Ceux qui affirment qu'on ne connaît pas le Sens (معنى) des Termes qualifiant Dieu (ألفاظ الصفات), ceux-là ne doivent pas traduire ces Termes en Français, mais les garder tels quels en Arabe, au milieu de la phrase en français !

Le terme "Yadayya" dans le verset "مَا خَلَقْتُ بِيَدَيّ" (Coran 38/75) : quelle était la posture des Salaf Sâlih à son sujet ?

Il y a eu plusieurs explications sur ce point, énoncées par différentes tendances, chacune d'elles affirmant que c'était là la posture des Salaf Sâlih au sujet des termes Qualifiant Dieu :

--- explication a) La posture des Salaf Sâlih était le Tafwîdh ul-Kayf / Tafwîdh ul-Kun'h : "On connaît le sens de ces termes : il s'agit de leur sens premier. Par contre, ce qu'on ne sait pas, c'est la réalité à laquelle ces sens correspondent""مراد تو معنى حقيقي هيں، مگر اس کی کنه معلوم نهیں؛ پس تفویض نفسِ معنى ميں نهیں، بلکہ صرف كنه ميں هے" (Bawâdir un-nawâdir, p. 756) ;

--- explication b) La posture des Salaf Sâlih était le Tafwîdh ul-Ma'nâ : "On ne connaît pas le sens de ces termes, dans la mesure où ces termes peuvent avoir été employés en leur sens premier, ou en l'un de leurs sens figurés" ; "يهي متعين نهیں کہ معنى حقيقي مراد هيں، يا مجازي مراد هيں: دونون محتمل هيں، بشرطيکہ ان مين كوئي تنزيه کے منافي نہ هو" (Bawâdir un-nawâdir, p. 756).

--- explication c) La posture des Salaf Sâlih était le Tafwîdh ul-Ma'nâ : "On ne connaît pas le sens de ces termes, dans la mesure où ces termes n'ont certainement pas leur sens premier mais ont un autre sens, cependant nous ne savons pas lequel est-ce" ; "حاصل هذا المذهب أن هذه المتشابهات يجب القطع فيها بأن مراد الله تعالى منها شيء غير ظواهرها، ثم يجب تفويض معناها إلى الله تعالى، ولا يجوز الخوض في تفسيرها" (Ta'sîs ut-taqdîs, p. 229).

-
--- La première tendance est celle des Atharî : c'est celle que Ibn Taymiyya a diffusée. Pendant une période de sa vie, Cheikh Thânwî considérait cette première explication comme étant "la râjih" (Bawâdir un-nawâdir, p. 756) (en l'an 1349 a.h. il y adhérait toujours : Ibid., p. 384 ; pp. 601-628).
C'est bien parce qu'il pense que l'on connaît le sens de ce terme "الاستواء" que al-Bukhârî en a relaté deux synonymes (mutarâdif) ou approchants (mutaqârib) : "العلو والارتفاع". Il écrit : "قال أبو العالية: {استوى إلى السماء}: ارتفع، {فسواهن}: خلقهن. وقال مجاهد: {استوى}: علا {على العرش" (Al-Jâmi' us-sahîh, kitâb ut-tawhîd, bâb n° 21).

--- La seconde est celle à laquelle Cheikh Thânwî a adhéré (par "tarjîh") dans une seconde période (Bawâdir un-nawâdir, pp. 756-757 : daté de l'an 1352 a.h.), et celle à laquelle al-Mâturîdî adhérait à propos de "istiwâ'".
En effet, celui-ci : "يذكر الأقوال في الاستواء من أنه بمعنى الاستيلاء، أو العلو والارتفاع، أو التمام، ثم يرجح التفويض، لاحتماله أحد هذه المعاني أو غيرها" (Mawqif Ibn Taymiyya min al-Ashâ'ira, pp. 428-429).
Or les deux termes "
العلو والارتفاع" sont des synonymes (mutarâdif) ou des approchants (mutaqârib) du terme "الاستواء" (comme on vient de le montrer sous la plume de al-Bukhârî).
Quant aux 2 autres sens ayant été exposés par le biais des 2 autres termes (
الاستيلاء، التمام), ce sont 2 sens figurés du terme "الاستواء".
On voit que pour al-Mâturîdî, ce terme "istiwâ'" peut, lorsque employé au sujet d'Allah, avoir son sens propre, ou l'un de ses sens figurés : on ne sait pas.

--- La troisième explication est celle de Fakhr ud-Dîn ar-Râzî et d'autres Acharites.

-
Ceci n'est pas une simple ikhtilâf lafzî, mais bien une ikhtilâf haqîqî.

Cependant :
--- Pourquoi le fait de faire "Tafwîdh ul-ma'nâ" des termes (Lafz) parlant de "Sifât ullâh" telles que "يدَيَّ" et "اسْتَوَى", cela ne constitue pas une posture de dhalâl mais seulement une khata' ijtihâdî qat'î ?
--- Les Acharites constituent-ils un groupe déviant (فرقة ضالّة) ?
--- Après avoir quitté le Mutazilisme, Abu-l-Hassan al-Ash'arî (رحمه الله) est-il passé par 1 seule, ou bien par 2 étapes ?

