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Le prophète Daniel (عليه السلام) est né à Jérusalem. Puis, encore jeune, il a connu, avec les autres habitants du royaume de Juda, la déportation à Babylone en l'an -586, ordonnée par Nabuchodonosor.
Dans cette cité, il a accompagné les fils d'Israël pendant leur captivité.
Il a également, par la suite, connu la chute de l'empire babylonien (en fait : néo-babylonien), causée par l'empire perse (en -539).
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Les traductions plus bas ont été recopiées de La Bible du semeur.
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Tableau synoptique du contenu global des 3 visions évoquées dans cet article :
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I) Le songe de Nabuchodonosor : La grande statue composée de 4 strates, et qu'une pierre vient ensuite briser :
Lors de son règne, à Babylone, l'empereur Nabuchodonosor vit un rêve qui le troubla au point de lui faire perdre le sommeil. Il informa ses astrologues qu'il avait vu un rêve, et leur demanda de le lui raconter d'eux-mêmes, puis d'en fournir l'interprétation.
Ceux-ci ayant demandé à leur souverain de leur raconter son rêve, puis ils seraient en mesure de lui en donner l'interprétation, l'empereur se montra inflexible : c'était à eux de lui dire ce qu'il avait vu en rêve, sinon ils seraient mis à mort. Peu après, la sentence tomba : tous les sages de Babylone devaient être mis à mort.
Comme on vint tous les chercher, le chef de la garde, Aryok, vint également interpeler Daniel et ses compagnons (les fils d'Israël étant alors en captivité à Babylone).
Daniel (sur lui soit la paix) trouva le ton juste pour demander à Aryok pourquoi l'empereur avait émis un ordre aussi sévère. En ayant appris la raison, il demanda à voir Nabuchodonosor, et, alors, pria celui-ci de lui accorder un délai. Sa demande ayant été exaucée, il revint auprès de ses compagnons, et leur demanda de se joindre à lui pour invoquer (du'â) le Dieu Unique, se trouvant au Ciel, de lui faire connaître le rêve du grand roi ainsi que son interprétation.
La suite par le biais de ce texte du TaNakh...
"30 Le roi s'adressa à Daniel - surnommé Beltshatsar -, et lui demanda : "Es-tu vraiment capable de me révéler le rêve que j'ai eu et de m'en donner l'interprétation ?"
Daniel s'adressa au roi et lui dit : "Le secret que Sa Majesté demande, aucun sage, aucun magicien, aucun mage, aucun astrologue n'est capable de le lui faire connaître. Mais il y a, dans le ciel, un Dieu qui révèle les secrets ; et il a fait savoir au roi Nabuchodonosor ce qui doit arriver dans les temps à venir. Eh bien, voici ce que tu as rêvé et quelles sont les visions que tu as eues sur ton lit : pendant que tu étais couché, ô roi, tu t'es mis à penser à l'avenir. Alors celui qui révèle les secrets t'a fait connaître ce qui doit arriver. Quant à moi, ce n'est pas parce que je posséderais une sagesse supérieure à celle de tous les autres hommes que ce secret m'a été révélé, mais c'est afin que l'interprétation en soit donnée au roi et que tu comprennes ce qui préoccupe ton cœur.
31 Voici donc, ô roi, la vision que tu as eue : tu as vu une grande statue. Cette statue était immense, et d'une beauté éblouissante. Elle était dressée devant toi et son aspect était terrifiant. 32 La tête de cette statue était en or pur, la poitrine et les bras en argent, le ventre et les hanches en bronze, 33 les jambes en fer, les pieds partiellement en fer et partiellement en argile.
34 Pendant que tu étais plongé dans ta contemplation, une pierre se détacha sans l'intervention d'aucune main, vint heurter la statue au niveau de ses pieds de fer et d'argile, et les pulvérisa. 35 Du même coup furent réduits ensemble en poussière le fer, l'argile, le bronze, l'argent et l'or, et ils devinrent comme la bale de blé qui s'envole de l'aire en été ; le vent les emporta sans en laisser la moindre trace. Quant à la pierre qui avait heurté la statue, elle devint une immense montagne et remplit toute la terre.
36 Voilà ton rêve. Quant à ce qu'il signifie, nous allons l'exposer au roi.
37 Toi, ô roi, tu es le roi des rois, à qui le Dieu des cieux a donné la royauté, la puissance, la force et la gloire. 38 Dieu a placé sous ton autorité les hommes, les bêtes sauvages et les oiseaux en quelque lieu qu'ils habitent. Il t'a donné la domination sur eux tous. C'est toi qui es la tête d'or.
39 Après toi surgira un autre empire, moins puissant que le tien, puis un troisième représenté par le bronze, qui dominera toute la terre.
