العلم - Ce que l'homme ne peut pas savoir - Ce qu'il peut savoir - Ce qu'il doit savoir - De quels outils dispose-t-il pour le savoir ?

L'homme a la capacité d'avoir, dans son esprit, des connaissances liées à la réalité.

Nous employons ici le terme "connaissance" en son sens premier :
- "Il fait froid aujourd'hui" : c'est une connaissance que l'homme obtient par la sensation que son organisme lui communique ;
- "Il fait beau aujourd'hui" : c'est une connaissance que l'homme obtient en regardant autour de lui ;
- "La piqûre de la vipère aspic est assez dangereuse pour l'homme : elle peut s'avérer mortelle" : c'est une connaissance que l'homme a obtenue suite à plusieurs expériences de ce genre : l'homme en a déduit une règle générale, par induction (istiqrâ') ;
- "Les anges existent" : c'est une connaissance que l'homme a obtenue de son cœur, ainsi que de ce qu'il a entendu de sources fiables ;
- "Il y aura un Jugement dernier" : c'est une connaissance que l'homme  a obtenue de son cœur, ainsi que de ce qu'il a entendu de sources fiables.

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I) Connaissance et chose connue :

Il y a ici 3 choses :
(1) la chose (extérieure au connaissant) au sujet de laquelle le connaissant a quelque chose en son for intérieur (المعلوم عنه) ;
(2) ce que le connaissant a en son for intérieur au sujet de cette chose connue (المعلوم) ;
(3) l'action de connaître, que le connaissant fait vis-à-vis de cette chose connue (العلم).

Le terme "Ma'lûm" (Connu) renvoie à 2 de ces 3 choses :
– tantôt au (1) : la chose (extérieure au connaissant) au sujet de laquelle le connaissant a quelque chose en son for intérieur المعلوم عنه) ;
– et tantôt au (2) : ce que le connaissant a en son for intérieur au sujet de la chose connue (المعلوم).

Pareillement, le terme "'Ilm" (Connaissance) renvoie lui aussi à 2 de ces 3 choses :
– tantôt au (3) : l'action de connaître, que le connaissant a vis-à-vis de la chose connue (عمل العلم) ;
– tantôt au (2) : ce que le connaissant a en son for intérieur au sujet de la chose connue (المعلوم) (تسمية المفعول باسم الفعل، أو: علاقة سببية).

On aura remarqué ici que "ce que le connaissant a en son for intérieur au sujet de la chose connue (2)" est autant appelé : "Ma'lûm (Connu)", que : "'Ilm (Connaissance)".

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II) Qu'est-ce que la chose "Ma'lûm", au sens de "Ma'lûm 'Anh", c'est-à-dire : "chose au sujet de laquelle il y a connaissance" (المعلوم عنه) (1) ?

Il s'agit de tout ce au sujet de quoi le Connaissant a des connaissances en lui.

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III) Les domaines (1) auxquels le savoir humain peut, ou ne peut pas, s'appliquer :

Le Coran distingue la Shahâda du Ghayb.

– La Shahâda est ce qui est observable par l'homme (même si ce n'est pas de ses yeux nus) ; ce qui est accessible aux 5 Sens Matériels humains. L'infiniment petit (comme les bosons ou les quarks) relèvent ainsi de la Shahâda : ce qui est Observable.

– Le Ghayb est ce qui est inaccessible aux 5 Sens humains.

Lire : Qu'est-ce que "l'invisible et le visible", "الغيب والشهادة", que le Coran évoque ?.

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IV) Et qu'est-ce que "ce que le connaissant a en son for intérieur au sujet de la chose connue", qui est appelé aussi bien : "'Ilm", que : "Ma'lûm" (2) ?

La définition qui découle celle que al-Jurjânî a donnée du 'Ilm serait : "ما أدرك من الشيء في العقل".
Quant à al-Khayrâbâdî, il en a dûment donné (entre autres) la suivante : "الصورة الحاصلة من الشيء عند العقل" (Al-Mirqât, p. 3).

Le Ma'lûm (ce qui est su / connu) (2) :
– peut être simple (un "terme","Ma'lûm Tasawwurî") : le corail, ou la neige ; un ange ;

– peut être combiné (une "proposition", "Ma'lûm Tasdîqî") (elle consiste alors en une affirmation / négation fait d'un terme par rapport à un autre) : "On trouve des barrières coralliennes à La Réunion" ; "Des anges ont été envoyés par Dieu assister les croyants lors de la bataille de Badr".

Lors de leur rencontre, al-Khidhr dit à Moïse (sur eux soit la paix) : "يا موسى إني على علم من علم الله علمنيه لا تعلمه أنت، وأنت على علم علمكه لا أعلمه" : "Moïse, je suis sur une connaissance relevant de la Connaissance de Dieu, qu'Il m'a enseignée et que tu n'as pas, toi. Et tu as une connaissance relevant de la Connaissance de Dieu, qu'Il t'a enseignée et que je n'ai pas" (al-Bukhârî, n° 122 etc.). Ici le terme "'Ilm", "Connaissance", désigne le 2 : al-Khidhr voulait dire : "J'ai des Ma'lûm que Dieu m'enseigne : Il m'enseigne certains des événements qui vont se passer".

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V) Il y a ce qui est ignoré par une créature, ou un groupe de créatures, ou la totalité des créatures :

Ce qui est ignoré, c'est ce dont la personne n'a aucune connaissance, même pas fausse.

Dieu nous dit : "وَمَا أُوتِيتُم مِّن الْعِلْمِ إِلاَّ قَلِيلاً" : "Et il ne vous a été donné, en connaissances, que peu" (Coran 15/87).

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VI) Ensuite, les savoirs (2), dont chaque homme a une quantité en lui, peuvent être corrects, ou faux :

Ce qui est su (2) d'une chose (1) par l'homme :
– peut être correct (= conforme à la réalité de cette chose, 1) ;
– peut être faux (= ne correspondant pas à la réalité de cette chose, 1).

