Quels objectifs peut-on avoir quand on visite les tombes ? Et la tombe du Prophète (sur lui soit la paix) à Médine ? – Faut-il se lever quand un confoi funéraire passe ?

Question :

Je m'interroge sur le fait de savoir si on peut se rendre sur une tombe. On me dit que c'est interdit (harâm). Je veux bien le croire mais je n'arrive pas à m'en convaincre. Pourriez-vous m'apporter des arguments clairs. Je vous remercie d'avance.

-

Réponse :

Ce qu'on vous a dit est faux : en soi, le fait d'aller visiter une tombe ne constitue pas un acte interdit. Par contre, c'est le fait d'adresser des invocations au défunt (comme lui demander de guérir sa maladie, etc.) qui est interdit car constituant un acte d'associationnisme (shirk) : ceci car l'invocation (du'â) est réservée à Dieu ; de même, sacrifier un animal au nom du défunt pour s'attirer ses faveurs est aussi un acte de shirk. Ce genre d'actes était et est, aujourd'hui encore, toujours pratiqué dans certaines sociétés humaines. Ainsi, à Madagascar, pays voisin de mon île et terre natale de mon père, un véritable culte est rendu aux ancêtres décédés… En Inde, c'est sur les tombes des hommes pieux que sont faits invocations, offrandes et sacrifices.
Etant donné que les tombes font parfois ainsi l'objet d'un véritable culte, l'islam a instauré à leur sujet une série de précautions, destinées à prévenir du risque de tomber dans cette forme d'associationnisme.

La tombe du défunt, c'est sa maison. Et comme l'être humain a droit à un minimum de considération de la part d'autrui, cela est vrai pour le défunt. Ensuite : "Plus le défunt est vertueux, plus son droit est accentué" : "فإن قبر المسلم له من الحرمة ما جاءت به السنة، إذ هو بيت المسلم الميت، فلا يترك عليه شيء من النجاسات بالاتفاق ولا يوطأ ولا يداس، ولا يتكأ عليه عندنا وعند جمهور العلماء، ولا يجاور بما يؤذي الأموات من الأقوال والأفعال الخبيثة، ويستحب عند إتيانه السلام على صاحبه، والدعاء له. وكلما كان الميت أفضل، كان حقه أوكد" (Al-Iqtidhâ', p. 300).

-

A) Ce pour quoi il est institué de se rendre sur une tombe :

Se rendre sur une tombe est permis et même recommandé si l'on ne fait aucun des actes interdits que nous allons voir en B, mais aussi si l'on n'a aucun des objectifs qui sont alors interdits. Quels sont donc les objectifs autorisés que le musulman a en visitant une tombe ?

-

A.1) Revivifier en soi que la mort est une réalité qui concerne tout le monde (notre tour viendra aussi et il faut donc préparer notre mort en apportant la foi correcte et en faisant les bonnes actions) :

En effet, le Prophète (sur lui la paix) a dit : "Visitez les tombes ; elles rappellent la mort" : "عن أبي هريرة، قال: زار النبي صلى الله عليه وسلم قبر أمه، فبكى وأبكى من حوله، فقال: "استأذنت ربي في أن أستغفر لها فلم يؤذن لي، واستأذنته في أن أزور قبرها فأذن لي. فزوروا القبور فإنها تذكر الموت" (Muslim, 976).

-

A.2) Invoquer (du'â) Dieu pour qu'Il accorde Son pardon au défunt croyant :

Ceci est en effet ce que le Prophète faisait : il se rendait au cimetière de Médine, en saluait les occupants et invoquait Dieu pour leur pardon : "عن عائشة، أنها قالت: كان رسول الله صلى الله عليه وسلم - كلما كان ليلتها من رسول الله صلى الله عليه وسلم - يخرج من آخر الليل إلى البقيع، فيقول: "السلام عليكم دار قوم مؤمنين، وأتاكم ما توعدون غدا، مؤجلون، وإنا، إن شاء الله، بكم لاحقون، اللهم، اغفر لأهل بقيع الغرقد" (Muslim, 974/102).

Ibn Taymiyya : "Il est recommandé, quand on se rend à la (tombe d'un défunt (croyant), de saluer son habitant et d'invoquer Dieu pour lui" : "ويستحب عند إتيانه السلام على صاحبه، والدعاء له" (Al-Iqtidhâ', p. 300).

Et on peut, lorsqu'on invoque alors Dieu dans un cimetière, lever les mains : le Prophète a invoqué Dieu en levant trois fois ses mains quand il était au cimetière de Médine : "حتى جاء البقيع، فقام، فأطال القيام؛ ثم رفع يديه ثلاث مرات. ثم انحرف" (Muslim, 974/103), ce que an-Nawawî décrit comme ayant été fait pour invoquer Dieu (Shar'h Muslim). Cependant, il faut alors le faire en étant tourné vers la qibla et non pas vers la tombe.

S'il s'agit de la tombe de quelqu'un qui est apparemment mort sans la foi en Dieu et en le message du dernier messager en date, il faut noter qu'il est permis de visiter sa tombe avec l'objectif A.1 seulement, et non pas avec l'objectif A.2 (Al-Iqtidhâ', pp. 302-303) (cliquez ici pour en savoir plus).

En général on ne cite que ces deux objectifs à la visite des tombes. Cependant, apparemment il existe encore les deux autres objectifs suivants...

-

A.3) Exprimer son affection pour la personne du défunt, ou sa tristesse d'être séparé de lui, ou sa compassion pour lui :

Le fait est que le Prophète a dit avoir demandé à Dieu la permission de Lui demander pardon en faveur de sa mère, décédée non-musulmane (polythéiste précisément) et n'en avoir pas obtenu l'autorisation, par contre avoir demandé la permission de visiter sa tombe et de l'avoir obtenue ; lors de la visite à cette tombe, le Prophète pleura, faisant pleurer ceux qui étaient autour de lui (Muslim, 976).

Cette visite que le Prophète fit à la tombe de sa maman eut comme objectif non seulement de revivifier en soi la réalité de la mort, mais également (et ce sans demander pardon à Dieu pour elle) de se remémorer la personne de la défunte et sa proximité vis-à-vis de lui pendant la vie terrestre. En somme de témoigner d'un sentiment humain de compassion.

