Quels objectifs peut-on avoir quand on visite les tombes ? Et la tombe du Prophète (sur lui soit la paix) à Médine ? – Faut-il se lever quand un confoi funéraire passe ?

Question :

Je m'interroge sur le fait de savoir si on peut se rendre sur une tombe. On me dit que c'est interdit (harâm). Je veux bien le croire mais je n'arrive pas à m'en convaincre. Pourriez-vous m'apporter des arguments clairs. Je vous remercie d'avance.

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Réponse :

Ce qu'on vous a dit est faux : en soi, le fait d'aller visiter une tombe ne constitue pas un acte interdit. Par contre, c'est le fait d'adresser des invocations au défunt (comme lui demander de guérir sa maladie, etc.) qui est interdit car constituant un acte d'associationnisme (shirk) : ceci car l'invocation (du'â) est réservée à Dieu ; de même, sacrifier un animal au nom du défunt pour s'attirer ses faveurs est aussi un acte de shirk. Ce genre d'actes était et est, aujourd'hui encore, toujours pratiqué dans certaines sociétés humaines. Ainsi, à Madagascar, pays voisin de mon île et terre natale de mon père, un véritable culte est rendu aux ancêtres décédés… En Inde, c'est sur les tombes des hommes pieux que sont faits invocations, offrandes et sacrifices.
Etant donné que les tombes font parfois ainsi l'objet d'un véritable culte, l'islam a instauré à leur sujet une série de précautions, destinées à prévenir du risque de tomber dans cette forme d'associationnisme.

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A) Ce pour quoi il est institué de se rendre sur une tombe :

Se rendre sur une tombe est permis et même recommandé si l'on ne fait aucun des actes interdits que nous allons voir en B, mais aussi si l'on n'a aucun des objectifs qui sont alors interdits. Quels sont donc les objectifs autorisés que le musulman a en visitant une tombe ?

A.1) Invoquer (du'â) Dieu pour qu'Il accorde Son pardon au défunt :

Ceci est en effet ce que le Prophète faisait : il se rendait au cimetière de Médine, en saluait les occupants et invoquait Dieu pour leur pardon (Muslim, 974).
Le Prophète a dit : "Chaque fois qu'un homme se rend sur la tombe d'un homme qu'il connaissait en ce monde et le salue, Dieu rend son âme au défunt afin qu'il réponde à son salut" (authentifié par Ibn 'Abd il-barr, Al-Iqtidhâ, p. 301).

La visite est une "salutation que l'on adresse au défunt comme on adresse une salutation au vivant ; et on invoque Dieu pour le défunt comme on L'a invoqué pour lui au moment de l'enterrer ou juste après" (Al-Iqtidhâ, Ibn Taymiyya, p. 301).
"Il est recommandé, quand on se rend près d'une tombe, de saluer son habitant et de prier Dieu pour lui"
(Ibid., p. 300).

On peut même, lorsqu'on invoque alors Dieu dans un cimetière, lever les mains : le Prophète a invoqué Dieu en levant trois fois ses mains quand il était au cimetière de Médine (Muslim, 974), ce que an-Nawawî décrit comme ayant été fait pour invoquer Dieu (Shar'h Muslim).
Cependant, il faut alors le faire en étant tourné vers la qibla et non vers la tombe.

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A.2) Revivifier en soi que la mort est une réalité qui concerne tout le monde (notre tour viendra aussi et il faut donc préparer notre mort en apportant la foi correcte et en faisant les bonnes actions) :

En effet, le Prophète (sur lui la paix) a dit : "Je vous avais interdit de visiter les tombes. Maintenant visitez-les ; elles rappellent la mort" (Muslim, 976).

S'il s'agit de la tombe de quelqu'un qui est apparemment mort sans la foi en Dieu et en le message du dernier messager en date, il faut noter qu'il est permis de visiter sa tombe avec cet objectif A.2 seulement et non avec l'objectif A.1 (Al-Iqtidhâ, pp. 302-303) (cliquez ici pour en savoir plus).

En général on ne cite que ces deux objectifs à la visite des tombes. Cependant, apparemment il existe encore les deux autres objectifs suivants...

