Différentes "étendues" de ce que désigne le terme "foi" (الإيمان), et, ensuite, différents sens de ce terme "foi" (الإيمان)

Tel qu'il est employé dans les textes de nos deux sources, le terme "foi" (الإيمان) possède plusieurs sens.

Il est impératif de connaître cette pluralité de sens pour ne pas tomber dans la confusion et commettre d'impair...

Déjà il faut savoir qu'il existe : le Minimum de Foi (أصل الإيمان), et : la Perfection de la Foi (كمال الإيمان).
– Lire : La Foi (الإيمان), le Dîn, est comparable à un arbre : ses racines sont ancrées dans le sol ; son tronc et ses branches s'élèvent en hauteur, alimentées de l'intérieur par la sève ; le tout produit ombrage et fruits
– Lire : Que faut-il pour avoir le minimum de Foi (أصل الإيمان) ? - Déjà, pour "croire", suffit de "savoir que c'est vrai", ou faut-il aussi "reconnaître cela comme étant vrai" ? ou bien faut-il autre chose encore ? - Que faut-il donc pour avoir le minimum de Foi (أصل الإيمان) ?
– Lire aussi : Celui qui croit mais commet des actes interdits (irtikâb ul-kabâ'ïr) en perd-il le minimum de foi (أصل الإيمان) ? quitte-t-il l'islam ?
– Lire également
: Celui qui croit mais ne pratique aucune action de bien (tarku jins il-'amal), perd-il le minimum de foi (أصل الإيمان) ?

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A) Au sens le plus large du terme, "foi" (الإيمان) englobe non pas seulement les croyances correctes mais aussi toutes les autres actions (du cœur et du corps) :

Dans le Coran et la Sunna, la formule "bonne action" ("al-'amal us-sâlih"), employée de façon inconditionnelle, les actions extérieures (prière, jeûne, bon comportement, respect des normes de la révélation dans chaque action), mais également ce qu'il y a dans le cœur de croyances, les actions du cœur (telles que la sincérité, l'amour de Dieu, les bonnes pensées, etc.).
C'est bien pourquoi, à la question "Quelle action ('amal) est meilleure ?", le Prophète a désigné en premier : "Avoir foi en Dieu et en Son Messager." On demanda alors : "Ensuite, qu'est-ce ? - Le jihâd dans le chemin de Dieu" [cliquez ici et ici pour la signification de ces deux termes], répondit-il. "Ensuite, qu'est-ce ? - Un pèlerinage vertueux" :
"عن أبي هريرة، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم سئل: أي العمل أفضل؟ فقال: إيمان بالله ورسوله. قيل: ثم ماذا؟ قال: الجهاد في سبيل الله. قيل: ثم ماذا؟ قال: حج مبرور"
(al-Bukhârî, 26, Muslim, 83).
La présence de ces deux autres actions, visibles (jihâd et pèlerinage), entraîne que la première action, "avoir foi en Dieu et en Son Messager", ne désigne pas, ici, l'ensemble des actions vertueuses, mais seulement le fait de croire en l'existence et l'unicité de Dieu et en le caractère d'authentique messager de Muhammad. Mais ce fait de croire a été qualifié lui aussi de bonne action.

De même, dans l'usage du Coran et de la Sunna, le terme "foi" ("al-îmân"), employé de façon inconditionnelle (mut'laqan), englobe ce qu'il y a dans le cœur de croyances, mais aussi les actions du cœur (telles que la sincérité, l'amour de Dieu, les bonnes pensées, etc.) ainsi que les actions extérieures (prière, jeûne, bon comportement, etc.).
Dans la Sunna on lit ainsi : "عن أبي هريرة قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "الإيمان بضع وسبعون - أو بضع وستون - شعبة. فأفضلها قول لا إله إلا الله، وأدناها إماطة الأذى عن الطريق. والحياء شعبة من الإيمان" :
"La foi est constituée de plus de 70 branches - ou plus de 60 branches. La plus haute d'entre elles est de dire : "Il n'y a de divinité que Dieu". Et la plus basse est d'enlever du chemin ce qui gêne (le passage). Et la pudeur est (aussi) une branche de la foi" (Muslim, 35, la traduction "la plus haute" est cependant celle d'une version citée par Alî al-Qârî).
Nous citons ce hadîth ici en y appréhendant le terme "shu'ab" (littéralement : "branches") comme désignant toute action qui est liée à "la foi", que cette action soit visible ou dans le cœur, et qu'elle soit action de spiritualité ou croyance pure (voir Fat'h ul-bârî 1/73) : cela englobe alors les racines également. Et que "la plus haute d'entre ces (branches) est de dire : "Il n'y a de divinité que Dieu"", cela désigne le fait de prononcer cette parole pour entrer en islam.

On voit ici que :
croire en Dieu et en Son Messager, cela fait partie des Bonnes Actions (
'amal sâlih).
Et pratiquer les bonnes actions extérieures, cela fait partie de la Foi (îmân).