En effet, l'objectif A.1 (revivifier la réalité de la mort) peut être atteint par la visite de n'importe quelle tombe, et la volonté du Prophète de rendre visite à la tombe de sa maman semble avoir eu comme motivation quelque chose d'un peu plus particulier, peut-être ce sentiment ?
C'est ce à quoi Ibn Taymiyya semble avoir fait allusion dans ce passage :
"وقال الأكثرون: زيارة قبور المؤمنين مستحبة للدعاء للموتى [أ.2] مع السلام عليهم [أ.4]، كما كان النبي صلى الله عليه وسلم يخرج إلى البقيع فيدعو لهم، وكما ثبت عنه صلى الله عليه وسلم في الصحيحين أنه خرج إلى شهداء أحد فصلى عليهم صلاته على الموتى كالمودع للأحياء والأموات، وثبت عنه صلى الله عليه وسلم في الصحيح أنه كان يعلم أصحابه إذا زاروا القبور أن يقولوا: "السلام عليكم أهل الديار من المؤمنين وإنا إن شاء الله بكم لاحقون يرحم الله المستقدمين منا ومنكم والمستأخرين نسأل الله لنا ولكم العافية. اللهم لا تحرمنا أجرهم ولا تفتنا بعدهم واغفر لنا ولهم". وهذا في زيارة قبور المؤمنين. وأما زيارة قبر الكافر فرخص فيها لأجل تذكار الآخرة [أ.1]، ولا يجوز الاستغفار لهم [أ.2]: وقد ثبت في الصحيحين عن النبي صلى الله عليه وسلم أنه زار قبر أمه فبكى وأبكى من حوله. وقال: "استأذنت ربي في أن أزور قبرها فأذن لي واستأذنته في أن أستغفر لها فلم يأذن لي فزوروا القبور فإنها تذكركم الآخرة". (...).
والنوع الثاني: زيارة القبور لمجرد الحزن على الميت، لقرابته أو صداقته [أ.3]، فهذه مباحة كما يباح البكاء على الميت بلا ندب ولا نياحة. كما زار النبي صلى الله عليه وسلم قبر أمه فبكى وأبكى من حوله، وقال: زوروا القبور فإنها تذكركم الآخرة} . فهذه الزيارة كان نهى عنها لما كانوا يفعلون من المنكر فلما عرفوا الإسلام أذن فيها لأن فيها مصلحة وهو تذكر الموت. فكثير من الناس إذا رأى قريبه وهومقبور ذكر الموت واستعد للآخرة وقد يحصل منه جزع فيتعارض الأمران. ونفس الحزن مباح إن قصد به طاعة كان طاعة وإن عمل معصية كان معصية.
وأما النوع الثالث: فهو زيارتها للدعاء لها [أ.2] - كالصلاة على الجنازة. فهذا هو المستحب الذي دلت السنة على استحبابه؛ لأن النبي صلى الله عليه وسلم فعله وكان يعلم أصحابه ما يقولون إذا زاروا القبور"
(MF 27/378-379).

-

A.4) Honorer le défunt :

D'un côté, dans le hadîth suscité, il y a que le Prophète a reçu de Dieu la permission de se rendre sur la tombe de sa mère, décédée non musulmane (polythéiste précisément), qu'il le fit et versa alors des larmes. Il ne reçut pas l'autorisation de demander pardon pour elle, mais il put se tenir debout sur sa tombe (hadîth rapporté par Muslim, 976).

Cependant, d'un autre côté, dans un verset coranique, Dieu a dit au Prophète à propos des Hypocrites (ceux dont on savait qu'ils n'étaient pas musulmans bien qu'ils le disaient) : "وَلاَ تُصَلِّ عَلَى أَحَدٍ مِّنْهُم مَّاتَ أَبَدًا وَلاَ تَقُمْ عَلَىَ قَبْرِهِ إِنَّهُمْ كَفَرُواْ بِاللّهِ وَرَسُولِهِ وَمَاتُواْ وَهُمْ فَاسِقُونَ" : "Et ne prie (la prière du défunt) sur aucun d'entre eux qui meurt, et ne te tiens pas debout sur sa tombe. Ils n'ont pas cru en Dieu et en Son Messager, et sont morts en étant incroyants" (Coran 9/84).

Comment concilier ces deux textes apparemment contradictoires ?

Certains ulémas ont résolu cette contradiction en disant que le musulman ne doit pas du tout se tenir debout sur la tombe d'un non-croyant, conformément à ce que le verset dit. Quant au fait que le Prophète a rendu visite à la tombe de sa mère, cela était antérieur à la révélation de ce verset et a donc été abrogé (avis cité dans Rûh ul-ma'ânî).

Les autres ulémas font valoir que le verset et le hadîth ne parlent pas de la même chose :
----- certains disent que le hadîth autorise de se tenir debout sur la tombe d'un non-croyant. Dès lors, ce que le verset interdit c'est en fait tout simplement de se tenir debout sur la tombe d'un non-croyant pour prier Dieu en sa faveur (A.2). Cet avis semble être celui de Ibn Taymiyya : "فالزيارة الشرعية أن يكون مقصود الزائر الدعاء للميت؛ كما يقصد بالصلاة على جنازته الدعاء له. فالقيام على قبره من جنس الصلاة عليه قال الله تعالى في المنافقين: {ولا تصل على أحد منهم مات أبدا ولا تقم على قبره} فنهى نبيه عن الصلاة عليهم والقيام على قبورهم لأنهم كفروا بالله ورسوله وماتوا وهم كافرون. فلما نهى عن هذا وهذا لأجل هذه العلة وهي الكفر دل ذلك على انتفاء هذا النهي عند انتفاء هذه العلة. ودل تخصيصهم بالنهي على أن غيرهم يصلى عليه ويقام على قبره (...). ولهذا كانت الصلاة على الموتى من المؤمنين والقيام على قبورهم من السنة المتواترة فإن النبي صلى الله عليه وسلم (...) كان يزور قبور أهل البقيع والشهداء بأحد ويعلم أصحابه إذا زاروا القبور أن يقول أحدهم "السلام عليكم أهل الديار من المؤمنين والمسلمين، وإنا إن شاء الله تعالى بكم لاحقون، ويرحم الله المستقدمين منا ومنكم والمستأخرين، نسأل الله لنا ولكم العافية، اللهم لا تحرمنا أجرهم ولا تفتنا بعدهم" (...). فهذه الزيارة لقبور المؤمنين مقصودها الدعاء لهم. وهذه غير الزيارة المشتركة التي تجوز في قبور الكفار" (MF 1/165-166 ; At-Tawassul wa-l-wassîla, pp. 36-37) ;
----- d'autres disent que le verset interdit de se tenir sur la tombe d'un non-croyant (que ce soit au moment de l'enterrement, ou plus tard, quand la tombe est déjà faite) avec l'objectif de l'honorer (ikrâm) (A.4) (ce qui correspond au sens que l'on donne habituellement au terme "visite d'une tombe"), tandis que le hadîth autorise le fait de se rendre sur la tombe d'un non-croyant avec pour objectif de revivifier en soi la réalité de la mort et donc de la brièveté de la vie terrestre. C'est l'avis de at-Thânwî : "قیام علی القبر سے مراد وہ ہے جو بطور اکرام [أ.4] کے ہو، خواہ بغرض زیارت ہو، یا بغرض دفن" (Bayân ul-qur'ân).

Ce que le verset 9/84 interdit, c'est donc le fait de se tenir debout sur la tombe de quelqu'un qui est mort non-musulman :
--- pour demander le pardon de Dieu en sa faveur (A.2),
--- ou pour l'honorer (A.4).

Si ce dernier objectif est interdit en faveur du défunt non-musulman, alors il est autorisé en faveur du défunt musulman. Wallâhu A'lam.