40 Un quatrième royaume lui succédera, il sera dur comme le fer ; comme le fer pulvérise et écrase tout et le met en pièces, ainsi il pulvérisera et mettra en pièces tous les autres royaumes. 41 Et si tu as vu les pieds et les orteils partiellement en argile et partiellement en fer, cela signifie que ce sera un royaume divisé ; il y aura en lui quelque chose de la dureté du fer, selon que tu as vu le fer mêlé à la terre cuite. 42 Mais comme les orteils des pieds étaient en partie de fer et en partie d'argile, ce royaume sera en partie fort et en partie fragile. 43 Que tu aies vu le fer mêlé de terre cuite, cela signifie que les hommes chercheront à s'unir par des alliances, mais ils ne tiendront pas ensemble, pas plus que le fer ne tient à l'argile. 44 A l'époque de ces rois-là, le Dieu des cieux suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit et dont la souveraineté ne passera pas à un autre peuple ; il pulvérisera tous ces royaumes-là et mettra un terme à leur existence, mais lui-même subsistera éternellement. 45 C'est ce que représente la pierre que tu as vue se détacher de la montagne sans l'intervention d'aucune main humaine pour venir pulvériser le fer, le bronze, l'argile, l'argent et l'or. Le grand Dieu a révélé au roi ce qui arrivera dans l'avenir. Ce qu'annonce le rêve est chose certaine, et son interprétation est digne de foi."
(Daniel, 2/30-45).
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Pour ce qui est des 4 empires situés avant le royaume de la pierre, tout le monde est d'accord : il s'agit respectivement de :
--- l'empire néo-babylonien (cela est explicitement dit dans la prophétie, puisque Nabuchodonosor est chef de cet empire) ;
--- l'empire perse (lequel a vaincu l'empire néo-babylonien) ;
--- l'empire grec (lequel a eu la victoire sur l'empire perse) ;
--- enfin l'empire romain (lequel a supplanté les royaumes hellénistiques issus de l'empire grec).
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Et voici les caractéristiques des pieds de la statue :
--- ils sont composés de fer mais aussi d'argile (alors que les jambes étaient composées uniquement de fer) ;
--- ces pieds ont donc en eux quelque chose de la force que les jambes avaient, mais aussi une faiblesse que ces jambes n'avaient pas ;
--- ces deux composants, le fer et l'argile, sont liés ensemble par la semence humaine ;
--- l'alliage ne tient pas ;
--- en fait ce seront plusieurs rois (Dn 2/44) ; tout laisse à supposer que l'empire aura laissé la place à de nombreux royaumes.
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– Certains contemporains ont dit que cette cinquième partie de la statue, ses pieds, correspondait à la période actuelle, où le monde occidental (l'héritier de l'empire romain) et le monde musulman sont mêlés. Quant à la pierre qui viendra mettre fin à tout cela, c'est le peuple d'Israël : celui-ci réduira (ou fera réduire, par le biais de ses alliés) en miettes d'abord la Babylonie (l'Irak), puis la Perse (l'Iran).
– Pourtant, certes, la situation actuelle, dans les pays musulmans, présente un certain mélange entre islamité et romanité (ceci dans la mesure où les pays musulmans sont, malgré la fin officielle de la colonisation, toujours sous la férule occidentale - avec, pour certains pays parmi eux, la présence de bases militaires américaines sur leur sol, et, pour tous ces pays, le fort risque de se voir attaqués ou de voir un coup d'Etat commandé de l'extérieur les ébranler s'ils s'écartent de la voie qui a été tracée pour eux - ; et dans la mesure où ces pays musulmans appliquent sur leur sol des législations qui sont un mélange des lois islamiques avec certaines lois d'inspiration occidentale). C'est la Fitnat ud-Duhaymâ', qui avait été prophétisée par le Dernier Messager de Dieu (que Celui-ci le bénisse et le salue).
Néanmoins, ce que ces contemporains disent là, à savoir que les jambes de la statue correspondent au monde romain quand il n'était mêlé à rien, et les pieds de la statue à la situation actuelle de cette partie du monde, le monde romain étant mêlé à l'Islam, cela soulève deux remarques :
--- déjà, ce n'est pas le monde "romain" qui serait actuellement mêlé à de l'islamité, mais les pays musulmans qui sont, à des degrés divers, sous influence "romaine" (car c'est bien le monde musulman qui a été colonisé par le monde "romain", alors que l'inverse n'est pas vrai) ;
--- ensuite, comment comprendre qu'il y ait alors (selon l'interprétation de ces contemporains) - dans cette vision de Nabuchodonosor et cet exposé de l'histoire - l'évocation de l'Islam (avec un "I" majuscule, le terme renvoyant alors à la civilisation) une fois qu'il serait mêlé à de la romanité, mais aucune mention de ce même Islam (toujours avec un "I" majuscule) tant qu'il n'a été mêlé à aucune influence romaine, malgré que c'est lui qui a alors conquis l'empire perse, l'empire romain d'orient (évoqués dans cette même vision) et a perduré ainsi (n'étant mêlé à rien) pendant plus de 1 000 années, soit une période bien plus longue que celle de la durée de la prédominance des trois empires babybolien, perse et grec réunis ?
