L'amour : une qualité à orienter et à développer

S'il est bien une qualité que possède l'homme, c'est d'aimer. D'attacher son cœur à des êtres ou des choses. D'offrir ce cœur, en quelque sorte. Mais c'est bien parce qu'il s'agit d'une qualité humaine que l'homme doit savoir la canaliser vers ce qui mérite d'être aimé. Car il serait bien dommage de laisser n'importe quoi occuper la plus grande place de son cœur.

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Nous aimons tous et toutes de nombreux êtres et de nombreuses choses existantes. Ici il faut se poser la question de savoir ce qu'on aime. Il y a bien sûr ses enfants, son conjoint, les choses agréables que l'on possède : on leur est attaché de façon naturelle et dans une mesure normale. Mais il y a bien une ou plusieurs choses qu'on aime beaucoup plus, qu'on aime tellement qu'elle occupe son cœur au point qu'elle(s) constitue(nt) une raison de vivre et d'être. Dans le langage de l'islam, cette ou ces choses là, on l'a (ou les a) prise(s) comme divinité(s).

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Plusieurs classifications existent ici :

En fait, les objets de notre affection (mahabba) se présentent (de façon permanente, ou dans un premier temps seulement) selon une palette, horizontale, d'êtres et de choses : on aime Dieu, Son Prophète ; on aime ses parents, son conjoint, ses enfants ; on aime les choses agréables de la vie : sa demeure, son pays, son métier, la bonne chère, etc.

Mais ensuite 2 facteurs entrent en jeu :
--- a) quel est le degré d'amour qu'on éprouve pour cet être / cette chose (cette fois il s'agit d'un échelonnement vertical) ?
--- b) ensuite, cet amour pour cet être / cette chose est-il laissé (et entretenu) dans le cœur pour Dieu (li hubb-illâh), ou bien sans égard aucun pour Dieu (ma'a hubb-illâh) ?

Le critère b n'est pris en considération qu'après le critère a.

En effet, de nombreux humains sur Terre sont tels qu'ils aiment Jésus et Marie pour Dieu (b). Cependant, étant donné que le degré d'amour (a) qu'ils ont développé pour ces deux personnages est le degré réservé à Dieu, cela constitue malgré tout un cas de divinisation de leur personne, donc du shirk akbar billah. Le seul fait de les aimer pour Dieu (b) n'est ainsi pas suffisant pour prémunir contre le shirk billâh.

De même, si on aime, au degré naturel (a), quelque chose de licite pour soi et de profitable telle que l'eau, alors, même si on l'aime sans que ce soit pour Dieu (b), cela ne constitue même pas du shirk asghar : cela demeure mubâh (purement autorisé).

On le voit : le critère a passe avant le critère b, lequel est pris en considération dans le cadre de ce que le critère "a" a fixé.

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Des versets du Coran qui parlent d'amour pour Dieu, et d'amour de la part de Dieu :

– Dieu dit dans le Coran : "وَمِنَ النَّاسِ مَن يَتَّخِذُ مِن دُونِ اللّهِ أَندَاداً يُحِبُّونَهُمْ كَحُبِّ اللّهِ. وَالَّذِينَ آمَنُواْ أَشَدُّ حُبًّا لِّلّهِ" : "Et parmi les hommes, il en est qui prennent des (êtres) en dehors de Dieu (qu'ils rendent) semblables (à Lui), les aimant comme Dieu est aimé. Et ceux qui ont apporté foi sont plus ardents en amour pour Dieu [que ces Polythéistes le sont pour Dieu, et pour ceux qu'ils ont divinisés en dehors de Lui]" (Coran 2/165).
- "وقوله: يحبونهم بدل من يتخذ بدل اشتمال، لأن الاتخاذ يشتمل على المحبة والعبادة. ويجوز كونه صفة لمن" (Ibn 'Âshûr).
- "كحب الله} مصدر تشبيهي أي نعت لمصدر مؤكد للفعل السابق ومن قضية كونه مبنيا للفاعل كونه أيضا كذلك والظاهر اتحاد فاعلهما فإنهم كانوا يقرون به تعالى أيضا ويتقربون إليه فالمعنى يحبونهم حبا كائنا كحبهم لله تعالى أي يسوون بينه تعالى وبينهم في الطاعة والتعظيم. وقيل فاعل الحب المذكور هم المؤمنون فالمعنى حبا كائنا كحب المؤمنين له تعالى فلا بد من اعتبار المشابهة بينهما في أصل الحب لا في وصفه كما أو كيفا لما سيأتي من التفاوت البين. وقيل هو مصدر من المبني للمفعول أي كما يحب الله تعالى ويعظم وإنما استغني عن ذكر من يحبه لأنه غير ملبس وأنت خبير بأنه لا مشابهة بين محبيتهم لأندادهم وبين محبوبيته تعالى" (Abu-s-Sa'ûd).
- "فالفاعل المحذوف حذف هنا لقصد التعميم أي كيفما قدرت حب محب لله فحب هؤلاء أندادهم مساو لذلك الحب، ووجه هذا التعميم أن أحوال المشركين مختلفة؛ فمنهم من يعبد الأنداد من الأصنام أو الجن أو الكواكب ويعترف بوجود الله ويسوي بين الأنداد وبينه، ويسميهم شركاء أو أبناء لله تعالى؛ ومنهم من يجعل لله تعالى الإلهية الكبرى ويجعل الأنداد شفعاء إليه؛ ومنهم من يقتصر على عبادة الأنداد وينسى الله" (Ibn 'Âshûr).
- "ومن الناس من يتخذ من دون الله أندادا يحبونهم كحب الله والذين آمنوا أشد حبا لله} فبين سبحانه أن المشركين بربهم الذين يتخذون من دون الله أندادا وإن كانوا يحبونهم كما يحبون الله، فالذين آمنوا أشد حبا لله منهم [أي من حب المشركين] لله ولأوثانهم؛ لأن المؤمنين أعلم بالله، والحب يتبع العلم؛ ولأن المؤمنين جعلوا جميع حبهم لله وحده، وأولئك جعلوا بعض حبهم لغيره وأشركوا بينه وبين الأنداد في الحب، ومعلوم أن ذلك أكمل" (MF 10/56).