-
J'adhère à la première explication.

-
Or j'ai un jour été interpelé au sujet de ma croyance par un musulman qui est de la 2ème... non, plutôt de la 3ème tendance.

Il m'a dit en substance (sans que ce soit moi qui ouvre ce chapitre devant lui) : "Toi qui adhères à la croyance diffusée par Ibn Taymiyya, tu prétends comme lui connaître le sens du terme "Yadayya" ? Voyez-vous ça !"

J'ai eu beau essayer lui expliquer que "Connaître le Sens d'un Terme" et "Connaître la Réalité à laquelle ce Terme renvoie" sont 2 choses différentes, le frère n'a pas compris.

Pour lui, faire le Tafwîdh, c'est dire qu'on ne connaît pas le Sens de "Yadayya" (Tafwîdh ul-Ma'nâ) : "Cela ne peut pas être son Sens Premier !"

Pour le frère, le célèbre propos de l'imâm Mâlik signifie :
"الاستواء غير مجهول [الوجود لفظه في القرآن]، والكيف [أي المعنى] غير معقول؛ والإيمان به واجب، والسؤال عنه بدعة"
.

Et le frère disait que dès lors que Ibn Taymiyya a affirmé que le propos de l'imâm Mâlik signifie : "الاستواء غير مجهول [المعنى]، والكيف غير معقول؛ والإيمان به واجب، والسؤال عنه بدعة", donc qu'on connaît le Sens et que le Tafwîdh est un Tafwîdh ul-Kayf, il a fait une grave erreur : il a flirté avec le Tajsîm (Anthropomorphisme).

La discussion a vite tourné court, le frère est parti et n'a plus voulu poursuivre.

-
Pourtant, laissons un instant de côté la formule taymiyyenne : "Ces termes-là, même lorsque employés au sujet d'Allah 'Azza wa Jalla, on en connaît le Sens. C'est la Réalité que ces termes désignent au sujet d'Allah qu'on ne connaît pas. On fait donc Tafwîdh, oui, mais Tafwîdh du Kayf."

Laissons donc un instant de côté cette formule taymiyyenne...

Que l'on réponde seulement à ceci : Traduit-on en français le passage coranique "مَا خَلَقْتُ بِيَدَيّ" (Coran 38/75) par : "ce que J'ai créé de Mes Deux Mains" ?

Si la réponse est "Oui", alors cela signifie que, bien que la Istilâh que Ibn Taymiyya a employée ("on connaît le Sens de ces termes") impressionne certains, en fait ils ont eux aussi adopté (sans s'en rendre compte) la posture taymiyyenne : la première posture suscitée. Et cela parce que c'est la posture Fit'rî.

Car c'est seulement un Terme arabe dont on connait le Sens que l'on peut traduire en langue française.

En effet, un Terme de la langue arabe dont on affirme ne pas pouvoir connaître le Sens, comment peut-on en avancer la traduction en langue française ?

-
C'est bien pourquoi on ne traduit pas en français les Hurûf Muqatta'ât, les Lettres Détachées qui figurent au début de certaines sourates. Vu que nous ne connaissons pas le sens de ces Lettres, nous ne présentons pas leurs équivalents ou presque équivalents en français.

Nous ne traduirons pas : "ق وَالْقُرْآنِ الْمَجِيدِ" (Coran 50/1) en français par : "Q - Par le Coran glorieux !"
Nous traduirons plutôt par : "QAF, par le Coran glorieux !"

Nous ne traduirons pas non plus : "الم. ذَلِكَ الْكِتَابُ لاَ رَيْبَ فِيهِ" (Coran 2/1-2) par : "A - L - M. Ce livre-là, pas de doute à son sujet."
Nous traduirons plutôt par : "ALIM LAM MIM. Ce livre-là, pas de doute à son sujet".

Et nous écrirons à chaque fois, en note de bas de page : "Nous ne connaissons pas le Sens de ces Lettres, donc nous ne pouvons pas les traduire, ni en proposer des lettres paraissant être leurs presque-équivalents en langue française. Nous les laissons telles quelles, proposant seulement leur translittération."

-
Dès lors, si on dit ne pas connaître le Sens de "Yadayya" dans : "مَا خَلَقْتُ بِيَدَيّ" (Coran 38/75), il faudrait traduire ce passage en français par : "ce que J'ai créé de Mes Deux YAD".

Et il faudrait préciser, en note de bas de page : "Vu que nous ne connaissons pas le Sens de ce terme YAD lorsque employé au sujet d'Allah Ta'âlâ, nous ne pouvons pas le traduire en langue française ! Nous le laissons donc tel quel, proposant seulement sa translittération."
-

C'est seulement un terme coranique dont on connaît le Sens que l'on pourra traduire en langue française (ou autre).

