Les descriptions du paradis : sens propre ou allégorique ?

Question :

Le paradis que décrit le Coran semble regorger de plaisirs physiques et matériels. Ne faudrait-il pas plutôt prendre tout cela comme des symboles et dire qu'il n'y a au paradis que béatitude spirituelle ?

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Réponse :

Voici des éléments de réponse à votre question, en 8 points...

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Premier point : Les textes du Coran et des hadîths mentionnent effectivement la présence, dans le Paradis, de délices d'ordres matériel et physique : jardins, demeures, nourritures, etc. :

Cela fait partie des enseignements de l'islam, et, voulant rester fidèles à l'enseignement authentique du Coran et de la Sunna, les musulmans ne sauraient chercher à le nier ou à en faire une interprétation "forcée" ("ta'wîl fâssid").

Le Coran évoque ainsi "des jardins au pied desquels coulent des rivières" (Coran 9/72), "des demeures excellentes dans les jardins d'Eden" (9/72), "des fruits, des palmiers, des grenadiers" (55/68), "des fruits abondants, qui ne connaîtront pas de rupture ni ne seront interdits" (56/32-33), "des ruisseaux d'eau jamais malodorante, des ruisseaux de lait au goût non altéré, des ruisseaux d'un vin délicieux pour les buveurs, et des ruisseaux de miel clarifié" (47/15), "une liqueur de source qui ne leur causera ni maux de tête ni étourdissement" (56/18-19), "des plats et des coupes en or" (43/71), "des viandes d'oiseaux" (56/21), "des vêtements de soie" (22/23), "le mariage avec des femmes blanches aux grands yeux" (52/20), "semblables à la perle cachée" (56/23), "comme si elles étaient le rubis et le corail" (55/58)

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Deuxième point : A côté des plaisirs reconnus comme tels de façon universelle, chacun aura au paradis ce qui (dans le cadre de ce qui est conforme à l'éthique humaine, al-Fit'ra), lui était agréable et délicieux lorsqu'il vivait sur Terre :

Ainsi, les goûts personnels ou culturels sont également pris en considération dans le Paradis.

"عن أبي سعيد الخدري، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: المؤمن إذا اشتهى الولد في الجنة كان حمله ووضعه وسنه في ساعة كما يشتهي" : "Le croyant, s'il désire avoir un enfant au Paradis, la gestation et l'enfantement et le fait que (l'enfant) atteigne sa maturité, cela se fera en un instant, comme il le voudra" (at-Tirmidhî, 2563). Certains ulémas sont d'avis que l'habitant du Paradis qui désirera avoir un enfant pourra donc en avoir. D'autres pensent que nul ne le désirera.

"عن أبي هريرة رضي الله عنه أن النبي صلى الله عليه وسلم كان يوما يحدث، وعنده رجل من أهل البادية: "أنّ رجلا من أهل الجنة استأذن ربه في الزرع، فقال له: ألست فيما شئت؟ قال: بلى، ولكني أحب أن أزرع. قال: فبذر، فبادر الطرف نباته واستواؤه واستحصاده، فكان أمثال الجبال. فيقول الله: دونك يا ابن آدم، فإنه لا يشبعك شيء." فقال الأعرابي: "والله لا تجده إلا قرشيا أو أنصاريا، فإنهم أصحاب زرع؛ وأما نحن فلسنا بأصحاب زرع." فضحك النبي صلى الله عليه وسلم" : Le Prophète (sur lui la paix) déclara qu'après le jugement dernier et l'admission d'hommes au paradis, un habitant du paradis demandera à Dieu la possibilité de faire pousser des champs, avec semailles et récolte. Dieu lui dira : "N'as-tu pas déjà tout ce que tu veux ? – Si, répondra l'homme, mais je voudrais le faire." Dieu lui accordera alors la possibilité de le faire ; semer, voir les plants pousser et procéder à la récolte se feront en un bref instant. Dieu lui dira alors : "Voilà, fils d'Adam. Rien ne te rassasiera donc !" . Un bédouin qui était présent s'exclama alors : "Par Dieu, cela ne pourra être qu'un homme parmi les Quraysh ou parmi les Ansâr, car ce sont eux qui cultivent la terre ! Nous, nous ne sommes pas des cultivateurs." Entendant cette réflexion, le Prophète rit" (al-Bukhârî, 2221, 7081).

