Le témoignage (الشهادة), c'est une affirmation (Ahmad), ou bien une affirmation renforcée (Abû Hanîfa, ash-Shafi'î)

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Introduction) Il existe 3 façons de délivrer une information de type Khabaru Wâhidin :

De prime abord il faut ici noter que certains cas de pensée que l'on a au sujet de quelqu'un, sont tels que laisser cette pensée en son for intérieur est autorisé (jâ'ïz), mais la délivrer à autrui en tant que vérité ne l'est pas.
On voit donc que donner une information est plus accentué que laisser une pensée en son for intérieur.

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Ensuite, pour ce qui est de l'information que l'on donne, il existe :
--- l'information simple (i) ;
--- le témoignage ("Je témoigne que...") (ii) ;
--- l'information augmentée d'un serment ("Par Dieu...") (iii).
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C'est chez les hanafites, les shafi'ites, que l'information étayée par le terme "je témoigne que..." (ii) est distincte, et plus accentuée, que l'affirmation simple (i).

(D'après Ahmad ibn Hanbal, par contre - c'est ce que Ibn ul-Qayyim relate de lui -, toute affirmation constitue un témoignage.)

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Faire serment (Qassam) au sujet de quelque chose :

Cela a été développé dans un autre article.

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Concernant maintenant le témoignage (Shahâda) :

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Etymologie du terme "sha-hi-da" ("témoigner") : 

Le verbe arabe Sha-hi-da - Yash-ha-Du signifie, en son sens premier : "être présent et voir" :
"الشهود والشهادة: الحضور مع المشاهدة، إما بالبصر أو بالبصيرة. وقد يقال للحضور مفردا (...). لكن "الشهود": بالحضور المجرد أولى. و"الشهادة": [بالحضور] مع المشاهدة أولى" (Muf'radât ur-Râghib).

De là dérive ensuite le sens (du même verbe Sha-hi-da - Yash-ha-Du) qui a pour sens : délivrer un témoignage : c'est affirmer quelque chose avec emphase, certifiant qu'on l'a vu : "والشهادة: قول صادر عن علم حصل بمشاهدة بصيرة أو بصر" (Ibid.).

Le premier sens s'exprime davantage par le nom d'action "Shu-hû-d".
Tandis que le second s'exprime davantage par le nom d'action "Sha-hâ-da".

Ne peut porter témoignage (sens second) de quelque chose, que celui qui en a été témoin (sens premier) (sauf cas exceptionnel). Nous y reviendrons plus bas.

Ce qui correspond au sens premier est donc soit la condition (shart) (on ne peut porter témoignage que de ce à quoi on a assisté), soit la cause (sabab) (le fait d'y avoir assister entraîne qu'on en témoigne lorsque besoin est), de ce qui correspond au sens dérivé. فالواقع الذي يطابق المعنى المتفرِّع مشروط بالواقع الذي يطابق المعنى المتفرَّع عنه، أو مسبَّب له.

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Le sens premier de "témoin", "shâhid" : "celui qui est présent et assiste" :

--- "Etiez-vous témoins (shuhûd) lorsque la mort se présenta à Jacob, lorsqu'il dit à ses fils : "Qu'adorerez-vous après moi ?" ?" : "أَمْ كُنتُمْ شُهَدَاء إِذْ حَضَرَ يَعْقُوبَ الْمَوْتُ إِذْ قَالَ لِبَنِيهِ مَا تَعْبُدُونَ مِن بَعْدِي" (Coran 2/133).

--- "(...) Etiez-vous présents (shuhûd) lorsque Dieu aurait recommandé cela ? (...)" : "قُلْ آلذَّكَرَيْنِ حَرَّمَ أَمِ الأُنثَيَيْنِ أَمَّا اشْتَمَلَتْ عَلَيْهِ أَرْحَامُ الأُنثَيَيْنِ أَمْ كُنتُمْ شُهَدَاء إِذْ وَصَّاكُمُ اللّهُ بِهَذَا فَمَنْ أَظْلَمُ مِمَّنِ افْتَرَى عَلَى اللّهِ كَذِبًا لِيُضِلَّ النَّاسَ بِغَيْرِ عِلْمٍ" (Coran 6/144).

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Le sens second qu'a le verbe "témoigner" : "apporter témoignage devant autrui de ce qu'on a vu" :

Dans le Coran, ce second sens est présent sous la forme de son nom d'action ("shahâda"), et, possiblement, sous sa forme verbale ("shahida").

--- "وَأَشْهِدُوا ذَوَيْ عَدْلٍ مِّنكُمْ وَأَقِيمُوا الشَّهَادَةَ لِلَّهِ" (Coran 65/2).

