Accomplir la prière rituelle pour Dieu, mais le faire VERS la / SUR la / PRES DE la tombe d'un pieux (le Prophète ou autre) : mashrû', ou ghayr mashrû' ?

Nous allons évoquer ci-après 3 (ou plutôt 4) cas de figure :

- faire la prière rituelle en étant tourné VERS une tombe (sans qu'il y ait une séparation entre soi et la tombe) (A et B) ;
- faire la prière rituelle SUR une tombe (C) ;
- faire la prière rituelle en étant PRES D'une tombe (D).

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Les mesures qui vont suivre, et qui ressortent soit directement soit par élargissement, de ce que le Messager de Dieu (sur lui soit la paix) a dit, sont des mesures de précaution.

Certes, il est mak'rûh de se prosterner (ou d'accomplir la prière) visant la Kaaba alors qu'entre elle et nous se trouve un homme vivant qui nous fait face. Mais il n'est pas mak'rûh de se prosterner visant la Kaaba alors qu'un autre homme se trouve devant nous, nous tournant le dos ; alors même qu'il est interdit de se prosterner en visant la Kaaba alors qu'entre elle et nous se trouve une tombe (point B.A).

De même, il n'est pas interdit de se prosterner en visant la Kaaba en étant tout près d'un autre homme (qui se trouve par exemple à sa gauche ou à sa droite), alors qu'il est mak'rûh de se prosterner visant la Kaaba tout en se trouvant dans un cimetière (nous le verrons au point D.C). De même, nous verrons des cas où la personne se prosterne visant la Kaaba mais recherche alors la bénédiction que lui confèrerait le voisinage d'un défunt (point D.B).

Ces considérations sont dues au fait que la perception que l'homme a par rapport à un homme défunt n'est pas la même que celle qu'il a par rapport à un homme vivant qui se trouve devant lui. Bien des personnes ont le sentiment que le défunt est "parvenu", et les personnes qui s'adressent à un défunt ont souvent le sentiment de s'adresser à un esprit qui les voit et les entend d'une façon différente de celle des vivants. C'est de là que proviennent la difficulté et les risques. Et c'est ce qui a motivé les mesures de précaution présentes dans la Sunna.

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Quelques hadîths existant sur le sujet :

- 1) "عن عطاء بن يسار، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: "اللهم لا تجعل قبري وثنا يعبد. اشتد غضب الله على قوم اتخذوا قبور أنبيائهم مساجد" : "O Dieu, ne fais pas que ma tombe (devienne) une idole à laquelle on rendrait un culte. La colère de Dieu est terrible contre des gens qui ont pris les tombes de leurs prophètes comme lieux de prosternation" (Mâlik) (également Ahmad, mais d'après la relation de Abû Hurayra).

- 2) "عن عبد الله قال: سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقولِ: "إن من شرار الناس مَن تُدركه الساعةُ وهم أحياُء، ومن يتخذُ القبورَ مساجد"" : "Parmi les pires des hommes il y a : ceux qui vivront au moment où la Fin du Monde surviendra ; et ceux qui prennent les tombes comme lieux de prosternation" (Ahmad).

- 3) "عن جندب، قال: سمعت النبي صلى الله عليه وسلم قبل أن يموت بخمس، وهو يقول: "إني أبرأ إلى الله أن يكون لي منكم خليل، فإن الله تعالى قد اتخذني خليلا، كما اتخذ إبراهيم خليلا؛ ولو كنت متخذا من أمتي خليلا لاتخذت أبا بكر خليلا. ألا وإن من كان قبلكم كانوا يتخذون قبور أنبيائهم وصالحيهم مساجد؛ ألا فلا تتخذوا القبور مساجد، إني أنهاكم عن ذلك" : Cinq jours avant de mourir, le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) a dit : "Je désavoue le fait d'avoir un khalîl parmi vous, car Dieu m'a pris comme khalîl, comme Il avait pris Abraham comme khalîl. Si j'en étais à prendre un khalîl parmi ma Umma, il serait Abû Bakr. Ecoutez bien : Ceux qui étaient avant vous ont pris les tombes de leurs prophètes et de leurs pieux comme lieux de prosternation. Ecoutez : Ne prenez pas les tombes comme lieux de prosternation, je vous interdis cela" (Muslim 532).

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A) Adresser une prosternation à l'habitant de la tombe :

A.A) Avec l'intention de rendre ainsi un culte ('ibâda) à la personne défunte :

Cela est strictement interdit et est acte de shirk akbar (kabîra takûnu shirkan akbar).