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B) Cependant, parfois ce terme "foi" (الإيمان) est employé avec un sens restreint, particulier :

– En effet, ce que chacun de ces deux termes "foi" et "action" désigne, cela peut changer selon qu'ils sont employés seuls, ou au contraire en conjonction avec l'autre terme ("takhtalifu dalâlat ul-lafzi bi hasbi if'râdihî aw iqtirânihî bi lafzin âkhar").
----- On le voit bien dans la formule coranique : "فَمَن يَعْمَلْ مِنَ الصَّالِحَاتِ وَهُوَ مُؤْمِنٌ". : la conjonction des deux entraîne que la première proposition renvoie aux actions qui sont des Furû', et la seconde renvoie seulement aux croyances, Ussûl.

Et parfois, c'est sans même qu'il soit employé en conjonction / apposition avec un autre mot que le terme "foi" possède un sens restreint.
----- On le voit dans le célèbre propos de Jundub ibn 'Abdillâh : "كنا مع النبي صلى الله عليه وسلم ونحن فتيان حزاورة، فتعلمنا الإيمان قبل أن نتعلم القرآن، ثم تعلمنا القرآن فازددنا به إيمانا" : "Nous étions, jeunes hommes, auprès du Prophète (que Dieu le bénisse et le salue). Nous apprîmes la foi avant d’apprendre le Coran. Puis nous apprîmes le Coran, ce qui fit augmenter notre foi" (Ibn Mâja, 61), propos que nous avons commenté dans un article consacré. Etant donné que Jundub a distingué : "la foi" de : "le Coran" (ici : "les règles juridiques du Coran"), le fait de connaître ces règles n'est plus inclus dans ce que désigne "la foi" : il s'agit donc de "la foi" au sens restreint du terme (sens B)...
----- On le voit aussi dans ce hadîth : "L'islam est extérieur, et la foi est dans le cœur" : "حدثنا بهز، حدثنا علي بن مسعدة، حدثنا قتادة، عن أنس قال: كان رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول: "الإسلام علانية والإيمان في القلب". قال: ثم يشير بيده إلى صدره ثلاث مرات قال: ثم يقول: "التقوى هاهنا، التقوى هاهنا" (Ahmad, 12381 : le transmetteur 'Alî ibn Mas'ada fait cependant l'objet d'avis divergents quant à sa fiabilité).

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Dans nos sources, le terme "foi" est, parfois, ainsi employé avec un sens plus restreint que le sens général exposé en A :

On peut distinguer ainsi 4 sens particuliers (en fait 4+2 sens particuliers) du terme "foi" :

B.A) la croyance (الاعتقاد) (c'est-à-dire accepter la donnée voulue comme étant sa croyance, celle à laquelle on adhère (i'tirâf et iltizâm)) ;
B.A') l'expression de son adhésion à cette croyance (B.A), donc l'adhésion à l'islam (الإسلام), par la prononciation des deux témoignages de foi ;

B.B) la parfaite certitude (اليقين الكامل) sur les éléments de l'invisible (ghayb) appris en tant que croyances (B.A) ;

B.C) le fort sentiment de Présence de ce en quoi on croit (التذكُّر) ;
B.C') la sérénité qui découle de cette forte Présence (السكينة) ;

B.D) la forte présence, dans le monde extérieur, de la Foi (قوة الإسلام).

Shâh Waliyyullâh, qui a lui aussi évoqué certains multiples sens avec lesquels ce terme a été employé, précise cependant que, dans les textes, le plus souvent, c'est tel terme qui a été employé pour désigner tel de ces sens, et tel autre pour tel autre de ces sens : "و[لفظ] الإسلام أوضح من [لفظ] الإيمان في المعنى الأول [ب.أ،] (ولذلك قال الله تعالى: {قل لم تؤمنوا ولكن قولوا أسلمنا}، وقال النبي صلى الله عليه وسلم لسعد: "أو مسلما"). و[لفظ] الإحسان أوضح منه في المعنى الرابع [ب.ج]" (Hujjat ullâh il-bâligha, 1/467-468).

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Preuves de l'emploi du terme "foi" avec chacun de ces 4 sens (en fait 4 + 2) particuliers...

B.A) "لفظ الإيمان بمعنى: الاعتقاد" : Le terme "foi" avec le sens de "croire" uniquement (et pas de pratiquer aussi) :

"عن أبي هريرة، قال: كان النبي صلى الله عليه وسلم بارزا يوما للناس، فأتاه جبريل فقال: ما الإيمان؟ قال: الإيمان أن تؤمن بالله وملائكته، وكتبه، وبلقائه، ورسله وتؤمن بالبعث. قال: ما الإسلام؟ قال: الإسلام أن تعبد الله، ولا تشرك به شيئا، وتقيم الصلاة، وتؤدي الزكاة المفروضة، وتصوم رمضان. قال: ما الإحسان؟ قال: أن تعبد الله كأنك تراه، فإن لم تكن تراه فإنه يراك" :
Dans le hadîthu jibrîl, on lit ainsi qu'à la question "Qu'est-ce que la foi ?", le Prophète a répondu : "C'est que tu crois en Dieu, Ses Anges, Ses Livres, Ses Envoyés, le Jour dernier, et en le Destin, venant, ce qui en est bien et ce qui est en mal, de Dieu" (rapporté par al-Bukhârî et Muslim avec des termes légèrement différents). On voit que le terme "الإيمان" est employé ici avec le sens de "croire", et pas le sens de "pratiquer les actions extérieures", lequel sens est désigné ici par le terme "الإسلام", tandis que le fait de "croire et pratiquer avec la profondeur et la conscience de la présence de Dieu" a été désigné par le terme "الإحسان".