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Dieu dit encore : "يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ مَن يَرْتَدَّ مِنكُمْ عَن دِينِهِ فَسَوْفَ يَأْتِي اللّهُ بِقَوْمٍ يُحِبُّهُمْ وَيُحِبُّونَهُ" : "O ceux qui ont apporté foi, celui d'entre vous qui apostasie de sa religion, alors (qu'il sache) que Dieu fera venir des gens qu'Il aimera et qui L'aimeront (...)" (Coran 5/54).

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– Dieu Se qualifie dans le Coran : "وَهُوَ الْغَفُورُ الْوَدُودُ ذُو الْعَرْشِ الْمَجِيدُ فَعَّالٌ لِّمَا يُرِيدُ" : "Et Il est le Pardonnant, le Wadûd, le Détenteur du noble Trône, Celui qui fait ce qu'Il veut" (Coran 85/14-16). Dieu relate que le prophète Shu'ayb (que la paix soit sur lui) avait dit à ceux des gens de Madian qui ne croyaient pas : "وَاسْتَغْفِرُواْ رَبَّكُمْ ثُمَّ تُوبُواْ إِلَيْهِ إِنَّ رَبِّي رَحِيمٌ وَدُودٌ" : "Et demandez pardon à votre Seigneur, puis revenez vers Lui. Mon Seigneur est Miséricordieux, Wadûd" (Coran 11/90).
Le terme "Wadûd" signifie à la fois : "Celui qui Aime", et : "Celui qui est aimé" : "قلت: الودود من صفات الله سبحانه وتعالى أصله من المودة. واختلف فيه على قولين: فقيل هو ودود بمعنى واد كضروب بمعنى ضارب وقتول بمعنى قاتل ونؤوم بمعنى نائم ويشهد لهذا القول أن فعولا في صفات الله سبحانه وتعالى فاعل كغفور بمعنى غافر وشكور بمعنى شاكر وصبور بمعنى صابر. وقيل بل هو بمعنى مودود وهو الحبيب وبذلك فسره البخاري في صحيحه فقال الودود الحبيب. والأول أظهر لاقترانه بالغفور في قوله {وَهُوَ الْغَفُورُ الْوَدُودُ} وبالرحيم في قوله {إِنَّ رَبِّي رَحِيمٌ وَدُودٌ} وفيه سر لطيف وهو أنه يحب التوابين وأنه يحب عبده بعد المغفرة فيغفر له ويحبه كما قال {إِنَّ اللَّهَ يُحِبُّ التَّوَّابِينَ وَيُحِبُّ الْمُتَطَهِّرِينَ} فالتائب حبيب الله فالود أصفى الحب وألطفه" (Rawdhat ul-muhibbîn, p. 49).