-
Par ailleurs, Ibn Taymiyya a également souligné que la visite à une tombe a aussi comme objectif de saluer expressément l'habitant de la tombe : ce que le Prophète (sur lui soit la paix) faisait alors et a ordonné de faire "n'est qu'une salutation que l'on adresse au défunt, comme on adresse une salutation au vivant ; et une invocation (adressée à Dieu) en faveur du défunt comme on fait une invocation en sa faveur (juste) avant son enterrement ou (juste) après" : "فهذا ونحوه مما كان النبي صلى الله عليه وسلم يفعله، ويأمر به أمته عند قبور المسلمين، عقب الدفن، وعند زيارتهم، والمرور بهم، إنما هو تحية للميت، كما يحي الحي، ودعاء له، كما يدعى له إذا صلى عليه قبل الدفن أو بعده. وفي ضمن الدعاء للميت، دعاء الحي لنفسه، ولسائر المسلمين، كما أن الصلاة على الجنازة فيها الدعاء للمصلي، ولسائر المسلمين، وتخصيص الميت بالدعاء له" (Al-Iqtidhâ', Ibn Taymiyya, p. 301).
"وأما السلام الذي لا يسمعه* فذلك سلام الله عليهم به عشرا كالسلام عليه في الصلاة وعند دخول المسجد والخروج منه. وهذا السلام مأمور به في كل مكان وزمان، وهو أفضل من السلام المختص بقبره: فإن هذا المختص بقبره: من جنس تحية سائر المؤمنين أحياء وأمواتا. وأما السلام المطلق العام فالأمر به من خصائصه، كما أن الأمر بالصلاة من خصائصه. وإن كان في الصلاة والسلام على غيره عموما، وفي الصلاة على غيره خصوصا، نزاع" (MF 27/407) * أي مباشرةً بل يُبلَّغه.
"فهذا مالك وهو أعلم أهل زمانه - أي زمن تابع التابعين بالمدينة النبوية الذين كان أهلها في زمن الصحابة والتابعين وتابعيهم أعلم الناس بما يشرع عند قبر النبي صلى الله عليه وسلم - يكرهون الوقوف للدعاء بعد السلام عليه. وبين أن المستحب هو الدعاء له ولصاحبيه وهو المشروع من الصلاة والسلام، وأن ذلك أيضا لا يستحب لأهل المدينة كل وقت، بل عند القدوم من سفر أو إرادته؛ لأن ذلك تحية له، والمحيا لا يقصد بيته كل وقت لتحيته؛ بخلاف القادمين من السفر. وقال مالك في رواية أبي وهب: إذا سلم على النبي صلى الله عليه وسلم يقف وجهه إلى القبر، لا إلى القبلة، ويدنو ويسلم ولا يمس القبر بيده. وكره مالك أن يقال: "زرنا قبر النبي صلى الله عليه وسلم": قال القاضي عياض: كراهة مالك له لإضافته إلى قبر النبي صلى الله عليه وسلم لقوله: "اللهم لا تجعل قبري وثنا يعبد اشتد غضب الله على قوم اتخذوا قبور أنبيائهم مساجد" ينهى عن إضافة هذا اللفظ إلى القبر والتشبه بفعل ذلك؛ قطعا للذريعة وحسما للباب" (MF 27/117-119).

Saluer le défunt, cela semble relever de l'objectif plus général d'honorer le défunt (A.4).
Or Ibn Taymiyya n'a pas dit si cet objectif pouvait également être présent lors de la visite à la tombe d'un homme mort sans la foi que Dieu agrée. Il semble que non, wallâhu a'lam.

Un hadîth dit d'ailleurs : "Toute personne qui passe près de la tombe de son frère croyant, qu'il connaissait dans la vie terrestre, et lui adresse sa salutation, (le défunt) le reconnaît et lui rend sa salutation" : "ما من أحد يمر بقبر أخيه المؤمن كان يعرفه في الدنيا فيسلم عليه إلا عرفه ورد عليه السلام". Ce hadîth est authentique d'après certains ulémas (parmi lesquels Ibn Taymiyya), non-authentique d'après d'autres (parmi lesquels al-Albânî). Ibn Rajab pense lui aussi qu'il n'est pas authentique (cf. Al-Âyât ul-bayyinât, p. 70).

-
Ibn ul-Qayyim a cité, parmi les objectifs institués de la visite à une tombe :
- le fait de se souvenir de l'au-delà (A.1) ;
- celui de prier en faveur du défunt croyant (A.2) ;
- mais également : "être bienfaisant vis-à-vis du défunt : ne pas laisser de longue séquence de temps en l'ayant en quelque sorte délaissé et oublié - comme lorsqu'il délaisse longtemps le fait de rendre visite à un vivant, il l'oublie - ; car lorsqu'il rend visite au vivant, celui-ci est content de sa visite ; le défunt à plus forte raison, car il est parvenu dans un lieu dont les habitants ont quitté leurs frères, leur famille et leur connaissances". [Voilà qui semble correspondre à ce que j'ai désigné comme : "objectif A.4".]

"فصل فى الفرق بين زيارة الموحدين للقبور، وزيارة المشركين
أما زيارة الموحدين، فمقصودها ثلاثة أشياء:
أحدها: تذكر الآخرة والاعتبار والاتعاظ؛ وقد أشار النبى صلى الله تعالى عليه وآله وسلم إلى ذلك بقوله: "زُورُوا الْقُبُورَ، فَإٍنّهَا تُذَكرُكُمُ الآخِرَةَ".
الثانى: الإحسان إلى الميت، وأن لا يطول عهده به، فيهجره، ويتناساه، كما إذا ترك زيارة الحى مدة طويلة تناساه، فإذا زار الحى، فرح بزيارته وسر بذلك؛ فالميت أولى، لأنه قد صار فى دار قد هجر أهلها إخوانهم وأهلهم ومعارفهم، فإذا زاره وأهدى إليه هدية من دعائه، أو صدقة، أو أهدى قربة، ازداد بذلك سروره وفرحه، كما يسر الحى بمن يزوره ويهدى له. ولهذا شرع النبى صلى الله تعالى عليه وآله وسلم للزائرين أن يدعوا لأهل القبور بالمغفرة والرحمة، وسؤال العافية فقط. ولم يشرع أن يدعوهم، ولا يدعواً بهم، ولا يصلى عندهم.
الثالث: إحسان الزائر إلى نفسه باتباع السنة والوقوف عند ما شرعه الرسول صلى الله تعالى عليه وآله وسلم، فيحسن إلى نفسه وإلى المزور.
وأما الزيارة الشركية، فأصلها مأخوذ عن عباد الأصنام" (Ighâthat ul-lahfân, p. 142 ; tome 1 p. 337 dans l'édition que je possède).
Ce qu'il a mentionné ici en troisième position est d'ordre général (et ne figure pas parmi les objectifs détaillés que j'ai cités plus haut).

-

Est-ce que le défunt a conscience de la visite que le vivant lui fait ?