Pour ce qui est de l'état actuel (de décadence) du monde musulman, il avait été prédit par le prophète Muhammad (sur lui soit la paix), qui avait également annoncé que les choses changeraient ensuite : "عن ثوبان، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "يوشك الأمم أن تداعى عليكم كما تداعى الأكلة إلى قصعتها". فقال قائل: "ومن قلة نحن يومئذ؟"، قال: "بل أنتم يومئذ كثير، ولكنكم غثاء كغثاء السيل..." (Abû Dâoûd, 4297 ; il y a une suite après cette phrase) ; "عن عبد الله بن عمر قال: كنا قعودا عند رسول الله، فذكر الفتن فأكثر في ذكرها. حتى ذكر فتنة الأحلاس، فقال قائل: "يا رسول الله وما فتنة الأحلاس؟" قال: "هي هرب وحرب! ثم فتنة السراء، دخنها من تحت قدمي رجل من أهل بيتي يزعم أنه مني، وليس مني، وإنما أوليائي المتقون، ثم يصطلح الناس على رجل كورك على ضلع. ثم فتنة الدهيماء، لا تدع أحدا من هذه الأمة إلا لطمته لطمة؛ فإذا قيل: "انقضت"، تمادت؛ يصبح الرجل فيها مؤمنا، ويمسي كافرا؛ حتى يصير الناس إلى فسطاطين: فسطاط إيمان لا نفاق فيه، وفسطاط نفاق لا إيمان فيه. فإذا كان ذاكم، فانتظروا الدجال من يومه أو من غده" (Abû Dâoûd, 4242) ; "عن أبى عبيدة ابن الجراح ومعاذ بن جبل رضي الله عنهما عن النبي صلى الله عليه وسلم قال: "إن الله بدأ هذا الأمر نبوة ورحمة، وكائنا خلافة ورحمة، وكائنا ملكا عضوضا، وكائنا عتوة وجبرية وفسادا فى الأمة، يستحلون الفروج والخمور والحرير، وينصرون على ذلك ويرزقون أبدا، حتى يلقوا الله عز وجل"" (al-Bayhaqî : As-Sunan al-kub'râ, 16708, Shu'ab ul-îmân, 5228, Dalâ'ïl un-nubuwwa - Mishkât ul-massâbîh, n° 5375-5376 - hadîth hassan d'après Ibn Hajar) ; "عن حذيفة قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "تكون النبوة فيكم ما شاء الله أن تكون. ثم يرفعها إذا شاء أن يرفعها، ثم تكون خلافة على منهاج النبوة، فتكون ما شاء الله أن تكون. ثم يرفعها إذا شاء الله أن يرفعها، ثم تكون ملكا عاضا، فيكون ما شاء الله أن يكون. ثم يرفعها إذا شاء أن يرفعها، ثم تكون ملكا جبرية، فتكون ما شاء الله أن تكون. ثم يرفعها إذا شاء أن يرفعها، ثم تكون خلافة على منهاج نبوة" (Ahmad, 18406 ; Silsilat ul-ahâdîth as-sahîha, n° 5) ; "عن ثوبان، قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "إن الله زوى لي الأرض، فرأيت مشارقها ومغاربها، وإن أمتي سيبلغ ملكها ما زوي لي منها. وأعطيت الكنزين الأحمر والأبيض. وإني سألت ربي لأمتي أن لا يهلكها بسنة عامة، وأن لا يسلط عليهم عدوا من سوى أنفسهم، فيستبيح بيضتهم. وإن ربي قال: "يا محمد إني إذا قضيت قضاء فإنه لا يرد. وإني أعطيتك لأمتك أن لا أهلكهم بسنة عامة، وأن لا أسلط عليهم عدوا من سوى أنفسهم يستبيح بيضتهم ولو اجتمع عليهم من بأقطارها - أو قال من بين أقطارها -، حتى يكون بعضهم يهلك بعضا ويسبي بعضهم بعضا" (Muslim, 2889).
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– Les ulémas, érudits de l'islam, se sont eux aussi intéressés à cette prophétie du Livre de Daniel (voir par exemple : Al-Jawâb us-sahîh, 4/3 ; Hidâyat ul-hayârâ, 27ème citation dans la réponse à la 3ème Question). Un point important à noter est que les pieds de la statue font toujours partie du quatrième royaume, Rome, mais la différence avec ses jambes est que d'abord ce royaume sera de fer, ensuite il sera de fer et d'argile mêlés. Le fait que les jambes et les pieds constituent un seul et même royaume (le quatrième), cela est dit clairement dans ce passage : "Un quatrième royaume lui succédera, il sera dur comme le fer ; comme le fer pulvérise et écrase tout et le met en pièces, ainsi il pulvérisera et mettra en pièces tous les autres royaumes. Et si tu as vu les pieds et les orteils partiellement en argile et partiellement en fer, cela signifie que ce sera un royaume divisé ; il y aura en lui quelque chose de la dureté du fer, selon que tu as vu le fer mêlé à la terre cuite, mais ils ne tiendront pas ensemble, pas plus que le fer ne tient à l'argile" (Dn, 2/40-42).
--- Est-ce que cette seconde période, moins robuste que la première, représenterait le fait que l'Empire romain fut fragilisé, avec, d'abord sa partition en deux - l'empire romain d'Occident et celui d'Orient - (en 395), puis l'effondrement de sa partie d'Occident (en 476) à cause des invasions germaniques, et le remplacement de cette partie de l'empire par de multiples royaumes ? Les royaumes ayant succédé à l'empire romain d'Occident, puis, plus tard, ceux ayant succédé à l'empire byzantin s'allièrent entre eux, mais ces multiples alliances demeurèrent fragiles et vacillantes, les uns faisant périodiquement la guerre aux autres : est-ce de cela qu'il s'agit dans cette prophétie ?
