Les Compagnons du prophète Muhammad (que Dieu le bénisse, et qu'Il les agrée)

Abdullâh ibn Omar (radhiyallâhu 'anhumâ) a dit : "Celui qui veut prendre un modèle, qu'il suive ceux qui sont (déjà) décédés. Eux sont les Compagnons de Muhammad (que Dieu l'élève et le salue). Ils étaient la meilleure partie de cette Umma : ceux qui avaient les cœurs les plus vertueux, ceux qui étaient les plus profonds en connaissance et ceux qui faisaient le moins de maniérisme. Des gens que Dieu a choisis pour être dans la compagnie de Son Prophète - que Dieu l'élève et le salue - et pour relater Sa religion. Imitez donc leurs manières et leurs façons de faire, car ils sont les Compagnons de Muhammad - que Dieu l'élève et le salue -: ils étaient sur la voie droite" : "عن عبد الله بن عمر، قال: "من كان مستنا فليستن بمن قد مات. أولئك أصحاب محمد صلى الله عليه وسلم كانوا خير هذه الأمة، أبرها قلوبا، وأعمقها علما، وأقلها تكلفا، قوم اختارهم الله لصحبة نبيه صلى الله عليه وسلم ونقل دينه. فتشبهوا بأخلاقهم وطرائقهم، فهم أصحاب محمد صلى الله عليه وسلم، كانوا على الهدى المستقيم" (Hilyat ul-awliyâ').

Quelle place les Compagnons occupent-ils dans l'Islam ?
Qui est un Compagnon du Prophète ? Seulement celui qui est resté longtemps en sa compagnie, ou également celui qui ne l'a côtoyé que quelques instants ?

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I) Le célèbre Hadîth "La meilleure partie de ma Umma est mon époque, puis ceux qui viennent après, puis ceux qui viennent après" parle des individus :

Le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) a dit : "La meilleure partie de ma Umma est mon époque, ensuite ceux qui viennent après eux, ensuite ceux qui viennent après eux. Ensuite viendront des gens qui apporteront un témoignage alors qu'il ne leur aura pas été demandé, qui trahiront ce qu'il leur aura été confié et ne seront pas honnêtes, qui feront des vœux qu'ils ne respecteront pas, et qui seront gras" : "عن عمران بن حصين رضي الله عنهما، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "خير أمتي قرني، ثم الذين يلونهم، ثم الذين يلونهم، - قال عمران فلا أدري: أذكر بعد قرنه قرنين أو ثلاثا -. ثم إن بعدكم قوما يشهدون ولا يستشهدون، ويخونون ولا يؤتمنون، وينذرون ولا يفون، ويظهر فيهم السمن" (al-Bukhârî, 3450, Muslim, 2535). Dans une autre version, on lit ceci : "… qui chercheront à grossir et aimeront être gros…" : "عن عمران بن حصين قال: سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول: "خير الناس قرني، ثم الذين يلونهم، ثم الذين يلونهم، ثم يأتي من بعدهم قوم يتسمنون ويحبون السمن يعطون الشهادة قبل أن يسألوها" (at-Tirmidhî, 2221).

Les termes "mon époque" ne désignent pas ici : "la période pendant laquelle le Prophète vivait", mais : "les individus qui ont vu le Prophète et ont eu foi en lui jusqu'à leur mort", c'est-à-dire l'ensemble des Compagnons. C'est bien pourquoi le Prophète, parlant de ce qu'il y a après "son époque", a dit : "ensuite ceux qui viennent après eux" (et non pas : "ensuite l'époque qui suivra la mienne").

Dans une autre version, le Prophète l'a dit explicitement ainsi :  : "عن أبي هريرة، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "خير أمتي القرن الذي بعثت فيهم، ثم الذين يلونهم، ثم الذين يلونهم - والله أعلم أقال الثالثة أم لا -، ثم يجيء قوم يحبون السمانة، يشهدون قبل أن يستشهدوا" (Ahmad, 7123) ; "عن عمران بن حصين قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "خير أمتي القرن الذي بعثت فيهم، ثم الذين يلونهم ـ قال: ولا أعلم ذكر الثالث أم لا ـ ثم ينشأ أقوام يشهدون ولا يستشهدون، ويخونون ولا يؤتمنون، ويفشو فيهم السمن" (at-Tirmidhî, 2222, Ahmad, 19823, 19953) : ces termes "parmi lesquels" montrent bien qu'il s'agit d'individus, et non pas d'une période.

Il y a également ce hadîth : "عن أبي هريرة رضي الله عنه أن رسول الله صلى الله عليه وسلم، قال: "بعثت من خير قرون بني آدم قرنا فقرنا حتى كنت من القرن الذي كنت فيه : "J'ai été suscité dans la meilleure génération des fils de Adam, [ce choix ayant été fait par Dieu en considérant] génération après génération, jusqu'à ce que je sois [suscité] dans la génération dans laquelle je suis" (al-Bukhârî 3364). Ce hadîth est ici cité d'après l'interprétation selon laquelle le Prophète a ici parlé de génération dans le sens horizontal du terme, à savoir le groupe d'hommes parmi lesquels il a été suscité : les termes ici présents ("بعثت من خير قرون بني آدم") sont très voisins de ceux présents dans les hadîth cités ci-dessus (et non pas d'après l'interprétation selon laquelle il s'agit ici de la dimension verticale). Ce hadîth montre que les hommes qui ont, après avoir écouté son appel, dûment apporté foi en son message à l'époque du Prophète ("ses Compagnons"), ces hommes ont formé le meilleur groupe humain ayant existé sur Terre (en tant que groupe, et non pas dans l'absolu, vu qu'aucun Compagnon n'est meilleur qu'un prophète).

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Qui est "Compagnon du Prophète" (Sahâbî) ?

Est-ce toute personne qui, en étant musulmane, a vu même une fois le Prophète lorsque ce dernier était vivant, et est plus tard morte musulmane ?
Ou bien y a-t-il, en plus de cela, une durée minimale pendant laquelle il faut qu'elle soit restée en la compagnie (suhba) du Prophète (comme le pensent certains personnages) : "حدثنا بكر بن عيسى أبو بشر الراسبي، حدثنا ثابت أبو زيد القيسي، عن عاصم الأحول، أنه قال: "قد رأى عبد الله بن سرجس رسول الله صلى الله عليه وسلم، غير أنه لم تكن له صحبة" (Ahmad, 20779) ?

C'est la première réponse qui est la bonne (MF 35/59, FB 7/6-8). Il y a ce hadîth qui va dans ce sens, et qui a été classé "hassan" : "حدثنا يحيى بن حبيب بن عربي البصري قال: حدثنا موسى بن إبراهيم بن كثير الأنصاري، قال: سمعت طلحة بن خراش، يقول: سمعت جابر بن عبد الله، يقول: سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول: "لا تمس النار مسلما رآني أو رأى من رآني"؛ قال طلحة: "فقد رأيتُ جابر بن عبد الله"؛ وقال موسى: "وقد رأيتُ طلحة"؛ قال يحيى: وقال لي موسى: "وقد رأيتَني، ونحن نرجو الله" .هذا حديث حسن غريب لا نعرفه إلا من حديث موسى بن إبراهيم الأنصاري. وروى عليُّ بن المديني وغيرُ واحد من أهل الحديث عن موسى هذا الحديثَ" (ar-Tirmidhî, 3858, "hassan" d'après al-Albânî dans une de ses tahqîq). Il y a également cet autre hadîth : "طوبى لمن رآني وآمن بي. ثم طوبى ثم طوبى ثم طوبى لمن آمن بي ولم يرني" (Ahmad d'après la relation de Abû Sa'îd, Anas ibn Mâlik, Abû Umâma, Abû 'Abd ir-Rahmân al-Juhanî) (voir Silsilat ul-ahâdîth is-sahîha, n° 1241).
Quant au propos de 'Âssim al-Ahwal sus-cité, il se rapporte (mahmûl 'alâ) au fait que 'Abdullâh ibn Sarjis n'a pas eu de suhba longue, comme nous allons le voir un peu plus bas (نفي الشيء قد يراد به: نفي عِظَمه).
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Est donc "Compagnon" toute personne qui, en étant musulmane, a vu le Prophète durant le vivant de celui-ci, et est morte avec la foi.

Après la mort du Prophète, survenue en l'an 11 de l'hégire, aucun homme ne peut donc plus devenir Compagnon. La période où des musulmans peuvent atteindre le statut de Compagnon prend donc fin à la mort du Prophète, en l'an 11 de l'hégire.
Celle où des musulmans peuvent atteindre le statut de Tâ'bi'î prend fin avec la mort du Compagnon Abu-t-Tufayl 'Âmir ibn Wâthila al-laythî, survenue en l'année 100, 107 ou 110 (FB 7/8). Tout musulman né après cet année ne peut donc pas être un Tâbi'î, puisqu'il ne peut pas avoir vu de Compagnon.
Quant à la période où des musulmans peuvent atteindre le statut de Tâbi' ut-tâbi'în, elle prend fin en l'an 170 ou 180 (FB 7/8). Tout musulman né après cette période ne peut pas êre un Tâbi' ut-tâbi'în, car il ne peut avoir vu un Tâbi'î.

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Cependant, ceux qui sont restés en sa compagnie de nombreuses années ont acquis une quantité plus grande de cette "compagnie du Prophète", ce qui fait que le terme "Compagnon" s'applique avec davantage de force à eux (ce terme est un kullî mushakkik) :

C'est bien pourquoi, s'adressant aux autres Compagnons, et particulièrement à Omar ibn ul-Khattâb (qui venait d'avoir une petite querelle verbale avec Abû Bakr), le Prophète a dit un jour, parlant de Abû Bakr : "Allez-vous laisser pour moi mon Compagnon (tranquille) ?" : "عن أبي الدرداء رضي الله عنه، قال: كنت جالسا عند النبي صلى الله عليه وسلم، إذ أقبل أبو بكر آخذا بطرف ثوبه حتى أبدى عن ركبته، فقال النبي صلى الله عليه وسلم: "أما صاحبكم فقد غامر". فسلم وقال: "إني كان بيني وبين ابن الخطاب شيء، فأسرعت إليه ثم ندمت، فسألته أن يغفر لي فأبى علي، فأقبلت إليك". فقال: "يغفر الله لك يا أبا بكر" ثلاثا. ثم إن عمر ندم، فأتى منزل أبي بكر، فسأل: "أثم أبو بكر؟" فقالوا: "لا". فأتى إلى النبي صلى الله عليه وسلم فسلم، فجعل وجه النبي صلى الله عليه وسلم يتمعر، حتى أشفق أبو بكر، فجثا على ركبتيه، فقال: "يا رسول الله، والله أنا كنت أظلم" مرتين. فقال النبي صلى الله عليه وسلم: "إن الله بعثني إليكم فقلتم "كذبت"؛ وقال أبو بكر "صدق"، وواساني بنفسه وماله. فهل أنتم تاركوا لي صاحبي!" مرتين، فما أوذي بعدها" (al-Bukhârî, 3461). Cela ne veut absolument pas dire qu'il n'a pas considéré Omar comme son Compagnon. Cela s'explique seulement par le fait que Abû Bakr a, de la compagnie du Prophète, acquis une part plus importante que Omar, ce qui fait que si le terme s'applique à tous les deux, il s'applique de façon plus grande au premier (voir MF 4/464-465, 35/60-63, FB 7/44). D'ailleurs le Coran désigne Abû Bakr, par rapport au Prophète, comme étant : "sâhibi-hî" : "إِذْ أَخْرَجَهُ الَّذِينَ كَفَرُواْ ثَانِيَ اثْنَيْنِ إِذْ هُمَا فِي الْغَارِ إِذْ يَقُولُ لِصَاحِبِهِ لاَ تَحْزَنْ إِنَّ اللّهَ مَعَنَا" (Coran 9/40).

En seconde position en terme de compagnie, il y a justement Omar ibn ul-Khattâb. Omar lui-même a désigné le Prophète et Abû Bakr par les termes : "mes deux compagnons" : "عن حارثة، قال: جاء ناس من أهل الشام إلى عمر، فقالوا: "إنا قد أصبنا أموالا وخيلا ورقيقا نحب أن يكون لنا فيها زكاة وطهور"، قال: "ما فعله صاحباي قبلي، فأفعله". واستشار أصحاب محمد صلى الله عليه وسلم، وفيهم علي، فقال علي: "هو حسن إن لم يكن جزية راتبة يؤخذون بها من بعدك" (Ahmad, 82). 'Alî ibn Abî Tâlib a désigné lui aussi le Prophète et Abû Bakr comme étant "les deux compagnons de" Omar : "عن ابن عباس قال: وضع عمر على سريره فتكنفه الناس، يدعون ويصلون قبل أن يرفع وأنا فيهم، فلم يرعني إلا رجل آخذ منكبي، فإذا علي بن أبي طالب فترحم على عمر، وقال: "ما خلفت أحدا أحب إلي أن ألقى الله بمثل عمله منك. وايم الله إن كنت لأظن أن يجعلك الله مع صاحبيك"، وحسبت: "إني كنت كثيرا أسمع النبي صلى الله عليه وسلم يقول: "ذهبت أنا وأبو بكر وعمر، ودخلت أنا وأبو بكر وعمر، وخرجت أنا وأبو بكر وعمر" (al-Bukhârî, 3484 ; Muslim, 2389).

