A partir de quel moment le jeûne débute-t-il nécessairement (de sorte qu'il est, depuis ce moment, interdit de s'alimenter, boire et avoir des relations intimes) : au début du lever de l'aube (moment B.A) ? lorsque l'aube devient claire à l'horizon (moment B.B) ? ou bien juste avant le lever de l'aube (moment A.z) ? - Et qu'en est-il de l'Imsâk (considérer recommandé de s'arrêter de manger et boire environ 15 minutes avant l'aube) ?

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I) Le verset du Coran relatif à ce sujet se lit ainsi :

"A été rendu licite pour vous le fait, pendant la nuit du jeûne, d'aller auprès de vos épouses ; elles sont un vêtement pour vous, et vous êtes un vêtement pour elles. Dieu a su que vous trahissiez vos personnes, alors Il a passé dessus pour vous. Aussi, maintenant ayez des relations intimes avec elles et recherchez ce que Dieu a écrit pour vous, et mangez, et buvez, jusqu'à ce que le fil blanc - c'est-à-dire l'aube - devienne clair (se distinguant) pour vous du fil noir. Ensuite complétez le jeûne jusqu'à la nuit" : "فَالآنَ بَاشِرُوهُنَّ وَابْتَغُواْ مَا كَتَبَ اللّهُ لَكُمْ وَكُلُواْ وَاشْرَبُواْ حَتَّى يَتَبَيَّنَ لَكُمُ الْخَيْطُ الأَبْيَضُ مِنَ الْخَيْطِ الأَسْوَدِ مِنَ الْفَجْرِ ثُمَّ أَتِمُّواْ الصِّيَامَ إِلَى الَّليْلِ" (Coran 2/287).

La nuit débute avec le coucher complet du disque solaire. La journée prend alors fin ; les traces de celle-ci (ash-shafaq) demeurent cependant à l'ouest, pour s'estomper progressivement à mesure que la nuit s'étend, de l'est vers l'ouest, et finir par disparaître totalement (sauf dans certaines latitudes élevées, en été). C'est bien cette survenue de la nuit, suivie de son étendue et du fait qu'elle prend la place de la journée, qui sont évoquées dans ce hadîth : "Lorsque la nuit s'avance depuis ici* et que la journée s'éloigne depuis ici**, et que le soleil s'est couché, le jeûneur rompt son jeûne" : "عن عمر بن الخطاب رضي الله عنه، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "إذا أقبل الليل من ها هنا، وأدبر النهار من ها هنا، وغربت الشمس، فقد أفطر الصائم" (al-Bukhârî, 1853, Muslim, 1100) ; * l'est ; ** l'ouest.
Dans le verset suivant, il est dit : "(Dieu) recouvre la journée par la nuit" : "يُغْشِي اللَّيْلَ النَّهَار" (Coran 7/54). En fait, ce qui recouvre quelque chose étant comparable à un cache, ici la nuit a été présentée comme recouvrant la journée.
Par contre, au verset suivant, c'est la clarté diurne qui a été comparée à la peau recouvrant la chair de l'animal, laquelle clarté est, telle cette peau, enlevée au fur et à mesure de l'avancée de la nuit : "et voilà qu'ils sont dans l'obscurité" : "وَآيَةٌ لَّهُمْ اللَّيْلُ نَسْلَخُ مِنْهُ النَّهَارَ فَإِذَا هُم مُّظْلِمُونَ" (Coran 36/37). "فإذا أزيل النور، عادت الظلمة؛ فشبّه ذلك بسلخ الجلد عن الحيوان" (At-Tahrîr wa-t-tanwîr).

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Pour en revenir au verset 2/287, on note que si dans le verset parlant de la nuit d'al-Qadr (Laylat ul-Qadr), Dieu a employé la formule : "هِيَ حَتَّى مَطْلَعِ الْفَجْرِ" : "... Elle est, [renfermant toutes ces vertus,] jusqu'au moment du lever de l'aube" (Coran 97/5), en revanche, au verset 2/287, Dieu n'a pas dit : "Aussi, maintenant ayez des relations intimes avec elles, et mangez, et buvez, jusqu'au moment du lever de l'aube", "وَكُلُواْ وَاشْرَبُواْ حَتَّى مَطْلَعِ الْفَجْرِ", ni : "jusqu'à ce que l'aube se lève", "وَكُلُواْ وَاشْرَبُواْ حَتَّى يطْلُعَ الْفَجْرُ".
Il a dit : "وَكُلُواْ وَاشْرَبُواْ حَتَّى يَتَبَيَّنَ لَكُمُ الْخَيْطُ الأَبْيَضُ مِنَ الْخَيْطِ الأَسْوَدِ مِنَ الْفَجْرِ", "jusqu'à ce que le fil blanc - c'est-à-dire l'aube - devienne clair (se distinguant) pour vous du fil noir".

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Primo :

Les termes "الْخَيْطُ الأَبْيَضُ", "le fil blanc", et "الْخَيْطِ الأَسْوَدِ", "le fil noir", ne sont pas à appréhender en leur sens premier : il ne s'agit pas de deux véritables fil blanc et fil noir à tenir dans sa main : il s'agit respectivement de "la blancheur du jour" et de "l'obscurité de la nuit". Comme le Messager de Dieu l'a expliqué à 'Adî ibn Hâtim : "Il ne s'agit que de la noirceur de la nuit et de la blancheur du jour" : "عن الشعبي، عن عدي بن حاتم رضي الله عنه، قال: "لما نزلت: {حتى يتبين لكم الخيط الأبيض من الخيط الأسود}، عمدت إلى عقال أسود، وإلى عقال أبيض، فجعلتهما تحت وسادتي، فجعلت أنظر في الليل، فلا يستبين لي. فغدوت على رسول الله صلى الله عليه وسلم، فذكرت له ذلك فقال: "إنما ذلك سواد الليل وبياض النهار" (al-Bukhârî 1817), "إن وسادتك لعريض، إنما هو سواد الليل، وبياض النهار" (Muslim 1090). En fait nous avons ici une métaphore directe (استعارة), laquelle sous-entend donc naturellement une comparaison (تشبيه).
Quant à la particule "min" dans "مِنَ الْفَجْرِ", elle est [possiblement] du type "bayâniyya" (FB 4/173), signifiant donc : "c'est-à-dire : l'aube".
Ci-après, "الْفَجْر", le mot "l'aube", sera ainsi - sur le plan du sens - considéré comme le sujet du verbe "يَتَبَيَّنَ", "devient clair". Le sens de cette proposition est dès lors : "حَتَّى يَتَبَيَّنَ لَكُمُ الْفَجْرُ مِنَ اللَّيْل" : "jusqu'à ce que l'aube devienne claire (se distinguant) pour vous de la nuit".

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Secundo :

Y a-t-il une différence entre la limite induite par : "حَتَّى مَطْلَعِ الْفَجْرِ", "jusqu'au moment du lever de l'aube", et celle induite par : "حَتَّى يَتَبَيَّنَ لَكُمُ الْخَيْطُ الأَبْيَضُ مِنَ الْخَيْطِ الأَسْوَدِ مِنَ الْفَجْرِ", "jusqu'à ce que le fil blanc - c'est-à-dire l'aube - devienne clair (se distinguant) pour vous du fil noir" ?...

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--- "Tabayyana li" signifie en premier lieu : "devenir clair, évident, à (quelqu'un)". On le voit très bien dans ces versets : "فَلَمَّا تَبَيَّنَ لَهُ أَنَّهُ عَدُوٌّ لِلّهِ تَبَرَّأَ مِنْهُ" (Coran 9/114) et : "سَنُرِيهِمْ آيَاتِنَا فِي الْآفَاقِ وَفِي أَنفُسِهِمْ حَتَّى يَتَبَيَّنَ لَهُمْ أَنَّهُ الْحَقُّ" (Coran 41/53).

--- "Tabayyana min" sous-entend (tadhmîn) aussi le sens de : "se distinguer de" : "لاَ إِكْرَاهَ فِي الدِّينِ قَد تَّبَيَّنَ الرُّشْدُ مِنَ الْغَيِّ" (Coran 2/256). "تبيّن" هنا ضمنت معنى "تميّز". وكلما جاءت "مِن" بعد "تبيَّن"، فإنها مضمنة معنى التميز" (Tafsîr Ibn il-'Uthaymîn).

(--- "Tabayyana" signifie aussi : "rendre clair pour soi", fût-ce involontairement, comme dans : "فَلَمَّا خَرَّ تَبَيَّنَتِ الْجِنُّ أَن لَّوْ كَانُوا يَعْلَمُونَ الْغَيْبَ مَا لَبِثُوا فِي الْعَذَابِ الْمُهِينِ" : Coran 34/14 ; dans les deux autres versets suivants il signifie : "rendre clair pour soi volontairement", donc : "bien vérifier" : "يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ إِذَا ضَرَبْتُمْ فِي سَبِيلِ اللّهِ فَتَبَيَّنُواْ وَلاَ تَقُولُواْ لِمَنْ أَلْقَى إِلَيْكُمُ السَّلاَمَ لَسْتَ مُؤْمِنًا", et : "يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا إِن جَاءكُمْ فَاسِقٌ بِنَبَأٍ فَتَبَيَّنُوا أَن تُصِيبُوا قَوْمًا بِجَهَالَةٍ فَتُصْبِحُوا عَلَى مَا فَعَلْتُمْ نَادِمِينَ" : Coran 4/94 et Coran 49/6 respectivement.)

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----- Dans ce verset 2/287, le focus est-il sur le terme "الْفَجْرِ", de sorte que la proposition subordonnée signifie tout simplement la même chose que "حَتَّى مَطْلَعِ الْفَجْرِ", à savoir : "حتى يَطلُعَ الفجرُ الصادق، متميّزًا من سواد الليل، فتستطيعُوا - إذا نظرتُم إلى الأفق الشرقيّ - أن تَرَوه", "jusqu'à ce que l'aube apparaisse, se distinguant de l'obscurité de la nuit, et devenant visible pour vous lorsque vous regardez vers l'horizon oriental" (c'est l'avis le plus répandu) ?

----- Ou bien le focus y est-il sur les deux mots "يَتَبَيَّنَ" et, plus loin, "الْفَجْرِ", ce qui fait que cette proposition signifie en fait :
-------- "حتى يَصيرَ الفجرُ الصادق بَيِّنًا لكم - إذا نظرتُم إلى الأفق الشرقيّ -، متميّزًا من سواد الليل، وهذا بأن ينتشر شيئًا في الأفق", "jusqu'à ce que l'aube, se distinguant de l'obscurité de la nuit, devienne claire pour vous lorsque vous regardez vers l'horizon oriental, et ce par le fait que l'aube s'élargisse quelque peu dans le ciel" (c'est ce qui correspond à l'un des deux avis présents dans l'école hanafite, comme nous le verrons plus bas) ?
-------- voire : "حتى يصيرَ الفجرُ الصادق بَيِّنًا لكم - متميّزًا من سواد الليل - إلى درجة أن ينتشر ضوء الفجر في السكك والطرق", "jusqu'à ce que l'aube, se distinguant de l'obscurité de la nuit, devienne claire pour chaque personne regardant vers l'horizon oriental, et ce par le fait que la luminosité qu'apporte l'aube se répande dans les chemins" (c'est l'avis de al-Am'ash, comme nous le verrons au point IV)  ?