Alî al-qârî écrit que si on a l'intention d'adresser cette prosternation au défunt, alors c'est un acte d'incroyance : "لما فيه من التعظيم البالغ [ا.ا]، لأنه من مرتبة المعبود فجمع بين الاستحقاق العظيم والتعظيم البليغ قاله الطيبي. ولو كان هذا التعظيم [ا.ا] حقيقة للقبر أو لصاحبه، لكفر المعظم. فالتشبه به مكروه؛ وينبغي أن تكون كراهة تحريم. وفي معناه بل أولى منه: الجنازة الموضوعة؛ وهو مما ابتلي به أهل مكة حيث يضعون الجنازة عند الكعبة ثم يستقبلون إليها" (Mirqât ul-mafâtîh, commentaire du n°1698 : 4/156-157).

Cette action est concernée par le Hadîth 1 : "اللهم لا تجعل قبري وثنا يعبد" : "O Dieu, ne fais pas que ma tombe (devienne) une idole à laquelle on rendrait un culte". Et cela est la forme la plus extrême de "اتخاذ القبر مسجدًا".

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A.B) Avec l'intention d'honorer (ta'zîm) ainsi la personne défunte :

Cela est également strictement interdit (kabîra).

Alî al-qârî' écrit :
"قوله: (اتخذوا قبور أنبيائهم مساجد) : سبب لعنهم إما لأنهم كانوا يسجدون لقبور أنبيائهم تعظيما لهم [ا.ا]، وذلك هو الشرك الجلي؛ وإما لأنهم كانوا يتخذون الصلاة لله تعالى في مدافن الأنبياء والسجود على مقابرهم والتوجه إلى قبورهم حالة الصلاة نظرا منهم بذلك إلى عبادة الله والمبالغة في تعظيم الأنبياء [ا.ب]، وذلك هو الشرك الخفي لتضمنه ما يرجع إلى تعظيم مخلوق فيما لم يؤذن له. فنهى النبي صلى الله عليه وسلم أمته عن ذلك لمشابهة ذلك الفعل سنة اليهود أو لتضمنه الشرك الخفي، كذا قاله بعض الشراح من أئمتنا. ويؤيده ما جاء في رواية: "يحذر ما صنعوا" (Mirqât ul-mafâtîh, commentaire du n° 712, 2/389 : "اتخاذ القبر مسجدًا").

Ensuite :
- soit une telle prosternation constitue un acte d'incroyance (comme en constitue le cas A.A) : cela d'après ceux des ulémas qui considèrent que la prosternation devant autre que Dieu est présumé acte de divinisation (mazinat ut-ta'lîh), y compris 'Alî al-qârî, et également d'après Ibn Taymiyya ;
- soit cette prosternation constitue un grand péché, mais qui ne va pas jusqu'au kufr akbar : c'est l'avis de adh-Dhahabî.
Lire notre article : Se prosterner devant autre que Dieu, est-ce systématiquement une action de kufr akbar ? - Pourquoi le besoin d'une Qibla pour se prosterner devant Dieu ? - لما ذا قِبْلَةٌ لِلّه ؟.

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B) Faire la prière rituelle pour Dieu, mais la faire de sorte que la tombe soit entre soi et la direction de La Mecque, sans séparation :

B) Se prosterner tourné vers la Qibla et avec l'intention d'adorer Dieu, mais de sorte qu'une tombe se trouve devant soi, et sans qu'on n'ait aucune intention précise vis-à-vis de la personne enterrée là :

"عن أبي مرثد الغنوي قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "لا تجلسوا على القبور، ولا تصلوا إليها" : Le Prophète (sur lui la paix) a dit : "Ne vous asseyez pas sur les tombes. Et n'accomplissez pas la prière rituelle dans leur direction" (Muslim, 972, at-Tirmidhî, Abû Dâoûd).

Le Prophète a ici interdit de faire la prière (salât) quand il y a une tombe face à soi dans la direction de la Kaaba (la "Maison de Dieu", qui se trouve à La Mecque).

Même si son intention n'est pas d'adorer la tombe mais d'adorer Dieu, cela est donc interdit, mak'rûh tahrîmî : 'Alî al-qârî écrit : "ولو كان هذا التعظيم [ا.ا] حقيقة للقبر أو لصاحبه، لكفر المعظم. فالتشبه به [ب] مكروه؛ وينبغي أن تكون كراهة تحريم. وفي معناه بل أولى منه: الجنازة الموضوعة؛ وهو مما ابتلي به أهل مكة حيث يضعون الجنازة عند الكعبة ثم يستقبلون إليها" (Mirqât ul-mafâtîh, commentaire du n°1698 : 4/156-157 : il s'agit de ce hadîth : Muslim, 972).