--- C'est aussi le cas, mais seulement d'après l'un des commentaires, dans la parole que Ruben demanda à ses 9 frères de dire devant leur père Jacob : "ارْجِعُواْ إِلَى أَبِيكُمْ فَقُولُواْ يَا أَبَانَا إِنَّ ابْنَكَ سَرَقَ وَمَا شَهِدْنَا إِلاَّ بِمَا عَلِمْنَا وَمَا كُنَّا لِلْغَيْبِ حَافِظِينَ" : "Retournez auprès de votre père, et dites-lui : "Ô notre père, ton fils a volé. Et nous n'avons témoigné que de ce que nous avons su ; et nous n'avons pas été garants de ce qui est absent de nous"" (Coran 12/81) : selon un commentaire : "Nous n'avons jamais témoigné devant toi, durant toute notre vie, que de ce dont nous avons eu connaissance pour l'avoir vu. Quant à ce que nous venons de te dire ("Ton fils a volé"), ce n'est pas un témoignage de notre part : c'est la relation de ce que les gens de là-bas ont dit. Mais qu'est-ce qui s'est réellement passé de façon cachée par rapport à nous ("Est-ce que Benjamin a vraiment volé cette coupe, ou bien est-ce qu'elle a été introduite dans ses affaires"), de cela nous n'avons pas connaissance" ("وقيل: معناه: {وما شهدنا إلا بما علمنا} أي: ما كانت منا شهادة في عمرنا على شيء إلا بما علمنا؛ وليست هذه شهادة منا، إنما هو خبر عن صنيع ابنك بزعمهم" : Tafsîr ul-Baghawî).

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Le verbe / terme en son sens premier, suivi du nom d'action / verbe en son sens second :

--- "Et ils ont fait des anges - qui sont des serviteurs du Miséricordieux - des êtres féminins. Ont-ils assisté à leur création ? Leur témoignage sera écrit, et ils seront questionnés (au sujet de cette affirmation de leur part" : "وَجَعَلُوا الْمَلَائِكَةَ الَّذِينَ هُمْ عِبَادُ الرَّحْمَنِ إِنَاثًا أَشَهِدُوا خَلْقَهُمْ سَتُكْتَبُ شَهَادَتُهُمْ وَيُسْأَلُونَ" (Coran 43/19).

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D'autres verbes, dérivés du verbe "sha-hi-da" :

--- Ish'hâd signifie :
----- inviter quelqu'un à venir assister et constater de visu ; l'amener à bien constater, en vue d'un éventuel futur témoignage contre toute personne qui le renierait : "وَأَشْهِدُوْاْ إِذَا تَبَايَعْتُمْ" (Coran 2/282) : cela est dérivé du sens premier. "وَأَشْهَدَهُمْ عَلَى أَنفُسِهِمْ أَلَسْتَ بِرَبِّكُمْ قَالُواْ بَلَى شَهِدْنَا" (Coran 7/172).

--- Istish'hâd signifie :
----- inviter quelqu'un à venir assister et à bien constater de visu : "وَاسْتَشْهِدُواْ شَهِيدَيْنِ من رِّجَالِكُمْ فَإِن لَّمْ يَكُونَا رَجُلَيْنِ فَرَجُلٌ وَامْرَأَتَانِ مِمَّن تَرْضَوْنَ مِنَ الشُّهَدَاء أَن تَضِلَّ إْحْدَاهُمَا فَتُذَكِّرَ إِحْدَاهُمَا الأُخْرَى وَلاَ يَأْبَ الشُّهَدَاء إِذَا مَا دُعُواْ" (Coran 2/282) : il a alors le même sens que "ish'hâd", et est dérivé lui aussi du sens premier ;
----- inviter à venir témoigner : "عن عمران بن حصين رضي الله عنهما، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "خير أمتي قرني، ثم الذين يلونهم، ثم الذين يلونهم، - قال عمران فلا أدري: أذكر بعد قرنه قرنين أو ثلاثا -. ثم إن بعدكم قوما يشهدون ولا يستشهدون، ويخونون ولا يؤتمنون، وينذرون ولا يفون، ويظهر فيهم السمن" (al-Bukhârî, 3450, Muslim, 2535) ; "عن عمران بن حصين قال: سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول: "خير الناس قرني، ثم الذين يلونهم، ثم الذين يلونهم، ثم يأتي من بعدهم قوم يتسمنون ويحبون السمن يعطون الشهادة قبل أن يسألوها" (at-Tirmidhî, 2221) ; cela est alors dérivé du sens second.

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On ne peut témoigner (sens second) que de ce à quoi on a assisté et qu'on a vu (sens premier) : "ولا يجوز للشاهد أن يشهد بشيء لم يعاينه" :

Sauf, d'après l'école hanafite, exceptionnellement en ce qui concerne certaines choses : on peut en témoigner comme étant un fait, sur la base du seul aspect très connu du propos - tawâtur - ; ou on peut en témoigner comme étant un fait, alors qu'on n'en a reçu qu'information de la part de deux tierces personnes. Toutefois, ce témoignage sera accepté si on en témoigne sans aucune précision. Car, dès lors qu'on précise la source de notre témoignage - "On n'a pas vu cela, on a seulement entendu les gens exposer cela" -, le juge n'acceptera pas cela comme témoignage.