Oui d'après Ibn ul-Qayyim (Ar-Rûh) et d'autres ulémas.
Je ne sais cependant pas (لا أدري) si cela est général à tous les défunts, ou particulier aux défunts croyants.

-

Par ailleurs encore, le Prophète (sur lui soit la paix) s'est levé lors du passage de convoi funéraire d'un non-musulman, et a demandé de se lever quand un convoi funéraire passe et qu'on se trouve sur son passage. Questionné quant à la raison de ce geste, il a expliqué : "La mort est un effroi" :

"عن جابر بن عبد الله، قال: مرت جنازة، فقام لها رسول الله صلى الله عليه وسلم، وقمنا معه؛ فقلنا: يا رسول الله، إنها يهودية، فقال: "إن الموت فزع، فإذا رأيتم الجنازة فقوموا" : "La mort est un effroi. Aussi, lorsque vous voyez un convoi funéraire, levez-vous" (Muslim, 960). Or la mort touche chaque humain, aussi il s'agit de se lever quand passe le convoi de tout humain [sauf s'il s'agit de quelqu'un qui combattait l'islam et les musulmans] : "سمعت عبد الرحمن بن أبي ليلى، قال: كان سهل بن حنيف وقيس بن سعد قاعدين بالقادسية، فمروا عليهما بجنازة، فقاما. فقيل لهما إنها من أهل الأرض أي من أهل الذمة، فقالا: إن النبي صلى الله عليه وسلم مرت به جنازة فقام، فقيل له: إنها جنازة يهودي، فقال: "أليست نفسا" (al-Bukhârî, 1250).

Cela semble rejoindre l'objectif A.2 : Revivifier en soi que la mort est une réalité qui concerne chacun.

Ibn Hajar explique cela en ces termes : "قال القرطبي: معناه أن الموت يفزع منه إشارة إلى استعظامه؛ ومقصود الحديث أن لا يستمر الإنسان على الغفلة بعد رؤية الموت لما يشعر ذلك من التساهل بأمر الموت؛ فمن ثم استوى فيه كون الميت مسلما أو غير مسلم" (Fat'h ul-bârî).
Puis : "قوله "أليست نفسا؟" هذا لا يعارض التعليل المتقدم حيث قال إن للموت فزعا على ما تقدم. وكذا ما أخرجه الحاكم من طريق قتادة عن أنس مرفوعا فقال: "إنما قمنا للملائكة". ونحوه لأحمد من حديث أبي موسى ولأحمد وابن حبان والحاكم من حديث عبد الله بن عمرو مرفوعا: "إنما تقومون إعظاما للذي يقبض النفوس"، ولفظ ابن حبان: "إعظاما لله الذي يقبض الأرواح": فإن ذلك أيضا لا ينافي التعليل السابق، لأن القيام للفزع من الموت، فيه تعظيم لأمر الله وتعظيم للقائمين بأمره في ذلك وهم الملائكة" (Ibid.).
Enfin : "وأما ما أخرجه أحمد من حديث الحسن بن علي قال: "إنما قام رسول الله صلى الله عليه وسلم تأذيا بريح اليهودي"، زاد الطبراني من حديث عبد الله بن عياش بالتحتانية والمعجمة: "فآذاه ريح بخورها"، وللطبراني والبيهقي من وجه آخر عن الحسن: "كراهية أن تعلو رأسه"، فإن ذلك لا يعارض الأخبار الأولى الصحيحة أما أولا فلأن أسانيدها لا تقاوم تلك في الصحة، وأما ثانيا فلأن التعليل بذلك راجع إلى ما فهمه الراوي، والتعليل الماضي صريح من لفظ النبي صلى الله عليه وسلم فكأن الراوي لم يسمع التصريح بالتعليل منه فعلل باجتهاده" (Ibid.).

Est-ce que le fait de se lever ainsi demeure mustahabb (recommandé), ou bien a été complètement abrogé, il y a divergence entre les ulémas sur le sujet.

Le fait est que, dans un autre hadîth, on lit ceci : "عن واقد بن عمرو بن سعد بن معاذ الأنصاري، أن نافع بن جبير، أخبره أن مسعود بن الحكم الأنصاري، أخبره أنه سمع علي بن أبي طالب، يقول في شأن الجنائز "إن رسول الله صلى الله عليه وسلم قام، ثم قعد". وإنما حدث بذلك لأن نافع بن جبير رأى واقد بن عمرو قام حتى وضعت الجنازة" : "Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, se levait, puis il s'est assis" (Muslim, 962) ; "عن علي بن أبي طالب: أن النبي صلى الله عليه وسلم قام في الجنائز، ثم قعد بعد" : "Le Prophète, que Dieu le bénisse et le salue, s'est levé lors des convois funéraires, puis, plus tard il s'est assis" (Abû Dâoûd, 3175).

Cependant, cet autre hadîth n'est pas explicite dans l'abrogation : "وقد اختلف أهل العلم في أصل المسألة. فذهب الشافعي إلى أنه غير واجب فقال هذا إما أن يكون منسوخا أو يكون قام لعلة وأيهما كان فقد ثبت أنه تركه بعد فعله، والحجة في الآخر من أمره، والقعود أحب إلي انتهى. وأشار بالترك إلى حديث علي أنه صلى الله عليه وسلم قام للجنازة ثم قعد أخرجه مسلم. قال البيضاوي: يحتمل قول علي "ثم قعد: أي بعد أن جاوزته وبعدت عنه ويحتمل أن يريد كان يقوم في وقت ثم ترك القيام أصلا، وعلى هذا يكون فعله الأخير قرينة في أن المراد بالأمر الوارد في ذلك الندب؛ ويحتمل أن يكون نسخا للوجوب المستفاد من ظاهر الأمر. والأول أرجح لأن احتمال المجاز يعني في الأمر أولى من دعوى النسخ انتهى. والاحتمال الأول يدفعه ما رواه البيهقي من حديث علي أنه أشار إلى قوم قاموا أن يجلسوا ثم حدثهم الحديث ومن ثم قال بكراهة القيام جماعة منهم سليم الرازي وغيره من الشافعية. وقال ابن حزم: قعوده صلى الله عليه وسلم بعد أمره بالقيام يدل على أن الأمر للندب ولا يجوز أن يكون نسخا لأن النسخ لا يكون إلا بنهي أو بترك معه نهي انتهى. وقد ورد معنى النهي من حديث عبادة قال: "كان النبي صلى الله عليه وسلم يقوم للجنازة فمر به حبر من اليهود فقال هكذا نفعل فقال اجلسوا وخالفوهم" أخرجه أحمد وأصحاب السنن إلا النسائي؛ فلو لم يكن إسناده ضعيفا لكان حجة في النسخ. وقال عياض: ذهب جمع من السلف إلى أن الأمر بالقيام منسوخ بحديث علي. وتعقبه النووي بأن النسخ لا يصار إليه إلا إذا تعذر الجمع وهو هنا ممكن، قال: والمختار أنه مستحب وبه قال المتولي انتهى. وقول صاحب المهذب هو على التخيير كأنه مأخوذ من قول الشافعي المتقدم لما تقتضيه صيغة أفعل من الاشتراك، ولكن القعود عنده أولي. وعكسه قول ابن حبيب وابن الماجشون من المالكية كان قعوده صلى الله عليه وسلم لبيان الجواز فمن جلس فهو في سعة ومن قام فله أجر" (Fat'h ul-bârî).