"عن بريدة، أن رجلا سأل النبي صلى الله عليه وسلم، فقال: يا رسول الله، هل في الجنة من خيل؟ قال: "إنِ اللهُ أدخلك الجنة، فلا تشاء أن تحمل فيها على فرس من ياقوتة حمراء يطير بك في الجنة حيث شئت إلا فعلت." قال: وسأله رجل فقال: يا رسول الله، هل في الجنة من إبل؟ قال: فلم يقل له ما قال لصاحبه؛ قال: "إنْ يدخلك الله الجنة يكن لك فيها ما اشتهت نفسك ولذت عينك" : Burayda relate qu'un homme demanda au Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) : "Messager de Dieu, y a-t-il des chevaux dans le Paradis ?" Il répondit : "Si Dieu te fait entrer dans le paradis, tu ne voudras pas y être transporté par un cheval en rubis rouge qui t'emportera dans les airs là où tu voudras dans le paradis, que tu pourras le faire !" Un autre homme lui demanda alors : "Messager de Dieu, y a-t-il des chameaux dans le paradis ?" Burayda dit : "(Le Prophète, sur lui la paix) ne lui répondit pas la même chose qu'au premier. Il lui dit : "Si Dieu te fais entrer dans le paradis, tu y auras ce que désire ton âme et ce par quoi ton œil ressent du plaisir" (at-Tirmidhî, 2543, hassan bi-sh-shawâhid d'après al-Albânî : As-Sahîha, 3001).

Shâh Waliyyullâh a, citant quelques hadîths de ce genre, souligné ainsi l'existence de choses désirables pour toute l'espèce humaine (en conformité avec la Fit'ra, ou naturelle originelle de l'homme), et, à l'intérieur du cadre de la Fit'ra, de choses désirables pour un individu plutôt qu'un autre ou pour un groupe régional plutôt qu'un autre :
"وإن للنفوس:
شهوات تتوارد عليها من تلقاء نوعها تتمثل بها النعمة،
وشهوات دون ذلك يتميز بها بعضها من بعض.
وهو قول النبي صلى الله عليه وسلم: "دخلت الجنة فإذا جارية أدماء لعساء، فقلت ما هذه يا جبريل؟ فقال: إن الله تعالى عرف شهوة جعفر بن أبي طالب للادم اللعس، فخلق له هذه"؛ وقوله صلى الله عليه وسلم: "إن الله أدخلك الجنة، فلا تشاء أن تحمل فيها على فرس من ياقوته حمراء تطير بك في الجنة حيث شئت إلا فعلت"؛ وقوله: "إن رجلا من أهل الجنة استأذن ربه في الزرع، فقال له ألست فيما شئت قال بلى، ولكني أحب أن أزرع، فبذر، فبادر الطرف نباته واستواؤه واستحصاده، فكان أمثال الجبال، فيقول الله تعالى دونك يا ابن آدم، فإنه لا يشبعك شيء""
(Hujjat ullâh il-bâligha, 1/117-118 ; le premier des 3 hadîths ici cités par Shâh Waliyyullâh a été déclaré dha'îf par al-Albânî).

Cela concerne les paysages (certains ont un penchant pour d'autres paysages que seulement ceux qui sont cités dans le Coran, parce qu'ils ont passé leur enfance dans d'autres contrées que les destinataires immédiats du message du Coran), mais aussi les autres choses : les nourritures, les canons de beauté féminine, notamment.

Les Arabes furent bien "les destinataires premiers du message" (lire à ce sujet Hujjat ullâh il-bâligha 1/355-356, 341-342, Al-Fawz ul-kabîr, p. 45), non pas d'une primauté de destination (eux étant destinataires du message de façon originelle, les non-Arabes ne l'étant que sur un plan secondaire), non, mais d'une primauté dans le temps, pour des raisons pratiques : il fallait bien que le Prophète apparaisse en un lieu donné au milieu d'un peuple donné, et que ce soit de là que son message soit connu (cliquez ici pour en savoir plus).