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A.3) Exprimer sa tristesse pour la personne du défunt, son affection naturelle pour lui, sa compassion pour lui :

Le fait est que le Prophète a dit avoir demandé à Dieu la permission de Lui demander pardon en faveur de sa mère, décédée non-musulmane (polythéiste précisément) et n'en avoir pas obtenu l'autorisation, par contre avoir demandé la permission de visiter sa tombe et de l'avoir obtenue ; lors de la visite à cette tombe, le Prophète pleura, faisant pleurer ceux qui étaient autour de lui (Muslim, 976).

Cette visite que le Prophète fit à la tombe de sa maman eut comme objectif non seulement de revivifier en soi la réalité de la mort, mais également (et ce sans demander pardon à Dieu pour elle) de se remémorer la personne de la défunte et sa proximité vis-à-vis de lui pendant la vie terrestre. En somme de témoigner d'un sentiment humain de compassion.

En effet, l'objectif A.2 (revivifier la réalité de la mort) peut être atteint par la visite de n'importe quelle tombe, et la volonté du Prophète de rendre visite à la tombe de sa maman semble avoir eu comme motivation quelque chose d'un peu plus particulier, peut-être ce sentiment ?
C'est ce à quoi Ibn Taymiyya semble avoir fait allusion :
"وأما زيارة قبر الكافر فرخص فيها لأجل تذكار الآخرة ولا يجوز الاستغفار لهم. وقد ثبت في الصحيحين عن النبي صلى الله عليه وسلم أنه {زار قبر أمه فبكى وأبكى من حوله. وقال: استأذنت ربي في أن أزور قبرها فأذن لي واستأذنته في أن أستغفر لها فلم يأذن لي فزوروا القبور فإنها تذكركم الآخرة}. والعلماء المتنازعون كل منهم يحتج بدليل شرعي ويكون عند بعضهم من العلم ما ليس عند الآخر - فإن العلماء ورثة الأنبياء - وقال تعالى: {وداود وسليمان إذ يحكمان في الحرث إذ نفشت فيه غنم القوم وكنا لحكمهم شاهدين} {ففهمناها سليمان وكلا آتينا حكما وعلما}. والأقوال الثلاثة صحيحة باعتبار.
فإن الزيارة إذا تضمنت أمرا محرما: من شرك أو كذب أو ندب أو نياحة وقول هجر: فهي محرمة بالإجماع كزيارة المشركين بالله والساخطين لحكم الله فإن هؤلاء زيارتهم محرمة. فإنه لا يقبل دين إلا دين الإسلام. وهو الاستسلام لخلقه وأمره. فيسلم لما قدره وقضاه ويسلم لما يأمر به ويحبه. وهذا نفعله وندعو إليه وذاك نسلمه ونتوكل فيه عليه. فنرضى بالله ربا وبالإسلام دينا وبمحمد نبيا. ونقول في صلاتنا: {إياك نعبد وإياك نستعين} مثل قوله تعالى {فاعبده وتوكل عليه} وقوله تعالى: {استعينوا بالصبر والصلاة إن الله مع الصابرين} وقوله تعالى {وأقم الصلاة طرفي النهار وزلفا من الليل إن الحسنات يذهبن السيئات ذلك ذكرى للذاكرين} {واصبر فإن الله لا يضيع أجر المحسنين} .
والنوع الثاني: زيارة القبور لمجرد الحزن على الميت لقرابته أو صداقته فهذه مباحة كما يباح البكاء على الميت بلا ندب ولا نياحة. كما {زار النبي صلى الله عليه وسلم قبر أمه فبكى وأبكى من حوله وقال: زوروا القبور فإنها تذكركم الآخرة} . فهذه الزيارة كان نهى عنها لما كانوا يفعلون من المنكر فلما عرفوا الإسلام أذن فيها لأن فيها مصلحة وهو تذكر الموت. فكثير من الناس إذا رأى قريبه وهومقبور ذكر الموت واستعد للآخرة وقد يحصل منه جزع فيتعارض الأمران. ونفس الحزن مباح إن قصد به طاعة كان طاعة وإن عمل معصية كان معصية.
وأما النوع الثالث: فهو زيارتها للدعاء لها كالصلاة على الجنازة. فهذا هو المستحب الذي دلت السنة على استحبابه؛ لأن النبي صلى الله عليه وسلم فعله وكان يعلم أصحابه ما يقولون إذا زاروا القبور"
(MF 27/378-379).