Alî al-qâri' écrit : "قال القاضي: الحديث يحتمل معنيين: الأول: أنه كان يقوم للجنازة ثم يقعد بعد قيامه إذا تجاوزت عنه. قال ابن الملك: ليعلم الناس أن اتباعها غير واجب بل يستحب، الثاني: أنه كان يقوم أياما ثم لم يكن يقوم بعد ذلك، وعلى هذا يكون فعل الأخير قرينة وأمارة على أن الأمر الوارد في ذينك الخبرين للندب، ويحتمل أن يكون نسخا للوجوب المستفاد من ظاهر الأمر بالقيام. والأول أرجح، لأن احتمال المجاز أقرب من النسخ اهـ. وتبعه ابن الملك حيث قال: والمختار أنه غير منسوخ فيكون الأمر بالقيام للندب، وقعوده صلى الله عليه وسلم لبيان الجواز لعدم تعذر الجمع اهـ. وقد صرح الطحاوي بأنه منسوخ، وأتى بأدلته، قال: وبه نأخذ. وقال ابن الهمام: أما القاعد على الطريق إذا مرت به أو على القبر إذا جيء به فلا يقوم لها، وقيل: يقوم، واختير الأول لما روي عن علي رضي الله عنه: "كان رسول الله صلى الله عليه وسلم أمرنا بالقيام في الجنازة ثم جلس بعد ذلك، وأمرنا بالجلوس"، وبهذا اللفظ لأحمد تم كلامه" (Mirqât, commentaire du n° 1650).
Mais même à retenir la version de Ahmad que Ibn ul-Humâm a citée, le caractère "complètement abrogé" du fait de se lever lors du passage d'un convoi funéraire n'est pas certain, car il est possible que ce soit en fait le fait de rester debout dans le cimetière jusqu'à ce que le défunt soit déposé par terre qui a été abrogé : "عن عبادة بن الصامت، قال: كان رسول الله صلى الله عليه وسلم يقوم في الجنازة حتى توضع في اللحد، فمر به حبر من اليهود، فقال: هكذا نفعل، فجلس النبي صلى الله عليه وسلم، وقال: "اجلسوا خالفوهم" : "Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, se tenait debout lors de (l'accompagnement du) convoi funéraire, jusqu'à ce que le défunt soit déposé dans la tombe. Un érudit juif passa et dit : "Nous faisons ainsi." Le Prophète, sur lui soit la paix) s'assit alors et dit : "Asseyez-vous, faites différemment d'eux" (Abû Dâoûd, 3176).
Alî al-qârî formule cela ainsi : "قال: واعترض على النووي بأن الذي فهمه علي كرم الله وجهه الترك مطلقا، وهو الظاهر على أن فهم الصحابي (...) مقدم على فهم غيره، لأنه يساعده من القرائن الخارجية ما لا يدركه غيره، ولهذا أمر بالقعود من رآه قائما، واحتج بالحديث وهو كما في مسلم: "قام النبي صلى الله عليه وسلم مع الجنازة حتى توضع وقام الناس معه، ثم قعد بعد ذلك وأمرهم بالقعود"، وفي رواية: أنه "رأى ناسا قياما ينتظرون الجنازة أن توضع فأشار إليهم بدرة معه أو سوط أن اجلسوا، فأتى رسول الله صلى الله عليه وسلم ثم جلس بعد ما كان يقوم"؛ وبهذا اتضح ما ذهب إليه الشافعي من نسخهما اهـ. وأنت ترى أن هذا الحديث إنما يفيد منع القيام حتى توضع. والكلام إنما هو في القيام عند رؤية الجنازة ابتداء، والظاهر أن هذا قضية أخرى، ونسخ لحكم آخر. ويؤيده ما سيأتي من "أنه عليه الصلاة والسلام كان إذا تبع جنازة لم يقعد حتى توضع في اللحد فعرض له حبر من اليهود فقال له: إنا هكذا نصنع يا محمد، قال: فجلس صلى الله عليه وسلم، وقال: خالفوهم" (Mirqât).

-

B) Ce qu'il ne faut pas faire lors d'une visite à une tombe :

-
B.1) Demander à l'âme du défunt de réaliser un besoin qu'on a ("Iqdhi hâjatî kadhâ wa kadhâ") :

Cela relève de l'associationnisme (shirk akbar) vis-à-vis de Dieu (lire mon article : Pourquoi peut-on demander son aide à un ami mais pas à un saint défunt ?).

-

B.2) Demander à l'âme du défunt d'adresser à Dieu telle invocation pour soi ("ud'u-llâha lî") :

Cela constitue une innovation (bid'a) (qui ne va certes pas jusqu'au shirk) (lire mon article : Demander au Prophète, devant sa tombe : "Messager de Dieu, invoque Dieu en notre faveur" : institué ou pas ?).

-

B.3) Certaines autres choses encore, qui sont mentionnées dans notre autre article (certaines de ces choses étant interdites, d'autres déconseillées) :

Accomplir la prière rituelle pour Dieu, mais le faire VERS, ou SUR, ou bien PRES DE la tombe d'un pieux (le Prophète ou autre) : autorisé ou interdit ?

-

B.4) Croire qu'on peut retirer des avantages spirituels de l'âme du défunt (tels qu'on en retire de par la compagnie des pieux qui sont vivants) :

Cela n'a pas de fondement.

Al-Ghazâlî a fait ici une erreur (khata') lorsqu'il fait l'analogie de la visite faite aux pieux défunts à la visite faite aux pieux vivants, par rapport à l'objectif d'en retirer de la bénédiction : "ولذلك قال صلى الله عليه وسلم لا تشد الرحال إلا إلى ثلاثة مساجد المسجد الحرام ومسجدي هذا والمسجد الأقصى. وقد ذهب بعض العلماء إلى الاستدلال بهذا الحديث في المنع من الرحلة لزيارة المشاهد وقبور العلماء والصلحاء. وما تبين لي أن الأمر كذلك بل الزيارة مأمور بها؛ قال صلى الله عليه وسلم: "كنت نهيتكم عن زيارة القبور فزوروها ولا تقولوا هجرا". والحديث إنما ورد في المساجد، وليس في معناها المشاهد؛ لأن المساجد بعد المساجد الثلاثة متماثلة، ولا بلد إلا وفيه مسجد فلا معنى للرحلة إلى مسجد آخر. وأما المشاهد فلا تتساوى، بل بركة زيارتها على قدر درجاتهم عند الله عز وجل. نعم لو كان في موضع لا مسجد فيه فله أن يشد الرحال إلى موضع فيه مسجد وينتقل إليه بالكلية إن شاء. ثم ليت شعري هل يمنع هذا القائل من شد الرحال إلى قبور الأنبياء عليهم السلام مثل إبراهيم وموسى ويحيى وغيرهم عليهم السلام؟ فالمنع من ذلك في غاية الإحالة. فإذا جوز هذا فقبور الأولياء والعلماء والصلحاء في معناها؛ فلا يبعد أن يكون ذلك من أغراض الرحلة، كما أن زيارة العلماء في الحياة من المقاصد" (Al-Ihyâ' 1/380-381).