"عن أبي هريرة، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم سئل: أي العمل أفضل؟ فقال: إيمان بالله ورسوله. قيل: ثم ماذا؟ قال: الجهاد في سبيل الله. قيل: ثم ماذا؟ قال: حج مبرور" :
Questionné : "Quelle action est meilleure ("afdhal") ?", le Prophète a répondu : "Avoir foi en Dieu et en Son Messager." On demanda alors : "Ensuite, qu'est-ce ? - Le jihâd dans le chemin de Dieu" [cliquez ici et ici pour la signification de ces deux termes], répondit-il. "Ensuite, qu'est-ce ? - Un pèlerinage vertueux" (al-Bukhârî, 26, Muslim, 83).
La présence de ces deux autres actions, visibles, prouve que "avoir foi en Dieu et en Son Messager" ne désigne pas, ici, l'ensemble des actions vertueuses, mais seulement le fait de croire en l'existence et l'unicité de Dieu et en le caractère d'authentique messager de Muhammad. Il s'agit ici d'adopter les deux croyances fondamentales du caractère divin et unique de Dieu et du caractère de Messager de Muhammad (que la paix soit sur lui).

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B.A') "لفظ الإيمان بمعنى: الدخول في الإسلام" : Le mot "foi" avec le sens de "exprimer qu'on adhère à la croyance évoquée en B.A, donc adhérer à l'islam, par la prononciation des deux témoignages de foi" :

Ce sens B.A' est la conséquence du sens précédent (B.A) : on exprime par la langue ce qui se trouve dans son cœur. C'est en les termes suivants que Shâh Waliyyullâh a relevé ce sens particulier du terme "îmân" : "فجعل الإيمان على ضربين. أحدهما: الإيمان الذي يدور عليه أحكام الدنيا من عصمة الدماء والأموال؛ وضبطه بأمور ظاهرة في الانقياد" (Hujjat ulllâh il-bâligha 1/464/465).

"فأمرهم بأربع، ونهاهم عن أربع، أمرهم بالإيمان بالله وحده، قال: أتدرون ما الإيمان بالله وحده؟ قالوا: الله ورسوله أعلم! قال: شهادة أن لا إله إلا الله وأن محمدا رسول الله. وإقام الصلاة، وإيتاء الزكاة، وصيام رمضان، وأن تعطوا من المغنم الخمس.
ونهاهم عن أربع: عن الحنتم والدباء والنقير والمزفت، وربما قال: المقير.
وقال: احفظوهن وأخبروا بهن من وراءكم"
Ici, après avoir rappelé à la Délégation des Abd ul-Qays la nécessité d'avoir la foi en Dieu, le Prophète leur dit : "قال: أتدرون ما الإيمان بالله وحده؟ قالوا: الله ورسوله أعلم! قال: شهادة أن لا إله إلا الله وأن محمدا رسول الله" : "Savez-vous ce que c'est que la foi en Dieu ? C'est de témoigner qu'il n'y pas de divinité en dehors de Dieu et que Muhammad est le Messager de Dieu (…)" (al-Bukhârî, 53 etc., Muslim, 17).
Je cite ici ce hadîth en l'appréhendant selon l'une des interprétations relatées par Ibn Hajar, d'après laquelle cette phrase est séparée du reste et ne fait pas partie des 4 choses que le Prophète voulait leur ordonner (FB 1/175-176).
Ici, témoigner verbalement de ce que l'on croit en son cœur a été désigné comme étant "la foi en Dieu Unique". C'est de nouveau avec un sens restreint que ce terme "foi" a ici été employé.

C'est également avec ce sens B.A' qu'on trouve dans le Coran employée la formule "ils ont apporté foi" au sujet de Abdullâh ibn Ubayy Ibn Salûl et son groupe  : "ذَلِكَ بِأَنَّهُمْ آمَنُوا ثُمَّ كَفَرُوا فَطُبِعَ عَلَى قُلُوبِهِمْ فَهُمْ لَا يَفْقَهُونَ" (Coran 63/3), pourtant Hypocrites dans la foi dès leur conversion, et n'ayant donc jamais apporté foi de cœur. En fait, ces gens avaient apporté foi selon toute apparence (par les deux témoignages de la foi), mais ensuite ont exprimé leur kufr de façon discrète, devant leurs semblables (car s'ils l'avaient fait ouvertement, ils seraient devenus Apostats).
On trouve la même chose dans cet autre passage : "يَحْذَرُ الْمُنَافِقُونَ أَن تُنَزَّلَ عَلَيْهِمْ سُورَةٌ تُنَبِّئُهُمْ بِمَا فِي قُلُوبِهِم قُلِ اسْتَهْزِؤُواْ إِنَّ اللّهَ مُخْرِجٌ مَّا تَحْذَرُونَ. وَلَئِن سَأَلْتَهُمْ لَيَقُولُنَّ إِنَّمَا كُنَّا نَخُوضُ وَنَلْعَبُ قُلْ أَبِاللّهِ وَآيَاتِهِ وَرَسُولِهِ كُنتُمْ تَسْتَهْزِؤُونَ. لاَ تَعْتَذِرُواْ قَدْ كَفَرْتُم بَعْدَ إِيمَانِكُمْ إِن نَّعْفُ عَن طَآئِفَةٍ مِّنكُمْ نُعَذِّبْ طَآئِفَةً بِأَنَّهُمْ كَانُواْ مُجْرِمِينَ" (Coran 9/64-66).
Par contre, dans le verset suivant, c'est le terme "islam" qui a été employé à propos du même type de personnes, des Hypocrites : "يَحْلِفُونَ بِاللّهِ مَا قَالُواْ وَلَقَدْ قَالُواْ كَلِمَةَ الْكُفْرِ وَكَفَرُواْ بَعْدَ إِسْلاَمِهِمْ وَهَمُّواْ بِمَا لَمْ يَنَالُواْ" (Coran 9/74).