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A.4) Honorer le défunt :

D'un côté, dans le hadîth suscité, il y a que le Prophète a reçu de Dieu la permission de se rendre sur la tombe de sa mère, décédée non musulmane (polythéiste précisément), qu'il le fit et versa alors des larmes. Il ne reçut pas l'autorisation de demander pardon pour elle, mais il put se tenir debout sur sa tombe (hadîth rapporté par Muslim, 976).

Cependant, d'un autre côté, dans un verset coranique, Dieu a dit au Prophète à propos des Hypocrites (ceux dont on savait qu'ils n'étaient pas musulmans bien qu'ils le disaient) : "Et ne prie (la prière du défunt) sur aucun d'entre eux qui meurt, et ne te tiens pas debout sur sa tombe. Ils n'ont pas cru en Dieu et en Son Messager, et sont morts en étant incroyants" (Coran 9/84).

Comment concilier ces deux textes apparemment contradictoires ?

Certains ulémas ont résolu cette contradiction en disant que le musulman ne doit pas du tout se tenir debout sur la tombe d'un non-croyant, conformément à ce que le verset dit. Quant au fait que le Prophète a rendu visite à la tombe de sa mère, cela était antérieur à la révélation de ce verset et a donc été abrogé (avis cité dans Rûh ul-ma'ânî).

Les autres ulémas font valoir que le verset et le hadîth ne parlent pas de la même chose...
--- Certains d'entre eux disent que le hadîth autorise de se tenir debout sur la tombe d'un non-croyant. Dès lors, ce que le verset interdit c'est en fait tout simplement de se tenir debout sur la tombe d'un non-croyant pour prier Dieu en sa faveur ; cet avis semble être celui de Ibn Taymiyya (At-Tawassul wa-l-wassîla, pp. 37-38).
--- D'autres ulémas disent que le verset interdit de se rendre sur la tombe d'un non-croyant avec l'objectif de l'honorer (ikrâm) (ce qui correspond au sens que l'on donne habituellement au terme "visite d'une tombe"), tandis que le hadîth autorise le fait de se rendre sur la tombe d'un non-croyant avec pour seul objectif de revivifier en soi la réalité de la mort et donc de la brièveté de la vie terrestre ; c'est l'avis de at-Thânwî (Bayân ul-qur'ân).

Ce que le verset 9/84 interdit, c'est donc le fait de se tenir debout sur la tombe de quelqu'un qui est mort non-musulman pour demander le pardon de Dieu en sa faveur, ou pour l'honorer.
Si cet objectif est interdit en faveur du défunt non-musulman, alors il est autorisé en faveur du défunt musulman. Wallâhu A'lam.

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Par ailleurs, Ibn Taymiyya a également souligné que la visite à une tombe a aussi comme objectif de saluer expressément l'habitant de la tombe (Al-Iqtidhâ, p. 301). Ceci semble être très proche de l'objectif d'honorer le défunt. Or il n'a pas dit si cet objectif pouvait également être présent lors de la visite à la tombe d'un homme mort sans la foi que Dieu agrée. Il semble que non, wallâhu a'lam.

Ibn ul-Qayyim a cité, parmi les objectifs institués de la visite à une tombe :
- le fait de se souvenir de l'au-delà ;
- celui de prier en faveur du défunt ;
- mais également "le fait de ne pas le délaisser longtemps" ; "car comme lorsqu'on rend visite à un vivant il est content de cette visite, cela est vrai à plus forte raison pour le défunt" :
"فصل فى الفرق بين زيارة الموحدين للقبور، وزيارة المشركين
أما زيارة الموحدين، فمقصودها ثلاثة أشياء:
أحدها: تذكر الآخرة والاعتبار والاتعاظ؛ وقد أشار النبى صلى الله تعالى عليه وآله وسلم إلى ذلك بقوله: "زُورُوا الْقُبُورَ، فَإٍنّهَا تُذَكرُكُمُ الآخِرَةَ".
الثانى: الإحسان إلى الميت، وأن لا يطول عهده به، فيهجره، ويتناساه، كما إذا ترك زيارة الحى مدة طويلة تناساه، فإذا زار الحى فرح بزيارته وسر بذلك؛ فالميت أولى، لأنه قد صار فى دار قد هجر أهلها إخوانهم وأهلهم ومعارفهم، فإذا زاره وأهدى إليه هدية من دعائه، أو صدقة، أو أهدى قربة، ازداد بذلك سروره وفرحه، كما يسر الحى بمن يزوره ويهدى له. ولهذا شرع النبى صلى الله تعالى عليه وآله وسلم للزائرين أن يدعوا لأهل القبور بالمغفرة والرحمة، وسؤال العافية فقط. ولم يشرع أن يدعوهم، ولا يدعواً بهم، ولا يصلى عندهم.
الثالث: إحسان الزائر إلى نفسه باتباع السنة والوقوف عند ما شرعه الرسول صلى الله تعالى عليه وآله وسلم، فيحسن إلى نفسه وإلى المزور.
وأما الزيارة الشركية فأصلها مأخوذ عن عباد الأصنام" (Ighâthat ul-lahfân, p. 142 ; tome 1 p. 337 dans l'édition que je possède).