----- Ou bien le focus y est-il en fait sur les deux mots "يَتَبَيَّنَ" et "لَكُمُ", de sorte que la proposition veut dire : "حتى يصير الفجر الصادق بيّنًا لكم - متميّزًا من سواد الليل", "jusqu'à ce que l'aube, se distinguant de l'obscurité de la nuit, devienne claire pour vous" (c'est ainsi que Abû Bakr - radhiyallâhu 'anh - a compris et interprété ce verset, et son interprétation, bien que différente de celle que al-A'mash émettra après lui, conduit, en terme de limite, à la même limite que celle fixée par al-A'mash) ?

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Tertio :

Quelle que soit la limite induite par ces mots (comme nous venons de le voir en Secundo), une dernière question émerge par rapport à la particule "حَتَّى", "jusqu'à ce que" : "La limite est-elle excluse de, ou bien incluse dans, ce qui est limité par elle ?" : "هل الغاية داخلة في المُغَيَّا، أم خارجة عنه؟". Cette dernière question est un classique.
Quel que soit ce à quoi se rapporte la limite jusqu'à laquelle on peut boire, manger et avoir des relations intimes :
--- cette limite est-elle excluse de cette autorisation de manger, boire et avoir des relations intimes, de sorte qu'il faille en fait s'arrêter de manger, boire et avoir des relations intimes : juste avant l'instant où "l'aube vous devient claire" (c'est l'avis de certains ulémas, parmi lesquels Ibn ul-'Arabî) ?
--- ou bien cette limite est-elle incluse dans cette autorisation, de sorte qu'il faille en fait s'arrêter de manger, boire et avoir des relations intimes : à partir de l'instant où "l'aube vous devient claire" (c'est l'avis le plus répandu) ?
Nous en parlerons plus bas, au travers d'un exposé de cette divergence, par Ibn Rushd, au point IV.II.

La même discussion a d'ailleurs eu lieu concernant Laylat ul-Qadr :
--- l'interprétation la plus connue est que ce qui suit la particule "hattâ" n'est pas incluse dans la nuit : les vertus de cette nuit cessent avec celle-ci, donc cessent juste avant le moment du lever de l'aube : "والفجر ليس من الليل، وإنما هو بداية الصبح. وحتى بمعنى الغاية هنا، أي لغاية مطلع الفجر، إذن لم يبق شيء من الليل. ومطلع الفجر ليس من الليل؛ وإنما هو متصل به، وهو من الصبح" (iumsonline.org) ;
--- mais Ibn 'Âshûr dit pour sa part que le moment suivant le lever de l'aube est inclus dans les vertus de cette nuit : جيء بحرف {حتى} لإدخال الغاية، لبيان أن ليلة القدر تمتد بعد مطلع الفجر، بحيث أن صلاة الفجر تعتبر واقعة في تلك الليلة، لئلا يتوهم أن نهايتها كنهاية الفطر بآخر جزء من الليل. وهذا توسعة من الله في امتداد الليلة إلى ما بعد طلوع الفجر" (At-Tahrîr wa-t-tanwîr).

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Ce sont les deux problématiques exposées ici en Secundo et en Tertio qui vont engendrer des avis divergents chez les ulémas, comme nous le verrons plus bas au point IV.II...

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En fait il existe ici 4 instants, ou séquences de temps :

--- Laps de temps A) la période précédant le lever de l'aube qui s'appelle le sahar (il s'agit du dernier sixième de la séquence de temps s'étirant depuis le coucher du soleil jusqu'à avant l'aube) ("السَحَر قبل طلوع الفجر") ;
----- instant A.z) le dernier instant de toute cette période A, instant qui précède immédiatement l'instant B.

--- Instant B) l'instant l'aube se lève ("طلوع الفجر") ;
----- instant B.A) l'instant du début du lever de l'aube ("ابتداء طلوع الفجر الثاني" selon les termes de Ibn Hajar) ;
----- instant B.B) l'instant de la diffusion d'une certaine luminosité supplémentaire à l'horizon oriental (cela alors que l'horizon est dégagé, et que la personne qui regarde dispose d'une vue normale) ("اعتراض الفجر في الأفق" selon les termes de Ibn Hajar).

--- Instant C) l'instant à partir duquel, bien que le soleil ne soit pas encore levé, la lumière de l'aube est présente dans les chemins ("انشار الفجر في الطرق"), et où il fait donc assez clair (je ne sais pas - لا أدري - si cela correspond à ce que, dans le chapitre du moment qu'il est mieux de choisir pour commencer l'accomplissement de la Salât ul-Fajr, les hanafites nomment "الإسفار", ou bien si cela est avant ce moment-là).

--- Instant D) l'instant le soleil se lève ("طلوع الشمس").

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Il est à noter que, après l'instant B, on a un laps de temps durant lequel l'aube a déjà point à l'horizon mais où il fait encore sombre ; il existe donc un laps de temps s'étirant depuis l'instant B jusqu'à l'instant C.

De même, on a un laps de temps s'étirant depuis cet instant C jusqu'à l'instant D.

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II) Ci-après, 10 Hadîths du Prophète (sur lui soit la paix) :

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--- Hadîth 1, relaté par Abdullâh ibn Omar) Le Prophète (sur lui soit la paix) a dit : "Bilâl prononce le adhân de nuit. Aussi, vous (pouvez) manger et boire jusqu'à ce que Ibn Ummi Maktûm prononce le adhân". Le narrateur dit : "C'était un homme aveugle ; il ne prononçait pas le adhân jusqu'à ce qu'on lui dise : "Tu es dans l'aube, tu es dans l'aube"" : "عن ابن شهاب، عن سالم بن عبد الله، عن أبيه، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: "إن بلالا يؤذن بليل. فكلوا واشربوا حتى ينادي ابن أم مكتوم". ثم قال: وكان رجلا أعمى، لا ينادي حتى يقال له: "أصبحت أصبحت" (al-Bukhârî, 592, Muslim, 1092) (le narrateur qui est l'auteur de la dernière phrase est : Ibn Shihâb, Sâlim, voire 'Abdullâh ibn Omar lui-même : FB 2/132) (voir aussi : al-Bukhârî, 597, 1819).
Ce propos "Tu es dans l'aube" ("أصبحْتَ") :
--- certains commentateurs en ont fait une ta'wîl, et il signifie selon eux : "L'aube est sur le point de se lever" ("قاربْتَ الصباحَ") ;
--- tandis que d'autres l'ont appréhendé selon sa littéralité ('alâ zâhiri-hî), et l'ont compris comme signifiant bel et bien : "L'aube s'est levée" ("قد دخلتَ في الصباح").
Nous y reviendrons plus bas.

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--- Hadîth 2, relaté par Aïcha)  Al-Qâssim relate que Aïcha (que Dieu soit Satisfait d'elle) a dit : "Bilâl prononçait le adhân de nuit. Le Messager de Dieu (sur lui soit la paix) dit donc : "Vous (pouvez) manger et boire jusqu'à ce que Ibn Ummi Maktûm prononce le adhân. Il ne prononce le adhân que lorsque l'aube se lève". Al-Qâssim ajoute : "Il n'y avait, entre le adhân des deux hommes, que le fait que celui-ci monte et que celui-là descende" : "عن عبيد الله بن عمر، عن القاسم بن محمد، عن عائشة رضي الله عنها، "أن بلالا كان يؤذن بليل، فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "كلوا واشربوا حتى يؤذن ابن أم مكتوم، فإنه لا يؤذن حتى يطلع الفجر"". قال القاسم: ولم يكن بين أذانهما إلا أن يرقى ذا وينزل ذا" (al-Bukhârî, 1819 ; 597). La dernière phrase a été dite par Aïcha aussi (FB 2/139).
An-Nawawî explique qu'en fait, après avoir prononcé le premier adhân (de nuit), Bilâl restait là où il le prononçait ; ce n'est que lorsque l'heure de l'aube approchait que Bilâl redescendait, et informait Ibn Ummi Maktûm ; celui-ci montait à son tour, et, dès de lever de l'aube, prononçait le second adhân : "قوله "ولم يكن بينهما إلا أن ينزل هذا ويرقى هذا": قال العلماء: معناه أن بلالا كان يؤذن قبل الفجر، ويتربص بعد أذانه للدعاء ونحوه، ثم يرقب الفجر؛ فاذا قارب طلوعه، نزل فأخبر ابن أم مكتوم، فيتأهب ابن أم مكتوم بالطهارة وغيرها، ثم يرقى ويشرع في الأذان مع أول طلوع الفجر. والله أعلم" (Shar'h Muslim, 7/203-204). Il s'agissait du haut de la maison d'une dame des Banu-n-Najjâr, parmi les maisons les plus élevées du quartier de la mosquée du Prophète ; le muezzin - quel qu'il fût - se rendait là-bas avant l'aube, puis s'asseyait là et attendait, scrutant l'horizon ; alors, quand il voyait l'aube poindre, il prononçait le adhân : "عن عروة بن الزبير، عن امرأة من بني النجار قالت: "كان بيتي من أطول بيت حول المسجد، وكان بلال يؤذن عليه الفجر، فيأتي بسحر، فيجلس على البيت ينظر إلى الفجر. فإذا رآه تمطى، ثم قال: "اللهم إني أحمدك وأستعينك على قريش أن يقيموا دينك". قالت: "ثم يؤذن". قالت: "والله ما علمته كان تركها ليلة واحدة" - تعني هذه الكلمات" (Abû Dâoûd, 519).

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--- Hadîth 3, relaté par Abdullâh ibn Mas'ûd) Le Prophète (sur lui soit la paix) a dit : "Que le adhân prononcé par Bilâl ne vous empêche pas de prendre le repas d'avant le jeûne ; car (Bilâl) prononce la adhân de nuit, afin de faire revenir celui d'entre vous qui accomplissait la prière facultative, et de réveiller celui d'entre vous qui dormait. Et l'aube n'est pas qu'elle soit ainsi" - et de ses doigts il fit un mouvement vers le haut puis vers le bas - "jusqu'à ce qu'elle soit ainsi" - le signe fut fait par les deux index, l'un au-dessus de l'autre, les deux étant bougés à droite et à gauche  "عن عبد الله بن مسعود، عن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "لا يمنعن أحدكم - أو أحدا منكم - أذان بلال من سحوره، فإنه يؤذن - أو ينادي - بليل ليرجع قائمكم، ولينبه نائمكم. وليس أن يقول الفجر - أو: الصبح - وقال بأصابعه ورفعها إلى فوق وطأطأ إلى أسفل -، حتى يقول هكذا" - وقال زهير بسبابتيه إحداهما فوق الأخرى، ثم مدها عن يمينه وشماله" (al-Bukhârî, 596, Muslim, 1093).
Ce que le Messager de Dieu a désigné par le premier mouvement de ses doigts est "la fausse aube" : al-fajr ul-kâdhib.
Et ce qu'il a désigné par le second mouvement est "la vraie aube" : al-fajr us-sâdiq.