-
Abu-l-Hassan at-Tabarî, l'un des Ach'arites Antérieurs, l'avait dit explicitement : étant d'avis qu'il ne connaît pas le sens du Terme "YAD" employé au sujet d'Allah Ta'âlâ, il a clairement écrit qu'on ne doit pas le traduire en langue PERSANE, "cela pouvant induire en erreur" :

"فإذا بطلت هذه الوجوه بأسرها، لم يرجع تفسيرها إلى غير إطلاق اللفظ فيها كما جاء عن الله سبحانه، من غير تفسيرنا ذلك بالفارسية الموهمة للخطأ"

Abu-l-Hassan at-Tabarî affirme ne pas pouvoir connaître le Sens du terme arabe employé au sujet d'Allah, il dit alors devoir ne pas le traduire en persan.

Je ne suis pas de cet avis, mais au moins la démarche est cohérente.

-
Mais si sans arrêt on proclame qu'"on ne connaît pas le Sens de ces termes", et que "Ibn Taymiyya a fait une erreur dans la Aqida en disant qu'on connaît le sens de ces termes", on ne peut ensuite pas traduire ces termes en français...

Quand on les traduit, cela implique qu'en fait, sans en être conscient, on a adopté la posture que Ibn Taymiyya expose, la posture Fit'rî : on connaît le Sens de ces termes, mais pas la Réalité à laquelle ils renvoient.

Il faudrait dès lors s'abstenir d'entretenir des polémiques inutiles, fondées sur une simple Istilâh dont on n'avait pas compris l'implication mais à laquelle, en fait, on adhère, et ce parce que la posture que cette Istilâh exprime est Fit'rî.

-
Il y a ici 3 choses (parfois : 3 + 1 choses) :
– le Terme ("اللفظ") ayant été employé par Dieu ou Son Messager (sur lui soit la paix) ;
– le Sens que ce terme évoque dans notre esprit quand nous l'entendons ("المعنى", "التصور") ;
----- si l'humain a déjà, de ses yeux, vu la réalité que ce terme cherche à désigner, il y a dans notre esprit, couplée à ce Sens : l'Image Mentale ("الصورة الذهنية") de cette réalité ; sinon, il n'y a que le Sens ("المعنى", "التصور") ;
– enfin, la Réalité à laquelle ce Sens correspond ("الحقيقة الخارجة" / "الكنه").

La Réalité (Kun'h) d'Allah 'Azza wa Jalla, nous ne pouvons absolument pas connaître.

Mais nous pouvons comprendre les Termes qu'Il nous a communiqués dans Son Dernier Message pour nous faire connaître Ses Attributs. Et il est important de prendre connaissance de ce qu'Il nous a communiqué à Son propre Sujet.

-
Abu-l-Hassan 'Alî an-Nadwî a particulièrement apprécié la célèbre formule de Ibn Taymiyya :
"والله بعث رسله بإثبات مفصل ونفي مجمل [أي بإثبات مفصل لصفاته، مع نفي مجمل لأي مماثلة بينه وبين خلقه]"
:
"Dieu a dépêché Ses Messagers pour qu'ils nous donnent une Affirmation Détaillée des Attributs de Dieu, et une Négation Globale de toute Ressemblance de Dieu avec les créatures"
.

-
Et il est bien des choses en lesquelles il est requis du For Intérieur Humain d'y apporter foi, sans qu'il puisse comprendre le "comment" de ces choses.

Ainsi, Abraham (sur lui soit la paix) avait bien foi en le fait que Dieu ressuscitera les morts, mais il ne savait pas "comment" Il les ressuscitera, et il voulait donc voir ce "comment" :
"وَإِذْ قَالَ إِبْرَاهِيمُ رَبِّ أَرِنِي كَيْفَ تُحْيِي الْمَوْتَى قَالَ أَوَلَمْ تُؤْمِن قَالَ بَلَى وَلَكِن لِّيَطْمَئِنَّ قَلْبِي قَالَ فَخُذْ أَرْبَعَةً مِّنَ الطَّيْرِ فَصُرْهُنَّ إِلَيْكَ ثُمَّ اجْعَلْ عَلَى كُلِّ جَبَلٍ مِّنْهُنَّ جُزْءًا ثُمَّ ادْعُهُنَّ يَأْتِينَكَ سَعْيًا وَاعْلَمْ أَنَّ اللّهَ عَزِيزٌ حَكِيمٌ" (Coran 2/260).

Faisons le parallèle avec cette interprétation du célèbre propos de Mâlik ibn Anas (que Dieu l'agrée) :
"الاستواء غير مجهول [المعنى]، والكيف غير معقول؛ والإيمان به [اي باستواء الله تعالى على عرشه] واجب، والسؤال عنه
[اي عن كيف استوائه على عرشه] بدعة".

Abraham a pu demander le "comment" parce que ce au sujet de quoi il a questionné concerne les créatures (les morts). Un élément approchant lui a donc été présenté, suite à sa demande. L'Etablissement de Dieu sur Son Trône est quelque chose en rapport direct avec Dieu. On ne présente pas de comparant à Dieu ou à Son Attribut.
Par contre, on peut présenter un comparant à comment les humains feront-ils pour avoir telle chose vis-à-vis de Dieu : "عن أبي رزين العقيلي قال: قلت: "يا رسول الله، أكلنا يرى ربه مخليا به يوم القيامة؟ وما آية ذلك في خلقه؟" قال: "يا أبا رزين، أليس كلكم يرى القمر ليلة البدر مخليا به؟" قلت: "بلى!" قال: "فإنما هو خلق من خلق الله، فالله أجل وأعظم" (Abû Dâoûd, 4731, hadîth hassan d'après al-Albânî).