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Par ailleurs encore, le Prophète (sur lui soit la paix) s'est levé lors du passage de convoi funéraire d'un non-musulman, et a demandé de se lever quand un convoi funéraire passe et qu'on se trouve sur son passage. Questionné quant à la raison de ce geste, il a expliqué : "La mort est un effroi" :

"عن جابر بن عبد الله، قال: مرت جنازة، فقام لها رسول الله صلى الله عليه وسلم، وقمنا معه؛ فقلنا: يا رسول الله، إنها يهودية، فقال: "إن الموت فزع، فإذا رأيتم الجنازة فقوموا" : "La mort est un effroi. Aussi, lorsque vous voyez un convoi funéraire, levez-vous" (Muslim, 960). Or la mort touche chaque humain, aussi il s'agit de se lever quand passe le convoi de tout humain [sauf s'il s'agit de quelqu'un qui combattait l'islam et les musulmans] : "سمعت عبد الرحمن بن أبي ليلى، قال: كان سهل بن حنيف وقيس بن سعد قاعدين بالقادسية، فمروا عليهما بجنازة، فقاما. فقيل لهما إنها من أهل الأرض أي من أهل الذمة، فقالا: إن النبي صلى الله عليه وسلم مرت به جنازة فقام، فقيل له: إنها جنازة يهودي، فقال: "أليست نفسا" (al-Bukhârî, 1250).

Cela semble rejoindre l'objectif A.2 : Revivifier en soi que la mort est une réalité qui concerne chacun.

Ibn Hajar explique cela en ces termes : "قال القرطبي: معناه أن الموت يفزع منه إشارة إلى استعظامه؛ ومقصود الحديث أن لا يستمر الإنسان على الغفلة بعد رؤية الموت لما يشعر ذلك من التساهل بأمر الموت؛ فمن ثم استوى فيه كون الميت مسلما أو غير مسلم" (Fat'h ul-bârî).
Puis : "قوله "أليست نفسا؟" هذا لا يعارض التعليل المتقدم حيث قال إن للموت فزعا على ما تقدم. وكذا ما أخرجه الحاكم من طريق قتادة عن أنس مرفوعا فقال: "إنما قمنا للملائكة". ونحوه لأحمد من حديث أبي موسى ولأحمد وابن حبان والحاكم من حديث عبد الله بن عمرو مرفوعا: "إنما تقومون إعظاما للذي يقبض النفوس"، ولفظ ابن حبان: "إعظاما لله الذي يقبض الأرواح": فإن ذلك أيضا لا ينافي التعليل السابق، لأن القيام للفزع من الموت، فيه تعظيم لأمر الله وتعظيم للقائمين بأمره في ذلك وهم الملائكة" (Ibid.).
Enfin : "وأما ما أخرجه أحمد من حديث الحسن بن علي قال: "إنما قام رسول الله صلى الله عليه وسلم تأذيا بريح اليهودي"، زاد الطبراني من حديث عبد الله بن عياش بالتحتانية والمعجمة: "فآذاه ريح بخورها"، وللطبراني والبيهقي من وجه آخر عن الحسن: "كراهية أن تعلو رأسه"، فإن ذلك لا يعارض الأخبار الأولى الصحيحة أما أولا فلأن أسانيدها لا تقاوم تلك في الصحة، وأما ثانيا فلأن التعليل بذلك راجع إلى ما فهمه الراوي، والتعليل الماضي صريح من لفظ النبي صلى الله عليه وسلم فكأن الراوي لم يسمع التصريح بالتعليل منه فعلل باجتهاده" (Ibid.).