--- Cela est valable pour le savoir lié aux choses purement temporelles : "Cette façon de faire n'est pas la bonne". "La croyance que la Terre est fixe et que le soleil tourne autour d'elle est erronée".
"أَفَلَمْ يَسِيرُوا فِي الْأَرْضِ فَيَنظُرُوا كَيْفَ كَانَ عَاقِبَةُ الَّذِينَ مِن قَبْلِهِمْ كَانُوا أَكْثَرَ مِنْهُمْ وَأَشَدَّ قُوَّةً وَآثَارًا فِي الْأَرْضِ فَمَا أَغْنَى عَنْهُم مَّا كَانُوا يَكْسِبُونَ {40/82} فَلَمَّا جَاءتْهُمْ رُسُلُهُم بِالْبَيِّنَاتِ فَرِحُوا بِمَا عِندَهُم مِّنَ الْعِلْمِ وَحَاقَ بِهِم مَّا كَانُوا بِهِ يَسْتَهْزِؤُون {40/83} فَلَمَّا رَأَوْا بَأْسَنَا قَالُوا آمَنَّا بِاللَّهِ وَحْدَهُ وَكَفَرْنَا بِمَا كُنَّا بِهِ مُشْرِكِينَ {40/84} فَلَمْ يَكُ يَنفَعُهُمْ إِيمَانُهُمْ لَمَّا رَأَوْا بَأْسَنَا سُنَّتَ اللَّهِ الَّتِي قَدْ خَلَتْ فِي عِبَادِهِ وَخَسِرَ هُنَالِكَ الْكَافِرُونَ {40/85" : "Puis, lorsque leurs messagers leur apportèrent les preuves, ils s'enorgueillirent de ce qu'il y avait auprès d'eux de Connaissance" (Coran 40/83). Il s'agit de choses sues (2).

--- Cela est valable aussi pour le savoir lié aux choses dînî : ce savoir est alors :
– soit correct, et est dit "swawâb", ou "shar'î" (d'après l'une des acceptions du terme),
– soit erroné, et cela est "khata'" (avec ensuite différents niveaux dans le caractère "khata'").

"إن الله لا ينتزع العلم من الناس انتزاعا ولكن يقبض العلماء فيرفع العلم معهم. ويبقى فى الناس رءوسا جهالا يفتونهم بغير علم فيضلون ويضلون" : "Dieu ne retirera pas la Connaissance en la retirant [soudainement] des serviteurs, mais Il reprendra les ulémas, et enlèvera ainsi la Connaissance avec eux. Il laissera parmi les hommes des chefs ignorants ; ils leur donneront des avis sans Connaissance ; ils seront alors égarés et égareront (les autres)" (al-Bukhârî, 100 etc., Muslim, 2673 et c'est sa version qui a été ici reproduite). Ici encore le terme "'Ilm" désigne le 2 : "les choses sues", et il s'agit ici des : "choses sues qui sont correctes, car correspondant à ce que Dieu agrée".

De même, le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) a dit : "إن العلماء ورثة الأنبياء، إن الأنبياء لم يورثوا دينارا ولا درهما إنما ورثوا العلم، فمن أخذ به أخذ بحظ وافر" : "Les ulémas sont héritiers des prophètes. Les prophètes n'ont pas fait hériter (leurs successeurs) de pièce d'or ni de pièce d'argent, ils n'ont fait hériter que de la Connaissance. Celui qui la prend, qu'il prenne une part importante" (at-Tirmidhî, 2682). Ici aussi le terme "'Ilm", "Connaissance", désigne le 2 : "les choses sues" : le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) a voulu dire que les prophètes de Dieu ne laissaient pas des espèces sonnantes et trébuchantes en héritage, mais des choses sues : l'ensemble de ces choses constitue leur enseignement, et est constitué de ces vérités (des informations et des injonctions) que Dieu leur a chargé de transmettre aux hommes à qui ils s'adressent. Ce qui importe à leurs disciples c'est de prendre connaissance de ce qu'ils ont dit au sujet des différentes choses, pour ensuite agir en fonction, car l'objectif reste : l'adoption des Croyances correctes, le développement d'un Lien vivant du Cœur avec Dieu, et l'Agir concret.

– L'absence de la connaissance correcte est appelée : "Jahl", "Ignorance" (voir le point V).
– Mais l'existence d'une fausse connaissance ("croire vrai ce qui en fait est faux") est appelée : "Jahl Murakkab" : "Ignorance Doublée".

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VII) Et qu'est-ce que le "'Ilm", au sens de "l'action du connaissant vis-à-vis de la chose connue" (عمل العلم) (3) ?

Al-Jurjânî en donne (parmi d'autres) les 2 définitions suivantes :
- "حصول صورة الشيء في العقل" (Kitâb ut-Ta'rîfât) ;
- "إدراك الشيء [في العقل] على ما هو به" (Kitâb ut-Ta'rîfât).

Al-Khayrâbâdî en donne les 3 suivantes :
- "حصول صورة الشيء في العقل" (Al-Mirqât, al-Khayrâbâdî, p. 3) ;
- "قبول النفس لتلك الصورة" (Ibid.) ;
- "الإضافة الحاصلة بين العالم والمعلوم" (Ibid.).

Les Logiciens partagent le 'Ilm en : Tassawwur et : Tasdîq pour, respectivement : le fait de Connaître un Terme, et le fait de Connaître une Proposition :
"التصور: حصول صورة الشيء في العقل. التصور هو إدراك الماهية من غير أن يحكم عليها بنفي أو إثبات"
(Kitâb ut-Ta'rîfât).
"صورة الشيء في الذهن، فإن كانت تلك الصورة وقوع نسبة بين الشيئين، أو لا وقوعها، فحصولها هو التصديق؛ وإلا فهو التصور" (Ibid.).

"أما التصور، فهو الإدراك الخالي عن الحكم" (Al-Mirqât, p. 3)
"و[أما التصديق، فهو] مجموع الحكم وتصورات الأطراف" (Al-Mirqât, p. 4).

Attention : Les termes Tassawwur et "Sûra" ici utilisés ne sont pas synonymes de Sûra au sens d'"Image".

Selon une définition, ce terme "'Ilm", pour "connaissance que l'homme a en son for intérieur au sujet d'une chose" (3), le "'Ilm" englobe la certitude (Yaqîn) que le connaissant a, ainsi que ce qui est en-deçà de la certitude, pourvu que cela soit plus élevé que le degré du douteux (mashkûk fîh) (Shar'h ul-'aqâ'ïd an-nassafiyya, pp. 10-11).
Selon une autre définition, le terme "'Ilm" désigne seulement la certitude (Yaqîn) (Ibid.).

