Choisir, pour soi-même, d'accomplir chaque jour un nombre de prières surérogatoires plus important que celui que le Prophète (bssl) faisait, est-ce de la bid'a ?

Question :

Vous dites qu'il y a eu des "soufis orthodoxes". A supposer que de tels personnages aient vraiment existé et qu'ils aient vraiment été orthodoxes quant à leurs croyances, le moindre qu'on puisse dire à leur sujet est qu'ils étaient dans la bid'a, car tous faisaient chaque jour un nombre de cycles (rak'a) de prière surérogatoire (nafl) qui ne figure pas dans la Sunna : par exemple 100 cycles de prière surérogatoire (nafl) chaque jour ; ou bien ils récitaient chaque jour 1000 fois les formules de dhikr "Sub'hânallâh", "Wa-l-hamdu lillâh", etc. alors que ce nombre ne figure pas dans la Sunna. Cela est de la bid'a.

-
Réponse :

C'est Ibn Taymiyya lui-même qui a distingué un soufisme orthodoxe et un soufisme déviant. Il suffit de prendre la peine de lire ses écrits sur le sujet, avec un minimum d'objectivité. Parlant des soufis ("as-sûfiyya"), dont il vient d'expliquer l'origine étymologique du nom (Majmû' ul-fatâwâ 10/369), il dit ainsi :
"- A blâmé leur voie : un groupe des gens du 'ilm ainsi que des dévôts ('ubbâd), parmi ceux qui suivent Ahmad, Mâlik, ash-Shâfi'î, Abû Hanîfa, et parmi les spécialistes du hadîth et les dévôts ('ubbâd).
- D'autres ont fait l'éloge de cette (voie).
- L'avis pertinent (at-tahqîq) est que (cette voie) comporte ce qui est louable et ce qui est blâmable, comme les autres voies ; et que ce qui en est blâmable est parfois ijtihâdî, et parfois ne l'est pas ; et qu'ils sont en cela comme les fuqahâ' dans le ra'y : parmi les ulémas et les dévôts ('ubbâd), des groupes nombreux ont blâmé le ra'y. Le principe que j'ai exposé recouvre tout cela"
:
"والنسبة في "الصوفية" إلى الصوف؛ لأنه غالب لباس الزهاد. وقد قيل هو نسبة إلى "صوفة" بن مر بن أد بن طابخة قبيلة من العرب كانوا يجاورون حول البيت. وأما من قال: هم نسبة إلى "الصفة" فقد قيل: كان حقه أن يقال: صفية وكذلك من قال: نسبة إلى الصفا؛ قيل له: كان حقه أن يقال: صفائية. ولو كان مقصورا لقيل صفوية؛ وإن نسب إلى الصفوة قيل: صفوية. ومن قال: نسبة إلى الصف المقدم بين يدي الله، قيل له: كان حقه أن يقال صفية، ولا ريب أن هذا يوجب النسبة والإضافة إذا أعطي الاسم حقه من جهة العربية. لكن التحقيق أن هذه النسب إنما أطلقت على طريق الاشتقاق الأكبر والأوسط دون الاشتقاق الأصغر. كما قال أبو جعفر "العامة" اسم مشتق من العمى؛ فراعوا الاشتراك في الحروف دون الترتيب وهو الاشتقاق الأوسط أو الاشتراك في جنس الحروف دون أعيانها وهو الأكبر. وعلى الأوسط قول نحاة الكوفيين "الاسم" مشتق من السمة. وكذلك إذا قيل الصوفي من " الصفا". وأما إذا قيل هو من "الصفة" أو "الصف" فهو على الأكبر.
وقد تكلم بهذا الاسم قوم من الأئمة كأحمد بن حنبل وغيره. وقد تكلم به أبو سليمان الداراني وغيره. وأما الشافعي فالمنقول عنه ذم الصوفية. وكذلك مالك - فيما أظن. وقد خاطب به أحمد لأبي حمزة الخراساني وليوسف بن الحسين الرازي ولبدر بن أبي بدر المغازلي.
وقد ذم طريقهم طائفة من أهل العلم ومن العباد أيضا من أصحاب أحمد ومالك والشافعي وأبي حنيفة وأهل الحديث والعباد. ومدحه آخرون. و التحقيق فيه أنه مشتمل على الممدوح والمذموم كغيره من الطريق؛ وأن المذموم منه قد يكون اجتهاديا وقد لا يكون؛ وأنهم في ذلك بمنزلة الفقهاء في "الرأي" فإنه قد ذم الرأي من العلماء والعباد طوائف كثيرة. والقاعدة التي قدمتها تجمع ذلك كله. وفي المتسمين بذلك من أولياء الله وصفوته وخيار عباده ما لا يحصى عده. كما في أهل " الرأي " من أهل العلم والإيمان من لا يحصي عدده إلا الله. والله سبحانه أعلم"