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--- Hadîth 4, relaté par Samura) Le Prophète (sur lui soit la paix) a dit : "Que ne vous induise pas en erreur le adhân prononcé par Bilâl, ni cette blancheur s'allongeant, jusqu'à ce qu'elle se répande à l'horizon" : "عن سمرة بن جندب رضي الله عنه، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "لا يغرّنّكم أذان بلال، ولا هذا البياض" - لعمود الصبح - "حتى يستطير هكذا" (Muslim, 1094), "عن سمرة بن جندب قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "لا يمنعنكم من سحوركم أذان بلال ولا الفجر المستطيل، ولكن الفجر المستطير في الأفق" (at-Tirmidhî, 706).
Le adhân prononcé par Bilâl était apparemment antérieur au fajr kâdhib.

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--- Hadîth 5) Exposant al-fajr ul-kâdhib et al-fajr us-sâdiq, le Prophète (sur lui soit la paix) a dit : "L'aube est de deux (types). Pour ce qui est de l'aube qui est comparable à la queue du loup, elle ne rend pas autorisée l'accomplissement de la prière (de l'aube), ni ne rend interdite la nourriture (pour celui qui va jeûner). Quant à l'aube qui part se répandant à l'horizon, elle rend autorisée l'accomplissement de la prière (de l'aube), et rend interdite la nourriture (pour celui qui va jeûner)" : "عن ابن عباس، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم، قال: "الفجر فجران: فجر يَحرُم فيه الطعام وتحل فيه الصلاة؛ وفجر تَحرُم فيه الصلاة ويَحلّ فيه الطعام" (al-Hâkim, 687) (Silsilat ul-ahâdîth is-sahîha, 693). "عن جابر بن عبد الله، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "الفجر فجران. فأما الفجر الذي يكون كذنب السِّرحان، فلا تَحل الصلاة فيه ولا يُحرّم الطعام. وأما الذي يذهب مستطيلا في الأفق، فإنه يُحلّ الصلاة ويُحرّم الطعام" (al-Hâkim, 688) (Silsilat ul-ahâdîth is-sahîha, 2002).

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--- Hadîth 6, relaté par Talq) Le Prophète (sur lui soit la paix) a dit : "Mangez et buvez, et que ne vous (en) empêche pas la lueur montante. Mangez et buvez jusqu'à ce que la (lueur) rouge vous apparaisse" : "حدثني قيس بن طلق، عن أبيه، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "كلوا واشربوا، ولا يَهيدَنكم الساطع المُصْعِد، فكلوا واشربوا حتى يعترض لكم الأحمر". قال أبو داود: "هذا مما تفرد به أهل اليمامة" (Abû Dâoûd, 2348). "عن قيس بن طلق قال: حدثني أبي طلق بن علي، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: "كلوا واشربوا، ولا يهيدنكم الساطع المصعد، وكلوا واشربوا، حتى يعترض لكم الأحمر". وفي الباب عن عدي بن حاتم، وأبي ذر، وسمرة. حديث طلق بن علي حديث حسن غريب من هذا الوجه. والعمل على هذا عند أهل العلم أنه لا يحرم على الصائم الأكل والشرب حتى يكون الفجر الأحمر المعترض، وبه يقول عامة أهل العلم" (at-Tirmidhî, 705). "عن قيس بن طلق، عن أبيه، أن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "ليس الفجرُ المستطيلَ الأفق ولكنه المعترض الأحمر" (Ahmad, 16291).
Qu'est-ce que cette lueur rouge ?
--- d'après certains commentateurs (et d'après Ibn Rushd aussi), il s'agit du Moment C que nous avons évoqué plus haut ;
--- mais d'après at-Tirmidhî et al-Khattâbî, il s'agit tout simplement de al-fajr us-sâdiq (soit le Moment B) : c'est bien pourquoi, en commentaire de ce hadîth, at-Tirmidhî a écrit : "والعمل على هذا عند أهل العلم، أنه لا يحرم على الصائم الأكل والشرب حتى يكون الفجر الأحمر المعترض؛ وبه يقول عامة أهل العلم". Al-Khattâbî dit que cette lueur rouge consiste en certains reflets rougeâtres apparaissant à l'intérieur de la blancheur de la vraie aube, al-fajr us-sâdiq.
"قوله لا يهيدنكم معناه لا يمنعنكم الأكل. وأصل الهيد الزجر، يقال هدت الرجل أهيده هيداً إذا زجرته، ويقال في زجر الدواب يريد هِيْد هِيْد. والساطع: المرتفع؛ وسطوعها: ارتفاعها مصعداً قبل أن يعترض. ومعنى "الأحمر" ههنا أن يستبطن البياضُ المعترضُ أوائلَ حمرة؛ وذلك أن البياض إذا تتامّ طلوعه، ظهرت أوائلُ الحمرة. والعرب تشبه الصبح بالبلَق في الخيل لما فيه من بياض وحمرة. وقد جعله عمر بن أبي ربيعة شقرة، فقال:
فلما تقضى الليل إلاّ أقله …وكادت توالي نجمه تتغوّر
فما راعني إلاّ مناد تحملوا …وقد لاح معروف من الصبح أشقر" (Ma'âlim us-Sunan, al-Khattâbî).
"قال في "الدرجات": أي يستبطن البياض المعترض أوائل حمرة، لأن البياض إذا تتام طلوعه ظهرت أوائل الحمرة، والعرب تشبه الصبح بالبلق في الخيل لما به من بياض وحمرة.
قلت: لا يصح كونه أحمر إلا قبل نزول قوله تعالى: {حتى يتبين لكم الخيط الأبيض} الآية، لأن معنى الأحمر هو النهار، إلا أن الشمس لم تطلع، وكلاهما يعارض الآية. وهذا كله على ظاهره. وإلا، فإن الأحمر يطلق على الأبيض أيضا؛ فإن أطلق عليه، وافق الآية. فتنبه له إن كنت فائق السجية" (Badhl ul-maj'hûd).

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--- Hadîth 7, relaté par Anas)
------ Version 7.1) Anas raconte que Zayd ibn Thâbit prit le repas d'avant le jeûne (sahûr) avec le Prophète (sur lui soit la paix) : "Nous avons pris le repas d'avant l'aube (Sahûr) avec le Prophète - que Dieu le bénisse et le salue - ; puis il s'est levé pour accomplir la prière." Qatâda demanda à Anas : "Combien de temps y eut-il entre le Adhân et le Suhûr ? - Le temps de réciter 50 versets". "هشام، حدثنا قتادة، عن أنس، عن زيد بن ثابت رضي الله عنه، قال: "تسحرنا مع النبي صلى الله عليه وسلم، ثم قام إلى الصلاة". قلت: "كم كان بين الأذان والسحور؟"، قال: "قدر خمسين آية" (al-Bukhârî, 1821/1921). Ce qui est dit dans cette Version 7.1 (qui passe par Hishâm), c'est que là est le laps de temps ayant séparé "la fin de la prise du Sahûr, et le début du adhân prononcé par Ibn Ummi Maktûm".
------ Version 7.2) Anas dit : "Le Prophète de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) et Zayd ibn Thâbit prirent le repas d'avant l'aube (Sahûr). Lorsqu'ils eurent terminé ce repas, le Prophète de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) se leva pour accomplir la prière, et accomplit celle-ci." Qatâda dit : "Nous dîmes à Anas : "Combien de temps y eut-il entre la Fin de leur suhûr et le Début de leur prière ? - Le temps de réciter 50 versets". "سعيد، عن قتادة، عن أنس بن مالك، أن نبي الله صلى الله عليه وسلم وزيد بن ثابت تسحرا؛ فلما فرغا من سحورهما، قام نبي الله صلى الله عليه وسلم إلى الصلاة، فصلى". قلنا لأنس: "كم كان بين فراغهما من سحورهما ودخولهما في الصلاة؟"، قال: "قدر ما يقرأ الرجل خمسين آية" (al-Bukhârî, 551/576) (al-Bukhârî, 1083/1134). Ce qui est dit dans cette Version 7.2 (qui passe par Sa'ïd ibn Abî 'Arûba) c'est que là est le laps de temps ayant séparé "la fin de la prise du Sahûr, et, [après la fin du adhân de Ibn Ummi Maktûm] le début de l'accomplissement des deux rak'ah mandûba, ou bien des deux rak'ah fardh, de Salât us-Sub'h" ;
Al-Bukhârî a retenu le contenu de la version "7.2", puisque, sur la version "7.1" il a titré : "باب: قدْرُ كَم بين السحور وصلاة الفجر؟" (Kitâb us-Sawm, bâb n° 19), titre que Ibn Hajar a commenté ainsi : "أي انتهاء السحور وابتداء الصلاة" (FB 4/177). On voit ici que même la version "7.1", al-Bukhârî l'a expliquée dans le même sens que la version "7.2".

--- Hadîth 7') Dans une autre narration, il y a que Anas a dit : "Il prit donc le Sahûr avec lui. Ensuite il se leva et accomplit 2 rak'ah. Ensuite il sortit (se rendant) à la prière (obligatoire)" : "أخبرنا إسحق بن إبراهيم، قال: أنبأنا عبد الرزاق، قال: أنبأنا معمر، عن قتادة، عن أنس، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم - وذلك عند السحور -: "يا أنس إني أريد الصيام، أطعمني شيئا"، فأتيته بتمر وإناء فيه ماء، وذلك بعد ما أذن بلال. فقال: "يا أنس، انظر رجلا يأكل معي"، فدعوت زيد بن ثابت، فجاء، فقال: "إني قد شربت شربة سويق وأنا أريد الصيام"، فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "وأنا أريد الصيام". فتسحر معه. ثم قام، فصلى ركعتين، ثم خرج إلى الصلاة" (an-Nassâ'ï, 2167).

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--- Hadîth 8) Sahl ibn Sa'd raconte : "Je prenais le Sahûr parmi les miens. Puis je devais me presser afin de pouvoir obtenir la Salât ul-Fajr avec le Messager de Dieu - que Dieu le bénisse et le salue -" : "عن سهل بن سعد، يقول: "كنت أتسحر في أهلي، ثم يكون سرعة بي أن أدرك صلاة الفجر مع رسول الله صلى الله عليه وسلم" (al-Bukhârî, 552, 1820).