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VIII) Récapitulatif au sujet du terme "'Ilm" (العلم) et de ses différents sens :

Comme nous l'avions dit plus haut, le terme "'Ilm" (Connaissance) renvoie à 2 choses :
– tantôt à : l'action de connaître, que le connaissant a vis-à-vis de la chose connue (3) (عمل العلم) ;
– tantôt à : ce que le connaissant a en son for intérieur au sujet de la chose connue (2) (المعلوم) (تسمية المفعول باسم الفعل، أو: علاقة سببية).

Selon une définition, ce terme "'Ilm" (3) englobe la certitude (Yaqîn) que le connaissant a, ainsi que ce qui est en-deçà de la certitude, pourvu que cela soit plus élevé que le degré du douteux (mashkûk fîh) (Shar'h ul-'aqâ'ïd an-nassafiyya, pp. 10-11).
Selon une autre définition, le terme "'Ilm" désigne seulement la certitude (Yaqîn) (Ibid.).

Ensuite, parfois, ce terme "'Ilm" (pour "la certitude", seulement) désigne : ce qui confère la certitude, autrement dit : la preuve (ما به العلم) (4) (تسمية السبب باسم المسبّب، أو: علاقة مسبّبيّة).
C'est le cas dans les versets suivants :
- "سَيَقُولُ الَّذِينَ أَشْرَكُواْ لَوْ شَاء اللّهُ مَا أَشْرَكْنَا وَلاَ آبَاؤُنَا وَلاَ حَرَّمْنَا مِن شَيْءٍ. كَذَلِكَ كَذَّبَ الَّذِينَ مِن قَبْلِهِم حَتَّى ذَاقُواْ بَأْسَنَا. قُلْ: هَلْ عِندَكُم مِّنْ عِلْمٍ فَتُخْرِجُوهُ لَنَا؟ إِن تَتَّبِعُونَ إِلاَّ الظَّنَّ وَإِنْ أَنتُمْ إَلاَّ تَخْرُصُونَ" : "Avez-vous une preuve, de sorte que vous la fassiez apparaître pour nous ? Vous ne faites que suivre ce qui est conjectural. Et vous ne faites qu'évaluer" (Coran 6/148).
- "إِنْ هِيَ إِلَّا أَسْمَاء سَمَّيْتُمُوهَا أَنتُمْ وَآبَاؤُكُم مَّا أَنزَلَ اللَّهُ بِهَا مِن سُلْطَانٍ إِن يَتَّبِعُونَ إِلَّا الظَّنَّ وَمَا تَهْوَى الْأَنفُسُ وَلَقَدْ جَاءهُم مِّن رَّبِّهِمُ الْهُدَى" (Coran 53/23).
- "إِنَّ الَّذِينَ لَا يُؤْمِنُونَ بِالْآخِرَةِ لَيُسَمُّونَ الْمَلَائِكَةَ تَسْمِيَةَ الْأُنثَى وَمَا لَهُم بِهِ مِنْ عِلْمٍ إِن يَتَّبِعُونَ إِلَّا الظَّنَّ وَإِنَّ الظَّنَّ لَا يُغْنِي مِنَ الْحَقِّ شَيْئًا" : "Ils n'en ont pas de preuve. Ils ne font que suivre ce qui est conjectural. Or ce qui est conjectural n'apporte rien par rapport à ce qui est établi" (Coran 53/27-28).

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IX) Les types du Savoir humain :

– Il y a le Savoir Théorique : c'est une somme de connaissances emmagasinées dans le cerveau de quelqu'un.

– Et il y a le Savoir Pratique : il s'agit du Savoir-Faire : c'est une somme de connaissances que quelqu'un a emmegasinées dans son cerveau, mais aussi en conformité avec lesquelles il a acquis l'aptitude à faire concrètement l'action.

On le voit avec la conduite en automobile : il faut, en sus de l'apprentissage du Code de la Route (de la théorie), des heures d'entraînement pratique, sous la conduite d'un moniteur, pour que l'on "se fasse la main" (selon l'expression consacrée). C'est pour cela qu'il y a aujourd'hui des stages en entreprises qui ont été rendus nécessaires avant la remise du diplôme : la théorie doit être alliée au concret.

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X) Quand c'est Dieu qui a connaissance de quelque chose (1), alors :

– la chose sue (1) de Lui, si elle est autre que Lui, est : créée ;
– ce qu'Il sait (2) de la chose est : incréé ;
– le fait pour Lui de connaître (3) cette chose est : incréé.

Par contre, quand c'est une créature qui sait quelque chose (1), alors :
– ce que cette créature sait (2) de la chose est : créé ;
– son action de connaissance (3) par rapport à cette chose est : créé.

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XI) Dieu enseigne à l'homme :

On trouve dans le Coran l'emploi du verbe "enseigner", avec "Dieu" comme sujet :

pour ce qu'Il a enseigné directement, par communication verbale révélée :
--- "الرَّحْمَنُ {55/1} عَلَّمَ الْقُرْآنَ {55/2} خَلَقَ الْإِنسَانَ {55/3} عَلَّمَهُ الْبَيَانَ {55/4" (Coran 55/1-4) ;
--- Lors de leur rencontre, al-Khidhr dit à Moïse (sur eux soit la paix) : "يا موسى إني على علم من علم الله علمنيه لا تعلمه أنت، وأنت على علم علمكه لا أعلمه" : "Moïse, je suis sur une connaissance relevant de la connaissance de Dieu, qu'Il m'a enseignée et que tu ne connais pas, toi. Et tu es sur une connaissance relevant de la connaissance de Dieu, qu'Il t'a enseignée et que je ne connais pas" (al-Bukhârî, n° 122 etc.) ;