(Majmû' ul-fatâwâ tome 10 p. 370).
Au sein de la totalité de "ce qui est blâmable", ce que Ibn Taymiyya désigne comme étant "ijtihâdî" constitue une khata' ijtihâdî (cette khata' pouvant ensuite être soit de niveau qat'î soit de niveau zannî) ; tandis que ce qu'il désigne comme n'étant pas ijtihâdî est d'un niveau plus grave et constitue un propos ou une action de dhalâl (cliquez ici pour découvrir la différence entre khata' ijtihâdî et dhalâl).

Maintenant voici votre question : faire soi-même un nombre plus grand d'actions de 'ibâdât que celui que le Prophète (sur lui soit la paix) a fait, est-ce une bid'a idhâfiyya ?

Avant de traiter cette question, il nous faut rappeler un certain nombre de points, afin d'éviter les malentendus...

A) Nous ne parlons bien évidemment pas de faire des actions de 'ibâda qui ne sont pas instituées en soi et qui sont donc bid'a haqîqiyya (innovées), telles que jeûne de la parole, méthodes d'évocations (dhikr) n'ayant pas été instituées par le Prophète, etc. :

Cela est bien évidemment bid'a (cliquez ici).

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B) Nous parlons seulement des actions déjà instituées en soi (mashrû') : prières rituelles, récitation du texte coranique, jeûnes, formules d'évocations dûment instituées par le Prophète, etc. :

Ces actions relèvent de la 'ibâdat ullâh au sens particulier du terme (cliquez ici).

Ensuite...

B.A) Nous ne parlons pas non plus, ici, de celles de ces actions de 'ibâda qui sont obligatoires :

Celles-ci doivent être accomplies, elles constituent le moyen nécessaire pour le minimum de santé spirituelle.

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B.B) Nous ne parlons pas non plus de celles de ces actions de 'ibâdât que le Prophète a dûment recommandé de les accomplir à tels moments de la journée ou à tels jours du mois ou à tels jours de l'année (tatawwu'ât mu'ayyana) :

Les accomplir régulièrement ayant dûment été recommandé par le Prophète, cela ne peut évidemment pas être bid'a.
On peut citer ainsi :
– accomplir les cycles de prière dont certaines précèdent et d'autres suivent les cycles de prière obligatoires quotidiens, et qui sont au nombre total de 10 ou 12 cycles ; ces cycles sont d'ailleurs fortement recommandés (mandûb mu'akkad) ;
– accomplir 8 cycles de prière la nuit (tahajjud / qiyâm ul-layl) : cela est légèrement recommandé (mandûb) ;
– jeûner le 10 muharram, le 9 dhu-l-hijja ;
– jeûner le lundi et le jeudi ;
– réciter un septième du texte coranique chaque jour...

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B.C) Nous parlons seulement de faire des actions qui sont purement surérogatoires (tatawwu'ât mutlaqa) et d'en faire une quantité supérieure à celle que le Prophète faisait :

Ces actions sont dires purement "nafl" / "tatawwu'", à la différence des actions de la catégorie B.B : si celles-ci relèvent elles aussi de ce qui est "nafl" / "tatawwu'", un terme plus précis est utilisé pour décrire leur caractère : "mandûb" / "mustahabb" (lire le point 8 de notre article traitant des différents degrés, ahkâm).

Ensuite...

--- B.C.A) Nous ne parlons pas de faire ainsi de temps à autre :

Cela n'est pas de la bid'a.

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--- B.C.B) Nous parlons seulement de le faire de façon permanente (par exemple accomplir chaque jour 20 cycles de prière surérogatoire, ou jeûner perpétuellement 2 jours sur 3) :

C'est ici que votre question se pose.

Le cas B.C.A (accomplir des actions purement surérogatoires de temps à autre) n'est pas de la bid'a.

