Le califat de Abdullâh ibn uz-Zubayr (que Dieu l'agrée)

(Suite de l'article Le califat de Yazîd ibn Mu'âwiya - Le martyre de al-Hussein à Karbala)

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Abdullâh ibn uz-Zubayr (que Dieu l'agrée) :

Yazîd a bientôt à faire face à une seconde fronde : celle menée par Abdullâh ibn uz-Zubayr. Ce dernier fait un bagh'y 'an tâ'atihî.

Il ne faudrait pas croire que Ibn uz-Zubayr se soit présenté comme contre-calife face à Yazîd (FB 13/240). Tout au contraire, si dans un premier temps Abdullâh ibn uz-Zubayr avait refusé de faire allégeance à Yazîd, par la suite il avait accepté de la lui faire ; mais Yazîd avait exigé alors qu'il se constitue prisonnier ; Ibn uz-Zubayr avait refusé ; et la mésentente avait repris (MS 2/344).

En l'an 63 les habitants de Médine rejettent l'autorité de Yazîd en expulsant le gouverneur qu'il avait nommé dans leur ville. Yazîd envoie alors une armée sous le commandement de Muslim ibn 'Uqba. La majorité des médinites font face mais sont vaincus ; Muslim ibn 'Uqba décrète 3 jours de pillage dans Médine (FB 13/88). Cela a lieu le 27 dhu-l-hijja 63 (BN, 8/248).
Cette armée se dirige ensuite vers La Mecque pour s'en prendre à Abdullâh ibn uz-Zubayr. A Muslim ibn 'Uqba décédé en chemin, succède à sa tête Hussayn ibn Numayr. Celui-ci assiège La Mecque, des combats ont lieu, et une catapulte est même utilisée. Cela se passe en muharram 64 (BN, 8/253). Mais Yazîd meurt le 14 rabî' ul-awwal 64 (BN, 8/253). L'armée se retire alors.

Ce même 14 rabî' ul-awwal 64, les gens de Syrie font allégeance au fils de Yazîd, lequel porte le même prénom que son grand-père, Mu'âwiya (BN, 8/266).
Pendant le même temps, Ibn uz-Zubayr prend l'autorité sur le Hedjaz : les gens du Hedjaz lui font alors allégeance.
Et au Khorassan, c'est Salam ibn Ziyâd qui appelle à ce qu'on lui fasse allégeance jusqu'à ce qu'un calife soit nommé (BN, 8/268).

Or Mu'âwiya fils de Yazîd meurt très peu de temps après son investiture : différentes relations font état d'une période qui va de 20 jours à 4 mois (BN 8/266).

Quand Ibn uz-Zubayr se proclame-t-il calife : est-ce depuis le décès du calife Yazîd, quand il prend l'autorité sur le Hedjaz ? ou bien est-ce seulement après le décès de Mu'âwiya ibn Yazîd (auquel cas, lors de son émergence au Hedjaz il ne se proclamait pas calife, mais seulement émir du Hedjaz) ?
D'après Ibn Hajar, c'est depuis le décès du calife Yazîd (FB 13/240).

De même, quand les Banû Umayya s'y trouvant sont-ils expulsés de Médine (BN 8/268) : est-ce entre le décès de Yazîd et celui de Mu'âwiya ibn Yazîd ? ou est-ce après le décès de ce dernier ? En tous cas, ils se replieront alors à Shâm.

A Bassora, ce sont des kharijites qui prennent le pouvoir, menés par Nâfi' ibn ul-Az'raq (BN 8/268) (FB 12/356, 13/91). Ibn Ziyâd se retire alors d'Irak pour rentrer à Shâm.

A Damas, adh-Dhâhhâk ibn Qays, jusqu'alors gouverneur de la cité de la part des Umayyades, reçoit l'allégeance pour assurer l'intérim jusqu'à ce qu'un calife soit nommé (BN 8/269). Or peu après il exprime qu'il veut faire allégeance à Ibn uz-Zubayr. Et il le fait.