Anas ibn Mâlik avait un jour commencé une prière sans se rendre compte qu'un peu plus loin, une tombe se trouvait entre lui et la direction de la Mecque : Omar l'interpella alors, pendant qu'il accomplissait sa prière (Fat'h ul-bârî, 1/679).

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B') Lever les mains et invoquer Dieu, en prenant la direction d'une tombe ("raf' ul-yadayn li du'â' illâhi ma'a-t-tawajjuhi nahwa-l-qabr") :

Le seul fait de lever les mains pour invoquer Dieu dans un cimetière est autorisé, car le Prophète a invoqué Dieu en levant trois fois ses mains quand il était au cimetière de Médine (Muslim, 974).

Cependant, il ne faut pas prendre la direction d'une tombe lorsqu'on lève ainsi les mains pour l'invocation, car Abû Hanîfa, Mâlik, ash-Shâfi'î et Ahmad ont fait une analogie avec le cas de la prière rituelle disant qu'il ne faut pas faire une prière rituelle (salât) en prenant la direction d'une tombe (hadîth cité plus haut) : ces grands ulémas en ont déduit que si on lève les mains pour invoquer Dieu (du'â ma'a raf' il-yadayn), il faut également ne pas rester tourné vers la tombe dont on est venu saluer l'occupant (cf. Al-Iqtidhâ, p. 335-336 ; voir également Ahkâm ul-janâ'ïz, pp. 246-251). Apparemment cela est mak'rûh.

Par ailleurs voici un hadith que Ibn Hajar cite : "Lorsque l'inhumation fut terminée, (le Prophète) se tourna vers la Qibla en levant les deux mains" : "وفي حديث ابن مسعود: "رأيت رسول الله صلى الله عليه وسلم في قبر عبد الله ذي النجادين" الحديث؛ وفيه: "فلما فرغ من دفنه، استقبل القبلة رافعا يديه" أخرجه أبو عوانة في صحيحه" (Fat'h ul-bârî, tome 11).
Certes, de façon générale il est recommandé de prendre la direction de la Qibla lorsqu'on invoque Dieu : "وفيه استحباب استقبال القبلة في الدعاء ورفع اليدين فيه" (an-Nawawî sur Muslim, 1763).
Cependant, en temps normal, il n'est pas mak'rûh de rester dans la même direction que celle dans laquelle on se trouvait jusqu'alors (et qui n'est pas celle de la Qibla), quand on fait des invocations, et ce, même si on lève alors les mains.
C'est si on se trouve dans la direction d'une tombe qu'il est mak'rûh de rester dans la direction de celle-ci lorsqu'on invoque Dieu en levant les mains, car on se trouve alors dans une posture, hay'a, particulière.

Par contre, si on se trouvait déjà tourné vers la tombe et qu'on invoque Dieu par des paroles seulement, sans lever les mains, alors il n'est pas mak'rûh de rester tourné vers la tombe pour invoquer Dieu par des paroles seulement.

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C) Accomplir la prière rituelle pour Dieu, mais au-dessus de la tombe :

Nous parlons ici du fait de se prosterner devant Dieu mais au-dessus de la tombe, sans pour autant que cette tombe se trouve devant soi.

C.A) Se prosterner pour Dieu, mais le faire sur une tombe :

Cela est interdit (kabîra).
"عن عبد الله قال: سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقولِ: "إن من شرار الناس مَن تُدركه الساعةُ وهم أحياُء، ومن يتخذُ القبورَ مساجد"" : "Parmi les pires des hommes il y a : ceux qui vivront au moment où la Fin du Monde surviendra ; et ceux qui prennent les tombes comme lieux de prosternation" (Ahmad).
ألا وإن من كان قبلكم كانوا يتخذون قبور أنبيائهم وصالحيهم مساجد؛ ألا فلا تتخذوا القبور مساجد، إني أنهاكم عن ذلك" : Cinq jours avant de mourir, le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) a dit : "(...) Ecoutez bien : Ceux qui étaient avant vous prenaient les tombes de leurs prophètes et de leurs pieux comme lieux de prosternation. Ecoutez : Ne prenez pas les tombes comme lieux de prosternation, je vous interdis cela" (Muslim 532).
Dans cet autre hadîth, après avoir relaté du Prophète des mots voisins, Aïcha ajouta : "N'était cela [la crainte que la même chose soit faite avec la tombe du Prophète], sa tombe aurait été montrée ouvertement. (Mais) il y a eu crainte qu'elle soit prise comme lieu de prosternation" : "عن عائشة رضي الله عنها، قالت: قال النبي صلى الله عليه وسلم في مرضه الذي لم يقم منه: "لعن الله اليهود اتخذوا قبور أنبيائهم مساجد." قالت عائشة: "لولا ذلك لأبرز قبره؛ خشي أن يتخذ مسجدا" (al-Bukhârî, 4177).