Al-Marghînânî a relaté tout cela ainsi :

"قال: "ولا يجوز للشاهد أن يشهد بشيء لم يعاينه، إلا النسب والموت والنكاح والدخول وولاية القاضي: فإنه يسعه أن يشهد بهذه الأشياء إذا أخبره بها من يثق به". وهذا استحسان. والقياس أن لا تجوز، لأن الشهادة مشتقة من المشاهدة، وذلك بالمعاينة، ولم يحصل؛ فصار كالبيع. وجه الاستحسان أن هذه أمور تختص بمعاينة أسبابها خواص من الناس، ويتعلق بها أحكام تبقى على انقضاء القرون؛ فلو لم تقبل فيها الشهادة بالتسامع، أدى إلى الحرج وتعطيل الأحكام؛ بخلاف البيع لأنه يسمعه كل أحد. وإنما يجوز للشاهد أن يشهد بالاشتهار؛ وذلك بالتواتر أو بإخبار من يثق به - كما قال في الكتاب -، ويشترط أن يخبره رجلان عدلان أو رجل وامرأتان، ليحصل له نوع علم. وقيل في الموت: يكتفي بإخبار واحد أو واحدة لأنه قلما يشاهد غير الواحد إذ الإنسان يهابه ويكرهه فيكون في اشتراط العدد بعض الحرج؛ ولا كذلك النسب والنكاح. وينبغي أن يطلق أداء الشهادة؛ أما إذا فسر للقاضي أنه يشهد بالتسامع، لم تقبل شهادته؛ كما أن معاينة اليد في الأملاك تطلق الشهادة، ثم إذا فسر لا تقبل؛ كذا هذا. ولو رأى إنسانا جلس مجلس القضاء يدخل عليه الخصوم، حل له أن يشهد على كونه قاضيا. وكذا إذا رأى رجلا وامرأة يسكنان بيتا وينبسط كل واحد منهما إلى الآخر انبساط الأزواج؛ كما إذا رأى عينا في يد غيره. ومن شهد أنه شهد دفن فلان أو صلى على جنازته، فهو معاينة، حتى لو فسر للقاضي قبِله. ثم قصر الاستثناء في الكتاب على هذه الأشياء الخمسة ينفي اعتبار التسامع في الولاء والوقف؛ وعن أبي يوسف رحمه الله آخرا" (Al-Hidâya 2/143).

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Al-Qurtubî écrit pour sa part : "الثانية: تضمنت هذه الآية جواز الشهادة بأي وجه حصل العلم بها؛ فإن الشهادة مرتبطة بالعلم عقلا وشرعا، فلا تسمع إلا ممن علم، ولا تقبل إلا منهم. وهذا هو الأصل في الشهادات" (Tafsîr ul-Qurtubî 9/245).

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Ce n'est pas le témoignage de toute personne qui est accepté par le juge : il faut la 'Adâla :

La règle première est que chaque musulman est digne de témoignage (et a donc la 'Adâla).

Cependant, il est certains actes qui sont tels qu'au cas où il est établi que ce musulman commet l'un d'eux, il en perd sa 'Adâla, et son témoignage n'est pas valide devant le tribunal.

--- "وَأَشْهِدُوا ذَوَيْ عَدْلٍ مِّنكُمْ وَأَقِيمُوا الشَّهَادَةَ لِلَّهِ" (Coran 65/2).

--- "وَالَّذِينَ يَرْمُونَ الْمُحْصَنَاتِ ثُمَّ لَمْ يَأْتُوا بِأَرْبَعَةِ شُهَدَاء فَاجْلِدُوهُمْ ثَمَانِينَ جَلْدَةً وَلَا تَقْبَلُوا لَهُمْ شَهَادَةً أَبَدًا وَأُوْلَئِكَ هُمُ الْفَاسِقُونَ إِلَّا الَّذِينَ تَابُوا مِن بَعْدِ ذَلِكَ وَأَصْلَحُوا فَإِنَّ اللَّهَ غَفُورٌ رَّحِيمٌ" (Coran 24/4-5).

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Le simple fait d'affirmer quelque chose en fait-il un témoignage ? Ou bien, pour qu'il y ait constitution de témoignage, faut-il prononcer le terme "je témoigne que..." ?

D'après l'école hanafite, pour qu'il y ait véritablement "témoignage" devant un qâdhî, il faut que l'affirmation soit étayée par la formule : "Je témoigne que...". "قال: "ولا بد في ذلك كله من العدالة ولفظة الشهادة. فإن لم يذكر الشاهد لفظة الشهادة وقال "أعلم" أو "أتيقن"، لم تقبل شهادته" (Al-Hidâya, 2/140).

Et, selon cette école hanafite, tout témoignage est systématiquement un serment : الشهادة يمين قال الله تعالى: {قَالُوا نَشْهَدُ إِنَّكَ لَرَسُولُ اللَّهِ} ثم قال: {اتَّخَذُوا أَيْمَانَهُمْ جُنَّةً}" (Al-Hidâya, 1/460) ; "وأما لفظة الشهادة فلأن النصوص نطقت باشتراطها إذ الأمر فيها بهذه اللفظة؛ ولأن فيها زيادة توكيد، فإن قوله "أشهد" من ألفاظ اليمين - كقوله "أشهد بالله" -، فكان الامتناع عن الكذب بهذه اللفظة أشد. وقوله "في ذلك كله" إشارة إلى جميع ما تقدم، حتى يشترط العدالة ولفظة الشهادة في شهادة النساء في الولادة وغيرها - هو الصحيح -، لأنها شهادة لما فيه من معنى الإلزام حتى اختص بمجلس القضاء؛ ولهذا يشترط فيه الحرية والإسلام" (Ibid., 2/140).

Cette formule "Je témoigne que..." vaut donc un serment.
Ce qui revient à dire que cela équivaut à dire :
"Je certifie devant vous, en présentant devant vous Dieu comme Témoin de la véracité de ce que je dis, que...".