--- Est-ce que l'argile ne pourrait pas, également, symboliser la morale chrétienne, laquelle constitue, à côté de la "romanité", l'un des fondements de la civilisation occidentale ? Cette dernière étant héritière à la fois de la dureté du fer de l'antique empire romain (cet empire qui conquérait et ensuite salait les terres des villes lui ayant résisté, et où était organisée, comme divertissement, la mise à mort d'hommes dans des arènes), et de la faiblesse – le terme est de Nietzche – de l'argile de la morale chrétienne (le christianisme étant devenu la religion officielle de l'empire romain en 380), morale qui préconise de tendre la joue gauche si on te frappe sur la joue droite et de ne même pas en vouloir à celui qui a commis contre toi une injustice... Une civilisation qui a du mal à concilier ces deux composants, au point que, jusqu'à aujourd'hui, elle oscille entre les périodes de conquêtes brutales et celles de la tolérance tous azimuts, et entre la tentation du wokisme et celle du fascisme ?
Quant à la pierre, selon ces ulémas elle représente : l'islam ; simple (الحنيفيّة السمحة، التي فيها فسحة), et ne connaissant pas de changement dans ses fondements (à l'instar du minéral, par opposition au végétal et à l'animal)... L'appel du prophète Muhammad (sur lui soit la paix) à l'humanité tout entière, cela a été suscité par Dieu "à l'époque de ces rois-là", justement (comme le disait la prophétie : Dn 2/44) : en l'an 609 du calendrier grégorien.
– A cela, certaines personnes non-musulmanes opposent que dans cette vision du roi babylonien, interprétée par le prophète Daniel, la pierre de la fin ne peut absolument pas être le "royaume" de l'Islam, puisque celui-ci n'a pas mis immédiatement fin à l'empire romain d'orient : ce n'est qu'en 1453 que Constantinople fut conquise.
– Ces personnes oublient que la prophétie annonçait la victoire des grecs sur les perses, puis celle des romains sur les grecs, en ces termes : "Après toi surgira un autre empire, moins puissant que le tien, puis un troisième représenté par le bronze, qui dominera toute la terre. Un quatrième royaume lui succédera, il sera dur comme le fer ; comme le fer pulvérise et écrase tout et le met en pièces, ainsi il pulvérisera et mettra en pièces tous les autres royaumes" (Daniel 2/39-40). Pourtant, l'empire Perse achéménide (le deuxième empire du songe) a certes été totalement vaincu par Alexandre le Grec (fondateur du troisième empire du songe), mais n'a pas été détruit par lui : il s'est par la suite reconstitué par le biais des Parthes ; ensuite ce sont les Sassanides qui ont pris le pouvoir, et l'empire perse ainsi reconstitué a affronté par la suite l'empire romain (le quatrième empire du rêve), alors même que l'empire grec (le troisième empire) s'était pour sa part totalement effondré. Il y a même eu une période où l'empereur romain Valérien (253-260) dut verser un tribut à l'empereur perse Shâhpûr Ier (241-272), donc où le quatrième empire a été temporairement subjugué par le... deuxième empire ! Plus tard, au VIIè siècle grégorien, ce deuxième empire (le perse) a même conquis Jérusalem et sa région, de même que l'Egypte, sur le quatrième (l'empire romain d'Orient), et ce en l'an 614/ 615 et en l'an 615/ 616 respectivement.
On en déduit que lorsqu'il est dit, dans ce songe, que tel grand royaume succédera à tel autre, c'est dans la domination globale, et la plus grande force, qu'il lui succèdera ; ce n'est pas systématiquement le fait que chaque empire mette immédiatement fin à l'empire précédent (même si cela a certes été le cas concernant l'empire perse, qui a complètement subjugué le néo-babylonien). C'est donc l'étendue et la plus grande force de chaque empire qui sont déterminantes dans cette prophétie. Il se peut même qu'il y ait temporairement alternance des victoires (comme on l'a vu ci-dessus avec les empires romain et perse) ; mais cela ne contredit pas le déroulé de la prophétie de Daniel.
La conquête de Constantinople avait été prophétisée dans ce hadîth : "عن عبد الله بن بشر الغنوي، حدثني أبي، قال: "سمعت رسول الله صلى الله عليه وسلم يقول: "لتفتحن القسطنطينية. ولنعم الأمير أميرها، ولنعم الجيش ذلك الجيش" (Ahmad, 18957, al-Hâkim, 8300 ; authentifié par adh-Dhahabî) ; quand cette prophétie se réalisa au 9ème siècle hégirien (en l'an 857 a.h.), ces recueils de hadîths (Musnadu Ahmad et Al-Mustad'rak li-l-Hâkim) existaient (comme les autres recueils) depuis quelques siècles déjà, disséminés en plusieurs copies dans le monde musulman ; quant à adh-Dhahabî, il est décédé en 748 a.h.