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B.B) "لفظ الإيمان بمعنى: اليقين الكامل على المعتقَدات" : Le mot "foi" avec le sens de "la certitude complète en les éléments en lesquels on croit" ('aqâ'ïd), éléments évoqués en B.A :

Ibn Mas'ûd (que Dieu l'agrée) a dit : "اليقين الإيمان كله" : "La certitude (yaqîn) est la foi tout entière" (cité par al-Bukhârî ta'lîqan, kitâb ul-îmân) : il voulait dire que la certitude est le fondement de la foi (وأجيب بأن مراد ابن مسعود أن اليقين هو أصل الإيمان؛ فإذا أيقن القلب انبعثت الجوارح كلها للقاء الله بالأعمال الصالحة) (FB 1/68).

Or cette certitude a un degré minimal (asl ul-yaqîn), sans lequel la foi n'existe pas du tout et sans lequel on est dans le kufr ush-shakk (cliquez ici et ici).

Cependant, au-delà de ce degré minimal, la certitude a d'autres degrés complémentaires (obligatoires) (kamâl ul-yaqîn al-wâjib), et même un degré recommandé (kamâl ul-yaqîn al-mustahabb), et cette certitude peut et doit augmenter dans ces degrés (et il peut hélas arriver qu'elle diminue).

C'est ainsi que Sufyân ath-Thawrî disait : "لو أن اليقين وقع في القلب كما ينبغي، لطار اشتياقا إلى الجنة وهربا من النار" : "Si la certitude prenait place dans le cœur comme il convient, celui-ci s'envolerait de désir pour le Paradis et de fuite par rapport au Feu" (FB 1/68).

Et c'est bien parce que les degrés supérieurs de la certitude constituent de la foi qu'on lit que, du verset coranique 2/260 parlant de Abraham (sur lui soit la paix) disant qu'il a bien la foi en la résurrection des morts (pour le Jugement Dernier) mais qu'il souhaite seulement, par sa demande faite à Dieu, que : "ليطمئن قلبي" : Sa'îd ibn Jubayr faisait le commentaire suivant : "أي يزداد يقيني" : "c'est-à-dire : afin que ma certitude augmente" (FB 1/67), et Mujâhid le suivant : "لأزداد إيمانًا إلى إيماني" : "afin que j'augmente de foi, en sus de ma foi" (Ibid.). Il s'agit bien d'augmenter de certitude, en sus du minimum de certitude requis pour qu'il puisse y avoir foi (et pas kufr ush-shakk).

Dans le passage coranique : "قَالَتِ الْأَعْرَابُ آمَنَّا قُلْ لَمْ تُؤْمِنُوا وَلَكِنْ قُولُوا أَسْلَمْنَا وَلَمَّا يَدْخُلِ الْإِيمَانُ فِي قُلُوبِكُمْ وَإِنْ تُطِيعُوا اللَّهَ وَرَسُولَهُ لَا يَلِتْكُمْ مِنْ أَعْمَالِكُمْ شَيْئًا إِنَّ اللَّهَ غَفُورٌ رَحِيمٌ (14) إِنَّمَا الْمُؤْمِنُونَ الَّذِينَ آمَنُوا بِاللَّهِ وَرَسُولِهِ ثُمَّ لَمْ يَرْتَابُوا وَجَاهَدُوا بِأَمْوَالِهِمْ وَأَنْفُسِهِمْ فِي سَبِيلِ اللَّهِ أُولَئِكَ هُمُ الصَّادِقُونَ (15) قُلْ أَتُعَلِّمُونَ اللَّهَ بِدِينِكُمْ وَاللَّهُ يَعْلَمُ مَا فِي السَّمَاوَاتِ وَمَا فِي الْأَرْضِ وَاللَّهُ بِكُلِّ شَيْءٍ عَلِيمٌ (16) يَمُنُّونَ عَلَيْكَ أَنْ أَسْلَمُوا قُلْ لَا تَمُنُّوا عَلَيَّ إِسْلَامَكُمْ بَلِ اللَّهُ يَمُنُّ عَلَيْكُمْ أَنْ هَدَاكُمْ لِلْإِيمَانِ إِنْ كُنْتُمْ صَادِقِينَ (17) إِنَّ اللَّهَ يَعْلَمُ غَيْبَ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ وَاللَّهُ بَصِيرٌ بِمَا تَعْمَلُونَ (18)" (Coran Hujurât/14-18), Ibn Kathîr pense que Dieu ne traite pas ces Bédouins d'Hypocrites, mais leur dit que "la foi n'a pas encore pris toute la place qui lui revient dans votre cœur" ; "la foi ne s'est pas encore affermie dans votre cœur" ; Dieu leur a dit qu'ils n'ont "pas encore atteint la réalité de la foi", "la station de la foi" :
- "يقول تعالى منكرا على الأعراب الذين أول ما دخلوا في الإسلام ادعوا لأنفسهم مقام الإيمان ولم يتمكن الإيمان في قلوبهم بعد" ;
- "فدل هذا على أن هؤلاء الأعراب المذكورين في هذه الآية ليسوا بمنافقين، وإنما هم مسلمون لم يستحكم الإيمان في قلوبهم، فادعوا لأنفسهم مقاما أعلى مما وصلوا إليه فأدبوا في ذلك" ;
- "والصحيح الأول أنهم قوم ادعوا لأنفسهم مقام الإيمان، ولم يحصل لهم بعد فأدبوا وأعلموا أن ذلك لم يصلوا إليه بعد، ولو كانوا منافقين لعنفوا وفضحوا كما ذكر المنافقون في سورة براءة، وإنما قيل لهؤلاء تأديبا: قل لم تؤمنوا ولكن قولوا أسلمنا ولما يدخل الإيمان في قلوبكم أي لم تصلوا إلى حقيقة الإيمان بعد" (Tafsîr Ibn Kathîr).