mais aussi pour :
--- ce qu'Il a enseigné à l'homme par inspiration miraculeuse à caractère dunyawî : "وَوَرِثَ سُلَيْمَانُ دَاوُودَ وَقَالَ يَا أَيُّهَا النَّاسُ عُلِّمْنَا مَنطِقَ الطَّيْرِ وَأُوتِينَا مِن كُلِّ شَيْءٍ إِنَّ هَذَا لَهُوَ الْفَضْلُ الْمُبِينُ" : Salomon dit : "le langage des oiseaux nous a été enseigné" (Coran 27/16) ;
--- ce dont Il a permis (takwînan) qu'un homme en soit doué : "Et Nous ne lui [= à Muhammad] avons pas enseigné la poésie" : "وَمَا عَلَّمْنَاهُ الشِّعْرَ وَمَا يَنبَغِي لَهُ" (Coran 36/69) ; "Et que quelqu'un qui sait écrire ne refuse pas d'écrire. Comme Dieu le lui a enseigné, qu'il écrive !" : "وَلاَ يَأْبَ كَاتِبٌ أَنْ يَكْتُبَ كَمَا عَلَّمَهُ اللّهُ فَلْيَكْتُبْ" (Coran 2/282) ;
--- ce au sujet de quoi Il a permis (takwînan) à l'homme d'utiliser ses facultés pour le connaître : "Et les animaux de chasse auxquels vous avez enseigné, les dressant, vous leur enseignez de ce que Dieu vous a enseigné" : "وَمَا عَلَّمْتُمْ مِنَ الْجَوَارِحِ مُكَلِّبِينَ تُعَلِّمُونَهُنَّ مِمَّا عَلَّمَكُمُ اللَّهُ فَكُلُوا مِمَّا أَمْسَكْنَ عَلَيْكُمْ وَاذْكُرُوا اسْمَ اللَّهِ عَلَيْهِ" (Coran 5/4). Or ceci, Dieu l'a enseigné aux hommes en les guidant (hadâ) vers le fait d'utiliser les outils qu'Il leur a donnés.

Dieu a aussi enseigné à Adam le nom de chaque chose : "وَعَلَّمَ آدَمَ الأَسْمَاء كُلَّهَا ثُمَّ عَرَضَهُمْ عَلَى الْمَلاَئِكَةِ فَقَالَ أَنبِئُونِي بِأَسْمَاء هَؤُلاء إِن كُنتُمْ صَادِقِينَ {2/31} قَالُواْ سُبْحَانَكَ لاَ عِلْمَ لَنَا إِلاَّ مَا عَلَّمْتَنَا إِنَّكَ أَنتَ الْعَلِيمُ الْحَكِيمُ {2/32} قَالَ يَا آدَمُ أَنبِئْهُم بِأَسْمَآئِهِمْ فَلَمَّا أَنبَأَهُمْ بِأَسْمَآئِهِمْ قَالَ أَلَمْ أَقُل لَّكُمْ إِنِّي أَعْلَمُ غَيْبَ السَّمَاوَاتِ وَالأَرْضِ وَأَعْلَمُ مَا تُبْدُونَ وَمَا كُنتُمْ تَكْتُمُونَ {2/33" : "Il (= Dieu) "enseigna à Adam les noms, tous" (Coran 2/31).
--- Est-ce que toutes les langues sont des purs produits des sociétés humaines, ou est-ce qu'elles ont été enseignées aux hommes telles quelles par Dieu ?.
"والذين قالوا إنها توقيفية تنازعوا:
هل التوقيف بالخطاب أو بتعريف ضروري أو كليهما؟ فمن قال: إنها توقيفية وإن التوقيف بالخطاب فإنه ينبني على ذلك أن يقال: إنها غير مخلوقة؛ لأنها كلها من كلام الله تعالى. لكن نحن نعلم قطعا أن في أسماء الأعلام ما هو مرتجل وضعه الناس ابتداء فيكون التردد في أسماء الأجناس. وأيضا فإن تعليم الله لآدم بالخطاب لا يوجب بقاء تلك الأسماء بألفاظها في ذريته" (MF 12/447). Dieu a enseigné à Adam ces noms soit par Sa Parole, soit en créant en lui la connaissance naturelle et innée de cela. La première possibilité, Ibn Taymiyya la précise ainsi sur une autre page : "فالذين قالوا "إنها غير مخلوقة" يقولون: إنها توقيفية وإن التعليم هو بالخطاب؛ فيكون الله قد تكلم بالأسماء كلها، وكلام الله غير مخلوق" (MF 12/453). Il ajoute sur la première page que cela n'implique cependant pas que ces noms exacts que Dieu a enseignés à Adam en relation avec "toute chose" soient demeurés parmi sa descendance (MF 12/447).

Dieu a aussi placé en l'homme la connaissance de la distinction entre ce qui constitue le bien moral pour lui et ce qui constitue le mal moral pour lui : d'après l'un des deux commentaires, le verset suivant parle de cela : "وَنَفْسٍ وَمَا سَوَّاهَا فَأَلْهَمَهَا فُجُورَهَا وَتَقْوَاهَا" : "Et par l'âme humaine et Celui qui l'a façonnée, puis lui a inspirée (ce qui constitue) sa piété et (ce qui constitue) son mal" (Coran 91/7-8). "قوله تعالى: فألهمها أي عرّفها، كذا روى ابن أبي نجيح عن مجاهد: أي عرّفها طريق الفجور والتقوى. وقال ابن عباس وعن مجاهد أيضا: عرّفها الطاعة والمعصية. (...) وقال الفراء: فألهمها قال: عرّفها طريق الخير وطريق الشر، كما قال: وهديناه النجدين [البلد: 10]" (Tafsîr ul-Qurtubî). "قوله: فألهمها فجورها وتقواها: الإلهام: إيقاع الشيء في النفس" (Zâd ul-massîr). Ici il s'agit d'avoir créé en l'homme la connaissance naturelle de cela.
Le terme coranique "Hidâya" a tantôt ce sens de "montrer", "faire connaître" (comme dans : "وَهَدَيْنَاهُ النَّجْدَيْنِ", dans : "إِنَّا هَدَيْنَاهُ السَّبِيلَ إِمَّا شَاكِرًا وَإِمَّا كَفُورًا", et dans : "وَأَمَّا ثَمُودُ فَهَدَيْنَاهُمْ فَاسْتَحَبُّوا الْعَمَى عَلَى الْهُدَى").
D'après l'un des deux commentaires, c'est également à cela que réfère le hadîth suivant : "عن أبي الأسود الديلي، قال: قال لي عمران بن الحصين: أرأيت ما يعمل الناس اليوم ويكدحون فيه، أشيء قضي عليهم ومضى عليهم من قدر ما سبق؟ أو فيما يستقبلون به مما أتاهم به نبيهم، وثبتت الحجة عليهم؟ فقلت: بل شيء قضي عليهم، ومضى عليهم! قال فقال: أفلا يكون ظلما؟ قال: ففزعت من ذلك فزعا شديدا وقلت: كل شيء خلق الله وملك يده، فلا يسأل عما يفعل وهم يسألون! فقال لي: يرحمك الله! إني لم أرد بما سألتك إلا لأحزر عقلك! إن رجلين من مزينة أتيا رسول الله صلى الله عليه وسلم فقالا: "يا رسول الله أرأيت ما يعمل الناس اليوم ويكدحون فيه، أشيء قضي عليهم ومضى فيهم من قدر قد سبق، أو فيما يستقبلون به مما أتاهم به نبيهم وثبتت الحجة عليهم؟" فقال: "لا، بل شيء قضي عليهم ومضى فيهم. وتصديق ذلك في كتاب الله عز وجل: ونفس وما سواها فألهمها فجورها وتقواها" (Muslim, 2650 : on note que Imrân ibn Husayn a pour sa part plutôt compris ce hadîth comme se référant au Qadar).