Par exemple ce matin, étant seul et n'ayant rien d'obligatoire à faire, je décide d'accomplir 10 cycles de prière surérogatoire : cela est bien, et nullement bid'a. La preuve en est que le Prophète (sur lui soit la paix), évoquant devant 'Amr ibn Abbasa le premier moment où il est interdit d'accomplir la prière [purement surérogatoire], dit : "… Accomplis la prière de l'aube. Puis, ne fais plus de prière ("salât") jusqu'à ce que le soleil se lève et s'élève ; car (…) à ce moment-là des incroyants se prosternent devant lui. Ensuite accomplis la prière ; à la prière que tu fais, [des anges] assistent [pour en témoigner auprès de Dieu] ; et ce jusqu'au moment où une lance n'a plus d'ombre. Puis ne fais plus de prière (…). Ensuite (…)." Ce hadîth, rapporté par Muslim (832), montre bien qu'il est tout à fait autorisé (mashrû') de faire des prières surérogatoires supplémentaires quand on le veut et autant qu'on le veut, entre le lever du soleil et le zénith - en fait cela relève de ce qui est légèrement recommandé de façon globale (nafl) - ; de même à d'autres moments de la journée (lire le hadîth en entier dans le recueil de Muslim). Ibn Qudâma écrit : "Quant aux nawâfil mutlaqa, ils sont mashrû' pendant la nuit, et pendant la journée exception faite des moments interdits (pour cela)" ; il précise immédiatement après : "Et le tatawwu' de la nuit est meilleur que le tatawwu' de la journée" (Al-Mughnî 2/372).

Cependant, pour cela il faut respecter les limites suivantes, présentes elles aussi dans la Sunna :

1) il ne faut pas que cette pratique, même occasionnelle, contredise une règle établie par le Prophète. Ainsi, le Prophète a dit : "N'a pas compris celui qui récite tout le Coran en moins de trois jours" (at-Tirmidhî, Abû Dâoûd, 1390, 1394). Certains Compagnons et certains illustres de leurs élèves ou des élèves de leurs élèves récitaient tout le Coran en une nuit (les récits sont bien connus) ; apparemment ce hadîth ne leur était pas parvenu ; ils auront inshâ Allâh leur récompense pour ces immenses efforts qu'ils ont fait et dont nous ne sommes pas capables de faire le dixième (que Dieu les agrée) ; pour toute personne qui prend connaissance de ce hadîth, la priorité va cependant à se conformer à ce hadîth plutôt que de se conformer à une pratique qui n'y correspond pas parce que ce hadîth n'était pas parvenu à ceux qui l'ont faite ou qu'ils en font une taw'îl dans laquelle on considère qu'elle est erronée ;

2) il ne faut pas pratiquer une telle quantité d'actions surérogatoires qu'on en vient à donner toute son attention à la quantité au détriment de la qualité (présence du cœur et bonne prononciation). Ainsi, à quelqu'un venu lui raconter qu'il avait lu toutes les sourates de la catégorie "mufassal" en une nuit, Ibn Mas'ûd fit comme remarque : "En les récitant comme on récite des vers ? Des gens récitent le Coran, cela ne dépasse pas leur clavicule. Mais c'est lorsque cela tombe dans le cœur puis s'y enracine que cela est profitable" (Muslim 822, Ahmad ; une partie de ce propos est rapporté par al-Bukhârî, 742) ;

3) il ne faut pas que la pratique d'actions surérogatoires nous fasse manquer d'autres actions que les sources ont déclarées être d'un caractère plus accentué que ce caractère "surérogatoire", et qui relèvent elles aussi des devoirs que l'on a vis-à-vis de Dieu. --- Un jour, pendant son califat, Omar ibn ul-Khattâb remarqua l'absence de Sulaymân ibn Abî Hithma à la prière de l'aube (sub'h) accomplie en congrégation (jamâ'a). Etant allé se renseigner quant à ce qui avait pu lui arriver, il fut informé qu'en fait Sulaymân avait passé la nuit à prier, et le sommeil l'avait terrassé à l'aube, ce qui fait qu'il n'avait pas pu se joindre à la congrégation de la prière de l'aube. Omar dit alors : "Etre présent à la prière de l'aube en congrégation m'est plus cher que faire la prière la nuit" : "عن أبي بكر بن سليمان بن أبي حثمة؛ أن عمر بن الخطاب فقد سليمان بن أبي حثمة في صلاة الصبح. وأن عمر بن الخطاب غدا إلى السوق. ومسكن سليمان بين المسجد والسوق. فمر على الشفاء ، أم سليمان. فقال لها: لم أر سليمان في الصبح. فقالت: إنه بات يصلي، فغلبته عيناه. فقال عمر: لأن أشهد صلاة الصبح في الجماعة أحب إلي من أن أقوم ليلة" (Mu'attâ Mâlik) ;