Pour ce qui est d'entreprendre un voyage pour se rendre sur n'importe quelle tombe, Ibn Taymiyya dit qu'entreprendre un voyage pour cela est mak'rûh tahrîmî, fût-ce la tombe du Prophète (sur lui soit la paix) à Médine : il faut, dit-il, avoir l'objectif de se rendre dans sa mosquée, et, de façon secondaire, de rendre visite à sa tombe ; mais on ne peut pas entreprendre la voyage avec l'objectif de se rendre sur la tombe du Prophète (sur lui soit la paix), comme de n'importe quelle autre tombe de prophète ou de pieux.

Un autre avis que celui de Ibn Taymiyya est possible sur le point précis du voyage entrepris pour uniquement ou prioritairement rendre visite à la tombe du Prophète (sur lui soit la paix) : cela est "bien". Cependant :
--- primo ce n'est pas pour retirer du Prophète une bénédiction, mais pour l'honorer et le saluer (objectif A.4), ainsi que pour lui exprimer son affection particulière (objectif A.3) ;
--- secundo, les frais du voyage (en termes financiers autant qu'en termes de temps et d'énergie) sont à soupeser avec ce que l'on recherche : une fois arrivés à La Mecque, il est bien de se rendre à Médine, pour y accomplir la prière dans la Masjid Nabawî et autant pour rendre visite à la tombe du Prophète ; par contre, entreprendre depuis un pays étranger, un voyage spécialement pour rendre visite à la tombe du Prophète, cela semble mak'rûh tanzîhî ; surtout quand on lit la parole qui va être citée un peu plus bas : "Toi et un homme en Andalousie sont semblables par rapport à lui" ;
--- tertio, les non-prophètes ne sont pas comparables aux prophètes ; en sus, notre relation avec ces derniers n'est pas la même qu'avec celle du Dernier prophète. On ne peut donc pas faire la ta'diya du hukm du voyage entrepris pour se rendre sur la tombe du Prophète (sur lui soit la paix) (avec les deux nuances exprimées en primo et secundo), au voyage entrepris pour se rendre sur la tombe d'un non-prophète.

-

C) Se rendre près de la tombe du Prophète (sur lui soit la paix) à Médine :

Il est tout à fait institué (mashrû') de se rendre près de la tombe du Prophète (sur lui soit la paix) à Médine et de présenter ses salutations au Prophète : l'objectif est alors de présenter ses salutations à celui-ci "قال أبو الوليد الباجي: وعندي أن يدعو للنبي صلى الله عليه وسلم بلفظ الصلاة، ولأبي بكر وعمر بلفظ السلام، لما في حديث ابن عمر من الخلاف. وهذا الدعاء يفسر الدعاء المذكور في رواية ابن وهب قال مالك في رواية ابن وهب: إذا سلم على النبي صلى الله عليه وسلم ودعا يقف ووجهه إلى القبر لا إلى القبلة ويدنو ويسلم ولا يمس القبر. فهذا هو السلام عليه والدعاء له بالصلاة عليه كما تقدم تفسيره. وكذلك كل دعاء ذكره أصحابه كما ذكر ابن حبيب في الواضحة وغيره. قال: وقال مالك في المبسوط: وليس يلزم من دخل المسجد وخرج من أهل المدينة الوقوف بالقبر؛ وإنما ذلك للغرباء. وقال فيه أيضا: ولا بأس لمن قدم من سفر أو خرج إلى سفر أن يقف على قبر النبي صلى الله عليه وسلم فيصلي عليه ويدعو له ولأبي بكر وعمر. قيل له: فإن ناسا من أهل المدينة لا يقدمون من سفر ولا يريدونه يفعلون ذلك في اليوم مرة أو أكثر وربما وقفوا في الجمعة أو الأيام المرة والمرتين أو أكثر عند القبر فيسلمون ويدعون ساعة. فقال مالك: لم يبلغني هذا عن أهل الفقه ببلدنا، وتركه واسع، ولا يصلح آخر هذه الأمة إلا ما أصلح أولها، ولم يبلغني عن أول هذه الأمة وصدرها أنهم كانوا يفعلون ذلك، ويكره إلا لمن جاء من سفر أو أراده. قال ابن القاسم: ورأيت أهل المدينة إذا خرجوا منها أو دخلوا، أتوا القبر فسلموا؛ قال: ولذلك رأى. . . قال أبو الوليد الباجي: ففرق بين أهل المدينة والغرباء، لأن الغرباء قصدوا لذلك، وأهل المدينة مقيمون بها لم يقصدوها من أجل القبر والتسليم. قال: وقال رسول الله صلى الله عليه وسلم "اللهم لا تجعل قبري وثنا يعبد"، "اشتد غضب الله على قوم اتخذوا قبور أنبيائهم مساجد" قال: وقال النبي صلى الله عليه وسلم "لا تجعلوا قبري عيدا". قال: ومن كتاب أحمد بن شعبة فيمن وقف بالقبر لا يلتصق به ولا يمسه ولا يقف عنده طويلا. وفي العتبية يعني عن مالك: يبدأ بالركوع قبل السلام في مسجد النبي صلى الله عليه وسلم وأحب مواضع التنفل فيه مصلى النبي صلى الله عليه وسلم حيث العمود المخلق وأما في الفريضة فالتقدم إلى الصفوف. قال: والتنفل فيه للغرباء أحب إلي من التنفل في البيوت. فهذا قول مالك وأصحابه وما نقلوه عن الصحابة يبين أنهم لم يقصدوا القبر إلا للسلام على النبي صلى الله عليه وسلم والدعاء له. وقد كره مالك إطالة القيام لذلك وكره أن يفعله أهل المدينة كلما دخلوا المسجد وخرجوا منه؛ وإنما يفعل ذلك الغرباء ومن قدم من سفر أو خرج له. فإنه تحية للنبي صلى الله عليه وسلم" (MF 1/231-232 ; Qâ'ida jalîla fi-t-tawassul wa-l-wassîla, pp. 96-97).
Les salutations faites devant sa tombe, le Prophète les entend directement d'après Ibn Taymiyya.

Ibn 'Awn relate qu'un homme questionna Nâfi' : "Est-ce que Ibn Omar saluait le Prophète dans sa tombe ?Oui, répondit Nâfi', je l'ai vu le faire une centaine ou plus d'une centaine de fois : il se rendait près de la tombe, se tenait debout auprès d'elle et disait alors : "La paix soit sur le Prophète ! La paix soit sur Abû Bakr ! La paix soit sur Omar, mon père !" (rapporté par Ibn Batta : Al-Iqtidhâ', p. 302).