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B.C) "لفظ الإيمان بمعنى: تَذكُّر المعتقدات الغيبية، أي عدم الغفلة" : Le terme "foi" avec le sens restreint de : "penser à Dieu en son for intérieur" (ذكر الله القلبيّ) (dhikr de istihdhâr et dhikr de taqarrub rûhânî), "la présence, dans son esprit, de réalités de l'au-delà" (ce qui contredit l'oubli (nis'yân) et l'insouciance (ghaf'la)) :

Mu'âdh ibn Jabal disait ainsi parfois à l'un de ses amis : "اجلس بنا نؤمن ساعة" : "Asseyons nous, que nous ayons la foi un instant" (cité par al-Bukhârî ta'lîqan, kitâb ul-îmân) : Mu'âdh ne voulait ici assurément pas parler des dimensions B.A ou B.B : il parlait en fait de se ré-imprégner de la Présence de Dieu : B.C.
C'est bien ce qu'une autre version précise : "كان معاذ بن جبل يقول للرجل من إخوانه: "اجلس بنا نؤمن ساعة"؛ فيجلسان فيذكران الله تعالى ويحمدانه" : "Mu'âdh ibn Jabal disait à un homme parmi ses frères : "Asseyons-nous, que nous ayons la foi un instant" ; il s'asseyaient alors, pensaient à Dieu et faisaient Ses louanges" (FB 1/67).

Le fait est qu'il y a différents degrés dans le fait de ressentir la Présence de Dieu, et dans le fait d'avoir, présentes devant les yeux de son esprit, des scènes de l'au-delà (et ce au-delà de la certitude en la venue de ces choses : la dimension B.B). Parfois le croyant ressent cette présence à un degré important, comme cela devrait l'être par rapport à Dieu pendant la prière, ou lorsqu'on parle de Lui ou de l'au-delà. D'autres fois, lorsque le croyant vaque à ses occupations quotidiennes, c'est de façon naturelle que cette kayfiyya diminue. Cependant, si elle diminue, elle ne doit pas disparaître totalement mais doit, telle l'électricité dans une batterie qu'on n'est pas en train d'utiliser, toujours exister, afin de se mettre en mouvement dès que sollicitée.

Abu-l-Hassan 'Alî an-Nadwî a une formule sur le sujet qui m'a beaucoup plu : il parle de "شحن بطارية القلب", "(re)charger la batterie du cœur" de façon régulière (fin de citation). Le fait est que lorsque le moteur de la voiture est arrêté, la batterie se décharge légèrement, et ce de façon tout à fait normale. Si quelque temps s'écoule dans cette situation, la batterie garde quand même suffisamment d'électricité pour pouvoir, lorsque besoin en est, lancer le démarreur qui mettra en marche le moteur de la voiture. Mais si trop de temps passe sans que, grâce à l'allumage du moteur, l'alternateur ait pu envoyer de nouveau de l'électricité dans la batterie, celle-ci se retrouve bientôt complètement déchargée. De même, si le moteur est régulièrement allumé mais que c'est l'alternateur qui ne fait plus son travail correctement, le résultat est le même : la batterie va se retrouver déchargée.

C'est pour cela "que Mu'âdh ibn Jabal disait à son ami : "Asseyons-nous, ayons la foi un instant", qu'ils s'asseyaient alors, pensaient à Dieu et faisaient Ses louanges" (FB 1/67). C'est également pour cela que, lorsqu'il demandait à Abû Mûssâ de réciter le Coran devant lui, Omar ibn ul-Khattâb lui disait ceci : "Rappelle-nous (dhakkirnâ) notre Seigneur" (Zâd ul-ma'âd, 1/486).