Dieu a placé en l'homme la connaissance globale (ijmâlî) de ce qui est moralement bien et de ce qui est moralement mal.

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Ce sont les démons qui enseignent à l'homme la connaissance des voies pour réaliser le mal, ce dont il aurait mieux fait de ne pas les connaître :
"وَمَا كَفَرَ سُلَيْمَانُ وَلَكِنَّ الشَّيْاطِينَ كَفَرُواْ يُعَلِّمُونَ النَّاسَ السِّحْرَ" : "Alors que Salomon n'a pas fait de kufr. Ce sont ces djinns qui ont fait kufr, enseignant aux hommes la magie" (Coran 2/102)
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XII) Lorsqu'une personne Y accepte le Ma'lûm qu'une personne X lui communique, ce Ma'lûm devient celui de la personne Y aussi :

Le fait de savoir, cela se transmet d'une personne à une autre, par le Ta'lîm.

Lorsqu'une autre personne accepte le Ma'lûm que la première personne lui a communiqué, ce Ma'lûm devient le sien aussi.

D'où la remarque de al-Khidhr à Moïse : "يا موسى ما نقص علمي وعلمك من علم الله إلا كنقرة هذا العصفور في البحر" : "Ma connaissance et ta connaissance n'ont diminué [= ne représentent], de la Connaissance de Dieu, que ce que la becquetée de ce moineau de la mer (représente par rapport à toute la mer)" (al-Bukhârî, 122 etc.).

Pourtant, il lui avait bien dit aussi : "يا موسى إني على علم من علم الله علمنيه لا تعلمه أنت، وأنت على علم علمكه لا أعلمه" : "Moïse, je suis sur une connaissance relevant de la connaissance de Dieu, qu'Il m'a enseignée et que tu ne connais pas, toi. Et tu es sur une connaissance relevant de la connaissance de Dieu, qu'Il t'a enseignée et que je ne connais pas" (al-Bukhârî, n° 122 etc.).

En fait, dans le premier passage, al-Khidhr a voulu dire à Moïse : "La connaissance que Dieu m'a donnée et pas à toi, ainsi la connaissance qu'Il t'a donnée et pas à moi, ne représentent, de la totalité de la Connaissance de Dieu, que ce que la becquetée de ce moineau de la mer (représente par rapport à toute la mer)".

De tout "ce que Dieu sait", Il en a enseigné une petite partie à l'homme, et cela devient alors aussi : "ce que l'homme sait".

Cela à la différence de la Parole : son contenu (qui est une Ma'lûm) devient lui aussi un connu (Ma'lûm) de la personne qui l'entend ou à qui elle parvient ; cependant, la Parole, elle, reste toujours "la Parole de celui qui l'a prononcée le premier".

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XIII) Quelques nuances :

– Tout Tak'lîm est aussi un Ta'lîm.

– Cependant, un Ta'lîm n'est pas toujours le résultat d'un Tak'lîm (même au sens général du terme) (car il se peut que le Ta'lîm se soit fait par la simple création des éléments sus, en le for intérieur, sans kalâm, c'est-à-dire sans flux provenant de Dieu : "والذين قالوا إنها توقيفية تنازعوا: هل التوقيف بالخطاب أو بتعريف ضروري أو كليهما؟ فمن قال: إنها توقيفية وإن التوقيف بالخطاب فإنه ينبني على ذلك أن يقال: إنها غير مخلوقة؛ لأنها كلها من كلام الله تعالى. لكن نحن نعلم قطعا أن في أسماء الأعلام ما هو مرتجل وضعه الناس ابتداء فيكون التردد في أسماء الأجناس. وأيضا فإن تعليم الله لآدم بالخطاب لا يوجب بقاء تلك الأسماء بألفاظها في ذريته" : MF 12/447).
"وتكليم الله لعباده على ثلاثة أوجه: من وراء حجاب، كما كلم موسى؛ وبإرسال رسول، كما أرسل الملائكة إلى الأنبياء؛ وبالإيحاء. وهذا فيه للولي نصيب؛ وأما المرتبتان الأوليان، فإنهما للأنبياء خاصة" (MF 2/228).
Même lorsque le Ta'lîm est le résultat d'un Tak'lîm ullâh, ce que l'homme construit lui-même en prolongeant ce Ta'lîm ijmâlî ne relève pas du Tak'lîm ullâh (même au sens général du terme), puisque étant le pur produit de l'homme.

Quant à la Da'wa, l'appel, Dieu ne fait que la Da'wa de tous les hommes vers le bien tashrî'î. Ce sont les démons qui font la Da'wa de tous les hommes vers le mal tashrî'î.

Pour ce qui est du Tawfîq ullâh, cela n'est que de la Irâda Takwîniyya : Dieu veut que telle personne précise fasse le bien tashrî'î. Le terme coranique "Hidâya" a tantôt ce sens de "guider concrètement" (comme dans : "اهدِنَا الصِّرَاطَ المُستَقِيمَ").