Dans le même ordre d'idées, le Prophète (sur lui soit la paix) a dit que le Jour du Jugement, parlant de certaines personnes, il dira : "Usayhâb-î" (comme nous le verrons plus bas, au point VI) : il s'agit du diminutif de "As'hâb" : il s'agira cette fois, à l'autre extrême, de personnes ayant eu quelque peu de sa Suhba (le moindre degré de cette Suhba étant de l'avoir simplement vu une fois en étant musulman).
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On le voit : la Suhba est une Kullî Mushakkik : elle s'applique à de nombreux individus, mais avec des intensités différentes.
Il y a donc, entre les
Sahâba, une différence de degrés dans la Suhba.

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Il existe aussi des catégories, à l'intérieur de l'ensemble des Compagnons, en terme de valeur auprès de Dieu :

Dieu Lui-même a dit : "Ne sont pas semblables parmi vous ceux qui ont dépensé et combattu [dans le Chemin de Dieu] avant la Fat'h : ceux-là ont un grade plus élevé que ceux qui ont dépensé et combattu après. Et à chacun Dieu a promis la meilleure (chose)" : "لَا يَسْتَوِي مِنكُم مَّنْ أَنفَقَ مِن قَبْلِ الْفَتْحِ وَقَاتَلَ أُوْلَئِكَ أَعْظَمُ دَرَجَةً مِّنَ الَّذِينَ أَنفَقُوا مِن بَعْدُ وَقَاتَلُوا وَكُلًّا وَعَدَ اللَّهُ الْحُسْنَى وَاللَّهُ بِمَا تَعْمَلُونَ خَبِيرٌ" (Coran 57/10).
Que désigne le terme "Fat'h" ici employé :
- la campagne de al-Hudaybiya, en l'an 6 de l'hégire, qui a débouché sur la trêve entre les Musulmans et les Mecquois et qui a été désignée par Dieu dans le Coran comme une "Fat'h mubîn" ?
- ou bien la conquête de La Mecque en l'an 8 de l'hégire, appelée elle aussi "al-Fat'h" par Dieu dans le Coran ?
D'après l'avis de Ibn Taymiyya, il s'agit ici de la campagne de al-Hudaybiya (MS 1/222, 2/296, MF 35-60).

Ces personnages "ayant dépensé et combattu avant Hudaybiya" sont ceux-là mêmes dont Dieu a dit dans un autre verset : "Les devanciers parmi les Emigrants et les Auxiliaires" (MS 1/222, 2/296, MF 35-60).

Le tournant de la trêve de al-Hudaybiya, conclue en dhu-l-qa'da de l'an 6, va atténuer les difficultés que les musulmans avaient jusqu'ici à subir à cause de leur foi ; il est donc attendu que ceux d'avant ont une plus grande valeur auprès de Dieu. En effet, ce sont les sacrifices des premiers qui ont pavé la voie pour ceux qui viennent ensuite : les premiers ont donc une valeur plus grande auprès de Dieu. Cette trêve va aussi amener de nombreuses personnes à se convertir à l'islam ; de nombreuses parmi elles émigreront aussi à Médine pour renforcer ainsi la position de la ville du Prophète. Elles seront donc quand même des "muhâjirûn".

Un nouveau tournant survient presque deux ans après la trêve de al-Hudaybiya, c'est la conquête de la Mecque, en ramadan de l'an 8. Le Prophète annonce alors : "Plus d'émigration après la conquête ("al-fat'h")…" (al-Bukhârî, 2631, Muslim, 1353) (voir aussi Sahîh ul-Bukhârî 2913). Après cela, parmi les Compagnons, personne ne peut donc devenir "muhâjirî" de cette catégorie précise dont Dieu a fait les éloges dans Son Livre. Ceux qui sont devenus musulmans entre al-Hudaybiya et la conquête de la Mecque et qui ont émigré à Médine sont donc pour leur part des "muhâjirûn" aussi, et s'ils sont de moindre stature que les "Devanciers", ils ont une plus grande valeur auprès de Dieu que les Compagnons devenus musulmans après la conquête de la Mecque.

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Au sein de l'ensemble de ces Devanciers, les Compagnons qui ont fait serment d'allégeance au Prophète à al-Hudaybiya sous l'arbre sont appelés "les Compagnons de l'arbre" ; ils sont entre 1400 et 1500 personnes (FB 7/548-549) (d'autres sont morts avant cet événement). Le Prophète a dit : "N'entrera inshâ Allâh dans le Feu aucun de ceux qui ont fait allégeance sous l'arbre" : "عن أم مبشر، أنها سمعت النبي صلى الله عليه وسلم يقول عند حفصة: "لا يدخل النار، إن شاء الله، من أصحاب الشجرة أحد، الذين بايعوا تحتها". قالت: بلى، يا رسول الله فانتهرها، فقالت حفصة: {وإن منكم إلا واردها}. فقال النبي صلى الله عليه وسلم: قد قال الله عز وجل: {ثم ننجي الذين اتقوا ونذر الظالمين فيها جثيا" (Muslim, 2496).

Au sein de l'ensemble de ces Devanciers, ceux qui ont participé à Badr ont une valeur plus grande encore auprès de Dieu : "N'entrera jamais dans le Feu un homme qui a participé à Badr et al-Hudaybiya" (Ahmad, 14725, voir aussi Muslim, 2495). L'ange Gabriel demanda un jour au Prophète : "Comment considérez-vous parmi vous les gens ayant participé à Badr ? – Parmi les meilleurs musulmans (ou un terme approchant), répondit le Prophète. Ainsi en est-il également de ceux qui ont participé à Badr parmi les anges", affirma Gabriel (al-Bukhârî, 3771).

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Parmi tous les Compagnons (ceux qui ont vu le Prophète vivant en étant musulmans et qui sont morts musulmans) il y a donc :
ceux qui ont embrassé l'islam avant al-Hudaybiya (dhu-l-qa'da 6) ; s'ils sont restés en vie jusqu'à l'émigration du Prophète à Médine, ils ont aussi émigré à Médine, où se trouvaient les habitants déjà devenus musulmans ; ce sont "as-sâbiqûn al-awwalûna min al-muhâjirîna wa-l-ansâr" (MS 1/222, 2/296, MF 35-60) ;
ceux qui ont embrassé l'islam et ont émigré à Médine pendant la période comprise entre al-Hudaybiya (dhu-l-qa'da 6) et la conquête de la Mecque (ramadan 8) ; ce sont "muslimat ul-hudaybiya", aussi nommés "muhâjirat ul-fat'h" ; Khâlid ibn al-Walîd et Amr ibn al-'As appartiennent à cette catégorie ;
ceux qui ont embrassé l'islam à l'occasion de la conquête de La Mecque ; ce sont "muslimat ul-fat'h", aussi appelés "at-tulaqâ'" (pluriel de "talîq") parce que le Prophète avait dit, après la conquête de la Mecque : "Idh'habû fa antum ut-tulaqâ'" ; Abû Sufyân ibn Harb, Mu'âwiya ibn Abî Sufyân, Yazîd ibn Abî Sufyân, al-Hârith ibn Hishâm, Suhayl ibn 'Amr, Safwân ibn Umayya, 'Ikrima ibn Abî Jahl, etc. sont par exemple des "tulaqâ'" (MF 4/457-459, 4/466) ;
il y a enfin ceux qui ont embrassé l'islam après la conquête de la Mecque (an 8 ) et avant la mort du Prophète en l'an 11 ; les gens de at-Taïf qui se sont convertis à l'islam relèvent de cette catégorie ; on peut citer comme faisant partie de cette catégorie-ci 'Uthmân ibn Abi-l-'As (cf. MF 4/461).

Lors du califat de Omar, des années après la mort du Prophète, Omar ibn ul-Khattâb est informé que la peste s'est déclarée dans la région où il doit se rendre ; n'ayant pas connaissance du Hadîth du Prophète sur le fait de savoir s'il doit poursuivre son chemin ou s'il doit ne pas se rendre dans la région où l'épidémie sévit, il consulte les personnages présents ;
--- il prend alors d'abord l'avis des "muhârijûn" présents, puis celui des "ansâr" présents [ces deux groupes relevant "as-sâbiqûn al-awwalûna min al-muhâjirîna wa-l-ansâr"] ;
--- puis il prend l'avis des "muhâjirat ul-fat'h'" (al-Bukhârî, 5397).

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Le Hadîth sus-cité signifie-t-il que, parmi tous les Compagnons qui ont existé, chaque Compagnon est meilleur que chaque musulman qui n'est pas Compagnon ? Ou bien signifie-t-il que c'est pris dans leur ensemble que les Compagnons sont meilleurs que les musulmans de la seconde génération (Tâbi'ûn) et qu'il se peut donc qu'un Tâbi'î précis soit meilleur qu'un Compagnon pris isolément ?

--- La majorité des ulémas est de l'avis suivant : Pour ce qui est de la profondeur du savoir, c'est pris dans leur ensemble que les Compagnons sont plus érudits que les autres musulmans ("a'maquhum 'ilman", avait dit Ibn Mas'ûd) et il se peut donc que, pris isolément, certains musulmans de la seconde génération soient plus érudits que des Compagnons, considérés eux aussi isolément. Par contre, pour ce qui est de la valeur de la personne auprès de Dieu : au sein de la Communauté du Prophète Muhammad (sur lui la paix), n'importe quel Compagnon a, auprès de Dieu, un grade plus grand que n'importe quel autre musulman qui n'est pas Compagnon (FB 7/9-10, MS 3/289). Ceci est dû au fait, comme l'a écrit Ibn Taymiyya, que la valeur des actions ne dépend pas seulement de sa forme extérieure mais aussi des réalités qui sont présentes dans le cœur et qui en constituent le fondement, ainsi que des sacrifices consentis pour la défense et la propagation de l'islam (MS 3/288, 3/347-348). Ibn Hazm évoque plusieurs causes qui font la supériorité des Compagnons auprès de Dieu : il y a notamment le fait qu'ils ont bénéficié de la Compagnie du Messager de Dieu, le fait aussi que leurs actions étaient plus sincères que celles de ceux qui viendront après, le fait aussi que leur période était décisive et nous leur sommes redevables de ce qu'ils ont bâti par leurs sacrifices, etc. (FMAN 3/34-37). Pour ce qui est des Tâbi'ûn, par contre, la supériorité des Tâbi'ûn sur ceux qui viendront après ne concerne pas chaque Tâbi'î par rapport à chaque musulman qui viendra après, mais concerne les Tâbi'ûn pris dans leur ensemble par rapport à l'ensemble des musulmans de la génération suivante. Il en est de même pour les Tab' ut-tâbi'în (cf. FB 7/10).

--- Ibn 'Abd il-Barr est d'un avis différent : Selon Ibn 'Abd il-Barr, le Hadîth parlant de la supériorité des Compagnons sur les Tâ'bi'ûn concerne les Compagnons pris dans leur ensemble par rapport aux Tâbi'ûn pris dans leur ensemble : il se peut donc, d'après son avis, qu'un Tâbi'î précis soit meilleur qu'un Compagnon précis ("واقتضى هذا الحديث أن تكون الصحابة أفضل من التابعين والتابعون أفضل من أتباع التابعين. لكن هل هذه الأفضلية بالنسبة إلى المجموع أو الأفراد؟ محل بحث. وإلى الثاني نحا الجمهور؛ والأول قول ابن عبد البر" : FB 7/9). Cependant, Ibn 'Abd il-Barr n'a pas dit cela de façon absolue : il a explicitement précisé que tout Compagnon ayant participé à Badr ou ayant fait allégeance à al-Hudaybiya, celui-là est meilleur que tout Musulman n'étant pas Compagnon : "لكن كلام ابن عبد البر ليس على الإطلاق في حق جميع الصحابة، فإنه صرح في كلامه باستثناء أهل بدر والحديبية" (FB 7/10).