"عن حنظلة الأسيدي، قال: قلت: نافق حنظلة يا رسول الله. فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم وما ذاك؟ قلت: يا رسول الله نكون عندك، تذكرنا بالنار والجنة، حتى كأنا رأي عين، فإذا خرجنا من عندك، عافسنا الأزواج والأولاد والضيعات، نسينا كثيرا فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: والذي نفسي بيده لو تدومون على ما تكونون عندي، وفي الذكر، لصافحتكم الملائكة على فرشكم وفي طرقكم، ولكن يا حنظلة ساعة وساعة. ثلاث مرات" (Muslim 2750). "عن حنظلة الأسيدي قال: نافق حنظلة يا رسول الله، نكون عندك تذكرنا بالنار والجنة كأنا رأي عين، فإذا رجعنا عافسنا الأزواج والضيعة ونسينا كثيرا، قال: فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: لو تدومون على الحال التي تقومون بها من عندي لصافحتكم الملائكة في مجالسكم وفي طرقكم، وعلى فرشكم، ولكن يا حنظلة ساعة وساعة" (at-Tirmidhî, 2514).
Dans ce célèbre récit où Hanzala vint trouver le Prophète pour lui dire : "Hanzala a du nifâq !", on lit que le Prophète lui demanda la raison de ce qu'il disait là, et qu'il dit alors : "Nous sommes en ta compagnie et tu nous rappelles (tudhakkir) le paradis et le feu, c'est comme si nous les voyons de nos yeux. Puis, lorsque nous côtoyons notre épouse, nos enfants et nos affaires, nous oublions (nassînâ) beaucoup." Le Prophète le tranquillisa par ces mots : "Si vous restiez constamment dans l'état dans lequel vous vous trouvez lorsque vous êtes en ma compagnie et lorsque vous êtes (occupés) à vous souvenir de Dieu ("wa fi-dh-dhikr"), les anges vous serreraient la main quand vous vous trouvez sur vos lits et sur les chemins. Mais, ô Hanzala, un temps et un temps ("sa'atan wa sâ'atan") !" (rapporté par Muslim, 2750, at-Tirmidhî, 2514) (la traduction que nous avons faite de "wa fi-dh-dhikr" – selon laquelle le Prophète parlait non pas de rester constamment dans le dhikr mais de rester constamment dans l'état dans lequel on se trouve lorsqu'on fait le dhikr – correspond à l'interprétation de at-Tîbî citée dans Mirqât).

Quand Hanzala se tracassa de ressentir quelque chose diminuer en lui, il parlait (wallâhu A'lam) du dhikr de type 1 (cliquez ici) : ces réalités qui affleuraient à la surface de son océan intérieur lorsqu'il venait d'entendre le rappel fait par le Prophète quant au Paradis et à l'Enfer (soit le dhikr de type 1), il ne les ressentait plus à un degré aussi présent après s'être adonné à ses activités temporelles ; c'est ce qu'il exprima ainsi : "Nous oublions beaucoup". Il crut donc que la Présence de ces choses (istihdhâr) n'étant pas assez conséquente en lui, il était un Hypocrite dans l'action (nifâq ul-'amal) (cliquez ici et ici).

Dans la réponse qu'il lui fit, le Prophète lui dit qu'il était normal que, une fois plongé dans ses activités temporelles, il ne restât pas dans le même état ("hâl" est le terme qui figure dans la version de at-Tirmidhî) de Présence que celui qu'il ressentait :
– lorsqu'il était en la compagnie du Prophète [rester en sa compagnie, mussâhaba, engendrait un dhikr de type 1, n'en parlons plus quand ils prononçait un rappel, tadhkîr, concernant le paradis et l'enfer ; rester en la compagnie des pieux et éventuellement écouter leur prêche produit, comme expliqué dans des hadîths, un effet voisin, bien que moindre que celui de la compagnie du Prophète] ;
– et lorsqu'il était occupé à faire le dhikr [il s'agit apparemment du dhikr de type 2, soit les actions de 'ibâdât].

Le problème n'est donc pas que le musulman ressente la Présence (istihdhâr) diminuer quand il s'adonne à ses activités temporelles. Cela est, au contraire, tout à fait normal (sinon les anges viendraient lui serrer la main, le Prophète l'a dit).

Le problème est que le musulman, ne suivant pas l'enseignement du Prophète, ne libère pas "un autre temps" et consacre le plus clair de son esprit et de son cœur à "un temps", un seul :  celui des occupations terrestres et temporelles (dunyawiyya).
Qu'il n'ait pas le temps d'accomplir ses cinq prières quotidiennes.
Qu'il ne libère pas un temps pour faire du Coran une récitation cultuelle et pleine de profondeur.
Qu'il ne consacre pas un moment de son temps pour prononcer avec concentration les formules de tasbîh, de tahmîd, etc.
Qu'il n'ait pas de temps pour faire des supplications (du'â ul-mas'ala) à Dieu.
Qu'il ne parle jamais ou presque jamais de Dieu, de Ses bienfaits, de Ses Noms et Attributs, ni des réalités de l'au-delà (ce dernier point renforçant la certitude, ou yaqîn).
Ou bien qu'il fasse tout cela, mais (tout comme le Prophète l'avait prédit à propos des Kharijites par rapport à leurs prières, leurs jeûnes et leurs récitations du Coran) qu'il le fasse de façon superficielle et extérieure seulement, se contentant d'accomplir minutieusement des gestes et de réciter de façon parfaite des formules, sans faire aucun effort pour impliquer son cœur aussi dans le fait de ressentir la Présence de Dieu…

Ce musulman ne stimule alors plus la Présence du cœur et la laisse demeurer de façon permanente en sommeil ; le risque est alors grand qu'il ne relie presque jamais son cœur à Dieu.