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Si, en sus de la formule "Je témoigne", la personne rajoute explicitement : "par Dieu", il s'agit alors d'un témoignage renforcé ; c'est le cas pour le Li'ân : "والأصل أن اللعان عندنا شهادات مؤكدات بالأيمان" (Al-Hidâya 1/396). On peut donc dire que cette affirmation présente alors 2 renforcements :
--- le fait de sous-entendre un serment, et ce par le moyen du terme "témoignage" ;
--- et le fait d'expliciter un serment, et ce par le moyen des termes : "par Dieu".

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D'après Ahmad ibn Hanbal, la formule "Je témoigne que..." n'est nullement nécessaire pour qu'il y ait constitution de témoignage (ii) : il suffit d'affirmer quelque chose : c'est alors un témoignage (At-Turuq ul-hukmiyya, pp. 240-243).

Et la formule "Je témoigne que..." (tout court, sans adjonction de : "par Dieu") n'est pas un serment (sauf si la personne en fait alors l'intention) ("وإن لم يذكر اسم الله كأن قال أحلف وحلفت أو أشهد أو شهدت إلى آخرها) كأقسمت أو أقسم أو عزمت أو أعزم أو آليت (لم يكن يمينا) لأنه يحتمل القسم بالله ويحتمل القسم بغيره فلم يكن يمينا كغيره مما يحتملهما (إلا أن ينوي) لأن النية صرفته إلى القسم بالله فيجب جعله يمينا كما لو صرح به وقد ثبت له عرف الشرع والاستعمال" : Kashshâf ul-qinâ') (il existe une autre riwâya de Ahmad : Al-Muqni', Al-Mughnî).

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D'après l'école shafi'ite, pour qu'il y ait véritablement "témoignage" devant un qâdhî, il faut que l'affirmation soit étayée par la formule : "Je témoigne que...".

Par contre, selon cette école shafi'ite, le témoignage n'est pas un serment : cela ne l'est que si la personne a adjoint le Nom de Dieu (disant donc : "Je témoigne par Dieu que...") et a eu alors l'intention de prononcer ainsi un serment.
Cela entraîne que, pour cette école shafi'ite, tandis que le faux serment fait en connaissance de cause de son caractère faux entraîne l'obligation de s'acquitter de l'expiation (kaffâra), pour sa part le faux témoignage n'entraîne pas cette obligation (puisqu'il ne s'agit pas d'un serment). "فإذا تقرر هذا، فإذا قال "أشهد" أو "أقسم" أو "أعزم" ولم يذكر اسم الله تعالى، لم يكن يمينا، سواء نوى به اليمين أو لم ينو؛ لان اليمين لا تنعقد بغير الله تعالى وأسمائه وصفاته" ; et, peu avant : "فرع: وإن قال "أشهد بالله" أو "شهدت بالله لافعلن كذافإن قصد به اليمين، انعقدت ولزمته الكفارة؛ وإن لم يقصد اليمين بأن قال: "أردت به الشهادة على أني مؤمن يشهد بوحدانية"، قبل منه لانه يحتمل ذلك. وقد ورد اللفظ في الكتاب الكريم بمعنى اليمين في قوله تعالى {فشهادة أحدهم أربع شهادات بالله}، كما ورد في القرآن مرادا به الشهادة، ولذا جعلنا قصده مرجحا لاحد المعنيين. وإن أطلق ولم يعن شيئا في نيته، فوجهان: أحدهما: ينعقد يمينا لوروده في الشرع كذلك؛ والثاني: لا ينعقد يمينا لوروده في الشرع بمعنى الشهادة ووروده بمعنى اليمين، فلا يكون يمينا بغير نية" (Al-Majmû', kitâb ul-aymân). "إذا قال "أقسم بالله" أو "أقسمت بالله لافعلن كذاكان يمينا، سواء نوى أو أطلق؛ وهذا قول أهل العلم كافة، لا نعلم فيه خلافا، لانه لو قال "بالله" ولم يقل "أقسم" ولم يذكر الفعل، كان يمينا، وذلك بتقدير الفعل قبله، لان الباء تتعلق بفعل مقدر على ما ذكرناه، فإذا أطلق الفعل ونطق بالمقدر، كان أولى بثبوت حكمه. (...) وإن أراد بقوله "أقسمت بالله" الخبر عن قسم ماض أو بقوله "أقسم بالله" عن قسم يأتي به، قبل قوله فيما بينه وبين الله تعالى ولا كفارة عليه لان ما يدعيه يحتمله؛ وهل يقبل قوله في الحكم؟ فالذي قاله الشافعي في الأيمان أنه يقبل - وبه قال أحمد وأصحابه خلا القاضى -، وقال في الايلاء في صورة مماثلة، إذا قال لزوجته "أقسمت بالله لا وطئتك" وقال "أردت به في زمان متقدم" أنه لا يقبل" (Ibid.).

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Il est à noter que, de la part de celui qui n'est pas 'Âdil, le témoignage n'est pas accepté, alors même que le serment est accepté.
Cela montre que le témoignage recèle quelque chose en plus que le serment, ce qui peut aller dans le sens de l'école hanafite, laquelle dit que le témoignage est déjà un serment : c'est donc un serment plus quelque chose, et c'est ce quelque chose de supplémentaire qui requiert cette condition supplémentaire de 'Adâla.
Cependant, cela peut aussi montrer, d'après une autre perspective, que le témoignage n'est pas un serment : le serment est une chose, et le témoignage est tout autre chose (régie par des règles différentes) : cela étayerait alors la position de l'école shafi'ite.