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--- Hadîth 9) Le propos suivant est attribué au Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) : "Lorsque l'un d'entre vous entend le adhân et que le récipient se trouve dans sa main, qu'il ne le dépose pas jusqu'à ce qu'il ait complété son besoin par rapport à (le contenu de ce récipient)" : "حدثنا عبد الأعلى بن حماد، حدثنا حماد، عن محمد بن عمرو، عن أبي سلمة، عن أبي هريرة قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "إذا سمع أحدكم النداء والإناء على يده، فلا يضعه حتى يقضي حاجته منه" (Abû Dâoûd, 2350), "حدثنا روح، حدثنا حماد، عن محمد بن عمرو، عن أبي سلمة، عن أبي هريرة، عن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "إذا سمع أحدكم النداء والإناء على يده، فلا يضعه حتى يقضي حاجته منه" (Ahmad, 10629), "حدثنا روح، حدثنا حماد، عن عمار بن أبي عمار، عن أبي هريرة، عن النبي صلى الله عليه وسلم: مثله. وزاد فيه: "وكان المؤذن يؤذن إذا بزغ الفجر" (Ahmad, 10630).

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--- Hadîth 10) Ce qui va suivre, soit Zirr ibn Hubaysh le relate de Hudhayfa, lequel affirme cela parlant du Prophète (sur lui soit la paix) lui-même ; soit Zirr ibn Hubaysh affirme cela parlant de Hudhayfa seulement... C'est donc : soit Hudhayfa, soit Zirr, qui dit (parlant respectivement soit du Prophète, soit de Hudhayfa) : "(J'ai pris le Sahûr avec lui à un moment où) la luminosité était très présente à l'extérieur, sauf que le soleil ne s'était pas (encore) levé" : "أخبرنا محمد بن يحيى بن أيوب، قال: أنبأنا وكيع، قال: حدثنا سفيان، عن عاصم، عن زر، قال: قلنا لحذيفة: أي ساعة تسحرت مع رسول الله صلى الله عليه وسلم؟ قال: "هو النهار إلا أن الشمس لم تطلع" (an-Nassâ'ï, 2152). "حدثنا عفان، حدثنا حماد بن سلمة، أخبرنا عاصم بن بهدلة، عن زر بن حبيش قال: تسحرت ثم انطلقت إلى المسجد، فمررت بمنزل حذيفة بن اليمان، فدخلت عليه، فأمر بلقحة فحلبت، وبقدر فسخنت، ثم قال: "ادن فكل"، فقلت: "إني أريد الصوم"، فقال: "وأنا أريد الصوم"، فأكلنا وشربنا، ثم أتينا المسجد، فأقيمت الصلاة. ثم قال حذيفة: "هكذا فعل بي رسول الله صلى الله عليه وسلم"، قلت: "أبعد الصبح؟"، قال: "نعم، هو الصبح غير أن لم تطلع الشمس". قال: وبين بيت حذيفة وبين المسجد كما بين مسجد ثابت وبستان حوط. وقد قال حماد أيضا، وقال حذيفة: " هكذا صنعت مع النبي صلى الله عليه وسلم، وصنع بي النبي صلى الله عليه وسلم" (Ahmad, 23361).
An-Nassâ'ï a ainsi affirmé qu'il y a divergence dans les narrations de la première relation (an-Nassâ'ï 2152) quant à savoir si cela remonte véritablement jusqu'au Prophète (sur lui soit la paix), ou si c'est seulement là la façon de faire de Hudhayfa ; il a écrit : "تأخير السحور، وذكر الاختلاف على زرّ فيه" (Sunan un-Nassâ'ï). Puis an-Nassâ'ï a placé cette autre narration, qui ne fait pas remonter cela jusqu'au Prophète mais seulement jusqu'à Hudhayfa : "أخبرنا محمد بن بشار، قال: حدثنا محمد، قال: حدثنا شعبة، عن عدي، قال: سمعت زر بن حبيش، قال: "تسحرت مع حذيفة، ثم خرجنا إلى الصلاة، فلما أتينا المسجد صلينا ركعتين، وأقيمت الصلاة وليس بينهما إلا هنيهة" (an-Nassâ'ï, 2153).
--- Si cela remonte jusqu'au Prophète, alors cela a possiblement été abrogé par la suite, datant d'une époque précédant la révélation du verset 2/287 (c'est l'avis de at-Tahawî dans Shar'hu Ma'âni-l-âthâr).
--- Mais sinon il est fort possible que cela ne remonte que jusqu'à Hudhayfa (ne fait remonter cela jusqu'au Prophète que le transmetteur 'Âssim ibn Bahdala Abi-n-Najûd - qui n'est autre que le célèbre muqri' - ; or il a été qualifié, sur le plan de la retransmission des hadîths, de : "sadûq lahû awhâm", "véridique faisant parfois des erreurs"). On aurait alors seulement là, dans cette relation, l'avis personnel de Hudhayfa - avis qui est "shâdhdh" (comme nous le verrons plus bas, en IV). "تأخير السحور، وذكر الاختلاف على زر فيه": قال الجامع - عفا الله تعالى عنه -: وجه الاختلاف فيه أن عاصما رواه عن زر، عن حذيفة، مرفوعا؛ وخالفه عدي بن ثابت، فرواه عنه موقوفا من فعل حذيفة - رضي الله عنه -. وأيضا إن رواية عاصم تدل على أن السحور وقع بعد طلوع الفجر، بخلاف رواية عدي، فإن ظاهرها أنه قبل طلوعه. والذي يظهر لي أن رواية الوقف هي أرجح. وهو الذي يظهر من صنيع المصنف - رحمه الله تعالى - حيث أورد رواية عدي بن ثابت بعدها، كعادته في إيراد الأخبار المعللة أوّلًا، ثم الأخبار الصحيحة؛ ثم أتبعها بما يقوّي ذلك، وهو أثر صلة بن زفر" (Dhakhîrat ul-'uqbâ fî shar'h il-mujtabâ).

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Il y avait 2 adhân le matin (au moins pendant le mois de ramadan) :

Le premier étant prononcé par Bilâl, et le second par Ibn Ummi Maktûm (lequel était aveugle).

Comme le montrent les hadîths 1, 2 et 3 c'était le adhân prononcé par Ibn Ummi Maktûm qui se faisait à l'aube (al-fajr us-sâdiq), et, en entendant celui-ci, les musulmans devaient cesser de manger et de boire.

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III) Rappel de ce que nous avons déjà dit plus haut : il existe ici 4 instants, ou séquences de temps :

--- Laps de temps A) la période précédant le lever de l'aube qui s'appelle le sahar (il s'agit - d'après l'une des interprétations - du dernier sixième de la séquence de temps s'étirant depuis le coucher du soleil jusqu'à avant l'aube) ("السَحَر قبل طلوع الفجر") ;
----- instant A.z) le dernier instant de toute cette période A, instant qui précède immédiatement l'instant B.

--- Instant B) l'instant l'aube se lève ("طلوع الفجر") ;
----- instant B.A) l'instant du début du lever de l'aube ("ابتداء طلوع الفجر الثاني" selon les termes de Ibn Hajar) ;
----- instant B.B) l'instant de la diffusion d'une certaine luminosité supplémentaire à l'horizon oriental (cela alors que l'horizon est dégagé, et que la personne qui regarde dispose d'une vue normale) ("اعتراض الفجر في الأفق" selon les termes de Ibn Hajar).

--- Instant C) l'instant à partir duquel, bien que le soleil ne soit pas encore levé, la lumière de l'aube est présente dans les chemins ("انشار الفجر في الطرق"), et où il fait donc assez clair (je ne sais pas - لا أدري - si cela correspond à ce que, dans le chapitre du moment qu'il est mieux de choisir pour commencer l'accomplissement de la Salât ul-Fajr, les hanafites nomment "الإسفار", ou bien si cela est avant ce moment-là).

--- Instant D) l'instant le soleil se lève ("طلوع الشمس").

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Il est à noter que, après l'instant B, on a un laps de temps durant lequel l'aube a déjà point à l'horizon mais où il fait encore sombre ; il y a donc un laps de temps s'étirant depuis l'instant B jusqu'à l'instant C.

De même, on a un laps de temps s'étirant depuis cet instant C jusqu'à l'instant D.

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IV) Les avis des Mujtahidûn quant au moment où le jeûne débute nécessairement :

IV.I) Les principaux avis :

– Que le jeûne débuterait seulement au moment précédant le lever du soleil (D) (de sorte qu'il soit autorisé de manger et de boire jusqu'à avant ce moment D), cela n'est, dit an-Nawawî, pas établi des mujtahids à qui cela a été attribué : "ولا أظنه يصح عنهما" (Al-Majmû', 7/472) ; "ولا أظنه يصح عنهم" (Ibid., 4/57).

– Par contre, oui, certains parmi les Anciens ont dit que c'est juste avant le moment C qu'il devient interdit de manger et boire : c'est l'avis de al-A'mash, et cela est rapporté également de Hudhayfa et de Ibn Mas'ûd ; ce que Abû Bakr a dit va dans le même sens : "هذا الذي ذكرناه من الدخول في الصوم بطلوع الفجر وتحريم الطعام والشراب والجماع به هو مذهبنا ومذهب أبي حنيفة ومالك وأحمد وجماهير العلماء من الصحابة والتابعين فمن بعدهم. قال ابن المنذر: وبه قال عمر بن الخطاب وابن عباس وعلماء الأمصار. قال: وبه نقول. قال: روينا عن علي بن أبي طالب رضي الله عنه أنه قال حين صلى الفجر: "الآن حين تبين الخيط الأبيض من الخيط الأسود". قال: وروي عن حذيفة أنه لما طلع الفجر تسحر ثم صلى. قال: وروي معناه عن ابن مسعود. وقال مسروق: "لم يكونوا يعدون الفجر فجركم، إنما كانوا يعدون الفجر الذي يملأ البيوت والطرق". قال: وكان إسحاق يميل إلى القول الأول من غير أن يطعن على الآخرين: قال إسحاق: "ولا قضاء على من أكل في الوقت الذي قاله هؤلاء"؛ هذا كلام ابن المنذر" (Al-Majmû', 7/471-472). "قال بن المنذر: "وذهب بعضهم إلى أن المراد بتبين بياض النهار من سواد الليل أن ينتشر البياض في الطرق والسكك والبيوت"؛ ثم حكى ما تقدم عن أبي بكر وغيره. وروي بإسناد صحيح عن سالم بن عبيد الأشجعي - وله صحبة - أن أبا بكر قال له: "اخرج فانظر هل طلع الفجر"؛ قال: فنظرت، ثم أتيته، فقلت: "قد ابيض وسطع"؛ ثم قال: "اخرج فانظر هل طلع؟"؛ فنظرت، فقلت: "قد اعترض"، فقال: "الآن أبلغني شرابي". وروي من طريق وكيع عن الأعمش أنه قال: "لولا الشهوة لصليت الغداة ثم تسحرت". قال إسحاق: "هؤلاء رأوا جواز الأكل والصلاة بعد طلوع الفجر المعترض حتى يتبين بياض النهار من سواد الليل"؛ قال إسحاق: "وبالقول الأول أقول، لكن لا أطعن على من تأول الرخصة كالقول الثاني ولا أرى عليه قضاء ولا كفارة". قلت: وفي هذا تعقب على الموفق وغيره حيث نقلوا الإجماع على خلاف ما ذهب إليه الأعمش. والله أعلم" (FB 4/175).
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Cependant, d'après la grande majorité des Mujtahidûn, c'est le moment "B" qui rend interdit de s'alimenter de boire pour celui qui va jeûner ; sinon le jeûne n'est pas valide.
C'est à cet avis qu'il s'agit d'adhérer.

