Que signifie "دعاء الله", "invoquer Dieu" ? Les 2 types d'invocations : l'invocation d'éloge (دعاء الثناء) et l'invocation de demande (دعاء المسألة)

I) Le sens du terme "Duâ'" :

Au sens littéral, "Du'â'" signifie : "appeler". L'emploi de ce terme avec ce sens est présent dans le Coran, quand Dieu dit : "لَا تَجْعَلُوا دُعَاءَ الرَّسُولِ بَيْنَكُمْ كَدُعَاءِ بَعْضِكُمْ بَعْضًا" : "Ne mettez pas l'appel que le Messager vous adresse, (au même niveau) que l'appel que l'un d'entre vous adresse à l'autre" (Coran 24/63).

Cependant, en général, dans les textes des sources, "Du'â'" désigne, plus particulièrement, le fait d'appeler un être dans la dimension métaphysique du terme. En d'autres termes : "invoquer".

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II) Le Du'â est de deux types :

Quand on parle d'"invoquer", de "faire Du'â", ce qui vient immédiatement à l'esprit est le Du'â ul-Mas'ala : l'invocation dans laquelle l'homme demande à Dieu (pour celui que Dieu a guidé dans le Monothéisme) / à un autre être que le Créateur (pour celui qui est dans le Polythéisme) ce dont il a besoin, parmi ses besoins temporels ou spirituels, de ce monde ou de l'autre, en faveur de sa propre personne ou de tierces personnes.

Mais il y a aussi le Duâ' uth-Thanâ' : il s'agit du fait que l'homme s'adresse directement à Dieu (dans le cas du Monothéiste) / directement à un autre être que Lui (dans le cas du Polythéiste) et qu'il fasse alors ses éloges. Ceci constitue aussi du Du'â', de l'invocation.

Il y a donc :
- le Du'â uth-Thanâ' (دعاء الثناء),
- et le Du'â ul-Mas'ala (دعاء المسألة).

Nous reviendrons plus bas sur la dénomination exacte du premier type.

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III) Aucun de ces deux types d'invocation ne peut être fait vis-à-vis de quelqu'un d'autre que Dieu :

Dans Faire n'importe lequel de ces deux types vis-à-vis d'un autre que Dieu, c'est le diviniser, et donc tomber dans le Shirk Akbar. C'est ce que Ibn Taymiyya a ainsi formulé : "والدعاء لله وحده؛ سواء كان دعاء العبادة، أو دعاء المسألة والاستعانة" (MF 1/69) (voir aussi MF 10/237-238 ; 15/10 ; etc.).
Dans le Coran, Dieu reproche souvent à des Polythéistes de faire Du'â à un autre que Lui. Cela englobe ces deux types d'invocations, même si, dans tel verset, cela désigne plus précisément le premier, et dans tel autre verset cela renvoie au second.

Lire notre article exposant la différence entre Simple Eloge et Eloge constituant divinisation ; et entre Simple Demande et Demande constituant divinisation.

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IV) Chacun de ces deux types d'invocations (du'â) doit être fait vis-à-vis de Dieu :

Le délaisser, c'est, si cela est fait par refus de croire en Dieu, ou par orgueil par rapport au fait de s'humilier devant Lui, du Ta'tîl Akbar. C'est ce qu'affirme le verset suivant : "وَقَالَ رَبُّكُمُ ادْعُونِي أَسْتَجِبْ لَكُمْ إِنَّ الَّذِينَ يَسْتَكْبِرُونَ عَنْ عِبَادَتِي سَيَدْخُلُونَ جَهَنَّمَ دَاخِرِينَ" : "Votre Pourvoyeur a dit : "Invoquez-Moi, Je vous répondrai. Ceux qui par orgueil se détourneront de faire Mon adoration entreront dans la Géhenne avilis"" (Coran 40/60).

Quant à délaisser d'invoquer suffisamment Dieu, malgré qu'on croit en Lui et qu'on adhère à Son Alliance, c'est tomber dans le Ta'tîl Asghar.

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V) Ces deux types d'invocations à Dieu sont différents (mukhtalifâni), mais en même temps s'entraînant l'une l'autre (mutalâzimâni) :

Ces deux types d'invocations à Dieu sont différents (mukhtalifâni).
En effet, "l'éloge" consiste à quelque chose que l'on "offre" à Dieu sans que cela consiste à Lui demander quelque chose pour soi. Alors que "la demande à Dieu" consiste à Lui demander ce dont on a besoin.