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– Dieu annonce dans le Coran qu'Il aime ceux qui... :
--- "ceux qui font preuve d'équité" : "إِنَّ اللَّهَ يُحِبُّ الْمُقْسِطِينَ" (Coran 5/42 ; 49/9 ; 60/8) ;
--- "ceux qui font le ihsân" : "إِنَّ اللّهَ يُحِبُّ الْمُحْسِنِينَ" (Coran 2/195, 5/13, 5/93 ; voir aussi 3/134, 3/148) ;
--- "ceux qui reviennent beaucoup à Lui" : "إِنَّ اللّهَ يُحِبُّ التَّوَّابِينَ" (Coran 2/222) ;
--- "ceux qui se purifient" : "وَاللّهُ يُحِبُّ الْمُطَّهِّرِينَ" (Coran 9/108 ; voir aussi 2/222) ;
--- "ceux qui suivent le Prophète" : "قُلْ إِن كُنتُمْ تُحِبُّونَ اللّهَ فَاتَّبِعُونِي يُحْبِبْكُمُ اللّهُ وَيَغْفِرْ لَكُمْ ذُنُوبَكُمْ" (Coran 3/31) ;
--- "ceux qui sont pieux" : "إِنَّ اللّهَ يُحِبُّ الْمُتَّقِينَ" (Coran 3/31, 9/4, 9/7) ;
--- "ceux qui sont patients" : "وَاللّهُ يُحِبُّ الصَّابِرِينَ" (Coran 3/148) ;
--- "ceux qui s'en remettent à Lui" : "إِنَّ اللّهَ يُحِبُّ الْمُتَوَكِّلِينَ" (Coran 3/159).

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Dieu annonce aussi qu'Il n'aime pas les personnes qui ont tel ou tel comportement, ou qui commettent telle ou telle action. Un exemple parmi de nombreux versets : "إِنَّهُ لاَ يُحِبُّ الْمُسْتَكْبِرِينَ" : "Il n'aime pas ceux qui s'enorgueillissent" (Coran 16/23).

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Les degrés de la classification verticale :

--- Au degré le plus élevé se trouve l'amour de divinisation (hubbu ta'alluhin) : il s'agit du degré de Tatayyum (التتيم) que nous évoquerons plus bas. Aimer quelqu'un ou quelque chose à ce degré-là implique qu'on lui est également soumis intérieurement (التذلل). Aimer Dieu à ce niveau est nécessaire pour ne pas tomber dans le Ta'tîl Akbar. Et aimer un autre que Dieu d'un amour de ce degré, c'est le diviniser lui aussi, et c'est donc tomber dans le Shirk Akbar.

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--- A l'autre extrême, aimer quelque chose dont on a besoin (comme la nourriture licite, l'eau, le vent frais en un jour de forte chaleur, le beau vêtement, etc.) d'un amour naturel (hubb tab'î) est purement autorisé (mubâh). Si on l'aime parce que cela nous permet de pratiquer ce que Dieu agrée de nous, cela nous rapproche de Dieu. Mais si on l'aime juste ainsi, cela ni ne rapproche de Dieu ni n'éloigne de Lui, et cela ne rapporte ni récompense ni péché. Ainsi, le Prophète (sur lui soit la paix) aimait l'aliment sucré ainsi que le miel : "عن عائشة رضي الله عنها، قالت: كان رسول الله صلى الله عليه وسلم يحب الحلواء والعسل" (al-Bukhârî, 5115, Muslim, 1474).

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--- Entre ceux deux extrêmes (l'amour de divinisation d'une part, et l'amour normal et naturel pour les choses temporelles d'autre part) se trouvent plusieurs degrés intermédiaires :

----- Aimer autre chose que Dieu d'un amour qui est plus accentué que l'amour naturel qui existe pour cette chose, alors même que cet amour est entretenu pour Dieu (li hubb illâh) : cela relève de l'amour pour Dieu. A 'Amr ibn ul-As qui lui demandait qui, parmi les humains, le Prophète (sur lui soit la paix) aimait le plus, il répondit : "Aïcha" : "عن أبي عثمان، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم بعث عمرو بن العاص على جيش ذات السلاسل، قال: فأتيته فقلت: أي الناس أحب إليك؟ قال: "عائشة." قلت: من الرجال؟ قال: "أبوها." قلت: ثم من؟ قال: "عمر." فعد رجالا، فسكت مخافة أن يجعلني في آخرهم" (al-Bukhârî 4100, Muslim 2384).

----- Par contre, aimer un autre que Dieu d'un amour tel qu'il nous mène à faire des actes extérieurs que Dieu a interdits : cela constitue du Shirk Asghar.