De plus, Ibn Hajar précise que le point de désaccord entre Ibn 'Abd il-Barr et la majorité des ulémas porte sur seulement le Compagnon qui n'a fait que voir le Prophète (sur lui soit la paix) en ayant foi, et n'a pas eu l'occasion de le fréquenter : cet homme-là est bel et bien un Compagnon (et ce d'après Ibn Abd il-Barr aussi), et bénéficiera donc de l'intercession du Prophète (sur lui soit la paix) (nous allons y revenir au point VI) ; mais ce Compagnon-là est-il forcément meilleur que tout Musulman n'étant pas Compagnon, c'est sur ce point que porte la divergence entre Ibn Abd il-Barr et la majorité des ulémas, affirme Ibn Hajar ("ومحصل النزاع يتمحض فيمن لم يحصل له إلا مجرد المشاهدة") ; par contre, écrit-il encore, tout Compagnon faisant partie des "sâbiqûn", ou ayant dépensé de ses biens et combattu pour l'islam en compagnie du Prophète, fût-ce après al-Hudaybiya, ou ayant retenu quelque chose de la Shar' reçue de lui puis ayant diffusé cela après lui, celui-là, dit Ibn Hajar, est forcément supérieur à n'importe quel musulman n'étant pas Compagnon : "والذي يظهر أن من قاتل مع النبي صلى الله عليه وسلم أو في زمانه بأمره أو أنفق شيئا من ماله بسببه لا يعدله في الفضل أحد بعده كائنا من كان وأما من لم يقع له ذلك فهو محل البحث. والأصل في ذلك قوله تعالى: {لا يستوي منكم من أنفق من قبل الفتح وقاتل أولئك أعظم درجة من الذين أنفقوا من بعد وقاتلوا} الآية" (FB 7/9) ; "وأما من اتفق له الذب عنه والسبق إليه بالهجرة أو النصرة وضبط الشرع المتلقى عنه وتبليغه لمن بعده فإنه لا يعدله أحد ممن يأتي بعده، لأنه ما من خصلة من الخصال المذكورة إلا وللذي سبق بها مثل أجر من عمل بها من بعده، فظهر فضلهم" (FB 7/10).

Rappelons ici que Aïcha, Tal'ha et az-Zubayr font partie de "as-sâbiqûn".
'Amr ibn al-As, lui, fait certes partie des "muhâjirat ul-fat'h". Et Mu'âwiya fait certes partie de "at-tulaqâ'". Cependant, si le verset dit bien que "parmi vous" (c'est-à-dire "parmi les Compagnons"), ceux qui ont dépensé de leurs biens et combattu après le tournant de al-Hudaybiya ne sont pas du même niveau que ceux qui l'ont fait après ce tournant, il dit aussi que ceux qui ont dépensé de leurs biens et combattu après auront une récompense : "Et à chacun Dieu a promis la meilleure (chose)" (Coran 57/10). Or Mu'âwiya et 'Amr ibn al-As ont dépensé de leurs biens et combattu pour l'islam en compagnie du Prophète lors des campagnes de Hunayn et de at-Tâ'ïf en l'an 8 de l'hégire (MF 4/458-459) ; et un autre verset dit de ceux qui bénéficient de la promesse du meilleur seront éloignés du feu et n'en entendront même pas le bruit : "إِنَّ الَّذِينَ سَبَقَتْ لَهُم مِّنَّا الْحُسْنَى أُوْلَئِكَ عَنْهَا مُبْعَدُونَ لَا يَسْمَعُونَ حَسِيسَهَا وَهُمْ فِي مَا اشْتَهَتْ أَنفُسُهُمْ خَالِدُونَ لَا يَحْزُنُهُمُ الْفَزَعُ الْأَكْبَرُ وَتَتَلَقَّاهُمُ الْمَلَائِكَةُ هَذَا يَوْمُكُمُ الَّذِي كُنتُمْ تُوعَدُونَ" (Coran 21/101-103) (voir FMAN 3/72-73).
De plus, l'autre verset affirme que Dieu a agréé "as-sâbiqûn al-awwalûn min al-muhâjirîn wa-l-ansar" mais aussi : "al-ladhîna-t-taba'ûhum bi ihsân", "ceux qui les ont suivis avec parfait agir: "وَالسَّابِقُونَ الأَوَّلُونَ مِنَ الْمُهَاجِرِينَ وَالأَنصَارِ وَالَّذِينَ اتَّبَعُوهُم بِإِحْسَانٍ رَّضِيَ اللّهُ عَنْهُمْ وَرَضُواْ عَنْهُ وَأَعَدَّ لَهُمْ جَنَّاتٍ تَجْرِي تَحْتَهَا الأَنْهَارُ خَالِدِينَ فِيهَا أَبَدًا ذَلِكَ الْفَوْزُ الْعَظِيمُ" (Coran 9/100).

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II) Après la mort du Prophète (sur lui soit la paix), la Umma est globalement meilleure, pendant l'époque où il se trouve encore parmi elle des Compagnons, que après cette époque :

Le Prophète (que Dieu le rapproche de Lui et le salue) a dit : "Viendra une époque où des groupes de gens partis combattre [dans le chemin de Dieu] diront : "Y a-t-il parmi vous des gens qui ont eu la compagnie du Prophète, que Dieu le rapproche de Lui et le salue) ? – Oui". Ils combattront alors et seront victorieux. Puis viendra une époque où des groupes de gens partis combattre diront : "Y a-t-il parmi vous des gens qui ont eu la compagnie des Compagnons du Prophète ? – Oui". Ils combattront alors et seront victorieux. Puis viendra une époque où des groupes de gens partis combattre diront : "Y a-t-il parmi vous des gens qui ont eu la compagnie de ceux qui ont eu la compagnie des Compagnons du Prophète ? – Oui". Ils combattront alors et seront victorieux" : "عن أبي سعيد الخدري، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "يأتي على الناس زمان، فيغزو فئام من الناس، فيقولون: فيكم من صاحب رسول الله صلى الله عليه وسلم؟ فيقولون: نعم، فيفتح لهم، ثم يأتي على الناس زمان، فيغزو فئام من الناس، فيقال: هل فيكم من صاحب أصحاب رسول الله صلى الله عليه وسلم؟ فيقولون: نعم، فيفتح لهم، ثم يأتي على الناس زمان، فيغزو فئام من الناس، فيقال: هل فيكم من صاحب من صاحب أصحاب رسول الله صلى الله عليه وسلم؟ فيقولون: نعم، فيفتح لهم" (al-Bukhârî 3449, Muslim 2532).

Avec la mort du Prophète (sur lui soit la paix) débute la période où il y a toujours des Compagnons (Sahâba) qui sont vivants (et que côtoient leurs élèves, les Tâbi'ûn). Le dernier Sahâbî à quitter ce monde est Abu-t-Tufayl 'Âmir ibn Wâthila al-Laythî, et ce en l'an 100, 107 ou 110 (FB 7/8).
Puis, avec la mort de ce dernier Compagnons commence la période où il n'y a plus aucun Compagnon vivant mais où demeurent des Tâbi'ûn bi ihsân (que côtoient leurs élèves, les Taba' ut-tâbi'în). Le décès du dernier Tâbi'î survient en : l'an 170 ou 180 (cf. FB 7/8).
Ensuite c'est la période où tous les Tâbi'ûn aussi ont quitté ce monde, mais où vivent toujours certains de leurs élèves, les Taba' ut-tâbi'în : le dernier d'entre eux quitte ce monde en : l'an 220 (FB 7/8-9).

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Ibn Hajar relate un Hadîth rapporté par Ibn Abî Shayba où le Prophète (sur lui soit la paix) a dit : "Vous resterez dans du bien [considérable] tant qu'il y aura parmi vous des gens qui m'ont vu et ont eu ma compagnie. Par Dieu, vous resterez [aussi] dans du bien [considérable] tant qu'il y aura parmi vous des gens qui ont eu la compagnie de ceux qui m'ont vu et ont eu ma compagnie" : "ومثله حديث واثلة رفعه: "لاتزالون بخير ما دام فيكم من رآني وصاحبني. والله لاتزالون بخير ما دام فيكم من رأى من رآني وصاحبني." الحديث أخرجه بن أبي شيبة، وإسناده حسن" (FB 7/8).

En vertu de ce hadîth, pendant la période où le Prophète (sur lui soit la paix) n'est plus de ce monde mais pendant laquelle des Compagnons seront toujours vivants, cette période sera telle que la situation globale des musulmans – au niveau de la foi et des bonnes actions – est meilleure que celle de l'époque qui viendra plus tard. Cela est dû à l'effet positif, sur la société, de la profondeur de la foi des Compagnons – disciples directs du Prophète –, de leur sincérité, de leurs bonnes actions et de leur abnégation pour la cause de l'islam. De même, ensuite, pendant la seconde période, la situation globale des musulmans est meilleure – au niveau de la foi et des bonnes actions – que celle de l'époque suivante, quand il n'y a plus de Tâbi'ûn.
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Toutefois, d'après Ibn Taymiyya, le fait que, à chacune de ces époques, la Umma est globalement meilleure qu'à l'époque suivante (comme cela est dit dans ce hadîth), cela ne vaut que pour ce qui est de l'époque où une quantité conséquente de ces personnages sont encore vivants.
Or :

--- la majorité des Compagnons ont déjà quitté ce monde en l'an 40 de l'hégire ;
--- la majorité des Tâbi'ûn en l'année 86 (date du décès de 'Abd ul-Malik ibn Marwân) ;
--- et la majorité des Taba' ut-Tâbi'în vers les années 135 (quand le califat abbasside vient de s'installer).
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"فإن الاعتبار في القرون الثلاثة: بجمهور أهل القرن، وهم وسطه.
وجمهور الصحابة انقرضوا بانقراض خلافة الخلفاء الأربعة حتى أنه لم يكن بقي من أهل بدر إلا نفر قليل.
وجمهور التابعين بإحسان انقرضوا في أواخر عصر أصاغر الصحابة، في إمارة ابن الزبير وعبد الملك.
وجمهور تابعي التابعين انقرضوا في أواخر الدولة الأموية وأوائل الدولة العباسية. وصار في ولاة الأمور كثير من الأعاجم وخرج كثير من الأمر عن ولاية العرب وعربت بعض الكتب العجمية من كتب الفرس والهند والروم وظهر ما قاله النبي صلى الله عليه وسلم {ثم يفشو الكذب حتى يشهد الرجل ولا يستشهد ويحلف ولا يستحلف}؛ حدث ثلاثة أشياء: "الرأي" و"الكلام" و"التصوف". وحدث "التجهم" وهو نفي الصفات، وبإزائه "التمثيل"
(MF 10/357-358). 

Voilà qui rejoint globalement cette parole de Sa'ïd ibn ul-Mussayib : "عن يحيى بن سعيد، عن سعيد بن المسيب: "وقعت الفتنة الأولى - يعني مقتل عثمان -، فلم تبق من أصحاب بدر أحدا. ثم وقعت الفتنة الثانية - يعني الحرة -، فلم تبق من أصحاب الحديبية أحدا. ثم وقعت الثالثة، فلم ترتفع وللناس طباخ" (al-Bukhârî, 3800). "عن يحيى بن سعيد، قال: سمعت سعيدا يقول: "وقعت فتنة الدار، فلم تبق من أهل بدر أحدا. ووقعت فتنة الحرة، فلم تبق من أهل الحديبية أحدا. ولو قد وقعت فتنة، لم ترتفع وبالناس طباخ" (Ta'rîkh Ibn Abî Khaythama, 2012 : cité dans Fat'h ul-bârî). "أي أنهم ماتوا منذ قامت الفتنة بمقتل عثمان إلى أن قامت الفتنة الأخرى بوقعة الحرة. وكان آخر من مات من البدريين سعد بن أبي وقاص، ومات قبل وقعة الحرة ببضع سنين. وغفل من زعم أن قوله في الخبر "يعني مقتل عثمان" غلط، مستندا إلى أن عليا وطلحة والزبير وغيرهم من البدريين عاشوا بعد عثمان زمانا؛ لأنه ظن أن المراد أنهم قتلوا عند مقتل عثمان. وليس ذلك مرادا" (Fat'h ul-bârî).

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D'après Ibn Hajar et Shâh Waliyyullâh, par contre, cela vaut pour jusqu'au moment où le dernier personnage de chacun de ces groupes quitte ce monde.