Dès lors, "al-fajr", dans le verset 2/287 :
--- ne désigne pas : al-fajr ul-kâdhib, pas la lueur qui apparaît à l'horizon oriental comme une colonne s'étirant de bas en haut. Ont bien exprimé cela les hadîths 3, 4, 5 et 6 ;
--- désigne al-fajr us-sâdiq : c'est la lueur qui s'élargit. C'est ce que la Sunna (voir hadîth 5) a exposé de façon explicite ("والأظهر أنه لما قال تعالى: {من الفجر} وهو مجمل، بيّنه عليه السلام بأن المراد به المستطير، لا المستطيل" : Mirqât ul-mafâtîh) ;
--- ne désigne pas : le fait que la lumière de l'aube se soit répandue dans les chemins (le moment C).

Comment expliquer que al-fajr as-sâdiq ait été comparée à un fil blanc (sachant qu'un fil, c'est mince), alors même qu'elle constitue une lueur qui s'élargit ? questionne ar-Râzî.
Il répond ainsi : le début de al-fajr us-sâdiq se fait lui aussi sous la forme d'un fil, mais celui-ci s'épaissit ensuite : "فإن قيل: "فكيف يُشبَّهُ الصبح الصادق بالخيط، مع أن الصبح الصادق ليس بمستطيل، والخيط مستطيل؟"، وجوابه أن القدر من البياض الذي يحرِّم هو أول الصبح الصادق، وأول الصبح الصادق لا يكون منتشرا بل يكون صغيرا دقيقا. بل الفرق بينه وبين الصبح الكاذب أن الصبح الكاذب يطلع دقيقا، والصادق يبدو دقيقا ويرتفع مستطيلا. فزال السؤال" (Tafsîr ur-Râzî).
Le hadîth 6 désigne - selon l'une des deux interprétations - ce même fajr sâdiq ; or ce hadîth 6 parle de "rougeur" ; des commentateurs ont expliqué qu'une légère rougeur colore le fil blanc ici désigné.

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Ibn Rushd expose la divergence existant entre les partisans du début du jeûne au moment B et les partisans de son début au moment C, en les termes suivants :
"وأما التي تتعلق بزمان الإمساك: فإنهم اتفقوا على أن آخره غيبوبة الشمس لقوله تعالى: {ثم أتموا الصيام إلى الليل}، واختلفوا في أوله.
فقال الجمهور: هو طلوع الفجر الثاني المستطير الأبيض، لثبوت ذلك عن رسول الله - صلى الله عليه وسلم - أعني: حده بالمستطير -، ولظاهر قوله - تعالى -: {حتى يتبين لكم الخيط الأبيض من الخيط الأسود من الفجر} الآية.
وشذت فرقة فقالوا: هو الفجر الأحمر الذي يكون بعد الأبيض، وهو نظير الشفق الأحمر؛ وهو مروي عن حذيفة وابن مسعود.
وسبب هذا الخلاف هو: اختلاف الآثار في ذلك، واشتراك اسم الفجر - أعني: أنه يقال على الأبيض والأحمر -. وأما الآثار التي احتجوا بها: فمنها حديث زر عن حذيفة قال: "تسحرت مع النبي - صلى الله عليه وسلم - ولو أشاء أن أقول: هو النهار إلا أن الشمس لم تطلع". وخرج أبو داود عن قيس بن طلق عن أبيه أنه - عليه الصلاة والسلام - قال: "كلوا واشربوا ولا يهيدنكم الساطع المصعد، فكلوا واشربوا حتى يعترض لكم الأحمر"؛ قال أبو داود: "هذا ما تفرد به أهل اليمامة".
وهذا شذوذ، فإن قوله تعالى: {حتى يتبين لكم الخيط الأبيض} نص في ذلك أو كالنص" (Bidâyat ul-mujtahid, 1/536-537).

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IV.II) Pour autant, un point important reste à approfondir concernant ce moment B : Quel est exactement l'instant où il devient interdit de manger et boire (pour celui qui veut jeûner), en relation avec ce moment B ?

Cet instant rendant la nourriture et la boisson interdite pour celui qui va jeûner, est-il :

--- A.z) situé en réalité juste à la fin du moment A et juste avant le moment B, c'est-à-dire : juste avant que l'aube se lève (جزء قبل طلوع الفجر) [donc avant le B] ?

--- B) constitué du moment B lui-même, c'est-à-dire : le moment où l'aube est présente ?
Dans ce cas B, s'agit-il de :
----- l'instant B.A) l'instant du début du lever de l'aube ("ابتداء طلوع الفجر الثاني" selon les termes de Ibn Hajar) (chose que Bur'hân ud-Dîn ibn Mâza al-Hanafî a désignée par "أول طلوع الفجر الثاني", as-Sindî par "أوائل الفجر", et al-Kashmîrî par : "نفس التبيّن") [instant qui se produit quelque peu avant l'instant B.B] ;
----- l'instant B.B) l'instant de la diffusion d'une certaine luminosité supplémentaire à l'horizon oriental (cela alors que l'horizon est dégagé, et que la personne qui regarde dispose d'une vue normale) ("اعتراض الفجر في الأفق" selon les termes de Ibn Hajar) (chose que Ibn Mâza al-Hanafî a désignée par "استطارة الفجر الثاني وانتشاره", as-Sindî par "تبيّن الفجر", et al-Kashmîrî par : "التبيّن التامّ") ?

N.B. : Ce B.B est antérieur au moment C, moment que al-A'mash et certains autres ont décrit, eux qui disent que c'est le moment où la lumière de l'aube s'est répandue dans les chemins ("انتشار البياض في الطرق والسكك والبيوت") qui rend interdit de manger et de boire. Pour sa part, ce moment B.B est tel qu'il fait encore obscur partout ailleurs qu'au point précis de l'horizon où l'aube est apparue.

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Ibn Rushd a évoqué la différence entre l'avis disant "A.z" et l'avis disant "B" en les termes suivants :
"والمشهور عن مالك - وعليه الجمهور - أن الأكل يجوز أن يتصل بالطلوع. وقيل: بل يجب الإمساك قبل الطلوع.
والحجة للقول الأول ما في كتاب البخاري أظنه في بعض رواياته: قال النبي - صلى الله عليه وسلم -: "وكلوا واشربوا حتى ينادي ابن أم مكتوم، فإنه لا ينادي حتى يطلع الفجر"؛ وهو نص في موضع الخلاف أو كالنص، والموافق لظاهر قوله تعالى {وكلوا واشربوا} الآية.
ومن ذهب إلى أنه يجب الإمساك قبل الفجر، فجريًا على الاحتياط وسدًّا للذريعة، وهو أورع القولين.
والأول أقيس.
والله أعلم"
(Bidâyat ul-mujtahid, 1/537-538).
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Ibn Rushd relate ici que d'après la majorité des ulémas il est autorisé que l'absorption de nourriture soit "accolée" au lever de l'aube (يجوز أن يتصل الأكل بطلوع الفجر).
Cependant,
an-Nawawî a dit que dès que l'aube s'est levée, on doit recracher la nourriture qu'on avait déjà placée dans sa bouche, et pas l'avaler : "إذا طلع الفجر وفي فيه طعام، فليلفظه؛ فإن لفظه، صح صومه. فإن ابتلعه، أفطر" (Al-Majmû', 7/477) : cela signifie que dès qu'on a constaté que l'aube s'est levée (et que chacun peut constater qu'elle s'est levée) [quant à savoir s'il s'agit du moment "B.A" ou du moment "B.B" précisément, c'est un autre débat], il s'agit, d'après ce dire, de recracher ce qu'on avait placé dans sa bouche pour le déglutir.
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A la différence de l'autre avis, qui dit qu'il est nécessaire de cesser de manger juste avant l'apparition de l'aube. Ibn Hajar relate cet autre avis ainsi : "يجب إمساك جزء قبل طلوع الفجر", et 'Alî ibn Khalaf - qui, pour sa part, est de cet autre avis - formule cela ainsi : "بعد تحقّق بقاء جزء من الليل".

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Ibn Hajar a relaté ce débat en relatant le questionnement suivant, qui débouche sur les 3 possibilités théoriques A.z, B.A et B.B, questionnement formulé par Ibn Bazîza al-mâlikî :
"وقال ابن بزيزة في شرح الأحكام: اختلفوا: هل يحرم الأكل بطلوع الفجر [ب.ألف]، أو بتبيّنه عند الناظر [ب.ب] - تمسكا بظاهر الآية - ؟ واختلفوا: هل يجب إمساك جزء قبل طلوع الفجر [ألف.غ]، أم لا [ب] ؟ - بناءً على الاختلاف المشهور في مقدمة الواجب" (FB 4/174).

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Ibn Hazm a évoqué l'avis disant : "A.z" en les termes suivant : "وقد ادعى قوم أن قوله تعالى {حتى يتبين لكم الخيط الأبيض من الخيط الأسود}، وقول رسول الله - صلى الله عليه وآله وسلم - "حتى يطلع الفجر"، و"حتى يقال له: "أصبحت أصبحت": أن ذلك على المقاربة؛ مثل قوله تعالى: {فإذا بلغن أجلهن فأمسكوهن بمعروف}: إنما معناه: "فإذا قاربن بلوغ أجلهن" (Al-Muhallâ 4/368).

Il a ensuite exprimé son désaccord avec cet avis disant : "A.z".

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Pour sa part, Ibn ul-'Arabî est de cet avis disant : "A.z" :
"ومن العلماء من جوز الأكل مع الشك في الفجر حتى يتبيّن؛ منهم ابن عباس والشافعي، لقوله تعالى: {حتى يتبين}، ولأن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "وكلوا واشربوا حتى ينادي ابن أم مكتوم"، وكان ابن أم مكتوم رجلا أعمى لا ينادي حتى يقال له: "أصبحت أصبحت". وتأوله علماؤنا: "قاربت الصباح، وقاربت تبيّن الخيط". وهو الأشبه بوضع الشريعة وحرمة العبادة، لقوله - صلى الله عليه وسلم -: "يوشك من يرعى حول الحمى أن يقع فيه". وإذا جاء الليل فأكلت، لم تخف مواقعة محظور؛ وإذا دنا الصباح، لم يحل لك الأكل، لأنه ربما أوقعك في المحظور غالبا" (Ahkâm ul-qur'ân, 1/131).
'Alî ibn Khalaf aussi a écrit cela : "بعد تحقق بقاء جزء من الليل", cela au sein de cet écrit : "و)من السنة أيضا (تأخير السحور) - بفتح السين وضمها، فالفتح اسم للمأكول والضم اسم للفعل - بعد تحقق بقاء جزء من الليل" (Kifâyat ut-tâlib).