La majorité des régions musulmanes fait alors allégeance à Ibn uz-Zubayr en tant que calife : le Hedjaz, le Yémen, l'Egypte, l'Irak, tout le Machreq, et toute la Syrie, Damas incluse (FB 13/240-241). Marwân ibn ul-Hakam lui-même pense faire allégeance à Ibn uz-Zubayr, constatant l'étendue de l'établissement de son autorité ; mais Ibn Ziyâd et Hussayn ibn Numayr l'en dissuadent (FB 13/88) (BN 8/272, puis 269).
Repliés sur la Palestine, les Banû Umayya et ceux qui sont de leur côté font alors allégeance à Marwân en tant que calife (FB 13/240-241 13/91) le 3 dhu-l-qa'da 64 (BN 8/271). Peu après (BN 8/271), Marwân et adh-Dhahhâk ibn Qays se livrent bataille à Marj Râhit ; la victoire revient à Marwân, qui établit ainsi son autorité sur la Syrie.

Abû Barza
, Compagnon du Prophète, déplore alors cette situation confuse (al-Bukhârî 6695 : nous citerons sa parole en arabe plus bas).

Les troubles qui suivent constituent, d'après Shâh Waliyyullâh, ce que le Prophète avait prédit quand il avait, de son vivant, parlé de la future "discorde des ahlâs" (HB 2/579-580).
Abû Hurayra, se fondant probablement sur une parole du Prophète, avait compris que les années soixante de l'hégire seraient pleines de troubles et il avait prié Dieu en ces termes : "O Dieu, fais que ne m'atteignent pas l'année 60 et l'autorité des enfants" (Ibn Abî Shayba, cité dans FB 13/14).

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De la Palestine les Umayyades commencent alors une lente "conquête de leur autorité".

Marwân se dirige vers l'Egypte, qu'il parvient à dominer en rabî' ul-awwal 65.

Ceux qui se nomment at-Tawwâbûn, menés par Sulaymân ibn Surad, un Compagnon du Prophète, et qui entendent venger la mort de al-Hussein ibn 'Alî, sont écrasés par Ibn Ziyâd (envoyé par Marwân) à 'Ayn ul-warda, en jumâdâ al-ûlâ 65 (BN 8/277, 284) (FB 13/91).

En ramadan 65, Marwân meurt, après avoir désigné son fils Abd ul-Malik ibn Marwân comme son successeur.

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Bientôt l'autorité de Abd ul-Malik s'étend à la Syrie, à l'Egypte et au Maghreb, tandis que celle de Ibn uz-Zubayr couvre le Hedjaz, le Machreq et l'Irak (sauf la parenthèse de al-Mukhtâr ibn 'Ubayd ath-Thaqafî, qui, de Kufa, appelle à l'établissement d'un califat pour la descendance du Prophète, et qui durera jusqu'à ramadan 67, date à laquelle il sera tué par les Umayyades).

En djumâdâ al-âkhira 71, Abd ul-Malik est parvenu à étendre son autorité jusque sur l'Irak, et Ibn uz-Zubayr ne domine plus que le Hedjaz et le Yémen.

En l'an 72, al-Hajjâj, aux ordres de Abd ul-Malik, assiège Ibn az-Zubayr. En djumâdâ al-ûlâ 73 il parvient à le vaincre et le met à mort (tous ces détails figurent dans FB 13/240-241).

Passant près du corps de Ibn az-Zubayr, que Al-Hajjâj a laissé volontairement exposé, Abdullâh ibn Omar s'exclame : "Que la paix soit sur toi, ô Abû Khubayb ! Que la paix soit sur toi, ô Abû Khubayb ! Que la paix soit sur toi, ô Abû Khubayb ! Par Dieu, je t'avais dit de ne pas faire cela ! Par Dieu, je t'avais dit de ne pas faire cela ! Par Dieu, je t'avais dit de ne pas faire cela ! Par Dieu, autant que je le sache, tu jeûnais beaucoup, priais beaucoup et entretenais de très bonnes relations avec les gens de ta parenté. Par Dieu, une Communauté dont quelqu'un comme toi est le mauvais serait vraiment une communauté de bien !" Al-Hajjâj, auquel on a rapporté ces propos de Ibn Omar, ordonne alors de donner une sépulture à Ibn uz-Zubayr (Muslim 2545).

L'autorité des Umayyades est désormais établie sur l'ensemble des terres musulmanes. Elle durera jusqu'à ce que les Abbassides se lancent à la conquête du pouvoir, dans la première moitié du 2nd siècle de l'hégire.