Al-Âlûssî écrit : "واتخاذ القبر مسجدا، معناه: الصلاة عليه [ج.ا] أو إليه [ب]. وحينئذ يكون قوله والصلاة إليها مكررا إلا أن يراد باتخاذها مساجد الصلاة عليها فقط" (Rûh ul-ma'ânî). Cela est, ainsi, une autre forme de "اتخاذ القبر مسجدًا".

La raison de cet interdit est que cela risque d'amener peu à peu à rendre le culte à la personne défunte.

Le terme "masjid" ici présent peut être rapproché, dans sa portée, au terme "mussallâ" présent dans le verset : "وَاتَّخِذُواْ مِن مَّقَامِ إِبْرَاهِيمَ مُصَلًّى" (Coran 2/125). Ath-Thânwî écrit que la particule "min" est "zâ'ïd", et écrit aussi : "اسپر صرف قدم رکهنے سے بہی مصلی هونا صادق آتا هے" : "Par le fait de placer seulement les pieds sur le (Maqâmu Ibrâhim) [et d'effectuer la prière ainsi], cela en devient : "mussallâ"" (Bayân ul-qur'ân, tome 1 p. 69).

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C.B) Bâtir un lieu de culte (une mosquée) au-dessus d'une tombe :

Cela est interdit (kabîra), comme le montre clairement le hadîth suivant :
"عن عائشة رضي الله عنها، قالت: لما اشتكى النبي صلى الله عليه وسلم ذكرت بعض نسائه كنيسة رأينها بأرض الحبشة يقال لها: مارية. وكانت أم سلمة، وأم حبيبة رضي الله عنهما أتتا أرض الحبشة؛ فذكرتا من حسنها وتصاوير فيها. فرفع رأسه فقال: "أولئك إذا مات منهم الرجل الصالح بنوا على قبره مسجدا، ثم صوروا فيه تلك الصورة؛ أولئك شرار الخلق عند الله" : Lorsque le Prophète était malade, Ummu Salama et Ummu Habîba, qui avaient été parmi les émigrées de l'Abyssinie, évoquèrent devant lui une église qu'elles avaient vue dans ce pays, et qui était dédiée à Marie ; elles parlèrent de la beauté de l'édifice ainsi que d'images qu'elles y avaient vues. Le Prophète leva alors la tête et dit : "Ces gens là, lorsqu'un homme pieux parmi eux meurt, bâtissent sur sa tombe un lieu de prosternation, puis y font ce genre d'images (...)" (al-Bukhârî, 1276 etc., Muslim 528).

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C.B') Enterrer un défunt dans une mosquée :

Cela est également interdit (kabîra).
An-Nawawî écrit : "وأما حفر القبر في المسجد فحرام شديد التحريم" (Al-Majmû', 2/178).

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D) Accomplir la prière rituelle (salât) pour Dieu, sans être tourné vers la tombe et sans non plus prier sur la tombe, mais accomplir cette prière à proximité de la tombe, sans séparation entre elle et soi :

D.A) Accomplir cela dans la proximité de la tombe avec l'intention d'honorer (ta'zîm) ainsi l'occupant de la tombe :

Cela est interdit, même d'après al-Baydhâwî.
La preuve est citée ci-après, avec le point suivant.