Est-ce que le fait de se lever ainsi demeure mustahabb (recommandé), ou bien a été complètement abrogé, il y a divergence entre les ulémas sur le sujet.

Le fait est que, dans un autre hadîth, on lit ceci : "عن واقد بن عمرو بن سعد بن معاذ الأنصاري، أن نافع بن جبير، أخبره أن مسعود بن الحكم الأنصاري، أخبره أنه سمع علي بن أبي طالب، يقول في شأن الجنائز "إن رسول الله صلى الله عليه وسلم قام، ثم قعد". وإنما حدث بذلك لأن نافع بن جبير رأى واقد بن عمرو قام حتى وضعت الجنازة" : "Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, se levait, puis il s'est assis" (Muslim, 962) ; "عن علي بن أبي طالب: أن النبي صلى الله عليه وسلم قام في الجنائز، ثم قعد بعد" : "Le Prophète, que Dieu le bénisse et le salue, s'est levé lors des convois funéraires, puis, plus tard il s'est assis" (Abû Dâoûd, 3175).

Cependant, cet autre hadîth n'est pas explicite dans l'abrogation : "وقد اختلف أهل العلم في أصل المسألة. فذهب الشافعي إلى أنه غير واجب فقال هذا إما أن يكون منسوخا أو يكون قام لعلة وأيهما كان فقد ثبت أنه تركه بعد فعله، والحجة في الآخر من أمره، والقعود أحب إلي انتهى. وأشار بالترك إلى حديث علي أنه صلى الله عليه وسلم قام للجنازة ثم قعد أخرجه مسلم. قال البيضاوي: يحتمل قول علي "ثم قعد: أي بعد أن جاوزته وبعدت عنه ويحتمل أن يريد كان يقوم في وقت ثم ترك القيام أصلا، وعلى هذا يكون فعله الأخير قرينة في أن المراد بالأمر الوارد في ذلك الندب؛ ويحتمل أن يكون نسخا للوجوب المستفاد من ظاهر الأمر. والأول أرجح لأن احتمال المجاز يعني في الأمر أولى من دعوى النسخ انتهى. والاحتمال الأول يدفعه ما رواه البيهقي من حديث علي أنه أشار إلى قوم قاموا أن يجلسوا ثم حدثهم الحديث ومن ثم قال بكراهة القيام جماعة منهم سليم الرازي وغيره من الشافعية. وقال ابن حزم: قعوده صلى الله عليه وسلم بعد أمره بالقيام يدل على أن الأمر للندب ولا يجوز أن يكون نسخا لأن النسخ لا يكون إلا بنهي أو بترك معه نهي انتهى. وقد ورد معنى النهي من حديث عبادة قال: "كان النبي صلى الله عليه وسلم يقوم للجنازة فمر به حبر من اليهود فقال هكذا نفعل فقال اجلسوا وخالفوهم" أخرجه أحمد وأصحاب السنن إلا النسائي؛ فلو لم يكن إسناده ضعيفا لكان حجة في النسخ. وقال عياض: ذهب جمع من السلف إلى أن الأمر بالقيام منسوخ بحديث علي. وتعقبه النووي بأن النسخ لا يصار إليه إلا إذا تعذر الجمع وهو هنا ممكن، قال: والمختار أنه مستحب وبه قال المتولي انتهى. وقول صاحب المهذب هو على التخيير كأنه مأخوذ من قول الشافعي المتقدم لما تقتضيه صيغة أفعل من الاشتراك، ولكن القعود عنده أولي. وعكسه قول ابن حبيب وابن الماجشون من المالكية كان قعوده صلى الله عليه وسلم لبيان الجواز فمن جلس فهو في سعة ومن قام فله أجر" (Fat'h ul-bârî).