"Quand Ibn Omar rentrait de voyage*, il se rendait près de la tombe du Prophète, le saluait puis envoyait ses prières sur lui. Puis il disait : "La paix soit sur toi ô Abû Bakr ! La paix soit sur toi ô Père"" : "عن معمر، عن أيوب، عن نافع قال: كان ابن عمر إذا قدم من سفر أتى قبر النبي صلى الله عليه وسلم فقال: "السلام عليك يا رسول الله، السلام عليك يا أبا بكر، السلام عليك يا أبتاه" ('Abd ir-Razzâq : Al-Mussannaf, n° 6724 ; al-Bayhaqî : as-Sunan ul-kub'râ) (voir également : Al-Iqtidhâ'). (* Ibn Omar habitait Médine.)

-

Cependant,  le Prophète (sur lui soit la paix) a dit : "لا تجعلوا قبري عيدا" : "Ne faites pas de ma tombe un Eid" (Abû Dâoûd, 2042) :

Ce hadîth a fait l'objet de plusieurs interprétations :

Soit le Prophète a voulu y dire de ne pas faire de l'occasion de visite à sa future tombe : un moment de réjouissances.

Soit il a voulu y dire de ne pas rendre rarement visite à sa future tombe, tout comme le jour de Eid ne vient que 2 fois dans toute l'année (Mirqât).

Soit, au contraire, il a voulu y dire de ne pas se rendre fréquemment à sa future tombe : des ulémas pensent en effet que le terme désigne tout temps ou tout lieu que les gens prennent comme habitude, moment ou lieu fréquenté souvent ("ittikhâdh ul-makâni 'eîdan huwa-'tiyâdu ityânihî li-l-'ibâda 'indah" : Al-Iqtidhâ', p. 348). Ces ulémas traduisent dès lors ce hadîth ainsi : "Ne faites pas de ma tombe un lieu de célébration".

"أي: لا تجعلوا زيارة قبري عيدا، أو لا تجعلوا قبري مظهر عيد، فإنه يوم لهو وسرور، وحال الزيارة خلاف ذلك، وقيل: محتمل أن يكون المراد الحث على كثرة زيارته، ولا يجعل كالعيد الذي لا يأتي في العام إلا مرتين. (...) وقيل: العيد اسم من الاعتياد يقال: عاده واعتاده وتعوده، أي: صار عادة له، والعيد ما اعتادك من هم أو غيره، أي:"لا تجعلوا قبري محل اعتياد": فإنه يؤدي إلى سوء الأدب وارتفاع الحشمة؛ ولا يظن أن دعاء الغائب لا يصل إلي، ولذا عقبه بقوله: "وصلوا علي، فإن صلاتكم تبلغني" (Mirqât ul-mafâtîh).

Cette dernière interprétation se fonde sur :
--- l'enchaînement présent dans ce hadîth "عن أبي هريرة قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "لا تجعلوا بيوتكم قبورا، ولا تجعلوا قبري عيدا، وصلوا علي فإن صلاتكم تبلغني حيث كنتم" : "Ne faites pas de vos maisons des tombeaux. Et ne faites pas de ma tombe un 'Eid. Et envoyez les salât [= demandez à Dieu de prier] sur moi. Vos salât me parviendront où que vous soyez" (Abû Dâoûd, 2042) : l'enchaînement dans le discours tend à montrer que prendre la tombe comme un 'Eid signifie bien de se rendre souvent, vu qu'immédiatement après le Prophète a dit d'envoyer des salât sur lui, qui lui parviendront où que l'on soit ;
--- un propos de Abdullâh ibn ul-Hassan (al-muthannâ) ibn il-Hassan ibn 'Alî, descendant du Prophète : Ayant un jour vu un homme qui se rendait souvent auprès de la tombe du Prophète, il lui dit : "Toi ! le Prophète a dit : "Ne faites pas de ma tombe un lieu de célébration. Et envoyez vos prières sur moi, votre prière me parviendra où que vous soyez." Toi et un homme en Andalousie sont semblables par rapport à lui [au sujet de la retransmission de la salutation]" (rapporté par Sa'îd ibn Mansûr : Qâ'ida jalîla fi-t-tawassul wa-l-wassîla, p. 103, Al-Iqtidhâ', p. 298) ;
--- un propos d'un arrière petit-fils du Prophète, 'Alî (Zayn ul-'âbidîn) ibn ul-Hussein ibn 'Alî : il a tenu des propos très voisins à un autre homme (Al-Iqtidhâ', p. 297).

"Toi et un homme en Andalousie sont semblables par rapport à lui", cela signifie ceci :
--- que l'on se trouve à Médine et qu'on salue le Prophète devant sa tombe,
--- ou bien que l'on se trouve en Andalousie et qu'on adresse des salutations au Prophète :
dans les deux cas ses salutations sont retransmises au Prophète. En effet, le Prophète a dit : "Dieu a des anges qui parcourent la Terre, me retransmettent la salutation de ma Oumma" (an-Nassâ'ï, 1282) ; "(...) Envoyez abondamment les prières sur moi le (vendredi) ; cette prière que vous envoyez m'est présentée. – Comment te sera-t-elle présentée quand tu seras mort ? – Dieu a interdit à la terre (de ronger) le corps des prophètes" (Abû Dâoûd, 1047).

Ibn Taymiyya écrit :
"ولهذا كره مالك رضي الله عنه وغيره من أهل العلم، لأهل المدينة كلما دخل أحدهم المسجد، أن يجيء فيسلم على قبر النبي صلى الله عليه وسلم وصاحبيه. وقال: "وإنما يكون ذلك لأحدهم إذا قدم من سفر، أو أراد سفرا ونحو ذلك". ورخص بعضهم في السلام عليه إذا دخل المسجد للصلاة ونحوها. وأما قصده دائما للصلاة والسلام، فما علمت أحدا رخص فيه، لأن ذلك النوع من اتخاذه عيدا، مع أنا قد شرع لنا إذا دخلنا المسجد أن نقول: "السلام عليك أيها النبي ورحمة الله وبركاته"، كما نقول ذلك في آخر صلاتنا. بل قد استحب ذلك لكل من دخل مكانا ليس فيه أحد أن يسلم على النبي صلى الله عليه وسلم، لما تقدم من أن السلام عليه يبلغه من كل موضع. فخاف مالك وغيره أن يكون فعل ذلك عند القبر كل ساعة، نوعا من اتخاذ القبر عيدا.
وأيضا فإن ذلك بدعة، فقد كان المهاجرون والأنصار على عهد أبي بكر وعمر وعثمان وعلي رضي الله عنهم يجيئون إلى المسجد كل يوم خمس مرات يصلون، ولم يكونوا يأتون مع ذلك إلى القبر يسلمون عليه، لعلمهم رضي الله عنهم بما كان النبي صلى الله عليه وسلم يكرهه من ذلك، وما نهاهم عنه، وأنهم يسلمون عليه حين دخول المسجد والخروج منه، وفي التشهد، كما كانوا يسلمون عليه كذلك في حياته. والمأثور عن ابن عمر يدل على ذلك"
:
"C'est pourquoi Mâlik ibn Anas et d'autres ulémas ont déclaré qu'il était déconseillé ("mak'rûh") pour les habitants de Médine qu'à chaque fois que l'un d'entre eux se rend à la mosquée il se rende près de la tombe puis salue le Prophète et ses deux Compagnons. Mâlik a dit : "Cela ne devrait être fait que lorsqu'on revient d'un voyage ou lorsqu'on part en voyage, ou autre chose de ce genre."
Certains ulémas ont autorisé que l'on adresse ses salutations au Prophète quand on se rend dans la mosquée pour accomplir la prière. Mais avoir l'objectif permanent de se rendre auprès de sa tombe pour envoyer ses prières et ses salutations sur lui, je ne connais personne qui l'ait autorisé, car cela consiste d'une certaine façon à en faire un lieu de célébration"
(Al-Iqtidhâ', pp. 336-337).