-
Il faut ici noter que Ibn Taymiyya, avec ses habituelles pondération et honnêteté, reconnaît que si certains ont excessivement insisté sur la Négation de sorte que cela les a conduits à ne plus faire de réelle Affirmation, en revanche d'autres ont été trop loin dans l'Affirmation, de sorte que cela les a conduits à oublier la Négation et donc à tomber dans l'Anthropomorphisme.
"لكن الزيادة في الإثبات إلى حد التشبيه هو قول الغالية: من الرافضة ومن جهال أهل الحديث وبعض المنحرفين" (MF 6/51).

"لكن يوجد في أهل الحديث مطلقا (من الحنبلية وغيرهم) من الغلط في الإثبات: أكثر مما يوجد في أهل الكلام.
ويوجد في أهل الكلام من الغلط في النفي: أكثر مما يوجد في أهل الحديث"
(MF 17/363).

Ibn Taymiyya rappelle par ailleurs qu'il existe plusieurs niveaux entre ces 2 extrêmes que sont le Négationnisme des Jahmites et l'Exagérée Affirmation des Mushabbiha : "وبين نفي الجهمية وإثبات المشبهة: مراتب" (MF 6/51).

-
Une objection qui m'a été faite au sujet de ce qui précède :

"Le fait de traduire "Yadayya" par : "Mes Deux Mains" bien qu'on ne connaisse pas le Sens de "Yadayya", cela s'explique par le fait que la langue française permet elle aussi de nombreux sens au terme "Main", ce qui n'impose donc à personne de prendre un sens particulier.

Votre argumentation (qui consiste à dire que nous qui prétendons ne pas connaître le sens de "Yadayya", nous ne devrions alors pas traduire) est donc fausse..."

-
Réponse à cette objection :

Mon argumentation n'est pas fausse, puisque le champ sémantique du terme arabe "Yad" et celui du terme français "Main" ne sont pas les mêmes :

--- Voici un exemple où le terme a, dans les deux langues, au sens figuré, une utilisation proche, pour le même sens :
----- en arabe on dit : "بيده السلطة" ;
----- en français on dit : "Le pouvoir est dans la main d'Untel" ;
----- les deux expressions signifient la même chose : "avoir en sa possession" ;

--- Mais voici maintenant un exemple où l'expression n'existe qu'en arabe, et si on la traduit telle quelle en français, la traduction ne signifie pas grand chose :
----- en arabe, on dit : "له يدُ عليّ", littéralement : "Il a une main sur moi", pour dire en fait : "Il m'a rendu un service" / "Je lui suis redevable" ;
----- en français, traduire cette locution et y remplacer "Yad" par : "Main", cela donnerait : "Il a une main sur moi" : cela signifie-t-il quelque chose ?

--- Enfin voici un exemple où la même locution existe dans les deux langues, mais n'a absolument pas le même sens :
----- en arabe, on dit : "طُوْل اليد" : cela signifie littéralement : "avoir la main (ou le bras) long" ; cela est une expression (kinâya) qui signifie soit "la générosité", soit "l'aptitude" ;
----- en français, la même expression existe : "avoir la main longue" / "avoir le bras long" ; cependant, elle signifie cette fois : "avoir de l'influence, pour servir ou nuire".

Ne voyez-vous pas au travers de ces 2 derniers exemples, que les expressions qui contiennent le terme "Yad" (en arabe) / "Main" (en français) avec un sens autre que son sens premier, n'ont pas toujours la même signification, bien que dans chacune de ces 2 langues ce soient les mêmes mots qui se trouvent autour du terme "Yad" / "Main" ?

Comment accepter alors votre affirmation : "Bien qu'on ne connaisse pas le sens du terme "Yad" lorsque employé au sujet d'Allah, on peut quand même le traduire par "Main" en français, car la langue française permet elle aussi de nombreux sens au terme "Main"" ?!

Ce qui est exposé dans l'article dont le lien suit, je ne suis absolument pas d'accord avec, mais au moins cela est cohérent : http://sunnisme.wordpress.com/lexique/ :
Extrait : "Le Qour'an est en arabe. C’est pour cela que nous essayons de vous montrer ce que les exégètes arabes ont dit à ce sujet, et vous verrez que lorsqu’ils précisent des sens, cela montre bien qu'il ne faut pas comprendre : "main", alors pourquoi traduire par "main" ?" (fin de citation).

Je ne suis pas d'accord avec ce propos (j'ai déjà exposé pourquoi dans d'autres articles, et je vais de nouveau citer un argument plus bas), mais en tous cas ce propos est plus cohérent que celui qui dit qu'on ne connaît pas le sens de "يَدَيّ" mais qu'on le traduit quand même en français par : "Mes Deux Mains" !