Par ailleurs, Dieu fait Ilhâm (au sens de Tak'lîm : "ce qui est insufflé dans le for intérieur de l'homme") seulement de ce qui est bien takwînî ainsi que de ce qui est bien tashrî'î : Dieu oriente telle personne vers la voie de ce bien.
Ce sont les démons qui font Ilhâm du mal moral : ils insufflent à la personne des doutes. Même si ce Ilhâm des démons aussi se produit en suivant la Irâda takwîniyya de Dieu, ce n'est jamais Dieu qui insuffle du mal dans le for intérieur de l'homme : ce que Dieu fait c'est qu'Il n'accorde pas à la personne Son Aide et Sa Protection, et les suggestions du démon font tout leur effet sur cette personne.
(Je ne parle pas, ici, de Ilhâm au sens de créer en lui la connaissance naturelle, Ta'lîm Ijmâlî : "وَنَفْسٍ وَمَا سَوَّاهَا فَأَلْهَمَهَا فُجُورَهَا وَتَقْوَاهَا" : "Et par l'âme humaine et Celui qui l'a façonnée, puis lui a inspirée (ce qui constitue) sa piété et (ce qui constitue) son mal" (Coran 91/7-8). "قوله تعالى: فألهمها أي عرّفها، كذا روى ابن أبي نجيح عن مجاهد: أي عرّفها طريق الفجور والتقوى. وقال ابن عباس وعن مجاهد أيضا: عرّفها الطاعة والمعصية. (...) وقال الفراء: فألهمها قال: عرّفها طريق الخير وطريق الشر، كما قال: وهديناه النجدين [البلد: 10]" (Tafsîr ul-Qurtubî). "قوله: فألهمها فجورها وتقواها: الإلهام: إيقاع الشيء في النفس" (Zâd ul-massîr))

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XIV) Les outils d'acquisition de la connaissance humaine : "Et Dieu vous a fait sortir du ventre de vos mères, vous ne saviez alors rien, et Il vous a donné l'ouïe, les vues et les cœurs, peut-être serez-vous reconnaissants" : "وَاللّهُ أَخْرَجَكُم مِّن بُطُونِ أُمَّهَاتِكُمْ لاَ تَعْلَمُونَ شَيْئًا وَجَعَلَ لَكُمُ الْسَّمْعَ وَالأَبْصَارَ وَالأَفْئِدَةَ لَعَلَّكُمْ تَشْكُرُونَ" (Coran 16/78) (voir par ailleurs : Coran 23/78 ; 32/9 ; 67/23) :

Ce verset évoque 3 outils que Dieu a donnés à l'homme, par lesquels il accède à la connaissance ("ومقصود الآية: أن الله تعالى أبان نعمه عليهم حيث أخرجهم جهالا بالأشياء، وخلق لهم الآلات التي يتوصلون بها إلى العلم" : Zâd ul-massîr).

Les outils par lesquels l'homme acquiert la connaissance sont au nombre de 3 + 1.
En effet, l'homme dispose de :
– ses Sens (Hawâss), qui lui communiquent des informations au sujet de son être physique, ou du monde extérieur. Le sens le plus performant qu'il a, pour ce qui lui provient du monde extérieur, est sa Vue (Bassar) ;
– son Intelligence Intérieure (Fu'âd), du Cœur (Qalb), qui lui "souffle" des choses ;
– son Ouïe (Sam'), qui lui communique les informations (khabar) qu'il reçoit par la Parole d'autrui ; cela englobe, par extension, le fait de lire la Parole écrite ;
– sa Raison ('Aql), qui travaille sur tous les matériaux venant d'être évoqués.

Le Cœur (Qalb) est : "لطيفة ربانية لها بهذا القلب الجسماني الصنوبري الشكل المودع في الجانب الأيسر من الصدر تعلق" (Kitâb ut-Ta'rîfât).
Y a-t-il une différence entre Fu'âd et Qalb ? Soit il n'y a pas de différence entre les deux, soit l'un des deux est plus restreint que l'autre : "والفؤاد: القلب؛ وقيل: وسطه؛ وقيل: الفؤاد غشاء القلب، والقلب حبته وسويداؤه" (Lissân ul-'Arab). "المشهور أن الفؤاد هو القلب؛ فعلى هذا يكون كرر لفظ القلوب بلفظين وهو أولى من تكريره بلفظ واحد. وقيل: الفؤاد غير القلب؛ وهو عين القلب؛ وقيل: باطن القلب؛ وقيل: غشاء القلب" (Shar'h Muslim de an-Nawawî). Certains disent aussi que dans le Coran le Fu'âd est la faculté du Cœur, comme le Bassar est la faculté de l'œil, et le Sam' est la faculté de l'oreille : la mise en parallèle de ces deux versets semble aller dans ce sens :
--- "
وَجَعَلَ لَكُمُ الْسَّمْعَ وَالأَبْصَارَ وَالأَفْئِدَةَ" (Coran 23/78) ;
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"لَهُمْ قُلُوبٌ لاَّ يَفْقَهُونَ بِهَا وَلَهُمْ أَعْيُنٌ لاَّ يُبْصِرُونَ بِهَا وَلَهُمْ آذَانٌ لاَّ يَسْمَعُونَ بِهَا أُوْلَئِكَ كَالأَنْعَامِ بَلْ هُمْ أَضَلُّ أُوْلَئِكَ هُمُ الْغَافِلُونَ" (Coran 7/179).
Je penche vers le fait qu'il y a bien une différence :
--- le Qalb est le Cœur, qui ne contient que du bien : "لَهُمْ قُلُوبٌ لاَّ يَفْقَهُونَ بِهَا وَلَهُمْ أَعْيُنٌ لاَّ يُبْصِرُونَ بِهَا وَلَهُمْ آذَانٌ لاَّ يَسْمَعُونَ بِهَا أُوْلَئِكَ كَالأَنْعَامِ بَلْ هُمْ أَضَلُّ أُوْلَئِكَ هُمُ الْغَافِلُونَ" (Coran 7/179) ;
--- le Fu'âd, lui, est la faculté intérieure, qui est celle du Qalb, mais dans laquelle interfère aussi le Hawâ, lorsque le Qalb est voilé. C'est ce qui explique que cette faculté peut s'exercer dans le bien : "رَّبَّنَا إِنِّي أَسْكَنتُ مِن ذُرِّيَّتِي بِوَادٍ غَيْرِ ذِي زَرْعٍ عِندَ بَيْتِكَ الْمُحَرَّمِ رَبَّنَا لِيُقِيمُواْ الصَّلاَةَ فَاجْعَلْ أَفْئِدَةً مِّنَ النَّاسِ تَهْوِي إِلَيْهِمْ وَارْزُقْهُم مِّنَ الثَّمَرَاتِ لَعَلَّهُمْ يَشْكُرُونَ" (Coran 4/37) ; comme elle peut s'exercer dans le mal : "وَكَذَلِكَ جَعَلْنَا لِكُلِّ نِبِيٍّ عَدُوًّا شَيَاطِينَ الإِنسِ وَالْجِنِّ يُوحِي بَعْضُهُمْ إِلَى بَعْضٍ زُخْرُفَ الْقَوْلِ غُرُورًا وَلَوْ شَاء رَبُّكَ مَا فَعَلُوهُ فَذَرْهُمْ وَمَا يَفْتَرُونَ {6/112} وَلِتَصْغَى إِلَيْهِ أَفْئِدَةُ الَّذِينَ لاَ يُؤْمِنُونَ بِالآخِرَةِ وَلِيَرْضَوْهُ وَلِيَقْتَرِفُواْ مَا هُم مُّقْتَرِفُونَ {6/113}" (Coran 6/112-113). Cela comme la faculté de Bassar et celle de Sam' peuvent se fourvoyer : "مَا زَاغَ الْبَصَرُ وَمَا طَغَى" (Coran 53/17), "وَمَثَلُ الَّذِينَ كَفَرُواْ كَمَثَلِ الَّذِي يَنْعِقُ بِمَا لاَ يَسْمَعُ إِلاَّ دُعَاء وَنِدَاء" (Coran 2/171).
Cela explique pourquoi l'homme sera questionné au sujet de son Fu'âd aussi : "وَلاَ تَقْفُ مَا لَيْسَ لَكَ بِهِ عِلْمٌ إِنَّ السَّمْعَ وَالْبَصَرَ وَالْفُؤَادَ كُلُّ أُولئِكَ كَانَ عَنْهُ مَسْؤُولاً" (Coran 17/36).