C'est ce qui explique que, à côté de l'évocation de délices particuliers, surtout présentés d'après des canons d'attente d'Arabes de l'époque (avec par exemple "aiguières", etc.), le Coran présente aussi ce principe général : "وَفِيهَا مَا تَشْتَهِيهِ الْأَنفُسُ وَتَلَذُّ الْأَعْيُنُ" : "Et là (= dans le Paradis) se trouve ce que désirent les âmes et ce par quoi les yeux ressentent du plaisir" (Coran 43/71). Il y a aussi ce verset : "وَلَكُمْ فِيهَا مَا تَشْتَهِي أَنفُسُكُمْ وَلَكُمْ فِيهَا مَا تَدَّعُونَ" : "Et vous y aurez ce que vos âmes désirent et ce que vous réclamerez" (Coran 41/31).

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Troisième point : Si le Coran et la Sunna emploient, pour décrire les délices paradisiaques, des termes tels que ceux que nous venons de voir, ils tiennent parallèlement à préciser que la réalité de ce qui existe au paradis dépasse de loin tout ce que l'esprit humain peut concevoir :

D'un côté, le Coran et la Sunna affirment ainsi que chacun aura au paradis ce qui, dans le cadre de ce qui est conforme à l'éthique humaine (al-fit'ra), lui était agréable et délicieux lorsqu'il vivait sur terre.

D'un autre côté, cependant, le Coran et la Sunna précisent également que la réalité de ces délices dont chacun bénéficiera au paradis dépasse de loin tout ce que l'esprit humain peut concevoir. Ainsi, à la fin d'un discours durant lequel il avait évoqué (par, donc, des mots) devant ses Compagnons les délices du paradis, le Prophète (sur lui la paix) précisa : "Il y a dans le paradis ce que nul œil n'a vu, nulle oreille entendu, et nul esprit humain pu imaginer" (Muslim, 2825). Voyez : la réalité de ce qui se trouve dans le paradis est quelque chose "que nul esprit humain n'a pu imaginer" ; il ne s'agit donc pas d'exactement ce que nous voyons ici-bas et qui porte le même nom…

C'est bien ce que le Compagnon Ibn Abbâs (que Dieu l'agrée) a expliqué ainsi : "La réalité de ce qui existe dans le paradis n'a de commun avec ce qui existe en ce monde que les noms" (Tafsîr Ibn Kathîr, commentaire de 2/25, propos authentifié dans Silsilat ul-ahâdîth as-sahîha, n° 2188). Ibn Abbâs voulait dire que la réalité du bienfait paradisiaque n'est pas exactement la même que celle du bienfait terrestre, même si le nom des deux est le même (par exemple "raisin") : les réalités de ces deux bienfaits ont bien sûr quelque chose en commun, mais aussi des différences. C'est là ce que signifie d'ailleurs, du moins d'après l'un des commentaires, la parole de Dieu à propos du fruit que les habitants du Paradis mangeront : "Cela leur aura été donné ressemblant" (Coran 2/25) (voir MF 5/347-348).

En fait, pour décrire à des humains ce dont la réalité est au-delà de tout ce que leur esprit peut imaginer, il fallait bien d'une part utiliser les termes familiers à ces humains, d'autre part souligner que la réalité que cherchent à évoquer ces termes est au-delà de ce que peut imaginer l'esprit de ces humains. (Voir également Ahkâm-é islâm 'aql ki nazar mein, Cheikh Ashraf Alî Thânwî, pp. 372-373.)

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Quatrième point : D'ailleurs, il est certaines choses du Paradis que l'on trouve, dans les textes mêmes, être différents de ce qu'on connaît sur Terre :

La réalité des choses du Paradis est tellement différente de celle des choses de ce Monde que, pour certaines choses, les textes ont précisé eux-mêmes la différence entre les deux mondes (pour ces choses, les termes eux-mêmes sont donc différents)...

Ainsi, dans le hadîth où il est dit que [à la base] pour l'habitant du Paradis, il y aura 2 épouses [il s'agit, d'après Ibn ul-Qayyim, de femmes du Paradis et non pas de femmes ayant vécu sur Terre], voici la description qui en est faite : "ولكل واحد منهم زوجتان، يرى مخ سوقهما من وراء اللحم من الحسن" : "l'intérieur de son mollet sera visible par derrière la chair, à cause de la beauté" (al-Bukhârî, 3073, Muslim, 2838). Il est évident que si à un homme de ce Monde on propose de se marier avec une femme dont on lui dit qu'il peut voir l'intérieur de son os par-delà sa chair, cela risque fort de le faire fuir... Mais en fait cela fait partie des différences des choses du Paradis par rapport à celles de ce Monde.