Par ailleurs, comme le souligne Shâh Waliyyullâh, pendant l'époque où coexistent des Compagnons et des Tâ'bi'ûn, à côté de l'impressionnante quantité des gens pieux, il y a aussi eu des individus qui n'ont pas été des modèles dans leurs actions (HB 2/585).
Les Hadîths que nous avons vus ci-dessus à propos des valeurs des époques ne signifient donc pas que chaque Tâbi'î vivant pendant cette période et ayant donc côtoyé un ou plusieurs Compagnons serait meilleur qu'un musulman n'étant pas Tâbi'î ; ces Hadîths signifient que la majorité des musulmans vivant pendant la période où des Compagnons sont encore vivants seront meilleurs que la majorité des musulmans de la période suivante et de n'importe quelle autre période (HB 2/585).

Ibn Hajar a écrit la même chose : "Cela concerne la majorité. Car après les Compagnons, chez certains de ceux qui ont été les élèves des Compagnons et ceux qui ont été les élèves de leurs élèves, il y a eu des défauts mentionnés dans le Hadîth ["Puis viendront des gens qui apporteront un témoignage alors qu'il ne leur aura pas été demandé, qui trahiront ce qu'il leur aura été confié et ne seront pas honnêtes, qui feront des vœux qu'ils ne respecteront pas, et qui seront gras"] ; mais cela était peu développé. Par contre, après la fin des trois premières périodes, la présence de ces défauts a augmenté et s'est développée" (FB 7/10).

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III) Certes, il y a eu des personnes qui, après avoir apporté foi en le Prophète (sur lui soit la paix) et l'avoir rencontré, ont apostasié et sont mortes dans le Kufr :

A l'instar de : Ubaydullâh ibn Jahsh (ayant apostasié après avoir émigré en Abyssinie) ; un homme de la tribu de Banu-n-Najjâr ayant été scribe du Prophète (et ayant apostasié suite à un doute qu'il a eu) ; Rabî'a ibn Umayya ibn Khalaf al-Jumahî (ayant apostasié après le décès du Prophète : FB 7/7) ; Mussaylima (qui était venu à Médine et avait peut-être embrassé extérieurement l'islam - le Prophète lui avait parlé, pour l'avertir que s'il se détournait, Dieu l'anéantirait - ; dans ce cas ce qu'il fit plus tard - il se proclama prophète - fit de lui aussi un apostat). 

Mais justement, dès le moment où elles sont mortes en étant apparemment sur ce Kufr, ces personnes n'ont plus été considérées "Compagnons" par les musulmans, puisque, dans la définition du Compagnon, les ulémas ont bien précisé : "et qui est mort musulman".

Chose qui, pour nous humains, dépend de l'apparence : tant que nous n'avons pas la preuve juridique que quelqu'un qui était Compagnon a apostasié, la règle normale s'applique : il est mort musulman, et demeure donc un Compagnon à nos yeux.

Et justement, dans le hadîth suivant, quand, à la personne qui lui a demandé : "Où sera mon lieu entrée, ô Messager de Dieu ?", le Prophète (sur lui soit la paix) a répondu : "Le Feu", il s'est probablement agi d'une personne dont Dieu a fait savoir au Prophète qu'elle allait plus tard apostasier et mourir ainsi : "قال أنس: فأكثر الناس البكاء، وأكثر رسول الله صلى الله عليه وسلم أن يقول: "سلوني"، فقال أنس: فقام إليه رجل فقال: "أين مدخلي يا رسول الله؟" قال: "النار". فقام عبد الله بن حذافة فقال: من أبي يا رسول الله؟ قال: "أبوك حذافة" (Al-Bukhârî, 6864). "عن أبي فراس رجل من أسلم، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم ذات يوم: "سلوني عما شئتم". فقال رجل: "يا رسول الله من أبي؟" قال: "أبوك فلان الذي تدعى إليه". وسأله رجل: "أفي الجنة أنا؟" فقال: "في الجنة". وقال آخر: "أفي الجنة أنا؟" قال: "في النار". فقام عمر رضي الله عنه فقال: "رضينا بالله ربا" (Al-Mu'jam ul-Kabîr, at-Tabarânî, 4580).
"قوله: "النار" بالرفع. ووجه ذلك أنه كان منافقا، أو عرف رداءة خاتمة حاله - كما عرف حسن خاتمة العشرة المبشرة" ('Umdat ul-qârî).
"فقام إليه رجل فقال أين مدخلي يا رسول الله قال النار": ولم أقف على اسم هذا الرجل في شيء من الطرق؛ كأنهم أبهموه عمدا للستر عليه. وللطبراني من حديث أبي فراس الأسلمي نحوه، وزاد: "وسأله رجل: "في الجنة أنا؟" قال: "في الجنة": ولم أقف على اسم هذا الآخر" (Fat'h ul-bârî).

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IV) Certes, il y avait, parmi ceux qui se disaient musulmans et avaient prononcé les deux témoignages de foi devant le Prophète (sur lui soit la paix), des Hypocrites, Munâfiqûn bi Nifâq Akbar, qui sont morts avec leur Nifâq (alors que d'autres s'en sont repentis) :

Abdullâh ibn Ubayy Ibn Salûl était ainsi : Munâfiq mort avec son Nifâq.
Il y a eu aussi un autre homme - peut-être Quzmân - qui avait vaillamment combattu dans les rangs des musulmans, mais dont le Prophète avait dit qu'il faisait partie des Munâfiqûn.

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--- Certains des Munâfiqûn, les Compagnons savaient qu'ils l'étaient (et ce sur la base des indices forts dont ils disposaient à leur sujet) : "فكنت إذا خرجت في الناس بعد خروج رسول الله صلى الله عليه وسلم فطفت فيهم، أحزنني أني لا أرى إلا رجلا مغموصا عليه النفاق، أو رجلا ممن عذر الله من الضعفاء", a dit Ka'b ibn Mâlik (al-Bukhârî, 4156, Muslim, 2769). "لقد رأيتنا وما يتخلف عن الصلاة إلا منافق قد علم نفاقه، أو مريض؛ إن كان المريض ليمشي بين رجلين حتى يأتي الصلاة", a dit Ibn Mas'ûd (Muslim, 654/256).

--- Tandis que d'autres Munâfiqûn, seul le Prophète (sur lui soit la paix) avait connaissance de leur hypocrisie (nifâq akbar) (et il a donné leurs noms à Hudhayfa).

--- D'autres encore, Seul Dieu en avait connaissance : "Et parmi les bédouins qui vous entourent et parmi les gens de Médine, il y a des Hypocrites ; ils se sont obstinés dans l'Hypocrisie. Tu ne les connais pas, Nous les connaissons" : "وَمِمَّنْ حَوْلَكُم مِّنَ الأَعْرَابِ مُنَافِقُونَ وَمِنْ أَهْلِ الْمَدِينَةِ مَرَدُواْ عَلَى النِّفَاقِ لاَ تَعْلَمُهُمْ نَحْنُ نَعْلَمُهُمْ سَنُعَذِّبُهُم مَّرَّتَيْنِ ثُمَّ يُرَدُّونَ إِلَى عَذَابٍ عَظِيمٍ" (Coran 9/101).

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Ici encore, c'est une règle voisine à celle énoncée plus haut qui s'applique : tant que les Compagnons reconnus comme tels n'ont pas considéré tel musulman - dont il est établi qu'il a vu lui aussi le Prophète - comme étant un Munâfiq, ce musulman est à nos yeux un Compagnon : nous n'avons aucune raison de douter de sa sincérité, vu que la règle première est l'innocence (al-barâ'ah).
At-Tahâwî l'a écrit au sujet de tout musulman (n'en parlons plus des musulmans qui ont bénéficié de la compagnie du Prophète) : "Et nous ne témoignons contre eux ni d'un Kufr, ni d'un Shirk, ni d'un Nifâq, tant que rien de cela n'apparaît d'eux ; et nous laissons leur for intérieur pour Dieu" : "ونرى الصلاة خلف كل بر وفاجر من أهل القبلة، وعلى من مات منهم. ولا ننزل أحدا منهم جنة ولا نارا. ولا نشهد عليهم بكفر ولا بشرك ولا بنفاق ما لم يظهر منهم شيء من ذلك؛ ونذر سرائرهم إلى الله تعالى" (Al-'Aqîda at-tahâwiyya, 69-70). Le Jour du Jugement, le Prophète découvrira au sujet d'un tout petit nombre de ceux qu'il considérait être ses Compagnons, qu'ils étaient Kâfir ; mais c'est bien ce qui a été dit : "et nous laissons leur for intérieur pour Dieu". Ensuite, cela ne concerne qu'un tout petit nombre. Par ailleurs, il y en a parmi les Compagnons dont le Prophète a, au contraire, affirmé qu'ils seront dans le Paradis. Enfin, pour ce qui est des Compagnons dans leur ensemble, le Prophète n'a-t-il pas dit qu'ils sont le meilleur de sa Umma ?

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Ici une autre question se pose :

Qu'en est-il maintenant de ces hommes qui, à l'époque du Prophète (sur lui soit la paix), étaient connus par les Grands Compagnons (et ce, suite à un faisceau d'indices forts) comme étant des Munâfiq : eux aussi étaient-ils nommés : "Compagnons du Prophète"?

Face aux propos de dénigrement du Prophète (sur lui soit la paix), tenus ouvertement par Abdullâh ibn Ubayy en l'an 5 ou en l'an 9, et surtout par Dhu-l-Khuwayssira en l'an 9 (Fat'h ul-bârî 12/363) ou en l'an 10 (As-Sârim, p. 230), le Prophète (sur lui soit la paix) avait la possibilité de leur infliger une sanction. Et c'est ce que, à chacune de ces deux fois, un Compagnon lui proposa. Mais à chaque fois, il a dit de ne pas appliquer la sanction car l'application de celle-ci entraînerait ensuite certaines conséquences (se préserver de la Mafsada que la première action risquait d'entraîner).

Or, dans la réponse qu'il fit, le Prophète dit, par rapport à Abdullâh ibn Ubayy : "لا يتحدث الناس أنه كان يقتل أصحابه" : "(Je ne veux) pas que les gens disent que (Muhammad) faisait exécuter ses Compagnons !" (al-Bukhârî 3330 etc., Muslim 2584) ; et, par rapport à Dhu-l-Khuwayssira : "معاذ الله أن يتحدث الناس أني أقتل أصحابي" : "Que Dieu me protège du fait que les gens disent que je fais exécuter mes Compagnons !" (Muslim 1063).

Le terme "Compagnons" a été employé ici alors même que le Prophète (sur lui soit la paix) savait pertinemment que Abdullâh ibn Ubayy était un Munâfiq ! Et que Dhu-l-Khuwayssira, de nombreux ulémas l'ont classé lui aussi comme Munâfiq.
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 Certes. Cependant, cela fut :
--- en son sens littéral (
lughawî), par rapport au regard extérieur (comme le terme "muslim" était employé pour exprimer l'islamité d'après le regard extérieur) ;
--- et selon le regard d'ensemble (
al-jins) : le Prophète a employé le terme au pluriel, et non pas au singulier, n'ayant pas dit : "Lui aussi est mon Sâhib-î" (comme il l'a dit pour désigner Abû Bakr : "فهل أنتم تاركوا لي صاحبي" : al-Bukhârî, 3461).
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Cette phrase signifie :
"Je ne veux pas que les hommes en général disent (maintenant ou dans le futur) que, parmi l'ensemble de ceux qui sont avec moi, étant muslims, j'en ai fait exécuter certains dès lors que je n'ai plus (eu) besoin d'eux / par antipathie personnelle, comme le font certains rois" (As-Sârim : "فإن الناس ينظرون إلى ظاهر الأمر، فيرون واحدا من أصحابه قد قتل؛ فيظن الظان أنه يقتل بعض أصحابه على غرض أو حقد أو نحو ذلك؛ فينفر الناس عن الدخول في الإسلام" : p. 237. "أنه صلى الله عليه وسلم كان يخاف أن يتولد من قتلهم من الفساد أكثر مما في استبقائهم وقد بين ذلك حيث قال: "لا يتحدث الناس أن محمدا يقتل أصحابه" وقال: "إذًا ترعد له آنف كثيرة بيثرب". فإنه لو قتلهم بما يعلمه من كفرهم لأوشك أن يظن الظان أنه إنما قتلهم لأغراض وأحقاد وإنما قصده الاستعانة بهم على الملك كما قال: "أكره أن تقول العرب لما ظفر بأصحابه أقبل يقتلهم" وأن يخاف من يريد الدخول في الإسلام أن يقتل مع إظهاره الإسلام كما قتل غيره" : pp. 357-358).