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La règle de base est que le demandeur doit présenter une preuve, et, s'il n'en a pas, le défendeur doit faire serment par Dieu que le demandeur ne dispose pas sur lui du droit qu'il lui réclame : "عن ابن أبي مليكة، قال: كنت قاضيا لابن الزبير على الطائف قال: فأتيت بجاريتين كانتا تخزران في بيت قال: فخرجت إحداهما على قوم، وقد طعنت في بطن أحدهما، فظهرت من ظهر كفها طعنة، فقالوا: من لهذا؟ قالوا: صاحبتها. قال: فكتبت إلى ابن عباس. فكتب ابن عباس: "إن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: "لو يعطى الناس بدعواهم لادعى رجال أموال قوم ودماءهم، ولكن البينة على المدعي، واليمين على من أنكر". فادعها فذكّرها". قال: فتلى عليها {إن الذين يشترون بعهد الله وأيمانهم ثمنا قليلا" (As-Sunan us-Saghîr, al-Bayhaqî) ; "عن ابن أبي مليكة، قال: كنت قاضيا لابن الزبير على الطائف. فذكر قصة المرأتين. قال: فكتبت إلى ابن عباس. فكتب ابن عباس رضي الله عنهما أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال: "لو يعطى الناس بدعواهم لادعى رجال أموال قوم ودماءهم، ولكن البينة على المدعي واليمين على من أنكر" (As-Sunan ul-Kub'râ, al-Bayhaqî). Sauf pour la demande liée à certaines choses : si le demandeur n'a pas de preuve, sa demande est classée sans suite, et il n'est pas requis du défendeur de faire serment (Al-Hidâya, 2/188-190 ; Al-Mughnî, 14/165-166).

"عن علقمة بن وائل، عن أبيه، قال: جاء رجل من حضرموت ورجل من كندة إلى النبي صلى الله عليه وسلم، فقال الحضرمي: "يا رسول الله، إن هذا قد غلبني على أرض لي كانت لأبي"، فقال الكندي: "هي أرضي في يدي أزرعها ليس له فيها حق". فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم للحضرمي: "ألك بينة؟" قال: "لا"، قال: "فلك يمينه". قال: "يا رسول الله، إن الرجل فاجر لا يبالي على ما حلف عليه، وليس يتورع من شيء"، فقال: "ليس لك منه إلا ذلك". فانطلق ليحلف، فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم لما أدبر: "أما لئن حلف على ماله ليأكله ظلما، ليلقين الله وهو عنه معرض" (Muslim, 139). "عن الأشعث بن قيس، أن رجلا من كندة ورجلا من حضرموت اختصما إلى النبي صلى الله عليه وسلم في أرض من اليمن. فقال الحضرمي: "يا رسول الله، إن أرضي اغتصبنيها أبو هذا، وهي في يده". قال: "هل لك بينة؟" قال: "لا، ولكن أحلفه والله ما يعلم أنها أرضي اغتصبنيها أبوه". فتهيأ الكندي لليمين، فقال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "لا يقتطع أحد مالًا بيمين إلا لقي الله وهو أجذم". فقال الكندي: "هي أرضه (Abû Dâoûd, 3244).
"عبد الله بن عبيد الله بن أبي مليكة، أن بني صهيب مولى ابن جدعان ادعوا بيتين وحجرة، أن رسول الله صلى الله عليه وسلم أعطى ذلك صهيبا. فقال مروان: "من يشهد لكما على ذلك؟"، قالوا: "ابن عمر". فدعاه. فشهد "لأعطى رسول الله صلى الله عليه وسلم صهيبا بيتين وحجرة". فقضى مروان بشهادته لهم" (al-Bukhârî, 2481).

Pourquoi est-ce au demandeur que la preuve est réclamée par le qâdhî ?

– Parce que, pour étayer ce qu'il réclame (دعوى), le demandeur doit présenter une preuve tangible pour les hommes :
--- soit forcément le témoignage de deux personnes autres que lui et ses proches (ce d'après l'école hanafite) ;
--- soit (d'après l'école shafi'ite et hanbalite) : 2 témoins ; ou (dans certains cas) le témoignage d'une personne autre que lui et ses proches, auquel il adjoint un serment personnel ;
--- soit 2 témoins ; ou possiblement - dans certains cas de figure - d'autres choses encore : Ibn ul-Qayyim a développé cela dans son livre At-Turuq ul-hukmiyya, y ayant écrit que la "bayyina", la preuve, ou plus exactement : le faisceau d'indices (ce qui est requis dans le cas d'un litige, ou d'un acte criminel, pour montrer la vérité), cela ne se limite pas au témoignage du nombre de personnes requis : il peut s'agir de bien d'autres choses (At-Turuq ul-hukmiyya, pp. 16-17, p. 122, pp. 22-23 ; pp. 125-127 ; pp. 137 et suivantes).

C'est au cas où la réclamation a été jugée recevable mais que le demandeur n'a pas de témoin, que le juge requerra du défendeur de faire serment que la prétention du demandeur est fausse : cela revient à prendre Dieu comme témoin qu'il nie que le demandeur ait sur lui le droit qu'il prétend. Si le défendeur refuse de faire ce serment, alors le jugement sera rendu en faveur du demandeur d'après l'école hanafite (Al-Hidâya, 2/187).

