Quelques concepts liés à la chose concrète / à l'accident ; au nom / au qualificatif

I) La chose concrète ('ayn), et l'accident ('aradh) :

Il existe :

a) le concret (al-'ayn) (العين) : il s'agit de ce qui se tient par lui-même dans la réalité de ce monde. Comme un objet matériel, par exemple : "livre" ; "homme" ;

b) l'accident (al-'aradh) (العَرَض) : il s'agit de la qualité d'une chose concrète, ou de l'action faite par une chose concrète, ces deux choses ne se produisant que par et dans un concret. Même dans la représentation que l'esprit se fait d'elles, la qualité comme l'action ne se maintiennent que par et dans quelque chose d'autre qu'elles. Il s'agit :
--- soit d'une qualité temporaire, ou permanente, d'un objet matériel (fi'l wasfî) (الصفة) : "être miséricordieux" ; "être beau" ; "être abîmé" ; "être vrai" (= la véracité) ; "être juste" (= la justesse) ;
--- soit d'une action que fait un objet matériel (fi'l 'amalî) (الحَدَث) : "bouger" ; "demeurer immobile" ; "manger" ; etc.

Il semble exister aussi une troisième catégorie :
c) le concept (al-ma'nâ al-mah'dh) (المعنى المحض) : il s'agit de ce qui n'a pas d'existence dans la réalité de ce monde matériel, mais que l'esprit se représente comme se tenant de lui-même. Comme "le lien de parenté" ; "la vérité" ; "la justice" (non pas au sens de l'institution judiciaire, laquelle est pour sa part un 'ayn, mais au sens du concept).
Cette 3ème catégorie a quelque chose de commun avec la première et quelque chose de commun avec la seconde catégories suscitées :
--- comme la 2nde catégorie, cette 3ème catégorie est abstraite (huwa ma'nâ) ;
--- cependant, comme la 1ère catégorie (et à la différence de la 2nde), cette 3ème catégorie se maintient, dans la représentation que l'esprit fait d'elle, d'elle-même. Ainsi, le lien de parenté se maintient de lui-même.
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Ici, ma'nâ est abstrait ; il est opposé à 'ayn.
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Ici, ma'nâ ne signifie pas : "ma'nî", "sens d'un terme", comme c'est le cas lorsqu'il est opposé à lafz.

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II) A propos du nom et de l'adjectif qualificatif :

- A) En syntaxe arabe (an-nahw), est appelé "إسم" ("ism") :

le mot (kalima) qui indique (dalâla) un sens qu'il recèle en lui-même et qui n'est pas lié à l'un des trois temps (passé, présent et futur).

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- B) Ensuite, le "ism" est des 2 sous-types suivants (par rapport à ce qui nous intéresse ici, car il existe d'autres classifications du ism, qui entraînent d'autres sous-types : mudhakkar / mu'annath ; muf'rad / muthannâ/ jam' ; mu'rab / mabnî ; jâmid / mushtaqq ; etc.) :

1) "اسم الذات" ("ism udh-dhât") (ce qui correspond, en grammaire française, au "nom") : il s'agit du ism qui indique l'être (dhât) d'une chose, que cette chose soit une chose concrète"عين" (a) (comme "رجُل", "homme") – ou une chose abstraite"معنًى" (b ou c) (comme "رَحمة", "miséricorde") – ;

2) "اسم الصفة" ("ism us-sifa") (ce qui correspond, en grammaire française, au "qualificatif" ou "adjectif qualificatif") : il s'agit du ism qui indique le porteur de telle qualité, que cette qualité soit permanente"دائم" (comme "كَبير", "grand") – ou temporaire"مؤقّت" (comme "غَنيّ", "riche") – ; et que l'être qui porte cette qualité soit une chose concrète – "عين" (a) – ou une chose  abstraite – "معنًى" (b ou c).

(Cf. Jâmi' ud-durûs il-'arabiyya, tome 1 pp. 97-98.)

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C) Attention à ne pas confondre "qualité" /"attribut" (sifa) et "qualificatif" (ism us-sifa) :

La qualité [ou le défaut] / l'attribut ("الصفة", "sifa", également appelé : "الوصف", "wasf") (comme "كِبَر", "grandeur" ; "رَحمة", "miséricorde") est désigné uniquement par un "اسم الذات" (ce qui a été désigné plus haut sous le numéro 1), vu qu'elle constitue la dhât d'une chose, en l'occurrence, ici, une chose abstraite, ma'nâ ; c'est, par ailleurs, toujours en arabe un nom d'action (masdar).

Le qualificatif ("اسم الصفة", "ism us-sifa") (comme "كَبير", "grand" ; "رحيم", "miséricordieux") (ce qui a été désigné plus haut sous le numéro 2) désigne pour sa part le porteur d'une qualité, sifa ; il peut s'agir du qualificatif d'une chose concrète, 'ayn (comme dans "un grand homme") ou du qualificatif d'une chose  abstraite, ma'nâ, par exemple d'une autre qualité (comme dans "une grande bonté").

En résumé :

La qualité, l'attribut (as-sifa) désigne une seule chose :
--- la qualité elle-même ; et il s'agit d'une .
(Comme : "la grandeur".)

Tandis que le nom adjectif (ism us-sifa) désigne, lui, en même temps deux choses :
--- la qualité / l'attribut (as-sifat ul-mahmûla) ;
--- le porteur de cette qualité / cet attribut (hâmil us-sifa).
(Comme : "grand".)