"قال مالك: لا أرى أن يقف عند قبر النبي صلى الله عليه وسلم ويدعو؛ ولكن يسلم ويمضي. وقال أيضا في المبسوط: لا بأس لمن قدم من سفر أو خرج إلى سفر أن يقف على قبر النبي صلى الله عليه وسلم فيصلي عليه ويدعو له ولأبي بكر وعمر؛ فقيل له: فإن ناسا من أهل المدينة لا يقدمون من سفر ولا يريدونه يفعلون ذلك في اليوم مرة أو أكثر وربما وقفوا في الجمعة أو في اليوم المرة والمرتين أوأكثر عند القبر فيسلمون ويدعون ساعة؛ فقال: لم يبلغني هذا عن أحد من أهل الفقه ببلدتنا ولا يصلح آخر هذه الأمة إلا ما أصلح أولها ولم يبلغني عن أول هذه الأمة وصدرها أنهم كانوا يفعلون ذلك إلا من جاء من سفر أو أراده. قال ابن القاسم: رأيت أهل المدينة إذا خرجوا منها أو دخلوها أتوا القبر وسلموا؛ قال: وذلك دأبي. فهذا مالك وهو أعلم أهل زمانه - أي زمن تابع التابعين بالمدينة النبوية، الذين كان أهلها في زمن الصحابة والتابعين وتابعيهم أعلم الناس بما يشرع عند قبر النبي صلى الله عليه وسلم - يكرهون الوقوف للدعاء بعد السلام عليه؛ وبين أن المستحب هو الدعاء له ولصاحبيه وهو المشروع من الصلاة والسلام، وأن ذلك أيضا لا يستحب لأهل المدينة كل وقت، بل عند القدوم من سفر أو إرادته، لأن ذلك تحية له، والمحيا لا يقصد بيته كل وقت لتحيته؛ بخلاف القادمين من السفر. وقال مالك في رواية أبي وهب: إذا سلم على النبي صلى الله عليه وسلم يقف وجهه إلى القبر، لا إلى القبلة، ويدنو ويسلم ولا يمس القبر بيده. وكره مالك أن يقال: "زرنا قبر النبي صلى الله عليه وسلم": قال القاضي عياض: كراهة مالك له لإضافته إلى قبر النبي صلى الله عليه وسلم لقوله: "اللهم لا تجعل قبري وثنا يعبد اشتد غضب الله على قوم اتخذوا قبور أنبيائهم مساجد" ينهى عن إضافة هذا اللفظ إلى القبر والتشبه بفعل ذلك؛ قطعا للذريعة وحسما للباب" (MF 27/117-119).

-

Après avoir salué le Prophète près de sa tombe, il n'y a aucun mal non plus à invoquer Dieu (du'â) (Al-Iqidhâ', p. 335) :

Cependant, deux précisions sont à faire ici…

La première précision est qu'il y a une différence entre le fait de se rendre sur la tombe du Prophète, saluer celui-ci puis faire des invocations incidemment (dhimnan), et le fait de se rendre sur la tombe du Prophète avec l'objectif premier d'y faire des invocations (Al-Iqtidhâ', pp. 310-311, p. 348).
Le premier
est bien, mais le second est à proscrire, car en islam il n'existe pas l'idée selon laquelle les invocations seraient plus exaucées lorsqu'elles sont faites près de la tombe du Prophète.

La seconde chose à préciser ici est que quand on salue le Prophète près de sa tombe, si on invoque Dieu ensuite, il faut pour cela se tourner vers la Kaaba, et non pas rester tourné vers la tombe du Prophète. Les référents des quatre écoles juridiques classiques l'ont précisé (cf. Qâ'ida jalîla, p. 193).
Certes
, on relate que le calife al-Mansûr demanda à Mâlik si, pour invoquer Dieu [après avoir salué le Prophète], il devait se tourner vers la Kaaba ou bien rester tourner vers la tombe et que Mâlik lui aurait répondu : "Comment détournerais-tu ton visage de lui alors qu'il est ton intermédiaire et l'intermédiaire de ton ancêtre Adam auprès de Dieu le jour du jugement ? Tourne-toi vers lui et demande son intercession, Dieu te l'accordera…".
Cependant
, la chaîne de transmission de cette parole attribuée à Mâlik est faible, comme le démontre Ibn Taymiyya (Qâ'ida jalîla, pp. 93-94, voir aussi p. 193).

-

D) Des actes liés à la visite des tombes et qui font l'objet d'avis divergents entre les ulémas :

D.1) Réciter le Coran dans un cimetière :

Est-il permis de réciter le Coran dans un cimetière ? Les avis des ulémas sont divergents sur le sujet :
- Abû Hanîfa et Mâlik pensent que cela est déconseillé (mak'rûh),
- certains ulémas hanafites disent que cela est autorisé (Al-Iqtidhâ, p. 349).

-

D.2) Se rendre sur une tombe en ayant un des objectifs autorisés et cités plus haut en A, mais entreprendre spécifiquement un voyage pour cela :

Cela fait l'objet d'avis divergents.
- Ibn 'Aqîl dit que cela n'est pas autorisé (Al-Mughnî, 2/556 ; Ibn Taymiyya l'a suivi sur ce point précis. Nous en avons dit un mot plus haut, en B.4.
- Ibn Qudâma, par contre, pense que cela est seulement légèrement déconseillé (naf'y ul-fadhîla) (Ibid.). Cela n'en vaut pas la peine, en quelque sorte.

J'ai l'impression - wallâhu A'lam - que l'intransigeance de Ibn Taymiyya sur cette question est liée à ce que des soufis font : eux entreprennent de véritables tournées pour rendre visite à différentes tombes de pieux défunts, pensant pouvoir alors retirer la bénédiction d'eux. Or nul doute qu'on ne peut pas retirer de bénédiction d'un défunt.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

Print Friendly, PDF & Email