Cependant, ces deux types d'invocation s'entraînent l'un et l'autre (mutalâzimâni), dit Ibn Taymiyya (MF 15/10-11).
Le fait est que si on fait les éloges de Dieu selon la perfection absolue qui est la Sienne (Du'â uth-Thanâ'), cela nous entraîne à demander à cet Être si parfait ce dont on a besoin (et tout homme a des besoins, pour ce monde comme pour l'autre) (Du'â ul-Mas'ala).
De même, si on demande à Dieu ce dont on a besoin (Du'â ul-Mas'ala), la bienséance veut que, au préalable, on fasse Ses éloges (Du'â uth-Thanâ'), pour s'attirer Ses faveurs. C'est ce qu'a enseigné le Prophète (sur lui soit la paix) : "عن فضالة بن عبيد قال: سمع النبي صلى الله عليه وسلم رجلا يدعو في صلاته فلم يصل على النبي صلى الله عليه وسلم، فقال النبي صلى الله عليه وسلم: "عجل هذا." ثم دعاه فقال له أو لغيره: "إذا صلى أحدكم فليبدأ بتحميد الله والثناء عليه، ثم ليصل على النبي صلى الله عليه وسلم، ثم ليدع بعد بما شاء" : Ayant entendu quelqu'un adresser une demande à Dieu pendant la prière rituelle, il l'appela après qu'il eut terminé sa prière, et dit : "Lorsque l'un de vous accomplit la prière rituelle, qu'il commence par faire les louanges et les éloges de son Rabb, puis qu'il envoie des bénédictions sur le Prophète ; puis, après cela, qu'il demande ce qu'il veut" (at-Tirmidhî, 3477, Abû Dâoûd, 1481).

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VI) Le Du'â' ullâh ne forme qu'une partie de toute la 'Ibâdat ullâh :

"عن النعمان بن بشير، عن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "الدعاء هو العبادة"، ثم قرأ: {وقال ربكم ادعوني أستجب لكم إن الذين يستكبرون عن عبادتي سيدخلون جهنم داخرين} [غافر: 60" : Le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) a dit : "C'est le Du'â (l'Invocation) qui est la 'Ibâda (l'Adoration)." Puis il récita ce verset coranique : "Votre Pourvoyeur a dit : "Invoquez-Moi, Je vous répondrai. Ceux qui par orgueil se détourneront de faire Mon adoration entreront dans la Géhenne avilis"" (at-Tirmidhî, 3372, Abû Dâoûd, etc.).
Si les mots du hadîth étaient : "إنما الدعاء عبادة", le sens en serait : "Le Du'â n'est que de l'Adoration (et pas autre chose que l'Adoration)".
Mais les termes du hadîth étant : "الدعاء هو العبادة", le sens en est : "L'Adoration, c'est le Du'â (et pas autre chose que le Du'â)".
Mullâ 'Alî al-qârî souligne que traduire ce hadîth par le premier sens est une erreur, et que c'est le second qui est correct ("وأغرب ابن حجر حيث قال: وقال شارح: العبادة ليست غير الدعاء مقلوب، وصوابه أن الدعاء ليس غير العبادة اهـ. وهو خطأ منه والصواب الأول؛ لأنه الدال على المبالغة بطريق الحصر المطلوبة المستفادة من ضمير الفصل، وإتيان الخبر المعرف باللام كما هو مقرر في علم المعاني والبيان" : Mirqât).
Or l'Adoration recouvre d'autres actions que l'Invocation (Du'â) : il y a encore la Prosternation, le Jeûne, et bien d'autres actions encore ("وقال العلامة تقي الدين السبكي: الأولى حمل الدعاء في الآية على ظاهره؛ وأما قوله بعد ذلك "عن عبادتي" فوجه الربط أن الدعاء أخص من العبادة، فمن استكبر عن العبادة، استكبر عن الدعاء؛ وعلى هذا فالوعيد إنما هو في حق من ترك الدعاء استكبارا، ومن فعل ذلك كفر" : Shar'h ul-Qastalânî).
Mais en fait cela a été dit par hyperbole (mubâlagha), parce que le Du'â occupe une place centrale, essentielle, au sein de toute l'Adoration de Dieu : en fait elle constitutive de toutes les formes d'Adoration ("وقال ميرك: أتى بضمير الفصل والخبر المعرف باللام ليدل على الحصر في أن العبادة ليست غير الدعاء مبالغة؛ ومعناه أن الدعاء معظم العبادة؛ كما قال صلى الله عليه وسلم: "الحج عرفة"، أي: معظم أركان الحج الوقوف بعرفة" : Mirqât) ("يعني: أن الدعاء هو خالص العبادة كما في حديث أنس عند الترمذي أن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "الدعاء مخ العبادة" . والمعنى أن العبادة لا تقوم إلا بالدعاء، كما أن الإنسان لا يقوم إلا بالمخ" : Tat'rîz riyâdh is-sâlihîn). Cela est comparable au fait que le Dhikr ullâh est l'essence de toute action d'Adoration.