Cet avis - rendant nécessaire de cesser de manger et de boire - se fonde sur une considération de précaution (comme l'a dit Ibn ul-'Arabî).

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Pourtant, et avec tout le respect dû à tous nos érudits, le verset dit bien : "وَكُلُواْ وَاشْرَبُواْ حَتَّى يَتَبَيَّنَ لَكُمُ الْخَيْطُ الأَبْيَضُ مِنَ الْخَيْطِ الأَسْوَدِ مِنَ الْفَجْرِ", "jusqu'à ce que le fil blanc - c'est-à-dire l'aube - devienne clair (se distinguant) pour vous du fil noir" (Coran 2/287).
Il est bel et bien question du moment où l'aube devient visible.
Or, comment, avant que l'aube soit levée, établir qu'elle va être visible dans tant de temps, surtout là où il n'y a pas d'horloge permettant de retrouver l'exact moment qui a été observé la veille ? 

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Le propos présent dans le hadîth 1"وكان رجلا أعمى، لا ينادي حتى يقال له: "أصبحت أصبحت" ("C'était un homme aveugle ; il ne prononçait pas le adhân jusqu'à ce qu'on lui dise : "Tu es dans l'aube, tu es dans l'aube""), Ibn Hajar a trouvé son zâhir problématique dans la mesure où, dit-il :
--- si Ibn Ummi Maktûm prononçait le adhân avant l'aube, son adhân comme celui de Bilâl seraient tous deux prononcés "de nuit". Or le hadîth fait explicitement la différence entre les deux adhân, seul celui de Bilâl étant "de nuit" ;
--- et si Ibn Ummi Maktûm prononçait le adhân après que l'aube soit apparue, cela entraîne que ceux qui attendaient son adhân pour cesser de manger et de boire auront continué de manger et de boire pendant un court instant où l'aube est déjà levée. Or, dit Ibn Hajar, cela est contraire au Consensus des ulémas, car seul l'avis de al-A'mash - qui est "shâdhdh" sur le sujet - autorise cela.

Ibn Hajar avance 2 réponses pour résoudre ce problème, celle des deux vers laquelle il a finalement penché étant la suivante :
--- les gens informaient Ibn Ummi Maktûm de l'imminence de l'apparition du fajr sâdiq, et alors il débutait l'adhân, lequel était prononcé lorsque le fajr pointait à l'horizon : "احتمال أن يكون قولهم ذلك يقع في آخر جزء من الليل، وأذانه يقع في أول جزء من طلوع الفجر" (FB 2/133). Ibn Hajar veut dire que le moment de l'information donnée par des personnes correspondait au moment A.z ; et le début du adhân au moment B.A.

Mais en fait, le problème que Ibn Hajar a soulevé et qui l'a conduit à faire ces ta'wîl n'en est pas un si on retient l'avis que Ibn Rushd relate d'être celui de la majorité des ulémas : "يجوز أن يتّصل الأكل بطلوع الفجر".
--- Soit Ibn Ummi Maktûm, étant déjà monté sur le toit, n'attendait que l'information de personnes voyantes, et, alors, débutait immédiatement le adhân ; et, entendant ce dernier, les gens cessaient alors immédiatement de manger ; alors environ 5 secondes se seront écoulées entre le moment de l'information donnée par des personnes, et la cessation du manger et du boire par le commun des gens entendant l'adhân. Dès lors, si les gens donnaient cette information à Ibn Ummi Maktûm au moment B.A, et que Ibn Ummi Maktûm commençait le adhân immédiatement, en ce même moment B.A, cela entraîne que les gens cessaient de manger et de boire au début de ce moment B.A.
--- Soit les gens informaient Ibn Ummi Maktûm du début de l'apparition du fajr sâdiq, et, même à supposer que le adhân débutait quelque peu après, cela implique que les gens, entendant le adhân prononcé par Ibn Ummi Maktûm, cessaient (pour certains) de manger au début du moment B.B. N'est-ce pas là ce que Ibn Hajar lui-même avait proposé à un moment donné : "وأقرب ما يقال فيه: إن أذانه جعل علامة لتحريم الأكل والشرب، وكأنه كان له من يراعي الوقت بحيث يكون أذانه مقارنا لابتداء طلوع الفجر - وهو المراد بالبزوغ -؛ وعند أخذه في الأذان، يعترض الفجر في الأفق" (FB 2/132-133)...

Car, différemment de ce que Ibn Hajar a affirmé ("أي "دخلت في الصباح": هذا ظاهره. واستشكل لأنه جعل أذانه غاية للأكل؛ فلو لم يؤذن حتى يدخل في الصباح، للزم منه جواز الأكل بعد طلوع الفجر، والإجماع على خلافه إلا من شذ كالأعمش" : FB 2/132), s'arrêter de manger et de boire juste avec le moment B.B, cela n'est pas contraire au Consensus, et ce n'est pas cela l'avis de al-A'mash.

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--- Cela n'est pas contraire au Consensus, puisqu'on trouve cet avis chez d'anciens ulémas hanafites.
Ibn Mâza al-Hanafî
écrit ainsi : "قال أصحابنا رحمهم الله: وقت الصوم من حين يطلع الفجر الثاني - وهو الفجر المستطير المنتشر في الأفق - إلى وقت غروب الشمس؛ فإذا غربت الشمس، خرج وقت الصوم. ولم ينقل عنهم أن العبرة لأوّل طلوع الفجر الثاني، أو لاستطارته وانتشاره. وقد اختلف المشايخ فيه: بعضهم قالوا: العبرة لأوّله، وبعضهم قالوا: العبرة لاستطارته؛ قال الشيخ الإمام شمس الأئمة الحلواني رحمه الله: القول الأوّل أحوط، والثاني أوسع" (Al-Muhît ul-bur'hânî, point numéro 3040, 3/334).
Al-Kashmîrî cite lui aussi cet avis existant chez d'anciens ulémas hanafites : "واستشكل الحافظ رواية الباب أيضا، وقال إنه جعل أذان ابن أم مكتوم غاية للأكل؛ فلو أذن بعد دخول الصباح (كما يعلم من الرواية: "وكان ابن أم مكتوم رجلا أعمى لا ينادي حتى يقال له: أصبحت أصبحت")، لزم جواز الأكل بعد طلوع الفجر، وهو خلاف ما عليه الجمهور. فالظاهر أن حديث الباب مؤيد لمن قال: إن حرمة الأكل بتبيّن الفجر، لا بنفس الطلوع؛ وهو أقوى حجة لما قالوا اهـ مختصرا. قلت: ومن بقاياه ما تسلسل في كتب الفقه من رواية جواز الأكل بعد الطلوع أيضا، كما في قاضيخان، وإن كان الأحوط هو الترك. وأصل البحث في القرآن: فمنهم من أراد منه التبيّن التام، ومنهم من اكتفى بنفس التبيّن" (Faydh ul-bârî, 2/174-175).
Cet avis retenant le moment B.B s'appuie (entre autres) sur ce propos de Ibn Abbâs : ayant envoyé deux hommes regarder (à l'extérieur) si l'aube était levée, l'un revint lui dire : "Tu es entré dans l'aube", et l'autre : "Pas (encore) !" ; Ibn Abbâs dit alors : "Vous avez divergé. Montre-moi ma boisson" : "عن حبيب بن أبي ثابت قال: أرسل ابن عباس رجلين ينظران إلى الفجر فقال أحدهما: "أصبحت"، وقال الآخر: "لا"؛ قال: "اختلفتما! أرنى شرابى" (al-Bayhaqî, As-Sunan ul-kub'râ, 8118). An-Nawawî écrit en commentaire : "La parole de Ibn Abbâs "Montre-moi ma boisson" suit la règle selon laquelle le boire et le manger demeurent autorisés jusqu'à ce que l'aube devienne claire. Si l'aube était devenue claire, ces deux hommes n'auraient pas divergé" : "وقول ابن عباس: "أرني شرابي" جار على القاعدة أنه يحل الشرب والأكل حتى يتبين الفجر؛ ولو كان قد تبيّن، لما اختلفا الرجلان فيه؛ لأن خبريهما تعارضا، والأصل بقاء الليل؛ ولأن قوله: "أصبحت" ليس صريحا في طلوع الفجر، فقد تطلق هذه اللفظة لمقاربة الفجر. والله أعلم" (Al-Majmû', 7/474).

--- Quant à l'avis de al-A'mash, c'est chose beaucoup plus accentuée que l'avis ayant retenu le moment B.B : en effet, al-A'mash soutient qu'on peut manger tant que la lumière de l'aube ne s'est pas répandue dans les chemins (tant que le moment C n'est pas arrivé). Ibn Hajar lui-même a relaté cet avis deux tomes plus loin, selon la citation faite par Ibn ul-Mundhir : "وروي من طريق وكيع عن الأعمش أنه قال: "لولا الشهوة، لصليت الغداة ثم تسحرت". قال إسحاق: "هؤلاء رأوا جواز الأكل والصلاة بعد طلوع الفجر المعترض حتى يتبين بياض النهار من سواد الليل" (FB 4/175).
Avec tout le respect dû à tout érudit - et particulièrement à un érudit du calibre de Ibn Hajar, qui en plus a servi les Hadîths comme il l'a fait -, Ibn Hajar a dit ici chose contraire à ce qu'il avait dit au tome 2. Différemment ce qu'il affirme dans le tome 4 ("قلت: وفي هذا تعقب على الموفق وغيره حيث نقلوا الإجماع على خلاف ما ذهب إليه الأعمش" : FB 4/175), ce ne sont pas seulement Muffaq ud-Dîn Ibn Qudâma (in Al-Mughnî, 4/128) et quelques autres qui ont relaté qu'il y a Consensus sur le contraire de ce que al-A'mash a dit : c'est lui-même, Ibn Hajar, qui a relaté cela dans le tome 2 : "لزم منه جواز الأكل بعد طلوع الفجر، والإجماع على خلافه، إلا من شذ كالأعمش" (FB 2/132).
Qu'Allah Ta'âlâ récompense Ibn Hajar pour toutes les précieuses recherches qu'il a faites, et tous ces nombreux et merveilleux ouvrages qu'il a laissés pour la Umma Muhammadiyya. Seul Allah ne Se contredit jamais, car Seul Lui n'est pas sujet à l'erreur ni à l'oubli. La parole suivante, de ash-Shâfi'î, est très connue : ar-Rabî' ibn Sulaymân dit : "J'ai étudié le livre Ar-Rissâla al-Misriyya auprès de ash-Shâfi'î plus de 30 fois. A chaque fois (qu'il enseignait son propre livre), (ash-Shâfi'î) rectifiait (quelque chose s'y trouvant). A la fin, ash-Shafi'î dit : "Dieu a refusé qu'un livre autre que le sien soit (à 100%) juste"" : ":وأخبرنا أبو عبد الرحمن السلمي، قال سمعت أبا الحسن القصار الفقيه يقول: سمعت ابن أبي حاتم يقول: سمعت الربيع بن سليمان يقول: "قرأت كتاب الرسالة المصرية على الشافعي نيّفا وثلاثين مرة. فما من مرة إلا كان يصحّحه. ثم قال الشافعي في آخره: "أبى الله أن يكون كتابًا صحيحًا غيرُ كتابه"" (Manâqib ush-Shâfi'î, al-Bayhaqî).
(Quant à moi, je ne suis qu'un petit tâlibu 'ilm, bien loin des compétences et des oeuvres de Ibn Hajar et autres que lui. Et c'est avec beaucoup de précautions que j'ai écrit ce que je viens de faire. Qu'Allah me pardonne mes manquements et mes dépassements.)
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Dès lors, il n'y a plus besoin de faire ta'wîl du propos de Ibn Omar et/ ou Sâlim et/ou az-Zuhrî, parlant du moment où Ibn Ummi Maktûm prononçait le adhân : "وكان رجلا أعمى، لا ينادي حتى يقال له: "أصبحت أصبحت" : c'est bien une fois que l'aube était apparue que Ibn Ummi Maktûm prononçait le adhân.