----- De même, aimer autre chose que Dieu d'un amour qui est considérablement plus accentué que l'amour naturel qu'on a pour cette chose, alors même que cet amour est indépendant de l'amour qu'on a pour Dieu (hubb zâ'ïd 'an il-hubb il-mu'tâd, wa mustaqill 'an hubb illâh), cela constitue également du Shirk Asghar, même si cela ne nous conduit pas à commettre des actes extérieurs que Dieu n'aime pas (le fait est qu'ici il s'agit malgré tout d'un acte, fût-il intérieur : l'amour).

----- Aimer un autre que Dieu d'un amour plus accentué que l'amour naturel, alors même qu'entretenir cet amour pour cet autre est interdit par Dieu : cela constitue encore du Shirk Asghar.

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Quel est ce degré "amour d'une chose autre que Dieu qui est considérablement plus accentué que l'amour naturel pour cette chose" ?

Ibn Taymiyya a cité 5 degrés dans l'amour (hubb/ mahabba) :
"فإن آخر مراتب الحب هو التتيم؛ وأوله العلاقة، لتعلق القلب بالمحبوب؛ ثم الصبابة، لانصباب القلب إليه؛ ثم الغرام، وهو الحب اللازم للقلب؛ ثم العشق؛ وآخرها التتيم، يقال: تيم الله أي: عبد الله؛ فالمتيم المعبد لمحبوب" (MF 10/153). Ibn ul-Qayyim a inséré : "الشغف", après "العشق" et avant "التتيم" (Ighâthat ul-lahfân, 1/78). Cependant, il a relaté par ailleurs que si certains soufis utilisent "العشق" au sujet de l'amour que Dieu a pour certains de Ses serviteurs et au sujet de celui que des serviteurs ont pour Dieu, en revanche beaucoup de ulémas sont réticents à utiliser ce terme "العشق" au sujet de cet amour, car d'après certains linguistes ce terme renferme un sens qui ne convient pas à Dieu (Rawdhat ul-muhibbîn, pp. 32-33).
On peut donc proposer que l'échelonnement soit formulé ainsi, du plus faible au plus fort :
- العلاقة ;
- ثم الصبابة ;
- ثم الغرام ;
- ثم الشغف ;
- وآخرها التتيم.

----- Le degré "amour naturel pour une chose", "hubb tab'î", correspond-il au degré "العلاقة" (qui est le 1er degré venant d'être cité) ? ou bien "العلاقة" (ce 1er degré) est-il déjà plus fort que l'amour naturel ("الحب الطبعيّ") ? Je ne sais pas (لا أدري).
En tous cas, aimer quelque chose (qu'il n'est pas interdit d'aimer), d'un tel amour naturel (hubb tab'î), cela est purement autorisé (mubâh) même si l'amour qu'on a pour cette chose n'est pas gardé et entretenu par amour pour Dieu (cela ni ne rapproche de Dieu ni n'éloigne de Lui, et cela ne rapporte ni récompense ni péché). (Mais si on aime une telle chose parce que cela nous permet de pratiquer ce que Dieu agrée de nous, alors cela nous rapproche de Dieu.)

----- Quant au degré "amour d'une chose autre que Dieu, qui est considérablement plus accentué que l'amour naturel pour cette chose" plus haut évoqué (et pouvant constituer du shirk asghar), il consiste seulement en l'amour qui est prenant au point que l'objet de l'amour occupe l'esprit et le cœur (ce qui implique alors une certaine soumission intérieure). S'agirait-il donc seulement du degré : "الغرام" (le 3ème degré), ou du degré : "الشغف" (le 4ème) ?
Je n'en suis pas sûr, mais si c'est le cas, cela signifie que aimer autre chose que Dieu d'un amour "الغرام" (le 3ème degré) ou "الشغف" (le 4ème degré), cela est autorisé seulement si l'amour qu'on a pour cette chose est gardé et entretenu par amour pour Dieu ; sinon, cela est du shirk asghar.