Tout cela c'est lorsque le terme "Du'â" est employé en son sens restreint : le "Du'â" ne forme qu'une partie de l'ensemble de la "'Ibâda" (au sens B - et même au sens B.b.a - de ce terme, dans mon article parlant des différents sens du terme 'Ibâda).

Cependant, parfois, le terme "Du'â" est utilisé avec un sens beaucoup plus général, "Du'â" devenant alors synonyme de "'Ibâda" (au sens B du terme).
C'est le cas dans ce verset : "قُلْ مَا يَعْبَأُ بِكُمْ رَبِّي لَوْلَا دُعَاؤُكُمْ" (Coran 25/77), dont l'un des commentaires se lit ainsi : "أي: لولا عبادتكم". D'où la traduction suivante : "Dis : "Mon Rabb ne se souciera pas de vous s'il n'y a pas la 'Ibâda de votre part"". Le fait est qu'il s'agit, ici, non pas seulement de faire la Du'â de Dieu, mais de faire toute la Ibâda de Dieu : reconnaître Son Existence, Son Unicité, Ses Attributs, faire les actions obligatoires de Culte, ainsi que d'obéir au reste de Ses Ordres. C'est pour cela qu'un autre commentaire traduit ces termes coraniques ainsi : "لولا توحيدكم", et encore un autre ainsi : "لولا إيمانكم" (Zâd ul-massîr).

Mais dans cet article, nous avons cependant parlé de ce terme avec son sens strict, et donc particulier...

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VII) Il y a une différence entre al-Ikhbâr 'an illâh, "donner une information au sujet de Dieu", et Du'â' ullâh, "invoquer Dieu" :

C'est bien pourquoi Ibn Taymiyya et à sa suite Ibn ul-Qayyim ont donné préférence à l'avis qui dit que, par rapport aux Noms Qualificatifs que l'on donne à Dieu, "le chapitre de l'information présente plus de possibilités que celui de l'invocation" : "وكذلك باب الإخبار عنه بالاسم أوسع من تسميته به؛ فإنه يخبر عنه بأنه "شيء" و"موجود" و"مذكور" و"معلوم" و"مراد"؛ ولا يسمى بذلك" ; et : "أن يفرق بين أن يدعى بالأسماء أو يخبر بها عنه؛ فإذا دعي لم يدع إلا بالأسماء الحسنى كما قال تعالى: ولله الأسماء الحسنى فادعوه بها وذروا الذين يلحدون في أسمائه؛ وأما الإخبار عنه فهو بحسب الحاجة" (nous avons exposé et expliqué ce principe dans notre article : Pour attribuer à Dieu un Acte (Fi'l), un Attribut (Wasf/Sifa) ou un Nom Qualificatif (Ism Sifa), est-il nécessaire ou non que ces termes aient été employés au sujet de Dieu dans le Coran ou la Sunna ? (6/7)).

Il est vrai qu'il est certaines phrases informatives qui sous-tendent une invocation : ainsi, lorsque le prophète Jonas, ayant été avalé par le poisson, dit à Dieu : "Pas de divinité en dehors de Toi, Pureté à Toi ! Moi, j'étais du nombre des injustes" (Coran 21/87), cette dernière phrase, en soi informative, sous-tend une demande : "Pardonne-moi" (MF 10/244).
Il est également vrai qu'il est certaines autres phrases qui, de par leur termes, sont des informations, mais ont le sens d'invocations. C'est bien pourquoi le Prophète (sur lui soit la paix) a dit : "La meilleure Du'â est : "Louange à Dieu"" (Ibn Mâja, 3800) (MF 10-243).

Cependant, nous parlons seulement des informations qui n'ont pas le sens de, ni ne sous-tendent des invocations. Ces informations sont distinctes (mutabâyin) des invocations.

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VIII) Note complémentaire
:

Ces deux types d'invocation, que nous avons désignés par les noms :
- Du'â uth-Thanâ' (دعاء الثناء),
- et Du'â ul-Mas'ala (دعاء المسألة),
ont également été désignés par Ibn Taymiyya par le biais de ces deux autres dénominations :
- Du'â ul-'Ibâda (دعاء العبادة),
- et Du'â ul-Isti'âna (دعاء الاستعانة).

Et en fait, c'est principalement à ces deux autres dénominations que Ibn Taymiyya a eu recours : "والدعاء لله وحده؛ سواء كان دعاء العبادة، أو دعاء المسألة والاستعانة" (MF 1/69) (voir aussi MF 10/237-238 ; 15/10 ; et bien d'autres passages).