Ainsi encore, les hommes du Paradis seront imberbes ("مُرْد" : at-Tirmidhî, 2539, 2545). Or la barbe relève de la beauté masculine en ce Monde.

Ou encore : dans le Paradis on ne travaillera pas (le hadîth cité plus haut précise que l'homme désirant planter en demandera l'autorisation à Dieu). Or, le travail fait partie des choses nécessaires à l'équilibre physique et mental de l'homme dans ce Monde...

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Cinquième point : Il ne faut pas oublier que le Coran et la Sunna mentionnent également l'aspect "paix et sérénité totale" du Paradis :

Ainsi, une des grandes faveurs présentes dans le Paradis sera la totale harmonie et la paix absolue dans lesquelles ses habitants vivront et se rencontreront.

Le Coran mentionne ainsi la paix de paroles et de cœurs qui y règnera. "Ils n'y entendront ni parole futile ni accusation, mais seulement une parole : "Paix, paix"" (Coran 56/25-26).

Il dit aussi : "(...) Les jardins d'Eden ; ils y entreront, eux, ainsi que ceux qui en seront aptes parmi leurs parents, leurs conjoints et leurs enfants. Et les Anges entreront auprès d'eux de chaque porte : "Que la paix soit sur vous pour ce que vous avez enduré"" (Coran 13/23-24).

Dieu dit de même des habitants du Paradis : "Nous aurons enlevé de leur cœur toute animosité. Sous eux couleront les ruisseaux" (Coran 7/43).
Ils y seront "s'y accoudant et se faisant face" (56/16). "Les uns se tourneront vers les autres s'interrogeant. L'un d'eux dira…" (37/50-51).

"Ceux qui auront eu la foi et que leurs descendants auront suivi dans la foi, Nous ferons en sorte que leurs descendants les rejoignent" (52/21).

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Sixième point : La plus grande grâce qu'exprimera l'admission au Paradis est l'Agrément de Dieu :

Dieu a dit : ""Paix" : parole de la part d'un Seigneur Miséricordieux" (Coran 36/58).

Le Prophète (sur lui la paix) a dit : "عن أبي سعيد الخدري، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "إن الله تبارك وتعالى يقول لأهل الجنة: يا أهل الجنة؟ فيقولون: لبيك ربنا وسعديك، فيقول: هل رضيتم؟ فيقولون: وما لنا لا نرضى وقد أعطيتنا ما لم تعط أحدا من خلقك، فيقول: أنا أعطيكم أفضل من ذلك، قالوا: يا رب، وأي شيء أفضل من ذلك؟ فيقول: أحل عليكم رضواني، فلا أسخط عليكم بعده أبدا" : "Dieu dira aux habitants du Paradis : "Habitants du Paradis !" – Nous sommes présents à Ton appel, Seigneur ! répondront-ils. – Etes-vous heureux ? – Comment ne le serions-nous pas, ô Seigneur, alors que Tu nous as donné ce que Tu n'as donné à personne d'entre tes créatures, répondront-ils. – Ne vous donnerais-Je point ce qui est mieux que tout cela ? – Qu'est-ce qui peut donc être mieux que tout cela ? demanderont-ils. – Je déverse sur vous mon Agrément. Je ne serai désormais jamais en Courroux contre vous" (al-Bukhârî, Muslim, 2829).

C'est bien là ce que Dieu Lui-même a dit dans le Coran : "Dieu a promis aux croyants et aux croyantes des jardins sous quoi coulent des ruisseaux, où ils demeureront éternellement, ainsi que des demeures excellentes dans les jardins d'Eden. Et l'Agrément de Dieu est chose plus grande. C'est là l'énorme succès" (Coran 9/72). Voyez ce que Dieu dit : "l'Agrément de Dieu est chose plus grande"…

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Septième point : La chose la plus agréable dont les habitants du Paradis jouiront sera de contempler la Face de Dieu :

Le Prophète (sur lui la paix) a dit : "عن صهيب، عن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "إذا دخل أهل الجنة الجنة، قال: يقول الله تبارك وتعالى: تريدون شيئا أزيدكم؟ فيقولون: ألم تبيض وجوهنا؟ ألم تدخلنا الجنة، وتنجنا من النار؟ قال: فيكشف الحجاب، فما أعطوا شيئا أحب إليهم من النظر إلى ربهم عز وجل" : "Lorsque les gens du Paradis seront entrés dans le Paradis, Dieu – Béni et Elevé – leur dira : "Voudriez-vous quelque chose que Je vous donnerai en plus ? – N'as-Tu pas blanchi nos visages ? Ne nous as-Tu pas admis au Paradis et sauvés du Feu ?" diront-ils. Alors Il découvrira le Voile. Il ne leur aura rien été donné qui leur soit plus agréable que de contempler leur Seigneur" (Muslim, 181).