4) il ne faut pas que la pratique d'actions "purement surérogatoires" nous fasse manquer d'autres actions que les sources ont déclarées être d'un caractère plus accentué que celui de ce "purement surérogatoire", même si ces autres actions relèvent des devoirs que l'on a vis-à-vis d'autres créatures (et non vis-à-vis de Dieu). C'est ce que le Prophète a expliqué à Abdullâh ibn 'Amr ibn il-'Âs lorsqu'il entreprit de le modérer par rapport à l'énorme quantité d'actions cultuelles surérogatoires qu'il faisait quotidiennement, tellement énorme qu'elle le faisait délaisser totalement son épouse ("Ton épouse a des droits sur toi, celui qui te rend visite a des droits sur toi" : al-Bukhârî 1874, Muslim 1159) et à 'Uthmân ibn Maz'ûn ; c'est ce que Salmân a expliqué à Abu-d-Dardâ' qui, lui aussi délaissait son épouse ("Ta famille a des droits sur toi" ; le Prophète, mis au courant, approuva ce propos de Salmân : al-Bukhârî 1867, at-Tirmidhî 2413) ;

5) il ne faut pas que la pratique des actions de 'ibâda surérogatoires occupe tellement son temps libre qu'on ne fasse plus du tout d'efforts pour l'amélioration de la société. C'est ce que le Prophète a ainsi exposé : "Lorsqu'un homme se trouve parmi des gens et fait des mauvaises actions parmi eux, qu'ils ont la capacité (yaqdirûna) de le modifier et qu'ils ne le font pas, Dieu leur infligera une punition avant qu'ils meurent [= dans ce monde même]" (Abû Dâoûd, 4339) ; alors certes cet est nécessaire au niveau global, mais il peut revêtir telle forme ou telle autre ; par ailleurs dans certaines circonstances il n'est pas obligatoire de dénoncer le mal que l'on voit être fait (lire notre article au sujet du nah'y 'an il-munkar) ;

6) il ne faut pas que la pratique des actions surérogatoires soit telle qu'elle cause une atteinte à sa personne physique (fassâd jismânî). C'est ce que le Prophète avait expliqué à Abdullâh ibn 'Amr ibn il-'Âs ("Si tu fais ainsi, tes yeux s'enfonceront et ta personne s'épuisera" : al-Bukhârî 1102, Muslim 1159) ("Ton corps a des droits sur toi, ton œil a des droits sur toi" : al-Bukhârî 1874, Muslim 1159) ; et c'est ce que Salmân a expliqué à Abu-d-Dardâ' ("Ta personne a des droits sur toi" : al-Bukhârî 1867, at-Tirmidhî 2413 ; tout le propos de Salmân se lit ainsi : "Ton Seigneur a des droits sur toi. Ta personne a des droits sur toi. Et ta famille a des droits sur toi. Donne donc son droit à chaque ayant-droit"). Le fait est qu'on ne peut entreprendre quelque chose qui est surérogatoire d'une façon qui va faire du tort aux dharûriyyât ou aux hâjiyyât.