Le ism qui est qualificatif [= ism us-sifa] : indique / évoque toujours, en fait, 2 choses (et non pas une seule) :
--- la qualité / l'attribut (as-sifat ul-mahmûla) ;
--- le porteur de cette qualité / cet attribut (hâmil us-sifa).
C'est ce qui fait, poursuit-il, que ne peut pas être qualificatif : le ism qui ne désigne qu'une seule chose : la qualité/attribut (sifa), sans désigner aussi le lien (râbit) existant entre cet(te) qualité/attribut et son porteur. La qualité/attribut (sifa) est, elle(lui), toujours un nom d'action (masdar) ; et le masdar ne sous-entend justement pas le porteur, mais uniquement la qualité ou l'action.
Ibn ul-Qayyim écrit ainsi : "فائدة: المعنى المفرد لا يكون نعتا. ونعني بالمفرد ما دل لفظه على معنى واحد نحو علم وقدرة؛ لأنه لا رابط بينه وبين المنعوت لأنه اسم جنس على حياله. فإذا قلت ذو علم وذو قدرة كان الرابط ذو. فإذا قلت: عالم وقادر كان الرابط الضمير. فكل نعت وإن كان مفردا في لفظه فهو دال على معلومين: حامل ومحمول؛ فالحامل هو الاسم المضمر، والمحمول هو الصفة. وإنما أضمر في الصفة [أي اسم الصفة] ولم يضمر في المصدر - وهو الصفة في الحقيقة -، لأن هذا الوصف [أي اسم الصفة] مشتق من الفعل، والفعل هو الذي يضمر فيه، دون المصدر، لأنه [أي الفعل] إنما صيغ من المصدر ليخبر به عن فاعل، فلا بد له مما صيغ لأجله إما ظاهرا وإما مضمرا؛ ولا كذلك المصدر، لأنه اسم جنس، فحكمه حكم سائر الأجناس. ولذلك ينعت الاسم بالفعل لتحمله الضمير" (Badâ'ï' ul-fawâ'ïd, pp. 146-147).

C'est bien parce que le qualificatif (ism us-sifa) désigne deux choses, la qualité (sifa) mais surtout son porteur (hâmil us-sifa), que, d'un qualificatif, on peut toujours extraire une qualité/attribut. Si Dieu S'est donc dit : "Al-Hayy" (c'est un Ism us-Sifa de Dieu figurant dans le Coran), on peut en extraire l'Attribut divin : "al-Hayâh" (ce qui est une Sifa) (cliquez ici et ici).

Or, souvent, pour désigner l'attribut, on dit : "الصفة" ("sifa"). Ceci entraîne un risque de confusion avec "اسم الصفة" ("ism us-sifa"), terme qui, lui, désigne le qualificatif.
Attention, donc, à bien comprendre ce qui, dans un texte donné, est décrit comme étant une "sifa" : parle-t-on alors :
- d'un attribut (sifa) ?
- ou bien d'un qualificatif (ism us-sifa) ?

La même difficulté existe avec le terme "النعت" ("an-na't") : cela désigne tantôt "الصفة" (la "sifa"), l'attribut, et tantôt "اسم الصفة" (le "ism sifa"), le qualificatif.
Attention également à bien comprendre ce qui, dans un texte donné, est décrit comme étant un "na't" : parle-t-on alors :
- d'un attribut (sifa) ?
- ou bien d'un qualificatif (ism us-sifa) ?

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D) Il est certains "ism us-sifa" qui peuvent être "musnad" (propos) et "musnad ilayh" (thème).

C'est le cas notamment des participes actifs (ism ul-fâ'ïl) : le participe actif (ism ul-fâ'ïl) est à l'origine un "ism us-sifa", mais il peut être employé comme "ism mawsûf".

- Ainsi, "kâtib", pour "écrivain", sert en premier lieu pour qualifier autre chose. Lorsque indéterminé (nakira), il est employé comme prédicat (musnad, khabar) venant donner une information quant au qualificatif d'un être. Comme  : "هذا الرجل كاتب" : "Cet homme est écrivain".

- Mais, une fois déterminé (mu'arraf bi-l-lâm), ce ism "kâtib" peut se mettre à désigner une dhât et être qualifié par un autre ism sifa : "هذا الكاتب عظيم" : "Cet écrivain est magnifique !".

Dans les deux cas, ce ism désigne l'être de la personne dotée de l'attribut (sifa) de "kitâba". Cependant, c'est dans le second que, par l'accent davantage mis sur le dhât (et ce, par le râbit "lâm"), ce ism a pu devenir musnad ilayh, mubtada').

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E) Par contre, c'est seulement de façon exceptionnelle qu'un ism udh-dhât peut servir pour qualifier un autre ism udh-dhât :

Quand c'est un nom d'action (masdar) (qui est un ism udh-dhât) qui qualifie un autre nom, c'est par hyperbole (mubâlagha), lorsque ce nom d'action (masdar) revêt un sens qualificatif (comme dans "Laqîtu rajulan 'adlan").

De même, quand c'est un ism jâmid (qui est un ism udh-dhât) qui qualifie un autre nom, c'est dans la mesure où il y a métaphore (isti'âra) et que ce ism jâmid véhicule alors un sens qualificatif (comme dans "Laqîtu rajulan assadan").

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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