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D.B) Accomplir cela dans la proximité de la tombe pour retirer une bénédiction (tabarruk bi) de la tombe (vu qu'un homme pieux y est enterré) :

D'après al-Baydhâwî, cela est autorisé à condition que l'on ait vraiment l'intention de tirer personnellement profit de la baraka du défunt. Il pense que les hadîths suscités (Hadiths 2 et 3), qui formulent une interdiction, ces hadîths se rapportent (mahmûl 'alâ) au point A.A : rendre un culte au défunt (Fat'h ul-bârî 1/680) ou au point D.A : honorer le défunt. Mais pour ce qui est de se prosterner visant la Kaaba mais de le faire en étant à côté de la tombe d'un défunt, pensant tirer profit de la bénédiction de ce défunt, cela est autorisé :
"وقال القاضي: كانت اليهود والنصارى يسجدون لقبور أنبيائهم ويجعلونها قبلة [ا.ا]، ويتوجهون في الصلاة نحوها، فقد اتخذوها أوثانا، فلذلك لعنهم، ومنع المسلمين عن مثل ذلك. أما من اتخذ مسجدا في جوار صالح، أو صلى في مقبرة وقصد الاستظهار بروحه [د] أو وصول أثر ما من أثر عبادته إليه، لا للتعظيم له [د.ا] والتوجه نحوه، فلا حرج عليه. ألا ترى أن مرقد إسماعيل عليه السلام في المسجد الحرام عند الحطيم، ثم إن ذلك المسجد أفضل مكان يتحرى المصلي لصلاته. والنهي عن الصلاة في المقابر مختص بالقبور المنبوشة، لما فيها من النجاسة، كذا ذكره الطيبي. وذكر غيره أن صورة قبر إسماعيل عليه السلام في الحجر تحت الميزاب، وأن في الحطيم بين الحجر الأسود وزمزم قبر سبعين نبيا. وفيه أن صورة قبر إسماعيل عليه السلام وغيره مندرسة، فلا يصلح الاستدلال به" (Mirqât ul-mafâtîh, 2/389).

Mais Ibn Taymiyya écrit que cela aussi est interdit. Ce cas relève aussi de ce que le Prophète a interdit quand il a dénoncé le fait que certains hommes avaient fait des tombeaux de leurs prophètes des lieux de prosternation ("ittakhadhû qubûra anbiyâ'ihim massâdjid") : il s'agit tant de se prosterner sur une tombe, que de chercher à faire la prière près d'elle (Al-Iqtidhâ', p. 304, pp. 306-307).

Personnellement je n'entrerai pas ici dans le débat de savoir si ce cas D.B tombe lui aussi (comme le dit Ibn Taymiyya) sous le coup des hadîths 2 et 3 suscités (et constitue donc lui aussi une forme de "اتخاذ القبر مسجدًا"), ou (comme l'affirme al-Baydhâwî) pas. Ce qui est certain c'est que les Pieux Prédécesseurs ne faisaient pas cet acte, lequel relève des 'ibâdât, alors même que le muqtadhî était présent à leur époque. Cet aspect est suffisant pour rejoindre l'avis de Ibn Taymiyya et dire que cela n'est pas institué.
Par ailleurs, concernant le verset déjà cité, en rapport avec le Maqâmu Ibrâhîm : "وَاتَّخِذُواْ مِن مَّقَامِ إِبْرَاهِيمَ مُصَلًّى" (Coran 2/125), at-Thânwî a également écrit : "اصل مقصود اسی کو محلِ صلوه بنانا هے؛ باقی اسکا محلِ مجاور بهی، اسی کے تابع هونے سے، اسی کے حکم میں هے" : "Le lieu qui est voisin, étant assimilé à lui, revêt le même hukm que lui" (Bayân ul-qur'ân, tome 1 p. 69) ; le même élargissement peut être fait ici (ce qui le ferait bien constituer une forme de "اتخاذ القبر مسجدًا"), sauf que cette fois le hukm est inverse : ici (dans le cas de la tombe), il ne s'agit plus de quelque chose à faire (comme c'est le cas pour Maqâmu Ibrâhîm), mais de quelque chose dont il faut se préserver.

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D.B') Se rendre spécialement près de la tombe d'un pieux personnage pour invoquer Dieu, pensant que les invocations sont plus acceptées en se plaçant près de la tombe d'un pieux personnage ("taharri-d-du'â 'inda-l-qabr") :

Il n'y a aucun problème à invoquer Dieu – même en levant les mains – dans un cimetière, à condition de ne pas se diriger vers la tombe. Certes.
Cependant, se rendre spécialement près d'une tombe en pensant que les invocations ont plus de chances d'y être acceptées n'est pas conforme aux règles de l'islam.

"Il est recommandé, quand on se rend près d'une tombe, de saluer son habitant et de prier Dieu pour lui" (Al-Iqtidhâ, p. 300). Certes.
Cependant il y a une différence entre le fait de se rendre sur la tombe d'un homme, de saluer celui-ci puis de faire des invocations incidemment ("dhimnan"), et le fait de se rendre sur la tombe de cet homme avec l'objectif premier d'y faire des invocations [pour, pense-t-on, bénéficier ainsi de la baraka du défunt et voir ses invocations être exaucées] : le premier est acte de bien, le second est une innovation (Al-Iqtidhâ', pp. 310-311, p. 348).