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II) Quelques années plus tard, sous le règne (en fait la co-régence) de Belshazzar, Daniel eut lui-même une vision : Les 4 bêtes sorties de la mer. Et, pendant son rêve même, Daniel reçut également l'interprétation de ce que signifiait ce qui lui avait été ainsi montré : 4 royaumes qui apparaîtront sur la terre :
"1 Au cours de la première année du règne de Balthazar, roi de Babylone, comme Daniel était couché sur son lit, il eut un rêve : des visions se présentèrent à son esprit. Il consigna le rêve par écrit. En voici le récit :
2 Au cours de mes visions nocturnes, je regardais et voici que les quatre vents du ciel agitaient la grande mer.
3 Quatre bêtes énormes, différentes les unes des autres, surgirent de la mer.
4 La première ressemblait à un lion avec des ailes d'aigle. Tandis que je la regardais, ses ailes lui furent arrachées, elle fut soulevée de terre et dressée sur ses pieds comme un homme, un cœur humain lui fut donné.
5 Et voici que surgit une deuxième bête, ressemblant à un ours : elle était dressée sur un côté et tenait dans sa gueule trois côtes entre les dents. J'entendis qu'on lui disait : "Debout, mange beaucoup de chair !"
6 Après cela, je continuai à regarder et je vis un autre animal qui ressemblait à un léopard, avec quatre ailes d'oiseaux sur le dos et quatre têtes. Le pouvoir lui fut donné.
7 Après cela, dans mes visions nocturnes, je vis surgir une quatrième bête, effrayante, terrifiante et d'une force extraordinaire ; elle avait d'énormes dents de fer, elle dévorait, déchiquetait et piétinait ce qui restait de ses victimes ; elle était bien différente de toutes les bêtes qui l'avaient précédée ; elle avait aussi dix cornes.
8 J'observais ces cornes et voilà qu'au milieu d'elles surgit une autre corne plus petite : trois des premières cornes furent arrachées devant elle. Sur cette corne, il y avait des yeux ressemblant à des yeux humains, et une bouche qui parlait avec arrogance.
9 Je regardai encore
pendant qu'on installait des trônes,
un vieillard âgé de très nombreux jours prit place sur l'un d'eux.
Son vêtement était blanc comme de la neige
et ses cheveux étaient comme la laine nettoyée.
Son trône, embrasé de flammes de feu,
avait des roues de feu ardent.
10 Un fleuve de feu jaillissait
et coulait devant lui,
des millions d'êtres le servaient,
et des centaines de millions se tenaient debout devant lui.
La cour de justice prit place
et l'on ouvrit des livres.
11 Je regardai toujours. Alors, à cause des propos arrogants proférés par la corne, je vis qu'on tuait la bête et que son corps était détruit, jeté dans un brasier de feu.
12 Quant au reste des bêtes, on leur enleva leur pouvoir mais on leur accorda une prolongation de vie jusqu'à un temps et un moment fixés.
13 Je regardai encore dans mes visions nocturnes :
Sur les nuées du ciel,
je vis venir quelqu'un semblable à un fils d'homme.
Il s'avança jusqu'au vieillard âgé de nombreux jours
et on le fit approcher devant lui.
14 On lui donna la souveraineté, et la gloire et la royauté,
et tous les peuples, toutes les nations, les hommes de toutes les langues lui apportèrent leurs hommages.
Sa souveraineté est éternelle,
elle ne passera jamais,
et quant à son royaume, il ne sera jamais détruit.
15 Moi, Daniel, je fus profondément angoissé au-dedans de moi et mes visions me remplirent d'effroi.
16 Je m'approchai de l'un de ceux qui se tenaient là pour lui demander quelle était la signification véritable de tout ce que j'avais vu. Il me répondit pour m'en donner l'interprétation.
17 "Ces quatre bêtes énormes, dit-il, représentent quatre rois qui apparaîtront sur la terre.
18 Mais la royauté sera donnée aux membres du peuple saint du Très-Haut et ils la posséderont pour toujours, éternellement."
19 Alors je voulus être fixé avec certitude au sujet de la quatrième bête qui était si différente de toutes les autres, cette bête très effrayante qui avait des dents de fer et des griffes de bronze, qui dévorait, déchiquetait et piétinait ce qui restait de ses victimes.
20 Je voulus aussi savoir ce que représentaient les dix cornes qu'elle avait sur la tête et l'autre corne qui avait poussé et devant laquelle trois des premières cornes étaient tombées, cette corne qui avait des yeux et une bouche parlant avec arrogance et qui paraissait plus grande que les autres.
21 Tandis que je regardais, cette corne faisait la guerre aux membres du peuple saint et elle remportait la victoire sur eux 22 jusqu'à ce que vienne le vieillard âgé de nombreux jours, et que le jugement soit rendu en faveur des membres du peuple saint du Très-Haut et qu'arrive pour eux le temps de prendre possession de la royauté.
23 Celui que j'avais interrogé me dit : "La quatrième bête représente un quatrième royaume qui apparaîtra sur la terre. Il sera différent de tous les royaumes précédents : il dévorera le monde entier, le piétinera et le déchiquettera. 24 Les dix cornes représentent dix rois qui surgiront de ce royaume. Un autre roi se lèvera après eux, il sera différent de ses prédécesseurs. Il renversera trois rois. 25 Il proférera des paroles contre le Très-Haut, opprimera les membres du peuple saint du Très-Haut, entreprendra de changer le calendrier et la loi ; et le peuple saint sera livré à sa merci pendant un temps, deux temps et la moitié d'un temps. 26 Mais alors, la cour de justice siégera et on ôtera la domination à ce roi pour l'anéantir et la faire disparaître définitivement. 27 Le règne, la souveraineté et la grandeur de tous les royaumes qui sont sous le ciel seront attribués aux membres du peuple saint du Très-Haut. Le règne de ce peuple est éternel, et toutes les puissances du monde le serviront et lui obéiront."