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La reconstruction de la Kaaba par Abdullâh ibn uz-Zubayr d'après les fondations du prophète Abraham (sur lui soit la paix) :

Lire à ce sujet notre article.

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Les 12 premiers califes : qui sont-ils ?

D'après Ibn Hajar, les 12 premiers califes ont été, dans l'ordre :
- Abû Bakr,
- Omar,
- 'Uthmân,
- 'Alî,
- al-Hassan ibn 'Alî,
- Mu'âwiya,
- Yazîd ibn Mu'âwiya,
- Abdullâh ibn uz-Zubayr,
- 'Abd ul-Malik ibn Marwân,
- al-Walîd ibn Abd il-Malik,
- Sulaymân ibn Abd il-Malik,
- Omar ibn Abd il-Azîz (FB 13/264-265).

Ibn Abi-l-'izz a un avis différent à propos de al-Hassan ibn Alî et de Abdullâh ibn uz-Zubayr (cf. ShAT 2/736-737).
Il a pourtant lui-même écrit, sur une autre page, que al-Hassan ibn Alî fut calife pendant les 6 mois qui suivirent la mort de 'Alî (Ibid., p. 722). Concernant Abdullâh ibn uz-Zubayr, c'est aussi l'avis de Ibn Hajar qui paraît juste : ont été califes ceux dont l'autorité a été établie, et ce fut le cas de ce Compagnon.

Le califat des 4 premiers personnages a constitué le califat "bien guidé" ("al-khilâfa ar-râshida"), "sur le modèle du prophétat" ("al-khilâfa 'alâ minhâj in-nubuwwa").

Par ailleurs :
– Les 3 premiers califes – Abû Bakr, Omar et Uthmân – ont disposé d'une autorité administrative ("wilâya") établie sur la totalité des terres musulmanes. Après eux, cela a été le cas également de Mu'âwiya, puis, plus tard, de Abd ul-Malik et d'autres califes postérieurs.
– Par contre, Alî, Yazîd et Ibn uz-Zubayr n'ont pas vu leur autorité reconnue par la totalité des terres musulmanes (MS 2/344). Ce fut le cas aussi de al-Hassan ibn Alî.

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La position de Abdullâh ibn Omar :

L'autorité devient légale pour celui qui a établi son pouvoir, soit de façon légitime (il correspond à l'idéal, et il est arrivé au pouvoir après consultation des gens voulus), soit de façon illégitime (il ne correspond pas à l'idéal, ou bien il est arrivé au pouvoir en prenant celui-ci par la force). "فليست هذه أقوال أئمة السنة. بل الإمامة عندهم تثبت بموافقة أهل الشوكة عليها، ولا يصير الرجل إماما حتى يوافقه أهل الشوكة عليها الذين يحصل بطاعتهم له مقصود الإمامة، فإن المقصود من الإمامة إنما يحصل بالقدرة والسلطان، فإذا بويع بيعة حصلت بها القدرة والسلطان صار إماما. ولهذا قال أئمة السلف: من صار له قدرة وسلطان يفعل بهما مقصود الولاية، فهو من أولي الأمر الذين أمر الله بطاعتهم ما لم يأمروا بمعصية الله، فالإمامة ملك وسلطان، والملك لا يصير ملكا بموافقة واحد ولا اثنين ولا أربعة، إلا أن تكون موافقة هؤلاء تقتضي موافقة غيرهم بحيث يصير ملكا بذلك. وهكذا كل أمر يفتقر إلى المعاونة عليه لا يحصل إلا بحصول من يمكنهم التعاون عليه. ولهذا لما بويع علي - رضي الله عنه - وصار معه شوكة صار إماما" (MS 1/203). Lire : Les grandes lignes à propos du détenteur de l'autorité publique.

La position de Abdullâh ibn Omar était cependant nuancée : bien que ne contestant pas l'autorité établie, il ne faisait allégeance qu'à celui dont l'autorité bénéficiait de la reconnaissance absolue, ou générale (comme Abû Bakr, Omar, 'Uthmân, Mu'âwiya lorsque son califat fut reconnu de façon générale en l'an 41, Abd ul-Malik ibn Marwân lorsque son califat fut reconnu de façon générale en l'an 73), et pas à celui dont l'autorité était établie - et bénéficiait donc d'une reconnaissance conséquente, mais au sujet duquel il était resté dès le départ une quantité trop grande de gens importants ne faisant pas allégeance (c'est pourquoi il ne fit pas allégeance à Alî).