Quant à la Raison ('Aql), il s'agit, dit Ibn Taymiyya, de "la qualité qui est présente en la personne réfléchissant" : "والمقصود هنا أن اسم العقل عند المسلمين وجمهور العقلاء إنما هو صفة وهو الذي يسمى عرضا قائما بالعاقل. وعلى هذا دل القرآن في قوله تعالى: {لعلكم تعقلون}، وقوله: {أفلم يسيروا في الأرض فتكون لهم قلوب يعقلون بها}، وقوله: {قد بينا لكم الآيات لعلكم تعقلون} ونحو ذلك مما يدل على أن العقل مصدر عقل يعقل عقلا. (...) ثم من الناس من يقول: العقل هو "علوم ضرورية." ومنهم من يقول: العقل هو "العمل بموجب تلك العلوم." والصحيح أن اسم العقل يتناول هذا وهذا. وقد يراد بالعقل: نفس الغريزة التي في الإنسان التي بها يعلم ويميز ويقصد المنافع دون المضار. كما قال أحمد بن حنبل والحارث المحاسبي وغيرهما: "إن العقل غريزة." وهذه الغريزة ثابتة عند جمهور العقلاء كما أن في العين قوة بها يبصر، وفي اللسان قوة بها يذوق، وفي الجلد قوة بها يلمس عند جمهور العقلاء" (MF 9/287).
Cette faculté a-t-elle son siège dans le cerveau, ou bien dans le muscle cardiaque ? Lire à ce sujet : Est-ce le cerveau ou le cœur qui est le siège de la raison ?

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Détail de tout cela...

La faculté de Raisonnement ('Aql) n'apporte pas, à elle seule, de connaissance à l'homme. Son action ne vient que compléter ce que les sens, le cœur et l'information ont fourni comme matériau.

Par les informations qu'il reçoit venant de ses Sens (Hawâss), l'homme prend connaissance des tassawwur individuels (juz'î). Sa Raison en déduit la catégorie générale (kullî / naw').
– Par les informations qu'il reçoit venant de ses Sens, l'homme prend connaissance des tasdîqât qu'il a dûment observées. Sa Raison en déduit des règles générales, par induction (istiqrâ').
Ainsi, quand il est dit : "L'homme a été créé faible" : "يُرِيدُ اللّهُ أَن يُخَفِّفَ عَنكُمْ وَخُلِقَ الإِنسَانُ ضَعِيفًا" (Coran 4/28), on parle de l'espèce humaine de façon générale, mais c'est la raison qui se représente l'homme en tant qu'espèce de sorte qu'elle est capable d'appréhender qu'un prédicat lui est ainsi attribué. Sinon, dans le monde réel, il n'existe que des individus hommes, et pas une espèce appréhendée en tant que tout. "ليس في الخارج إنسان مشترك كلي يشترك فيه هذا وهذا، بل كل إنسان يختص بذاته وصفاته، لا يشاركه غيره في شيء مما قام به قط. وإذا قيل: الإنسانية مشتركة أو الحيوانية، فالمراد أن في هذا حيوانية وإنسانية تشابه ما في هذا من الحيوانية والإنسانية، ويشتركان في مسمى الإنسانية والحيوانية، وذلك المسمى إذا أخذ مشتركا كليا لم يكن إلا في الذهن. وهو تارة يوجد مطلقا بشرط الإطلاق، فلا يكون إلا في الذهن عند عامة العقلاء، إلا من أثبت المثل الأفلاطونية في الخارج. وتارة يوجد مطلقا لا بشرط الإطلاق بحيث يتناول المعينات، وهذا قد يقال: إنه موجود في الخارج، وهو موجود في الخارج معينا مقيدا مخصوصا. فيقال: هذا الإنسان، وهذا الحيوان، وهذا الفرس، وأما وجوده في الخارج مع كونه مشتركا في الخارج فهذا باطل. ولهذا كان من المعروف عندهم أن الكليات ثابتة في الأذهان لا في الأعيان. ومن قال: "إن الكلي الطبيعي موجود في الخارج" فمعناه الصحيح أن ما هو كلي إذا كان في الذهن يوجد في الخارج، لكن لا يوجد في الخارج كليا" : MS 3/177).