Cependant, 2 points sont à noter ici :
– il est des choses qui sont de niveau hâjî dans la dimension isolée (juz'î) aussi (de sorte que même pour une courte période, ces choses ne peuvent pas être délaissées sous peine de causer du tort à celui qui les délaisse) ; par contre il est d'autres choses que c'est dans une dimension globale (kullî) seulement qu'elles sont de niveau hâjî : elles ne doivent donc pas être délaissées sur une longue période, mais elle peuvent l'être sur une courte période sans que cela ait des conséquences négatives sur la santé de la personne (Al-I'tissâm 1/311). C'est bien dans ce sens que se comprend le propos du Prophète à Abdullâh ibn 'Amr ibn il-'Âs : "Tu ne sais pas, peut-être que tu auras une vie longue" (al-Bukhârî 5783, Muslim 1159). De même, c'est de jeûner ainsi de façon continuelle, toute l'année (Al-I'tissâm 1/301) que le Prophète parlait quand, à propos de jeûner deux jours sur trois, il a dit : "Y aurait-il quelqu'un capable de faire cela ?", et quand, à propos de jeûner un jour sur trois, il a dit : "J'aurais aimé en être capable" (Muslim 1162, Abû Dâoûd 2425) ; le fait est que le Prophète lui-même offrait parfois des jeûnes surérogatoires bien plus que deux jours d'affilée, mais il ne le faisait pas de façon continuelle. On voit donc que la continuité dans ce genre d'actions a un effet sur la santé que n'a pas le fait de faire ainsi de temps à autre, selon la force et le temps libre dont on dispose ;
– par ailleurs, il est certaines choses qui, pour tous les hommes sont de niveau hâjî (soit même dans une dimension isolée, soit seulement dans une dimension globale) ; par contre, il est d'autres choses qui sont de niveau hâjî pour la plupart des hommes, alors que pour certains hommes elles sont seulement de niveau tahsînî et peuvent donc être délaissées par ceux-ci (soit même dans une dimension isolée, soit seulement dans une dimension globale) (Al-I'tissâm 1/312). Ainsi, il est des personnes qui peuvent se contenter de seulement 2 heures de sommeil par nuit, sur une période de 10 jours ; tandis que d'autres ne peuvent pas passer plus d'une nuit pareille : au bout de 2 nuits de ce genre, elles sont complètement affaiblies.

Le Prophète a enseigné de ne pas accomplir la prière surérogatoire toute la nuit, chaque nuit, sans du tout dormir : il a ainsi dit à 'Uthmân ibn Maz'ûn : "'Uthmân, (y aurait-il en toi) quelque dédain pour (raghba 'an) ma voie ("sunna") ? – Non, par Dieu, ô Messager de Dieu ! C'est au contraire ta voie ("sunna") que je recherche ! – Eh bien moi je dors (une partie de la nuit) et je prie (une autre partie). Je jeûne (certains jours) et je ne jeûne pas (d'autres jours). Et j'ai commerce avec les femmes. Crains donc Dieu, ô 'Uthmân, car ta famille a des droits sur toi, ton hôte a des droits sur toi, et ta personne a des droits sur toi. Aussi, jeûne (certains jours) et ne jeûne pas (d'autres jours) ; et prie (une partie de la nuit) et dors (une autre partie)" (Ahmad 25104).
Aïcha dit : "Je n'ai pas connaissance du fait que le Prophète a jamais récité tout le Coran en une seule nuit, ni qu'il a accompli la prière une nuit entière jusqu'à l'aube, ni qu'il a jeûné un mois entier autre que le ramadan" (Muslim 746). Elle raconte aussi que le moment de l'aube ne venait jamais que le Prophète ne soit endormi auprès d'elle (al-Bukhârî 1082, Muslim 742). En effet, comme Aïcha l'a raconté par ailleurs, [après avoir accompli la prière du soir (ishâ'),] le Prophète dormait, puis se réveillait pour accomplir la prière facultative de la nuit (tahajjud / qiyâm ul-layl), puis il se rendormait (al-Bukhârî 1095, Muslim 739). De même, Ibn Abbâs a raconté qu'une nuit, lorsque, parmi les épouses du Prophète, c'était au tour de Meymûna, tante de Ibn Abbâs, de recevoir l'époux dans son appartement, le Prophète, après la prière du soir, rentra, parla un moment avec son épouse, puis s'endormit ; dans la nuit il se réveilla pour accomplir la prière facultative de la nuit, puis il se rendormit, jusqu'à ce que Bilâl vienne l'appeler pour la prière de l'aube (sub'h) (al-Bukhârî 180 etc., Muslim 763). En fait c'est lorsqu'il entendait l'appel à la prière donné par Bilâl qu'il se réveillait ; il accomplissait alors, toujours dans son appartement, les 2 cycles de prière recommandés d'avant la prière obligatoire de l'aube ; puis il s'allongeait un instant ; puis, lorsque Bilâl venait l'appeler, il sortait et allait diriger la prière obligatoire de l'aube (al-Bukhârî 600, Muslim 724). (C'était seulement lorsqu'il prenait le repas précédant le jeûne qu'il ne se rendormait pas avant d'avoir accompli la prière de l'aube : Sahîh ul-Bukhârî, kitâb ut-tahajjud, bâb 8.)
Le Prophète passait donc toujours une partie de la nuit à dormir, sauf cas exceptionnels : par exemple, les dix derniers jours du ramadan, il veillait toutes les nuits [pour les passer dans la 'ibâda] (al-Bukhârî 1920, Muslim 1174).