28 Ici prend fin le récit. Quant à moi, Daniel, je fus très effrayé par mes pensées et j'en devins blême. Je gardai ces choses en mémoire.
(Daniel 7/1-28).
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– Moïse Maïmonide écrit, dans sa célèbre Epître aux Gens du Yémen, que "la corne qui proférait de grandes paroles" correspond à Muhammad [صلى الله عليه وسلّم] : d'après cet érudit du judaïsme, c'est le prophète de l'islam qui a parlé et inventé des choses au sujet de Dieu, car, étant illuminé ("majnûn" était le terme originel arabe employé par Moshé ben Maymûn), il s'est présenté comme prophète de Dieu, alors qu'il ne l'était pas (c'est là la croyance de Maïmonide) : la condition première étant, écrit le rabbin, de ne pas appeler à autre chose que la Torah - Loi écrite et loi orale.
– Pourtant la prophétie dit que cette petite corne est apparue après 10 autres cornes, et que toutes ces cornes ont poussé sur la tête de la 4ème bête. Or la 4ème bête, c'est l'empire romain ; et l'islam n'est jamais apparu - ni dans ses croyances ni sur le plan politique - comme un prolongement de la civilisation romaine, ni comme une plante ayant poussé sur ses décombres : sur le plan de la croyance, dès le départ (depuis la période mecquoise) le Coran a dit que Jésus n'avait rien de divin ; quant à ce qui est du domaine politique, l'Islam s'est développé et s'est enraciné au Hedjaz, lequel n'a jamais été une province romaine.
La petite corne, c'est plus le pouvoir acquis par le christianisme nicéen et chalcédonien sous l'empire romain, ce pouvoir (césaro-papiste) ayant imposé, à tous ceux qui suivaient Jésus et se réclamaient de ses enseignements : la croyance en la Trinité (déclarée d'ailleurs par Moïse Maïmonide comme étant "de l'idolâtrie"), l'abolition de toute nécessité de suivre la Loi de Dieu quand on croit en Lui, et l'adoption d'un autre calendrier : c'est ainsi que la fête païenne du solstice a été reprise comme date commémorant la naissance du Messie Jésus (alors même que ce dernier est né à Bethléem à une période où les bergers dormaient à la belle étoile - Luc 2/8 -, ce qui est impossible en décembre là-bas tellement il y fait alors froid).
La prophétie dit que la petite corne faisait la guerre aux saints et l'emportait sur eux, jusqu'à la venue de l'Ancien (Dn 7/21-22). Ces saints sont ceux des chrétiens qui niaient le caractère divin de Jésus, et que le pouvoir romain a persécutés. Et la venue de l'Ancien a mis fin à la guerre que cette petite corne menait contre ces saints. Comme l'a écrit le cardinal Daniélou dans son article "Une vision nouvelle des origines chrétiennes, le judéo-christianisme" (paru en 1967), parlant de ceux qu'il nomme "les judéo-chrétiens" : "Coupés de la Grande Eglise qui se libère progressivement de ses attaches juives, ils dépériront très vite en Occident. Mais on suit leurs traces du IIIè au IVè siècles en Orient, en particulier en Palestine, en Arabie, en Transjordanie, en Syrie, en Mésopotamie. Certains seront absorbés par l'Islam, qui en est pour une part l'héritier ; d'autres se rallieront à l'orthodoxie de la Grande Eglise tout en conservant un fond de culture sémitique, et quelque chose en persiste dans les Eglises d'Ethiopie et de Chaldée" (lire cet article écrit par Daniélou).
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III) La vision de Daniel (chapitre 8) : Le bélier et le bouc ; cette vision explicite l'identité des 2ème et 3ème royaumes des deux visions précédentes (celle de l'empereur babylonien : voir en I ; et celle de Daniel lui-même : voir en II) :
"1 La troisième année du règne du roi Balthazar, moi, Daniel, j’eus une nouvelle vision après celle que j'avais eue précédemment. 2 Je regardais et je me voyais dans la cité fortifiée de Suse, dans la province d'Elam et, dans ma vision, je me tenais près du fleuve Oulaï.
3 Je levai les yeux et je vis un bélier qui se tenait devant le fleuve. Il avait deux très hautes cornes ; l'une d'elles, celle qui avait poussé la dernière, était plus grande que l'autre. 4 Puis je vis le bélier frapper en direction de l'ouest, du nord et du sud, et aucune bête ne pouvait lui résister et personne ne pouvait délivrer de son pouvoir. Il agissait à sa guise et il grandissait.
5 Tandis que je réfléchissais, je vis un bouc arriver de l'occident ; il parcourait toute l'étendue de la terre, sans toucher le sol. Il avait une corne proéminente entre les yeux. 6 Il parvint jusqu'au bélier à deux cornes que j'avais vu devant le fleuve, et se précipita sur lui avec violence. 7 Je le vis arriver à sa hauteur, et s'enrager contre lui. Il le frappa et brisa ses deux cornes ; le bélier n'eut pas la force de lui résister : le bouc le jeta à terre et le piétina. Personne ne vint délivrer le bélier du bouc.