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Un propos voisin fut tenu par le Prophète (sur lui soit la paix) au sujet de 12 Hypocrites ; il s'agit des 12 Hypocrites qui avaient voulu profiter d'une occasion propice lors du voyage de Tabûk pour l'assassiner (événement auquel la phrase suivante, à l'intérieur du verset Coran 9/74, fait allusion d'après l'un des commentaires : "وَهَمُّواْ بِمَا لَمْ يَنَالُواْ"). Puis il les nomma un à un devant Hudhayfa. Ce dernier lui ayant demandé pourquoi il ne les faisait pas exécuter, il répondit : "Je crains que les Arabes disent : "Lorsqu'il eut obtenu la victoire par le moyen de ses Compagnons, il se mit à les faire exécuter"".

Hudhayfa relate d'ailleurs que le Prophète (sur lui soit la paix) a dit aussi à leur sujet : "Parmi mes Compagnons / Dans ma Umma : il y a 12 Hypocrites ; ils n'entreront pas dans le Paradis jusqu'à ce que le chameau passe par le chas de l'aiguille. 8 d'entre eux, le pustule te sera suffisant pour (s'occuper d')eux : une mèche de feu qui apparaîtra dans leur épaule jusqu'à ressortir de leur poitrine. Et 4..." : "عن عمار عن حذيفة قال: قال النبي صلى الله عليه وسلم: "في أصحابي اثنا عشر منافقا؛ فيهم ثمانية لا يدخلون الجنة حتى يلج الجمل في سم الخياط، ثمانية منهم تكفيكهم الدبيلة؛ وأربعة" لم أحفظ ما قال شعبة فيهم" (Muslim, 2779/9).

L'histoire de ces 12 Hypocrites est exposée dans un autre article...

At-Tôrpeshtî écrit que l'emploi de ce terme "Compagnon" n'a été fait ici que dans une utilisation "large" du mot : "ومنه حديث حذيفة رضي الله عنه عن النبي - صلى الله عليه وسلم -: "في أصحابي" أو قال: "في أمتي اثنا عشر منافقا" الحديث. قلت: صحبة النبي صلى الله عليه وسلم المعتد بها هي المقترنة بالإيمان. ولا يصح أن تطلق إلا على من صدق في إيمانه وظهر منه أمارته، دون من أغمض عليهم بالنفاق. وإضافتها إليهم لا تجوز إلا على المجاز، لتشبههم بالصحابة، وتسترهم بالكلمة، وإدخالهم أنفسهم في غمارهم. ولهذا قال: "في أصحابي"، ولم يقل: "من أصحابي"، وذلك مثل قولنا: "إبليس كان في الملائكة" أي: في زمرتهم؛ ولا يصح أن يقال: "كان من الملائكة"، فإن الله سبحانه وتعالى يقول: {كان من الجن}. وقد أسر إلى خاصته وذوي المنزلة من أصحابه أمْر هذه الفئة المشئومة المتلبسة، لئلا يقبلوا منهم الإيمان ولا يأمنوا من قبلهم المكر والخداع. ولم يكن يخفى على المحفوظين شأنهم لاشتهارهم بذلك في الصحابة؛ إلا أنهم كانوا لا يواجهونهم بصريح المقال أسوة برسول الله صلى الله عليه وسلم. وكان حذيفة أعلمهم بأسمائهم؛ وذلك لأنه كان ليلة العقبة مع النبي صلى الله عليه وسلم مرجعه من غزوة تبوك" (Shar'h ut-Tôrpeshtî 'alâ Mishkât il-massâbîh, n° 5917).

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Pareillement, Ummu Salama relate que le Prophète (sur lui soit la paix) a dit [parlant de ces Munâfiqûn] : "Parmi mes Compagnons, il en est qui ne me verra plus après que je l'aurai quitté" : "عن شقيق، قال: دخل عبد الرحمن بن عوف على أم سلمة، فقال: "يا أم المؤمنين، إني أخشى أن أكون قد هلكت، إني من أكثر قريش مالا، بعت أرضا لي بأربعين ألف دينار". فقالت: "أنفق يا بني؛ فإني سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول: "إن من أصحابي من لا يراني بعد أن أفارقه". فأتيت عمر فأخبرته، فأتاها، فقال: "بالله أنا منهم؟" قالت: "اللهم لا، ولن أبرئ أحدا بعدك" (Ahmad, 26694) ; "عن أم سلمة، قالت: قال النبي صلى الله عليه وسلم: "من أصحابي من لا أراه ولا يراني بعد أن أموت أبدا". قال: فبلغ ذلك عمر، قال: فأتاها يشتد أو يسرع. قال لها: "أنشدك بالله، أنا منهم؟" قالت: "لا، ولن أبرئ بعدك أحدا أبدا" (Ahmad, 26549).

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V) Certes, il y a eu des Compagnons qui, sans être devenus Murtadd ni avoir été Munâfiq, ont commis des péchés graves (certains s'en sont repentis, tandis qu'il en est qui, comme Mid'âm, ne s'en est pas repenti) :

--- Ainsi : de retour de voyage, deux Compagnons sont rentrés chez eux sans en avoir averti leur épouse respective, et ils ont alors découvert que leur conjointe les trompait (FB 9/422) ; l'épouse de Hilal ibn Umayya a été accusée par celui-ci de l'avoir trompé, ils ont eu ensuite recours au li'ân (al-Bukhârî, 4470) ; Mid'am a été tué par une flèche de l'ennemi alors qu'il défaisait la selle du chameau du Prophète, or il avait dérobé un manteau du butin de Khaybar (al-Bukhârî, 3993, Muslim, 115) ; un homme participant à la campagne de Khaybar ou de Hunayn, blessé, se suicida, or le Prophète avait déjà dit à son sujet qu'il serait dans le Feu (al-Bukhârî, 6232, Muslim, 111) ; Abdullâh al-mulaqqabu himâran a bu plusieurs fois de l'alcool (al-Bukhârî, 6398) ; Mâ'ïz al-aslamî a commis l'adultère ; de même que la Ghâmidiyya.

--- Dans un autre registre : Abu-l-Ghâdiya est celui qui a tué 'Ammâr ibn Yâssir : il était dans le camp de Mu'âwiya (Silsilat ul-ahâdîth is-sahîha, 2008) ; Hurqûs ibn Zuhayr, après avoir été aux côtés de 'Alî, s'est séparé de lui, a rejoint les Harûriyyûn - opposés à 'Alî - et est mort parmi eux le jour de an-Nah'r (or, si on retient ce que Ibn ul-Athîr a écrit dans Usd ul-ghâba, Hurqûs n'est pas Dhu-l-Khuwayssira, qui, lui, avait prononcé une parole de kufr devant le Prophète : Hurqûs, Omar ibn ul-Khattâb l'avait employé en renfort lors de la campagne contre les Perses)...

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Tout cela alors même qu'il est des musulmans n'ayant pas vu le Prophète qui ne commettent jamais aucun de ces péchés durant toute leur vie.
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Certes. Cependant, cela confère à ces musulmans n'étant pas Compagnons : seulement une valeur concernant un point particulier (فضيلة جزئيّة), par rapport à ces quelques Compagnons ayant commis ce ou ces péchés. Et non pas une supériorité sur eux auprès de Dieu. Car c'est la totalité de l'oeuvre qui entre en considération

Comme Ibn Hajar l'a écrit (voir plus haut) : tout ce que des musulmans font après eux, le mérite en revient aux Compagnons qui ont lutté et oeuvré à la diffusion du Dîn : ils sont donc crédités d'une récompense semblable à celle que tous ces musulmans venus après eux ont fait, font et feront (jusqu'à la fin du temps).

Quant aux mauvaises choses qui sont attribuées à certains Compagnons en termes d'avis ou d'actes, parfois cela est faux ; le Compagnon n'a pas exprimé cet avis et n'a pas fait cet acte, ce sont certaines personnes qui le lui ont attribué, par calomnie (MF 4/431).

Si maintenant il est établi que tel Compagnon a réellement eu tel avis très discutable ou fait tel acte erroné, alors il s'agit probablement du résultat d'un effort d'interprétation (ijtihâd) de sa part ; or, l'effort d'interprétation rapporte une récompense quand l'érudit a fait une erreur, contre deux quand il est parvenu à ce qui est juste (MF 4/432).

Et si ce n'est pas le résultat d'un effort d'interprétation mais bel et bien une faute morale avérée (dhanb, ithm), à propos de laquelle il n'y a pas d'avis divergent possible (c'est le cas des actes sus-relatés), alors, certes, le Prophète a annoncé que tel péché est normalement passible de telle punition dans l'autre monde de la part de Dieu. Cependant on ne peut pas oublier le fait que Dieu pardonne le péché qu'un croyant précis a fait :
- parce que Dieu l'a bien voulu par un effet de Sa seule Miséricorde,
- ou parce que ce croyant Lui a demandé pardon et qu'Il le lui a alors accordé,
- ou parce que ce croyant a, d'un autre côté, fait d'excellentes bonnes actions,
- ou parce que ce croyant a subi de dures épreuves dans sa vie de ce monde,
- ou parce qu'Il acceptera l'intercession du Prophète à l'égard de ce croyant,
- ou parce que les autres croyants ont prié Dieu de pardonner à leur frère sa faute, - etc.
Il serait donc impensable que l'on se permette de dire que tel Compagnon sera assurément puni par Dieu à cause de tel péché qu'il a fait (cf. MF 4/432).

--- Ainsi, Hâtib ibn Abî Balta'a, un Compagnon, avait communiqué aux Mecquois la nouvelle que le Prophète allait venir conquérir la Mecque suite à leur violation des clauses du traité : l'ayant appris, Omar ibn ul-Khattâb demanda qu'il soit traité comme un Hypocrite. Mais le Prophète dit : "Il a participé à Badr. Et peut-être que Dieu a scruté le cœur des gens de Badr et leur a dit : "Faites ce que vous voulez, Je vous ai accordé Mon Pardon"" (al-Bukhârî, 3762, 2845, Muslim, 2494). De même, alors que Hâtib ne respectait pas les droits de ses esclaves, l'un de ces derniers dit au Prophète : "Par Dieu, ô Messager de Dieu, Hâtib entrera assurément dans le feu ! – Tu mens, lui répliqua le Prophète, il a participé à Badr et à al-Hudaybiya" (Muslim, 2195). Voyez : c'est une faute morale que de ne pas respecter les droits des esclaves ; l'esclave a le droit de se plaindre du mauvais comportement de son maître ; l'autorité doit rappeler au maître – ici Hâtib – ses devoirs. Mais dans l'autre monde, il est certain que, pour Hâtib précisément cette faute n'entraînera pas de punition car – comme l'a dit le Prophète – Dieu en a décidé ainsi à son sujet parce qu'il a participé à Badr (MF 4/459-460, 35/67-68).

-
--- Tout Compagnon dont le Prophète a dit qu'il sera au Paradis, nous savons qu'il entrera au Paradis sans passer par la Géhenne, et nous en témoignons. "وإن العشرة الذين سماهم رسول الله ﷺ وبشرهم بالجنة، نشهد لهم بالجنة، على ما شهد لهم رسول الله ﷺ - وقوله الحق -؛ وهم: أبو بكر، وعمر، وعثمان، وعلي، وطلحة، والزبير، وسعد، وسعيد، وعبد الرحمن بن عوف، وأبو عبيدة بن الجراح - وهو أمين هذه الأمة رضي الله عنهم أجمعين" (Al-'Aqîda at-tahâwiyya).

--- Quant aux Compagnons au sujet desquels cela n'a pas été spécifié par le Prophète de façon particulière, eux bénéficient malgré tout de l'éloge globale faite par le Prophète quand il a dit qu'ils constituent le meilleur groupe de toute sa Umma. C'est là un indice au sujet de chacun d'eux qu'il sera admis directement au Paradis.

--- Quant aux quelques Compagnons dont il est rapporté de façon authentique qu'ils ont fait une faute morale dont il n'est pas rapporté qu'ils s'en sont repentis, alors : insha Allâh ils s'en sont repentis ; dans tous les cas, nous espérons fortement que cela n'entraînera inshâ Allâh aucune sanction dans la Géhenne pour aucun d'eux, et qu'ils obtiendront le pardon.

Alors, certes, il y a quelques hadîths où le Prophète (sur lui soit la paix) a parlé d'une sanction dans la tombe pour tel ou tel Compagnon (c'est le cas pour Mid'am, dont le péché a été évoqué plus haut ; c'est le cas, aussi, de celui qui avait colporté des paroles pour faire se disputer des gens, ou encore de celui qui ne s'était pas préservé des éclaboussures d'urine).
Cependant, comme Muftî Ridhâ' ul-Haqq l'a dit, il s'agit de quelque chose de la tombe, qui, justement, est un peu le prolongement de cette vie terrestre (fin de citation). Par ailleurs, il se peut qu'une personne se présente après à sa mort avec Asl ul-îmân mais aussi avec un grand péché (kabîra) pour lequel elle n'a pas demandé pardon ; si Dieu ne le lui pardonne pas, cela entraînera pour elle un châtiment dans le Barzakh (châtiment momentané, ou bien devant durer jusqu'au jour de la fin du monde), et ce même si par ailleurs, en terme de bonnes actions, cette personne en a fait un nombre beaucoup plus important que ce grand péché et ne sera donc pas châtiée dans la Géhenne. Car c'est seulement dans la Plaine du Jugement que les actions seront pesées (islamqa).
En tous cas, nous espérons fortement qu'aucun Compagnon ne passera par la Géhenne (nous allons y revenir au point suivant, le VI).