Il faut préciser ici que quand il est relaté que le Prophète pria tellement que ses pieds enflèrent (al-Bukhârî 4556, Muslim 2819), apparemment il s'est agi d'une nuit précise, ou d'une période précise, où le Prophète a accompli des prières facultatives plus longues que d'habitude, ce qui lui a occasionné cette gêne passagère. Par ailleurs, il n'y a pas eu ici une atteinte physique (fassâd jassadî) mais une simple gêne (mashaqqa) ;

7) il ne faut pas que la pratique des actions surérogatoires soit telle que, sur le moyen terme, elle crée de la lassitude (malâl / sa'âma) chez la personne. C'est ce que, d'après la relation de Aïcha, le Prophète a ainsi expliqué : "Chargez-vous, comme action, de ce dont vous avez la capacité. Car Dieu ne se lasse pas (de vous récompenser) tant que vous ne vous lassez pas (de faire Sa 'ibâda)" ; Aïcha racontait ensuite : "La prière la plus aimée par le Prophète était celle que la personne faisait de façon perpétuelle, même si elle était de petite quantité. Et lorsqu'il accomplissait une prière, il la faisait perpétuellement" (al-Bukhârî 1869, Muslim 782). C'est pour cela qu'il ne faut pas oublier de se divertir l'esprit et le corps de temps à autre (cliquez ici).
Comme ash-Shâtibî l'a souligné, si ce principe est absolu (n'accomplir, d'actions surérogatoires, que la quantité dont on a la capacité de la faire régulièrement, et se préserver d'une quantité telle qu'elle causera à moyen terme de la lassitude chez le croyant), en revanche son application varie d'une personne à l'autre, selon la nature de chaque personne (Al-Muwâfaqât 1/441-444) : chez telle personne, telle quantité d'actions de 'ibâdât cause de la lassitude sur le moyen terme ; tandis que chez telle autre personne, c'est une beaucoup plus grande quantité d'actions de 'ibâdât qui cause de la lassitude sur le moyen terme, et ce à cause de son intérêt plus accentué que la première pour les activités spirituelles.

Quand on accomplit des actions surérogatoires de temps à autre en plus grande quantité que celle citée dans la Sunna, il faut donc respecter ces 7 points de la Sunna.

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--- Par contre votre question (est-ce bid'a ou pas ?) se pose uniquement par rapport au cas B.C.B : le fait de faire, comme actions de 'ibâda dûment instituées, dans leur dimension surérogatoire, et de façon permanente, une quantité supérieure à celle que le Prophète faisait (par exemple accomplir chaque jour 100 cycles de prière surérogatoires ; ou bien jeûner 1 jour sur 3, ou 1 jour sur 2, toute l'année)...

Abû Salama relate que Aïcha raconte : "Le Prophète ne faisait pas, pendant le ramadan et pendant une autre période, davantage que 11 cycles de prière (purement surérogatoire la nuit) : il accomplissait 4 cycles de prière ; ne questionne pas au sujet de leur beauté et de leur longue durée. Puis il accomplissait 4 cycles ; ne questionne pas au sujet de leur beauté et de leur longue durée. Puis il accomplissait 3 cycles" (al-Bukhârî 1096, Muslim 738, Ahmad 23307). Az-Zuhrî relate de 'Urwa, de Aïcha, que le Prophète accomplissait la nuit 13 cycles de prière, sans compter encore les 2 cycles recommandés qui précèdent la prière obligatoire de l'aube (al-Bukhârî 1111) ; par contre, Ibn Abî Labid relate de Abû Salama, de Aïcha, 13 cycles de prière incluant les 2 cycles recommandés précédant la prière de l'aube (Muslim 738). Zayd ibn Khâlid a décombré, lui, un total de 13 cycles, mais incluant 2 cycles légers par lesquels le Prophète "ouvrait" les cycles longs de la prière de nuit (Muslim 765) ; cela a aussi été relaté par Aïcha (Muslim 767).
En fait si, aux 4 cycles x 2, plus les 3 cycles de witr (3 cycles accomplis sans séparation de taslîm, ou 2 + 1 cycles, avec séparation de taslîm, les avis divergent entre les ulémas sur le sujet), si à ces 11 cycles de prière on ajoute les 2 cycles légers du début (cycles que c'était apparemment parfois que le Prophète les accomplissait), ainsi que les 2 cycles recommandés précédant la prière obligatoire de l'aube, on obtient le total de 15 cycles (comme l'a dit 'Iyâdh : Shar'h Muslim, 6/18). Cependant, l'essentiel demeure 8 cycles ; et c'est pourquoi Aïcha a dit que le Prophète ne faisait pas plus de 11 cycles : il s'agissait des 8 cycles essentiels, suivis des 3 cycles de witr, sans y adjoindre les 2 cycles légers d'ouverture ni les 2 cycles recommandés d'après l'aube. Selon que l'on compte ou non ces cycles, le nombre total change.