Cela est d'ailleurs dit explicitement dans ces narrations : "حدثنا عبيد بن إسماعيل، عن أبي أسامة، عن عبيد الله، عن نافع، عن ابن عمر، والقاسم بن محمد، عن عائشة رضي الله عنها، أن بلالا كان يؤذن بليل، فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "كلوا واشربوا حتى يؤذن ابن أم مكتوم، فإنه لا يؤذّن حتى يطلع الفجر". قال القاسم: ولم يكن بين أذانهما إلا أن يرقى ذا وينزل ذا" (al-Bukhârî, 1819/ 1918) ; "حدثنا الربيع بن سليمان، حدثنا عبد الله بن وهب: قال أخبرنى يونس والليث بن سعد، عن ابن شهاب، عن سالم، عن عبد الله بن عمر قال: سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول: "إن بلالا يؤذن بليل، فكلوا واشربوا حتى تسمعوا أذان ابن أم مكتوم". قال يونس في الحديث: "وكان ابن أم مكتوم هو الأعمى الذي أنزل الله عز وجل فيه: {عبس وتولى}، كان يؤذّن مع بلال". قال سالم: "وكان رجلا ضرير البصر، ولم يكن يؤذّن حتى يقول له الناس حين ينظرون إلى بزوغ الفجر: "أذّن" (al-Bayhaqî, As-Sunan ul-kub'râ, 1807).

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Voici tout l'écrit de Ibn Hajar sur ce sujet :
"قوله "أصبحت أصبحت": أي "دخلت في الصباح": هذا ظاهره. واستشكل لأنه جعل أذانه غاية للأكل؛ فلو لم يؤذن حتى يدخل في الصباح، للزم منه جواز الأكل بعد طلوع الفجر، والإجماع على خلافه إلا من شذ كالأعمش.
وأجاب ابن حبيب وابن عبد البر والأصيلي وجماعة من الشراح بأن المراد "قاربت الصباح".
ويعكر على هذا الجواب أن في رواية الربيع التي قدمناها: "ولم يكن يؤذن حتى يقول له الناس حين ينظرون إلى بزوغ الفجر: "أذن""؛ وأبلغ من ذلك أن لفظ رواية المصنف التي في الصيام: "حتى يؤذن ابن أم مكتوم، فإنه لا يؤذن حتى يطلع الفجر"؛ وإنما قلتُ "إنه أبلغ" لكون جميعه من كلام النبي صلى الله عليه وسلم. وأيضا فقوله "إن بلالا يؤذن بليل" يشعر أن ابن أم مكتوم بخلافه؛ ولأنه لو كان قبل الصبح، لم يكن بينه وبين بلال فرق لصدق أن كلا منهما أذن قبل الوقت.

وهذا الموضع عندي في غاية الإشكال.
وأقرب ما يقال فيه: إن أذانه جعل علامة لتحريم الأكل والشرب، وكأنه كان له من يراعي الوقت بحيث يكون أذانه مقارنا لابتداء طلوع الفجر - وهو المراد بالبزوغ -؛ وعند أخذه في الأذان، يعترض الفجر في الأفق.
ثم ظهر لي أنه لا يلزم من كون المراد بقولهم "أصبحت" - أي "قاربت الصباح" - وقوعُ أذانه قبل الفجر، لاحتمال أن يكون قولهم ذلك يقع في آخر جزء من الليل، وأذانه يقع في أول جزء من طلوع الفجر. وهذا وإن كان مستبعدا في العادة، فليس بمستبعد من مؤذن النبي صلى الله عليه وسلم المؤيد بالملائكة، فلا يشاركه فيه من لم يكن بتلك الصفة" (FB 2/132-133).

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IV.II) Quand on est dans le doute (shakk) quant à savoir est-ce que l'aube s'est levée et que le moment B est arrivé (que ce moment soit "B.A", ou : "B.B"), ou est-ce qu'elle ne s'est pas encore levée : peut-on alors continuer à manger et boire ?

L'école hanafite dit qu'il est mieux de cesser de manger et de boire (Al-Hidâya 1/205).
L'école shafi'ite dit qu'il est alors autorisé de manger et de boire, mais il est mieux de cesser (Al-Majmû', 7/473-474).

Un homme ayant questionné Ibn Abbâs : "Quand dois-je cesser de manger ?", quelqu'un d'autre, présent, répondit : "Lorsque tu doutes (de l'apparition de l'aube)". Mais Ibn Abbâs rectifia la réponse ainsi donnée, et ce en les termes suivants : "Mange tant que tu doutes, jusqu'à ce que (le lever de l'aube) te devienne clair" : "عن أبي الضحى، أن رجلا قال لابن عباس: "متى أدع السحور؟"، فقال رجل: "إذا شككتَ"، فقال ابن عباس: "كل ما شككتَ، حتى يتبين لك" (al-Bayhaqî, As-Sunan ul-kub'râ, 8117). "عن مسلم، قال: جاء رجل إلى ابن عباس يسأله عن السحور، فقال له رجل من جلسائه: "كل حتى لا تَشُكّ"، فقال له ابن عباس: "إن هذا لا يقول شيئا. كل ما شككتَ حتى لا تَشُكّ" (Ibn Abî Shayba, 9057, 9067).

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IV.III) Quant à la divergence que Ibn Rushd a relatée et que je vais recopier ci-après, elle est - sauf erreur de compréhension de ma part - différente, parlant d'un autre aspect des choses : cet autre aspect est comme suit : Est-ce que c'est le moment en soi (par exemple : "B", qui est le moment du lever de l'aube) qui est à prendre en considération, ou bien est-ce que c'est le fait que l'aube devienne évidente pour celui qui va jeûner qui est déterminant pour devoir cesser de s'alimenter et débuter le jeûne ?

Ibn Rushd relate ladite divergence en ces termes :
والذين رأوا أنه الفجر الأبيض المستطير - هم الجمهور والمعتمد - اختلفوا في الحد المحرم للأكل. فقال قوم: هو طلوع الفجر نفسه. وقال قوم: هو تبيّنه عند الناظر إليه؛ ومن لم يتبيّنه، فالأكل مباح له حتى يتبين، وإن كان قد طلع.
وفائدة الفرق أنه إذا انكشف أن ما ظن من أنه لم يطلع كان قد طلع، فمن كان الحد عنده هو الطلوع نفسه أوجب عليه القضاء؛ ومن قال: هو العلم الحاصل به، لم يوجب عليه القضاء.
وسبب الاختلاف في ذلك: الاحتمال الذي في قوله تعالى: {وكلوا واشربوا حتى يتبين لكم الخيط الأبيض من الخيط الأسود من الفجر}: هل على الإمساك بالتبين نفسه؟ أو بالشيء المتبين - لأن العرب تتجوز فتستعمل لاحق الشيء بدل الشيء على وجه الاستعارة: قال تعالى: {وكلوا واشربوا حتى يتبين لكم الخيط الأبيض من الخيط الأسود من الفجر}، لأنه إذا تبين في نفسه، تبين لنا -؟ فإذًا إضافة التبين لنا هي التي أوقعت الخلاف، لأنه قد يتبين في نفسه ويتميز، ولا يتبين لنا. وظاهر اللفظ يوجب تعلق الإمساك بـ:العلم. والقياس يوجب تعلقه بـ:الطلوع نفسه، أعني: قياسا على الغروب وعلى سائر حدود الأوقات الشرعية كالزوال وغيره، فإن الاعتبار في جميعها في الشرع هو بالأمر نفسه، لا بالعلم المتعلق به
" (Bidâyat ul-mujtahid, 1/537).

L'indice montrant que, ici précisément, Ibn Rushd n'a pas relaté la divergence sus-citée (entre B.A et B.B) mais une autre divergence, c'est qu'il dit que ceux qui sont de l'avis disant que ce qui est déterminant c'est le fait que ce moment soit devenu évident pour soi, leur avis implique que celui qui pensait (zann) que l'aube n'était pas encore levée et a donc mangé ou bu, puis découvre que l'aube était alors en fait déjà levée, celui-là n'a pas à remplacer ce jeûne : "وفائدة الفرق أنه إذا انكشف أن ما ظن من أنه لم يطلع كان قد طلع، فمن كان الحد عنده هو الطلوع نفسه أوجب عليه القضاء؛ ومن قال: هو العلم الحاصل به، لم يوجب عليه القضاء" (Bidâyat ul-mujtahid, 1/537).

Or, d'après les 4 écoles, et même plus, celui qui pensait (zann) que l'aube n'était pas encore levée et a donc mangé ou bu, puis découvre que l'aube était alors en fait déjà levée, celui-là doit bel et bien remplacer ce jeûne : "ولو أكل ظانًّا غروب الشمس فبانت طالعة، أو ظانًّا أن الفجر لم يطلع، فبان طالعًا، صار مفطرًا؛ هذا هو الصحيح الذي نص عليه الشافعي وقطع به المصنف والجمهور. وفيه وجه شاذ أنه لا يفطر فيهما لأنه معذور" (Al-Majmû', 7/475) (voir aussi 7/478-479). "مسألة: قال: (وإن أكل يظن أن الفجر لم يطلع، وقد كان طلع؛ أو أفطر يظن أن الشمس قد غابت، ولم تغب: فعليه القضاء): هذا قول أكثر أهل العلم من الفقهاء وغيرهم. وحكي عن عروة ومجاهد والحسن وإسحاق: لا قضاء عليهم" (Al-Mughnî, 4/215).
C'est si étant dans le doute (shakk) quant au lever de l'aube, quelqu'un a mangé et bu, puis demeure dans ce doute quant à savoir si, en fait, l'aube était déjà levée, ou pas, qu'il n'a pas à remplacer ce jeûne d'après 3 écoles (la hanafite, la shafi'ite et la hanbalite) : ce n'est que d'après Mâlik qu'il doit alors remplacer ce jeûne (Al-Majmû', 7/474 ; Al-Mughnî, 4/216).
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Ce n'est donc pas la divergence entre moments "B.A" et "B.B" que Ibn Rushd a relatée dans son extrait recopié ci-dessus.