C'est pourquoi, écrit Ibn Taymiyya, ceux d'entre les soufis qui ont dit à Dieu ces termes : "Je ne T'adore pas par espoir de Ton Paradis", ceux-là ont mal compris la réalité du Paradis : ils ont cru que le Paradis était seulement lieu de jouissance physique ; alors que le plus grand plaisir du Paradis sera de pouvoir contempler la face de Dieu (cf. Kitâb un-nubuwwât, p. 100).

Voici une invocation que le Prophète (sur lui soit la paix) faisait : "اللهم بعلمك الغيب، وقدرتك على الخلق، أحيني ما علمت الحياة خيرا لي، وتوفني إذا علمت الوفاة خيرا لي. اللهم وأسألك خشيتك في الغيب والشهادة. وأسألك كلمة الحق في الرضا والغضب. وأسألك القصد في الفقر والغنى. وأسألك نعيما لا ينفد. وأسألك قرة عين لا تنقطع. وأسألك الرضاء بعد القضاء. وأسألك برد العيش بعد الموت. وأسألك لذة النظر إلى وجهك، والشوق إلى لقائك في غير ضراء مضرة، ولا فتنة مضلة. اللهم زينا بزينة الإيمان، واجعلنا هداة مهتدين", ou l'on trouve entre autres choses ceci : "Et je Te demande la fraîcheur de la vie après la mort. Et je Te demande le délice de regarder Ta Face, ainsi que le désir de Te rencontrer ; sans que cela soit (suite à) un malheur faisant du tort, ni un trouble égarant" (an-Nassâ'ï, 1288 etc.).

Les femmes du Paradis contempleront-elles, elles aussi, Dieu ?
Oui, déclare Ibn Taymiyya, qui donne ainsi préférence à l'un des avis existant sur la question (MF 6/420-460 ; voir aussi An-Nihâya, Ibn Kathîr).

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Huitième point : Pourquoi, malgré tout, Dieu a-t-Il mis dans le Paradis des plaisirs physiques et matériels tels que palais, vêtements somptueux, nourritures fines, boissons délicieuses, enfin belles femmes parfaites sur le plan physique et avec qui on pourra avoir des relations intimes ?

Sur Terre, il est pour l'homme des objectifs supérieurs, dont la Shar' de Dieu vise à la réalisation pour l'homme : "al-maqâssid al-asliyya" : "les objectifs essentiels". Cependant, ce n'est pas toujours dans ces objectifs essentiels eux-mêmes que Dieu a mis du plaisir pour l'homme. C'est plutôt plus souvent dans un certain nombre d'éléments permettant de réaliser ces objectifs essentiels que Dieu a mis (sur un plan takwînî) du plaisir pour l'homme. Ces éléments en deviennent alors : "al-maqâssid at-tâbi'a" : "les objectifs secondaires" (Al-Muwâfaqât 1/476-479).

Par exemple, le maintien de la vie est un objectif essentiel, un besoin essentiel ; l'homme ressent du désir pour les éléments qui permettent la réalisation de cela : les nourritures saines, l'eau limpide et claire. Le besoin que l'homme a – sans même toujours s'en rendre compte – de consommer de la nourriture pour vivre s'exprime par le désir qu'il éprouve vis-à-vis de la nourriture. Le fait d'en consommer amène chez lui un plaisir, un apaisement du désir et une satisfaction – ce qui est l'expression de l'assouvissement du besoin qu'il avait.

Par exemple encore, le renouvellement de l'espèce humaine est un autre objectif essentiel. L'homme éprouve du désir pour ce qui permet la réalisation de cela, à savoir les relations intimes. Ces dernières sont elles-mêmes motivées par l'attraction existant naturellement entre l'homme et la femme.