Il est à noter que ceci concerne le plus grand nombre de cycles de prière que le Prophète ait pu accomplir lors de la prière de nuit qui n'est pas obligatoire.
Par contre, parfois il faisait un nombre moins important de cycles de prière : il en faisait seulement 7 = 4 + 3 (Abû Dâoûd 1362 ; FB 3/28).

Il est certain que faire ainsi est déjà soumis au respect des 7 points susmentionnés.

Mais si quelqu'un ne contrevient à aucun de ces 7 points, est-ce autorisé, ou bien est-ce bid'a, d'avoir fixé pour soi-même une plus grande quantité que ce nombre de cycles de prières ?

Déjà il y a ici un 8ème point supplémentaire : il ne faut pas que l'on ait fixé un moment particulier – que le Prophète n'a, lui, pas fixé – pour l'accomplissement continuel de ces actions surérogatoires (Al-I'tissâm 1/249) : par exemple choisir l'après-midi pour y accomplir de façon permanente 10 cycles de prières surérogatoires ; ou choisir le mardi pour y accomplir de façon permanente un jeûne surérogatoire : il y a là une bid'a idhâfiyya.
(Il faut ici noter que du moment qu'on choisit la nuit précisément pour effectuer de façon permanente un certain nombre de cycles de prière, cela ne tombe pas sous le coup de cette 7ème règle, puisque le Prophète a affirmé : "La meilleure prière, après la prière obligatoire, est la prière de nuit" (Muslim).)

Mais du moment que l'on n'a pas fixé un moment précis que le Prophète n'a pas fixé, mais qu'on se contente par exemple d'accomplir 30 cycles de prière surérogatoires dans les 24 heures de la journée, est-ce autorisé, ou est-ce bid'a ?

Vous êtes de l'avis que cela est bid'a et n'est donc pas autorisé. Selon votre avis, les 7 conditions figurant plus haut concernent donc :
– une pratique perpétuelle (le cas B.C.B) mais restant limitée à la quantité ayant été pratiquée par le Prophète ;
– une pratique forcément occasionnelle (le cas B.C.A) si la quantité pratiquée est plus grande que ce qui a été fait par le Prophète.

En ce qui me concerne, l'avis qui me paraît pertinent sur ce sujet est celui de, entre autres, Cheikh 'Abd ul-Hayy Lucknowî (lire son ouvrage consacré à ce point, Iqâmat ul-hujja 'alâ anna-l-ikthâra fi-t-ta'abbud layssa bid'a) : Du moment que l'on ne contrevient à aucun des 8 points susmentionnés, il n'est nullement bid'a de fixer pour soi-même une certaine quantité à accomplir pendant les 24 heures de chaque jour (dans le cas des prières surérogatoires, ou de la récitation du texte coranique, ou du nombre d'évocations de Dieu à réciter) ou pendant la totalité de chaque mois (dans le cas des jeûnes surérogatoires), même si cette quantité est supérieure à ce que le Prophète (sur lui soit la paix) a fait lui-même ou a verbalement recommandé de faire.