Lire notre article : Rechercher la proximité de la tombe d'un pieux (le Prophète ou autre) pour invoquer Dieu, pensant bénéficier ainsi d'une bénédiction (baraka dîniyya) : institué ou pas ?

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D.C) Accomplir la prière dans un cimetière, sans aucune intention particulière :

Le Prophète a dit : "Toute la terre est un lieu pour accomplir la prière rituelle, sauf le cimetière et le hammam" (Abû Dâoûd, 492, at-Tirmidhî, 317, Ibn Mâja, 745, authentifié par Ibn Taymiyya : Al-Iqtidhâ, p. 307).

Cela est mak'rûh :
--- soit mak'rûh tanzîhî, comme dans l'école shafi'ite : "قال ابن حجر: وقد صح أنه عليه الصلاة والسلام نهى عن الصلاة بالمقبرة، واختلفوا في هذا النهي هل هو للتنزيه أو للتحريم؟ ومذهبنا الأول؛ ومذهب أحمد التحريم؛ بل وعدم انعقاد الصلاة لأن النهي عنده في الأمكنة يفيد التحريم والبطلان كالأزمنة" (Mirqât ul-mafâtîh, commentaire de n° 712) ;
--- soit mak'ruh tahrîmî : dans l'école hanafite cela est dit : "mak'rûh" ; or le caractère "mak'rûh" dans l'école hanafite désigne ce qui est mak'rûh tahrîmî (sauf quand il est précisé : "tanzîhî"). Al-Kâssânî écrit : "وأما الحمام فمعنى النهي فيه أنه مصب الغسالات والنجاسات عادة، فعلى هذا لو صلى في موضع الحمامي لا يكره، وقيل: معنى النهي فيه أن الحمام بيت الشيطان. فعلى هذا تكره الصلاة في كل موضع منه، سواء غسل ذلك الموضع أو لم يغسل. وأما المقبرة فقيل: إنما نهي عن ذلك لما فيه من التشبيه باليهود، كما روي عن النبي صلى الله عليه وسلم أنه قال: "لعن الله اليهود، اتخذوا قبور أنبيائهم مساجد، فلا تتخذوا قبري بعدي مسجدا". وروي أن عمر رضي الله عنه رأى رجلا يصلي بالليل إلى قبر فناداه: القبر القبر، فظن الرجل أنه يقول: القمر القمر، فجعل ينظر إلى السماء، فما زال به حتى تنبه. فعلى هذا تجوز الصلاة [أي تصح الصلاة] وتكره. وقيل: معنى النهي أن المقابر لا تخلو عن النجاسات، لأن الجهال يستترون بما شرف من القبور فيبولون ويتغوطون خلفه، فعلى هذا لا تجوز الصلاة [أي لا تصح الصلاة] لو كان في موضع يفعلون ذلك، لانعدام طهارة المكان" (Badâ'i' us-sanâ'i').

Pour tomber sous le coup de ce hadîth, faut-il que ce soit un cimetière proprement dit ? ou suffit-il que ce soit dans la proximité d'une tombe, celle-ci fût-elle isolée ?
Il y a divergence entre certains ulémas sur le sujet.
Est concerné par cette règle tout le lieu qui, alentour de la tombe, est nommé "lieu de la sépulture" ("mâ dakhala fi-sm-il-maqbarati mimmâ hawl-al-qubûr") (Al-Ikhtiyâr ul-'ilmiyya, Ibn Taymiyya, cité dans Ahkâm ul-janâ'ïz, p. 274).

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S'il y a une séparation entre soi et la tombe :

Alors, si on n'a aucune intention par rapport à la tombe, faire la prière rituelle à cet endroit est autorisé (sous réserve qu'on ne se trouve pas dans ce qui est un cimetière).

C'est pourquoi on peut accomplir la prière dans la partie de la mosquée de Médine qui se trouve, par rapport à la Qibla, derrière la tombe bénie : quand la mosquée a été agrandie, un mur a été érigé, de forme triangulaire, afin que celui qui se trouve de l'autre côté, quand il prie, ne se trouve pas face à la tombe.

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Si auparavant il y avait une tombe dans un lieu puis elle a été enlevée :

Alors cette règle de l'interdiction de se prosterner en un tel lieu ne s'applique plus.

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Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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