Ces deux autres dénominations reprennent en fait les deux termes présents dans le verset de la sourate Al-Fâtiha dans lequel on dit : "إِيَّاكَ نَعْبُدُ وإِيَّاكَ نَسْتَعِينُ" : "C'est Toi (Seul) dont nous faisons la 'ibâda, et c'est à Toi (Seul) que nous demandons l'aide (isti'âna)" (Coran 1/4).

Et, ici, dans la dénomination "Du'â ul-'Ibâda" (دعاء العبادة), le terme "Du'â" est employé avec un sens plus particulier (مًعنًى أخصّ) que celui d'"action que Dieu agrée de la part de l'homme" (le sens B), et même plus particulier encore que celui d'"action purement cultuelle faite vis-à-vis de Dieu" (le sens B.b.a dans mon article parlant des différents sens du terme 'Ibâda).

En effet, ici, par opposition à Isti'âna, pour : "la demande que l'on adresse à Dieu pour ce dont on a besoin", le sens de 'Ibâda est : "ce que l'on "offre" à Dieu sans que cela consiste à Lui demander quelque chose pour soi".

C'est en employant le terme 'Ibâda avec ce sens très restreint (un sens B.b.a.b) que Ibn Taymiyya a présenté 'Ibâda et Isti'âna comme étant distincts l'un de l'autre (mutabâyinân) : "والدعاء لله وحده؛ سواء كان دعاء العبادة، أو دعاء المسألة والاستعانة" (MF 1/69).

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Cependant, cet éloge comme cette demande d'aide relèvent, tous deux, de la catégorie 'Ibâdat ullâh , mais cette fois au sens B, plus général (et même au sens B.b.a).
En effet, Ibn Taymiyya lui-même a écrit que la Isti'âna relève de la 'Ibâda :
"فإن قيل: فإذا كان جميع ما يحبه الله داخلا في اسم العبادة، فلماذا عطف عليها غيرها، كقوله: {إياك نعبد وإياك نستعين} وقوله: {فاعبده وتوكل عليه} وقول نوح: {اعبدوا الله واتقوه وأطيعون} وكذلك قول غيره من الرسل؟ قيل: هذا له نظائر: كما في قوله {إن الصلاة تنهى عن الفحشاء والمنكر} والفحشاء من المنكر؛ وكذلك (...)". Et, un peu plus loin, il écrit de façon plus explicite : "فإن التوكل والاستعانة هي من عبادة الله؛ لكن خصت بالذكر ليقصدها المتعبد بخصوصها؛ فإنها هي العون على سائر أنواع العبادة إذ هو سبحانه لا يعبد إلا بمعونته" (MF 10/174, puis 176 ; Al-'Ubûdiyya, pp. 85-91). On voit que cette fois Ibn Taymiyya dit que la 'Ibâda englobait déjà la Isti'âna (baynahumâ 'umûm wa khussûs mutlaqan), et que celle-ci n'a été mentionnée séparément de la première que pour plus d'emphase.

Ces propos différents sont en fait dus à la différence des sens, plus ou moins particuliers, que le terme 'Ibâda revêt ici et là.

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Aussi, vu la subtilité de ces différents "recouvrements" du terme "'Ibâda", je préfère, plutôt qu'employer la dénomination "Du'â ul-'Ibâda", employer celle de : "Du'â uth-Thanâ'".

On retrouve d'ailleurs cette autre dénomination chez Ibn Taymiyya aussi :
"فإن جنس الدعاء الذي هو ثناء وعبادة أفضل من جنس الدعاء الذي هو سؤال وطلب، وإن كان المفضول قد يفضل على الفاضل في موضعه الخاص بسبب وبأشياء أخر. كما أن الصلاة أفضل من القراءة؛ والقراءة أفضل من الذكر الذي هو ثناء؛ والذكر أفضل من الدعاء الذي هو سؤال؛ ومع هذا فالمفضول له أمكنة وأزمنة وأحوال يكون فيها أفضل من الفاضل"
:
"Le genre [= la catégorie générale] "Du'â (adressé à Dieu) qui consiste en un Eloge'", ce genre est plus méritoire que le genre "Du'â (adressé à Dieu) qui consiste en une Demande".
Même si ce qui est (en soi) moins méritoire peut, à cause d'une raison précise ou autre, devenir plus méritoire que ce qui est (en soi) plus méritoire. Cela comme le fait que la prière rituelle est plus méritoire que la récitation seule (du Coran) ; et la récitation du Coran est plus méritoire que le dhikr qui consiste à faire l'éloge ; le dhikr est plus méritoire que le du'â qui consiste à demander ; malgré cela, il existe des lieux, ou des moments, ou des situations, où ce qui est (en soi) moins méritoire devient plus méritoire" (MF 10/263-264).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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