"عن أبي هريرة، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: "جددوا إيمانكم." قيل: يا رسول الله، وكيف نجدد إيماننا؟ قال: "أكثروا من قول لا إله إلا الله" : Le Messager de Dieu aurait dit : "Renouvelez votre foi. - Messager de Dieu, et comment renouvellerions-nous notre foi ? - Dites abondamment la parole : "Lâ ilâha illallâh"" (Ahmad, 8710, dha'îf).

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B.C') "لفظ الإيمان بمعنى: السكينة والهيئة الوجدانية التي تحصل للمقربين" : Le terme "foi" avec le sens restreint de : "la sérénité et la disposition intérieure que les rapprochés obtiennent" :

C'est Shâh Waliyyullâh qui a exposé ce sens-ci : "والثاني: السكينة والهيئة الوجدانية التي تحصل للمقربين؛ وهو قوله صلى الله عليه وسلم: "الطهور شطر الإيمان"، وقوله صلى الله عليه وسلم: "إذا زنى العبد خرج منه الإيمان، فكان فوق رأسه كالظلة، فإذا خرج من ذلك العمل رجع إليه الإيمان"، وقول معاذ رضي الله عنه: "تعال نؤمن ساعة"" (Hujjat ulllâh il-bâligha 1/467).

Ce sens-ci est en fait une ramification du précédent. Cette réalité-ci découle d'ailleurs de la précédente. Il est parfois difficile de distinguer l'un de l'autre : ils sont intiment liés.

"عن قتادة قال: سئل ابن عمر: هل كان أصحاب رسول الله صلى الله عليه وسلم يضحكون؟ قال: نعم، والإيمان في قلوبهم أعظم من الجبل" :
Quelqu'un demanda à Abdullâh ibn Omar : "Est-ce que les Compagnons du Messager de Dieu riaient ?" Il répondit : "Oui. Et [= Mais] la foi ("al-îmân") dans leur cœur était plus grande qu'une montagne" (Shar'h us-sunna, al-Baghawî ; Mishkât ul-massâbîh, 4749).
Ibn Omar ne voulait pas dire que, bien qu'ils riaient, les Compagnons du Prophète croyaient toujours en Dieu et en le caractère de messager de Muhammad (B.A), ou qu'ils avaient toujours une forte certitude sur les choses de l'Invisible (B.B) en lesquelles ils croyaient. Il est évident que le rire ne contredit rien de tout cela. Ibn Omar voulait dire que, bien que le ressenti de la Présence diminue naturellement lorsqu'on rit, lorsque les Compagnons riaient, ils ne devenaient pas complètement insouciants, au point de se retrouver plus tard dans une grande difficulté pour revenir à la Présence. Un hadîth dit : "… Ne ris pas trop ; car le rire excessif fait mourir le cœur" (at-Tirmidhî, 2305) (Cette interprétation est celle de at-Tîbî (Mirqât 9/103).) Le terme "foi" a donc, ici encore, été employé pour désigner "le lien spirituel, la sérénité du cœur" (B.C').

On retrouve ce terme ayant ce sens B.C' dans le hadîth suivant (et ce si on retient l'une de ses interprétations) : "عن أبي هريرة رضي الله عنه، قال: قال النبي صلى الله عليه وسلم: لا يزني الزاني حين يزني وهو مؤمن. ولا يشرب الخمر حين يشرب وهو مؤمن. ولا يسرق حين يسرق وهو مؤمن. ولا ينتهب نهبة، يرفع الناس إليه فيها أبصارهم حين ينتهبها وهو مؤمن" : "Celui qui commet l'adultère ne le commet pas en étant mu'min au moment où il le commet. Celui qui boit de l'alcool n'en boit pas en étant mu'min au moment où il en boit. Celui qui vole ne vole pas en étant mu'min au moment où il vole. Celui qui pille un bien, les gens levant leur regard vers lui, ne le pille pas en étant mu'min au moment où il le pille" (al-Bukhârî, 2343, Muslim, 57).
Al-Bukhârî a cité Ibn Abbâs disant que la lumière de la foi quitte celui qui commet la fornication au moment où il la commet. Ibn Hajar cite ces relations : "كان ابن عباس يدعو غلمانه غلاما غلاما فيقول: "ألا أزوجك؟ ما من عبد يزني إلا نزع الله منه نور الإيمان." وقد روي مرفوعا، أخرجه أبو جعفر الطبري من طريق مجاهد عن ابن عباس: سمعت النبي صلى الله عليه وسلم يقول: "من زنى نزع الله نور الإيمان من قلبه؛ فإن شاء أن يرده إليه رده" : Le Prophète (sur lui soit la paix) a dit : "Celui qui commet la fornication, Dieu enlève de son cœur la lumière la foi ; puis s'Il veut la lui retourner, Il la lui retourne" (FB 12/72). C'est là le sens B.C'.
D'après une autre interprétation, dans ce hadîth, "n'être pas mu'min", cela signifie : ne pas se souvenir de la Majesté de Dieu au moment où l'on commet ces actes ; ce qui rejoint cette fois le sens (voisin) B.C : "رابعها: معنى قوله "ليس بمؤمن": أي ليس بمستحضر في حالة تلبسه بالكبيرة جلال من آمن به؛ فهو كناية عن الغفلة التي جلبتها له غلبة الشهوة. وعبر عن هذا ابن الجوزي بقوله: "فإن المعصية تذهله عن مراعاة الإيمان وهو تصديق القلب فكأنه نسي من صدق به." قال ذلك في تفسير نزع نور الإيمان. ولعل هذا هو مراد المهلب" (FB 12/75).

