِّنَ الدَّهْرِ لَمْ يَكُن شَيْئًا مَّذْكُورًا إِنَّا خَلَقْنَا الْإِنسَانَ مِن نُّطْفَةٍ أَمْشَاجٍ نَّبْتَلِيهِ فَجَعَلْنَاهُ سَمِيعًا بَصِيرًا إِنَّا هَدَيْنَاهُ السَّبِيلَ إِمَّا شَاكِرًا وَإِمَّا كَفُورًا" (Coran 76/1-3).
"كَيْفَ تَكْفُرُونَ بِاللَّهِ وَكُنتُمْ أَمْوَاتاً فَأَحْيَاكُمْ ثُمَّ يُمِيتُكُمْ ثُمَّ يُحْيِيكُمْ ثُمَّ إِلَيْهِ تُرْجَعُونَ" (Coran 28/2).
"قَالُوا رَبَّنَا أَمَتَّنَا اثْنَتَيْنِ وَأَحْيَيْتَنَا اثْنَتَيْنِ فَاعْتَرَفْنَا بِذُنُوبِنَا فَهَلْ إِلَى خُرُوجٍ مِّن سَبِيلٍ" (Coran 40/11).

Après n'avoir rien été, nous sommes venus à l'existence : nous avons vécu d'abord dans le ventre de notre mère, puis nous sommes nés, et nous vivons actuellement pour le moment dans le monde que nous connaissons (ad-dunyâ) ; puis nous mourrons ; et plus tard nous serons ressuscités.

Entre notre mort et notre résurrection, nous irons dans le monde de l'étape (al-barzakh) (où, en même temps qu'étant morts, nous connaîtrons une vie, située temporellement entre la vie terrestre, et la vie après la résurrection).

Pendant notre vie sur Terre, il y a donc eu la vie intra-utérine, et la vie après la naissance. Or, pendant cette vie comprise entre la naissance et la mort, l'état de sommeil est à mi-chemin entre la vie et la mort : le sommeil est le (petit) frère de la mort (cf. Ar-Rûh, pp. 42-43, p. 61).

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Dans le Coran, le terme "Rûh" désigne parfois (comme évoqué plus haut) : "l'Esprit de Sainteté" : "Gabriel" :

Gabriel a été désigné par ce nom "Esprit" ("rûh") dans le verset qui parle de la descente du Coran :
"Et il [= le Coran] est (quelque chose) descendu de la part du Seigneur de l'Univers. L'Esprit Fidèle (ar-rûh ul-amîn) l'a fait descendre sur ton cœur, afin que tu sois du nombre des avertisseurs. (Il est) en langue arabe. Et il (était annoncé) dans les Livres des Premiers"
(Coran 26/192-196).

Quant au verset où on lit "Durant la (nuit du Destin) les Anges et l'Esprit descendent, par la permission de leur Seigneur, avec tout ordre" (Coran 97/4), il n'implique pas, comme le croient certains, que cet Esprit est forcément autre chose qu'un ange. Il y a seulement ici la figure rhétorique bien connue de "mention du particulier après mention du général, pour souligner l'importance du particulier" : l'Esprit est bien un ange (il s'agit de Gabriel), mais l'expression "les anges" pouvant signifier seulement "un grand nombre d'anges", Dieu a souligné que, lors de la nuit du Destin, cet ange important qu'est Gabriel aussi descend sur terre.

On a un autre exemple de la même veine dans un autre verset coranique : "Dis : "Celui qui est l'ennemi de Gabriel, eh bien (qu'il sache qu') il a fait descendre le (Coran) sur ton cœur avec la permission de Dieu, entant que confirmateur ce qui est avant lui, et guidance ainsi que bonne nouvelle pour les croyants. Celui qui est ennemi de Dieu, de Ses Anges, de Ses Messagers, de Gabrielde Michel, (celui-là est un incroyant, et qu'il sache que) Dieu est l'ennemi des incroyants"" (Coran 2/97-98).
On voit bien ici la mention de Gabriel et de Michaël après la mention de l'ensemble, général, des "Anges de Dieu" : même si Gabriel et Michaël font partie des Anges, ils ont été mentionnés séparément, eu égard à leur importance : il s'agit de la figure rhétorique bien connue de "mention du particulier après mention du général, pour souligner l'importance du particulier".

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Qu'est-ce que "le cœur" ?

Al-Ghazâlî souligne que "le cœur", tel qu'il est employé dans le Coran et les Hadîths, ne désigne pas, bien entendu, le muscle cardiaque, mais "la conscience morale" ; il s'agit, poursuit-il, de la même chose que ce qui est appelé "l'âme", "ar-rûh" (Al-Ih'yâ, 3/4-7).

Le "cœur" correspond donc à la faculté de l'homme qui se traduit chez lui par l'attirance naturelle qu'il ressent vers Dieu et par la conscience innée du bien et du mal.

Tous les humains possèdent un "cœur", même si certains parmi eux le voilent au point qu'il ne les interpelle plus :
"Ils ont un cœur mais ne comprennent pas par son moyen" (Coran 7/179).
"N'ont-ils pas parcouru la terre et eu un cœur par lequel ils comprendraient, ou des oreilles par lesquelles ils entendraient ? Car ce ne sont pas les vues qui s'aveuglent, mais s'aveuglent les cœurs qui sont dans les poitrines"
(Coran 22/46)
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A lire : Est-ce le cerveau ou le cœur qui est le siège du raisonnement ?

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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