Par contre, plus tard il fit allégeance à Yazîd ibn Mu'âwiya : c'est parce que, au début, son autorité fut établie partout et fut reconnue de façon générale, ceux qui ne lui faisaient alors pas allégeance étant trop peu nombreux pour contredire l'allégeance générale (cf. BN 8/170).

En l'an 64, il ne fit pas allégeance à Abdullâh ibn uz-Zubayr alors même que l'autorité de ce dernier devint reconnue de façon générale - jum'hûr - et presque partout, et que ce ne fut alors qu'un petit groupe massé autour de Marwân et présents en Palestine qui la contestait : est-ce parce que cette fois, les choses étaient plus sérieuses, vu qu'il y avait deux prétendants au titre de calife (ce qui ne s'était pas vu au début du califat de 'Alî, ni sous le califat de Yazîd) ? est-ce aussi parce que (comme l'a relaté Ibn Hajar) Ibn uz-Zubayr s'était présenté calife dès le décès de Yazîd, alors que le fils de celui-ci recevait, à la même période, lui aussi l'allégeance en tant que calife ?

Pour autant, Ibn Omar n'a pas considéré que le hadîth "عن أبي سعيد الخدري، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "إذا بويع لخليفتين، فاقتلوا الآخر منهما" (Muslim, 1853) s'appliquait alors, car il n'a pas prêté main-forte au camp de Marwân ibn ul-Hakam : en fait il s'est tenu à l'écart de ce conflit armé parce qu'il a retenu qu'il s'agissait d'un Qitâlu Fitna (lors duquel il faut toujours rester à l'écart).
Ainsi, alors que deux hommes vinrent le rencontrer et que l'un d'eux lui demanda pourquoi il ne participait pas à la lutte armée pour mettre fin à la Fitna liée à Abdullâh ibn uz-Zubayr, Ibn Omar répondit à cet homme : "M'en empêche que Dieu a rendu le sang de mon frère sacré." [Il voulait dire que la sacralité originelle (hurma asliyya) du sang de l'homme demeurait ici, n'étant ôtée par aucun motif pouvant être retenu.] Quant au verset que l'homme citait comme argument : "Et combattez-les jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de Fitna" (Coran 2/193, 8/39), Ibn Omar lui expliqua que le terme "Fitna", jusqu'à la disparition de laquelle il faut combattre, y désignait en réalité : le fait de troubler des musulmans de leur religion, de les pousser à l'apostasie, et ce par le fait que de les persécuter. Il ajouta : "Ce n'est pas comme votre lutte armée pour le pouvoir !". Ibn Omar lui dit même : "Mon neveu, que je reste insouciant de ce verset [2/193] et ne combatte donc pas, cela m'est préférable que je reste insouciant de cet (autre) verset dans lequel Dieu dit : "Et celui qui aura tué un croyant intentionnellement, sa rétribution sera la Géhenne" [4/93]". "عن نافع، عن ابن عمر رضي الله عنهما أتاه رجلان في فتنة ابن الزبير فقالا: "إن الناس صنعوا، وأنت ابن عمر وصاحب النبي صلى الله عليه وسلم، فما يمنعك أن تخرج؟" فقال: "يمنعني أن الله حرم دم أخي". فقالا: "ألم يقل الله: {وقاتلوهم حتى لا تكون فتنة}؟" فقال: "قاتلنا حتى لم تكن فتنة، وكان الدين لله، وأنتم تريدون أن تقاتلوا حتى تكون فتنة، ويكون الدين لغير الله"" (al-Bukhârî, 4243). "عن سعيد بن جبير، قال: خرج علينا عبد الله بن عمر، فرجونا أن يحدثنا حديثا حسنا، قال: فبادرنا إليه رجل فقال: "يا أبا عبد الرحمن، حدثنا عن القتال في الفتنة، والله يقول: {وقاتلوهم حتى لا تكون فتنة}." فقال: "هل تدري ما الفتنة، ثكلتك أمك؟ إنما كان محمد صلى الله عليه وسلم يقاتل المشركين، وكان الدخول في دينهم فتنة، وليس كقتالكم على الملك" (al-Bukhârî, 6682). "عن نافع، عن ابن عمر رضي الله عنهما، أن رجلا جاءه فقال: "يا أبا عبد الرحمن، ألا تسمع ما ذكر الله في كتابه: {وإن طائفتان من المؤمنين اقتتلوا} إلى آخر الآية؟ فما يمنعك أن لا تقاتل كما ذكر الله في كتابه؟" فقال: "يا ابن أخي، أغتر بهذه الآية ولا أقاتل، أحب إلي من أن أغتر بهذه الآية التي يقول الله تعالى: {ومن يقتل مؤمنا متعمدا} إلى آخرها". قال: "فإن الله يقول: {وقاتلوهم حتى لا تكون فتنة}". قال ابن عمر: "قد فعلنا على عهد رسول الله صلى الله عليه وسلم إذ كان الإسلام قليلا، فكان الرجل يفتن في دينه إما يقتلونه وإما يوثقونه، حتى كثر الإسلام فلم تكن فتنة". فلما رأى أنه لا يوافقه فيما يريد، قال: "فما قولك في علي، وعثمان؟" قال ابن عمر: "ما قولي في علي وعثمان؟ أما عثمان، فكان الله قد عفا عنه، فكرهتم أن يعفو عنه. وأما علي، فابن عم رسول الله صلى الله عليه وسلم وختنه"، - وأشار بيده - "وهذه ابنته أو بنته حيث ترون" (al-Bukhârî, 4373) (en 4243 on lit : "وهذا بيته").