-
Une 2ème objection : Certains Salaf eux-même ont fait Ta'wîl des Termes Qualifiant Dieu :

- "وَالسَّمَاءَ بَنَيْنَاهَا بِأَيْدٍ" : "Et le ciel, Nous l'avons créé avec "أيْدٍ"" (Coran Adh-Dhâriyât/47) : Ibn Abbâs a traduit "بِأَيْدٍ" par : "بقوة" (Tafsîr ut-Tabarî).

- "كُلُّ شَيْءٍ هَالِكٌ إِلَّا وَجْهَهُ" : "Toute chose est périssable, sauf Sa Face" (Coran 28/88) : Adh-Dhahhâk et Abû 'Ubayda ont fait de ce verset le commentaire suivant : "أي إلا هو" : "C'est-à-dire : "Sauf Lui".

- "فَأَيْنَمَا تُوَلُّواْ فَثَمَّ وَجْهُ اللّهِ" (Coran 2/115) : Mujâhid et ash-Shâfi'î ont interprété les termes "وَجْهُ اللّهِ" s'y trouvant comme signifiant : "قبلة الله".

- "يَوْمَ يُكْشَفُ عَن سَاقٍ وَيُدْعَوْنَ إِلَى السُّجُودِ فَلَا يَسْتَطِيعُونَ" : "Le jour où un "سَاقٍ" sera découvert et qu'ils seront appelés à la prosternation puis ne pourront pas" (Coran 68/42). Ibn Abbâs a dit que "ساق" signifie ici : "شدّة" (Al-Asmâ' was-sifât, p. 485 ; Tafsîr Ibn Kathîr ; Fat'h ul-bârî 13/524).

- "أَنْ تَقُولَ نَفْسٌ يَا حَسْرَتَى عَلَى مَا فَرَّطْتُ فِي جَنْبِ اللهِ" : Mujâhid a commenté ces 2 derniers mots par : "في أمر الله" (Tafsîr ut-Tabarî).

-
Réponse à cette objection :

Oui, ces Salaf ont fait ces Ta'wîl à propos de ces versets, mais ces Ta'wîl s'expliquent ainsi :

--- dans certains de ces versets, le terme en question n'est pas en rapport d'annexion avec le nom "Allah" et n'évoque pas une Sifat ullâh.
C'est le cas de "يَوْمَ يُكْشَفُ عَن سَاقٍ".
C'est le cas, aussi, de "وَالسَّمَاءَ بَنَيْنَاهَا بِأَيْدٍ", que je traduis par :  "Et le Ciel, Nous l'avons construit avec force" (vu que Ibn Abbâs a exposé que le terme "Aydî" ici a le sens de : "Force") (on lit d'ailleurs cet autre verset : "وَاذْكُرْ عَبْدَنَا دَاوُدَ ذَا الْأَيْدِ" : le terme, ici aussi, veut bien dire : "force").

--- dans d'autres versets, ce n'est pas une Sifat ullâh qui est évoquée.
C'est le cas de "جَنْبِ اللهِ" ; et le fait qu'un des Salaf en ait fait la Ta'wîl, cela est l'indice nous permettant de comprendre cela ;

--- enfin, d'autres versets sont tels que, bien qu'ils contiennent un terme qui est employé pour une Sifat ullâh, dans ces versets précis où la Ta'wîl a été faite par l'un des Salaf, il y a eu 'alâqa juz'iyya.
C'est le cas de "كُلُّ شَيْءٍ هَالِكٌ إِلَّا وَجْهَهُ" : ici, le terme "وَجْهَهُ" est un majâz, et signifie : "هو".
C'est également le cas dans le verset : "أَوَلَمْ يَرَوْا أَنَّا خَلَقْنَا لَهُمْ مِمَّا عَمِلَتْ أَيْدِينَا أَنْعَامًا", où "أَيْدِينَا" est un majâz, et signifie : "نَحْنُ".

Cependant, ces Ta'wîl doivent être gardées uniquement pour les passages à propos desquels ils ont été prononcés par ces Salaf.

Ce n'est donc pas parce que "Yad" ou "Aydî" signifie autre chose que "Main" dans un ou quelques versets, que cela signifie également autre chose que "Main" dans le verset : "مَا خَلَقْت ِيَدَيّ" !

-
At-Tirmidhî écrit ainsi :

"وقد ذكر الله عز وجل فى غير موضع من كتابه اليد والسمع والبصر؛ فتأولت الجهمية هذه الآيات ففسَّروها على غير ما فسَّر أهل العلم، وقالوا: "إن الله لم يخلق آدم بيده." وقالوا: "إن معنى اليد ها هنا القوة.
وقال إسحاق بن إبراهيم: "إنما يكون التشبيه إذا قال: "يد كيد" أو "مثل يد" أو "سمع كسمع" أو "مثل سمع". فإذا قال "سمع كسمع" أو "مثل سمع"، فهذا التشبيه. وأما إذا قال كما قال الله تعالى "يد" و"سمع" و"بصر" ولا يقول "كيف" ولا يقول "مثل سمع" ولا "كسمع"، فهذا لا يكون تشبيها؛ وهو كما قال الله تعالى فى كتابه: "ليس كمثله شىء وهو السميع البصير."