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Lire ici :

--- Quand le Prophète (que Dieu le rapproche de Lui et le salue) a dit au sujet de telle personne qu'elle fait partie des Gens du Paradis / des Gens du Feu, est-ce systématiquement une information qu'elle s'y trouve assurément ? ou est-ce que cela peut signifier parfois qu'elle a fait une action méritant un séjour temporaire dans le Feu, même si Dieu peut lui pardonner cela et ne pas la châtier du tout dans le Feu ?.


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VI) Le Hadîth qui dit que le Jour du Jugement le Prophète (sur lui soit la paix) découvrira que certains de ses Compagnons s'en étaient retournés sur leur pas après lui :

Le Prophète a dit que le jour du jugement, alors qu'il sera en train de donner à boire aux gens de sa Communauté de l'eau de son Bassin (al-Kawthar), certains de ceux qui ont été dans sa compagnie seront empêchés d'y boire et seront conduits vers la Gauche ; à son questionnement, il lui sera répondu qu'ils étaient retournés sur leurs pas après lui.

Ce propos est présent dans des hadîths relatés par de nombreux Compagnons eux-mêmes : Anas ibn Mâlik (al-Bukhârî, 6211, Muslim, 2304) ; Abdullâh ibn Abbâs (al-Bukhârî, 3171, Muslim, 2860) ; Abû Sa'îd (6212, Muslim, 2290-2291) ; Abû Hurayra (al-Bukhârî, 6213-6214-6215) ; Asmâ' bint Abî Bakr (al-Bukhârî, 6220, Muslim, 2293) ; Abdullâh ibn 'Amr (Muslim, 2292) ...

A partir d'une compréhension erronée de ce Hadîth, certaines personnes se sont mises à dire qu'à l'exception de Alî et des siens, plus 3 ou 10 personnages, tous les Compagnons du Prophète avaient apostasié après sa mort : c'est de cela que ces hadîths parlent.

Or cela est faux.

Dans ce Hadîth il s'agit d'un très petit nombre parmi tous ceux qui avaient vu le Prophète et avaient cru en lui ; et il ne s'agit pas de ses proches Compagnons, de ceux qui étaient près de lui.

Trois raisons très simples le prouvent…

--- Primo : Vers la fin de sa vie, le Prophète avait, du haut de la chaire, dit à l'ensemble de ses Compagnons réunis dans sa mosquée de Médine : "… Je serai un témoin pour vous et je vous donne rendez-vous au bassin…" ; c'était, dit 'Uqba ibn 'Amir, la dernière fois que je voyais le Prophète (vivant) (al-Bukhârî 3816). Si dans le Hadîth annonçant le refoulement, par rapport au Bassin, de certains de ceux qui avaient été du nombre de ses Compagnons sur Terre, le Prophète avait voulu parler de ses proches Compagnons, pourquoi aurait-il, dans la mosquée de Médine, quelques jours avant de mourir, dit à ces mêmes Compagnons qu'il leur donnait rendez-vous au Bassin ? Pourquoi prendre un seul Hadîth et rejeter l'autre ?

--- Secundo : Parmi tous ceux qui auront bénéficié à un degré quelconque de la compagnie du Prophète, seulement un très petit nombre ("رهط") d'entre les Compagnons seront dans ce cas le jour du jugement : "عن ابن شهاب، عن سعيد بن المسيب، عن أبي هريرة: أنه كان يحدث أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: " يرد علي يوم القيامة رهط من أصحابي، فيحلئون عن الحوض، فأقول: يا رب أصحابي، فيقول: إنك لا علم لك بما أحدثوا بعدك، إنهم ارتدوا على أدبارهم القهقرى" (al-Bukhârî, 6213). Dans le hadîth de al-Bukhârî numéro 6215, il est fait mention de deux groupes ("زمرة") qui seront ainsi.

--- Tertio : Il y a un de ces Hadîths où le Prophète, disant la même chose, a employé la forme diminutive du terme : "ussayhâb-î" : "ألا وإنه يجاء برجال من أمتي فيؤخذ بهم ذات الشمال، فأقول: "يا رب أصيحابي". فيقال: "إنك لا تدري ما أحدثوا بعدك". فأقول كما قال العبد الصالح: "وكنت عليهم شهيدا ما دمت فيهم، فلما توفيتني كنت أنت الرقيب عليهم وأنت على كل شيء شهيد". فيقال: "إن هؤلاء لم يزالوا مرتدين على أعقابهم منذ فارقتهم" (al-Bukhârî, 4349, Muslim, 2860) ; ce seront seulement des personnes l'ayant peu fréquenté (voir plus haut, au sein du point I).

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--- Qui seront ces deux groupes de personnes ayant quelque peu fréquenté le Prophète (sur lui soit la paix) mais qui seront empêchés de boire au Bassin ?

Il s'agira...

----- Soit des personnes qui, auparavant musulmanes, avaient apostasié après le décès du Prophète (sur lui soit la paix) et étaient mortes dans cet état. C'est ce que al-Bukhârî a relaté de Qabîssa : "قال محمد بن يوسف الفربري: ذُكِر عن أبي عبد الله، عن قبيصة، قال: "هم المرتدون الذين ارتدوا على عهد أبي بكر فقاتلهم أبو بكر رضي الله عنه" (après le hadîth numéro 3263) ; c'est également ainsi que as-Sindî a commenté ce Hadîth (Shar'h us-Sindî 'alâ Sunan in-Nassâ'ï, commentaire du hadîth n° 2087). Les ulémas sont bien conscients de cela, et c'est pourquoi ils ont précisé, dans la définition du "Compagnon" : "et qui est mort musulman".

----- Soit des personnes qui étaient hypocrites dans la foi (munâfiq bi nifâq akbar) mais dont le Prophète (sur lui soit la paix) ne savait pas qu'elles l'étaient (voir le verset coranique 9/101, cité plus haut).

----- Soit des personnes qui avaient fait Ihdâth fi-d-dîn : qui avaient rajouté dans le Dîn ce qui n'en fait pas partie, ou avaient modifié un hukm qat'î du Dîn (At-Tadhkira, 1/253) (dans les croyances ou dans les actions, mais sans qu'il s'agisse d'un Ihdâth de niveau Kufr Akbar).

----- Soit des personnes qui avaient commis de graves péchés et ne s'en étaient pas repenties (FB 11/469).

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La fin du verset coranique 48/29 -qui parle de "ceux qui sont avec" le Messager de Dieu : "مُّحَمَّدٌ رَّسُولُ اللَّهِ وَالَّذِينَ مَعَهُ" - dit à leur sujet : "وَعَدَ اللَّهُ الَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ مِنْهُم مَّغْفِرَةً وَأَجْرًا عَظِيمًا" : "Dieu a promis à ceux d'entre eux qui auront cru et auront fait les bonnes actions : un pardon et une récompense énorme" (Coran 48/29) : or, d'après l'un des commentaires, cela veut dire : "à ceux d'entre eux qui seront demeurés sincèrement sur la croyance (et n'auront pas apostasié, étant morts dans cet état, ni n'auront été des hypocrites ayant réussi à dissimuler leur hypocrisie) et seront demeurés sur les actions vertueuses (et n'auront pas négligé les actions obligatoires ni n'auront commis des kabâ'ïr sans s'en être fait pardonner avant la mort : à eux la promesse d'un pardon divin et d'une récompense énorme)" : "قوله تعالى: {وعد الله الذين آمنوا وعملوا الصالحات منهم مغفرة وأجرا عظيما} قال الزجاج: في "من" قولان: أحدهما: أن يكون تخليصا للجنس من غيره، كقوله: {فاجتنبوا الرجس من الأوثان}، ومثله أن تقول: "أنفق من الدراهم"، أي: اجعل نفقتك من هذا الجنس، قال ابن الأنباري: معنى الآية: وعد الله الذين آمنوا من هذا الجنس، أي: من جنس الصحابة. والثاني: أن يكون هذا الوعد لمن أقام منهم على الإيمان والعمل الصالح" (Zâd ul-massîr).

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S'il s'agit de l'une des 2 premières catégories sus-citées, il faut savoir que les individus de ces deux catégories sont promises à la Géhenne perpétuelle.

Et s'il s'agit de l'une des 2 dernières catégories, il faut savoir que les individus de ces deux catégories encourent le risque d'une peine temporaire dans la Géhenne. Cependant, il est possible que les Usayhâb qui seront dans ce cas-là seront éloignés du Bassin - comme le dit le hadîth -, mais qu'ils reçoivent ensuite le Pardon divin dans la Plaine du Jugement même (At-Tadhkira 1/253 : al-Qurtubî n'évoque cependant cette possibilité de Pardon ultérieur que pour la 4ème catégorie, mais ne l'a pas fait pour la 3ème), et ce suite à l'intercession du Prophète (sur lui soit la paix). Le fait est que dans le hadîth relaté par Abû Hurayra, il est dit que, parmi ce groupe étant empêché d'accéder au Bassin, seuls quelques individus échapperont au feu : "عن عطاء بن يسار، عن أبي هريرة، عن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "بينا أنا قائم إذا زمرة، حتى إذا عرفتهم، خرج رجل من بيني وبينهم، فقال: "هلم"، فقلت: "أين؟" قال: "إلى النار والله"، قلت: "وما شأنهم؟" قال: "إنهم ارتدوا بعدك على أدبارهم القهقرى". ثم إذا زمرة، حتى إذا عرفتهم خرج رجل من بيني وبينهم، فقال: "هلم"، قلت: "أين؟" قال: "إلى النار والله"، قلت: "ما شأنهم؟" قال: "إنهم ارتدوا بعدك على أدبارهم القهقرى." فلا أراه يخلص منهم إلا مثل همل النعم" (al-Bukhârî, 6215).
En fait, parmi ceux qui seront empêchés d'arriver au Bassin :
--- ceux qui seront de la 1ère ou la 2nde catégories, eux seront envoyés au Feu perpétuel ;
--- quant à ceux qui seront de la 3ème ou la 4ème catégorie, inshâ Allâh Dieu acceptera l'intercession du Prophète en leur faveur, et ils ne seront pas envoyés au Feu : ce sont eux le petit nombre dont ce dernier hadîth a dit qu'ils réchapperont au Feu : "مثل همل النعم": بفتح الهاء والميم، وهو ما يترك مهملا لا يتعهد ولا يرعى حتى يضيع ويهلك. أي: لا يخلص منهم من النار إلا قليل. وهذا يشعر بأنهم صنفان: كفار وعصاة" ('Umdat ul-qârî).

Le Prophète (sur lui soit la paix) a dit : "Mon intercession sera en faveur de ceux de ma Umma qui auront commis des Kabâ'ïr""عن أنس بن مالك، عن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "شفاعتي لأهل الكبائر من أمتي" (Abû Dâoûd, 4739, at-Tirmidhî, 2435). "شفاعتي في العفو عن الكبائر من أمتي خاصة دون غيرهم من الأمم" (Mirqât ul-mafâtîh). "عن جعفر بن محمد، عن أبيه، عن جابر بن عبد الله، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "شفاعتي لأهل الكبائر من أمتي". قال محمد بن علي: فقال لي جابر: "يا محمد من لم يكن من أهل الكبائر فما له وللشفاعة" (at-Tirmidhî, 2436).