Abû Barza, questionné sur la situation confuse où l'autorité était disputée, avait pour sa part tenu les propos suivants : "عن أبي المنهال، قال: لما كان ابن زياد ومروان بالشأم، ووثب ابن الزبير بمكة، ووثب القراء بالبصرة، فانطلقت مع أبي إلى أبي برزة الأسلمي، حتى دخلنا عليه في داره، وهو جالس في ظل علية له من قصب. فجلسنا إليه، فأنشأ أبي يستطعمه الحديث فقال: "يا أبا برزة، ألا ترى ما وقع فيه الناس؟" فأول شيء سمعته تكلم به: "إني احتسبت عند الله أني أصبحت ساخطا على أحياء قريش. إنكم يا معشر العرب، كنتم على الحال الذي علمتم من الذلة والقلة والضلالة، وإن الله أنقذكم بالإسلام وبمحمد صلى الله عليه وسلم، حتى بلغ بكم ما ترون؛ وهذه الدنيا التي أفسدت بينكم. إن ذاك الذي بالشأم، والله إن يقاتل إلا على الدنيا، وإن هؤلاء الذين بين أظهركم، والله إن يقاتلون إلا على الدنيا، وإن ذاك الذي بمكة والله إن يقاتل إلا على الدنيا" (al-Bukhârî, 6695).