"Dieu a mentionné en plus d'un endroit de Son Livre : la Main, l'Entendement et la Vue. Les Jahmites ont alors fait une interprétation de ces versets, et les ont commentés d'une autre façon que les gens de science les ont commentés. Ils ont dit : "Dieu n'a pas créé Adam par Sa Main" ; et ils ont dit : "Le sens de "al-Yad" ici est : "la Force"".
Is'hâq ibn Ibrâhîm a dit : "Il y a Tashbih lorsqu'on dit : "Main comme une main" ou "semblable à une main", "Entendement comme un entendement" ou "semblable à un entendement". Si (quelqu'un) dit : "Entendement comme un entendement" ou "semblable à un entendement", cela est de la tashbih. Par contre, lorsqu'on dit comme Dieu Elevé a dit : "Main", "Entendement", "Vue", et qu'on ne dit pas "comment" ni qu'on ne dit "semblable à un entendement" ni "comme un entendement", cela n'est pas de la Tashbîh. Cela est comme Dieu Elevé a dit dans Son Livre : "Rien n'est semblable à Lui, et Il est Celui qui Entend, Celui qui voit"" (Jâmi' ut-Tirmidhî, commentaire du hadîth n° 662).

Voici ce que at-Tirmidhî veut dire en l'attribuant aux "Jahmites" :
"إن الله لم يخلق آدم بيده! لأنه ليست له تعالى يد! ومَن قال إن لله يد، فقد شبَّهه بخلقه!
وإنما معنى لفظ اليد في هذه الآية: القوة؛ فمعنى الآية: أن الله
خَلَقَ آدمَ بقُوّته" :

"Dieu n'a pas créé Adam de Sa Main ! Car Dieu n'a pas de Main ! Et celui qui dit que Dieu a Main, celui-là l'a rendu semblable à Ses créatures !
Le sens du terme "Yad" dans ce verset est : "Force". Le sens du verset est donc que Dieu a créé Adam par Sa Force"
.

Ce que at-Tirmidhî veut dire, c'est donc ceci :
"وقالوا: "إن الله لم يخلق آدم بيده [بمعنى هذا اللفظ المتبادر]". وقالوا: "إن معنى اليد ها هنا القوة"
"(Les Jahmites) ont dit : "Dieu n'a pas créé Adam par Sa "Yad"" [au sens premier de ce terme]. Ils ont dit : "Le sens de "Yad", ici, est : "Force""."

Et ce à la différence des "gens du 'ilm"...

Ces derniers disent donc bien : "إنّ الله خَلَقَ آدمَ بيديه" : "Dieu a créé Adam de Ses Deux Mains". Cette phrase n'est pas présente telle quelle dans le Coran ni dans la Sunna : elle a seulement été extraite de la formule coranique : "مَا خَلَقْتُ بِيَدَيّ" (Coran 38/75), où on a appréhendé le terme "Yadayya" en son sens propre.

-
Abu-l-Hassan al-Ash'arî lui-même a écrit chose voisine :

--- Dans Maqâlât ul-islâmiyyîn, il écrit :
"هذه حكاية جملة قول أصحاب الحديث وأهل السنة
جملة ما عليه أهل الحديث والسنة: الإقرار بالله وملائكته وكتبه ورسله وما جاء من عند الله وما رواه الثقات عن رسول الله صلى الله عليه وسلم لا يردون من ذلك شيئاً؛ وأن الله سبحانه إله واحد فرد صمد لا إله غيره لم يتخذ صاحبة ولا ولداً؛ وأن محمداً عبده ورسوله؛ وأن الجنة حق وأن النار حق؛ وأن الساعة آتية لا ريب فيها، وأن الله يبعث من في القبور؛ وأن الله سبحانه على عرشه كما قال: الرحمن على العرش استوى؛ وأن له يدين بلا كيف كما قال: خلقت بيدي وكما قال: بل يداه مبسوطتان؛ وأن له عينين بلا كيف كما قال: تجري بأعيننا؛ وأن له وجهاً كما قال: ويبقى وجه ربك ذو الجلال والإكرام"
(Maqâlât ul-islâmiyyîn, 1/345).