La divergence que Ibn Rushd a ici relatée, c'est en fait la divergence existant entre la majorité des mujtahidûn, - qui sont d'avis que ce qui compte c'est le moment de l'aube en soi - et par exemple Abû Bakr (radhiyallâhu 'anh) - qui est d'avis que ce qui est déterminant c'est le fait que l'aube soit devenue évidente pour soi [soit qu'on la voit à l'horizon, et, dans tous les cas, par le fait que la lumière de cette aube s'est répandue dans les chemins, de sorte que celui qui est à l'extérieur voit forcément cette aube] - :
"ومن طريق أبي أحمد الزبيري عن سفيان الثوري عن منصور بن المعتمر عن هلال بن يساف عن سالم بن عبيد قال: كان أبو بكر الصديق يقول لي: "قم بيني وبين الفجر"، حتى تسحر.
ومن طريق ابن أبي شيبة عن جرير بن عبد الحميد عن منصور بن المعتمر عن هلال بن يساف عن سالم بن عبيد الأشجعي قال: "قم فاسترني من الفجر"، ثم أكل. سالم بن عبيد هذا أشجعي كوفي من أصحاب رسول الله - صلى الله عليه وآله وسلم - وهذه أصح طريق يمكن أن تكون.
وقد روينا من طريق وكيع وعبد الرزاق: قال وكيع: عن يونس بن أبي إسحاق عن أبي السفر؛ وقال عبد الرزاق: عن معمر عن أيوب السختياني عن أبي قلابة، قالا جميعا: كان أبو بكر الصديق يقول: "أجيفوا الباب حتى نتسحر". الإيجاف: الغلق"
(Al-Muhallâ, 4/370-371).

Mais étant donné que cela ne peut évidemment pas impliquer que Abû Bakr était d'avis que si on se barricade complètement, alors, tant que, toutes les ouvertures de la pièce étant fermées, on ne voit pas l'aube, on peut continuer à manger jusqu'à ce qu'on ne voit pas la lumière émise par le soleil (sinon, l'avis de Abû Bakr impliquerait que le jeûneur se trouvant dans ce cas - il demeure confiné chez lui, toutes les ouvertures fermées - peut manger même après le lever du soleil, et même ensuite, à l'heure du dhuhâ, du zénith, etc.) ; étant donné cela, l'avis de Abû Bakr conduit à un résultat voisin de celui de al-A'mash (et qui est relaté aussi de Hudhayfa et de Ibn Mas'ûd) : tant que la lumière de l'aube ne s'est pas répandue dans les chemins, on peut manger et boire ; la différence avec leur avis c'est que, pour Abû Bakr (radhiyallâhu 'anh), avant ce moment, c'est si on a vu l'aube dans le ciel qu'il devient interdit de manger et de boire.

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Cet avis disant qu'il est autorisé de manger et de boire jusqu'au moment C (ou jusqu'à juste avant le moment C), cet avis n'est pas celui de la grande majorité des ulémas.
Il est à délaisser
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V) Une fois qu'on sait que l'aube s'est levée (B), on doit cesser de manger et de boire.

Si on a alors quelque chose dans la bouche, ou si on tient un verre d'eau dans sa main, doit-on recracher ce qu'on avait commencé à mastiquer, et à déposer ce verre d'eau ?

Oui, nécessairement, dit an-Nawawî : "إذا طلع الفجر وفي فيه طعام، فليلفظه؛ فإن لفظه، صح صومه. فإن ابتلعه، أفطر" (Al-Majmû', 7/477).

Quant au hadîth 9 : "Lorsque l'un d'entre vous entend le adhân et que le récipient se trouve dans sa main, qu'il ne le dépose pas jusqu'à ce qu'il ait complété son besoin par rapport à (le contenu de ce récipient)" : "عن أبي سلمة، عن أبي هريرة قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "إذا سمع أحدكم النداء والإناء على يده، فلا يضعه حتى يقضي حاجته منه" (Abû Dâoûd, 2350, Ahmad, 10629), "عن عمار بن أبي عمار، عن أبي هريرة، عن النبي صلى الله عليه وسلم: مثله. وزاد فيه: "وكان المؤذن يؤذن إذا بزغ الفجر" (Ahmad, 10630),
--- la majorité des ulémas ne l'ont pas retenu selon sa littéralité ('alâ zâhiri-hî). Le fait est qu'il contredit le verset du Coran, lequel établit la limite du manger et du boire comme étant "tabayyun ul-fajr", si cela désigne bien le moment B.A ; et que cela contredit le fait que la Sunna a dit : "Mangez et buvez jusqu'à ce que Ibn Ummi Maktûm prononce le adhân", et que ce adhân était donné au moment où le fajr sâdiq devenait visible. Il fallait donc alors cesser de manger et de boire. Or manger et boire signifiant : "avaler de la nourriture et de la boisson", cesser de manger et de boire englobe aussi, apparemment, la cessation de l'action d'avaler même ce qu'on avait placé dans sa bouche. Comment comprendre donc que ce hadîth autorise à mettre dans sa bouche ce qui était seulement dans sa main ? Dès lors :
----- pour sa part, Abû Hâtim ar-Râzî a dit que ce hadîth (numéroté ici "9") n'est pas authentique ;
----- d'autres ulémas en ont fait une ta'wîl : al-Mubârakpurî en a relatée plusieurs dans Mir'ât ul-mafâtîh.

--- L'explication de as-Sindî est par contre comme suit : le muezzin commençait le adhân au moment B.A ; or, le fait de manger et de boire devant cesser au début du moment B.B, il était donc possible de boire encore quelques gorgées du récipient déjà pris en main : "قلت: من يتأمل في هذا الحديث، وكذا حديث "كلوا واشربوا حتى يؤذن ابن أم مكتوم، فإنه لا يؤذن حتى يطلع الفجر"، وكذا ظاهر قوله تعالى {حتى يتبين لكم الخيط الأبيض من الخيط الأسود من الفجر}، يرى أن المدار هو تبيّن الفجر؛ وهو يتأخر عن أوائل الفجر بشيء؛ والمؤذن لانتظاره يصادف أوائل الفجر، فيجوز الشرب حينئذ إلى أن يتبيّن. لكن هذا خلاف المشهور بين العلماء؛ فلا اعتماد عليه عندهم. والله تعالى أعلم" (Fat'h ul-Wadûd) (explication également relatée par al-Mubârakpûrî). As-Sindî précise cependant que cette explication contredit l'avis répandu chez les ulémas [ceux-ci ayant retenu le moment B.A et ayant enseigné de recracher ce qu'on avait placé dans sa bouche mais pas encore avalé].

Ibn ul-'Uthaymîn précise pour sa part que l'autorisation donnée dans ce hadîth 9 concernait seulement l'eau dont on avait déjà pris le contenant dans sa main, et non pas l'eau du récipient encore à élever : "والوجه الثاني: أن يكون ذلك بالتأذين من المؤذن عن يقين ومشاهدتِه للفجر، ولكن هذا من باب الرخصة: لما كان الإنسان رفع الماء ليشرب، تعلقت به نفسه. ولهذا لو كان في الأرض لا تحمله، لا ترفعه من الأرض، بل لا بد أن يكون في يدك. وإلا* كانت النفس قد تعلقت بهذا الماء الذي رفعه، كان من رحمة الله عز وجل أن يقضي الإنسان نهمته منه" (Kitâbu Jalasât Ramadhâniyya) (* ne serait-ce pas plutôt : "ولمّا" ?).

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VI) En sus de cela, des ulémas malikites recommandent de s'arrêter de manger et de boire un moment avant l'aube (c'est ce qu'ils appellent "al-Imsâk") :

Ibn ul-'Arabî écrit : "المسألة الحادية عشرة: كما أن السنة تعجيل الفطر مخالفةً لأهل الكتاب، كذلك السنة تقديم الإمساك إذا قرب الفجر عن محظورات الصيام" (Ahkâm ul-qur'ân, 1/131).

'Alî ibn Khalaf dit pour sa part ceci : "و)من السنة أيضا (تأخير السحور) - بفتح السين وضمها، فالفتح اسم للمأكول والضم اسم للفعل - بعد تحقق بقاء جزء من الليل. وانظر هل أراد بـ"السنة": المصطلح عليها، أو المستحبّ؟ وقد عدّها صاحب المختصر في المستحبّات. والأصل في هذا قوله - صلى الله عليه وسلم -: "لا تزال أمتي بخير ما عجلوا الفطر وأخروا السحور": رواه أحمد" (Kifâyat ut-tâlib).
Al-'Adawî commente cela ainsi ; "وقدْرُ التأخير الأكملِ في الأفضلية كما في الحديث: أنْ يبقى بعد الفراغ من الأكل والشرب إلى الفجر "قدْرُ ما يقرأ القارئ خمسين آية"؛ ولعل المراد القارئ المتمهل في قراءته. وفي بعض الشروح: ووَقْتُ تأخير السحور يدخل ابتداؤه بنصف الليل الأخير؛ وكلما تأخر، كان أفضل" (Hâshiyat ul-'Adawî).

On le voit : al-'Adawî s'est explicitement appuyé sur le hadîth 7 mais selon sa version "7.1".

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(Par contre, instituer de cesser de manger bien avant l'apparition de l'aube, au point d'instituer la prononciation du second adhân - celui communiquant au commun des gens l'interdiction de manger et de boire pour ceux qui vont jeûner - bien avant l'aube, Ibn Hajar en dit que c'est une bid'a : à son époque, des gens avaient institué cela environ 20 minutes avant l'aube, relate-t-il : "تنبيه: من البدع المنكرة ما أحدث في هذا الزمان، من إيقاع الأذان الثاني قبل الفجر بنحو ثلث ساعة في رمضان، وإطفاء المصابيح التي جعلت علامة لتحريم الأكل والشرب على من يريد الصيام - زعما ممن أحدثه أنه للاحتياط في العبادة -؛ ولا يعلم بذلك إلا آحاد الناس. وقد جرّهم ذلك إلى أن صاروا لا يؤذّنون إلا بعد الغروب بدرجة لتمكين الوقت زعموا. فأخّروا الفطر وعجّلوا السحور وخالفوا السنة. فلذلك قلّ عنهم الخير وكثير فيهم الشر. والله المستعان" : FB 4/253-254).

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En général, les ulémas des 3 autres écoles n'énoncent pas un caractère "recommandé" quant à l'action de s'arrêter de manger et boire environ 10 à 15 minutes avant l'aube (laquelle constitue le moment B).

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W'Allâhu A'lam (Dieu sait mieux).