En commentaire du fait que Ibn Omar fit allégeance à Abd ul-Malik ibn Marwân une fois que l'ensemble des musulmans lui firent allégeance : "عن عبد الله بن دينار قال: شهدت ابن عمر حيث اجتمع الناس على عبد الملك، قال: كتب: "إني أقر بالسمع والطاعة لعبد الله عبد الملك أمير المؤمنين على سنة الله وسنة رسوله ما استطعت. وإن بني قد أقروا بمثل ذلك" (al-Bukhârî, 6777), Ibn Hajar écrit :
"Abdullâh ibn Omar s'était retenu, pendant cette période, de faire allégeance à Abdullâh ibn uz-Zubayr comme à Abd ul-Malik ibn Marwân.
Comme auparavant il s'était retenu de faire allégeance à Alî comme à Mu'âwiya. Ensuite il avait fait allégeance à Mu'âwiya lorsqu'il avait fait la concorde avec al-Hassan ibn Alî ; et que les gens furent rassemblés autour de lui ("ijtama'a 'alayhi-n-nâs"). Et il fit allégeance, après la mort de Mu'âwiya, à son fils Yazîd à cause du fait que les gens s'étaient rassemblés à son sujet ("li-jtimâ' in-nâss 'alayh").
Ensuite il se retint de faire allégeance à quiconque lorsqu'il y eut la division. Cela dura jusqu'à ce que Abdullâh ibn uz-Zubayr fut tué et que toute l'autorité soit établie pour Abd ul-Malik ibn Marwân. Il fit alors allégeance à ce dernier (…).
Lorsque des musulmans firent allégeance à Ibn uz-Zubayr, on envoya le dire à Ibn Omar, ce dernier tendit une main tremblante et dit : "Par Dieu, je ne donne pas mon allégeance dans un cas de division, et je ne refuse pas de faire allégeance dans un cas de reconnaissance générale""
: "وكان عبد الله بن عمر في تلك المدة امتنع أن يبايع لابن الزبير أو لعبد الملك؛ كما كان امتنع أن يبايع لعلي أو معاوية، ثم بايع لمعاوية لما اصطلح مع الحسن بن علي واجتمع عليه الناس؛ وبايع لابنه يزيد بعد موت معاوية لاجتماع الناس عليه. ثم امتنع من المبايعة لأحد حال الاختلاف، إلى ان قتل بن الزبير وانتظم الملك كله لعبد الملك، فبايع له حينئذ. فهذا معنى قوله "لما اجتمع الناس على عبد الملك". وأخرج يعقوب بن سفيان في تاريخه من طريق سعيد بن حرب العبدي قال: بعثوا إلى ابن عمر لما بويع ابن الزبير، فمد يده وهي ترعد فقال: "والله ما كنت لأعطي بيعتي في فرقة، ولا امنعها من جماعة"
(FB 13/241).

Et en commentaire de : "عن نافع، أن ابن عمر رضي الله عنهما كان يكري مزارعه على عهد النبي صلى الله عليه وسلم، وأبي بكر وعمر وعثمان، وصدرا من إمارة معاوية؛ ثم حدث عن رافع بن خديج أن النبي صلى الله عليه وسلم نهى عن كراء المزارع" (al-Bukhârî, 2218), il exprime la même chose en ces termes : "قوله "وصدرا من إمارة معاوية" أي خلافته. وإنما لم يذكر ابن عمر خلافة علي لأنه لم يبايعه، لوقوع الاختلاف عليه، كما هو مشهور في صحيح الأخبار. وكان رأى أنه لا يبايع لمن لم يجتمع عليه الناس. ولهذا لم يبايع أيضا لابن الزبير ولا لعبد الملك في حال اختلافهما، وبايع ليزيد بن معاوية ثم لعبد الملك بن مروان بعد قتل بن الزبير. ولعل في تلك المدة - أعني مدة خلافة علي - لم يؤاجر أرضه فلم يذكرها لذلك" (FB 5/31).

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Un dernier mot à propos du fait que des batailles ont pu opposer ainsi des Compagnons :

Voici la formule appropriée à ce sujet : "Nous aimons tous les Compagnons, disons du bien d'eux tous, avons de la compassion pour eux tous et prions Dieu en faveur d'eux tous. Mais nous considérons que l'infaillibilité dans les avis qu'on formule (al-'isma min al-khata' fi-l-ijtihâd) n'appartient qu'au Messager de Dieu" (d'après MF 4/434).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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Signification des sigles :

AMQ : Al-'Awâssim min al-qawâssim, Ibn ul-'Arabî
FB : Fat'h ul-bârî, Ibn Hajar
FMAN : Al-Fissal fi-l-milal wa-l-ahwâ' wa-n-nihal, Ibn Hazm
HB : Hujjat ullâh il-bâligha, Shâh Waliyyullâh
MF : Majmû' ul-fatâwâ, Ibn Taymiyya
MRH : Makânu ra's il-Hussein, Ibn Taymiyya
MS : Minhâj us-sunna an-nabawiyya, Ibn Taymiyya
MT : Muqaddimatu Târîkh-ibn Khaldûn, Ibn Khaldûn
RFWD : Rijâl ul-fikr wa-d-da'wa fil-islâm (traduction arabe de Târîkh-é da'wat o 'azîmat), Abul-Hassan Alî an-Nadwî
ShAT : Shar'h ul-'aqîda at-tahâwiyya, Ibn Abi-l-'izz
WK : Wâqi'a-é Karbalâ' aur uss kâ pass manzar, eik na'é mutala'é kî rôshnî mein, Cheikh 'Atîq ur-Rahmân as-Sanbhalî.

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