Alî al-qâri' écrit : "قال القاضي: الحديث يحتمل معنيين: الأول: أنه كان يقوم للجنازة ثم يقعد بعد قيامه إذا تجاوزت عنه. قال ابن الملك: ليعلم الناس أن اتباعها غير واجب بل يستحب، الثاني: أنه كان يقوم أياما ثم لم يكن يقوم بعد ذلك، وعلى هذا يكون فعل الأخير قرينة وأمارة على أن الأمر الوارد في ذينك الخبرين للندب، ويحتمل أن يكون نسخا للوجوب المستفاد من ظاهر الأمر بالقيام. والأول أرجح، لأن احتمال المجاز أقرب من النسخ اهـ. وتبعه ابن الملك حيث قال: والمختار أنه غير منسوخ فيكون الأمر بالقيام للندب، وقعوده صلى الله عليه وسلم لبيان الجواز لعدم تعذر الجمع اهـ. وقد صرح الطحاوي بأنه منسوخ، وأتى بأدلته، قال: وبه نأخذ. وقال ابن الهمام: أما القاعد على الطريق إذا مرت به أو على القبر إذا جيء به فلا يقوم لها، وقيل: يقوم، واختير الأول لما روي عن علي رضي الله عنه: "كان رسول الله صلى الله عليه وسلم أمرنا بالقيام في الجنازة ثم جلس بعد ذلك، وأمرنا بالجلوس"، وبهذا اللفظ لأحمد تم كلامه" (Mirqât, commentaire du n° 1650).
Mais même à retenir la version de Ahmad que Ibn ul-Humâm a citée, le caractère "complètement abrogé" du fait de se lever lors du passage d'un convoi funéraire n'est pas certain, car il est possible que ce soit en fait le fait de rester debout dans le cimetière jusqu'à ce que le défunt soit déposé par terre qui a été abrogé : "عن عبادة بن الصامت، قال: كان رسول الله صلى الله عليه وسلم يقوم في الجنازة حتى توضع في اللحد، فمر به حبر من اليهود، فقال: هكذا نفعل، فجلس النبي صلى الله عليه وسلم، وقال: "اجلسوا خالفوهم" : "Le Messager de Dieu, que Dieu le bénisse et le salue, se tenait debout lors de (l'accompagnement du) convoi funéraire, jusqu'à ce que le défunt soit déposé dans la tombe. Un érudit juif passa et dit : "Nous faisons ainsi." Le Prophète, sur lui soit la paix) s'asseyit alors et dit : "Asseyez-vous, faites différemment d'eux" (Abû Dâoûd, 3176).
Alî al-qârî formule cela ainsi : "قال: واعترض على النووي بأن الذي فهمه علي كرم الله وجهه الترك مطلقا، وهو الظاهر على أن فهم الصحابي لا سيما مثل علي باب مدينة العلم مقدم على فهم غيره، لأنه يساعده من القرائن الخارجية ما لا يدركه غيره، ولهذا أمر بالقعود من رآه قائما، واحتج بالحديث وهو كما في مسلم: "قام النبي صلى الله عليه وسلم مع الجنازة حتى توضع وقام الناس معه، ثم قعد بعد ذلك وأمرهم بالقعود"، وفي رواية: أنه "رأى ناسا قياما ينتظرون الجنازة أن توضع فأشار إليهم بدرة معه أو سوط أن اجلسوا، فأتى رسول الله صلى الله عليه وسلم ثم جلس بعد ما كان يقوم"؛ وبهذا اتضح ما ذهب إليه الشافعي من نسخهما اهـ. وأنت ترى أن هذا الحديث إنما يفيد منع القيام حتى توضع. والكلام إنما هو في القيام عند رؤية الجنازة ابتداء، والظاهر أن هذا قضية أخرى، ونسخ لحكم آخر. ويؤيده ما سيأتي من "أنه عليه الصلاة والسلام كان إذا تبع جنازة لم يقعد حتى توضع في اللحد فعرض له حبر من اليهود فقال له: إنا هكذا نصنع يا محمد، قال: فجلس صلى الله عليه وسلم، وقال: خالفوهم" (Mirqât).

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B) Ce qu'il ne faut pas faire lors d'une visite à une tombe :

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B.1) Demander à l'âme du défunt de réaliser un besoin qu'on a ("Iqdhi hâjatî kadhâ wa kadhâ") :

Cela relève de l'associationnisme (shirk akbar) vis-à-vis de Dieu (lire mon article : Pourquoi peut-on demander son aide à un ami mais pas à un saint défunt ?).

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B.2) Demander à l'âme du défunt d'adresser à Dieu telle invocation pour soi ("ud'u-llâha lî") :

Cela constitue une innovation (bid'a) (qui ne va certes pas jusqu'au shirk) (lire mon article : Demander au Prophète, devant sa tombe : "Messager de Dieu, invoque Dieu en notre faveur" : institué ou pas ?).