----- Si le Prophète (sur lui soit la paix) avait accordé, au niveau de son cœur, le niveau d'affection "khulla" à son compagnon Abû Bakr (que Dieu l'agrée), cela aurait bien évidemment été pour Dieu (b). Mais par égard pour la plénitude de son lien d'amour avec Dieu, le Prophète a voulu n'avoir avec aucun humain un lien qui soit de ce niveau "khulla" (a) : il a voulu réserver ce niveau-là aussi à Dieu : "عن جندب، قال: سمعت النبي صلى الله عليه وسلم قبل أن يموت بخمس، وهو يقول: "إني أبرأ إلى الله أن يكون لي منكم خليل، فإن الله تعالى قد اتخذني خليلا، كما اتخذ إبراهيم خليلا. ولو كنت متخذا من أمتي خليلا لاتخذت أبا بكر خليلا" : "Je suis innocent devant Dieu d'avoir un khalîl parmi vous. Car Dieu m'a pris comme khalîl, comme Il a pris Abraham comme khalîl. Et si j'en étais à prendre un khalîl parmi ma Umma, je prendrais Abû Bakr comme khalîl…" (Muslim 532).
Cela alors même qu'aimer un autre que Dieu à un niveau khulla n'est pas interdit, du moment que cette personne est pieuse et que cet amour est gardé et entretenu pour Dieu ; le hadîth suivant le prouve : "عن أبي هريرة، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "الرجل على دين خليله، فلينظر أحدكم من يخالل" : "L'homme est sur le dîn de son khalîl. Que chacun d'entre vous regarde donc avec qui il noue de la mukhâlla" (Abû Dâoûd 4833, at-Tirmidhî 2378).
L'échelonnement vertical cité supra ne comporte pas ce type d'amour qui s'appelle : "الخُلّة", et que le Prophète a voulu n'accorder à personne d'autre que Dieu (bien que cela soit autorisé si cela est fait pour la cause de Dieu) : auquel de ces 5 degrés correspond "الخُلّة" : correspondrait-il à "الشغف" ?

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Qu'est-ce qu'une divinité ?

Une divinité est ce à quoi le cœur s'attache en lui donnant l'extrême amour et l'extrême magnificence...

L'islam invite justement l'homme, à travers la formule "Il n'y a de divinité que Dieu", à ne rendre de culte qu'à Dieu Seul. Si on aime et magnifie quelque chose d'autre que Dieu, notre adhésion au monothéisme n'est pas parfaite (attention, cependant, il peut s'agir de shirk asghar seulement, et non de shirk akbar).

Il faut donc continuer à aimer ses enfants, son conjoint, les bonnes choses de ce monde que Dieu, d'après l'islam, a créées pour nous. Mais il ne faut pas les aimer comme on aime Dieu (al-hubb ka-hubbillâh). Il ne faut pas non plus leur consacrer un amour avec l'amour qu'on a pour Dieu (al-hubb ma'allâh). Il faut les aimer à cause de l'amour qu'on a pour Dieu (al-hubb lillâh). L'attachement à toute chose de ce monde se trouve ainsi relativisé (tâbi'), d'une part ne pouvant être que si Dieu ne l'a pas interdit, et d'autre part découlant de l'amour suprême réservé à Dieu. Cela relève de la perfection dans le monothéisme. Et cela permet la liberté intérieure de l'homme.

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Invocations (du'âs) rapportées du prophète Muhammad (sur lui la paix) au sujet du fait d'avoir de l'amour pour Dieu, et pour ce qui rapproche de Dieu :

Il est attribué au Prophète Muhammad les prières (du'âs) suivantes à faire à Dieu :

- "وأسألك حبك، وحب من يحبك، وحب عمل يقرب إلى حبك" : "(...) Et je Te demande Ton amour, l'amour de celui qui T'aime, et l'amour de toute action qui rapproche de Ton amour" (at-Tirmidhî, 3235).

- "كان من دعاء داود يقول: اللهم إني أسألك حبك، وحب من يحبك، والعمل الذي يبلغني حبك. اللهم اجعل حبك أحب إلي من نفسي وأهلي، ومن الماء البارد" :"Ô Dieu, je Te demande Ton amour, l'amour de celui qui T'aime, et l'action qui me fera parvenir à Ton amour. Fais que Ton amour me soit plus aimé que moi-même et les miens, et que l'eau fraîche" (at-Tirmidhî, 3490, hadîth dha'îf d'après al-Albânî). (La demande est faite ici pour que l'attirance que l'homme a pour Dieu soit plus accentuée que celle qu'il éprouve pour de l'eau fraîche pendant une période de forte chaleur. Cette prière est rapportée du prophète David dans ce hadîth, et la mention de l'eau fraîche se comprend par rapport à la température, en été, dans la région où il vivait.).

- "اللهم ارزقني حبك وحب من ينفعني حبه عندك. اللهم ما رزقتني مما أحب فاجعله قوة لي فيما تحب، اللهم وما زويت عني مما أحب فاجعله فراغا لي فيما تحب" :
"Ô Dieu, accorde-moi Ton amour et l'amour de celui dont l'amour me sera profitable auprès de Toi.
Ô Dieu, ce que j'aime et que Tu m'accordes, fais que cela me renforce (à faire) ce que Tu aimes.
Ô Dieu, ce que j'aime et que Tu écartes de moi, fais que cela me permette de me consacrer à ce que Tu aimes"
(at-Tirmidhî, 3491, hadîth dha'îf d'après al-Albânî).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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