Vu que le demandeur (المدّعي) est celui qui cherche à établir quelque chose, à modifier un état de fait présent, c'est à lui de présenter quelque chose qui soit tangible pour les hommes.
Et vu que le défendeur (المدّعى عليه) se contente de réfuter la réclamation (دعوى) du demandeur, lui peut s'en tenir à prendre Dieu comme témoin de ce qu'il affirme.
Cette distinction a été adoptée systématiquement surtout par l'école hanafite. C'est pour cette raison que cette école a opté pour l'interprétation selon laquelle, lors d'une Qassâma, ce ne sont pas les demandeurs - les proches parents de la victime - qui feront les 50 serments requis pour se voir attribuée la Diya (comme le dit l'école shafi'ite) ; non : d'après l'école hanafite, ce sont de nouveau les défendeurs - les personnes soupçonnées (sur la base du soupçon reconnu par cette école) - qui devront faire ces 50 serments, disant qu'ils ne sont pas responsables de la mort de la personne trouvée assassinée près de leur quartier, et qu'ils ne savent non plus rien sur le sujet.

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Dans le cas de ce qui a besoin lui aussi d'être prouvé pour être validé par le juge, mais sans réclamation (دعوى) aucune de la part de qui que ce soit (Al-Mughnî, 14/129-130), il s'agit aussi de produire devant le juge quelque chose de tangible pour les hommes.
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Il est ici à noter que certaines personnes sont telles que leur témoignage (venu appuyer la da'wâ du demandeur, ou venu sans da'wâ) n'est pas accepté (parce qu'elles n'ont pas la 'Adâla), alors même que leur serment (en tant que défendeur) est pour sa part accepté.

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Le verset suivant parle de ceux qui formulent l'accusation mais sans pouvoir témoigner avoir vu l'acte ; c'est bien pourquoi le verset requiert d'eux qu'ils apportent 4 témoins autres qu'eux : les témoins seront forcément des personnes ayant constaté cela de visu : "وَالَّذِينَ يَرْمُونَ الْمُحْصَنَاتِ ثُمَّ لَمْ يَأْتُوا بِأَرْبَعَةِ شُهَدَاء فَاجْلِدُوهُمْ ثَمَانِينَ جَلْدَةً وَلَا تَقْبَلُوا لَهُمْ شَهَادَةً أَبَدًا وَأُوْلَئِكَ هُمُ الْفَاسِقُونَ. إِلَّا الَّذِينَ تَابُوا مِن بَعْدِ ذَلِكَ وَأَصْلَحُوا فَإِنَّ اللَّهَ غَفُورٌ رَّحِيمٌ" (Coran 24/45).
Par contre, si une seule personne formule pareille accusation mais en apportant témoignage avoir vu l'acte, il suffira ensuite de 3 autres portant le même témoignage pour que la sanction soit applicable.

La seule exception concerne le mari ; celui-ci a alors une quadruple option : passer dessus ; divorcer tout simplement de cette épouse infidèle ; avoir recours au Li'ân ; ou apporter les témoins : "وَالَّذِينَ يَرْمُونَ أَزْوَاجَهُمْ وَلَمْ يَكُن لَّهُمْ شُهَدَاء إِلَّا أَنفُسُهُمْ فَشَهَادَةُ أَحَدِهِمْ أَرْبَعُ شَهَادَاتٍ بِاللَّهِ إِنَّهُ لَمِنَ الصَّادِقِينَ وَالْخَامِسَةُ أَنَّ لَعْنَتَ اللَّهِ عَلَيْهِ إِن كَانَ مِنَ الْكَاذِبِينَ" (Coran 24/6-7) (d'après les hanafites, ce mari devra apporter 3 témoins autres que lui, lui étant considéré le 4ème ; par contre, d'après les malikites et les shafi'ites, il lui faudra apporter 4 témoins autres que lui, car son témoignage à lui n'est pas acceptable, vu qu'il forme partie dans cette affaire).
Lors du Li'ân (cela est déconseillé s'il n'y a pas la filiation d'un enfant en jeu), le mari (ayant vu cela, ou en avoir eu des indices forts) (Al-Mughnî 10/628-629) pourra prononcer 4 fois l'accusation ; il s'agit de faire 4 témoignages renforcés par la formule "par Dieu" (avis de l'école hanafite) / faire 4 serments exprimés avec le terme "témoignage" (avis des écoles malikite et shafi'ite). Chaque serment remplace un témoin humain.