Par son Cœur (Qalb), l'homme a connaissance de l'existence de Dieu, ainsi que du bien et du mal globaux.
--- Ensuite sa Raison amène l'homme à juger (parfois à raison, d'autres fois à tort) qu'est-ce qui, du bien et du mal que telle action comporte dans telle situation, l'emporte sur l'autre.

Par les informations qu'il reçoit pour les avoir Entendues d'autrui (Sam'), l'homme apprend des choses individuelles ainsi que des choses générales, relevant de ce qu'il n'avait pas constatées de lui-même (et ce, que cela relève du domaine de la Shahâda ou du domaine du Ghayb). Car :
--- il est des informations que l'homme entend d'autres humains ;
--- et il est d'autres informations qu'il entend de la Révélation : cela porte justement le nom spécifique : "ce qui a été entendu" (Sam'î).
Ici il faut préciser que les informations Entendues d'autrui n'apportent de connaissances à l'homme qu'en complément des informations qu'il avait déjà reçues par le biais des sens. En effet, la chose dont quelqu'un informe l'homme, soit l'homme l'avait déjà observée elle-même, soit il avait déjà observé un autre individu de la même catégorie qu'elle, soit il avait déjà observé quelque chose ayant des points communs avec elle.
--- Ensuite, sa Raison amène l'homme à juger (parfois à raison, d'autres fois à tort) de la véracité ou de la fausseté de l'information qu'il a reçue.

Par ailleurs, la Raison a aussi comme action (laquelle traverse tous les cas venant d'être cités) de procéder, à partir des éléments dont il a connaissance, à des analogies (qiyâs) au sujet d'éléments dont il n'a pas connaissance, ou pas connaissance complète.

----- Quant à l'Expérience, Tajriba, elle est liée à ce que l'homme observe et ce qu'il entend d'autrui : une plus longue expérience permet de connaître mieux comment les autres humains se comportent ("on ne se fait pas piquer deux fois du même antre"), et aussi comment les joies laissent parfois la place à des problèmes ("on sait mieux prendre du recul").

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XV) Les degrés de certitude sur les données du Savoir théorique :

Lire à ce sujet :

--- Les degrés de certitude relatifs à un propos donné : il y a la certitude (اليقين), la présomption (الظنّ), le doute (الشكّ)... et d'autres degrés intermédiaires ;

--- Ce qui est rapporté du Prophète (sur lui soit la paix) par Khabaru wâhidin, est-on certain (qat') qu'il l'a dit, fait, approuvé ? ou n'en a-t-on que la présomption (zann) ? ;

--- Face à des argumentations divergentes, il y a : - les cas où on peut (et on doit) être certain de la rectitude de tel avis (الجزم مع القطع بـ) ; - les cas où il s'agit d'affirmer de façon ferme que c'est tel avis qui est correct (الجزم) ; - les cas où il s'agit de donner préférence à tel avis (الترجيح) ; - les cas où il s'agit de pencher vers tel avis (الميلان) ; - les cas où il s'agit de ne pas se prononcer (التوقف).

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XVI) Par rapport au comportement de la personne : il y a l'Instruction (Ta'lîm) mais il y a aussi l'Education (Tarbiya) :

Le Ta'lîm consiste à transmettre à une autre personne un Savoir que l'on a.

La Tarbiya, c'est par contre transmettre un Savoir Pratique, un Comportement : cela a pour objectif un Savoir-Etre (voir le point IX, plus haut).

On perçoit très bien cette distinction dans l'énoncé des 4 missions du Prophète (sur lui soit la paix) :

- la 1ère mission) "يَتْلُو عَلَى الناس آيَاتِ الله" : "il récite devant eux les Signes de Dieu" : "أي يَتْلُو عَلَى الناس لفظ القرآن، فيُعَلِّمُهُمْ لفظ القرآن" : c'est-à-dire qu'il devait transmettre le texte du Coran, qui est la Parole de Dieu, entendue par l'ange Gabriel et retransmise par lui au Prophète ;
- la 2nde mission) "يُعَلِّمُهُمُ الْكِتَابَ" : "il leur enseigne le Livre" : "أي يُعَلِّمُهُمْ معنى القرآن" : c'est-à-dire qu'il leur enseignait le sens du texte coranique ;
- la 3ème mission) "يُعَلِّمُهُمُ الْحِكْمَةَ" : "il leur enseigne la Sagesse" : "أي يُعَلِّمُهُمُ السنَّة" : "la Sagesse" ici mentionnée est la Sunna : c'est-à-dire qu'il leur enseignait les choses supplémentaires ne figurant pas dans le texte du Coran mais constituant le prolongement de celui-ci ;
- la 4ème mission) "يُزَكِّيهِمْ" : "il les purifie" : "أي يُزَكِّيهِمْ من الشرك، ويُرَبِّيْهم" : c'est-à-dire qu'il les faisait quitter concrètement l'associationnisme (ash-shirk billâh), et les éduquait spirituellement et moralement, les amenait à vivre concrètement tous les autres enseignements également (ceux mentionnés en 2 et en 3) ("والتزكية تعني أن الرسول صلى الله عليه وسلم يُرَبِّيْ أصحابَه على القرآن الكريم، بحيث يتحوَّل القرآن من مجرد كتاب مكتوب ومقروء إلى واقع حياة عملية، تتحقق على ظهر الأرض" : Salmân al-'Awda).

Les 1ère, 2nde et 3ème missions consistent en le Ta'lîm, l'enseignement pur des choses lui ayant été révélées.

Alors que la 4ème mission, elle, consiste en la Tarbiya, l'éducation pratique des gens, de sorte que l'enseignement leur ayant été prodigué ne demeure pas chez ces gens synonyme de seulement "découvrir des choses nouvelles, les mémoriser et les répéter à d'autres", mais devienne également quelque chose de pratique et de concret.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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