8 Le bouc devint très grand, mais lorsqu'il était encore en pleine vigueur, sa grande corne fut soudain brisée. Quatre cornes proéminentes poussèrent à sa place vers les quatre coins de l'horizon. 9 De l'une d'elles sortit une très petite corne qui grandit démesurément vers le sud, vers l'est et vers le Pays magnifique. 10 Elle grandit jusqu'à s'attaquer à l'armée céleste ; elle fit tomber à terre une partie de cette armée et une partie des étoiles, et elle les piétina.
11 Elle s'exalta au point de défier le Prince de l'armée céleste, elle mit fin au sacrifice perpétuel et bouleversa son sanctuaire jusqu'en ses fondations. 12 A cause de la révolte du peuple contre Dieu, l'armée fut livrée au pouvoir de la corne et le sacrifice perpétuel lui fut abandonné. La corne jeta la vérité par terre et réussit dans tout ce qu'elle entreprit.
13 J'entendis alors l'un des saints anges parler. Puis un autre saint ange lui demanda : "Jusques à quand dureront les événements annoncés par cette vision ? Jusqu'à quand le sacrifice perpétuel sera-t-il supprimé, et la révolte qui cause la dévastation sévira-t-elle ? Pendant combien de temps le sanctuaire et l'armée seront-ils livrés au pouvoir de la corne et foulés aux pieds ?"
14 L'autre ange me dit : "Pendant 1 150 soirs et 1 150 matins, puis le sanctuaire sera de nouveau consacré au culte".
15 Pendant que moi, Daniel, je contemplais cette vision et que je cherchais à la comprendre, je vis debout, devant moi, un être ayant l'aspect d'un homme. 16 Et j'entendis une voix d'homme venant de l'Oulaï, qui appelait et disait : "Gabriel, explique-lui la vision".
17 Celui-ci s'avança vers l'endroit où je me tenais. A son approche, je fus pris de frayeur et je tombai face contre terre. Il me dit : "Fils d'homme, comprends bien que cette vision concerne le temps de la fin".
18 Pendant qu'il me parlait, je perdis connaissance et tombai face contre terre ; mais il me toucha et me fit tenir debout sur place. 19 Puis il me dit : "Je vais te révéler ce qui arrivera à la fin du temps de la colère divine, car un terme lui a été assigné.
20 Le bélier à deux cornes que tu as vu, représente les rois de Médie et de Perse.
21 Le bouc velu, c'est le roi de Grèce, et la grande corne entre ses yeux représente le premier roi de cet empire. 22 Puis elle s'est brisée et quatre cornes ont poussé à sa place : celles-ci représentent quatre royaumes issus de cette nation, qui, cependant, n'auront pas la même puissance.
23 A la fin de leur règne, quand les méchants auront mis le comble à leur révolte contre Dieu, s'élèvera un roi dur et expert en intrigues. 24 Sa puissance ira en croissant, mais non par sa propre force. Il causera d'incroyables ravages et réussira dans ce qu'il entreprendra ; il exterminera de puissants adversaires et décimera les membres du peuple saint. 25 Grâce à son habileté, il réussira à tromper beaucoup de gens, l'orgueil remplira son cœur, il fera périr bien des hommes qui vivaient en paix ; il s'insurgera même contre le Prince des princes, mais il sera brisé sans aucune intervention humaine.
26 Ce qui t'a été annoncé dans la vision des soirs et des matins est parfaitement vrai, mais tiens-en le sens caché, car elle concerne une époque très lointaine.
27 Là-dessus, moi, Daniel, je fus complètement épuisé et malade pendant plusieurs jours. Après cela, je me relevai et je retournai m'occuper des affaires du roi. Je demeurais frappé de stupeur par cette vision que je ne parvenais pas à comprendre.
(Daniel 8/1-27).
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Extrait de mon article consacré à Dhu-l-Qarnayn (ذُو الْقَرْنَيْن) :
Dans l'une des visions de Daniel relatées dans le TaNaKh, Livre de Daniel, chapitre 8, il est dit que ce prophète (sur lui soit la paix) vit un bélier qui avait deux cornes, et qui était très puissant ; mais peu après un bouc venu de l'occident surgit qui terrassa le premier animal (voir Daniel 8/1-8). Selon le texte, l'ange Gabriel vint ensuite en donner l'interprétation à ce prophète : "Le bélier que tu as vu, ses deux cornes ce sont les rois des Mèdes et des Perses" (Daniel 8/20) (avant de lui dire : "Le bouc velu est le roi de Yavan" : 8/21 : il s'agit de l'empire hellénistique, avec Alexandre de Macédoine comme premier empereur, qui devait plus tard vaincre l'empire perse).
Chez les Commentateurs classiques du Coran, on trouve, parmi les explications de ce surnom, une explication qui est semblable sur le fond ("il fut surnommé ainsi parce qu'il a réuni deux peuples"), quoique différente dans la détermination de l'un de ces deux peuples : "وقيل: لأنه كان ملك الروم وفارس" (Tafsîr ul-Baghawî) ; "وعن وهب: لأنه ملك الروم وفارس؛ وروى: الروم والترك" (Tafsîr uz-Zamakhsharî).