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B.3) Et certaines autres choses encore, mentionnées dans notre autre article (certaines de ces choses étant interdites, d'autres déconseillées) :

Accomplir la prière rituelle pour Dieu, mais le faire VERS, ou SUR, ou bien PRES DE la tombe d'un pieux (le Prophète ou autre) : autorisé ou interdit ?

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C) Se rendre près de la tombe du Prophète (sur lui soit la paix) à Médine :

Il est tout à fait institué (mashrû') de se rendre près de la tombe du Prophète (sur lui soit la paix) à Médine et de présenter ses salutations au Prophète : l'objectif est alors de présenter ses salutations à celui-ci (Qâ'ida jalîla fi-t-tawassul wa-l-wassîla, p. 97).
Les salutations faites devant sa tombe, le Prophète les entend directement d'après Ibn Taymiyya.

Ibn 'Awn relate qu'un homme questionna Nâfi' : "Est-ce que Ibn Omar saluait le Prophète dans sa tombe ?Oui, répondit Nâfi', je l'ai vu le faire une centaine ou plus d'une centaine de fois : il se rendait près de la tombe, se tenait debout près d'elle et disait alors : "La paix soit sur le Prophète ! La paix soit sur Abû Bakr ! La paix soit sur Omar, mon père !" (rapporté par Ibn Batta : Al-Iqtidhâ, p. 302).

"Quand Ibn Omar rentrait de voyage*, il se rendait près de la tombe du Prophète, le saluait puis envoyait ses prières sur lui. Puis il disait : "La paix soit sur toi ô Abû Bakr ! La paix soit sur toi ô Père"" (rapporté par Sa'îd ibn Mansûr : Al-Iqtidhâ, p. 337 : dha'îf). (* Ibn Omar habitait Médine.)

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Cependant,  le Prophète a dit : "Lâ taj'alû qabrî 'îdan" : "Ne faites pas de ma tombe un Eid" (Abû Dâoûd, 2042) :

Ce hadîth a fait l'objet de plusieurs interprétations :

Soit le Prophète a voulu y dire de ne pas faire de l'occasion de visite à sa future tombe : un moment de réjouissances.

Soit il a voulu y dire de ne pas rendre rarement visite à sa future tombe, tout comme le jour de Eid ne vient que 2 fois dans toute l'année (Mirqât).

Soit, au contraire, il a voulu y dire de ne pas se rendre fréquemment à sa future tombe : des ulémas pensent en effet que le terme désigne tout temps ou tout lieu que les gens prennent comme habitude, moment ou lieu fréquenté souvent ("ittikhâdh ul-makâni 'eîdan huwa-'tiyâdu ityânihî li-l-'ibâda 'indah" : p. 348). Ces ulémas traduisent dès lors ce hadîth ainsi : "Ne faites pas de ma tombe un lieu de célébration".

Ces ulémas ont fondé cette dernière interprétation sur :
--- l'enchaînement présent dans ce hadîth "عن أبي هريرة قال: قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: "لا تجعلوا بيوتكم قبورا، ولا تجعلوا قبري عيدا، وصلوا علي فإن صلاتكم تبلغني حيث كنتم" : "Ne faites pas de vos maisons des tombeaux. Et ne faites pas de ma tombe un 'Eid. Et envoyez les salât [= demandez à Dieu de prier] sur moi. Vos salât me parviendront où que vous soyez" (Abû Dâoûd, 2042) : l'enchaînement dans le discours tend à montrer que prendre la tombe comme un 'Eid signifie bien de se rendre souvent, vu qu'immédiatement après le Prophète a dit d'envoyer des salât sur lui, qui lui parviendront où que l'on soit ;
--- un propos de Abdullâh ibn ul-Hassan (al-muthannâ) ibn il-Hassan ibn 'Alî, descendant du Prophète : Ayant un jour vu un homme qui se rendait souvent auprès de la tombe du Prophète, il lui dit : "Toi ! le Prophète a dit : "Ne faites pas de ma tombe un lieu de célébration. Et envoyez vos prières sur moi, votre prière ma parviendra où que vous soyez." Toi et un homme en Andalousie sont semblables par rapport à lui [au sujet de la retransmission de la salutation]" (rapporté par Sa'îd ibn Mansûr : Qâ'ida jalîla fi-t-tawassul wa-l-wassîla, p. 103, Al-Iqtidhâ, p. 298) ;
--- un propos d'un arrière petit-fils du Prophète, 'Alî (Zayn ul-'âbidîn) ibn ul-Hussein ibn 'Alî : il a tenu des propos très voisins à un autre homme (Al-Iqtidhâ, p. 297).