Abû Nu'aym dit : Sulaymân ibn Ahmad nous a relaté ceci : Abdullâh ibn Ahmad ibn Hanbal nous a relaté ceci : "Mon père Ahmad [ibn Hanbal] accomplissait, pendant chaque (séquence de temps constituée d')une journée et une nuit, 300 cycles de prière. Lorsqu'il tomba malade à cause de ces coups de fouet, ceux-ci l'affaiblirent. Il se mit alors à accomplir, pendant chaque (séquence de temps constituée d')une journée et une nuit, 150 cycles de prière. Il avait alors près de 80 ans" (Hilyat ul-awliyâ' : cité dans Iqâmat ul-hujja, exemple n° 30, pp. 92-94). Ce qui est à noter ici c'est qu'on ne peut pas dire que si Ahmad ibn Hanbal accomplissait ces 300 (puis, plus tard, ces 150) cycles de prière surérogatoires quotidiennement, c'est parce que le propos de Aïcha susmentionné et disant que le Prophète ne faisait jamais plus que 11 cycles de prières ne lui était pas parvenu ; tout au contraire, Ahmad ibn Hanbal connaissait parfaitement ce propos de Aïcha, puisqu'il l'a lui aussi rapporté dans son Musnad : "Le Prophète ne faisait pas, dans le ramadan ou pas, plus que 11 cycles de prières (purement surérogatoire la nuit)" (Musnadu Ahmad, n° 23307). Malgré cela il faisait 150 cycles de prière surérogatoires chaque jour...

Diriez-vous donc que Ahmad ibn Hanbal faisait ici de la bid'a (même idhâfiyya) ?

Ci-après quelques autres exemples...

Adh-Dhahabî a relaté dans son ouvrage Al-'Ibar fî akhbâri man ghabar que Alî ibn ul-Hussayn ibn Alî ibn Abî Tâlib accomplissait chaque jour 1000 cycles de prière ("alfa rak'a") (cité dans Iqâmat ul-hujja, exemple n° 16, p. 71).

Ibn Hajar a relaté dans Tah'dhîb ut-tah'dhîb que Alî ibn Abdillâh ibn Abbâs accomplissait chaque jour 500 cycles de prière ("alfa sajda") (cité dans Iqâmat ul-hujja, exemple n° 23, pp. 74-75) ("alfa sajda" veut dire ici : "khamsa mi'ati rak'a" – vu que chaque rak'a comporte deux sajda – comme l'a précisé un autre transmetteur, cité par Abû Nu'aym dans Hilyat ul-awliyâ' : également cité dans Iqâmat ul-hujja, p. 75).

'Umayr ibn Hâni' – un tâbi'î – accomplissait chaque jour : 1000 [ou : 500*] cycles de prière, et récitait 100 000 fois "Sub'hânallâh" (rapporté par at-Tirmidhî dans son Jâmi' Sunan, n° 3415 : dans la chaîne de narration de cette relation on trouve Maslama ibn 'Amr, que ar-Râzî a déclaré "maj'hûl" mais que Ibn Hibbân a déclaré "thiqa" ; dans Al-Kâshif, adh-Dhahabî a dit de lui : "wuththiqa", et a lui aussi relaté qu'il récitait 100 000 fois "Sub'hânallâh" chaque jour) (* selon deux traductions possibles de la formule "alfa sajda" figurant dans la relation : le terme "sajda" signifie soit "rak'a", d'où la première traduction, soit "prosternation", d'où la seconde traduction).

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Note 1 :

Personnellement je ne suis pas capable de faire ce que ces illustres personnages faisaient. En ce qui nous concerne, il est déjà bien que l'on accomplisse avec concentration nos 17 cycles obligatoires (fardh) de prière quotidiens, avec nos 3 cycles de witr, sans oublier les 10 (ou 12) cycles fortement recommandés ; si on en est capable, alors 8 cycles de prière surérogatoire de nuit sont aussi les bienvenus. 300, et même 100 cycles de prière surérogatoire chaque jour, nous n'arrivons pas à le faire. Mais la mention de ces exemples devrait nous conduire d'une part à de l'humilité ; et d'autre part à comprendre qu'il faut cesser de traiter de bid'a ce qui ne l'est absolument pas, comme il faut arrêter de traiter de façon catégorique de bid'a ce qui ne l'est pas d'après une interprétation qui, elle aussi, tient la route (li-l-ikhtilâfi fi-l-mas'alati massâgh). Pour l'utilisation du chapelet aussi, nous avions vu dans un autre article que certains crient à la bid'a alors que les deux interprétations tiennent la route.

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Note 2 :

La Sunna du Prophète est d'accomplir les cycles de prière qui sont surérogatoires (autres que dhawâtu sabab) chez soi, et non à la mosquée : lui-même faisait ainsi, et recommandait de le faire (cliquez ici pour en découvrir la preuve).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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