--- Dans Al-Ibâna, exposant "le Qawl des Ahl uz-Zaygh wal-Bid'a", il écrit entre autres :
"ودفعوا أن يكون لله وجه مع قوله عز وجل: {ويبقى وجه ربك ذو الجلال والإكرام}، وأنكروا أن
يكون له يدان مع قوله سبحانه: {لما خلقت بيدي}، وأنكروا أن يكون له عينان مع قوله سبحانه: {تجري بأعيننا} وقوله: {ولتصنع على عيني" (Al-Ibâna, points 16-18).
Un peu plus loin, exposant cette fois "le Qawl des Ahl ul-Haqq wa-s-Sunna", il écrit :
"وجملة قولنا: أنا نقر بالله وملائكته وكتبه ورسله وبما جاءوا به من عند الله وما رواه الثقات عن رسول الله صلى الله عليه وسلم لا نرد من ذلك شيئا؛ وأن الله عز وجل إله واحد، لا إله إلا هو، فرد صمد لم يتخذ صاحبة ولا ولدا؛ وأن محمدا عبده ورسوله، أرسله بالهدى ودين الحق؛ وأن الجنة والنار حق؛ وأن الساعة آتية لا ريب فيها، وأن الله يبعث من في القبور؛ وأن الله استوى على عرشه كما قال: الرحمن على العرش استوى؛ وأن له سبحانه وجهاً بلا كيف كما قال: ويبقى وجه ربك ذو الجلال والإكرام؛ وأن له سبحانه يدين بلا كيف كما قال سبحانه: خلقت بيدي وكما قال: بل يداه مبسوطتان؛ وأن له عينًا بلا كيف كما قال سبحانه: تجري بأعيننا" (Al-Ibâna, points 27-30).

-
En résumé, Allah Ta'âlâ a bien Deux Mains, car ce verset "مَا خَلَقْتُ بِيَدَيّ" le montre.

Ceci n'empêche pas que dans certains autres versets ce terme "Yad" ou "Aydî" signifie autre chose que "Main", par exemple : "Force", là où des Salafs ont interprété ainsi.

-
Au sujet des versets du type "مَا خَلَقْتُ بِيَدَيّ" et des hadîths du même type, il faut donc que notre raison parvienne à la fois :
- à employer au sujet de Dieu les Termes du Coran ou de la Sunna Qualifiant Dieu, sans penser qu'ils pourraient signifier alors autre chose que leur sens premier ;
- tout en se décentrant des créatures chez qui elle voit la Réalité à laquelle ce sens correspond, pour ne pas imaginer cette même Réalité chez Dieu.

Ce petit exercice de la raison est ce qui ressort des célèbres propos des grands ulémas cités par at-Tirmidhî (parmi tant d'autres) :
- "أمِرُّوها بلا كيف"
- "يؤمن بها ولا يتوهم ولا يقال كيف".

-
Les Jahmites et les Mutazilites se sont justement révélés ici "d'une faible amplitude de la raison" : en effet, ils ont été incapables d'amener leur raison à concevoir qu'il puisse exister une ou des réalité(s) différente(s) de ce à quoi leurs yeux l'ont habitué. C'est pourquoi ils ont affirmé que dire : "Dieu a créé Adam par Sa "Yad"", cela est forcément de l'anthropomorphisme (tashbîh / tamthîl), car "yad", au sens premier du terme, ne peut être que matérielle, physique. Leur raison a été incapable d'appréhender l'idée que le terme "Main", au sens propre, puisse évoquer une réalité qui est au-delà de celle qu'ils connaissent pour la voir de leurs yeux.
La Ta'tîl dans les Sifât découle en fait d'une Tamthil : d'une incapacité à appréhender que ces Termes puissent correspondre à une Réalité autre que celle que nous voyons.

-
Une 3ème objection : Ibn Kathîr lui-même a dit dans son Tafsîr que le Sens Apparent n'est pas le sens voulu par ces Termes :

"وأما قوله تعالى {ثم استوى على العرش} فللناس في هذا المقام مقالات كثيرة جدا ليس هذا موضع بسطها.
وإنما نسلك في هذا المقام مذهب السلف الصالح: مالك والأوزاعي والثوري والليث بن سعد والشافعي وأحمد وإسحاق بن راهويه وغيرهم من أئمة المسلمين قديما وحديثا؛ وهو إمرارها كما جاءت من غير تكييف ولا تشبيه ولا تعطيل.
والظاهر المتبادر إلى أذهان المشبهين: منفي عن الله: لا يشبهه شيء من خلقه وليس كمثله شيء وهو السميع البصير.
بل الأمر كما قال الأئمة منهم نعيم بن حماد الخزاعي شيخ البخاري قال: من شبه الله بخلقه كفر؛ ومن جحد ما وصف الله به نفسه فقد كفر؛ وليس فيما وصف الله به نفسه ولا رسوله تشبيه. فمن أثبت لله تعالى ما وردت به الآيات الصريحة والأخبار الصحيحة على الوجه الذي يليق بجلال الله ونفى عن الله تعالى النقائص، فقد سلك سبيل الهدى"

-
Réponse à cette objection :

Lisons bien : Ibn Kathîr a mis des nuances quand il a parlé de ce qui est nié de Dieu. Il dit qu'"est nié le Zâhir qui est mutabâdir" : non pas ilâ Adh'hâni-, mais bien : "ilâ Adh'hân il-Mushabbihîn".

On voit qu'il n'a pas dit que le Sens Apparent qui arrive immédiatement à notre Esprit n'est pas voulu ici.
Il a dit que le Sens Apparent qui arrive immédiatement à l'Esprit des Mushabbih n'est pas voulu ici.

Nuance !

Par ailleurs, peu de gens savent que ce propos de Ibn Kathîr, Ibn Taymiyya lui-même y adhère.