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Que dire de ce qui est mentionné dans ce passage de la sourate al-Mâ'ïda : "يِا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ شَهَادَةُ بَيْنِكُمْ إِذَا حَضَرَ أَحَدَكُمُ الْمَوْتُ حِينَ الْوَصِيَّةِ اثْنَانِ ذَوَا عَدْلٍ مِّنكُمْ أَوْ آخَرَانِ مِنْ غَيْرِكُمْ إِنْ أَنتُمْ ضَرَبْتُمْ فِي الأَرْضِ فَأَصَابَتْكُم مُّصِيبَةُ الْمَوْتِ تَحْبِسُونَهُمَا مِن بَعْدِ الصَّلاَةِ فَيُقْسِمَانِ بِاللّهِ إِنِ ارْتَبْتُمْ لاَ نَشْتَرِي بِهِ ثَمَنًا وَلَوْ كَانَ ذَا قُرْبَى وَلاَ نَكْتُمُ شَهَادَةَ اللّهِ إِنَّا إِذًا لَّمِنَ الآثِمِينَ. فَإِنْ عُثِرَ عَلَى أَنَّهُمَا اسْتَحَقَّا إِثْمًا فَآخَرَانِ يِقُومَانُ مَقَامَهُمَا مِنَ الَّذِينَ اسْتَحَقَّ عَلَيْهِمُ الأَوْلَيَانِ فَيُقْسِمَانِ بِاللّهِ لَشَهَادَتُنَا أَحَقُّ مِن شَهَادَتِهِمَا وَمَا اعْتَدَيْنَا إِنَّا إِذًا لَّمِنَ الظَّالِمِينَ. ذَلِكَ أَدْنَى أَن يَأْتُواْ بِالشَّهَادَةِ عَلَى وَجْهِهَا أَوْ يَخَافُواْ أَن تُرَدَّ أَيْمَانٌ بَعْدَ أَيْمَانِهِمْ وَاتَّقُوا اللّهَ وَاسْمَعُواْ وَاللّهُ لاَ يَهْدِي الْقَوْمَ الْفَاسِقِينَ" (Coran 5/106-108) : s'agit-il d'un témoignage en bonne et due forme ?

Au verset 5/106 ("شَهَادَةُ بَيْنِكُمْ إِذَا حَضَرَ أَحَدَكُمُ الْمَوْتُ حِينَ الْوَصِيَّةِ اثْنَانِ ذَوَا عَدْلٍ مِّنكُمْ أَوْ آخَرَانِ مِنْ غَيْرِكُمْ إِنْ أَنتُمْ ضَرَبْتُمْ فِي الأَرْضِ فَأَصَابَتْكُم مُّصِيبَةُ الْمَوْتِ تَحْبِسُونَهُمَا مِن بَعْدِ الصَّلاَةِ فَيُقْسِمَانِ بِاللّهِ إِنِ ارْتَبْتُمْ لاَ نَشْتَرِي بِهِ ثَمَنًا وَلَوْ كَانَ ذَا قُرْبَى وَلاَ نَكْتُمُ شَهَادَةَ اللّهِ إِنَّا إِذًا لَّمِنَ الآثِمِينَ") : oui, il s'agit d'un témoignage de ce à quoi les deux personnes ont assisté (il s'agit en fait des deux Wassiyy : c'est l'un des commentaires existants). Et ces deux personnes vont faire serment quant à ce qu'ils affirment.

Au verset 5/107 ("فَيُقْسِمَانِ بِاللّهِ لَشَهَادَتُنَا أَحَقُّ مِن شَهَادَتِهِمَا وَمَا اعْتَدَيْنَا إِنَّا إِذًا لَّمِنَ الظَّالِمِينَ" (Coran 5/107-108) aussi, il s'agit d'un témoignage produit devant le juge, mais cette fois un témoignage de ce qu'ils n'ont pas vu mais dont ils ont eu des indices conséquents. "أي: "يميننا أحق من يمينهما". فصح أن الشهادة قد تكون بمعنى اليمين" (Tafsîr ul-Qurtubî).

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Quant à ce qui est mentionné dans le verset de la sourate Yûssuf : "Et un shâhid, de la famille de la (dame), fit shahâda : "Si la chemise de (Joseph) est déchirée par devant, alors la (dame) a dit vrai, et (Joseph) est du nombre des menteurs ; et si sa chemise est déchirée par derrière, alors il dit vrai et elle est du nombre des menteurs" : "وَاسُتَبَقَا الْبَابَ وَقَدَّتْ قَمِيصَهُ مِن دُبُرٍ وَأَلْفَيَا سَيِّدَهَا لَدَى الْبَابِ قَالَتْ مَا جَزَاء مَنْ أَرَادَ بِأَهْلِكَ سُوَءًا إِلاَّ أَن يُسْجَنَ أَوْ عَذَابٌ أَلِيمٌ قَالَ هِيَ رَاوَدَتْنِي عَن نَّفْسِي وَشَهِدَ شَاهِدٌ مِّنْ أَهْلِهَا إِن كَانَ قَمِيصُهُ قُدَّ مِن قُبُلٍ فَصَدَقَتْ وَهُوَ مِنَ الكَاذِبِينَ وَإِنْ كَانَ قَمِيصُهُ قُدَّ مِن دُبُرٍ فَكَذَبَتْ وَهُوَ مِن الصَّادِقِينَ فَلَمَّا رَأَى قَمِيصَهُ قُدَّ مِن دُبُرٍ قَالَ إِنَّهُ مِن كَيْدِكُنَّ إِنَّ كَيْدَكُنَّ عَظِيمٌ يُوسُفُ أَعْرِضْ عَنْ هَذَا وَاسْتَغْفِرِي لِذَنبِكِ إِنَّكِ كُنتِ مِنَ الْخَاطِئِينَ" (Coran 12/25-29), s'est-il agi d'un témoignage en bonne et due forme ?

--- Soit cela fut dûment un témoignage.
--- Soit cela fut seulement l'exposé de l'indice (bayyina, qarîna) permettant de faire émerger la vérité.