"Toi et un homme en Andalousie sont semblables par rapport à lui", cela signifie ceci :
--- que l'on se trouve à Médine et qu'on salue le Prophète devant sa tombe,
--- ou bien que l'on se trouve en Andalousie et qu'on adresse des salutations au Prophète :
dans les deux cas ses salutations sont retransmises au Prophète. En effet, le Prophète a dit : "Dieu a des anges qui parcourent la Terre, me retransmettent la salutation de ma Oumma" (an-Nassâ'ï, 1282) ; "(...) Envoyez abondamment les prières sur moi le (vendredi) ; cette prière que vous envoyez m'est présentée. – Comment te sera-t-elle présentée quand tu seras mort ? – Dieu a interdit à la terre (de ronger) le corps des prophètes" (Abû Dâoûd, 1047).

Ibn Taymiyya écrit :
"… C'est pourquoi Mâlik ibn Anas et d'autres ulémas ont déclaré qu'il était déconseillé ("mak'rûh") pour les habitants de Médine qu'à chaque fois que l'un d'entre eux se rend à la mosquée il se rende près de la tombe puis salue le Prophète et ses deux Compagnons. Mâlik a dit : "Cela ne devrait être fait que lorsqu'on revient d'un voyage ou lorsqu'on part en voyage, ou autre chose de ce genre."
Certains ulémas ont autorisé que l'on adresse ses salutations au Prophète quand on se rend dans la mosquée pour accomplir la prière. Mais avoir l'objectif permanent de se rendre près de sa tombe pour envoyer ses prières et ses salutations sur lui, je ne connais personne qui l'ait autorisé, car cela consiste d'une certaine façon à en faire un lieu de célébration"
(Al-Iqtidhâ, pp. 336-337).

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Après avoir salué le Prophète près de sa tombe, il n'y a aucun mal non plus à invoquer Dieu (du'â) (Al-Iqidhâ, p. 335) :

Cependant, deux précisions sont à faire ici…

La première précision est qu'il y a une différence entre le fait de se rendre sur la tombe du Prophète, saluer celui-ci puis faire des invocations incidemment (dhimnan), et le fait de se rendre sur la tombe du Prophète avec l'objectif premier d'y faire des invocations (Al-Iqtidhâ, pp. 310-311, p. 348).
Le premier
est bien, mais le second est à proscrire, car en islam il n'existe pas l'idée selon laquelle les invocations seraient plus exaucées lorsqu'elles sont faites près de la tombe du Prophète.

La seconde chose à préciser ici est que quand on salue le Prophète près de sa tombe, si on invoque Dieu ensuite, il faut pour cela se tourner vers la Kaaba, et non pas rester tourné vers la tombe du Prophète. Les référents des quatre écoles juridiques classiques l'ont précisé (cf. Qâ'ida jalîla, p. 193).
Certes
, on relate que le calife al-Mansûr demanda à Mâlik si, pour invoquer Dieu [après avoir salué le Prophète], il devait se tourner vers la Kaaba ou bien rester tourner vers la tombe et que Mâlik lui aurait répondu : "Comment détournerais-tu ton visage de lui alors qu'il est ton intermédiaire et l'intermédiaire de ton ancêtre Adam auprès de Dieu le jour du jugement ? Tourne-toi vers lui et demande son intercession, Dieu te l'accordera…".
Cependant
, la chaîne de transmission de cette parole attribuée à Mâlik est faible, comme le démontre Ibn Taymiyya (Qâ'ida jalîla, pp. 93-94, voir aussi p. 193).

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D) Des actes liés à la visite des tombes et qui font l'objet d'avis divergents entre les ulémas :

D.1) Réciter le Coran dans un cimetière :

Est-il permis de réciter le Coran dans un cimetière ? Les avis des ulémas sont divergents sur le sujet :
- Abû Hanîfa et Mâlik pensent que cela est déconseillé (mak'rûh),
- certains ulémas hanafites disent que cela est autorisé (Al-Iqtidhâ, p. 349).

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D.2) Se rendre sur une tombe en ayant un des deux objectifs permis, cités plus haut, mais entreprendre spécifiquement un voyage pour cela :

Cela fait l'objet d'avis divergents.

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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