Le hadîth suivant parle de l'intercession du Prophète (sur lui soit la paix) en faveur de tous ceux qui seront morts avec Asl ul-îmân et feront partie de sa Umma à lui (et pas de celle de Moïse, ou de Jésus, par exemple : eux intercéderont pour les gens de leur Umma à eux) : il intercédera pour leur Pardon et leur admission immédiate au Paradis. Or des Compagnons présents à ce moment-là lui ont dit : "Nous te demandons, au nom de Dieu et (du fait que nous avons bénéficié de) ta compagnie, que tu nous places parmi les gens (qui bénéficieront) de ton intercession" : "عن عوف بن مالك الأشجعي قال: عرس بنا رسول الله صلى الله عليه وسلم ذات ليلة، فافترش كل رجل منا ذراع راحلته، قال: فانتهيت إلى بعض الإبل، فإذا ناقة رسول الله صلى الله عليه وسلم ليس قدامها أحد قال: فانطلقت أطلب رسول الله صلى الله عليه وسلم، فإذا معاذ بن جبل وعبد الله بن قيس قائمان، قلت: أين رسول الله؟ قالا: ما ندري غير أنا سمعنا صوتا بأعلى الوادي، فإذا مثل هزيز الرحل قال: امكثوا يسيرا، ثم جاءنا رسول الله صلى الله عليه وسلم فقال: "إنه أتاني الليلة آت من ربي، فخيرني بين أن يدخل نصف أمتي الجنة، وبين الشفاعة، فاخترت الشفاعة"، فقلنا: "ننشدك الله والصحبة لما جعلتنا من أهل شفاعتك"، قال: "فإنكم من أهل شفاعتي". قال: فأقبلنا معانيق إلى الناس، فإذا هم قد فزعوا، وفقدوا نبيهم، وقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "إنه أتاني الليلة من ربي آت، فخيرني بين أن يدخل نصف أمتي الجنة وبين الشفاعة، وإني اخترت الشفاعة". قالوا: يا رسول الله، "ننشدك الله والصحبة لما جعلتنا من أهل شفاعتك." قال: فلما أضبوا عليه قال: "فأنا أشهدكم أن شفاعتي لمن لا يشرك بالله شيئا من أمتي" (Ahmad, 24002) (voir aussi Ahmad, 22025).

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VII) Quant au fait que Omar ibn ul-Khattâb et d'autres Compagnons craignaient être dans le Nifâq :

Ibn Abî Mulayka dit avoir rencontré 30 Compagnons : tous craignaient d'être, ou de tomber, dans le nifâq (al-Bukhârî ta'lîqan : Kitâb ul-îmân, bâb 36).

Omar ibn ul-Khattâb demanda à Hudhayfa (et à Ummu Salama aussi, cf. infra) s'il faisait partie des Munâfiqûn : "عن أبي وائل، عن حذيفة رضي الله عنه قال: "دعي عمر لجنازة، فخرج فيها أو يريدها، فتعلقتُ به فقلتُ: "اجلس يا أمير المؤمنين، فإنه من أولئك". فقال: "نشدتك الله أنا منهم؟" قال: "لا، ولا أبرئ أحدا بعدك" (al-Bazzâr, 2885).

Pourtant, dans tant d'autres hadîths, concernant Omar par exemple, la bonne nouvelle de son Dîn, de son palais au Paradis, ne lui avait-elle pas été donnée par le Prophète (sur lui soit la paix)...

Certes, mais sa crainte du Nifâq est dû à sa Khash'ya.

Ce qu'il craignait, c'était d'être maintenant dans le Nifâq 'Amalî (FB 1/122).
Or, celui-ci, répété, peut conduire au
Nifâq ul-Kufr (FB 1/149).

Un passage du Coran dit de gens qu'ils apportent ce qu'ils apportent alors que leur cœur est craintif par rapport au jour où ils seront présentés devant Dieu : "وَالَّذِينَ يُؤْتُونَ مَا آتَوا وَّقُلُوبُهُمْ وَجِلَةٌ أَنَّهُمْ إِلَى رَبِّهِمْ رَاجِعُونَ" (Coran 23/57-61). Aïcha (que Dieu l'agrée) ayant demandé s'il s'agit de ceux qui boivent de l'alcool et volent, le Prophète (sur lui soit la paix) lui répondit que non, il s'agit au contraire de ceux qui jeûnent, prient et font l'aumône, mais il demeure en eux une crainte que cela ne soit pas accepté d'eux : "عن عبد الرحمن بن سعيد بن وهب الهمداني أن عائشة زوج النبي صلى الله عليه وسلم قالت: سألت رسول الله صلى الله عليه وسلم عن هذه الآية: {والذين يؤتون ما آتوا وقلوبهم وجلة}؛ قالت عائشة: "أهم الذين يشربون الخمر ويسرقون؟" قال: "لا يا بنت الصديق، ولكنهم الذين يصومون ويصلون ويتصدقون وهم يخافون أن لا تقبل منهم. {أولئك يسارعون في الخيرات وهم لها سابقون}" (at-Tirmidhî, 3175).

"وأصل هذا يرجع إلى ما سبق ذكره أن النفاق أصغر وأكبر؛ فالنفاق الأصغر هو نفاق العمل، وهو الذي خافه هؤلاء على أنفسهم؛ وهو باب النفاق الأكبر، فيخشى على من غلب عليه خصال النفاق الأصغر في حياته أن يخرجه ذلك إلى النفاق الأكبر حتى ينسلخ من الإيمان بالكلية" (Fat'h ul-bârî de Ibn Rajab).
"وقال الأوزاعي: "قد خاف عمر النفاق على نفسه." قيل له: "إنهم يقولون: إن عمر لم يخف أن يكون يومئذ منافقا حتى سأل حذيفة، ولكن خاف أن يبتلى بذلك قبل أن يموت." قال: "هذا قول أهل البدع!" يشير إلى أن عمر كان يخاف النفاق على نفسه في الحال. والظاهر أنه أراد أن عمر كان يخاف على نفسه في الحال من النفاق الأصغر؛ والنفاق الأصغر وسيلة إلى النفاق الأكبر، كما أن المعاصي بريد الكفر، وكما يخشى على من أصر على المعصية أن يسلب الإيمان عند الموت؛ كذلك يخشى على من أصر على خصال النفاق أن يسلب الإيمان فيصير منافقا خالصا" (Jâmi' ul-'ulûm wa-l-hikam, hadîth n° 48).

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VIII) Retenir sa langue au sujet de chaque Compagnon :

Certaines personnes, exprimant un désaccord par rapport à tel avis que tel Compagnon a eu ou tel acte que tel Compagnon a fait, le font d'une façon qui témoigne d'un manque de respect à leur mémoire. C'est une grave erreur, car nous devons amour et respect à tous ceux qui ont vu le Prophète avant sa mort en étant musulmans et qui sont morts musulmans. C'est bien dans ce sens que Ibn Taymiyya relate ce propos : "Ceux qui ont dénigré ("ta'anû") les Compagnons du Messager de Dieu ne l'ont fait qu'avec l'objectif que certains puissent dire : "L'homme était mauvais, c'est pourquoi il a eu des Compagnons mauvais. Si l'homme avait été bon, ses Compagnons l'auraient été aussi"" (MF 4/429).

Le Prophète lui-même a dit : "Ne dites pas du mal de mes Compagnons ! Car si l'un d'entre vous dépensait de l'or en quantité égale au mont Uhud, il n'atteindrait pas la mesure ni la demi-mesure de l'un d'entre eux" : "عن أبي سعيد الخدري رضي الله عنه، قال: قال النبي صلى الله عليه وسلم: "لا تسبوا أصحابي. فلو أن أحدكم أنفق مثل أحد، ذهبا ما بلغ مد أحدهم، ولا نصيفه" (al-Bukhârî, 3470, Muslim, 2540).

Une question se pose ici : c'est alors que Khâlid ibn al-Walîd avait eu des mots avec Abd ur-Rahmân ibn Awf – qui fait partie de "as-sâbiqûn al-awwalûn" – que le Prophète avait dit cette parole : "عن أبي سعيد، قال: كان بين خالد بن الوليد، وبين عبد الرحمن بن عوف شيء، فسبه خالد، فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "لا تسبوا أحدا من أصحابي، فإن أحدكم لو أنفق مثل أحد ذهبا، ما أدرك مد أحدهم، ولا نصيفه" (Muslim, 2541). Le Prophète dit donc à Khâlid de ne pas insulter ses Compagnons ; est-ce que Khâlid ne ferait donc pas partie des Compagnons au bénéfice desquels ce hadîth a été prononcé, car n'ayant embrassé l'islam qu'après al-Hudaybiya ?

La réponse est qu'en fait, si le Prophète a ici employé le terme "mes Compagnons" en s'adressant à Khâlid, ce n'est pas parce que Khâlid ne serait pas un Compagnon. Etre Compagnon du Prophète est un terme qui s'applique à toute personne qui a vu le Prophète en ayant la foi musulmane et qui est morte avec cette foi, qu'elle soit restée dans la compagnie (as-suhba) du Prophète de nombreuses années ou peu de temps, ou qu'elle l'ait vu une fois. Cependant, ceux qui sont restés en sa compagnie de nombreuses années ont acquis une quantité plus grande de cette "compagnie", ce qui fait que le terme "Compagnon" s'applique avec davantage de force à eux (ce terme est un kullî mushakkik). Nous l'avions vu plus haut, en I.

Lorsque le Hadîth "Ne dites pas du mal de mes Compagnons" demande que les personnages qui sont Compagnons dans une mesure moins importante que d'autres, ceux-là ne disent pas du mal de ces autres, comment ne pas comprendre qu'il s'adresse à plus forte raison à ceux qui, comme nous, ne sont pas du tout Compagnons ?

Sa'ïd ibn Zayd était auprès d'un de ses amis dans la mosquée de Kufa quand un orateur - mis en place par al-Mughîra ibn Shub'a - se mit à dire du mal de quelqu'un. "De qui cet homme parle-t-il ainsi en mal ? questionna Sa'ïd. De Alî, répondit son ami. – Comment se fait-il que j'entende qu'on dit du mal de Compagnons du Prophète auprès de toi et que tu ne dises rien ? J'ai entendu le Prophète dire – et je n'en suis pas à lui attribuer ce qu'il n'a pas dit pour qu'il me demande des explications à ce sujet demain quand je le rencontrerai – : "Abû Bakr (sera) dans le paradis, Omar (sera) dans le paradis, Uthmân (sera) dans le paradis, Alî (sera) dans le paradis, Tal'ha (sera) dans le paradis, az-Zubayr ibn al-'Awwâm (sera) dans le paradis, Sa'd ibn Mâlik (sera) dans le paradis, Abd ur-Rahmân ibn Awf (sera) dans le paradis et Sa'ïd (sera) dans le paradis". La présence de l'un d'entre eux avec le Prophète (sur lui la paix) de sorte que son visage se soit couvert de poussière a plus de valeur [auprès de Dieu] que les bonnes actions que l'un d'entre vous ferait toute sa vie même s'il vivait aussi longtemps que Noé" : "عن هلال بن يساف، عن عبد الله بن ظالم المازني - ذكر سفيان رجلا فيما بينه وبين عبد الله بن ظالم المازني - قال: سمعت سعيد بن زيد بن عمرو بن نفيل قال: لما قدم فلان إلى الكوفة، أقام فلان خطيبا؛ فأخذ بيدي سعيد بن زيد فقال: "ألا ترى إلى هذا الظالم! فأشهد على التسعة أنهم في الجنة، ولو شهدت على العاشر لم إيثم، - قال ابن إدريس: والعرب تقول آثم -. قلت: ومن التسعة؟ قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم وهو على حراء: "اثبت حراء إنه ليس عليك إلا نبي، أو صديق، أو شهيد". قلت: ومن التسعة؟ قال: "رسول الله صلى الله عليه وسلم، وأبو بكر، وعمر، وعثمان، وعلي، وطلحة، والزبير، وسعد بن أبي وقاص، وعبد الرحمن بن عوف". قلت: ومن العاشر؟ فتلكأ هنية ثم قال: "أنا". قال أبو داود: رواه الأشجعي عن سفيان، عن منصور، عن هلال بن يساف، عن ابن حيان، عن عبد الله بن ظالم بإسناده نحوه" (Abû Dâoûd, 4648). Quant à cette version : "عن هلال بن يساف، عن عبد الله بن ظالم قال: خطب المغيرة بن شعبة فسب عليا، فقال سعيد بن زيد: "أشهد على رسول الله صلى الله عليه وسلم لسمعته يقول: "اثبت حراء، فإنه ليس عليك إلا نبي، أو صديق، أو شهيد"، وعليه رسول الله صلى الله عليه وسلم وأبو بكر وعمر وعثمان وعلي وطلحة والزبير وسعد وعبد الرحمن بن عوف وسعيد بن زيد". هلال بن يساف لم يسمعه من عبد الله بن ظالم" (An-Nassâ'ï dans Al-Kub'râ, 8648), l'attribution de la khutba et du sabb directement à al-Mughîra relève peut-être du majâz 'aqlî, vu que dans la version précédente et dans la suivante, on lit qu'il a ordonné à un / des orateur(s) de faire sabb ; c'est dans la version suivante que le terme "la'n" figure : "عن هلال، عن عبد الله بن ظالم - وذكر سفيان رجلا فيما بينه وبين عبد الله بن ظالم - قال: سمعت سعيد بن زيد قال: لما قدم معاوية الكوفة، أقام مغيرة بن شعبة خطباء يتناولون عليا. فأخذ بيدي سعيد بن زيد فقال: "ألا ترى هذا الظالم الذي يأمر بلعن رجل من أهل الجنة! فأشهد على التسعة أنهم في الجنة. ولو شهدت، على العاشر". قلت: "من التسعة؟" قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم وهو على حراء: "اثبت إنه ليس عليك إلا نبي، أو صديق، أو شهيد". قال: ومن التسعة؟ قال: رسول الله صلى الله عليه وسلم وأبو بكر وعمر وعثمان وعلي وطلحة والزبير وسعد وعبد الرحمن". قلت: من العاشر؟ قال: "أنا" (an-Nassâ'ï dans Al-Kub'râ, 8151).