En fait, le besoin inscrit par Dieu dans la nature humaine s'exprime par une tension, qui engendre le désir de la chose qui permet de combler ce besoin et de mettre fin à cette tension. Pendant qu'on assouvit ce désir, on ressent un plaisir, suivi d'un apaisement de la tension. Immédiatement après vient le sentiment de satisfaction. Pour reprendre les termes de ash-Shâtibî, l'ensemble de ces besoins (certains sont tels que certains humains se sont mis à les négliger totalement) forment les "objectifs essentiels" ; quant aux moyens permettant de combler ces besoins, ils sont aussi des besoins pour l'homme, et forment les "objectifs secondaires" ; c'est vis-à-vis d'eux que les hommes ressentent du désir et c'est de leur assouvissement qu'ils retirent du plaisir.

Ce désir pour cette chose et ce plaisir par l'acte lié à cette chose, Dieu l'a donc mis en l'homme pour que le besoin organique soit satisfait, afin que les objectifs supérieurs suscités puissent être réalisés. S'il n'y avait pas ce désir et ce plaisir inscrits naturellement en l'homme, celui-ci n'irait pas s'encombrer de difficultés pour manger, boire, vivre avec un(e) conjoint(e).

Or, par voie de conséquence, c'est désormais sur ces désirs et plaisirs que l'homme focalise son attention sur Terre. Au point que parfois il met sa vie en grave péril pour acquérir ce qui normalement devrait être fait avec l'objectif de le maintenir en vie ou de transmettre la vie.

Dans le Paradis il n'y a pas ces besoins. Mais il y a les plaisirs.
Il y a donc les plaisirs sans les besoins qui les motivent sur Terre.
Et il y a les plaisirs sans les déplaisirs qui vont de pair avec eux sur Terre.

Si Dieu propose aux hommes ces plaisirs dans le Paradis, c'est d'une part par rétribution. En effet, pour honorer et contenter ceux qu'Il agrée, Dieu leur accordera ce qui cause leur plaisir (Il les a créés ainsi, eu égard à la réalité de la vie sur Terre). On voit même, dans les hadîths, que le premier groupe qui entrera dans le Paradis, Dieu les fera d'abord goûter à ces plaisirs (entrer dans leurs demeures, les conviera à un banquet spécial : thawr wa ziyâdatu kabidi hût), et par la suite seulement Se dévoilera à eux. Normal : on fait d'abord offrir, par ses valets, à ses invités, ce qui les contente ; puis on leur fait l'honneur de les appeler à nous rencontrer et nous contempler... L'essentiel est gardé pour après.

Et si Dieu propose aux hommes ces plaisirs dans le Paradis, c'est d'autre part parce que l'homme en général ne parvient à se préserver de quelque chose vers quoi il penche naturellement mais qui est mauvais pour lui, que si on lui offre en échange quelque chose du même genre quoique différent. Pour l'amener à se modérer dans sa recherche de ce qui sur Terre fait ses plaisirs, Dieu lui a promis que s'il a foi en Lui et demeure dans les actes de bien, Il lui donnera dans l'au-delà de nombreux plaisirs de ce genre, pourvu qu'ils soient conformes à la nature originelle (fit'ra). Celui qui, pour Dieu, se sera préservé de ce que Dieu n'aime pas du tout pour lui dans ce monde (boire de l'alcool, porter de l'or, etc.) et de ce qui n'est pas possible pour tout le monde en ce monde (avoir des femmes nombreuses et parfaites sur le plan physique, avoir des palais, vivre sans travailler, disposer de serviteurs, etc.), il aura tout cela dans le Paradis.
Que l'homme fasse donc preuve de quelques jours de patience par rapport à ce qu'il ne peut avoir dans ce monde : il l'aura par la Faveur de Dieu dans le Paradis. "Il est pour eux dans ce monde, et il est pour vous dans l'au-delà", a dit le Prophète au sujet de l'alcool.

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Synthèse de la réponse :

Nous croyons bien en l'existence de délices au Paradis. Cependant, ce qu'il faut rappeler c'est que la réalité de ces délices est tout simplement au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer.
Si les termes employés ne sont pas à appréhender dans un sens allégorique, ils ne désignent pas non plus exactement les mêmes réalités que sur Terre.

Et puis les délices paradisiaques ne seront que peu en comparaison avec le Contentement de Dieu : l'habitant du Paradis aura le sublime sentiment de jouir à tout jamais de ce Contentement. Et le plus grand ravissement que l'habitant du Paradis connaîtra sera de pouvoir contempler la Face de Dieu.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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