Est-ce que c'est le Ma'nâ zâhir de ces Termes qui est voulu, Ibn Taymiyya dit que le "zâhir" peut vouloir dire 2 choses, et c'est pourquoi certains relatent que la voie des Salafs serait de dire que le Zâhir n'était pas le Sens voulu :
--- "وقد نقل طائفة. . . أن مذهب السلف أن الظاهر غير مراد. قال: والجمع بين النقلين أن الظاهر لفظ مشترك؛ فالظاهر الذي لا يليق إلا بالمخلوق غير مراد؛ وأما الظاهر اللائق بجلال الله تعالى وعظمته فهو مراد: أنه هو المراد في أسماء الله تعالى وصفاته، مثل الحي والعليم والقدير والسميع والبصير.
وجرت بحوث دقيقة لا يفهمها إلا قليل من الناس. وبيّن أن الله تعالى فوق عرشه على الوجه الذي يليق بجلاله؛ ولا أقول: "فوقه كالمخلوق على المخلوقكما تقوله المشبهة؛
ولا يقال: "إنه لا فوق السموات ولا على العرش رب"، كما تقوله المعطلة الجهمية؛
بل يقال: "إنه فوق سمواته على عرشه، بائن من خلقه"
(MF 3/207-208 : Compte-rendu de la 2nde Assise du Débat contradictoire, tenu en 705 à Damas) ;
--- "القاعدة الثالثة: إذا قال القائل: ظاهر النصوص مراد أو ظاهرها ليس بمراد؟ فإنه يقال: لفظ الظاهر فيه إجمال واشتراك؛ فإن كان القائل يعتقد أن ظاهرها التمثيل بصفات المخلوقين أو ما هو من خصائصهم، فلا ريب أن هذا غير مراد. ولكن السلف والأئمة لم يكونوا يسمون هذا ظاهرها ولا يرتضون أن يكون ظاهر القرآن والحديث كفرا وباطلا؛ والله سبحانه وتعالى أعلم وأحكم من أن يكون كلامه الذي وصف به نفسه لا يظهر منه إلا ما هو كفر أو ضلال. والذين يجعلون ظاهرها ذلك يغلطون من وجهين: تارة يجعلون المعنى الفاسد ظاهر اللفظ حتى يجعلوه محتاجا إلى تأويل يخالف الظاهر، ولا يكون كذلك؛ وتارة يردون المعنى الحق الذي هو ظاهر اللفظ، لاعتقادهم أنه باطل" (MF 3/43 : Al-Aqîda at-Tadmuriyya).

Cheikh Thânwî
(du temps où il trouvait "plus pertinente" la première explication) avait lui aussi distingué 2 sens aux termes "'alâ zâhirihî", et dit que :
- ceux des Sunnites qui ont dit que le zâhir de ces termes n'est pas murâd, voulaient en fait faire la négation de : "ce qui est ma'lûm ul-kun'h" ;
- et ceux des Sunnites qui ont dit que "ces termes sont mahmûl sur leur zâhir", voulaient en fait faire l'affirmation du : "'ma'nâ mutabâdir" (cf. Bawâdir un-nawâdir, pp. 606-607).

-
Quant au propos de Nu'aym ibn Hammâd cité par Ibn Kathîr, Ibn Taymiyya l'a lui-même relaté dès les premières pages de son ouvrage :
"فإني كنت سئلت من مدة طويلة، بعيد سنة تسعين وستمائة عن الآيات والأحاديث الواردة في صفات الله، في فتيا قدمت من حماة، فأحلت السائل على غيري، فذكر أنهم يريدون الجواب مني لا بد. فكتبت الجواب في قعدة بين الظهر والعصر. وذكرت فيه مذهب السلف والأئمة والمبني على الكتاب والسنة، المطابق لفطرة الله التي فطر الناس عليها، ولما يعلم بالأدلة العقلية التي لا تغليظ فيها، وبينت ما يجب من مخالفة الجهمية المعطلة، ومن قابلهم من المشبهة الممثلة.
إذ مذهب السلف والأئمة: أن يوصف الله بما وصف به نفسه، وبما وصفه به رسوله من غير تحريف ولا تعطيل، ومن غير تكييف ولا تمثيل. قال نعيم بن حماد الخزاعي: من شبه الله بخلقه فقد كفر، ومن جحد ما وصف الله به نفسه فقد كفر، فليس ما وصف الله به نفسه ورسوله تشبيهًا.
وكان السلف والأئمة يعلمون أن مرض التعطيل أعظم من مرض التشبيه؛ كما يقال: "المعطل أعمى، والمشبه أعشى؛ والمعطل يعبد عدمًا، والمشبه يعبد صنمًا". فكان كلامهم وذمهم للجهمية المعطلة أعظم من كلامهم وذمهم للمشبهة الممثلة، مع ذمهم لكلا الطائفتين. وحصل بعد ذلك من الأهواء والظنون ما اقتضى أن اعترض قوم على خفي هذه الفتيا بشبهات مقرونة بشهوات"
(Naqdhu Ta'sîs it-Tadqîs, 1/28-29).

-
Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

Print Friendly, PDF & Email