Ce qui suit constitue peut-être un autre événement, s'étant déroulé dans la même ville toujours avec Sa'îd ibn Zayd, mais en une autre occasion : "عن عبد الرحمن بن الأخنس، أنه كان في المسجد، فذكر رجل عليا عليه السلام، فقام سعيد بن زيد فقال: "أشهد على رسول الله صلى الله عليه وسلم أني سمعته وهو يقول: "عشرة في الجنة النبي في الجنة، وأبو بكر في الجنة، وعمر في الجنة، وعثمان في الجنة، وعلي في الجنة، وطلحة في الجنة، والزبير بن العوام في الجنة، وسعد بن مالك في الجنة، وعبد الرحمن بن عوف في الجنة، ولو شئت لسميت العاشر". قال: فقالوا: من هو؟ فسكت. قال: فقالوا: من هو؟ فقال: هو سعيد بن زيد" (Abû Dâoûd, 4649). "عن رياح بن الحارث، قال: كنت قاعدا عند فلان في مسجد الكوفة وعنده أهل الكوفة، فجاء سعيد بن زيد بن عمرو بن نفيل، فرحب به وحياه وأقعده عند رجله على السرير. فجاء رجل من أهل الكوفة يقال له قيس بن علقمة فاستقبله فسب وسب، فقال سعيد: "من يسب هذا الرجل؟" قال: "يسب عليا". قال: "ألا أرى أصحاب رسول الله صلى الله عليه وسلم يسبون عندك ثم لا تنكر ولا تغير! أنا سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول - وإني لغني أن أقول عليه ما لم يقل فيسألني عنه غدا إذا لقيته -: "أبو بكر في الجنة، وعمر في الجنة" وساق معناه. ثم قال: "لمشهد رجل منهم مع رسول الله صلى الله عليه وسلم يغبر فيه وجهه خير من عمل أحدكم عمره، ولو عمر عمر نوح" (Abû Dâoûd, 4650).

"عن عبد الله بن مغفل، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "الله الله في أصحابي، لا تتخذوهم غرضا بعدي. فمن أحبهم فبحبي أحبهم، ومن أبغضهم فببغضي أبغضهم. ومن آذاهم فقد آذاني، ومن آذاني فقد آذى الله، ومن آذى الله فيوشك أن يأخذه" (at-Tirmidhî, 3862, dha'îf d'après al-Albânî).

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Une autre question se pose ici :
D'autres hadîths disent de ne pas faire le Sabb de tout musulman, ni des défunts en général. Quelle spécificité y a-t-il donc, par rapport à cela, des Compagnons particulièrement ?
D'ailleurs, d'autres hadîths encore disent de ne pas faire le Sabb de l'époque ; du vent ; du coq qui chante le matin et réveille tout le monde...

La réponse est que le Sabb est de plusieurs intensités  :
--- l'époque, il ne faut pas l'insulter en disant : "يا خبية الدهر" / "Chienne de vie" ;
--- le vent, il ne faut pas l'insulter en disant qu'il a été la cause de tel problème ;
--- le coq il ne faut pas l'insulter parce que son chant nous réveille ;
--- au sujet de tout musulman, il ne faut pas dire du mal sans raison ;
--- quand ce musulman décède, il faut se préserver encore plus de dire du mal de lui, même si on sait un petit quelque chose qui aurait autorisé de dire du mal de lui quand il était vivant ;
--- quand il s'agit d'un Compagnon, alors on doit préserver sa langue plus encore : "أي لا تعيبوهم ولا تتنقصوهم ولا تذموهم بأن تقولوا عن واحد منهم - مثلا -: "كان بخيلًا"، وعن الآخر: "كان جبانًا".

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IX) Dieu Lui-même a fait les éloges des Compagnons du Prophète :

"لَقَدْ رَضِيَ اللَّهُ عَنِ الْمُؤْمِنِينَ إِذْ يُبَايِعُونَكَ تَحْتَ الشَّجَرَةِ فَعَلِمَ مَا فِي قُلُوبِهِمْ" : "Dieu a été satisfait des croyants quand ils t'ont prêté serment sous l'arbre ; Il a alors su ce qu'il y avait en leur coeur" : (Coran 48/18).

"لَا يَسْتَوِي مِنكُم مَّنْ أَنفَقَ مِن قَبْلِ الْفَتْحِ وَقَاتَلَ أُوْلَئِكَ أَعْظَمُ دَرَجَةً مِّنَ الَّذِينَ أَنفَقُوا مِن بَعْدُ وَقَاتَلُوا وَكُلًّا وَعَدَ اللَّهُ الْحُسْنَى وَاللَّهُ بِمَا تَعْمَلُونَ خَبِيرٌ" : "Ne sont pas semblables parmi vous ceux qui ont dépensé et combattu avant al-Fat'h [la trêve de al-Hudaybiyya]. Ceux-là ont un grade plus élevé que ceux qui ont dépensé et combattu après. Et à chacun Dieu a promis la plus belle récompense" (Coran 57/10).

"وَالسَّابِقُونَ الأَوَّلُونَ مِنَ الْمُهَاجِرِينَ وَالأَنصَارِ وَالَّذِينَ اتَّبَعُوهُم بِإِحْسَانٍ رَّضِيَ اللّهُ عَنْهُمْ وَرَضُواْ عَنْهُ وَأَعَدَّ لَهُمْ جَنَّاتٍ تَجْرِي تَحْتَهَا الأَنْهَارُ خَالِدِينَ فِيهَا أَبَدًا ذَلِكَ الْفَوْزُ الْعَظِيمُ" : "Les devanciers premiers parmi les Emigrés et les Auxiliaires, ainsi que ceux qui les ont suivis avec perfection dans l'agir : Dieu est satisfait d'eux et ils sont satisfaits par rapport à Lui ; et Il a préparé pour eux des Jardins au pied desquels coulent les rivières, eux étant perpétuellement dans ces (jardins). Cela est la réussite énorme" (Coran 9/100).

"وَإِن يُرِيدُواْ أَن يَخْدَعُوكَ فَإِنَّ حَسْبَكَ اللّهُ هُوَ الَّذِيَ أَيَّدَكَ بِنَصْرِهِ وَبِالْمُؤْمِنِينَ وَأَلَّفَ بَيْنَ قُلُوبِهِمْ لَوْ أَنفَقْتَ مَا فِي الأَرْضِ جَمِيعاً مَّا أَلَّفَتْ بَيْنَ قُلُوبِهِمْ وَلَكِنَّ اللّهَ أَلَّفَ بَيْنَهُمْ إِنَّهُ عَزِيزٌ حَكِيمٌ يَا أَيُّهَا النَّبِيُّ حَسْبُكَ اللّهُ وَمَنِ اتَّبَعَكَ مِنَ الْمُؤْمِنِينَ" : "(...) alors Dieu te suffit. Il est Celui qui t'a aidé par Son Aide et par les croyants, et a assemblé les coeurs de ceux-ci. (...)" (Coran 8/62-64).

"مُّحَمَّدٌ رَّسُولُ اللَّهِ وَالَّذِينَ مَعَهُ أَشِدَّاء عَلَى الْكُفَّارِ رُحَمَاء بَيْنَهُمْ تَرَاهُمْ رُكَّعًا سُجَّدًا يَبْتَغُونَ فَضْلًا مِّنَ اللَّهِ وَرِضْوَانًا سِيمَاهُمْ فِي وُجُوهِهِم مِّنْ أَثَرِ السُّجُودِ ذَلِكَ مَثَلُهُمْ فِي التَّوْرَاةِ وَمَثَلُهُمْ فِي الْإِنجِيلِ كَزَرْعٍ أَخْرَجَ شَطْأَهُ فَآزَرَهُ فَاسْتَغْلَظَ فَاسْتَوَى عَلَى سُوقِهِ يُعْجِبُ الزُّرَّاعَ لِيَغِيظَ بِهِمُ الْكُفَّارَ وَعَدَ اللَّهُ الَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ مِنْهُم مَّغْفِرَةً وَأَجْرًا عَظِيمًا" : "Muhammad est le Messager de Dieu. Et ceux qui sont avec lui sont forts par rapport aux incroyants, miséricordieux entre eux. Tu les verras inclinés, prosternés, cherchant une grâce et une satisfaction de la part de leur Seigneur. Leur signe est sur leur visage, venant de l'effet de la prosternation ; voilà leur description dans la Thora. Et leur description dans l'Evangile est celle d'un plant qui a fait sortir sa pousse puis l'a renforcée ; celle-ci s'épaissit alors puis se dresse sur sa tige, à l'émerveillement des semeurs ; [Dieu a fait ainsi] afin, par eux, de mécontenter les incroyants. Dieu a promis à ceux d'entre eux qui croient et font les bonnes actions : un pardon et une récompense énorme" (Coran 48/29).

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X) Aimer les Compagnons du Prophète :

Le Prophète (sur lui la paix), en réponse à la question d'une personne, lui avait dit : "Tu seras [le jour du jugement, ou dans le paradis] avec ceux que tu auras aimés (sur terre)". Anas ibn Mâlik, qui rapporte ce Hadîth, se souvient : "Rien ne nous a rendu aussi joyeux que cette parole du Prophète : "Tu seras avec qui tu auras aimé"." Anas disait : "J'aime le Prophète, Abû Bakr et Omar. J'espère donc que je serais en leur compagnie parce que je les aime, même si je n'ai pas fait des actions comparables aux leurs" (al-Bukhârî, 3485, Muslim, 2639).

Nous n'avons pas fait des actions aussi vertueuses et aussi sincères que les Compagnons. Mais nous les aimons tous. Et nous les aimons parce qu'ils sont les disciples du Prophète et les fruits de l'arbre qu'il a planté. Nous espérons donc de Dieu qu'Il nous accordera leur compagnie dans le Jardin.

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XI) Ce que at-Tahâwî a écrit au sujet des Compagnons du Prophète (que Dieu le rapproche de Lui, et qu'Il les agrée) :

نحب أصحاب رسول الله ﷺ، ولا نفرط في حب أحد منهم، ولا نتبرأ من أحد منهم.

ونبغض من يبغضهم وبغير الخير يذكرهم.

ولا نذكرهم إلا بخير.

وحبهم دين وإيمان وإحسان، وبغضهم كفر ونفاق وطغيان.

ونثبت الخلافة بعد رسول الله ﷺ أولا لأبي بكر الصديق رضي الله عنه تفضيلا له وتقديما على جميع الأمة، ثم لعمر بن الخطاب رضي الله عنه، ثم لعثمان رضي الله عنه، ثم لعلي بن أبي طالب رضي الله عنه، وهم الخلفاء الراشدون والأئمة المهتدون.

إن العشرة الذين سماهم رسول الله ﷺ وبشرهم بالجنة، نشهد لهم بالجنة، على ما شهد لهم رسول الله ﷺ - وقوله الحق -؛ وهم: أبو بكر، وعمر، وعثمان، وعلي، وطلحة، والزبير، وسعد، وسعيد، وعبد الرحمن بن عوف، وأبو عبيدة بن الجراح - وهو أمين هذه الأمة رضي الله عنهم أجمعين.

ومن أحسن القول في أصحاب رسول الله ﷺ وأزواجه الطاهرات من كل دنس وذرياته المقدسين من كل رجس، فقد برئ من النفاق" (Al-'Aqîda at-Tahâwiyya).

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Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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Signification des sigles :

FB : Fat'h ul-bârî, Ibn Hajar
FMAN : Al-Fissal fi-l-milal wa-l-ahwâ' wa-n-nihal, Ibn Hazm
HB : Hujjat ullâh il-bâligha, Shâh Waliyyullâh
MF : Majmû' ul-fatâwâ, Ibn Taymiyya
MS : Minhâj us-sunna an-nabawiyya, Ibn Taymiyya.

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