Cyrus II fut donc "ذُو الْقَرْنَيْن", "celui aux deux cornes", à cause du fait qu'il avait réuni dans ses mains, en - 550, le commandement des Perses et celui des Mèdes.
(...)
La cause de la révélation du récit de Dhu-l-Qarnayn est que les Qurayshites de la Mecque, désemparés face à la prédication du prophète Muhammad - صلى الله عليه وسلم - dans leur cité, déléguèrent deux des leurs, an-Nadhr ibn ul-Hârith et 'Uqba ibn Abî Mu'ayt, auprès des rabbins de la communauté juive de Yathrib (la ville où le Prophète devait plus tard émigrer et qui devait prendre alors le nom de Médine, pour "Madînat un-Nabî", "Ville du Prophète"). Les juifs étant perçus par les Qurayshites comme les "gens de la Première Ecriture", les deux hommes avaient pour mission de leur décrire Muhammad et son comportement, afin de leur demander s'il pouvait réellement être un prophète de Dieu.
Ils revinrent à la Mecque munis de questions à poser à Muhammad : les rabbins leur avaient dit : "S'il vous informe de cela, c'est un prophète suscité par Dieu. Sinon, c'est un homme attribuant (à Dieu ce que Celui-ci ne lui a pas dit) ; vous établirez alors à son sujet votre avis" (Tafsîr ut-Tabarî, 22657).
Une délégation qurayshite se rendit alors auprès du Prophète et lui posa les questions ; le Prophète répondit : "Je vous informerai demain de ce au sujet de quoi vous avez questionné" et oublia d'ajouter : "avec l'aide de Dieu" ou "si Dieu le veut".
Dieu ne communiqua alors aucune réponse, et plusieurs jours passèrent sans que le Prophète puisse tenir sa promesse. Les Mecquois exultaient, tandis que le Prophète était abattu.
Enfin, quand 15 jours se furent écoulés pendant lesquels le Ciel resta silencieux, Gabriel apporta la parole de Dieu répondant aux questions et lui rappelant également qu'il ne devait jamais dire : "Je ferai telle chose demain" sans ajouter : "si Dieu le veut" (Tafsîr ut-Tabarî, 22657) (repris dans Tafsîr Ibn Kathîr, tome 3 p. 64 ; voir aussi p. 70).
Ibn Is'hâq a relaté les 3 questions que les rabbins demandèrent aux Qurayshites d'adresser à leur concitoyen :
--- "Questionnez-le au sujet de jeunes qui avaient disparu dans le temps ancien : que leur est-il arrivé d'histoire étrange ?"
--- "Questionnez-le au sujet de l'homme qui avait fait beaucoup de déplacements et a atteint l'orient et l'occident de la Terre : quelle fut son affaire ?"
--- "Questionnez-le au sujet de l'âme : qu'est-ce ?" (Tafsîr ut-Tabarî, 22657).
As-Syôharwî pense pour sa part que seules les 2 dernières de ces questions ont eu pour origine ces rabbins, tandis que la 1ère (relative aux Dormants de la Caverne) fut ajoutée par les Quraysh eux-mêmes.
En tous cas, cette cause de révélation (sabab un-nuzûl) étaye qu'il s'agit bien de Cyrus II : celui-ci, ayant conquis Babylone en -539, a libéré les juifs qui s'y trouvaient en captivité et les a autorisés à rentrer à Jérusalem et à y rebâtir Bayt ul-Maqdis, le lieu de culte dédié à Dieu l'Unique (et que les Babyloniens avaient détruit). Les juifs le tiennent donc en haute estime.
Une question demeure : Les rabbins de Yathrib avaient-ils explicitement mentionné le surnom "celui aux deux cornes" lorsqu'ils proposèrent cette question ?
Ce surnom ne figure pas dans la narration de at-Tabarî sus-citée. Il figure par contre dans une autre narration, elle aussi rapportée par at-Tabarî (numéro 23076) ; cependant, cette autre narration présente un tout autre contexte, et d'une part sa chaîne de narration n'est pas authentique, d'autre part son contenu présente des problèmes, dit Ibn Kathîr : "وقد أورد ابن جرير هاهنا، والأموي في مغازيه، حديثا أسنده - وهو ضعيف - عن عقبة بن عامر، أن نفرا من اليهود جاؤوا يسألون النبي صلى الله عليه وسلم عن ذي القرنين، فأخبرهم بما جاؤوا له ابتداء، فكان فيما أخبرهم به: "أنه كان شابا من الروم، وأنه بنى الإسكندرية، وأنه علا به ملك في السماء، وذهب به إلى السد، ورأى أقواما وجوههم مثل وجوه الكلاب". وفيه طول ونكارة، ورفعه لا يصح، وأكثر ما فيه أنه من أخبار بني إسرائيل. والعجب أن أبا زرعة الرازي - مع جلالة قدره - ساقه بتمامه في كتابه دلائل النبوة، وذلك غريب منه. وفيه من النكارة أنه من الروم، وإنما الذي كان من الروم الإسكندر الثاني ابن فيليبس المقدوني، الذي تؤرخ به الروم" (Tafsîr Ibn Kathîr).
W'Allâhu A'lam (Dieu sait mieux).