C'est cette spiritualité (B.C') que les Kharijites n'ont pas :
"عن علي رضي الله عنه قال: سمعت النبي صلى الله عليه وسلم يقول: "يأتي في آخر الزمان قوم حدثاء الأسنان، سفهاء الأحلام، يقولون من خير قول البرية، يمرقون من الإسلام كما يمرق السهم من الرمية، لا يجاوز إيمانهم حناجرهم، فأينما لقيتموهم فاقتلوهم، فإن قتلهم أجر لمن قتلهم يوم القيامة" :
"Viendront à la fin du temps des gens qui seront jeunes, stupides d'intelligence, qui diront ce qui relève des meilleures paroles de la création [= les Hadîths], (mais) ressortiront de l'islam comme la flèche ressort de la proie [= sans aucun effet] ; leur foi ne dépassera pas leur gorge ; où que vous les trouviez tuez-les car le fait de les tuer (apportera) une récompense le jour du jugement à celui les aura tués"
(al-Bukhârî, 3415 etc.). (Attention : il ne s'agit pas de les tuer où que l'on les trouve. Ce qui est ici dit de façon inconditionnelle (mutlaqan) est en fait motivé (ma'lûl bi) par ce qui est annoncé dans un autre hadîth : ces Kharijites attaqueront les gens de l'Islam gratuitement : "إن من ضئضئ هذا، قوما يقرءون القرآن لا يجاوز حناجرهم، يمرقون من الإسلام مروق السهم من الرمية؛ يقتلون أهل الإسلام، ويدعون أهل الأوثان، لئن أدركتهم لأقتلنهم قتل عاد" (al-Bukhârî 6995, Muslim 1064) (voir également FB 8/87) : comme suite de leur attaque gratuite, il s'agira de se défendre. D'ailleurs 'Alî, qui a pourtant relaté le premier hadîth, avait dit explicitement aux Kharijites qu'il ne les attaquerait pas tant qu'ils ne prendront pas eux-mêmes l'initiative d'attaquer : Le "nah'y 'an il-munkar" fait par l'autorité par rapport à la "tâ'ïfa mumtani'a" (II).)

En tous cas : les Kharijites récitaient abondamment le Coran, mais cela ne touchait pas leur cœur : il leur manquait la spiritualité, il leur manquait un lien réel du cœur avec Dieu. Ils avaient certes certaines croyances erronées, mais dans la phrase : "Leur foi ne dépassera pas leur gorge", c'est le manque de spiritualité qui est évoqué : leur adhésion à la foi ne dépassera pas le rituel : les actions de foi qu'ils feront (prières rituelles nombreuses, jeûnes nombreux, récitation abondante du texte coranique) ne laisseront aucune trace, aucun effet, sur leur cœur : ils ressortiront de cette pratique d'actions Dînî comme la flèche ressort de la proie : sans aucune trace sur elle.

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B.D) Un autre sens que l'on trouve du terme "îmân" : "الإيمان بمعنى: قوة الإسلام" : Le terme "foi" avec le sens de : "la forte présence de la foi" :

"إن الإيمان ليأرز إلى المدينة كما تأرز الحية إلى جحرها" : "La foi se rassemble à Médine (…)" (al-Bukhârî 1777, Muslim 147) ;
"إن الدين ليأرز إلى الحجاز كما تأرز الحية إلى جحرها. وليعقلن الدين من الحجاز معقل الأروية من رأس الجبل" : "Le dîn se rassemble au Hedjaz (...). Et assurément le dîn prendra au Hedjaz un refuge (...)" (at-Tirmidhî 2630).

Pour Alî al-qârî, "يأرز" signifie : "se réfugiera" (Mirqât 1/234) : il s'agit, d'après l'une des deux interprétations qu'il relate, de quelque chose qui se passera dans le futur (Ibid.).

--- Il écrit également que "la foi" désigne ici "les gens de la foi", c'est-à-dire les musulmans (Ibid.).
Cela exactement comme le terme "islâm" peut signifier parfois : "l'ensemble des musulmans", comme dans cette parole de Sa'd ibn Abî Waqqâs : "J'ai été pendant 7 jours le tiers de l'islâm" (al-Bukhârî 3521) ; il voulait dire : "le tiers des musulmans alors existant", c'est-à-dire que, selon sa connaissance, ou en tant que parmi les hommes majeurs et libres, il était l'une des 3 seules personnes à avoir alors embrassé l'islam.

--- Le terme "îmân" peut aussi désigner : "de nombreux musulmans", ou encore : "la forte empreinte de la foi".
Dès lors, dans le hadîth "Le "îmân" se réfugiera à Médine" (al-Bukhârî 1777, Muslim 147) signifierait qu'en ces temps-là, dans les pays musulmans aussi la foi aura une très faible empreinte, et elle n'aura d'empreinte conséquente qu'à Médine.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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