En fait ici Joseph comme la dame étaient chacun Mudda'î (affirmant quelque chose) devant le mari de cette dame : "C'est l'autre qui est le fautif" (la dame ne le dit pas explicitement, s'étant contentée d'en faire Ta'rîdh, dit ar-Râzî). Pour faire émerger la vérité et faire apparaître qui est le fautif dans cette affaire, il fallait donc une Bayyina.

Ici, le Coran a employé le mot "shahida". Cependant :
--- soit c'était un nourrisson qui a vu la scène et qui a parlé miraculeusement (il y a sur le sujet un hadîth relaté par Abû Hurayra marfû'an - al-Hâkim, 4161 - ; et relaté par Ibn Abbâs marfû'an - al-Hâkim, 3835 - de Ibn Abbâs mawqûfan - Ahmad 2821 -) (voir FB 6/586) (c'est l'hypothèse retenue par at-Tabarî). Si c'est bien le cas, alors il s'est agi d'un témoin au sens usuel du terme (le même que celui exposé jusqu'ici, plus haut) ;
--- soit c'était un homme qui avait entendu la conversation de Joseph et de la dame, et il était donc un véritable "témoin auditif", au sens usuel du terme ;
--- soit c'était un homme sage, et il n'avait ni assisté à la scène ni entendu ce qui s'était dit entre les deux protagonistes ; il avait seulement entendu les bruits de la course derrière la porte, étant présent avec le mari se rendant chez lui. A ce moment-là "shahida" n'a pas été employé dans ce verset au sens usuel de "témoignage", mais au sens de : "apporter un éclairage".

--- Dans les deux premières hypothèses, cette personne était bien un témoin au sens usuel. Dans ce cas, ce fut après avoir porté témoignage que la personne ajouta : "Si vous voulez vérifier la véracité de mon témoignage, eh bien en voici l'indice, vérifiable rationnellement".

--- Dans la troisième hypothèse, le terme "shahida", "شهد", a ici été employé au sens figuré : "exposer la solution, apporter l'éclairage" : "أعلَمَ وبَيَّنَ" (Zâd ul-massîr) ; "حَكَمَ حاكم" (Tafsîr ut-Tabarî relatant ce commentaire de Mujâhid ; Tafsîr ul-Qurtubî exposant ce sens comme l'une des deux possibilités, et ajoutant : "لأنه حكم منه، وليس بشهادة").

Ibn ul-Jawzî écrit :
"فإن قيل: كيف وقعت شهادة الشاهد ها هنا معلقة بشرط، والشارط غير عالم بما يشرطه؟
فعنه جوابان ذكرهما ابن الأنباري.
أحدهما: أن الشاهد شاهد بأمر قد علمه، فكأنه سمع بعض كلام يوسف وأزليخا، فعلم؛ غير أنه أوقع في شهادته شرطا ليلزم المخاطبين قبول شهادته من جهة العقل والتمييز، فكأنه قال: "هو الصادق عندي. فإن تدبرتم ما أشترطه لكم، عقلتم قولي". ومثل هذا قول الحكماء: إن كان القدر حقا، فالحرص باطل؛ وإن كان الموت يقينا، فالطمأنينة إلى الدنيا حمق.
والجواب الثاني: أن الشاهد لم يقطع بالقول ولم يعلم حقيقة ما جرى؛ وإنما قال ما قال على جهة إظهار ما يسنح له من الرأي، فكان معنى قوله: {وشهد شاهد}: "أعلم وبين فقال: "الذي عندي من الرأي أن نقيس القميص ليوقف على الخائن".
فهذان الجوابان يدلان على أن المتكلم رجل.
فإن قلنا: إنه صبي في المهد، كان دخول الشرط مصححا لبراءة يوسف، لأن كلام مثله أعجوبة ومعجزة لا يبقى معها شك" (Zâd ul-massîr).

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Quant à ce qui est mentionné ainsi dans le Coran : "Et si vous êtes dans un doute au sujet de ce que Nous avons fait descendre sur Notre serviteur, alors apportez une sourate semblable à lui. Et appelez vos shuhadâ' en-deçà de Dieu, si vous êtes véridiques" : "وَإِن كُنتُمْ فِي رَيْبٍ مِّمَّا نَزَّلْنَا عَلَى عَبْدِنَا فَأْتُواْ بِسُورَةٍ مِّن مِّثْلِهِ وَادْعُواْ شُهَدَاءكُم مِّن دُونِ اللّهِ إِنْ كُنْتُمْ صَادِقِينَ فَإِن لَّمْ تَفْعَلُواْ وَلَن تَفْعَلُواْ فَاتَّقُواْ النَّارَ الَّتِي وَقُودُهَا النَّاسُ وَالْحِجَارَةُ أُعِدَّتْ لِلْكَافِرِينَ" (Coran 2/23-24), qui sont ces shuhadâ' ? Que signifie ce terme ici ?

--- soit il s'agit de témoins au sens usuel, exposé plus haut ; le verset signifie alors : "Et appelez des gens qui témoigneront que ce que vous avez apporté est réellement comme le Coran" ;
--- soit il s'agit des êtres auxquels ces douteurs et négateurs rendaient le culte : ces êtres ont été appelés "shuhadâ'" parce qu'ils assistent à [certaines des actions] que leurs adorateurs font ; ou parce que ces adorateurs croyaient qu'ils témoigneront en leur faveur auprès de Dieu :
--- soit le terme a ici le sens de "auxiliaires" (Zâd ul-massîr pour ces trois commentaires).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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